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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 11:05

Pancho vit la révolution...

Marc VILLARD : Juarez 1911.

Seigneur... Et le cheval ?

Un vétérinaire, c'est le médecin des animaux, et il se préoccupe d'eux avant tout, d'où cette question primordiale.

Après la question traditionnelle, Qu'est-ce qu'il s'est passé ? après avoir écouté la réponse de Jim, le véto s'intéresse tout naturellement à l'équidé qui vient de se briser l'antérieur droit contre un rondin. Tout ça pour signifier qu'il ne peut rien.

Le père de Jim avait voulu débourrer une jeune pouliche mais il avait pris un coup de sabot en plein front. Fin de vie pour le père, et pour l'animal aussi car l'homme de l'art ne peut rien faire.

Un an plus tard.

Jim Parker a quitté la ferme familiale près de Durango, et on le retrouve installé à une table de poker de Cameron, à quelques kilomètres d'Albuquerque. Il détonne parmi les autres joueurs avec ses habits boueux de paysan. Seul son colt, bien en vue et prêt à servir, lui donne un air d'autorité et de mâle assurance.

Il se fait plumer, mais comment prouver qu'il est face à des tricheurs. Il ne possède plus un quart de dollar en poche. Alors il accepte la proposition d'un nommé Toni Hernandez, un américano-mexicain, qui veut bien lui prêter de l'argent mais avec une compensation à la clé.

 

En ce 7 mai 1911, les Mexicains sont en bisbille interne. Portofirio Diaz est sur la sellette, contesté par Madero, et le front nord est dirigé par Pancho Villa et Orozco. Ce n'est pas pour se mêler des affaires politiques qui se déroulent de l'autre côté de la frontière que Jim Parker doit se rendre à Juarez, mais pour laver l'honneur de Toni Hernandez.

C'est dans cette ambiance révolutionnaire que Jim Parker arrive à Juarez.

 

Le colonel Francisco Villa après la prise de Ciudad Juárez, photographie du 10 mai 1911.

Le colonel Francisco Villa après la prise de Ciudad Juárez, photographie du 10 mai 1911.

Délaissant le jazz et la musique en général, le temps d'une incursion historique, Marc Villard nous emmène à la frontière américano-mexicaine, du côté de Juarez, cette ville connue de jours sous le nom de Ciudad Juarez, pour son insécurité et ses cartels.

Un western guerrier doublé d'une aventure sentimentale, nouveau décor, nouvelle atmosphère, nouveau genre pour Marc Villard et ceci n'est pas pour déplaire les amoureux du roman d'aventures.

La révolution mexicaine associée aux noms de Pancho Vila, Zapata, Ciudad Juarez, des noms qui résonnent dans nos têtes nous renvoyant à des romans (ou des films) héroïques.

Marc Villard plonge un Américain fauché dans cette atmosphère avec pour compagnon l'œil du photographe qui suit les différents affrontements, John Forsythe. Une nouvelle voie à explorer pour Marc Villard qui, je l'espère, récidivera dans cette veine exotique.

 

Autres ouvrages de Marc Villard chez Ska éditions :

 

Marc VILLARD : Juarez 1911. Nouvelle numérique. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution Mars 2016. 1,49€.

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 09:58

Bon anniversaire à Didier Daeninckx, né le 27 avril 1949.

Didier DAENINCKX : La mort n’oublie personne.

Sous prétexte d’écrire un petit livre, une plaquette, en hommage aux Résistants du Nord et du Pas de Calais, et afin de mettre en lumière les faits d’arme de ceux que l’on nomme les sans-grade, le narrateur, armé d’un magnétophone, d’un carnet et d’un stylo demande à Jean Ricouart de lui dévoiler quelques épisodes auxquels il a participé durant la dernière guerre.

Ce qu’aujourd’hui on appellerait exploits et qui à l’époque n’étaient que péripéties quotidiennes. Le destin de Jean Ricouart pourtant n’est pas banal et l’homme est resté marqué, meurtri dans sa chair et son âme par la veulerie, la méchanceté, l’incompréhension, l’avidité de profiteurs de tout poil.

Il va se raconter, se soulager peut-être, expliquer comment il est entré par hasard dans la Résistance, comment il a participé à des sabotages, à des actions de représailles contre des collaborateurs, comment il a été capturé et comment il a vécu la déportation.

Le plus triste dans cette histoire, c’est que cet adolescent embringué dans des opérations auxquelles il ne comprend rien, se verra accusé de complicité de meurtre lors de son retour de déportation par un juge aux antécédents douteux et pétainistes.

Un passé qui va s’accrocher à lui comme la boue des marais artésiens se colle aux godillots. Les souvenirs sont comme l'eau d'une mare, on les croit enfouis à jamais au tréfonds de sa mémoire, mais qu’une pierre soit jetée et la vase remonte, éclaboussant tout d’une fange nauséabonde.

 

Avec minutie Didier Daeninckx se fait l’explorateur de la petite histoire contemporaine et ses romans sont toujours empreints d’amertume, de réalisme, ainsi que d’une pointe de révolte.

Les faits évoqués, dévoilés, ne sont pas toujours ceux recensés par des historiens officiels, comme si de les mettre sous l’éteignoir, de les occulter, des les oublier pouvait les laver de la honte dont ils sont entachés.

Daeninckx s’intéresse plus aux anges déchus qu’aux héros reconnus. La mort n’oublie personne, un roman noir situé entre corons et marais.

 

Ce roman a fait l'objet d'un téléfilm en 2008 et diffusé sur France 2 le 5 mai 2009. Les principaux interprètes sont Malik Zidi, Judith Davis, Natacha Lindinger, Erick Desmarestz, Sylviane Goudal, Philippe Duquesne, Yves Pignot, François Levantal, Alban Casterman, Myriam Boyer...

Première édition Editions Denoël. Parution janvier 1989. 190 pages.

Première édition Editions Denoël. Parution janvier 1989. 190 pages.

Didier DAENINCKX : La mort n’oublie personne. Réédition Folio Policier. Parution le 8 octobre 2015. 224 pages. 6,50€.

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 08:58

On ne peut pas dire d’un homme qui n’aime pas les enfants et les chiens qu’il soit

foncièrement mauvais ! 

Michaël MOSLONKA: Cette personne qui n'aimait pas les chiens.

Cette citation de W.C. Field n'est pas vraiment appropriée à l'odieux personnage qui vient de crucifier sur une planche un adorable (?) représentant de la gent canine.

Sénéchal, un policier qui a revêtu l'uniforme en 2006, inspiré par celui qui voulait nettoyer au Kärcher les banlieues parisiennes, fait cette macabre découverte en patrouillant dans les ruelles d'Arras. Près du chien éventré, un mur de livres et sous une tente le Liseux, un clochard absorbé par sa lecture. Celui-ci déclare ne s'être aperçu de rien.

A Béthune, Virgile David Blake, détective privé de rien sauf de sa mère, ancien policier reconverti, reçoit la visite d'une cliente qui s'obstine à ce qu'il effectue une mission. Retrouver un chien à l'aide d'une photo qu'elle lui met la photo sous le nez. En réalité il n'y a pas de clébard sur le cliché. Juste un pylône, une laisse et un collier. Il éconduit Hypoline Bilantier d'une façon cavalière et mande après sa secrétaire.

Cerise, une jeune fille au visage poupin, pas même vingt ans mais déjà un passé récent d'escort-girl, travaille pour V.D.B. depuis quelque temps. Mais elle demande à sortir, sans préciser la raison, sans dire pour combien de temps. Pendant de longs jours, puis de longues semaines, V.D.B. n'aura plus de nouvelles de cette fille-loup, surnommée ainsi à cause de la capuche ornée de fourrure blanche agrémentée de deux oreilles façon loup qui couvrent son chef, sa tête plus s'exprimer plus simplement.

V.D.B. se soigne à la codéine, une façon comme une autre de combattre les migraines récurrentes qui assaillent son cerveau. Il passe son temps à regarder des cassettes sur lesquelles il a enregistré les informations. Et des cassettes, il en possède plus que ça, donc il a le choix. Pour l'heure, Laurence Ferrari affirme que Ben Laden a été tué, mais ce n'est pas ça qui le fait sortir de son espèce de torpeur. Quelqu'un vient de carillonner à sa porte et lorsqu'il ouvre il fait face à Jean Dujardin, enfin son sosie. L'individu appartient à la police judiciaire de Lille et l'informe qu'un de ses anciens collègues, Sénéchal, a découvert un chien perdu avec collier, le fameux canin éventré. Jusque là rien que de très banal, sauf que le collier porte en inscription le nom du détective, V.D.B., mais en toutes lettres.

Jean Dujardin, Jordan Benoît de son véritable patronyme, était accompagné d'Amélie Laribi, capitaine de police à Auchel. Mais ce n'est parce qu'elle est capitaine que la situation est intéressante, c'est parce qu'elle fut le lieutenant de Blake, avant que celui-ci soit poussé vers la porte.

V.D.B. qui se morfond et s'inquiète de la disparition de Cerise, sa Griotte comme il aime à la définir, retrouve par hasard dans un bar son ami René, alias Rantanplan. René était parti d'exiler à Paris, suivant une gente dame qui s'occupe bien de ses petites affaires. Mais un coup de blues l'a incité à revenir à Auchel. Et V.D.B. va demander à René/Rantanplan de remplacer momentanément Cerise, le temps que celle-ci revienne. Il est bien gentil René, mais un peu ivrogne sur les bords, ce qui l'amène parfois à perdre le sens des réalités, mais pas celui de la camaraderie.

Il ne faut pas oublier parmi tous les personnages qui gravitent dans ce roman, outre les personnages déjà cités plus d'autres qui feront leur apparition, les pensionnaires d'un foyer-résidence pour personnes handicapées mentales. Et ces résidents vont jouer un rôle important dans ce récit, sinon je n'en parlerais pas. Evident non ? Et, j'allais oublier, le tueur de chiens, cet être improbable, qui lorsque cette histoire débute a déjà quelques cadavres de canidés à son actif, dans la semaine précédent le nouvel an, surnommé l'Equarisseur.

 

De Béthune à Auchel, d'Arras à Calonne-Ricouart, de Douai à Marles-les-Mines, avec comme point d'arrivée Espira de Conflent, en cette année 2012, alors que la campagne pour les élections présidentiels commencent à investir le paysage médiatique, Michaël Moslonka, qui n'est pas chien, nous entraîne dans une histoire mi-délirante, mi-émouvante.

Du tragique l'auteur bascule dans l'humour noir en un rien de temps, oscillant entre les deux genres comme la brave Hypoline Bilatier, qui requiert ses services, et est comparable physiquement à un culbuto.

Tous les personnages mis en scène possèdent leur petit grain de folie, et ils ne sont pas tous enfermés, mais tous sont touchants, voire poignants, donnant une aura particulière à ce roman noyé dans cette tragicomédie.

Et il ne faut pas oublier Virgile David Blake, V.D.B. qui tente de soigner une fracture qui le perturbe depuis des années et même plus.

Un roman qui se place entre les ouvrages désopilants, foutraques, baroques, signés Pierre Siniac et Charles Williams, et les romans noirs, suintant de désespérance, véritables descentes aux enfers de David Goodis ou Jim Thompson.

Terminons par deux petites citations pour briller en société :

Comment des politiques portant des responsabilités si importantes, ou aspirant à les endosser, peuvent-ils se laisser aller à aveugler ainsi leurs électeurs ?

Si les femmes savent gérer les complications, elles n'aiment pas les mâles qui se torturent les neurones. Au début elles les trouvent mignons, mais elles s'en lassent très vite.

Michaël MOSLONKA: Cette personne qui n'aimait pas les chiens. Editions Fleur sauvage. Parution le 4 septembre 2015. 392 pages. 19,80€. Existe en version numérique.9,99€.

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 07:45

Bon anniversaire à Philippe Huet, né le 24 avril 1942.

Philippe HUET : La poubelle pour aller danser.

A l’extrême pointe ouest du Cotentin, dans une nature aride, sauvage, se dressent des cheminées, des tumulus qui défigurent le paysage. La main de l’homme est passée par là, comme souvent, et les autochtones au début étaient contents, preneurs même, car « On » leur promettait monts et merveilles. L’usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague commence à vieillir. Mais à l’origine tous pensaient que cette nouvelle vache à lait allait remplacer avantageusement leurs troupeaux.

« Au début, j’étais comme les copains, je me suis dit que le pactole, pour une fois, il était pour nous. Les terres, ils nous en donnaient bien plus que leur valeur, et des petits malins se sont même mis à labourer des champs abandonnés depuis longtemps pour faire augmenter les prix. D’autres se sont encore mieux démerdés, ont négociés leur embauche dans l’Usine, ou celle d’un fils ».

Alors pourquoi tant de problèmes, pourquoi maintenant cette usine était-elle la vindicte de bon nombre de détracteurs ? Tout simplement parce qu’au départ, « les premiers ingénieurs qui arpentaient la campagne nous avaient parlé de l’implantation d’une usine de casseroles ou de plastique, ça dépendait des jours. Et puis après il y eut le secret défense ». Et l’endroit n’avait pas été choisi au hasard : « C’était le coin idéal, qu’est-ce que tu crois ? Un socle géologique ancien et stable à l’abri des tremblements de terre, des vents forts et de gros courants marins pour disperser leurs saloperies… Et puis le must ! Une presqu’île isolée et faiblement peuplée. Tu vois qu’on ne manquait pas d’atouts ! ».

Et tous ceux qui ont un rapport avec l’usine préfèrent se faire oublier. « L’omerta. Tout le monde ferme sa gueule, défend son beefsteak. Faut pas rêver ! L’Usine, c’est la vache à lait ! Un bon salaire, une bonne boîte et tout ce qui va avec. Ce sont les vrais cadors de la contrée, avant les élus, le préfet, et tous les autres. Le pactole nucléaire a mis La Hague sous tutelle. D’ailleurs, c’est un sujet tabou. Cohn-Bendit s’amène, tente de discuter, il s’en prend plein la gueule, est obligé de dégager vite fait… Lorsque Thalassa… - oui, Thalassa, ce n’est tout de même pas un nid de gauchistes ! – évoque le problème, c’est la patrie en danger ! ». Et je pourrais continuer ainsi car le sujet est loin d’être clos.

L’homme qui s’exprime ainsi, Mouloud, explique la situation à Gabriel Lecouvreur qui en tombe des nues. Et tout ça parce qu’un ingénieur qui venait de prendre sa retraite devait remettre un dossier ultraconfidentiel à Mouloud et ses copains, mais il n’en a pas eu le temps. Il a été retrouvé au bas de la falaise, salement amoché, par les rochers mais aussi par la balle qu’il a reçue dans la nuque.

Le Poulpe a fréquenté Mouloud, une référence à Mouloudji, il y a déjà bien des années, lors d’une manifestation à Plogoff dans le but de contrer l’implantation d’une centrale nucléaire, un projet d’aménagement “d’intérêt général” porté par l’État, mais qui avait avorté. Cela se passait entre 1978 et 1981. Gabriel ne reconnait pas ce vieux copain qui vient le relancer dans son refuge favori, Le Pied de porc à la Sainte-Scolasse. Faut dire que le fringant chevelu à la taille de guêpe est devenu un chauve bedonnant. Et c’est ainsi que Le Poulpe est amené à enquêter dans ce coin du Cotentin et découvrir un fleuron décati. Hébergé par Mouloud, Gabriel Lecouvreur fait la connaissance de quelques membres de cette organisation nommée Respire, et que devait contacter le défunt, lequel annonçait à tous qu’il possédait des informations sur des fuites de matière radioactive. Personne n’a voulu prendre ses assertions en considération, sauf justement Mouloud et consorts. Gabriel rencontre le maire et l’un de ses adjoints, mais ceux-ci sont trop inféodés à l’usine pour être fiables. Auprès de Charlotte, la jeune femme du mort, Gabriel apprend que le ménage ne tournait pas rond, une confirmation de ragots glanés ici et là. Il voulait vendre, se retirer en Lozère, alors qu’elle désirait rester sur place avec leurs enfants.

 

Philippe Huet, lauréat du Grand Prix de littérature policière en 1994 pour Quai de l’oubli, ancien rédacteur en chef adjoint de Paris Normandie, habite depuis quelques années dans ce coin de terre où ont vécu et sont enterrés Jacques Prévert et Alexandre Trauner, célèbre décorateur de cinéma. Il connait donc bien la région, et sa carrière de journaliste continue dans ses romans, avec des intrigues solides puisées dans des faits réels mais agrémentés par une imagination qui pourrait être prémonitoire. Il raconte ce qui pourrait être un fait divers, jetant un œil ironique sur quelques contradictions.

Ainsi l’un des interlocuteurs de Gabriel, qui ne porte pas Greenpeace dans son cœur, déclare : « Et à Greenpeace, ils nous font chier… Parce que fois qu’un convoi renvoie les déchets nucléaires retraités dans le pays d’origine, ils font leur cirque. Comme si nous étions condamnés à garder la merde du monde entier ! Merci, on était déjà bien au dessus des quotas… ». Parmi l’un des protagonistes de cette histoire, il me semble bien avoir reconnu en Paul l’agriculteur, une petite gloire locale (pas moi, je précise !) mais un agriculteur qui a eu les honneurs d’un reportage télévisé et a écrit en collaboration un livre de souvenirs. Un Poulpe de haute tenue qui fera découvrir la région à ceux qui entendent parler des problèmes nucléaires mais n’arrivent pas toujours à en avoir une vision exacte.

 

Philippe HUET : La poubelle pour aller danser. Le Poulpe 273, éditions Baleine. Parution 3 mars 2011. 164 pages. 8,00€. Existe en version numérique à 2,99€.

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 13:01

Maman les p'tits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes ?

Sandra MARTINEAU : Dernière escale

Evidemment non, pourtant l'un des passagers qui embarquent sur le Cruise Costantino en a eu, et des fameuses.

A trente cinq ans, Richard Dorval, ancienne gloire du football adulée des foules, ayant évolué dans les plus grands clubs européens, est au chômage. Licencié pour une succession de scandales, drogue, alcool et sexe, il n'a pas arrangé son aura familiale avec la parution de sa biographie.

Une petit croisière de six jours sur la Méditerranée pourrait sauver son couple qui part en lambeaux mais était-ce une bonne idée d'emmener les enfants, Eléonore, huit ans, et Matthieu, quatorze ? Seul l'avenir le dira, mais déjà à l'embarquement de petits accrochages perturbent une attente qui n'est guère cordiale. Richard a planté tant de coups de canif dans le contrat de mariage qu'il va sûrement avoir du mal à se faire pardonner. De sa femme Suzanne principalement. Mais Matthieu entre dans l'âge bête, l'âge ingrat, ingrat double même, et il est devenu grincheux, n'acceptant pas les remontrances venant d'un père qui fut souvent absent du foyer familial.

Quant à la petite Eléonore, elle est encore insouciante et traîne en permanence son doudou, monsieur Astro. Richard la couve, obnubilé par un épisode de son enfance. Il a toujours peur qu'il arrive quelque chose à Eléonore, qu'elle se fasse enlever. Déjà quelques années auparavant Eléonore a failli se noyer, alors que Matthieu était censé la surveiller.

Cet épisode douloureux le ramène à sa propre enfance alors qu'il était dans un jardin public avec sa sœur Lucie. Un moment d'inattention, et Lucie avait disparu, kidnappée par un inconnu. Un homme qui avait été retrouvé plus tard et emprisonné, mais Lucie était morte. Depuis les années ont passé et l'homme a recouvré sa liberté.

Un journaliste, qui a reconnu Richard, veut absolument le photographier et écrire un papier destiné à une magazine à sensation, ce qui lui permettrait de se faire un nom. Alors il le suit essayant de le prendre en photo et décrocher un entretien. Il pense réussir lors du pot d'accueil organisé par le commandant et son équipe dans la salle de théâtre. Le pacha présente une médium qui éventuellement donnera des consultations publiques ou privées. Or lorsque cette médium aperçoit Richard elle s'évanouit.

Un incident de parcours sans aucun doute. Mais qui ne sera pas le seul. Eléonore et Matthieu pourront s'occuper au jardin d'enfants, dont la responsable Alexia est particulièrement avenante. Ce qui n'arrange pas l'adolescent qui ne veut pas s'encombrer de sa sœur.

Les évènements se bousculent au portillon et bientôt Richard retombe dans ses travers, le sexe et l'alcool. Il faut dire qu'Alexia y est pour beaucoup, l'incitant à une réunion particulière où ils ne sont qu'eux deux. Seulement le journaliste toujours sur les bons coups les surprend dans une position non équivoque à leur insu. Et tournant en boucle dans l'esprit de Richard cette peur concernant un enlèvement de sa fille. Quant à l'alcool, il lui joue de mauvais tours. C'est ainsi qu'il se retrouve à l'infirmerie du bord, soigné par une accorte infirmière.

Suzanne est dans des dispositions contradictoires à son encontre, versatile dans son comportement. Parfois colérique, parfois enjouée, elle souffle le chaud et le froid sur leurs relations. Un détective, un homme en lequel Richard croit reconnaître le ravisseur de Lucie, des officiers qui tournent autour de Suzanne et dont elle a fait la connaissance lors d'une précédente croisière en compagnie d'une amie, autant d'individus qui se dressent devant Richard dont la raison tend à vaciller. Chaviré mais pas coulé.

 

Sandra Martineau monte le suspense comme on monte une mayonnaise. Le récit prend peu à peu de la consistance dans une sorte de huis-clos malgré les quelques milliers de passagers qui évoluent dans ce navire. Au début l'histoire semble tâtonner, les personnages se mettent en place progressivement, puis émergent des protagonistes qui prennent une posture prépondérante, et le lecteur est confronté à deux visions ou presque.

D'abord le récit de Richard entrecoupé d'une narration impersonnelle. Peu à peu, au cours des différentes escales, on sent la tension monter pour arriver à un final éblouissant.

Je retiendrai, par exemple, l'escale italienne avec la visite de Rome qui n'a rien de romanesque pour Richard, au contraire. Il subit des événements fâcheux, qui ressemblent à une descente en Enfer telle que David Goodis aurait pu en écrire et décrire.

Je suis arrivé au bout de cette croisière satisfait et comblé du voyage proposé qui comporte en guise de pot d'adieu un épilogue à double détente.

Sandra MARTINEAU : Dernière escale. Roman policier mais pas que... Editions Lajouanie. Parution le 15 avril 2016. 312 pages. 19,00€. Existe en version numérique à 12,99€.

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 13:49

Que deviennent les héros de nos lectures juvéniles ?

Michel PAGEL : Le Club.

Comme nous ils vieillissent, et subissent les tracasseries inhérentes aux adultes. Finis les moments d'insouciance, finies les aventures et les découvertes, la joie de se retrouver lors des vacances.

Trente ou quarante ans après avoir vécu des épisodes palpitants, surtout pour les lecteurs, François revient à Kernach, deux jours avant Noël. Il pensait que sa cousine Claude serait à l'attendre à la gare, mais ayant eu un empêchement elle a délégué comme chauffeur Dominique. François ne va pas tarder à l'apprendre, Dominique est l'amie de cœur et de lit de Claude, qu'elle appelle Claudine. Les temps changent. Cécile la mère de Claude est toujours vivante, mais ne quitte pas son fauteuil roulant. L'âge est passé par là. Et la tête n'est plus ce qu'elle était.

Ils doivent tous se retrouver dans la villa des Mouettes, cette bâtisse où ils ont passé leurs vacances. Tous ? Non, Dagobert est mort, bien évidemment. Il a terminé sa vie de chien, le fidèle canin qui a participé à leurs aventures.

François est devenu commissaire de police, est resté célibataire, et peut-être même qu'il n'a jamais connu de femmes. Sous des dehors d'homme sûr de lui, il a gardé des appréhensions enfantines envers les personnes du sexe, de l'autre sexe. Pas pour autant qu'il s'est tourné vers les hommes. Ce serait plutôt un misanthrope.

Débarquent Pilou et sa jeune compagne Mélodie. Pilou, Pierre-Louis pour l'état-civil, qui est une pièce rapportée n'étant pas de la famille mais a partagé quelques-unes des aventures des quatre cousins. Pilou dont les conquêtes sont de plus en plus jeunes.

Annie et sa fille Marie arrivent elles aussi dans un véhicule déglingué en provenance du Cantal où elles vivent depuis une dizaine d'années. Le parcours d'Annie est chaotique. Marie est le fruit du troisième mari d'Annie, qu'elle n'a pratiquement pas connu. Comme les deux précédents, il a quitté Annie et depuis celle-ci vivote d'expédients, d'alcool et de cachets contre la déprime permanente qu'elle traîne comme un boulet. D'ailleurs Annie aussi elle traîne Marie comme un boulet et la gamine se ramasse les torgnoles comme grêlons lors d'un orage.

Seuls Mick et Jo arriveront un peu plus tard. Ils vivent au Canada, mais promis ils seront là pour Noël. Mick, le quatrième de la bande, le frère de François et d'Annie. Jo, la Gitane, une rapportée elle aussi et que François n'apprécie pas du tout. Son côté misogyne.

Faut dire que depuis le cataclysme, du moins cet événement considéré comme un immense et brutal bouleversement dans leur vie, les relations ne sont plus les mêmes entre les quatre anciens gamins devenus adultes. Chacun a fait sa vie, comme il a pu, pourtant restent les souvenirs.

Claude a parfois des absences, ou plutôt elle se sent projetée ailleurs, sur une plage du Dorset, se trouvant en présence d'un chien et d'enfants qui rappellent étrangement les gamins qu'ils furent il y a fort longtemps.

La neige commence à tomber et le lendemain les cousins et amis ne peuvent sortir de la villa. La neige bloque tout. Cécile, la mère, est retrouvée morte. Elle porte d'étranges traces qui laissent à penser qu'elle a été assassinée. Pourtant aucune trace de pas n'est visible dans cet épais manteau blanc.

Un véritable huis-clos étouffant, malgré la froideur de la température extérieure, englue les habitants de la demeure. D'autres morts ponctueront cette journée et Mick n'est toujours pas présent, accompagné qu'il devrait être de Jo.

 

Lorsque les personnages de papier prennent vie, cela donne une nouvelle dimension à leurs aventures passées, mais également un éclairage sur leur nouvelle vie.

Mélodie met les pieds dans le plat au cours du repas qui suit les retrouvailles :

Quand Pierre-Louis m'a dit qui vous étiez, je ne l'ai pas cru. C'était vraiment vous, les héros de ces bouquins ? Il vous est vraiment arrivé tout ça ?

Complétant ces questions innocentes, Mélodie affirme les avoir tous lus, dans les versions cartonnées et même les suites. A quoi Annie s'insurge, niant ces derniers ouvrages qui ne furent que pures fictions. Mais les membres du Club n'aiment pas parler du passé. Claude temporise. Mélodie se demande comment ces romans ont été écrits, si ce sont eux qui ont raconté leurs aventures ou bien si leurs parents s'en sont chargés. Elle ne songe pas à s'étonner que l'auteur est un nom anglo-saxon - mais peut-être croit-elle à un pseudonyme.

Et Michel Pagel pointe du doigt l'un des aspects qu'enfants nous n'avions pas forcément soulevé, pourquoi ces traductions, publiées dans le désordre, mettaient en scène des enfants au nom français évoluant dans une région française.

Il ne s'agit pas vraiment d'une histoire de mondes parallèles, ni d'une interconnexion de deux périodes qui se rejoignent, mais d'une fiction dans la fiction, d'une fantasmagorie juvénile qui prend corps sous nos yeux, avec ce que Claude et François appellent un cataclysme survenu lors de leur jeune adolescence. Et ce cataclysme va influer sur leur adolescence et leur passage à l'âge adulte.

Et Michel Pagel, au lieu de détruire un mythe, le perpétue, offrant ce que l'on pourrait une suite à une œuvre déjà conséquente et ouvrant de nouveaux horizons.

Un ouvrage prenant qui nous ramène quelques décennies en arrière tout en le plaçant dans notre époque. Une véritable réussite écrite avec brio et maîtrise, tout en conservant la part de mystère qui plane dans l'existence de ces adultes encore gamins, perturbés par ce bouleversement, cette révolution qui nous a tous marqué.

 

Michel PAGEL : Le Club. Collection Bibliothèque voltaïque. Les Moutons Electriques éditions. Inédit. Parution 4 mars 2016. 160 pages. 15,00 €. Existe en version numérique : 5,99 €

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 14:46

Un court roman mais un grand Bouquin !

Jérémy BOUQUIN : Echouée.

Avant elle s'appelait Suzanne Perdrix, mais depuis quatorze ans qu'elle végète sur une aire d'autoroute, elle est devenue Mona.

Elle a quarante-trois ans et Mona survit en effectuant de petits boulots auprès des routiers. C'est une manuelle, parfois un peu intellectuelle aussi. Elle aide les camionneurs à décharger, tout est fait main. Car elle possède sa dignité même si elle ingurgite bon nombre de bouteilles de whisky achetées à la supérette du parking. Mais ils sont habitués ses clients, et ils ont accepté le marché. Tout à la main, rien qu'à la main. La bouche elle la réserve pour leur raconter des histoires quand ils ont une petite défaillance. Mona est une esthète !

Il lui arrive également lors des coups de bourre (c'est une expression !) d'aider le patron de l'hôtel tout proche, faire les chambres et nettoyer les sols. Au noir bien évidemment. Elle a été acceptée par tous et s'est fait une copine, Myriam, serveuse au bar entre deux cours de droit.

Ce jour-là, alors qu'elle se repose, elle commence à lire le journal et tombe sur un article qui la déboussole. Thierry Paturel, chef de cabinet au ministère de l'Agriculture, vient de décéder. L'enterrement aura lieu le 6 décembre. Mais pour Mona, ce mort n'est qu'un salopard.

Paturel a été victime d'un accident de la circulation, pour Mona, c'est synonyme de délivrance. Le cri du cœur. Je suis libre s'exclame-t-elle. Fini la clandestinité, la fuite. Mais contrairement à la dernière phrase de la nécrologie, Mona assure que Paturel ne reposera pas en paix.

Son véhicule refusant de démarrer, ce qui est compréhensible depuis le temps qu'il fainéantise sur le parking, Mona accepte la proposition de Myriam de la conduire là où elle désire se rendre, près d'Orléans. Les croque-morts sont déjà sur place, et glissent le cercueil dans le fourgon. Pourtant l'enterrement ne doit se produire que le lendemain.

 

La vengeance est un plat qui se mange froid, réfrigéré même.

Ce pourrait une banale et classique histoire de vengeance féminine, comme on a pu en lire beaucoup, en littérature blanche ou noire, peu importe. Mais c'est le traitement de l'histoire qui diffère, même si la moralité est abandonnée en cours de route.

Mais de quelle moralité parle-t-on ? De quel côté se place la probité morale ? Ne cherchez pas la femme, comme il est dit dans les romans policiers, mais l'homme qui se sert de la femme comme d'une marchandise, puis la jette tel un mouchoir papier usagé. La dignité n'est pas forcément habillée d'un costume cravate, mais parfois d'une simple jupette et d'un débardeur échancré.

Jérémy BOUQUIN : Echouée. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution avril 2016. 2,99€.

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 15:06

Hommage à Pascal Marignac né le 18 avril 1945 qui a signé sous les pseudonymes de Kââ, Corsélien et Béhémoth.

KÂÂ : On a rempli les cercueils avec des abstractions.

Ne pas se fier au titre d’un roman devrait être la règle de base du lecteur, et s’il veut se rendre compte du sujet abordé par l’auteur, autant lire la quatrième de couverture. Lorsqu’elle existe.

Que penser d’un bouquin qui s’appellerait, par exemple, On a rempli des cercueils avec des abstractions ? Cela ressemblerait furieusement à un traité de philosophie, n’est-ce pas ? Et l’on pourrait imaginer que l’auteur qui signerait un tel ouvrage enseignerait cette matière dans un lycée. Breton, pourquoi pas ? Et pourtant Kââ s’est amusé à perturber le lecteur, en proposant un roman portant ce titre abscons. Qui plus est au Fleuve Noir, maison d’édition qui ne nous avait pas habitué à autant de sérieux, du moins en ce qui concerne les titres des ouvrages.

Disons-le tout de go, nous avons pris notre courage à deux mains, et le livre par la même occasion. Et le charme a opéré. Mais voyons plutôt le contenu.

 

Cadre supérieur, Rouvieux mène une double vie. Non, pas ce que vous pensez, mais il a tout de même une passion qui lui coûte cher. C’est un accroc du poker. Alors que sa femme Karine le croit à Londres, Rouvieux est tranquillement installé à taper le carton et surtout à se faire plumer. Les dettes s’accumulent et bientôt il faut penser à les éponger.

Des personnages peu scrupuleux, du moins il ne les voyait pas sous cet angle, lui proposent de convoyer une voiture de Suisse à Marseille. Il se sent piégé, mais il n’a pas le choix. Il ne peut refuser de rendre service.

Et, tout en conduisant, une question lui vrille l’esprit : que contient cette voiture qu’il passe en fraude ?

A cette question terre à terre et matérialiste, s’en greffe une seconde, cruciale. La mort ne le guette-t-il pas au bout du chemin ?

Mais il n’a pas envie de se faire dévorer comme les petits cochons, et il va bander (à l’époque du Viagra, c’est de circonstance !) son énergie afin de se tirer de ce guêpier.

 

Kââ, c’est un cas, et l’on ne peut même pas dire que ce roman est un encas, car il paraît que l’auteur est passionné de gastronomie intelligente. Au fait c’est quoi la gastronomie intelligente, que j’y goûte un peu et nourrisse mes petites cellules grises ?

 

 

K : On a rempli les cercueils avec des abstractions. Collection Les Noirs du Fleuve Noir N°33. Editions Fleuve Noir Noirs. Parution octobre 1997. 304 pages.

Existe en version numérique. 5,99€.

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 13:47

Dans l'enfer de la Jungle, les prédateurs ne sont pas forcément les bêtes dites sauvages.

Michel VIGNERON : Migrants express.

Parfois il ne faut pas se fier à une première impression ressentie à la lecture d'un premier chapitre et se laisser submerger par l'aversion prodiguée par un personnage considéré comme le héros de l'histoire. Alors, fort de ce principe, j'ai continué la lecture de ce roman sans être convaincu de l'utilité de cette réédition réactualisée.

Patrice Orca, commandant de police à la Sécurité Urbaine à Calais, est nonchalamment vautré sur une chaise en terrasse d'un café. Au serveur qui lui demande s'il consomme, Orca lui saisit l'entrejambe afin de notifier sa dénégation. Il attend des informations de son coéquipier le major Daniel, lequel piste deux petits malfrats, des drogués en manque. Ceux-ci arrivent et entrent dans le bureau de tabac sis face au café. Orca s'engouffre dans l'échoppe et alors que l'un des deux malandrins s'apprête à éliminer le commerçant, Orca tire trois balles qui atteignent leur but sans rémission. Ce qu'on appelle une bavure, pour preuve tout le sang éclaboussant l'homme et les environs. Depuis il a été surnommé Dirty Orca.

En remerciement de son acte de bravoure, Orca est relégué dans un placard. Et bien évidemment il doit répondre de son acte, qui n'est pas manqué, auprès de son commissaire, du directeur de la Sureté Urbaine et du procureur de la République, avec intimidations à la clé, ce dont il n'a cure. Alors qu'il est de permanence, un appel téléphonique l'oblige à sortir de sa résidence placardisée.

Sur le terrain, déjà quelques membres de la police sont présents. Une jeune fille tape avec une barre de fer sur ce qui se révélera être, après constatation, un nouveau-né. Pourquoi ? Seule l'interprète afghane pourra le savoir, car la gamine, dont les papiers indiquent qu'elle a dix-neuf ans mais ne les parait pas, ne parle pas un seul mot de français. L'affaire est déléguée à la Police Judiciaire, même si cela ne relève pas de leur prérogative, afin de couper les pieds à Orca. Mais le directeur de la P.J., un ami d'Orca (Tiens encore un !) l'a appelé afin qu'il intègre ses services.

 

Dans l'un des parkings de la zone industrielle des Dunes, un routier, après s'être restauré, découvre qu'un lien retenant la bâche de son camion a été coupé et rafistolé. Au lieu de prévenir les autorités, il décide d'investiguer lui-même la remorque. Il est surpris par l'un des visiteurs mais parvient, grâce à une clé à molette, à annihiler ce dernier. Les autres passagers ont le temps de se défiler. Mais l'individu est véritablement mal en point lorsque les policiers, que le routier s'est enfin décider à appeler, arrivent sur site.

L'interprète, avec laquelle Dirty Orca échange des propos assez vifs (mais avec qui peut-il s'entendre sauf ses deux ou trois amis) lui apprend que la parturiente a elle-même procédé à son avortement, ayant été violée par des individus qui se sont enfuis dans la nature.

 

Le lecteur est véritablement plongé dans l'Enfer de la Jungle de Calais. Cette dénomination de Jungle prend son origine, d'après un migrant, Peut-être parce que pour eux [Les Calaisiens et la France entière] nous sommes des bêtes sauvages, des sous-hommes qui vivent comme des primates.

Cette Jungle de Calais et les problèmes des migrants ne pouvaient échapper à Michel Vigneron, lui-même originaire de Calais et capitaine de police dans le Pas-de-Calais. Et jeter un œil, et même deux, sur ce que les Français ne connaissent que par les médias, décrire les sentiments de la population calaisienne, ceux des transporteurs dont les camions servent de cachettes, le point de vue des migrants, décrire leurs conditions de vie, le rejet dont ils sont les victimes, doubles voire triples victimes puisqu'obligés de s'expatrier, taxés par des passeurs malhonnêtes, tout ceci méritait d'être mis en avant. Mais tout le monde ne réagit pas comme la plupart des protagonistes de ce récit.

Le personnage malsain de Dirty Orca me gêne. Imbu de sa suffisance, persuadé détenir la vérité, il se conduit comme une bête sauvage devant éliminer ceux qu'ils jugent comme des nuisibles, ceux qui se dressent sur son chemin. Violent, acariâtre, vindicatif, Orca use de mauvaise foi. A l'interprète qui lui rétorque vivement et avec un ton agressif : Tout ce qui vous intéresse, c'est de la faire passer pour une immonde étrangère qu'il faut renvoyer dans son pays, en parlant de l'Afghane venant d'avorter et massacrer son bébé, Orca répond : Vous commencez à me saoulez avec vos idées préconçues. Si la situation ne vous convient pas, conseillez-moi un de vos confrères et cassez-vous ! Mais dès le premier contact, Orca avait ressenti une profonde aversion envers cette interprète venue d'un pays du Moyen-Orient.

Orca ne m'inspire, personnellement, qu'un sentiment de malaise, voire de dégoût, mais il est ou sera sûrement encensé par les tenants de la France aux Français, aux racistes de tout poil, et aux idolâtres d'une police expéditive, usant de la force avec jubilation et pratiquement assurée d'impunité dans leurs actes de violence, comme on le voit trop souvent dans les manifestations et sur certains lieux d'échanges musclés.

 

Première édition sous le titre de Calais Jungle. Collection Régiopolice. Editions Sirius/Gérard de Villiers. Parution 8 février 2012.

Première édition sous le titre de Calais Jungle. Collection Régiopolice. Editions Sirius/Gérard de Villiers. Parution 8 février 2012.

Michel VIGNERON : Migrants express. Collection Parabellum. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 16 janvier 2016. 286 pages. 13,00€.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 12:19

Le bon gars du Gabon

Janis OTSIEMI : African tabloïd.

Le lundi matin, c'est un rituel, le capitaine Koumba et son adjoint Owoula, de la Police Judiciaire de Libreville, sont convoqués par le colonel Essono afin de faire le point sur les affaires en cours. Certaines d'entre elles sont résolues ou sur le point de l'être, mais d'autres restent en suspens. Dont plus particulièrement le vol du chéquier de l'ancien ministre des Mines et du Pétrole Odilon Mébalé.

Mais il y a aussi cette affaire de photos de gamines nues qui circulent sur Internet, gamines qui se sont suicidées par la suite. Enfin une mère et son bébé se sont fait renverser par une voiture qui a pris le large sans demander son reste. Une partie du numéro d'immatriculation a pu être relever mais la voiture de marque japonaise est représentée en trop grand nombre dans la cité pour être rapidement localisée. D'autant que les différents services auxquels les policiers pourraient avoir accès ne sont pas informatisés et les recherches risquent de prendre des mois avant d'obtenir un résultat concret.

La découverte d'un cadavre sur la plage du bord de mer, près du Palais Présidentiel, attire les curieux, l'attraction du jour. Les deux gendarmes du Service des Recherches, Boukinda et son coéquipier Envame sont dépêchés sur les lieux. Il se peut que l'homme soit mort par noyade, et la balle qu'il a reçu dans la gorge aura sans aucun doute accéléré cette submersion. D'après son état physique cela fait déjà un petit bout de temps qu'il a passé de vie à trépas. Et, détail macabre, deux doigts de sa main gauche ont été sectionnés. Comble de l'ironie, la douille qui a servi au meurtrier à perpétrer son forfait est retrouvée dans une poche du défunt.

Le corps mort rend son identité : il s'agit de Roger Missang, journaliste aux Echos du sud, hebdomadaire qui a eu plusieurs fois les honneurs d'être suspendu pour des articles jugés non conformes à l'esprit démocrate de la République du Gabon et offensants envers le parti dirigeant. Et bien évidemment la première des suppositions qui vient à l'esprit de nos gendarmes du service de recherche est qu'il s'agit d'une d'un règlement de compte politique. Or nous sommes en 2008, et des élections présidentielles auront lieu en 2009. L'actuel président est candidat à sa propre succession. Envame et Boukinda ont recours à Gaspard Mondjo, fondateur et rédacteur-en-chef de l'hebdomadaire L'Enquêteur spécialisé dans les faits-divers.

Mondjo propose d'autres pistes, mais la douille est du même calibre, et provient de la même arme que celle qui a exécuté Pavel Kurka, ancien soldat de l'armée tchèque, cousin éloigné de la femme de Baby Zeus, le ministre de la Défense, lequel est le fils du Président. Kurka était le chef des gardes du corps de Baby Zeus. On ne sort pas de la famille ! D'autant que Baby Zeus lui aussi brigue la place de président.

Les enquêtes menées d'un côté par Koumba et Owoula, de l'autre par Bukinda et Envame vont se croiser, et s'ils ne s'entendent guère, ils vont devoir quand même collaborer.

Selon les termes consacrés, ce roman est une fiction, quoiqu'inspiré de personnages et de faits réels. Et Janis Otsiémi se lâche dans la description de la politique menée au Gabon, et ne se prive pas de taper à gauche et à droite. Dans un style fleuri, il décrit son pays coincé entre modernisme et conservatisme rétrograde. Le musée National des Arts et Traditions ne contient que de pâles copies d'œuvres disséminées de par le monde. Ce qui permet à Janis Otsiémi d'écrire : La colonisation n'a pas seulement été une mission civilisatrice, mais aussi un pillage des biens et des âmes.

Les représentants de forces de l'ordre, qui étaient déjà les protagonistes de son précédent roman Le Chasseur de lucioles, sont des hommes les autres. Ils sont pour la plupart des adeptes de la cuisse tarifée, possèdent une ou des maîtresses, ce qui les met dans une position indélicate lorsque celle-ci se retrouve enceinte, car leur femme ou concubine est jalouse et ne peut accepter ce genre de situation, ce qui se comprend. L'antagonisme entre services différents n'est pas l'apanage d'un pays et l'on retrouve ce cas de figure un peu partout, au grand dam de la résolution d'enquêtes parfois. Et les douaniers mangent souvent au râtelier.

Si j'ai écrit que le style de Janis Otsiémi est fleuri, ce roman est toutefois moins décalé, moins haut en couleurs que ces précédents et je pense plus particulièrement à La vie est un sale boulot qui rappelait plus nos auteurs des années cinquante avec un mélange d'argot et d'expressions locales jouissives. Le contexte ne s'y prêtait peut-être pas, car plus ancré dans le domaine politique. Un roman caustique qui devrait intéresser de nombreux lecteurs qui recherchent autre chose qu'un roman noir américain, malgré la référence à James Ellroy, et une plume alerte, corrosive et sarcastique.

 

Première édition : Editions Jigal. Septembre 2013. 208 pages.16,80€.

Première édition : Editions Jigal. Septembre 2013. 208 pages.16,80€.

Janis OTSIEMI : African tabloïd. Réédition collection Pocket Thriller. Editions Pocket. Parution le 14 avril 2016. 216 pages. 5,40€.

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