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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 14:24

Bon anniversaire à Alain Demouzon, né le 13 juillet 1945.

Alain DEMOUZON : La petite sauteuse.

Parmi les nouvellistes Français de talent, Demouzon avec ce recueil s’est hissé au niveau des plus grands, Siniac et Daeninckx par exemple, damnant le pion aux Anglo-saxons, spécialistes de ce genre littéraire si difficile.

Demouzon possède ce talent qui prouve si besoin en était qu’il maîtrise parfaitement ce besoin et cette joie d’écrire qui font de lui un écrivain authentique et non superficiel.

Il faut dire que Demouzon a placé la barre très haut et que du temps où il écrivait des romans policiers, il a toujours su se renouveler dans le choix de ses intrigues, passant allègrement du roman noir au suspense tout en soignant son style. Un style élaboré, travaillé, fouillé, et pourtant limpide, agréable à lire. C’est ainsi qu’après une quinzaine de romans relevant du domaine du policier, il nous a offert un très beau Lune rousse, sur lequel je reviendrai.

Mais si nous revenions à notre Petite sauteuse, élément indispensable de l’art culinaire et gastronomique ?

Tout d’abord, vous vous assurez que votre batterie de cuisine est au complet, que tous les ustensiles sont à portée de main, que votre piano, en jargon de cuisine votre fourneau, est bien allumé et dégage une odeur propice à une cuisson douve, et préparons nos ingrédients.

Principalement de la viande, tendre, goûteuse, savoureuse, fondante sous la langue, persillée, grasse mais pas trop. 15% maximum. Faisons revenir doucement, laissons mijoter et relevons le goût avec un zeste de nostalgie, une grosse poignée d’humour noir, très noir, un filet de vinaigre, et rectifions l’assaisonnement d’une pincée de satire bien piquante, et servez chaud.

Humez ce fumet délicat et laissez-vous aller à déguster en connaisseur ces quelques nouvelles, en laissant fondre sur la langue ces phrases poétiques et ironiques.

Si, comme moi, vous vous montrez goinfres et dévorez en trois fourchetées cette subtile préparation, mijotée avec amour la Belle, vous serez agréablement surpris : pas d’indigestion occasionnant des effets nocifs sur votre organisme. Pas de lourdeur, pas de tendance à l’assoupissement, mais peut-être un léger regret, une déception en vous apercevant que ce que vous venez de déguster vous était proposé dans une assiette à dessert.

Alors, vous demandez timidement au maître queux s’il n’y a pas du rab ! Un plat qui allie la légèreté de la cuisine nouvelle au parfum, à la saveur, à l’onctuosité d’un plat rustique et familial longuement mitonné.

 

Sommaire :
La petite sauteuse

Le gril
Une fine fourchette
L’économe
Cocotte Minute
Le cul de poule
La passoire
Le faitout
Le hachoir
Moule à Charlotte, moule à madeleine.

 

Bon appétit, bien sûr !

Réédition revue et augmentée : Fayard. 24 nouvelles. Parution le 13 novembre 2003. 264 pages. 20,00€.

Réédition revue et augmentée : Fayard. 24 nouvelles. Parution le 13 novembre 2003. 264 pages. 20,00€.

Alain DEMOUZON : La petite sauteuse. Première édition : collection Mots. Seghers. Parution mai 1989. 150 pages.

ISBN : 9782232102547

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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 07:51

Un Alexandre Dumas éclectique !

Alexandre DUMAS : Blanche de Beaulieu et autres nouvelles.

Alexandre Dumas a beaucoup écrit et pas uniquement des romans ou des pièces de théâtre, je ne vous l’apprendrais pas. Des nouvelles également et des contes, éparpillés un peu partout dans divers supports.

Grâce à la Bibliothèque électronique du Québec, merci les cousins, nous pouvons découvrir certains de ces textes dans un recueil, dans une version Ebook, mais ne nous plaignons pas, nous lecteurs compulsifs, même si nous préférons les éditions papiers.

Au sommaire de ce recueil des nouvelles, ou contes, d’inspiration diverse :

 

Blanche de Beaulieu ou La Vendéenne :

Dans la soirée du 15 décembre 1793, non loin de Clisson, les Blancs et les Bleus se confrontent. Les Républicains, ayant à leur tête le très jeune général Marceau se battent contre les Blancs, les Royalistes. Ses hommes font prisonnier un paysan à l’air stupide et apparemment alcoolisé. Il est enfermé dans une chaumière, mais sans que Marceau et ses hommes y prennent garde, il peut compulser des documents en provenance du Général Westerman, le général en chef des armées républicaines. L’homme essaie de s’enfuit mais il est rapidement repris par l’ami de Marceau, qui n’est autre que le général Alexandre Dumas, le père du narrateur.

Le prisonnier servira de guide. Les troupes s’avancent dans la nuit, une bataille s’engage entre les deux partis, scènes de désordres et de carnages se confondent, un jeune Vendéen désarmé est blessé et demande grâce. Marceau le recueille et bientôt s’aperçoit qu’il est face à une jeune femme, Blanche de Beaulieu, qu’il vêtira d’habits républicains.

Un épisode de la guerre fratricide entre Vendéens et Républicains qui permet à Alexandre Dumas de mettre en scène et en filigrane une aventure de son père, le général Dumas, lequel ne sera jamais reconnu à sa juste valeur, à cause de son origine.

Cette nouvelle est le premier texte publié, en 1826, entre deux pièces de théâtre, et marquait les débuts de l’auteur dans le domaine du roman historique tout en étant un hommage à son père, décédé vingt-ans auparavant, alors que le futur romancier n’avait que quatre ans.

Chasseurs d’ours :

 

Chasseurs d’ours :

Un propriétaire terrien est mécontent, car un ours vient se sustenter nuitamment des poires qu’il cultive dans son verger. Il décide seul d’aller lui faire sa peau, refusant l’aide d’un voisin.

Ce conte nous ramène à la morale de la fable de la Fontaine : il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

 

Les enfants de la madone :

Deux gamins dans la forêt près de Naples, des orphelins qui se sont élevés tout seuls comme il est courant de le signaler, des bergers, tuent un jour un malfrat dont la tête est mise à prix. Et cette tête justement, ils la monnaient auprès des autorités locales, recevant une somme d’argent mirifique à leurs yeux et qu’ils s’empressent de dépenser dans les cabarets et maisons de jeux.

 

La main droite du sire de Giac :

En cette année 1425, entre Avranches et Pontorson, non loin de Saint James, le pays des tricots, le connétable Richemont combat les Anglais. Seulement la guerre, surtout celle de Cent ans, coûte cher et l’argent promis par le roi Charles VI ne parvient pas. Il lui faut payer ses troupes et il tente bien de les raisonner. Peine perdue, le siège qu’il avait minutieusement préparé capote. Peu après il se rend auprès du roi afin de lui demander des comptes.

 

Le cocher de cabriolet :

Alors qu’il travaille sur sa pièce de théâtre Antony, Dumas décide en ce 1er janvier 1830 de rendre visite à quelques connaissances afin de leur souhaiter la nouvelle année. Il hèle un cabriolet et en cours de route le cocher, devenu indépendant, lui narre une des aventures qu’il a vécues en compagnie de son ancien patron, prénommé Eugène, écrivain lui aussi. Une histoire qui se rapporte à une mise en Seine.

 

Aventures de Lyderic :

A la fin de l’an 628, Salwart, prince de Dijon, et sa femme Ermengarde reviennent de faire baptiser leur jeune fils Lyderic et traversent la forêt de Sans-Merci accompagnés d’une petite troupe. Ils sont poursuivis par des brigands ayant à leur tête Phinard, le prince de Buck. Ermengarde a juste le temps de déposer le poupon dans un buisson avant d’être capturée. Lyderic n’a que quelques mois et il est nourri par une biche qui lui offre son lait. Ensuite le gamin sera recueilli par un anachorète qui devient son précepteur. L’enfant grandit en force et en sagesse, jusqu’à ses dix-huit ans où il s’émancipe et part à la découverte du monde.

Dumas joue dans ce conte pour enfants et pour adultes aussi, ne boudons pas notre plaisir, avec des faits historiques mais surtout en incorporant des légendes mythologiques et des histoires de ses prédécesseurs. Ainsi la biche nourrissant Lydéric enfant, ou encore lorsque Lydéric devenu un adolescent plein de fougue combat un dragon, puis se baigne dans le sang de l’animal blessé à mort. Seulement, une feuille de tilleul se dépose sur son dos, offrant une partie vulnérable, et l’on pense immédiatement à la mère d’Achille trempant son gamin et le tenant par le talon.

 

Des contes et des nouvelles d’inspiration diverses, historique, romantique, familiale, des textes plus ou moins longs, parfois sous forme de pastiche, éparpillés lors de leur parution dans divers supports et qu’il est bon de découvrir ou redécouvrir, même s’il s’agit d’une version numérique.

A découvrir et télécharger gratuitement en suivant le lien ci-dessous :

D’autres lectures dumasiennes proposées :

Alexandre DUMAS : Blanche de Beaulieu et autres nouvelles. Bibliothèque électronique du Québec. Parution le 2 novembre 2009. 220 pages. Ebook gratuit.

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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 10:16

En ce temps-là j'avais vingt ans

Sur la télé en noir et blanc…

Et puis y avait le mois d'mai

Qui préparait ses pavés

C'est là qu'on s'est rencontrés

Mouchoir sur le nez…

Sous les pavés la rage. Recueil collectif.

Beaucoup en parle, peu l’ont vécu, ce temps de l’insurrection populaire qui aura marqué une époque et que l’on ne reverra plus malgré certaines tentatives, certains sursauts. La solidarité n’est plus ce qu’elle était et de nos jours, c’est chacun pour soi, et à bas les statuts et les privilèges… des autres.

Que reste-t-il de mai 68 ? Des espoirs déçus, des souvenirs, mais également des libertés acquises qu’il sera difficile, malgré les efforts d’hommes politiques et des factions intégristes de nier et de raboter. Quoi que, dans certains pays, c’est la régression qui prédomine.

Mai 68, ce fut un mouvement de générosité, pas toujours compris comme tel, et pas uniquement à Paris. Car la province elle aussi participa à ce vaste mouvement de rejet d’une forme esclavagiste gouvernementale et patronale qui étendait ses tentacules insidieusement, et l’on en parle un peu plus de nos jours, avec le recul. Sans se rendre compte que cette pieuvre, tel un crabe, recommence à bouffer les ouvriers et les étudiants. Et la répression est plus insidieuse. Personne n’aurait eu à l’époque l’idée de traîner en justice des ouvriers placés en situation de chômage pour une chemise déchirée.

Il y a eu les participants actifs à Mai 68, les étudiants qui ont été une sorte de catalyseur, les témoins passifs qui récupèrent aujourd’hui ce mouvement affirmant y avoir joué un rôle, se forgeant un passé revanchard grâce aux images diffusées par la télévision, ceux qui ne connaissent Mai 68 que par des souvenirs, émus ou non, de la part de leurs parents et de leurs amis, via les journaux, les écrits divers, les reportages et les ouvrages rédigés bien après, les archives qui sont de nos jours proposés à tous.

Mais Mai 68 ne se résume pas à Paris, bien avant la capitale, des villes ont subi des soubresauts, Caen par exemple qui dès le mois de janvier, le 26 exactement, connaissait les prémices de cette révolte avec la grève des ouvriers de la Saviem. Marion Chemin par exemple écrit un texte homage aux ouvriers du Joint français à Saint-Brieuc, entreprise qui l’une des dernières usines à reprendre le travail le 19 juin 1968.

De tous les textes rédigés pour ce recueil commémoratif, certains mettent en scène des actions prises isolément comme Alain Bellet qui raconte un épisode au cours duquel la Sorbonne est transformé en hôpital et voit s’affronter un général des pompier, tenant à la main une clé à molette, et un brigadier de CRS armé d’un bâton désirant entrer dans l’édifice à la tête de ses troupes.

Maïté Bernard nous propose de suivre Mario, un péruvien qui a écrit quelques années auparavant son premier livre, La ville et les chiens. Il assiste en spectateur à ces événements. Paris au mois de mai vécu par le Prix Nobel Mario Vargas Llosa.

Notre-Dame-des-Landes en janvier 2018. Pour Laurence Biberfeld c’est l’occasion de mettre en parallèle des événements qui se sont déroulés cinquante ans auparavant, à Nantes et ses environs, par les souvenirs d’une vieille femme qui a connu ces évènements et qui l’ont délivrée d’un environnement marital malsain. Un regard porté sur un syndicat agricole qui a profité des paysans qui lui ont tiré les marrons du feu pour assoir sa prépondérance.

Mai 68, ce n’est uniquement Paris, comme je l’ai déjà écrit, car d’autres événements secouaient la planète, étant plus ou moins occultés par les projecteurs placés sur la Capitale. Au Viêt-Nam, d’autres combats se déroulaient, comme le rappelle Martine Huet.

Roger Martin nous invite à retrouver ces anciens trublions, des fils de bonne famille, qui une fois la paix revenue et avoir bien éructé contre l’ordre établi sont devenus à leur tour des notables. Ils se réunissent dans une salle versaillaise afin de déjeuner grassement tout en ressassant quelques souvenirs, alors que le louffiat lui n’a pas oublié ses engagements.

Jeanne Desaubry met en scène Dany, Alain et quelques autres qui veulent investir un bâtiment réservé aux filles, elles qui n’attendent que ça, mais le gardien, un facho, leur en interdit l’entrée. Parmi ces jeunes filles Violette et Danette, qui vient du Sénégal, et qui lorsqu’elle ne porte pas de jeans s’attife en costume local de son pays. Danette qui plus tard connaîtra la consécration.

Maurice Gouiran, dans une sorte d’uchronie, revient sur cette défection du Général de Gaulle le 29 mai 1968, se rendant en Allemagne au lieu de Colombey comme annoncé.

Jean-Hugues Oppel, avec son ironie mordante habituelle nous offre une déclinaison des différents Mai 68 de l’Histoire, quant à Sylvie Rouch, elle place son histoire dans une petite ville provinciale, et préfectorale, qui ayant vécu les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, ne se préoccupait pas des bombardements de pavés parisiens. Elle revit un épisode douloureux, qui à défaut d’être compris, a été imputé à Mai 68 en compensation d’une véritable remise en cause familiale des motivations du drame.

Et comme nous le rappelle François Joly : Cinquante ans… Déjà !

Le plaisir de retrouver des auteurs qui se font discrets et se retrouvent avec plaisir dans les grandes occasions, adoubant aussi les petits nouveaux prometteurs, en l’occurrence Cloé Mehdi qui n’a pas fini de nous surprendre.

J’aurais pu (dû ?) vous disséquer tous ces textes dans lesquels beaucoup se sont investis personnellement, puisant dans leurs souvenirs de soixante-huitards, mais cela aurait été par trop déflorer ce qui est pour beaucoup d’entre nous une commémoration.

Frisson, friction, fiction, qu’importe le texte, ce qui compte c’est le souvenir que nous en gardons, et qui reste aujourd’hui comme des ressassements d’anciens combattants.

 

Je vous parle d'un temps,

Que les moins de cinquante ans,

Ne peuvent pas connaître,

Paname en ce temps là,

Balançait ses pavés…

 

Sommaire :

ARRABAL Diego : La lutte des classes tue en mai

BELLET Alain : Réglisse et la clé de huit

BERNARD Maïté : Viva Paris !

BIBERFELD Laurence : Et toc !

BLOCIER Antoine : Frédéric est réaliste : il exige l'impossible

BONNOT Xavier-Marie : L'année du singe

CHEMIN Marion : Quand les chiots deviennent des chiens

CONSEIL Odile : Comme au cinéma

DELAHAYE Dominique : Le goût du café

HUET Martine : La fin de la guerre du Vietnam

JOLY François : Cinquante ans... Déjà !

KRIVINE Alain : La grande obsession

MARTIN Roger : Dîner de gala

DEL PAPPAS Gilles : CRS Love

DAENINCKX Didier : Magasins réunis

FRADIER Catherine : Le temps des aurélies

DESAUBRY Jeanne : Viens là que j'te croque

GAUYAT Pierre : Je me souviens... de 1968

GOUIRAN Maurice : Le coup de Massu

MEHDI Cloé : M'appelle pas Camarade

MONDOLONI : Jacques        La colonie s'ennuie

MONTELLIER Chantal : Jouissons sans entrave !

OBIONE Max : Bunker

OPPEL Jean Hugues : Mais, 68

ROUCH Sylvie : L'herbe des morts

SAINT-DO de Valérie : Le golem de l'atelier

STREIFF Gérard : Le commissaire

VIEU Marie-Pierre : Vertige

VIVAS Maxime : De mai 68 à la maladie sénile du macronisme

WALKER Lalie : Affaire inclassable

Sous les pavés la rage. Recueil collectif. Editions Arcanes 17. Parution le 19 mai 2018. 296 pages. 20,00€.

ISBN : 978-2918721710

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 08:07

Et on récolte quand ?

Isidore LELONZ : Demain, on s’aime.

Plus connu sous le pseudonyme de Cicéron Angledroit, avec son personnage homonyme de détective privé, Isidore Lelonz joue dans un autre genre, qu’il maîtrise fort bien, afin de différencier l’auteur double qui est lui, le Janus écrivain.

Isidore Lelonz s’est spécialisé dans la nouvelle érotique et les deux contes qui sont présentés dans ce recueil virtuel lorgnent du côté de la science-fiction et de l’anticipation.

La première au titre éponyme du recueil nous emmène sur une lointaine planète annexée. Orian-Jean est content, heureux et fier. Le CAD, Conseil des Affaires Démographiques vient d’accepter sa demande ayant satisfait à tous les tests biologiques génétiques et héréditaires subis. Les naissances sont réglementées et il va pouvoir procréer selon la méthode qui lui conviendra. Oh, il n’a guère le choix. La méthode dite « naturelle », qui selon certaines sources serait la plus agréable. Ou la méthode normalisée, via le système d’insémination, la moins longue et donc n’empiétant pas sur les temps de loisirs. Avec l’avantage de choisir le sexe de l’enfant à venir.

Seulement, il ne sait pas ce qu’est la méthode dite naturelle et il lui faudra tout apprendre et surtout découvrir ce qu’est une femme.

 

La seconde de ces nouvelles, intitulée Diagnostic fatal, nous transporte dans des temps futurs, sur une planète nommée Roberta, en un lieu défini comme le Night-Club. Cent femmes vivent sur cette planète, neuf cents hommes, un quota maximum de mille personnes, pas un de plus. Les hommes travaillent à l’extraction de Géraminium neutroné tandis que les femmes sont à des postes de dirigeantes. Le soir, quand une soirée est organisée, la moitié des hommes sont conviés et servent à distraire les femmes et satisfaire leur besoin sexuel. Il y a peu d’élu et la suite se déroule dans des Baise-Box et ils se livrent à des jeux qui étaient imposés aux femmes quelques siècles ou millénaires auparavant.

 

La vision d’Isidore Lelonz sur notre avenir et l’avenir de la femme n’est guère optimiste, malgré ce semblant de liberté évoqué dans Diagnostic fatal. Le côté érotique est effacé par ce côté pessimiste, un sentiment qui sous des dehors humoristiques plane également dans les romans signés Cicéron Angledroit. Et naturellement, on ne peut que juxtaposer ce nouveau Janus des Lettres à un autre romancier à double facette : Dard/San Antonio.

 

Isidore LELONZ : Demain, on s’aime. Deux nouvelles érotiques. Collection Cullissime. Editions Ska. Parution le 3 avril 2018. 23 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023406948

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 09:25

Mais cet ouvrage est bien réel, lui !

Jean RAY : Le livre des fantômes.

Après une érudite préface modestement signée Les éditeurs, et dont la paternité est révélée dans la postface, préface qui se veut l’historique du Roman noir, lequel n’a rien à voir à cette appellation qui est une forme moderne du roman policier social, et est dénommé de nos jours roman gothique, peut-être à cause d’une origine germanique, nous entrons dans le vif du sujet

Publié en 1947 par une petite maison d’éditions belge qui fit faillite, cet ouvrage, qui ne comportait que des textes originaux, tentait de redorer un blason littéraire mis à mal après les années de guerre. Ce n’est pas tant qu’il s’occupa de politique durant l’Occupation, mais le fait qu’il collabora à des revues, dont Cassandre, qui étaient d’obédience germanique.

Or, et même si Arnaud Huftier fournit une explication selon laquelle Jean Ray pratiquait l’antisémitisme à travers ses personnages pour fournir un aspect scientifique, il est dommage que juste après guerre l’on puisse lire dans M. Wohlmut et Franz Benschneider, ce genre de phrases :

M. Wohlmut ne s’en étonna pas : les juifs polonais qui fréquentaient les marchés d’Holzmüde, affreux bonshommes gluants de crasse et de plique, offraient souvent en vente les plus étonnants objets.

Plus loin M. Benschneider affirme :

Ces juifs polonais, que Dieu confonde pour leur rapacité et leur malhonnêteté, ont parfois de bonnes choses.

C’est peu et c’est beaucoup dans un contexte qui se relevait difficilement des années nazies, et que les Juifs, Français et Polonais, avaient particulièrement soufferts de leurs exactions. Bien sûr on peut prétendre que Jean Ray ne se faisait que le porte-parole d’une partie de la population, et qu’il s’agit de fictions, mais quand même cela gêne aux entournures. De nos jours cet aspect est ressenti de manière plus prégnante, voire outrageante qu’il y a trente ou quarante ans. Les temps changent, les mentalités aussi.

Ce petit malaise évacué, malaise que ne ressentiront pas forcément tous les lecteurs, visitons quelques-unes de ces nouvelles, ou contes, dans lesquelles les fantômes font leur apparition de manière plus ou moins évanescente, des impressions dues à diverses circonstances.

Qui de nous, en effet, n’a jamais aperçu un individu que personne d’autre dans notre entourage distinguait. C’est ce qui produit dans Mon fantôme à moi, conte dans lequel Jean Ray se met personnellement en scène, revenant sur des épisodes marquants de son enfance ou de son adolescence, au cours desquels il voit, ou croit voir, un homme au foulard rouge. Les personnes à qui il en parle refusent de le croire ou au contraire sont apeurées, or peu après un incident dramatique se produit.

Maison à vendre est une histoire qui lui aurait été rapportée par un démonographe éclairé. Un fieffé voleur sauve un jour de la noyade le vieux chien d’un juge intègre et intraitable pour qui les circonstances atténuantes n’avaient pas cours dans les procès qu’il instruisait. Or lors du procès qui oppose ce détrousseur au juge, celui-ci ne pratique pas le reconnaissance, et il punit le sauveteur d’une peine de prison. Le juge habitait une vieille maison et lors de son décès, de nombreuses années plus tard, Merrick, le condamné, sorti de prison et qui s’est enrichi, achète cette demeure puis la met en location. Mais c’est un homme rancunier qui a mûri sa vengeance et l’histoire se perpétue après le décès du juge.

Les fantômes peuvent également revenir et hanter, sinon plus, les prisons et le bourreau qui officie à Pentonville ne se plaint pas car il arrive à sa centième victime. Une histoire narrée dans La nuit de Pentonville.

Dans La choucroute, Jean Ray nous offre deux interprétations de la Bible. Celle du Buisson ardent avec cette choucroute que veut déguster le narrateur qui se retrouve dans une taverne située dans une petite ville déserte, aux volets qui s’ouvrent sur des murailles, et dont il est l’unique client. Or cette choucroute flambée par les soins du serveur qui ensuite s’éclipse, devient brûlante et le narrateur n’a d’autre recours que la fuite, tentant toutefois de boire. Il casse une bouteille mais dépité se rend compte qu’elle est constituée de verre plein. Un éclat atterrit dans ses vêtements. L’épilogue pourrait être une parodie de cette parabole entre Jacob et Esaü, le droit d’aînesse vendu contre un plat de lentilles.

Complétant le recueil initial du Livre des fantômes, titré également Gost book, des contes éparpillés et des poèmes sont proposés au lecteur qui découvrira une autre facette de Jean Ray. Mise à part ma petite réserve initiale, voici un nouvel opus digne de figurer dans la bibliothèque de tout amateur d’étrange et de mystérieux.

 

 

Sommaire :

Notice

En matière de préface par Jean Ray.

Mon fantôme à moi.

Maison à vendre.

La Choucroute.

M. Wohlmut et Franz Benschneider.

La Nuit de Pentonville.

L'Histoire de Marshall Grove.

La Vérité sur l'oncle Thimotheus.

Ronde de nuit à Koenigstein.

Le Cousin Passeroux.

Rues.

Après...

 

Autres publications :

J'ai tué Alfred Heavenrock.

Monsieur Sarrigue et le diable.

Dents d'or (Gouden tanden).

Nicolas Abdoon et feu son père.

L'Ombre casquée.

La Hantise des carrefours.

London News. Poésie

Sonnet au passant de minuit. Poésie

Transmutation. Poésie

Le Sonnet du beau crime. Poésie

Arnaud HUFTIER : Postface et Bibliographie.

 

Cet ouvrage a connu plusieurs rééditions qui sont présentées sur le site de NooSFère :

De Jean Ray, le lecteur curieux pourra également lire :

Jean RAY : Le livre des fantômes. Nouvelles. Postface et bibliographie établies par Arnaud Huftier. Alma éditeur. Parution 22 mars 2018.

ISBN : 978-2362792595

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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 09:22

Bon anniversaire à Didier Daeninckx, né le 27 avril 1949.

Didier DAENINCKX : Zapping.

Et si la part de vie, si nos faits et gestes, si la part d’impondérables étaient régis par la télévision ?

Bien sûr, ce n’est qu’une extrapolation de nos esprits enfiévrés par la présence quasi constante de l’étrange lucarne. Mais Didier Daeninckx s’est amusé, à l’aide ce recueil de nouvelles de démontrer l’influence parfois perverse, pernicieuse de cet hôte dont la présence dans nos foyer témoigne d’une subordination d’un être humain envers un objet.

Objets inanimés, avez vous donc une âme demandait le poète Lamartine. La télévision certainement peut se targuer de posséder cette conscience et d’en déployer ses mystères sans retenue par le truchement de ceux-là même qui l’animent.

Les jeux, débiles ou non, les reality-show, les prestations politiques, gangrènent les esprits avides de la bonne parole. Intoxication jugeront certains, mais intoxication délibérée de part et d’autre. De la part de ceux qui nous assènent leur point de vue ; intoxication des téléspectateurs, quelle que soit leur sensibilité.

Avec humour noir, pertinence et causticité, Didier Daeninckx égratigne et le lecteur pourra reconnaître, au passage, animateurs, journalistes ou émissions. Mais il ne faut pas croire, l’homme qui subit avec consentement les images diffusées n’est pas la seule victime. Les images ou les messages. Les pantins qui s’agitent dans l’aquarium à ondes hertziennes se trouvent parfois pris à leur propre piège.

Il suffit de rester lucide, de trier le bon grain de l’ivraie, et surtout de ne pas écouter ou regarder les sirènes en emmagasinant ce qui se veut être la bonne parole.

Les lecteurs assidus de Didier Daeninckx connaissent déjà quelques unes des nouvelles de ce recueil : Une question pour une autre, Bis répétita ou F.X.E.E.U.A.F.R. Ils pourront se régaler à la lecture de Cinq sur cinq, Une famille de merde, ou encore Voix sans issue.

En tout dix-neuf nouvelles, tranches de vie comme prises sur le vif qui vous feront regarder la télévision d’une autre œil. Mais avec l’invasion du matériel japonais ou coréen, vous me rétorquerez non sans malice qu’il était normal d’avoir les yeux bridés !

 

Réédition Folio N°2558. Parution 15 février 1994. 240 pages. 6,60€.

Réédition Folio N°2558. Parution 15 février 1994. 240 pages. 6,60€.

Didier DAENINCKX : Zapping. Recueil de nouvelles. Editions Denoël. Parution 27 août 1992. 212 pages.

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 14:19

C’est comme pour les œufs de Pâques, suffit de les chercher !

Monstres Cachés. Anthologie 2018.

Neuvième anthologie publiée par Imajn’ère, ce recueil, comme tous ceux précédemment publiés, est une aimable composition entre auteurs chevronnés et nouvelles plumes dont le sommaire est détaillé en fin d’article.

Si la présence d’un auteur comme Brice Tarvel est incontestable, la découverte d’autres noms m’a fort étonné, par exemple celui de David Verdier dont je ne connaissais que les romans de détection et meurtres en chambre close. Et à côté de ceux-ci, la présence de lauréats du concours Imajn’ère signifie un attrait sérieux pour une littérature souvent considérée comme futile.

Futile ? Oui mais au combien enthousiasmante, délassante, et surtout propice à amener de jeunes lecteurs à cette passion dévorante. Même si nos parents n’avaient de cesse de nous enjoindre à poser nos romans et à aller batifoler dehors, de profiter du bon air. Mais de nos jours, il veut encore mieux rester chez soi, à lire des ouvrages tels que celui présenté, que de se baguenauder, au risque de se trouver dans une rafle aveugle, surtout lorsqu’on habite en banlieue.

J’écris, j’écris, mais si je vous entretenais plutôt de ce qu’il y a à l’intérieur ? C’est ce pour quoi vous me lisez, non ?

Alors difficile de tout vous présenter, et difficile d’effectuer un choix parmi tous ces auteurs et toutes ces nouvelles. Tant pis, au risque de déplaire à certaines et certains, je vais me lancer et plouf, plouf, le premier qui lira sera :

Des choses au fond des yeux de Célia Rodmacq. Pourquoi celui-là ? Parce que le titre déjà m’attire, je pense que trouver quelque chose au fond des yeux au lieu d’au fond de… (complétez-vous-même les points de suspension) est porteur de générosité. Une introspection dans un esprit, celui du narrateur qui vit dans une pièce étroite, obscure, encombrée et malodorante. Portant la maison est grande, claire, vide et fade. Il l’aime quand elle est silencieuse, que Maman ne répare pas la voiture, que Papa n’écoute pas la musique, que Billie ne regarde pas la télévision d’où s’échappent les rires des dessins animés. Mais quand il est seul, c’est le calme, et il peut déambuler à loisir et regarder, examiner une photo. Pas de grandiloquence dans ce conte, mais une forme d’étouffement. Le reflet d’un monde vu par un narrateur qui ne se décrit pas, ne se connait pas, peut-être.

David Verdier, avec East end, november, nous envoie en 1888, à Londres et plus précisément dans le quartier de Whitechapel. Point n’est besoin, me semble-t-il de continuer mon développé concernant le tueur qui sévit dans cette nouvelle. Toutefois, David Verdier nous offre une théorie non négligeable dans ce qui constitue un mystère sur l’identité de cet adepte du couteau.

Brice Tarvel, un habitué des anthologies et grand romancier de l’Imaginaire, explore dans La prison de cuir un domaine dont un romancier Américain, qui fait toujours parler de lui et est l’objet de nombreuses études, fut le chantre. Son nom n’est pas cité, donc je m’abstiendrai, tout en précisant toutefois qu’Innsmouth sert de décor à cette aventure vécue par cinq jeunes gens, quatre garçons et une jeune fille, qui n’ont rien à voir avec un fameux club. Mais si Brice Tarvel s’immisce dans une histoire à référence, il n’emprunte pas, contrairement à ce qu’il a déjà produit avec Harry Dickson, à un personnage ou à un auteur, et garde son libre imaginaire dans une histoire digne de son célèbre prédécesseur.

Les morts ont toujours tort, d’après Roxane Dambre, qui situe sa nouvelle dans une agence dirigée par Isadora, une tueuse. Celle-ci vient d’accomplir un contrat, avec vingt-deux morts à son actif, et un personnage cauteleux lui demande de conclure un nouveau contrat. Mais Isadora n’est pas naïve et elle possède des alliés inattendus qui savent la seconder dans cette histoire de poker-menteur.

Avec Simon Sanahujas, nous voici transporté dans un monde qui n’est pas vraiment défini dans une époque qui ne l’est guère plus. Un monstre qui se cache là-dedans pourrait être une histoire mettant en scène Ulysse rentrant chez lui, ou le fils prodigue, ou tout autre personnage revenant au pays après avoir longtemps pérégriné, sorte de mercenaire à la Rambo. Toutefois, si Karn, c’est son nom, est le protagoniste principal, Sturnelle, une gamine, est bien plus qu’un faire-valoir.

Pour Thomas Geha, Le monde selon Minos est une projection dans l’avenir, mais espérons que ce qu’il pronostique ne se réalisera pas. Quoi que, d’apprendre qu’en 2027 vient de décéder Poutine n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Les événements politiques et scientifiques ponctuent la trajectoire de Jérôme Vergonnes qui, à trente-deux ans, survit à un accident de la route qui a coûté la vie à sa femme et ses deux jeunes enfants. Il est handicapé, sans emploi stable, et naturellement, l’un découlant de l’autre, grevé de dettes. Il fait un jour la connaissance d’une jeune femme et au bout de quelques mois, celle-ci lui propose de se rendre dans un pays d’Amérique centrale afin de se faire opérer.

Le mentor, le grand-prêtre, le grand manitou de ces anthologies, Jean-Hugues Villacampa avec Phenomenae NY nous propose de nous emmener aux Etats-Unis, en compagnie de Randolph Derleth, professeur d’occultisme, qui assiste en compagnie d’une jeune dame, Carmélia, à des événements étranges dans Central Park. Et de fil en aiguille, il va faire connaissance d’autres protagonistes dont le mari de Carmélia, John-Hugues, bouquiniste. Un clin d’œil, pour reconnait en ce personnage la figure même de l’auteur, et qui va en amener d’autres. Le thème central est l’annonce de la conjonction de cinq planètes, phénomène rare, en ce mois de juillet 2016, et dont la statue de la Liberté, va se trouver comme le clou de cette histoire. Et ce n’est pas parce qu’il est l’instigateur de cette anthologie, et des précédentes, que Jean-Hugues Villacampa se laisse aller. Enfin si, il se laisse aller dans un imaginaire débridé, mais il signe également la plus longue nouvelle du recueil.

Enfin, pour terminer mon petit tour d’horizon, suivons un auteur prometteur qui œuvre dans des genres divers sans se galvauder. Julien Heylbroeck, dont j’ai déjà eu le plaisir de vous présenter deux romans, s’immisce dans l’Histoire, relativement proche, ou plutôt dans la continuation de l’Histoire. Bleu, tel est le titre de son texte, et des bleus, l’homme qui se réveille dans une cave, lié à des tuyaux de cuivre en est marqué. Il se demande comment et pourquoi, il est arrivé dans cet endroit de désolation, et recherche dans ses proches souvenirs, ceux qui lui restent après une biture dans un bar, en compagnie d’un homme qui lui semblait inoffensif.

Et comme il faut parfois une respiration entre deux nouvelles, Patrick Eris s’est amusé à rédiger de petites brèves de comptoir littéraire. Quelques lignes, voire une page, pas plus, mais qui se lisent comme un petit blanc avalé vite fait entre deux boulots, une décompression qui n’est pas factice.

 

Un véritable choix vous est donc proposé parmi tous ces monstres, monstres cachés en nous, monstres humains, monstres mythologiques, monstres de papier, le rayon est bien garni et n’attend plus que les chalands en quête de sensations fortes.

 

 

Sommaire :

Préface de Caza, illustrateur de couverture et 20 images intérieures. Page 7.

Nouvelles de :

RODMACQ Célia : Des choses au fond des yeux. Page 11. Lauréate du concours Imajn’ère.

CEDE : Une si jolie chose ! Page 29. Lauréat du concours Imajn’ère.

REEVES J. A. : Une histoire de loyer. Page 51. Lauréate du concours Imajn’ère.

RAVAT Christian : La spécialité de Charcoin. Page 59. Lauréat du concours Imajn’ère.

CHAUDERON Samantha : Mort dans l'œuf. Page 79. Lauréate du concours Imajn’ère.

VERDIER David : East End, november. Page 99. Lauréat du concours Imajn’ère.

TARVEL Brice : La prison de cuir. Page 119.

DAMBRE Roxane : Les morts ont toujours tort. Page 141.

SANAHUJAS Simon : Un monstre se cache là-dedans. Page 161.

DAVOUST Lionel : Regarde vers l'ouest. Page 177.

HEYLBROECK Julien : Bleu. Page 211.

GREENE Beth : Un si beau costume. Page 225.

LEROY-RAMBAUD Martine : Les elligrées. Page 241.

LEBOULANGER Camille : Le chant du Profond. Page 251.

CALVIAC Audrey : Mon très cher monsieur Lapin. Page 273.

SONCARRIEU Pierre-Marie : Memento Mori. Page 283.

CUIDET Arnaud : Mon pire ennemi. Page 305.

LUCE Christine : AIRE3. Page 323.

GEHA Thomas : Le monde selon Minos. Page 343.

VILLACAMPA Jean-Hugues : Phenomenae NY. Page 353.

MALLET Sarah & Romain : Mais... qu'avez-vous fait gober à Solange ? Page 405.

CARPENTIER Francis : Tanatot. Page 423.

VERSCHUEREN Jérôme : La petite chose de Yuggoth. Page 443.

ERIS Patrick : Les brèves. Pages 49, 77, 117, 159, 209, 239, 271, 303.

Postface de Jean-Hugues Villacampa. Page 459

Les auteurs : Page 461.

L’illustrateur : Page 479.

 

En 2013, j’avais eu le plaisir (si, si !) de vous présenter Total Chaos, qui était le premier recueil publié par Imajn’ere. Et en compulsant le sommaire, réduit à l’époque, on peut se rendre compte que depuis quelques lauréats au concours ont tracé leur sillon avec leurs plumes trempées dans l’encre noire. Par exemple Julien Heylbroeck et Jérôme Verschueren qui ont offerts quelques bons titres depuis, aussi bien aux éditions du Carnoplaste qu’aux éditions Les Moutons électriques.

 

Pour vous procurer ce recueil, une seule adresse :

Monstres Cachés. Anthologie 2018. Imajn’ère. 17,50€ jusqu’au 25 avril 2018. Ensuite 19,00€. 484 pages.

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 14:04

C’est un jardin extraordinaire…

Chantal ROBILLARD : Zoo des chimères.

Imaginez un parc zoologique, celui de Vincennes par exemple puisqu’il vient d’être rénové entièrement, et un parc d’attraction, genre Disneyland, installés quelque part ailleurs que sur Terre et qu’un fort coup de vent, une tempête mémorable, un ouragan, une tornade, ont eu pour effet de ravager ces installations, de les bousculer, de quasiment les anéantir.

Une équipe est chargée de remettre en état tout cet ensemble, mais comme l’appât du profit n’est jamais bien loin, ce sauvetage se révèle pire dans son entreprise que si rien n’avait été fait.

Telle est la base de départ de ce qui est une mosaïque d’historiettes mettant en scène des animaux, ordinaires, il en faut, mais aussi fabuleux, sinon pourquoi parler de chimères dans le titre, dans un souffle onirique et poétique.

Comme dans tout texte d’obédience fantastique, construit comme un collage, on se sent au début un peu perdu, déboussolé, et l’on se prend à rêver, confortablement installé dans son fauteuil, à des personnages fabuleux évoluant dans un univers à construire.

Un bestiaire qui offre la possibilité à l’auteur de s’adonner à quelques contraintes, dans l’esprit de l’Oulipo, tout en plaçant quelques références littéraires.

Ainsi nous retrouvons légèrement déformés mais oh combien si vivants et si décalés, l’univers du Petit Prince de Saint-Exupéry ainsi que celui d’Alice de Lewis Carroll. Mais ça, ce ne sont pas des contraintes, juste des divertissements. Non, les contraintes se placent dans certains textes, dans le droit fil de l’esprit de Georges Pérec. Ainsi dans L’Eve des bêtes, n’apparait que la voyelle E, prenant le contrepied du roman La disparition dans lequel justement cette lettre avait disparu. Un conte qui demande de la part de l’auteur une grande rigueur tout en restant lisible.

Car il s’agit bien d’un amusement, pour l’auteur de franchir ou effacer des codes, mais également entre l’auteur et le lecteur. Et le lecteur participe à ce que l’on pourrait parler de challenge, en grignotant ces courtes nouvelles dédiées aux animaux. Car les humains, s’ils sont présents, le sont rarement et pas forcément comme des anges.

Retournons à nos moutons et à nos contraintes, qui ne sont pas des contraintes de lecture. Le blues de la belle boudeuse, rien que dans le titre on sent la prédominance de la lettre B. Eh bé ! Un tautogramme, ainsi se nomme cette figure de style. Et toujours dans la série, tiens voilà un tautogramme, Le Maraudeur aux yeux jaunes, nous offre une variation en abécédaire, et après complément d’enquête, comme un poème en vers libres.

Cela demande de la part du lecteur une certaine concentration, mais en même temps, il s’agit d’une récréation, une évasion dans un univers onirique, d’une détente et d’un jeu de réflexion.

Chantal ROBILLARD : Zoo des chimères. Editions Voy’[el]. Parution le 9 mars 2018. 124 pages. 10,00€.
12,50€ à compter du 1er avril.

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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 11:14

Hommage à Fredric Brown décédé le 11 mars 1972.

Fredric BROWN : La vie sexuelle sur Mars

Malgré son titre quelque peu accrocheur, mais qui est la traduction exacte du titre américain, voilà un petit livre (par le format mais non le contenu) qui se révèle à la lecture intéressant et passionnant.

Outre deux nouvelles policières inédites en France, sont inclus dans ce recueil un conte fantastique écrit spécialement par Fredric Brown pour ses enfants en 1930, Les prodigieuses aventures de Tagrid, et les deux premiers chapitres d’une étude consacrée à la science-fiction.

A signaler, qu’au moment de la parution de ce recueil en 1988, Les prodigieuses aventures de Tagrid sont non seulement inédites en France, mais également aux Etats-Unis.

Penchons-nous plus longuement sur les deux premiers chapitres de l’étude concernant la science-fiction et intitulée La vie sexuelle sur Mars. Une étude que Fredric Brown n’a pas menée à son terme puisqu’il n’a pas trouvé preneur pour son manuscrit. Pourtant que d’humour dans ce texte caustique mais aussi dérangeant, vis-à-vis de certains auteurs et éditeurs de S.F.

Tout d’abord il remet les pendules à l’heure et précise quels sont les droits et les devoirs d’un écrivain de S.F. et comment son roman doit être construit. Je cite :

La science-fiction est un fourre-tout. Elle représente la frontière de l’esprit et de l’imagination humaine. Elle est aussi littérature de l’imaginaire qui extrapole sur l’avenir en se basant sur des données scientifiques existantes.

Les petits coups de griffe qu’il assène ça et là ne sont pas dénués de fondement et dénotent une grande pertinence et une vision particulièrement acérée des problèmes scientifiques et politiques de l’humanité. Je précise que ce texte date de 1950.

Prenez par exemple un fusée du 4 juillet (le 4 juillet étant la fête nationale aux Etats-Unis) si vous arrivez à en trouver une, car la plupart des états interdisent la vente de tels feux d’artifice, jugés trop dangereux, pas comme notre jolie bombe A.

Edifiant, non ? Ou encore :

A l’heure où j’écris ces lignes, seuls deux gouvernements de par le monde ont les moyens de réussir dans une si vaste entreprise que le voyage dans l’espace. Et ces deux gouvernements y travaillent principalement, parce que l’autre s’en occupe également.

Autre petite phrase humoristique mais qui est pleine de bon sens :

Tel un historien qui se permettra de vous indiquer catégoriquement la personnalité de Marie-Antoinette ou de Cléopâtre, alors qu’il s’avèrera incapable de connaitre les sentiments qui animent sa femme ou sa maîtresse.

Outre ces petites phrases, Fredric Brown définit avec justesse le rôle de la Science-fiction et du fantastique, ou établit un parallèle amusant entre le Space-opéra et le western.

Dommage que Fredric Brown n’est pu ou voulu continuer cette étude, malgré le refus des éditeurs, car elle aurait sûrement bousculé des à-priori. Une étude qui se lit comme un roman. L’on comprend mieux la démarche littéraire de Fredric Brown, et pourquoi il est en marge dans sa production science-fictionnesque.

Un écrivain terriblement humoristique mais aussi extrêmement sérieux et exigeant dans son métier d’auteur.

 

Sommaire :

 

Stéphane Bourgoin : Introduction, pages 7 à 9.

La Vie sexuelle sur Mars (Sex life on the planet Mars), pages 11 à 59, trad. Stéphane Bourgoin.

Le Cadavre et la chandelle (The Corpse and the Candle / The Mildewed Night), pages 61 à 88, trad. Stéphane Bourgoin.

Une mèche de Satan (A Lock of Satan's Hair / Hair of the Dog), pages 89 à 124, trad. Stéphane Bourgoin.

Les Prodigieuses aventures de Tagrid (How Tagrid Got There), pages 125 à 184, trad. Gérard De Chergé.

 

Fredric BROWN : La vie sexuelle sur Mars (Sex Life on the Planet Mars – Traductions de Stéphane Bourgoin et Gérard de Chergé). Recueil de quatre nouvelles dont 2 inédites aux USA. Collection Série 33 N°16. Editions Clancier-Guenaud. Parution octobre 1988. 192 pages.

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5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 13:50

Une palette de nouvelles à la Seurat, un pointillisme littéraire.

Pierre BRULHET : DarKrün. Nouvelles.

Certains auteurs voyagent dans leur tête, et ils s’en trouvent bien, puisant leurs histoires dans un imaginaire personnel. D’autres ont parcouru le monde, enfin une grande partie, et ce qu’ils ont amassé comme images leur permet de faire profiter leurs lecteurs de leurs expériences et des narrations, légendes ou autres, récoltées par-ci par-là, tout en les embellissant et en apportant leurs propres mots, leurs propres envies, leurs propres divagations et ensemencer les fictions de leurs besoins et envies. Pierre Brulhet est une sorte de compromis entre les deux.

Pierre Brulhet est né en 1971 à Coutances dans la Manche mais conçu au Cambodge, et, comme tout bon fils qui se respecte, a suivi son père, coopérant, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire. En 1998, il obtient un diplôme d’architecte avec pour sujet de mémoire : Une base sur Mars. Tout un programme !

Et tel l’architecte, il construit ses nouvelles et romans d’abord dans sa tête, puis les couchent sur le papier, avec ce petit grain de folie sans lequel une histoire n’aurait aucun sel, aucun attrait, aucun goût.

Parmi les treize nouvelles que comporte ce recueil, la première, Le trésor de l’arbre aux fées, et la dernière, Les fantômes de Mars, me semblent assez représentatives de l’imaginaire de Pierre Brulhet.

Le trésor de l’arbre aux fées, qui aurait pu débuter par Il était une fois, prend pour décor le petit village d’Heugueville-sur-Sienne, non loin de Coutances. Un vieil homme qui loge dans l’auberge vient de narrer l’histoire de l’Arbre aux fées à cinq adolescents qui l’ont écouté religieusement ou ont pris son histoire pour une fable.

-C’est vrai ton histoire, Arthus ? demanda un jeune homme à sa gauche.

-Aussi vrai que je me trouve devant toi, Raoul.

Les cinq garçons, dont des frères jumeaux, sont dissemblable physiquement et mentalement. Mais ils se promettent de vérifier les dires du vieil homme et de se rendre selon ses instructions, près de la forêt de Bricqueville-la-Blouette, non loin d’un moulin à eau. Pour accéder à L’arbre aux fées, il faut attendre minuit précise, un soir de pleine lune et le rocher qui barre l’accès se déplace ne laissant passage qu’à une seule personne. Rendez-vous est pris et celui à qui échouera l’honneur de se rendre dans l’arbre aux fées sera tiré au sort avec un jeu de cartes. Il s’engouffrera et accèdera au trésor. Seulement l’heureux élu ne revient pas de son périple.

S’il fallait une morale à ce conte, il ne faut pas aller chercher bien loin. Parfois être différent des autres n’est pas un défaut mais un bienfait.

 

Les fantômes de Mars, nous emmène sur la Planète Rouge, alors qu’un couple d’explorateurs vient de se crasher à bord de leur rover. L’appareil est en position instable et risque à tout moment de s’écraser au fond d’une crevasse. John ressent un mal de tête épouvantable mais il s’inquiète pour sa compagne Margaret, dont le front est ensanglanté. Peu à peu elle revient à elle mais est encore faible. En dépit des consignes, ils décident de rejoindre, engoncés dans leurs scaphandriers, la base située à quelques heures de marche.

 

Entre ces deux nouvelles qui pourraient servir de cadre, Pierre Brulhet peint un tableau à la Seurat, des nouvelles en forme de pointillisme explorant toute la palette de l’auteur, avec le noir et le rouge en couleurs dominantes, avec des touches de vert, de rose et de jaune sable.

Le vert est destiné principalement pour ce que j’appellerai les contes du terroir ou contes normands, Trois amours, La cabane ou Signes. Trois amours est représentatif de l’humour ironique, avec ce vieillard qui narre à trois gamins l’histoire de Jean, leur pauvre père, en cette année 1798. Jean aimait trois femmes, mais il n’arrivait pas à se décider à choisir l’une d’elles pour convoler en justes noces. La cabane nous propulse au mois de juin 1944, alors que la soldatesque normande traque cinq soldats américains qui ont été parachutés dans la région normande. Le général Wolfhart décide de tuer des otages tandis que la jeune Mathilde, onze printemps au compteur mais six dans sa tête, assiste à ce qu’elle croit être une fête du village. Signes est une nouvelle personnelle puisque le narrateur pourrait être l’auteur, alors qu’à dix-sept ans il vivait à Coutances. Une randonnée organisée dans une carrière près de Coutainville alors que le narrateur est subjugué par les écrits de Lovecraft et que son livre de chevet est le Necronomicon ou Livre des morts. L’ombre de Lovecraft plane également dans La faille, puisque l’hôtel qui sert de décor se nomme L’Arkham hôtel.

Le jaune sable se rapporte aux contes africains comme Le long puits ou Spécimen. Specimen narre la quête de la tranquillité dans le désert, tandis que Le long puits se réfère aux origines du Vaudou, des zombies mais surtout du manque poignant d’eau ressenti par les habitants et surtout d’un gamin, Mamadou qui pense pouvoir tirer d’affaire les villageois, malgré les mises en garde de l’Ancien, la Mémoire du village.

Le rose se définit dans des nouvelles comme Le corset, dans lequel des jeunes femmes, Freaks Women Power Show se produisent dans un cabaret. William tombe amoureux de l’une d’elles, habillée d’un corset seyant, et il semblerait que ce soit réciproque. John Clint lui va se confronter aux Poupées, dans une galerie dite les Gorges Noires, et où évoluent des femmes surnommées Mademoiselle B., La Cavalière ou encore la Trompettiste, des poupées plus vraies que nature, habillées de latex.

Les jeux de téléréalité, le dépassement de soi, sont mis en scène dans DarKrün, nouvelle éponyme du recueil, sorte de course à travers le désert, puis les Rocheuses, pour accéder à la récompense. Un million de participants à une quête du Graal, une scène qui m’a fait penser à Marche ou crève de Richard Bachman, alias Stephen King, et qui pourtant est totalement différente. Le jeu encore avec Fantasm 13, auquel Damien a participé et gagné, lui permettant de séjourner durant un an sur une île. Seule contrainte entretenir l’île. Et le soir, grâce à son ordinateur, il se met en contact avec des créatures de rêve.

 

Le Noir et le Rouge dominent dans toutes ces nouvelles, dont certaines prennent pour thème l’Apocalypse, les spectres, l’étrange. Deux frères va même plus loin puisque Bek et Rek sont en Enfer. Mais Bek s’ennuie et il déclare qu’il voudrait mourir, ce qui est impossible lui déclare son frère, puisqu’ils sont déjà morts.

 

D’inspiration fantastique, un fantastique plus ou moins prononcé, ces nouvelles possèdent un point commun : La mort. Et c’est bien la Mort qui constitue le liant de l’ensemble de ces nouvelles, la Mort programmée, accidentelle, voulue, ou sous forme de dommage collatéral.

La mort dont chacun de nous porte le germe qui éclora un jour ou l’autre.

 

Pour découvrir l'univers de Pierre Brulhet, n'hésitez pas à visiter le site de l'auteur.

Pierre BRULHET : DarKrün. Nouvelles. Préface de Jean-Pierre Favard. Collection KholekTh N°28. Editions de La Clef d’Argent. Parution décembre 2014. 210 pages. 12,00€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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