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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 04:27

Frappez avant d’entrer !

Maurice LEVEL : Les portes de l’Enfer. Nouvelles.

Les Français n’aiment pas la nouvelle comme genre littéraire, paraît-il. Maurice Level est l’exemple frappant du nouvelliste dédaigné, plongé dans les oubliettes des bibliothèques, alors qu’à l’étranger, il a été, et l’est toujours, traduit aussi bien en Espagne, en Italie, en Turquie ou encore au Japon.

Des tentatives de reconnaissance sont tentées, notamment par Jean-Luc Buard qui réédite confidentiellement une partie de son œuvre et a dirigé le Dossier Maurice Level pour le numéro 81 de la Revue Rocambole.

Dans l’éditorial de cette revue, on peut lire :

Le fait est là : Level est au cimetière des lettres, sa tombe n’est pas entretenue et les inscriptions en sont effacées, illisibles. C’est un écrivain en déshérence. C’est un échappé par la trappe de l’histoire littéraire. Il a eu un grand tort, celui d’écrire pour les journaux et les magazines ; non seulement ces supports sont dévalués dans la hiérarchie éditoriale, mais ils disparaissent des bibliothèques de conservation.

Il est vrai que les journaux et les magazines ne sont guère collectionnés, et lorsque leurs propriétaires décèdent, la plupart du temps ces vieux papiers finissent dans des déchetteries ou au feu.

Heureusement il existe quelques passionnés qui proposent via des sites de mises en ligne d’ouvrages numériques dont Ebooks Libres et Gratuits, que je ne saurais trop vous conseiller de visiter.

 

Les vingt-six nouvelles qui sont présentes dans Les portes de l’Enfer, reflètent bien cet imaginaire souvent intimiste, dans une plongée sous apnée de l’angoisse, la peur, l’effroi, la frayeur, le frisson, la terreur avec parfois un soupçon de fantastique.

Les personnages sont quasiment tous issus du prolétariat, des ouvriers, des pauvres, des chemineaux, des paysans, des prisonniers ou délinquants, des cabossés et déshérités de la vie. Ils peuvent être jeunes toubibs, comme dans Le droit au couteau, mais ils tirent le diable par la queue et sont inexpérimentés.

Des thèmes reviennent souvent, comme la jalousie, souvent justifiée, la cécité, les drames de la misère, et l’épilogue ne peut qu’être douloureux, même si cela confine à l’humour noir comme dans Mes Yeux, surnom donné à une jeune fille qui veut se rendre sur la tombe de son ami, exécuté car assassin. Et elle vend son corps afin de pouvoir disposer quelques fleurs sur l’emplacement où est enterré son ami, dans le carré des indigents. La dernière phrase que je me garderai bien de dévoiler est assez féroce.

Ce sont les plus pauvres qui sont les plus généreux. Cette assertion trouve son sens profond dans Illusion, alors qu’un mendiant, qui vient de recueillir quelques piécettes, donne un peu d’argent à un autre mendiant qui possède un chien et surtout qui est aveugle. Il va même jusqu’à lui offrir un repas, mais ne mange rien lui-même car il vient de dépenser son dernier sou.

Level est moins connu que Maupassant, et pourtant il a écrit de très belles pages, ne négligeant ni l’humanisme ni l’aspect sociologique. Des nouvelles noires, percutantes car courtes, et qui trottinent dans la tête longtemps après leur lecture.

 

Sommaire :

Sous la lumière rouge

Soleil

Le droit au couteau

Le coq chanta

L'horloge

Le mauvais guide

Fascination

Circonstances atténuantes

Le puits

Le miracle

Le disparu

Le baiser

Le rapide de 10H50

Illusion...

Un savant

Mes yeux

L'encaisseur

Les corbeaux

Un piquet ?

Sur la route

Le coupable

Le mendiant

Confrontation

La maison vide

Un maniaque

Le père

 

Outre le numéro de la Revue Rocambole qui est consacré à Maurice Level, vous pouvez découvrir cet auteur avec le recueil : La Peur et autres contes cruels, fantastiques et terrifiants édité par la clef d’argent.

Maurice LEVEL : Les portes de l’Enfer. Nouvelles. Ebooks Libres et Gratuits. Version numérique gratuite.

Première édition : Edition du Monde Illustré. 1910.

Réédition récente : Collection L’Aube poche. Editions de l’Aube. Parution 15 juin 2006. 218 pages.

ISBN : 978-2752602619

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 05:03

Quelques bonnes nouvelles en ces temps

de morosité !

Gilles VIDAL : De but en noir.

Afin passer le temps agréablement, seul et sans importuns près de soi, rien de mieux que de lire un long roman ou une courte nouvelle. Selon l’humeur du moment et du temps qui nous est imparti pour nous adonner à ce plaisir solitaire.

La nouvelle est un genre méprisé en France, parait-il. Pourtant que de nouvellistes de talents ce genre littéraire compte en notre pays attaché à la Culture (si si !). Les lecteurs lambdas, comme nous je précise, pas nos édiles snobinards qui seraient incapables de citer un seul nom d’auteur sans en référer à leur secrétaire ou chauffeur.

Gilles Vidal s’inscrit parmi les écrivains talentueux pouvant tremper leur plume dans n’importe que genre et en retirer une petite perle en quelques pages. Le Noir, l’Erotisme, l’Humour, le Fantastique, l’Anticipation lui vont si bien. A chacun ses goûts, surtout si l’on aime panacher les plats épicés proposés.

Certaines de ces nouvelles ont déjà été publiées par ailleurs, chez Ska éditeur dans des versions numériques, mais, sans vouloir offenser Miss Ska, le papier c’est autre chose. C’est sensuel. Et les chroniques de ces nouvelles, vous pouvez les retrouver sur ce blog, mais ne vous inquiétez pas, je vous fournis gracieusement les liens.

 

Donc parcourons cet ouvrage et attardons-nous sur quelques textes :

Bar Zarb nous suggère de devenir plus vieux de quelques années. Zarb est ce que l’on pourrait qualifier de vieux dégueu à la Reiser. Il vit, si l’on peut appeler cela vivre, dans une bicoque délabrée, au milieu des immondices, avec un chat étriqué, malingre. Mais Zarb n’est pas inactif, surtout lorsqu’il faut dépanner un copain, contre bel argent sonnant et trébuchant. Bien évidemment. Un style littéraire bien de notre époque dans lequel se reconnaitront bien des adolescents mais les vieux comme moi ne s’y retrouvent guère.

Un coup d’essai bien arrosé pour Séverine Bourdin, c’est l’occasion de prendre une autre identité que la sienne. Elle se nomme dorénavant Eléonore Maillard, jeune commissaire de police en proche banlieue parisienne. Mais une affaire la mande en province, du côté de Cognac, car un vol y a été commis. Un vol particulier et l’histoire ne manque pas de saveur.

On part ? C’est l’histoire d’un mec qui fait la connaissance d’une fille magnifique, Dinah, dans une boîte. Elle est belle, Dinah, et elle lui fait tant d’effet qu’au bout de quelques danses il lui propose de sortir. Dinah l’emmène chez elle en voiture, qui n’est pas une Panhard.

De l’autre côté pourrait être une fable pastorale car le narrateur quitte la ville de Markszbourg et ses bas-fonds, après s’être retrouvé à la rue, fuyant un quotidien délétère. Il retrouve goût à la vie dans une campagne apaisante et est surpris par une jeune femme saine, une artiste qui l’invite à admirer ses œuvres en bois flotté.

Enfin Come in terme pourrait n’être qu’une histoire banale n’était que procéder à une simple miction peut simplifier la vie, posséder ses bons et mauvais côtés, selon le besoin et l’exigence des protagonistes.

 

Vous pouvez retrouver au hasard dans ce blog les chroniques consacrée à Maty, Plus mort tu meurs, A la gorge, Revival en cliquant tout simplement sur le titre que vous désirez découvrir.

 

Sommaire :

Maty

Plus mort tu meurs

A la gorge

Bas Zarb

Un coup d'essai bien arrosé

On part ?

De l'autre côté

Revival

Come in terme

 

Et n’oubliez pas : pour lutter contre le connard à virus, mieux vaut lire !

 

Gilles VIDAL : De but en noir. Nouvelles. Editions La Déviation. Parution 20 mars 2020. 126 pages. 12,00€.

ISBN : 979-1096373291

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17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 07:15

J'ai rêvé New York, New York City sur Hudson...

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis.

New-York, ville fantasme pour beaucoup d’entre nous qui ne pourrons jamais nous y rendre sauf en imagination.

Alors, fermons les yeux et laissons-nous porter par les images. La statue de la Liberté en premier, le symbole pas toujours respecté, puis au cours de nos déambulations divagantes, les gratte-ciels, érigés ou tombés sous l’impact d’objets volants bien identifiés, Central Park, havre de calme et sanctuaire des oiseaux migrateurs ou des noctambules, Greenwich Village, Manhattan, le Bronx, Harlem, Brooklyn, Staten-Island, un brassage racial et culturel, tout un imaginaire forgé par nos lectures ou cinématographiques. Rappelez-vous West Side Story et combien d’autres.

Mais les auteurs des nouvelles proposées dans cette anthologie n’empruntent pas toujours les sentiers battus, et nous entraînent dans leurs délires souvent anticipatifs, à moins qu’ils reviennent sur des épisodes plus ou moins marquants du passé.

 

Extrayons quelques aspects de l’univers décrit par ces nouvellistes.

Lou Jan nous permet de visiter New-York à l’envers. Les gratte-ciels sont devenus des grottes-ciels, la population vivant sous terre, dans des immeubles qui reproduisent ou presque à l’identique à ce qu’il y avait avant. Une vieille Chinoise s’est attelée à une tâche rémunératrice dans un but bien précis. Et lorsqu’elle remonte à la surface, près de deux cents marches à grimper, elle doit se munir d’un masque. Mais la nature n’est pas une entité facile à domestiquer.

Nicolas Pagès, avec Sinatra's nightmare s’empare d’un mythe dont Lovecraft conta les exploits maléfiques : Nyarlathothep, le mythe au logis du reclus de Providence. Une déambulation urbaine et nuisible. Il est à la recherche d’un gros poisson susceptible de pouvoir lui permettre de réaliser un projet maléfique et il le trouve en la personne d’un opérateur de marchés boursiers. Celui que l’on appelait dans le temps un courtier et qui par snobisme est devenu un trader.

 

Jean-Hugues Villacampa avec Phenomenae NY nous propose de nous emmener aux Etats-Unis, en compagnie de Randolph Derleth, professeur d’occultisme, qui assiste en compagnie d’une jeune dame, Carmélia, à des événements étranges dans Central Park. Et de fil en aiguille, il va faire connaissance d’autres protagonistes dont le mari de Carmélia, John-Hugues, bouquiniste. Un clin d’œil, pour qui reconnait en ce personnage la figure même de l’auteur, et qui va en amener d’autres. Le thème central est l’annonce de la conjonction de cinq planètes, phénomène rare, en ce mois de juillet 2016, et dont la statue de la Liberté va se trouver comme le clou de cette histoire piquante. Jean-Hugues Villacampa se laisse aller dans un imaginaire débridé et réjouissant.

Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue conseille François Rahier. Le narrateur doit rencontrer le traducteur d’un roman inédit de James Blish, un certain Pierre Normant qu’il connait bien sans jamais l’avoir rencontré. C’est à New-York qu’ils vont pouvoir enfin se rencontrer pour la première fois, mais chaque rendez-vous programmé se solde par une échappatoire rapide de Normant qui pense être suivi par deux individus, à moins qu’il prétexte un entretien ne demandant aucun délai. C’est l’occasion pour le lecteur de se rendre en plusieurs endroits dont Flat Iron ou l’Intrepid Sea-Air-Space Museum où est exposé par la NASA la navette spatiale Entreprise. Star Trek fera toujours rêver.

 

Alain Blondelon nous emmène dans un endroit calme, prisé des amoureux, Westchester Creek. Sabine, qui est une Réceptrice, a rendez-vous avec Joshua, un policier du FBI, et Peter, journaliste et amant de la jeune femme. Ils ont été convoqués pour comprendre ce qui a pu amener un homme à tuer sa femme dans un hôtel. Pourtant il l’aimait. Il semblerait que des êtres maléfiques se cachent dans les eaux de l’East River. Eaux troubles sur Westchester Creek.

En l’an 2066, la Terre est sous une chape de glace, conséquence d’une éruption cataclysmique du supervolcan du lac Toba au centre de l’île de Sumatra, et qui avait suivi celle du supervolcan de Yellowstone, quelques décennies auparavant. L’humanité a presque disparu de la surface du globe. Pourtant dans Central Park, un homme survit en compagnie de son fils. Sa femme vient de décéder. Il creuse la glace à l’aide d’un piolet afin de récupérer des racines qu’il mange crues. Quand à la boisson, il n’en manque pas, se servant dans les caves du Plazza, l’hôtel où il s’est réfugié en compagnie de son gamin. Le réchauffement climatique n’est plus à l’ordre du jour et Oksana et Gil Prou nous délivrent leur vision apocalyptique d’un futur proche dans L'écrin de glace.

 

Je pourrais continuer ainsi en vous présentant d’autres textes issus de cette anthologie, qui telle la palette d’un peintre pessimiste, visionnaire, morbide, dessine un avenir dont le thème central est la Grosse Pomme rongée par les vers. Toutefois au milieu de cette sombre description quelques détails montrent de fragiles lueurs d’espoir.

Mais je vous sens impatient de commander cet ouvrage afin de pouvoir le lire et vous forger votre propre opinion. Ce qui est louable et je vous y encourage fortement.

Philippe Ward a composé subtilement cette anthologie en offrant leur chance à quelques jeunes ou nouveaux auteurs encadrés par des romanciers qui ont déjà fait leurs preuves, aussi bien chez Rivière Blanche que chez d’autres éditeurs.

 

Sommaire :

JAN Lou : Une vieille Chinoise

MAUGENDRE Paul : Agir

LEVEQUE Samuel : Ajaw

GADPY Jean-Christophe : Hypothèse New-York

PAGES Nicolas : Sinatra's nightmare

VILLACAMPA Jean-Hugues : Phenomenae New York

GARCIA Ricardo L. : Le Phénix revient toujours

RAHIER François : Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue

BLONDELON Alain : Eaux troubles sur Westchester Creek

PROU Oksana & Gil : L'écrin de glace

MARGAUX Dando Reyreau : Irish punt

GALLERNE Gilbert : Treizième étage

DURAND Frédérick : Les ombres délivrées

ROSSELET Dola : Devenir gris

UNBEKANNT Artikel : Aux morts

LATOUR Marie : Harlem Ghetto

ZAROFF : Jugement fatal

LAMUR Sylvain : Première classe, tarif éco

HALL Ellen Turner : Les mêmes mains

 

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis. Présentation de Philippe Ward. Préface de Jean-Christophe Gapdy. Collection Fusée N°88. Editions Rivière Blanche. Parution le 1er février 2020. 360 pages. 26,00 €.

ISBN : 978-1612279527

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 04:59

Et les Ska, c’est exquis !

500. Recueil collectif. Nouvelles numériques.

Ce recueil événement comprend en réalité plus de 50 histoires, mêlant du rose au noir dominant. Les auteurs se sont pliés à la contrainte de ne pas dépasser 500 mots. Cela donne un aperçu de leurs talents et des couleurs chatoyantes à leurs contributions que seule la diversité des thèmes et des styles, si chère à notre ligne éditoriale, peut procurer.

Régalez-vous et rendez-vous au numéro 1000 !

 

Ainsi est présenté ce recueil de nouvelles rédigées par les fidèles, anciens et nouveaux compagnons de Miss Ska, une maison d’édition dirigée d’une main de maître par les fondateurs, créateurs, fournisseurs, metteurs en page et en scène, et maîtres de cérémonie : Jeanne Desaubry et Max Obione.

Ils ne se contentent pas de faire tourner la boutique mais ils mettent également la main au clavier afin de nous offrir de savoureuses histoires, tout comme leurs comparses dont la liste édifiante est déclinée ci-dessous.

Un véritable feu d’artifice que cet anniversaire que l’on peut déguster à volonté et à satiété. Comme au restaurant, on peut piocher dans un buffet garni, prenant un peu de tout, ou au contraire, choisir et établir son menu, sa sélection, en fonction de son appétit et de ses préférences, sachant que de toute façon on y retournera afin de goûter aux autres plats.

Tout naturellement, et c’était une évidence, certains auteurs se sont focalisés sur cet anniversaire des 500, en abordant Miss Ska avec gentillesse, bonhommie, respect, proposant même un petit historique, mais sans tomber dans la basse flagornerie.

D’autres, et j’y avais pensé immédiatement, se sont référés à Corneille et à son fameux Cid, pétillant, en jouant sur ce début de vers : Nous partîmes cinq cents et…. Je vous laisse compléter.

 

L’édifice Ska repose sur deux colonnes : le Noir et l’Erotisme.

Et ces deux piliers sont reliés par des arcs comme l’Humour, l’Emotion, L’Emoi, la Tendresse, la Poésie, le Sordide… formant un ensemble entrecroisé, cohérent et solide.

Jouant sur les deux collections Noire Sœur et Culissime, les textes oscillent parfois sur les deux genres, mais un autre thème s’inscrit souvent soit dans tout le texte, soit dans l’épilogue, comme le faisait avec bonheur Fredric Brown. La dernière phrase qui tue.

 

Même si je possède mes préférés, pour autant je n’ai pas négligé les autres participants à ce grand goûter goûtu, soufflant toutes les bougies, mais en plusieurs fois. Et, afin d’éviter les crises de jalousies, je ne vous donnerai pas quels sont les auteurs qui ont retenu tout de suite mon attention, et quels sont les textes que j’ai préférés. Pour une question d’équité, en partant du principe que comme dans le cochon, tout est bon. Même la queue…

Chacun de nous possède sa propre sensibilité, ses préférences littéraires, et il serait mal venu de ma part de signaler tel auteur ou tel texte comme étant le meilleur. Nous ne sommes pas non plus aux Césars.

Toutefois, je me permets une entorse à ce que je viens d’écrire. Juste pour signaler que Jan Thirion, qui nous a quittés le 1er mars 2016, est présent dans ce recueil, et pas seulement par la pensée. Deux micro-fictions, extraites de Tout moi, un ouvrage paru aux éditions du Horsain en 2014, qui nous font regretter une fois de plus son départ précipité. Une pensée émue, comme pour la madeleine de Proust.

 

 

Sommaire :

Préface de Jeanne Desaubry et Max Obione

AKKOUCHE Mouloud : De contes de faits.

ALFREDO Luis : Une fille tuante

ALLAM Valérie : Sur la route

ALMANT Bernard : Des poètes

BENSA Mathilde : Helichrysum

BLACKFOX Jon : Le pervers de notre quartier

BLOCIER Antoine : Confession de P.

BOUCAULT Marie Claire : Suite parentale

BOUQUIN Jérémy : 5 sans Mot

BRIXTEL Gaëtan : Chronique de la Sainte Famille

COLAS Françoise : Joyeux Noël

COLIZE Paul : 501

CORBEL Marek : L'irrésistible ascension de Miss Ska

DAR Dominique : L'emprise

DEMETZ Jean-Marc : La secte du 500

DESAUBRY Jeanne : L'agonie du Désamour

DESAUBRY Jeanne : 500 c'est trop

DESDUNES RoseLys : Le bateau livre

DILO Franq : Culotté

DILO Franq : Zob !

EMERY Alain : Mohawk

ERIS Patrick : Les entrailles de la Terre

GIRODEAU Gildas : 500g de lapin par-dessus bord

KIRCHAKER Stéphane : Fiat lux

LACROIX Marie : Tout à l'égout

LAFNER Chris : Crever à Katmandou

LANGANEY Anouk : Nous partîmes cinq cents

LELONZ Isidore : Pour 500, t'as les cinq sens...

LETELIE Isabelle : En pente avide

LHARSSON Linné : Vive ma coach !

MADAMOUR Baptiste : Sous-cutané

MEMBRIBE Franck : Suomynona relik engis

MEZZROW Al : Sleeping Donkey

NOCE José : Penser ? Non merci !

OBIONE Max : Punk Mimile

PHD : A table un soir avec Ernest Hemingway

PIACENTINI Elena : Il me reste... Quoi, déjà ?

PETROWSKI Stanislas : Rendez-vous au port

PORNON : Francis : Une villa

PRATZ Pascal : Exhibition

REMANDE Marie : 500 ouvrages pour 60 berges

SBRAGIA Vincent : 500 façons d'aimer

MADAME SOLANGE : Show chaud

SOLOY Claude : Naissance

STREIFF Gérard : La dépouille est facturée 500 euros

THIRION Jan : Tout lui 

TOSCA Aline : Celle qui fait la cour à une fille

TRIGODET Frédérique : 500 lignes

VAN GHEE Boris : Hôtel SKA

VATTAN Chantal : Jour de fête

VENTURA Ava : Harvey, mon amour

VIDAL Gilles : Un des cinq sens

VILLARD Marc : Dans le désordre

VINDY Marie : Ma mie

VITIELLO Bernard : Quingenti

YUNG Eric : Le nabot du Roi

ZOLMA J. : Homard m'ont tuer

500. Recueil collectif. Nouvelles numériques. Collections Noire Sœur et Culissime. Editions SKA. Parution 1er mars 2020. 185 pages. 0,99€.

ISBN : 9791023408034

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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 05:06

Dans la famille Chédid, on demande la grand-mère…

Andrée CHEDID : L’artiste et autres nouvelles.

Les dix nouvelles qui composent ce recueil sont extraites de trois ouvrages différents, dont vous trouverez les références ci-dessous, mais qui se rejoignent dans l’atmosphère globale.

D’ailleurs, en sous-titre, j’aurais pu écrire :

Et à la fin, c’est toujours la mort qui gagne… ou presque !

Des tranches de vie dont certaines ont un rapport plus ou moins direct avec la nouvelliste, son enfance au Caire par exemple ou son origine syro-libanaise.

Ainsi dans L’enfant des manèges, l’un des personnages principaux, ils sont trois, est un jeune garçon cabossé par la guerre, celle de là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée. Il est manchot, vit à Paris chez des cousins qui l’ont recueilli mais n’ont pas le temps de s’intéresser à son éducation. Sa rencontre avec un vieux forain dont le manège n’intéresse plus guère les gamins, va changer sa vie, ainsi qu’à celle du vieux bonhomme dont le quotidien se trouve bousculé.

La guerre, la guérilla urbaine, on la retrouve dans Mort au ralenti, alors qu’une jeune femme se dépêche. Elle a un rendez-vous et si elle n’est pas à l’heure, le jeune homme s’en ira, ne pouvant l’attendre. Seulement, une balle perdue l’atteint dans le dos. Elle s’effondre et parvient à tendre une photographie et murmurer quelques mots à un couple de personnes âgées qui s’éloignait de leur domicile.

Des ruines encore dans Le Grand Boulevard, mais elles ne sont pas provoquées par la guerre. Juste la rénovation d’un quartier, la démolition de vieux immeubles pour faire place à un grand boulevard. Pour Saïd, ce sera un immense terrain de jeux avec son ballon. Il n’a que sept ans. Mais pour la vieille Om Khalil, invalide, c’est la fin d’un monde. Elle ne veut pas regarder les gravats et tourne obstinément le dos à la fenêtre. Le conflit des générations.

Dans un registre légèrement fantastique L’homme-tronc et son voyageur. A chaque fois qu’il rentre chez lui, ses déplacements étant nombreux et lointains, il ne prend que le temps de déposer ses valises chez lui, et négligeant sa famille, il se rend sur le pont où trône immuablement l’Homme-tronc. Ils se parlent à peine, mais entre eux, il s’est établi une forme de complicité, d’empathie.

Toujours dans le registre semi-fantastique, L’Artiste, un rêveur qui se voit devant un piano, improvisant de magnifiques morceaux, ou écrivant un poème qui devrait lui assurer la notoriété. Seulement ce ne sont que des rêves, et lorsqu’il se réveille le lendemain, il est incapable de se remémorer ce qu’il a joué ou écrit. Et un soir, il rêve qu’il vole ou presque…

L’enfant refusé est une parabole sur la différence physique, tandis que Les métamorphoses de Batine démontre que vouloir trop bien faire va à l’encontre du but recherché. Et si cette dernière historiette dégage beaucoup d’humour, les autres en général sont beaucoup plus émouvantes, réalistes, en phase avec l’actualité à l’époque où elles ont été écrites. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont devenues désuètes ou obsolètes car certaines situations perdurent et reflètent un problème social qui est toujours de mise.

D’autres nouvelles sont plus personnelles, intimistes, comme Mon père, mon enfant, dans laquelle la narratrice évoque son enfance au Caire et ses relations avec son père.

 

Nul doute que cette femme de lettres et poétesse française, d’origine syro-libanaise, née au Caire le 20 mars 1920 et décédée à Paris le 6 février 2011, aura transmis à son fils Louis, et son petit-fils Matthieu dit M. ce sens de la poésie et de l’humanisme.

 

Sommaire :

L'artiste (Mondes Miroirs Magie. Flammarion. 1988)

L'enfant des manèges (Mondes Miroirs Magie. Flammarion. 1988)

Mort au ralenti (Mondes Miroirs Magie. Flammarion. 1988)

L'homme-tronc et son voyageur (Les corps et le temps. Flammarion. 1978)

Mon père, mon enfant (A la mort, à la vie. Flammarion. 1992)

Le Grand Boulevard (Les corps et le temps. Flammarion. 1978)

Face aux violettes (Mondes Miroirs Magie. Flammarion. 1988)

L'enfant refusé (Mondes Miroirs Magie. Flammarion. 1988)

Les corps et le temps (Les corps et le temps. Flammarion. 1978)

Les métamorphoses de Batine (A la mort, à la vie. Flammarion. 1992)

Andrée CHEDID : L’artiste et autres nouvelles. Collection Librio N°281. EJL éditions. Parution mars 1999. 96 pages.

ISBN : 2277302813.

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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 05:55

Un héros inépuisable !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 5.

Nul mieux que Brice Tarvel pouvait devenir, sans conteste possible, le nouveau biographe officiel d’Harry Dickson.

De par son imaginaire, son sens de l’intrigue, sa linguistique riche, son sens de l’humour à froid, il incarne la continuité et en même temps le renouvellement dans des historiettes qu’auraient pu rédiger le Maître de Gand. Mais peut-être avec plus de dérision et le côté débonnaire de celui qui ne se prend pas au sérieux, sans pour autant se moquer de ses lecteurs.

 

Deux nouvelles enrichissent la liste déjà conséquente que Brice Tarvel consacre à ce héros né, comme bien d’autres, de l’imaginaire teuton et dont la saga fut réécrite ou imaginée par Jean Ray et quelques continuateurs dont Gérard Dôle et Robert Darvel : La forêt des dieux et Les voleurs d’ombres.

 

La forêt des dieux :

Lorsque la brave Vespasia Plimpton aperçoit de sa fenêtre, qu’elle avait ouverte non par curiosité mais pour y déposer sur le rebord une délicieuse et odorante tarte aux orties fumante, un homme courir comme un gamin et affublé, à la façon d’un Peau-rouge de cinéma à demi-nu, de plumes et autres objets vestimentaires tel un sauvage et s’enfoncer dans la forêt proche, Vespasia est estomaquée par ce comportement étrange déployé par un homme pourtant bien connu des habitants de Crowborough puisqu’il s’agit de l’apothicaire du village.

Elle fait part de sa vision à son mari Timothy, un vieil homme cloué dans un fauteuil roulant suite à une blessure récoltée lors de la guerre des Boers en Afrique du Sud. A l’épicerie du village, les langues vont bon train entre les commères qui lisent la gazette locale. La fille du garagiste a eu le crâne fracassé alors qu’elle cueillait en toute innocence des cryptogames. Naturellement la faute en incombe à un rôdeur malveillant, une supposition rapidement établie lorsque l’on ne sait rien des événements. Et pourquoi ce rôdeur ne serait-il point l’auguste Augustus, l’apothicaire, comme le suggère Vespasia, puisqu’elle l’a vu brandissant une sorte de hache ?

L’épicière avance une solution fiable. Son commis est apparenté avec Mrs Crown, la gouvernante d’Harry Dickson, le Sherlock Holmes qui n’est pas de papier. Aussitôt prévenu par téléphone, non portable, le célèbre détective se rend dans la charmante localité en compagnie de son apprenti aide-assistant, Tom Wills. Leur premier réflexe est de se rendre au poste de police afin de s’entretenir avec le pharmacien placé en geôle. Celui-ci éructe des mots incompréhensibles qui pourraient être des éléments de langage des habitants du Yucatan. Et dans sa vitrine trône une statuette de Yum Cimil, le dieu de la mort des Mayas. Et ce n’est pas tout car d’étranges effigies effrayantes sont érigées un peu partout dans la forêt, jusqu’à un manoir construit sur une île au milieu de l’étang communal, ce qui n’est pas commun. Une lettre émanant du frère du châtelain incite les deux détectives à se rendre au pays des Mayas.

 

Les voleurs d’ombres

Imaginez qu’un jour, alors qu’il fait beau et chaud, ou inversement, un individu marche par inadvertance sur votre ombre, la recueille et l’emporte chez lui. Un phénomène qui se produit par deux fois dans le quartier londonien de Peckham.

C’est ce qui arrive à Basil (Où vas-tu Basil… ?) Dobson qui vient de perdre son meilleur ami, noyé au cours d’une partie de pêche. Il a besoin d’un costume neuf pour enterrer son copain mais il est désargenté. Avec cette ombre qui ressemble à un morceau de tissu, il pense que sa femme va pouvoir lui confectionner l’habit adéquat pour cette cérémonie funèbre.

Au début de son récit, sa tendre épouse ne croit pas en ses racontars, d’ailleurs son haleine alcoolisée ne plaide guère en sa faveur, mais elle est bien obligée d’avaler cette fable. Les deux coupons de tissu, enfin prétendus tels, sentent la poussière et la miction canine.

Seulement ce tissu transformé en ébauche de costume possède une propriété qui se traduit par des fourmillements, et provoque des envies. Il faut absolument que Basil possède un bouquet de fleurs et un sifflet. Les dits objets en main, Basil retrouve sa sérénité.

Des individus peu scrupuleux l’ont aperçu alors qu’il ramassait à terre ce faux tissu ombré, et un malfrat nommé la Fouine Rouge s’introduit de façon fracassante chez le couple Dobson et oblige l’homme à lui remettre ses chaussures. Car c’est une chose sûre, les souliers sont magiques, comme si du chewing-gum était collé sous les semelles, retenant les ombres vagabondes. Et la Fouine Rouge a bien l’intention d’en faire un commerce pas forcément équitable.

Harry Dickson et Tom Wills sont amenés à enquêter sur ces étranges procédés car l’appétit de la Fouine Rouge et ses comparses est insatiable et provoque de nombreux incidents qui dégénèrent.

 

Deux historiettes, l’une rurale, l’autre urbaine, fertiles, comme l’imagination de l’auteur, en rebondissements et qui retiennent l’attention du lecteur, qui en redemande, par leur brièveté et leur densité, leur force d’évocation.

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 5. Collection Absinthes, éthers, opiums N°52. Editions Malpertuis. Parution novembre 2019. 146 pages. 12,00€.

ISBN : 978-2917035726

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 05:05

La romance d’Eros ou du héros ?

Frédérique TRIGODET : Romanceros.

Trois nouvelles, trois tranches de vie, trois histoires simples qui démontrent que souvent en peu de lignes, on peut écrire des textes émouvants sans se perdre dans de longues circonvolutions.

Et Frédérique Trigodet prouve, à ceux qui du haut de leur suffisance déclarent qu’ils n’aiment pas tel genre et que d’ailleurs ils n’en lisent jamais, que les romances peuvent procurer du plaisir littéraire. Et même se montrer plus subtiles que des textes édités par des maisons d’éditions placées sur le haut du pavé.

Et lorsque j’ajouterai que ces trois nouvelles ont eu l’heur de paraître dans un hebdomadaire féminin, Nous Deux en l’occurrence, ces mêmes chroniqueurs devraient réviser leur jugement négatif et s’intéresser à un pan de la littérature au lieu de la dédaigner sans la connaître. Des préjugés qui ne devraient pas être de mise et qui démontrent une intolérance inacceptable.

Mais et si nous abordions le vif du sujet ?

 

Dans Cœur perdu dans les dunes, nous faisons la connaissance d’une quinquagénaire qui est victime de troubles de surmenage, d’épuisement professionnel (Burn-out, en français). Le boulot d’abord, car elle a hérité des dossiers en instance depuis quelques mois à cause d’une collègue absente. Et puis avec Alex, son mari, ce n’était plus ça et il s’est installé dans un petit chez lui, en attendant la vente de leur maison. Une accumulation de petits faits qui lui sont tombés dessus, et la fatigue s’est installée entraînant le dégoût de tout.

Alors elle a décidé de changer d’air et de passer un certain temps dans un mobil-home au bord de la mer. Elle sort tous les jours aspirant avec volupté l’air du large, et lit beaucoup. Le gérant du camping, un jeune homme, assez bavard, et sa femme ne sont pas débordés en ce mois de novembre. Sophie est invitée à une petite soirée regroupant les quelques personnes qui résident au camping, une façon comme une autre de s’intégrer dans la petite communauté. Et c’est ainsi qu’elle remarque un homme seul, Erik. Ils vont se revoir…

 

Marin, dit Marin des montagnes, devait tenir un gîte rural. Un projet qui tombe à l’eau car depuis que Samantha, sa compagne, est partie avec un berger, il n’a plus envie de recevoir des touristes. Alors il procède aux annulations, le cœur gros. Et il s’occupe comme il peut, coupant du bois, en prévision de l’hiver prochain, son esprit obnubilé par Sam. Une femme dans sa vie, cela ne s’efface pas d’un coup de gomme. Un jour, une jeune femme se présente. Elle n’a pas reçu le courrier dénonçant la location. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’était son ami qui avait procédé aux démarches. Mais il l’a quittée et elle a tenu à se rendre quand même sur les lieux où ils devaient passer leurs vacances.

 

Découvrir sur sa boîte aux lettres un petit bout de papier sur lequel est inscrit en petites lettres : Vous êtes la femme de ma vie ! n’est pas sans intriguer Anaïs, une jeune fille habitant dans un studio d’un immeuble lyonnais. Elle n’est pas chômeuse mais en recherche d’emploi, et donc elle ne roule pas sur l’or. Heureusement, sa logeuse est une amie de sa grand-mère, ce qui déjà est un avantage, de plus elle s’entend bien avec Ginette. Donc elle lui en fait part. Mais elles ont beau recenser les autres locataires de l’immeuble, elles ne voient pas qui pourrait s’amuser à déclarer sa flamme à Anaïs. Les petits mots doux se collent sur des Post-it d’amour.

 

Trois nouvelles, qui si elles sont publiées dans la collection Culissime restent chastes, ou alors légèrement sensuelles. D’ailleurs elles sont cataloguées Romance rose, premier degré sur l’échelle des valeurs de cette collection. Ce qui pour moi est nettement plus intéressant que de lire des textes trop évocateurs, pour ne pas dire suintant de liquide séminal, préférant être acteur plutôt que voyeur.

Frédérique Trigodet s’attache à ses personnages, comme si elle les connaissait intimement, et par contrecoup le lecteur aussi. Il est happé par ces textes agréables, à l’écriture soignée, dans des atmosphères parfois insolites mais pourtant si proches de l’aspiration de bien des personnes recherchant le calme ou la tranquillité ou vivant dans un immeuble qui n’est pas l’HLM de Renaud. Et le lecteur peut prolonger ces nouvelles selon sa sensibilité et sa logique particulière.

Un moment de plaisir et de détente qui pourtant emprunte à la vie ordinaire, quotidienne de tout un chacun. Et la démonstration que se montrer hautain envers des textes publiés dans des magazines dits féminins n’est pas de mise, alors que souvent on y trouve des textes prometteurs, dus à des auteurs tout autant talentueux.

 

Sommaire :

Cœurs perdus dans les dunes. Publié dans Nous Deux N°3775 du 5 novembre 2019 sous le titre : Rencontre sans paroles.

Marin des montagnes. Publié dans Nous Deux N°3656 du 25 juillet 2017 sous le titre : Un exil volontaire.

Post-it d’amour. Publié dans Nous Deux N°3739 du 26 février 2019 sous le titre : Petits messages d’amour.

Frédérique TRIGODET : Romanceros. Trois nouvelles numériques. Collection Culissime. Editions SKA. Parution 1er février 2020. 34 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407990

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 05:41

Posologie : une nouvelle le matin au réveil, une le midi après manger et une le soir au coucher.

Guy de MAUPASSANT : Misti et autres nouvelles.

Les nouvelles, cela se déguste. Il faut prendre son temps afin de les apprécier, pour ne pas être saturé, et tout mélanger.

Car les nouvelles de Guy de Maupassant se dégustent, chacune possédant un goût différent, une saveur différente, oscillant entre réalisme, humour parfois noir, et sociologie car l’auteur dépeint son époque d’une façon sarcastique mais au combien réelle et toujours d’actualité, avec naturellement quelques aménagements.

La plupart du temps, il s’agit d’une narration à la première personne, comme si l’auteur avait réellement vécu les épisodes décrits.

Par exemple dans Madame Hermet, l’auteur déclare : Pourtant les fous m’attirent toujours, et toujours je reviens vers eux, appelé malgré moi par ce mystère banal de la démence. Et c’est ainsi, alors qu’il visite un asile, un médecin lui propose de lui montrer un cas intéressant. Celui d’une femme qui se cache toujours derrière un voile, persuadée que son visage est marqué de cicatrices. Mais ce n’est que son imagination qui travaille, car sa figure est nette de toute marque diffamante. Mais cette peur, cette phobie remonte au décès de son fils qu’elle élevait seule, étant veuve.

 

Alors que notre narrateur aime les rencontres imprévues lors de ses déplacements, alors qu’aucun échange verbal ne se produit, pas même un sourire ou un regard, il croise en visitant l’Auvergne par trois fois une vieille dame en pleurs. C’est alors que celle-ci s’épanche, racontant le pourquoi de ses larmes. Un humble drame.

 

Dans Misti, le narrateur aime les femmes mariées, de préférence avec un homme possédant de l’esprit et du charme. Une condition pour que les relations entre les deux amants s’épanouissent mais lorsque le mari est absent, bien entendu. Seulement un problème existe entre lui et sa maîtresse du moment : un chat. Et peut-on faire confiance à un félin même s’il se love en ronronnant ?

 

Poursuivons notre balade littéraire et attardons-nous sur Blanc et bleu, une aimable déclinaison sur ces deux couleurs qui impressionnent le narrateur en villégiature près de Nice. Le blanc des maisons, le bleu du ciel ou celui de la mer, le blanc des cimes des montagnes enneigées vue d’un canot. Le marin en profite pour narrer une anecdote dont il fut le témoin, celle d’un homme les pieds nus dans la neige hivernale s’adonnant à une hygiène corporelle dans un but bien précis.

 

Dans L’endormeuse, le narrateur, qui reçoit régulièrement les journaux de la capitale, est intrigué par un article dénombrant huit mille cinq cents suicides en un an. Flânant sur les rives de la Seine, il pense à tous ces cadavres, morts dans des conditions souvent sanglantes, et bientôt notre promeneur fait un rêve éveillé, imaginant un immeuble dans Paris, à une époque indéfinie, et sur la façade duquel est inscrite la mention Œuvre de la mort volontaire. Son imagination divague. Une nouvelle qui date de 1889, qui n’est pas sans rappeler par certains points Le club des suicides de Stevenson, et se veut une légère anticipation puisque le responsable de cette Œuvre particulière situe sa fondation environ cinq ans après l’Exposition Universelle de 1889 justement.

 

Terminons ce léger tour d’horizon par Une page d’histoire inédite, dont l’action se déroule en Corse, patrie de Napoléon Bonaparte, alors qu’il est tout juste lieutenant-colonel. Donc en 1792. Deux clans s’affrontent, les Paolistes qui prônent une monarchie à l’anglaise et les Bonaparte qui soutiennent la Révolution. Un épisode qui aurait pu changer la face du monde, sans exagérer, car Bonaparte aurait très bien pu ne pas connaître son ascension militaire et devenir empereur.

 

Des nouvelles émouvantes, comiques voire ironiques, frôlant le surnaturel, la terreur ou la proche anticipation, revisitant l’histoire, sans oublier le charme, le burlesque, toujours empreintes d’une certaine poésie, et un regard porté sur ses concitoyens non dénué d’humanisme, telle est la riche palette de ce nouvelliste que l’on ne cesse de redécouvrir.

 

Sommaire :

Misti

Humble drame

M. Jocaste

Madame Hermet

Blanc et bleu

L'endormeuse

Le mariage du lieutenant Laré

Une page d'histoire inédite

La main d'écorché

Coco, coco, coco frais!

Ma femme

Alexandre

Le père Judas

Un million

Le voyage du Horla

La peur

Les caresses

Un fou ?

La tombe

Le donneur d'eau bénite

Guy de MAUPASSANT : Misti et autres nouvelles. Le Livre de Poche N°2156. Parution 4e trimestre 1968. 256 pages.

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 05:27

Ô rat, ô désespoir… !

Bram STOKER : L’enterrement des rats et autres nouvelles.

Le nom de Bram Stoker est indéfectiblement lié à celui de Dracula. Pourtant cet écrivain britannique, d’origine irlandaise, n’a pas écrit que ce roman emblématique de la littérature fantastique du XIXe siècle.

Il est également l’auteur de quelques nouvelles hautement recommandables dont les quatre qui figurent dans ce recueil et mettent en avant des thèmes différents, dont le fantastique n’est pas le moteur principal.

C’est l’horreur, le frisson, la terreur, la frayeur et l’angoisse qui imprègnent ces quatre textes dont la teneur n’est aucunement atteinte par la limite d’âge. En effet parfois, on peut lire, découvrir des nouvelles, et des romans, qui suintent d’une sorte de rance parce qu’elles ont mal vieillies. Où qu’elles reflètent un temps révolu. Ce n’est pas le cas avec Bram Stoker qui défie le temps, et dont les continuateurs ne font que reprendre des idées en les adaptant dans un langage plus en adéquation à notre époque certes mais parfois avec moins d’élégance. Mais bien évidemment, ceci que mon appréciation personnelle, et nul n’est obligé d’adhérer.

 

Dans L’enterrement des rats, le lecteur est invité à se rendre dans la banlieue sud de Paris, à Montrouge exactement. En ce temps là, cette commune dépendait en partie de la capitale mais le quartier qui nous intéresse s’étendait en dehors des fortifications. De nombreux endroits étaient restés à l’état sauvage, une étendue en friche couverte de misérables baraquements construits de bric et de broc, et habités par des miséreux, la plupart du temps des chiffonniers.

C’est dans cet univers que le narrateur, qui qualifie cet endroit de Cité des Ordures, déambule, s’arrêtant parfois, liant la conversation avec les résidents, qui se montrent aimables ou non. Il visite quelques-unes de ces masures, et récolte au gré de ses conversations des histoires à faire frémir. Mais tout ce petit monde ne se montre pas aussi prolixe, et parfois, il se demande s’il ne vaut mieux pas côtoyer les rats qui fourmillent jusque dans les bicoques que ces personnages à l’aspect aussi crasseux que leur âme.

 

Une prophétie de Bohémienne prend sa genèse sur un terrain communal où se sont installés des forains. Après un repas arrosé, les protagonistes décident de se rendre sur les lieux qui jouxtent leur maison, et se laissent prendre au jeu de la divination. En effet, une Bohémienne leur propose de lire les lignes de la main, mais pour l’un d’eux ses prédictions sont fort étranges. Elle déclame : Voici la main d’un assassin ! L’assassin de sa femme ! Etrange prophétie mais la Bohémienne a-t-elle fabulé, vu réellement ce qu’il va se passer, ou tout simplement été induite en erreur lors de sa prétendue vision ?

 

Passer ses vacances en Ecosse, voilà qui réjouit le brave Arthur Markam, commerçant de son état et Londonien pur jus, c’est-à-dire un cockney, l’équivalent du Parigot. Et pour faire honneur aux habitants de ce rude pays, il décide de s’habiller en costume traditionnel confectionné dans un tissu qu’il a lui-même dessiné. Il ne veut pas qu’on le confonde, avec son kilt et son tartan aux couleurs multicolores, avec l’un des représentants de cette fière contrée et qu’on l’accuse de s’être emparé des couleurs d’un clan ou d’un autre. Et c’est ainsi qu’il rejoint l’Ecosse, accompagné de sa famille, ainsi déguisé, avec épée, poignard, broche et bourse en peau de chèvre. Mais il ne faut pas jouer, lorsqu’on est touriste, avec les traditions. Et un jour, Markam se promenant, voit son double s’enliser dans des sables mouvants, Les sables de Crooken.

 

Enfin, Le secret de l’or qui croît est un aimable (?) conte que n’auraient pas renié les frères Grimm, Andersen ou encore Charles Perrault. Lorsque Margaret et Geoffroy se marient, le village est étonné, car les deux familles entretiennent une solide inimitié séculaire, ou presque. Rapidement le torchon brûle et tout est bon pour entretenir la flamme de la discorde. Et lorsque Geoffroy décide de se venger d’un affront, il n’y va pas de main morte. Il brutalise Margaret qui décède en tombant sur une pierre du foyer. Il enterre le cadavre sous le foyer mais bientôt les cheveux blonds de la jeune femme commencent à pousser entre les interstices.

 

Quatre nouvelles différentes dans le fond et dans la forme, qui souvent prêtent à sourire mais entretiennent plus l’angoisse, la frayeur et la terreur que le fantastique proprement dit, sauf dans la dernière. Mais n’est-ce que divagations dans l’esprit des protagonistes ?

Ces nouvelles ont été éditées ou rééditées à de multiples reprises dans des recueils dont notamment au Fleuve Noir, Omnibus, accompagnés d’autres nouvelles et romans.

Librio, une collection à petit prix mais qui propose de remarquables ouvrages. La fête du lecteur impécunieux !

 

Sommaire :

L'enterrement des rats (The Burial of the Rats – 1874)

Une prophétie de bohémienne (A Gipsy Prophecy – 1883)

Les sables de Crooken (Crooken Sands – 1894)

Le secret de l'or qui croît (The Secret of Growing Gold – 1897)

Bram STOKER : L’enterrement des rats et autres nouvelles. Librio N°125. Parution juin 1996. 96 pages.

ISBN : 9782277301257.

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 05:03

Ils sont venus, ils sont tous là,
ils vont nourrir la mamaaaa !

Collectif : Treize à table ! 2020.

Comme il y a de plus en plus de repas à distribuer, les cuistots de Treize à table ont recruté quelques nouvelles petites mains. Ce qui fait que cette année ils se retrouvent à dix-sept autour des fourneaux pour préparer quelques agapes en toute simplicité. Mais un repas copieux, comme le démontre la carte ci-dessous.

Comme je suis gourmet, mais pas gourmand, et que je suppose que tout comme moi, vous ne reprenez pas de tous les plats, préférant en laisser aux autres convives, je ne vais m’attarder que sur quelques-uns des textes savoureux proposés.

Pour certains, je ne les ai pas appréciés à leur juste saveur, mais comme tout un chacun, je possède mes préférences culinaires et littéraires.

Donc je passerai rapidement sur Voyage en novlangue de François d’Epenoux, qui comme son titre l’indique, est un exercice de style sur les nouveaux mots en importation directe des vocables anglo-saxons. Commencé mais pas fini. Le premier paragraphe m’a suffi. De même, je n’ai pas apprécié outre mesure les nouvelles de Karine Giebel et de Yasmina Khadra, qui fouillent le cœur, peut-être un peu trop, et remuent les tripes.

La curiosité est un vilain défaut parait-il. Ce n’est pas la curiosité mais l’indiscrétion qui est à blâmer. Et donc, ayant lu ici et des éloges concernant Nicolas Mathieu et de son prix Goncourt, que je ne pouvais quand même pas le mettre de côté. Ouais, bof. Une parfaite soirée aurait été parfaite si elle n’était pas encombrée de marques publicitaires (mais après tout c’est peut-être le gagne-pain de l’auteur) et de ces petites choses qui me hérissent, allez donc savoir pourquoi.

Mais ce ne sont que les amuse-bouche, et chacun peut y puiser à volonté, prendre les uns et dédaigner les autres.

 

La croisière ne s’amuse pas, de Françoise Bourdin, met en scène un couple qui se délite. Juliette et François entreprennent un voyage en mer Baltique, mais ils ne conjuguent pas le même intérêt pour ce qui leur est proposé. François s’attarde un peu trop souvent au bar, la boisson étant comprise dans le prix du voyage, tandis que Juliette, au cours des étapes qui sont prévues, préfère visiter les musées. Le naufrage n’est pas loin, à moins qu’un gilet de secours leur soit tendu.

Avec Michel Bussi, nous faisons la connaissance de Dorothée, une impénitente bavarde. Le narrateur doit convoyer la nouvelle perle automobile dont la sortie est prévue en 2020 et dotée de nombreux gadgets issus du cerveau perpétuellement en ébullition des ingénieurs du Technocentre de Guyancourt. Un voyage qui de Valencienne à Cabourg s’avère particulièrement pénible pour le conducteur, Dorothée, la nouvelle chouchoute du directeur, n’arrêtant pas de bavasser, de décrire les lieux traversés et de rappeler les règles de sécurité à observer par le conducteur.

Le système Bussi, le retournement de situation, fonctionne toujours, même si le lecteur futé se doute de l’épilogue.

Un Bribri à 300 kilomètres/heure de Philippe Jaenada me ramène quelques années en arrière lorsque je fréquentais les salons et festivals consacrés à la littérature policière, voire à la littérature tout court. Et ce texte me semble un épisode vécu par l’auteur, alors qu’il rentre d’un salon qui s’est tenu en Bretagne. Le retour par le train du romancier aurait pu être tranquille et propice à la méditation, s’il n’y avait eu des voyeurs intempestifs et festifs.

A soixante ans, la narratrice de Le voyage de ma vie, à laquelle Alexandra Lapierre prête la plume, végète. Son mari est mort d’un cancer dix ans auparavant et elle se morfond. Sa vie est grise. Ce n’est pas une vie de chien. Justement on lui donne un border-terrier et cet animal lui change des habitudes bien ancrées dans la morosité. Un soir elle rencontre un septuagénaire qui lui aussi promène sa chienne. Les deux animaux font connaissance et reconnaissance, et les humains en profitent pour échanger. Tant et si bien que Jacques, le prénom de cet ami, obligé de se rendre aux Antipodes, demande à celle qui envisage de refaire sa vie, de le rejoindre. Seulement, dans l’avion, elle est assise à côté d’une femme, de son âge, qui lui rappelle quelqu’un et pas forcément de bons souvenirs. Ce pourrait être humoristique si ce n’était émouvant.

Des plats principaux roboratifs, mais on en redemande en tendant son assiette.

 

Enfin, en guise de dessert léger et salé-sucré, Qui veut la vie de Romain Puértolas ? de Romain Puértolas justement. Tout comme dans la nouvelle de Philippe Jaenada, cela sent le vécu. Une expérience qui n’est pas à renouveler, et qui montre que le respect vaut en toutes choses. Traité sur un mode humoristique, ironique et par la dérision, cette histoire est une morale en elle-même à découvrir sans aucun complexe. Une morale qui pourrait être déclinée ainsi : Allez-vous rhabiller !

 

Et voilà. C’est un peu court, je sais, vous auriez aimé que je développe un peu plus ou mieux certaines de ces nouvelles, mais vous ne resterez pas sur votre faim en les lisant vous-même.

Un heureux mariage des nourritures terrestres et des nourritures spirituelles !

 

 

Carte des plats :

BESSON Philippe : La fin de l'été

BOURDIN Françoise : La croisière ne s'amuse pas

BUSSI Michel : Dorothée

DIEUDONNE Adeline : Chelly

EPENOUX d' François : Voyage en novlangue

GIACOMETTI & RAVENNE : Le regard de Méduse

GIEBEL Karine : Les hommes du soir

JAENADA Philippe : Un BriBri à 300 kilomètres/heure

KHADRA Yasmina : Le beignet

LAPIERRE Alexandra : Le voyage de ma vie

MARTIN-LUGAND Agnès : Un voyage dans le temps

MATHIEU Nicolas : Une parfaite soirée

OVALDE Véronique : N'en déplaise aux modernes

PASCAL Camille : Le dernier voyage de l'impératrice

PUERTOLAS Romain : Qui veut la vie de Romain Puertolas ?

SLIMANI Leïla : Je t'emmène

Collectif : Treize à table ! 2020. Coédition Les Restaurants du cœur et éditions Pocket. N°17728. Parution le 7 novembre 2020. 336 pages. 5,00€.

ISBN : 978-2266305501

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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