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17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 07:15

J'ai rêvé New York, New York City sur Hudson...

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis.

New-York, ville fantasme pour beaucoup d’entre nous qui ne pourrons jamais nous y rendre sauf en imagination.

Alors, fermons les yeux et laissons-nous porter par les images. La statue de la Liberté en premier, le symbole pas toujours respecté, puis au cours de nos déambulations divagantes, les gratte-ciels, érigés ou tombés sous l’impact d’objets volants bien identifiés, Central Park, havre de calme et sanctuaire des oiseaux migrateurs ou des noctambules, Greenwich Village, Manhattan, le Bronx, Harlem, Brooklyn, Staten-Island, un brassage racial et culturel, tout un imaginaire forgé par nos lectures ou cinématographiques. Rappelez-vous West Side Story et combien d’autres.

Mais les auteurs des nouvelles proposées dans cette anthologie n’empruntent pas toujours les sentiers battus, et nous entraînent dans leurs délires souvent anticipatifs, à moins qu’ils reviennent sur des épisodes plus ou moins marquants du passé.

 

Extrayons quelques aspects de l’univers décrit par ces nouvellistes.

Lou Jan nous permet de visiter New-York à l’envers. Les gratte-ciels sont devenus des grottes-ciels, la population vivant sous terre, dans des immeubles qui reproduisent ou presque à l’identique à ce qu’il y avait avant. Une vieille Chinoise s’est attelée à une tâche rémunératrice dans un but bien précis. Et lorsqu’elle remonte à la surface, près de deux cents marches à grimper, elle doit se munir d’un masque. Mais la nature n’est pas une entité facile à domestiquer.

Nicolas Pagès, avec Sinatra's nightmare s’empare d’un mythe dont Lovecraft conta les exploits maléfiques : Nyarlathothep, le mythe au logis du reclus de Providence. Une déambulation urbaine et nuisible. Il est à la recherche d’un gros poisson susceptible de pouvoir lui permettre de réaliser un projet maléfique et il le trouve en la personne d’un opérateur de marchés boursiers. Celui que l’on appelait dans le temps un courtier et qui par snobisme est devenu un trader.

 

Jean-Hugues Villacampa avec Phenomenae NY nous propose de nous emmener aux Etats-Unis, en compagnie de Randolph Derleth, professeur d’occultisme, qui assiste en compagnie d’une jeune dame, Carmélia, à des événements étranges dans Central Park. Et de fil en aiguille, il va faire connaissance d’autres protagonistes dont le mari de Carmélia, John-Hugues, bouquiniste. Un clin d’œil, pour qui reconnait en ce personnage la figure même de l’auteur, et qui va en amener d’autres. Le thème central est l’annonce de la conjonction de cinq planètes, phénomène rare, en ce mois de juillet 2016, et dont la statue de la Liberté va se trouver comme le clou de cette histoire piquante. Jean-Hugues Villacampa se laisse aller dans un imaginaire débridé et réjouissant.

Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue conseille François Rahier. Le narrateur doit rencontrer le traducteur d’un roman inédit de James Blish, un certain Pierre Normant qu’il connait bien sans jamais l’avoir rencontré. C’est à New-York qu’ils vont pouvoir enfin se rencontrer pour la première fois, mais chaque rendez-vous programmé se solde par une échappatoire rapide de Normant qui pense être suivi par deux individus, à moins qu’il prétexte un entretien ne demandant aucun délai. C’est l’occasion pour le lecteur de se rendre en plusieurs endroits dont Flat Iron ou l’Intrepid Sea-Air-Space Museum où est exposé par la NASA la navette spatiale Entreprise. Star Trek fera toujours rêver.

 

Alain Blondelon nous emmène dans un endroit calme, prisé des amoureux, Westchester Creek. Sabine, qui est une Réceptrice, a rendez-vous avec Joshua, un policier du FBI, et Peter, journaliste et amant de la jeune femme. Ils ont été convoqués pour comprendre ce qui a pu amener un homme à tuer sa femme dans un hôtel. Pourtant il l’aimait. Il semblerait que des êtres maléfiques se cachent dans les eaux de l’East River. Eaux troubles sur Westchester Creek.

En l’an 2066, la Terre est sous une chape de glace, conséquence d’une éruption cataclysmique du supervolcan du lac Toba au centre de l’île de Sumatra, et qui avait suivi celle du supervolcan de Yellowstone, quelques décennies auparavant. L’humanité a presque disparu de la surface du globe. Pourtant dans Central Park, un homme survit en compagnie de son fils. Sa femme vient de décéder. Il creuse la glace à l’aide d’un piolet afin de récupérer des racines qu’il mange crues. Quand à la boisson, il n’en manque pas, se servant dans les caves du Plazza, l’hôtel où il s’est réfugié en compagnie de son gamin. Le réchauffement climatique n’est plus à l’ordre du jour et Oksana et Gil Prou nous délivrent leur vision apocalyptique d’un futur proche dans L'écrin de glace.

 

Je pourrais continuer ainsi en vous présentant d’autres textes issus de cette anthologie, qui telle la palette d’un peintre pessimiste, visionnaire, morbide, dessine un avenir dont le thème central est la Grosse Pomme rongée par les vers. Toutefois au milieu de cette sombre description quelques détails montrent de fragiles lueurs d’espoir.

Mais je vous sens impatient de commander cet ouvrage afin de pouvoir le lire et vous forger votre propre opinion. Ce qui est louable et je vous y encourage fortement.

Philippe Ward a composé subtilement cette anthologie en offrant leur chance à quelques jeunes ou nouveaux auteurs encadrés par des romanciers qui ont déjà fait leurs preuves, aussi bien chez Rivière Blanche que chez d’autres éditeurs.

 

Sommaire :

JAN Lou : Une vieille Chinoise

MAUGENDRE Paul : Agir

LEVEQUE Samuel : Ajaw

GADPY Jean-Christophe : Hypothèse New-York

PAGES Nicolas : Sinatra's nightmare

VILLACAMPA Jean-Hugues : Phenomenae New York

GARCIA Ricardo L. : Le Phénix revient toujours

RAHIER François : Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue

BLONDELON Alain : Eaux troubles sur Westchester Creek

PROU Oksana & Gil : L'écrin de glace

MARGAUX Dando Reyreau : Irish punt

GALLERNE Gilbert : Treizième étage

DURAND Frédérick : Les ombres délivrées

ROSSELET Dola : Devenir gris

UNBEKANNT Artikel : Aux morts

LATOUR Marie : Harlem Ghetto

ZAROFF : Jugement fatal

LAMUR Sylvain : Première classe, tarif éco

HALL Ellen Turner : Les mêmes mains

 

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis. Présentation de Philippe Ward. Préface de Jean-Christophe Gapdy. Collection Fusée N°88. Editions Rivière Blanche. Parution le 1er février 2020. 360 pages. 26,00 €.

ISBN : 978-1612279527

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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 05:12

Et demain sera un autre jour…

Geneviève STEINLING : Hier, il sera trop tard.

Rien n’est plus propice à laisser vagabonder son esprit que d’assister à une messe. Pour certains la méditation prend le pas sur le quotidien, pour d’autres ce sont les souvenirs qui remontent à la surface comme des bulles délétères crèvent dans la vase d’un marais infesté.

Pour Marie-Jeanne, c’est toute son enfance qui remonte à la surface, des maux pas roses dans une ambiance morose. Il lui en a fait voir de toutes les couleurs celui qui gît dans le cercueil posé devant l’autel. Et elle se souvient de toutes les avanies qu’elle a dû subir sous sa férule d’alcoolique notoire. Des mesquineries et des punitions qu’elle avalait dans la naïveté de son enfance.

Sa mère, bigote comme il pouvait y en avoir dans les années soixante, obnubilée par la religion, passait l’éponge des coups d’humeur de son mari comme on chasse une mouche. Pour Marie-Jeanne, ces souvenirs sont trop prégnants pour les effacer d’un coup de gomme rageur.

La cérémonie mortuaire terminée, elle s’enfuit de l’église comme si elle avait le diable aux trousses, dans le froid, la pluie, la nuit. Elle quitte son village du Haut-Jura, sa grand-mère, sa mère, son frère Christian, emportant pour seuls bagages ses souvenirs, ses cauchemars.

 

Elle glisse sur la chaussée mouillée et un taxi qui passe par là manque l’écraser. L’homme qui est à l’intérieur l’aide à se relever et l’emmène à la gare où il doit prendre un train. Il ne s’agit pas d’un enlèvement, car Marie-Jeanne est consentante. Il va à Paris, elle aussi. Un voyage non programmé en compagnie d’un inconnu. Et lorsqu’il lui demande son nom, elle répond Michèle. Elle commence une nouvelle vie avec un nouveau prénom, à défaut de pouvoir changer de nom.

Très gentil le monsieur qui lui paie sa place lorsque le contrôleur leur demande leurs billets, et comme elle ne sait pas où se rendre, une fois arrivée sur place, il l’emmène chez lui en proche banlieue. Il lui offre même de passer la nuit dans la chambre de sa fille Madeleine, qui est décédée trois ans auparavant. La pièce est restée dans son jus, comme il est de bon goût d’affirmer maintenant lorsque rien n’a été changé depuis des années, avec les affiches de personnalités diverses et décédées. Ou encore la photo de Madeleine dans un cadre.

Le lendemain, elle ne se décide pas à partir, et Jean-Jacques, son hôte d’une nuit, accepte qu’elle reste. Sous certaines conditions. D’abord il va l’appeler Madeline, du prénom de sa fille. Elle va se vêtir avec les habits de la défunte, se coiffer pareil. Bref endosser un personnage. Et si elle peut se promener partout dans la maison, il lui est interdit de se rendre au grenier. Comme dans le conte de Barbe-Bleue. Pourtant la nuit précédente elle avait entendu, ou cru entendre une voix qui lui enjoignait de partir.

 

Marie-Jeanne devenue Michèle va pouvoir bénéficier d’une vie privée et Jean-Jacques pousse la complaisance à lui octroyer un emploi comme hôtesse d’accueil dans un hypermarché. Et peu à peu elle va faire la connaissance d’hommes avec lesquels elle s’entend bien, mais la déveine, la malchance, les occasions manquées se succèdent. Deux ans se passent, et elle va bientôt fêter son anniversaire, elle atteint l’âge qu’avait Madeleine lorsqu’elle est morte.

 

Une histoire simple mais poignante, qui du Haut-Jura jusqu’à Paris, entraîne une jeune fille un peu naïve, un peu perdue, un peu cabossée par la vie, dans une succession de petites joies, de grosses peines.

De 1978 à 1980, le lecteur suit le parcours de Marie-Jeanne aussi bien dans le réel que dans ses souvenirs, et il participe mentalement à cette succession d’épisodes qui l’accablent plus ou moins.

Il voudrait pouvoir lui prodiguer des conseils, mais que peut-on dire à une jeune fille majeure depuis peu et qui n’a rien connu de la vie, engoncée qu’elle était entre son père alcoolique et sa mère bigote. Son frère Christian était là, bien sûr, mais à Paris, ce n’est eux qu’elle regrette le plus. Lili, sa poupée lui manque.

Un roman simple, ai-je écrit, oui, jusqu’à un certain point. Car le final ne manque pas de remettre tout en question, d’expliquer des faits jusque là cachés, des faits et des épisodes dont Marie-Jeanne ne veut pas se souvenir. Juste des images indélébiles. Et le dénouement est assez imprévu même si le lecteur s’attend à un retournement de situation comme dans tout bon suspense qui se respecte.

 

 

On ne peut pas empêcher les gens de parler mais on peut s’empêcher de les écouter.

Geneviève STEINLING : Hier, il sera trop tard. Publication indépendante (Amazone). Parution le 19 février 2020. 200 pages. 8,50€.

ISBN : 979-8608276651

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12 mars 2020 4 12 /03 /mars /2020 05:10

Les frères ennemis ?

Guy de MAUPASSANT : Pierre et Jean.

Ancien bijoutier à Paris, Roland a pris sa retraite au Havre et il s’est découvert une passion pour les balades en mer et la pêche qu’il pratique en compagnie de deux amis anciens navigateurs.

Ce jour-là, à bord de La Perle, sa petite embarcation, ses deux fils rament de concert, ou de conserve comme diraient les sardines. Autant Jean, le cadet de vingt-cinq ans, est blond, calme et doux, et vient de terminer ses études de Droit, autant son frère Pierre, âgé trente ans, est noir de cheveux, emporté, instable, rancunier et se destine à une carrière médicale. Deux frères au caractère totalement opposé et cela se ressent dans leur façon de manier les rames.

A bord, sont également présentes, la mère, Louise, une petite bourgeoise quinquagénaire, et madame Rosémilly, une jeune veuve de vingt-trois ans, leur voisine qui est devenue leur amie. Une partie de pêche agréable même si le père Roland bougonne car il n’a pas pris autant de poissons qu’il aurait souhaité, les femmes étant réticentes à se lever tôt.

Rentrés chez eux, les Roland, qui ont invité madame Rosémilly, apprennent qu’un notaire désire les rencontrer, pour une histoire d’héritage inattendu. En effet, un vieil ami de la famille du nom de Maréchal, qui ne s’est jamais marié, et qu’ils n’avaient pas revus depuis des années, depuis leur départ de Paris et même avant, vient de décéder, léguant toute sa fortune à Jean. Pour une bonne nouvelle, c’est une bonne nouvelle, même s’ils sont quelque peu attristés par cette annonce. Pierre et surtout Jean ne se souviennent plus trop de cet homme prodigue.

Pierre ressent une pointe s’insinuer en son esprit. Pourquoi Jean et uniquement Jean comme seul héritier ? Une question qui ne tarabuste pas les autres membres de la famille, mais lorsqu’il en parle à une serveuse qu’il connait plus ou moins, et à un ami pharmacien, un vieux Polonais dont les affaires périclitent faute de clientèle dans ce quartier d’indigents, une même réflexion, émise différemment mais dont le sens est identique, l’amène à se demander si derrière cet héritage ne se cacherait pas une faute commise par sa mère. Et Jean ne serait-il pas le fils de ce Maréchal trop prodigue de sa fortune ?

Ses espoirs de s’installer dans un grand appartement de prestige sont bientôt balayés car non seulement il jongle avec les finances, mais de plus sa mère et son frère, qui ignoraient ses intentions, viennent de louer ce logement. Et d’autres petits faits attisent la jalousie qui le taraude, pourtant il ne possède aucune preuve.

 

Presque tout ce court roman est axé sur Pierre, sur ses réactions, sur ses sentiments, sur ses recherches, ses envies, ses espoirs, ses désillusions, sa jalousie, ses colères, ses affrontements verbaux envers son frère, ses insinuations et ses piques envers sa mère. Sa mère qui peu à peu se renferme, se recroqueville, tandis que le père et son frère ne se rendent compte de rien, ou presque. Il est possédé par une violence intérieure qu’il a du mal à canaliser et qui ne s’évacue oralement qu’envers certains membres de la famille.

Car Pierre ne peut s’empêcher de faire part de ses soupçons à Jean qui ne comprend pas ce qui arrive. Quand à la très jeune veuve, madame Rosémilly, elle se trouve en porte-à-faux dans ce drame familial.

Un roman psychologique dont les deux frères sont les principaux protagonistes dans une situation qui n’est pas nouvelle. Seulement, contrairement à ce qu’il se passait dans les familles aisées, chez les nobles, ce n’est pas l’aîné qui se trouve favorisé mais bien le cadet. Or cet état de fait n’est pas le cadet des soucis de Pierre.

Un peu la parabole biblique d’Abel et Caïn, cette jalousie qui fait se dresser deux frères l’un contre l’autre, deux frères totalement différents physiquement et moralement. Et l’on peut se demander comment il se fait que les parents, le père surtout, ne se soit aperçu de rien.

Ce roman est précédé d’une préface de l’auteur sur le Roman en général.

Guy de MAUPASSANT : Pierre et Jean. Collection Librio N°151. Editions E.J.L. Parution 6 juin 2018. 128 pages. 2,00€.

ISBN : 978-2290165454

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 04:37

Les gars d'Ménilmontant
Sont toujours remontants
Même en redescendant
Les rues de Ménilmuche…

 

Cicéron ANGLEDROIT : Descente à Ménilmontant.

Détective privé, Cicéron Angledroit prend du galon et accessoirement, mais ce n’est pas négligeable, est payé pour suppléer les policiers placés sous la houlette de sa relation quasi professionnelle, le commissaire Saint Antoine du commissariat de Vitry. De plus, son ami Momo le manchot, qui avait quitté son emploi de vendeur de presse associative à l’entrée de l’Hyperpascher, devient son adjoint officiel et employé rémunéré. Une progression dans l’échelle sociale et professionnelle pour les deux hommes, et des rentrées d’argent assurées pour quelques semaines.

En effet, Joël Perdrigeon, dit Jojo la Perdrix, un truand notoire ayant effectué quelques braquages rémunérateurs, s’est envolé de la prison où il était enfermé. Des choses qui arrivent régulièrement. Mais il vient d’être repéré par Momo qui était en planque depuis des heures devant son domicile, une petite rue calme dont les fenêtres donnent sur le Père Lachaise (le cimetière, pas le troquet du coin). Momo a pu prendre en photo l’arrivée du malfrat à bord d’un véhicule.

Mais ce n’est pas inopinément que Momo se trouvait sur place. Un indic avait fourni l’adresse à Saint Antoine, le pas doux, et l’affaire est dans le sac. Il envoie ses hommes alpaguer Jojo la Perdrix et l’affaire est jouée.

Là où ça se complique, c’est que l’indic qui s’est montré si serviable est une femme, Liliane Devalbo, dite Lili, que le commissaire connait depuis des lustres. Une intrigante dont il possède une photo récente grâce aux bons soins des R.G. Or, en vérifiant les images glanées par les caméras de surveillance des parloirs de la prison et d’autres lieux hospitaliers, cette Lili Devalbo apparait déguisée certes, mais c’est bien elle. Ses collègues chargés de l’enquête n’ont pas percuté, mais lui si, car il connait bien (Je me répète) cette femme quasi quinquagénaire. Et comme il sait compter mentalement, deux plus deux faisant quatre, il est persuadé que Lili a aidé Jojo à s’évader.

Il ne reste plus à Cicéron et Momo à localiser la belle, ce qui n’est pas trop difficile, mais la mignonne possède la fâcheuse tendance à changer d’identité et de pied-à-terre. Des noms d’emprunts qui ne diffèrent que légèrement.

Et René, me demanderez-vous, qui suivez attentivement et avec fidélité la saga de Cicéron and Co ? Et bien il est sobre, depuis sa mésaventure narrée dans Comme un cheveu sur le wok, et il participe activement, payant de sa personne, dans cette enquête qui possède un petit goût d’Arsène Lupin.

Cicéron se demande toutefois pourquoi les filatures lui sont confiées, contre bons billets craquants, mais le commissaire lui avouera peu à peu, voire avec réticence, ses motivations, qui sont louables. Selon lui.

 

Un roman presque conventionnel, moins débridé que dans les précédents et à l’humour toujours présent mais plus subtil.

Au-delà de l’intrigue, assez machiavélique, l’intérêt se focalise sur deux points distincts. D’abord les quartiers de Belleville et de Ménilmontant, ce qui nous amène à l’un des auteurs prisés par Cicéron Angledroit, Léo Malet et sa série des Nouveaux Mystères de Paris.

Cicéron et ses amis parcourent le quartier prenant souvent quelques boissons ou se restaurant dans les établissements adéquats qui très souvent sont dans leur jus. Mais à force d’être dans leur jus, une expression qui revient au moins six à sept fois, ce jus finit par être délayé et éventé.

Ensuite les digressions sur l’actualité et la vie quotidienne en général. Et dans ces cas précis, Cicéron Angledroit se mue un peu en éditorialiste, égrenant certes des vérités qui pourraient se résumer à des lieux communs, mais qui ne sont pas toujours assez dénoncés. Ainsi, à propos de la télévision :

Je suis installé devant une connerie où des boulangers font de la boulangerie. Et c’est sensé passionner les masses populaires qui rentrent du taf après une journée à faire ce qu’elles ont à faire. A quand le concept du « Meilleur Mécano » avec concours de changement de joints de culasse et spécialité des deux concurrents : la surfacturation pour le candidat A et le remplacement de pièces inutiles pour le candidat B ? La télé n’est plus ce qu’elle était. Au moins, avec Bonne nuit les petits, on savait qu’il était l’heure d’aller se coucher. Maintenant on vous endort le cerveau sans prévenir.

 

Cicéron nous narre sa vie privée, avec Vanessa et les deux copines, mère de son fils le petit Enzo. Mais comme il s’agit de sa vie privée, je ne m’étendrai pas dessus, toutefois vous pouvez en prendre connaissance, par le truchement du roman.

Dernier petit conseil (tiens, j’en avais déjà donné un ?), méfiez-vous des systèmes de ventilation.

Cicéron ANGLEDROIT : Descente à Ménilmontant. Série Cicé, Momo et René. N°12. Editions du Palémon. Parution le 14 février 2020. 256 pages.

ISBN : 978-2372605786

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 04:54

Quand deux monstres sacrés de la littérature s’affrontent…

Lois H. GRESH : Les dimensions mortelles.

Rien qu’en regardant la couverture, le lecteur sait où il met les yeux. Et cela ôte un peu le mystère de ce roman, dévoilant l’identité des protagonistes. Et en y regardant d’un peu plus près, on apprend qu’un volume 2, mettant en scène les mêmes personnages principaux, va paraître en octobre, ce même lecteur se dit que l’histoire n’est pas finie et qu’elle peut se prolonger indéfiniment.

L’éternel combat du Bien contre le Mal.

Alors faire autant de simagrées, imaginer autant de circonvolutions, d’énigmes, de cachotteries au départ, énerve quelque peu. Quand est-ce le fond du sujet va-t-il être enfin abordé ?

Tout débute en octobre 1890, lorsque Sherlock apprend en lisant son journal favori, que quatre cadavres ont été découverts à Whitechapel dans un état de puzzle sanglant et macabre. Ou plutôt que les différents morceaux ont été rassemblés en une sorte de jeu de construction. Et trône parmi ces décombres une étrange sphère en os, percé d’un petit trou, à l’intérieur de laquelle sont gravés d’étranges symboles arcaniques. Parmi les défunts, le constructeur d’une machine bizarre entreposée dans un atelier délabré. Le fils de celui qui a monté cet ensemble de tuyaux, de morceaux de métal, de joints et de soufflets, apprend à Sherlock Holmes et Watson que cet engin à vapeur avait été financé par un personnage dont il ne connait pas le nom. Et la machine prend de l’ampleur, comme si elle vivait et se gonflait, inspirait quelque produit délétère.

Soudain la machine s’emballe, alors que passe un tramway à vapeur sur rails, et il semblerait bien qu’une corrélation soit à effectuer entre ce passage et le véhicule. Une explosion déchire les parages et ils n’ont que le temps de s’enfuir. Mais des passants ou habitants n’ont pas eu cette chance. Et Watson croit apercevoir sa femme Mary, son bébé dans les bras, avant d’être lui-même blessé.

En sortant de son évanouissement, il est rassuré. Sa femme et son fils vont bien et s’ils étaient sur place, c’est parce que Mary avait reçu un message, signé de son nom, l’enjoignant de se rendre sur les lieux. En examinant cette missive Sherlock et son compère pensent qu’il s’agit de Moriarty qui leur aurait joué un tour à sa façon, une farce de fort mauvais goût.

L’inspecteur Bentley et le professeur Fitzgerald sont au chevet de Watson avançant de nombreuses hypothèses.

A Avebury, dans le Wiltshire, un ébéniste qui ne fabrique que des meubles spéciaux, mettant des années pour les confectionner à l’attention de riches acheteurs, est tué par un fauteuil transformé en machine infernale. Le fils de l’artisan génial en informe Sherlock et Watson, et ceux-ci se rendent sur place afin d’enquêter sur ces étranges événements qui se produisent quasi simultanément.

Les meubles étaient conçus grâce à des plans provenant d’ancêtres les possédant depuis des siècles, des plans dessinés sur des parchemins de peau.

 

Ce fort volume n’entre pas dans ce que l’on pourrait qualifier le Canon holmésien, mais de nombreux auteurs se sont largement démarqués depuis la parution des aventures de Sherlock pour s’en offusquer.

Non, ce n’est pas là le bât qui blesse. Mais ce roman est lourd à digérer, verbeux, bavard, trop long avec trop de digressions, pour retenir mon attention. Plusieurs fois, j’ai décroché, le reprenant quelques jours plus tard, avançant péniblement dans ma lecture. Mais je dois avouer que je n’ai guère d’accointance aussi avec Cthulhu et les dieux imaginés par le Maître de Providence, même si ce monstre n’est que l’alibi (ou pas) de ce récit confus.

Il s’agit d’un pastiche, certes, mais pas vraiment bourré d’humour. Plutôt d’horreur, et cette sorte de sensation ne m’attire guère. Un roman qui paraît s’adresse à un lectorat jeune, avide de sensations fortes, débridées, complexes, qu’à un vieux de la vieille (et de la veille) comme moi. Seul le passage concernant Watson s’inquiétant de la santé de sa famille m’a intéressé, et encore, comment croire qu’il soit si dépendant de Sherlock pour partir, avec remords certes, courir l’aventure. A moins que justement l’aventure soit sa drogue. Sherlock Holmes possède bien la sienne dont il use et abuse selon les cas.

La fin toutefois est plus épique, franchement dirigée vers l’horreur et le terrifiant, dans une mise en scène grandiloquente qui confine à un épisode du Grand Guignol, et qui parfois fait sourire dans sa démesure.

Dubitatif et pas vraiment convaincu par ce style, par cette histoire, mais ce n’est que mon opinion personnelle, que je partage volontiers, et à laquelle tout un chacun n’est pas obligé d’adhérer.

Lois H. GRESH : Les dimensions mortelles. Sherlock Holmes vs Cthulhu tome 1 (Sherlock Holmes vs Cthulhu : The Adventure of the Deadly Dimensions – 2017. Traduction de Thomas Bauduret). Editions Ynnis. Parution le 8 janvier 2020. 480 pages. 24,90€.

ISBN : 9782376971153

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 04:59

Et les Ska, c’est exquis !

500. Recueil collectif. Nouvelles numériques.

Ce recueil événement comprend en réalité plus de 50 histoires, mêlant du rose au noir dominant. Les auteurs se sont pliés à la contrainte de ne pas dépasser 500 mots. Cela donne un aperçu de leurs talents et des couleurs chatoyantes à leurs contributions que seule la diversité des thèmes et des styles, si chère à notre ligne éditoriale, peut procurer.

Régalez-vous et rendez-vous au numéro 1000 !

 

Ainsi est présenté ce recueil de nouvelles rédigées par les fidèles, anciens et nouveaux compagnons de Miss Ska, une maison d’édition dirigée d’une main de maître par les fondateurs, créateurs, fournisseurs, metteurs en page et en scène, et maîtres de cérémonie : Jeanne Desaubry et Max Obione.

Ils ne se contentent pas de faire tourner la boutique mais ils mettent également la main au clavier afin de nous offrir de savoureuses histoires, tout comme leurs comparses dont la liste édifiante est déclinée ci-dessous.

Un véritable feu d’artifice que cet anniversaire que l’on peut déguster à volonté et à satiété. Comme au restaurant, on peut piocher dans un buffet garni, prenant un peu de tout, ou au contraire, choisir et établir son menu, sa sélection, en fonction de son appétit et de ses préférences, sachant que de toute façon on y retournera afin de goûter aux autres plats.

Tout naturellement, et c’était une évidence, certains auteurs se sont focalisés sur cet anniversaire des 500, en abordant Miss Ska avec gentillesse, bonhommie, respect, proposant même un petit historique, mais sans tomber dans la basse flagornerie.

D’autres, et j’y avais pensé immédiatement, se sont référés à Corneille et à son fameux Cid, pétillant, en jouant sur ce début de vers : Nous partîmes cinq cents et…. Je vous laisse compléter.

 

L’édifice Ska repose sur deux colonnes : le Noir et l’Erotisme.

Et ces deux piliers sont reliés par des arcs comme l’Humour, l’Emotion, L’Emoi, la Tendresse, la Poésie, le Sordide… formant un ensemble entrecroisé, cohérent et solide.

Jouant sur les deux collections Noire Sœur et Culissime, les textes oscillent parfois sur les deux genres, mais un autre thème s’inscrit souvent soit dans tout le texte, soit dans l’épilogue, comme le faisait avec bonheur Fredric Brown. La dernière phrase qui tue.

 

Même si je possède mes préférés, pour autant je n’ai pas négligé les autres participants à ce grand goûter goûtu, soufflant toutes les bougies, mais en plusieurs fois. Et, afin d’éviter les crises de jalousies, je ne vous donnerai pas quels sont les auteurs qui ont retenu tout de suite mon attention, et quels sont les textes que j’ai préférés. Pour une question d’équité, en partant du principe que comme dans le cochon, tout est bon. Même la queue…

Chacun de nous possède sa propre sensibilité, ses préférences littéraires, et il serait mal venu de ma part de signaler tel auteur ou tel texte comme étant le meilleur. Nous ne sommes pas non plus aux Césars.

Toutefois, je me permets une entorse à ce que je viens d’écrire. Juste pour signaler que Jan Thirion, qui nous a quittés le 1er mars 2016, est présent dans ce recueil, et pas seulement par la pensée. Deux micro-fictions, extraites de Tout moi, un ouvrage paru aux éditions du Horsain en 2014, qui nous font regretter une fois de plus son départ précipité. Une pensée émue, comme pour la madeleine de Proust.

 

 

Sommaire :

Préface de Jeanne Desaubry et Max Obione

AKKOUCHE Mouloud : De contes de faits.

ALFREDO Luis : Une fille tuante

ALLAM Valérie : Sur la route

ALMANT Bernard : Des poètes

BENSA Mathilde : Helichrysum

BLACKFOX Jon : Le pervers de notre quartier

BLOCIER Antoine : Confession de P.

BOUCAULT Marie Claire : Suite parentale

BOUQUIN Jérémy : 5 sans Mot

BRIXTEL Gaëtan : Chronique de la Sainte Famille

COLAS Françoise : Joyeux Noël

COLIZE Paul : 501

CORBEL Marek : L'irrésistible ascension de Miss Ska

DAR Dominique : L'emprise

DEMETZ Jean-Marc : La secte du 500

DESAUBRY Jeanne : L'agonie du Désamour

DESAUBRY Jeanne : 500 c'est trop

DESDUNES RoseLys : Le bateau livre

DILO Franq : Culotté

DILO Franq : Zob !

EMERY Alain : Mohawk

ERIS Patrick : Les entrailles de la Terre

GIRODEAU Gildas : 500g de lapin par-dessus bord

KIRCHAKER Stéphane : Fiat lux

LACROIX Marie : Tout à l'égout

LAFNER Chris : Crever à Katmandou

LANGANEY Anouk : Nous partîmes cinq cents

LELONZ Isidore : Pour 500, t'as les cinq sens...

LETELIE Isabelle : En pente avide

LHARSSON Linné : Vive ma coach !

MADAMOUR Baptiste : Sous-cutané

MEMBRIBE Franck : Suomynona relik engis

MEZZROW Al : Sleeping Donkey

NOCE José : Penser ? Non merci !

OBIONE Max : Punk Mimile

PHD : A table un soir avec Ernest Hemingway

PIACENTINI Elena : Il me reste... Quoi, déjà ?

PETROWSKI Stanislas : Rendez-vous au port

PORNON : Francis : Une villa

PRATZ Pascal : Exhibition

REMANDE Marie : 500 ouvrages pour 60 berges

SBRAGIA Vincent : 500 façons d'aimer

MADAME SOLANGE : Show chaud

SOLOY Claude : Naissance

STREIFF Gérard : La dépouille est facturée 500 euros

THIRION Jan : Tout lui 

TOSCA Aline : Celle qui fait la cour à une fille

TRIGODET Frédérique : 500 lignes

VAN GHEE Boris : Hôtel SKA

VATTAN Chantal : Jour de fête

VENTURA Ava : Harvey, mon amour

VIDAL Gilles : Un des cinq sens

VILLARD Marc : Dans le désordre

VINDY Marie : Ma mie

VITIELLO Bernard : Quingenti

YUNG Eric : Le nabot du Roi

ZOLMA J. : Homard m'ont tuer

500. Recueil collectif. Nouvelles numériques. Collections Noire Sœur et Culissime. Editions SKA. Parution 1er mars 2020. 185 pages. 0,99€.

ISBN : 9791023408034

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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 05:55

Un héros inépuisable !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 5.

Nul mieux que Brice Tarvel pouvait devenir, sans conteste possible, le nouveau biographe officiel d’Harry Dickson.

De par son imaginaire, son sens de l’intrigue, sa linguistique riche, son sens de l’humour à froid, il incarne la continuité et en même temps le renouvellement dans des historiettes qu’auraient pu rédiger le Maître de Gand. Mais peut-être avec plus de dérision et le côté débonnaire de celui qui ne se prend pas au sérieux, sans pour autant se moquer de ses lecteurs.

 

Deux nouvelles enrichissent la liste déjà conséquente que Brice Tarvel consacre à ce héros né, comme bien d’autres, de l’imaginaire teuton et dont la saga fut réécrite ou imaginée par Jean Ray et quelques continuateurs dont Gérard Dôle et Robert Darvel : La forêt des dieux et Les voleurs d’ombres.

 

La forêt des dieux :

Lorsque la brave Vespasia Plimpton aperçoit de sa fenêtre, qu’elle avait ouverte non par curiosité mais pour y déposer sur le rebord une délicieuse et odorante tarte aux orties fumante, un homme courir comme un gamin et affublé, à la façon d’un Peau-rouge de cinéma à demi-nu, de plumes et autres objets vestimentaires tel un sauvage et s’enfoncer dans la forêt proche, Vespasia est estomaquée par ce comportement étrange déployé par un homme pourtant bien connu des habitants de Crowborough puisqu’il s’agit de l’apothicaire du village.

Elle fait part de sa vision à son mari Timothy, un vieil homme cloué dans un fauteuil roulant suite à une blessure récoltée lors de la guerre des Boers en Afrique du Sud. A l’épicerie du village, les langues vont bon train entre les commères qui lisent la gazette locale. La fille du garagiste a eu le crâne fracassé alors qu’elle cueillait en toute innocence des cryptogames. Naturellement la faute en incombe à un rôdeur malveillant, une supposition rapidement établie lorsque l’on ne sait rien des événements. Et pourquoi ce rôdeur ne serait-il point l’auguste Augustus, l’apothicaire, comme le suggère Vespasia, puisqu’elle l’a vu brandissant une sorte de hache ?

L’épicière avance une solution fiable. Son commis est apparenté avec Mrs Crown, la gouvernante d’Harry Dickson, le Sherlock Holmes qui n’est pas de papier. Aussitôt prévenu par téléphone, non portable, le célèbre détective se rend dans la charmante localité en compagnie de son apprenti aide-assistant, Tom Wills. Leur premier réflexe est de se rendre au poste de police afin de s’entretenir avec le pharmacien placé en geôle. Celui-ci éructe des mots incompréhensibles qui pourraient être des éléments de langage des habitants du Yucatan. Et dans sa vitrine trône une statuette de Yum Cimil, le dieu de la mort des Mayas. Et ce n’est pas tout car d’étranges effigies effrayantes sont érigées un peu partout dans la forêt, jusqu’à un manoir construit sur une île au milieu de l’étang communal, ce qui n’est pas commun. Une lettre émanant du frère du châtelain incite les deux détectives à se rendre au pays des Mayas.

 

Les voleurs d’ombres

Imaginez qu’un jour, alors qu’il fait beau et chaud, ou inversement, un individu marche par inadvertance sur votre ombre, la recueille et l’emporte chez lui. Un phénomène qui se produit par deux fois dans le quartier londonien de Peckham.

C’est ce qui arrive à Basil (Où vas-tu Basil… ?) Dobson qui vient de perdre son meilleur ami, noyé au cours d’une partie de pêche. Il a besoin d’un costume neuf pour enterrer son copain mais il est désargenté. Avec cette ombre qui ressemble à un morceau de tissu, il pense que sa femme va pouvoir lui confectionner l’habit adéquat pour cette cérémonie funèbre.

Au début de son récit, sa tendre épouse ne croit pas en ses racontars, d’ailleurs son haleine alcoolisée ne plaide guère en sa faveur, mais elle est bien obligée d’avaler cette fable. Les deux coupons de tissu, enfin prétendus tels, sentent la poussière et la miction canine.

Seulement ce tissu transformé en ébauche de costume possède une propriété qui se traduit par des fourmillements, et provoque des envies. Il faut absolument que Basil possède un bouquet de fleurs et un sifflet. Les dits objets en main, Basil retrouve sa sérénité.

Des individus peu scrupuleux l’ont aperçu alors qu’il ramassait à terre ce faux tissu ombré, et un malfrat nommé la Fouine Rouge s’introduit de façon fracassante chez le couple Dobson et oblige l’homme à lui remettre ses chaussures. Car c’est une chose sûre, les souliers sont magiques, comme si du chewing-gum était collé sous les semelles, retenant les ombres vagabondes. Et la Fouine Rouge a bien l’intention d’en faire un commerce pas forcément équitable.

Harry Dickson et Tom Wills sont amenés à enquêter sur ces étranges procédés car l’appétit de la Fouine Rouge et ses comparses est insatiable et provoque de nombreux incidents qui dégénèrent.

 

Deux historiettes, l’une rurale, l’autre urbaine, fertiles, comme l’imagination de l’auteur, en rebondissements et qui retiennent l’attention du lecteur, qui en redemande, par leur brièveté et leur densité, leur force d’évocation.

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 5. Collection Absinthes, éthers, opiums N°52. Editions Malpertuis. Parution novembre 2019. 146 pages. 12,00€.

ISBN : 978-2917035726

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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 05:11

Méditerranée
Aux îles d'or ensoleillées
Aux rivages sans nuages
Au ciel enchanté…

François DARNAUDET : Le Minotaure d’Atlantide.

Mais nos héros auront-ils le temps et le loisir d’admirer ces magnifiques paysages, du sud de l’Espagne jusqu’en Turquie d’Europe ?

Le jeune Sandro Maltese est dépité. Sa mère, d’origine parisienne, l’avait inscrit comme étudiant à Rome et il passe ses vacances chez son père à Venise. Mais ses notes de Français ne correspondent pas à ses attentes. 11 à l’écrit et 11 à l’oral, une claque alors qu’il pensait obtenir au moins 15. Heureusement, la lecture d’un mail dans sa boîte de réception lui donne du baume au cœur.

Le comité de lecture des éditions de la Sérénissime lui demande de se présenter en leurs bureaux sur l’île de Torcello. Il avait envoyé un scénario de son manuscrit Le Minotaure d’Atlantide dans l’espoir d’être édité, et il semblerait bien que son rêve se réalise.

Puisque faculté nous en est donnée, plongeons-nous dans le début de cette histoire intrigante qui ne manquera pas de péripéties.

L’histoire débute en novembre 1452, en terres italiennes. Depuis plusieurs semaines, les présences du seigneur Minos et de son compagnon le titan Arinordoquy ont été signalées au doge Foscari. Minos est affublé d’un heaume représentant une tête de taureau, mais il s’avérera par la suite qu’il s’agit bien d’une réalité et non d’un masque. Ils se rendent en la cité de Venise afin de convaincre le doge d’envoyer des troupes en renfort à la faible garnison de Constantinople. Les Turc, ou Ottomans, ont décidé d’annexer cette cité qui est pour l’heure propriété des Byzantins, habitants de l’ancienne Byzance.

En cours de route ils aident une jeune femme vêtue de bleue, et aux cheveux bleus, aux yeux bleus dépourvus de sclérotique blanche, à se débarrasser de rufians. Elle est jeune et s’appelle Mélina Mussuros, mais elle avoue ne pas avoir d’âge. C’est la Sorcière. Elle vient du Pirée et se rend sur l’île de La Giudecca. Un étrange cortège se forme ainsi se dirigeant vers la Sérénissime. Leurs missions se rejoignent.

 

Retour justement dans les bureaux de la Sérénissime en ce mois de juillet 2012, à Torcello.

Le jeune Sandro attend l’arrivée du directeur de collection, après avoir été couvert d’éloges par la jeune secrétaire prénommée Sofia. Soudain, une ampoule explose au plafond, un hologramme se précise au milieu de la pièce représentant un des personnages, pas le plus sympathique, de son roman. Khanuas l’immortel le bombarde de questions lui demandant entre autres où il est allé recueillir toutes les précisions concernant la prise de Constantinople décrites dans son manuscrit. Soudain, un être énorme s’introduit par la fenêtre et repart par le même chemin emportant Sandro sous son bras. Il s’agit du Minotaure qui emmène le jeune romancier en herbe dans un dédale le conduisant jusqu’à une clairière. Une étrange porte délimitée par un trident en métal, entre les trois griffes une flamme mauve en forme de 8 et Sandro ne peut s’empêcher de s’écrier :

Ce huit, c’est un anneau de Möbius !

Et le voilà transporté au XVe siècle, à Gênes, lui annonce Minos, comme dans son livre.

Sans vergogne, j’ai recopié deux ou trois passages du roman, mais personne ne m’en voudra car je suis allé au plus pressé afin de ne pas m’éterniser sur des descriptions oiseuses. Enfin quand j’écris oiseuses, ce ne pourraient qu’être les miennes, car l’auteur (Lequel : Sandro Maltese ou François Darnaudet ?) l’explique mieux que je ne saurais le faire, avec plus de précisions, de vivacité, de réalisme et de lyrisme que si c’était ma plume qui les rédigeaient.

Et nous voilà plongés dans une histoire gigogne, une intrigue avec mise en abyme, contant les pérégrinations de Minos, le Minotaure, d’Arinordoquy, le titan, de Mélina, la sorcière, de Sandro l’auteur, et de quelques autres éléments, des mutants, qui ne sont pas dénués d’intérêts et vont évoluer de Venise à la région marécageuse du Bétis, ou Tartessos ou encore de nos jours du Guadalquivir. Puis ce sera Le Pirée jusqu’à Constantinople, par mer et par terre, à cheval ou en trirème, ou en empruntant les Portes du temps, avec combats, duels, affrontements, guérillas et guerre, s’enchaînant sans relâche pour corser le tout. Et on pourrait comparer cet ouvrage au serpent qui se mord la queue, sans vouloir se montrer trivial.

 

Sandro grimaça.

Aïe, si mes souvenirs d’auteur sont bons, nous avons beaucoup d’adversaires à vaincre.

Tu as trop d’imagination, mon ami ! dit le Minotaure en mettant son cheval au galop.

 

De nombreuses références, voulues ou non, mais je pense que François Darnaudet s’est amusé sciemment, sont dissimulées plus ou moins dans le texte. Ainsi Sandro Maltese fait immédiatement penser à Corto Maltèse, le héros imaginé par Hugo Pratt. Mais un titan nommé Arinordoquy m’a renvoyé quelques années en arrière lorsqu’un Basque prénommé Imanol et surnommé le Basque bondissant, jouait au rugby. Enfin, l’Homme d’orichalque, un alliage métallique légendaire qui est composé de cuivre et de zinc, ou plus communément du laiton, m’a immédiatement remis en mémoire le fameux bûcheron en fer-blanc, personnage d’un roman pour enfant de Lyman Franck Baum, adapté au cinéma sous le titre du Magicien d’Oz. Mais l’identité de cet Homme d’orichalque nous vient de la mythologie grecque et il fallait y penser.

 

Le Minotaure d’Atlantide est le quatrième volet du cycle des Passages Paris Venise. Les premiers volumes étant Les Dieux de Cluny précédé du Fantôme d’Orsay, du Papyrus de Venise et du Möbius Paris Venise. Tous se lisent indépendamment mais il existe un lien entre les quatre volumes qui composent ce cycle de Venise, parfois ténu. Ainsi dans Le Papyrus de Venise, une jeune femme prénommée Sofia office à Venise, et un érudit du nom de Mussuros est également évoqué.

Un roman virevoltant, épique, empruntant à la mythologie, s’inspirant d’épisodes historiques réels, mais baignant dans une atmosphère qui confirme le talent de François Darnaudet, même si celui-ci n’est pas reconnu à sa juste valeur. Quand les bonnes fées se pencheront-elles sur l’auteur et son œuvre ? Ce n’est pas à moi de donner des conseils à Madame Folio, à Madame Pocket ou Monsieur Le Livre de Poche, mais je pense qu’ils commettent un monumental oubli, un ostracisme littéraire qui touche également Brice Tarvel, Philippe Ward et quelques autres, alors que le bon goût est de s’approvisionner de l’autre côté de l’Atlantique. On sait ce qu’il en résulte, des poulets au chlore et de la viande nourrie aux OGM.

 

François DARNAUDET : Le Minotaure d’Atlantide. Collection Fractales/Fantasy. Editions Nestiveqnen. Parution le 18 octobre 2019. 252 pages. 19,00€.

ISBN : 978-2915653991

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22 février 2020 6 22 /02 /février /2020 05:39

Joueurs de blues
On est des joueurs de blues…

Paul COUTURIAU: Blues pour Mary Jane.

De la Grosse Pomme à la Cité du Croissant, il n’y a qu’un pas que Jason Nash a allègrement franchi, désirant changer de vie, d’atmosphère, de lieu, de travail.

Ex-flic à New-York, Jason Nash s'est reconverti comme musicien, saxophoniste ténor à La Nouvelle-Orléans, berceau du Jazz, et occasionnellement comme détective privé.

Par Sam, son amie avocate, il rencontre Mary Jane, une jeune fille à l'esprit en cavale, qui s'accuse d'avoir tué un homme. Il n'y pas, ou plus, de cadavre dans la baignoire lorsque le lendemain Jason se rend en compagnie de Mary Jane chez elle. Par contre un homme fraîchement assassin‚ gît dans le salon et Mary Jane a disparu.

La présence de Gerry Cramer, un flic, près de la maison n'est qu'un pur hasard. Entre les deux hommes la méfiance prend le pas sur l'amitié. Sam a effectué sa petite enquête de son côté : Mary Jane habite une maison appartenant à Malcolm Laird, le gouverneur de la Louisiane et son oncle par la même occasion.

Hank le père de Mary Jane, est foncièrement égoïste, Loretta, la mère, déteste tout ce qui dérange ses petites habitudes, quant à Alan, le fiancé, c'est un escroc qui a su séduire la fille et les parents. Malcolm Laird, inquiet par la fugue de Mary Jane, avait fait surveiller sa maison de Bayou road par Earl Blythe, un lieutenant de la Criminelle qui, apercevant des ombres et un inconnu s'échapper, était entré dans la maison et a procédé au déménagement du cadavre.

Le corps découvert par Jason est un policier quant au cadavre baladeur, retrouvé à la morgue, ce n'est autre que le père de Mary Jane. Jason confie Mary Jane, qui s'était réfugiée chez sa mère, à ses voisins et amis Dalt et Joséphine. Alors que Cramer l'attend chez lui, Jason est invité à rencontrer Alan. Perplexe, le détective musicien se demande qui de Malcolm, Blythe ou Cramer a pu renseigner l'escroc.

 

Placé résolument sous l'influence du Jazz, ce qui devrait séduire les amateurs, ce roman est construit en deux parties: la première relève de l'énigme tandis que la seconde s'intègre profondément dans le roman noir. Le titre est emprunté à un morceau de Stan Getz, Blues for Mary Jane, Stan Getz qui vient de décéder le jour où débute cette histoire.

Hommage au Jazz donc mais surtout à Stan Getz, décédé le 6 juin 1991 à Malibu, en Californie.

Un roman à placer entre Mercredi des Cendres de Bill Pronzini et Docteur Jazz de Jacques Sadoul, entre autres, ces romans ayant comme point communs La Nouvelle Orléans.

 

Réédition version numérique : Editions Otago. 9,99€. En attendant la version papier…

Réédition version numérique : Editions Otago. 9,99€. En attendant la version papier…

Paul COUTURIAU: Blues pour Mary Jane. Editions du Rocher. Parution 16 novembre 1993. 158 pages.

ISBN : 9782268016016

 

Réédition version numérique : Editions Otago. 9,99€. En attendant la version papier…

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 05:26

En route vers le Grand Nord !

Brice TARVEL : Astar Mara. Les chemins d’eau

La jeune Nalou s’est enfuie du château des de Kydd, prenant l’apparence d’un jeune garçon, tentant d’échapper aux serviteurs du comte qui la poursuivent. Elle s’est emparée d’un curieux bijou appartenant à la comtesse, une femme qui selon les dires, serait une sirène.

Ce bijou en or est un gros médaillon attaché à une chaîne et qui contient trois écailles de Thélès, une authentique sirène réputée comme la Lorelei des rivages de l’île de Skarlum. C’est ce que lui apprend un regrattier de la petite ville de Tolldubh à qui elle pensait pouvoir vendre sa relique. Selon l’homme, qui refuse d’acheter cet objet, les écailles qu’il contient auraient un pouvoir maléfique.

Nalou est originaire de l’île de Paxanie et elle était partie à la pêche en compagnie de son père à bord d’un léger esquif. Mais sous l’action conjuguée du vent et des vagues, l’embarcation a chaviré. Elle s’est retrouvée comme bonne à tout faire, misérable Cendrillon au château du comte de Kydd, une condition qui lui pesait et a dicté son geste.

La figure de proue d’un navire représentant un aigle prenant son envol l’attire. L’aigle d’écume ressemblance plus à un derelict pirate qu’à un navire fendant fièrement les flots mais à défaut de grives, on mange des merles comme l’affirme un dicton populaire. Alors elle décide de monter à bord et de se cacher dans l’une des cales. Elle est découverte par Pinoche, le maître-queux qui la prend sous sa protection et se rend vite compte qu’il n’est pas en face d’un moussaillon. Et afin de la faire passer pour un adolescent, il lui colle sous le nez une fausse moustache fabriquée à l’aide de poils de chèvre.

La frégate est sous les ordres du capitaine Robuck, surnommé Blanc d’œuf, dont la particularité est d’être albinos. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir ses hommes à l’œil. Nalou, devenue Nalim grâce à Pinoche, est présentée au capitaine. Elle ne met longtemps à se faire accepter car une petite voix résonne dans sa tête. Elle signale des rochers dans les eaux de la Mer Grise, ce qui aurait occasionné sinon un naufrage au moins des dégâts importants au navire. Ces rochers sont connus et donc cette information n’est guère nouvelle, mais elle signale également un autre bâtiment dans leur sillage. Il s’agit du Flamboyant, la goélette du comte Cormag de Kydd, avec la comtesse-sirène à bord.

L’aigle d’écume vogue vers les îles Crève-cœur. Selon une légende maritime, une portion de la Lune se serait décrochée, s’enfonçant dans les eaux froides, possédant la particularité d’être un gisement d’or. Nalou se fait des amis à bord, dont le mousse, et plus particulièrement Gowan, un gabier intrépide. Mais d’autres marins ne prisent guère, sauf leur tabac, la présence à bord d’une femme, d’une pisseuse, et l’animosité se fait jour même en pleine nuit.

Les aventures ne vont pas manquer de se manifester au cours de ce voyage périlleux. Selon toujours une légende, des navires à vapeur, des reliques qui sillonnaient les mers avant le Grand fracas qui s’est produit des décennies auparavant anéantissant la plus grande partie de cette terre, seraient toujours en exercice, de même qu’un mystérieux paquebot transportant des centaines de passagers.

Les rencontres inopinées, à commencer par la vieille Lettice, la mère de Blanc d’œuf, pardon, du capitaine Robuck, qui ne quitte pas la cale dans laquelle elle survit, celle de celles des trois sœur Virebotte recueillies sur une île, ne manquent pas, et les dangers s’enfilent comme les grains sur un chapelet, provoquant des remous et même un début de mutinerie. Et le Flamboyant est toujours dans leur sillage !

 

Roman d’aventures maritimes, Astar Mara nous transporte dans une époque qui loin d’être révolue pourrait bien devenir notre avenir. Celui du Grand Fracas, une forme d’apocalypse qui s’est produite dans des conditions non élucidées mais qui est toujours prégnante dans les esprits.

Mais Brice Tarvel joue avec le lecteur, l’entraînant dans le sillage de la pétulante Nalou, et propose des images venues d’ailleurs et d’hier.

Comme cette apparition détectée par Nalou. Celle du Paquebot avec ses passagers riant, chantant, dansant, que l’Aigle d’écume évite grâce au don et à la breloque de Nalou, puis cet iceberg qui se dresse à la proue de la frégate. Ceci me rappelle quelque chose, mais il y a si longtemps.

 

Astar Mara, c’est une succession ininterrompue d’épisodes tragicomiques dont l’eau, élément naturel récurrent dans l’œuvre de Brice Tarvel, une obsession qui se décline roman après roman. La pluie, les marais, la mer, sont présents dans chacun de ses ouvrages, et Brice Tarvel n’a pas peur de se mouiller car à chaque fois il se renouvelle. Et quelque chose me dit que nous retrouverons Nalou dans de nouvelles aventures. Quand ? Seul Brice Tarvel le sait…

 

Je dois avouer que je peine à le croire, poursuivit-il, mais, en déchiffrant des fragments de textes antérieurs au Grand Fracas, on apprend que les hommes avaient la possibilité de voyager jusque dans les airs, et cela à une vitesse inimaginable. A quoi leur a servi tout cela, puisque la haine, la détestation des uns et des autres, a fini par réduire à néant leur prodigieuses inventions ?

 

Brice TARVEL : Astar Mara. Les chemins d’eau. Collection Bibliothèque Voltaïque. Editions Les Moutons électriques. Parution le 22 août 2019. 240 pages. 19,90€.

ISBN : 978-2361835804

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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