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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 06:05

Méfiez-vous des quidams lambdas, ce sont les pires...

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs

Tout jeune, à sa majorité, il avait estourbi et envoyé ad-patres son premier candidat à la mort avec doigté et facilité. Candidat involontaire faut-il préciser.

Il avait écouté et assimilé les leçons prodiguées par son père, un orfèvre en la matière. Puis les avait appliquées dans la plus pure tradition paternelle.

Vêtu d'un survêtement banal, il était entré dans le parc où batifolaient des gamins surveillés par des parents omniprésents. Il s'était caché dans des buissons, puis s'était approché d'un banc sur lequel se reposait un quadragénaire pensif.

Un gantelet en mailles de fer à la main, il avait occis sa cible sans coup férir de deux tapes, nullement amicales, et il avait accroché à son tableau de chasse son premier cadavre. Un inconnu qui ne lui avait rien fait, mais qu'importe. Seul le geste compte et il l'avait réalisé avec brio.

Par la suite il avait enchaîné les contrats et le carnet de commande ne désemplissait pas.

Ce jour là il a pris le train. Il est devenu un quinquagénaire bien conservé même s'il est démuni côté capillaire. C'est un homme passe-partout qui a rendez-vous à Voroy, une commune qu'il connait bien, même si cela fait déjà un bon moment qu'il ne s'y est pas rendu. Et il est joyeux. Allez savoir pour quoi...

 

 

 Avec un humour noir féroce et froid, glacial presque et pourtant empli de sentiments, Gilles Vidal nous entraîne dans le sillage d'un tueur aguerri, qui ne regrette rien. D'ailleurs qu'aurait-il à regretter ? Sûrement pas sa trajectoire professionnelle qui n'a jamais failli.

Tueur est un métier comme un autre, comme ces soldats qui s'engagent parce qu'ils ont envie d'en découdre.

Mais la vie, ou la mort réserve parfois de drôles de surprises, qui finalement ne sont pas si drôles que ça.

Une ode au père qui a tout appris, ou presque.

 

 

 

Gilles VIDAL : Plus mort tu meurs. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution octobre 2016. Version numérique. 12 pages. 1,99€.

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 06:12

Enfin mise en lumière...

Yvan MICHOTTE : Louise des ombres.

A bientôt trente ans, Louise a des envies, pourtant elle n'est pas enceinte.

Quoi que cela se pourrait car elle sort avec Julien, même s'ils n'habitent pas ensemble. Mais ces envies, ou plutôt cette envie, est de tout ordre familial. Elle n'a pas connu son père et elle décide de retrouver sa trace, ses origines. Elle sait qu'il s'est donné la mort en 1999, au pied du phare de la Roque près de Quillebeuf-sur-Seine, en Normandie.

Sa mère, avec laquelle elle ne correspond qu'épisodiquement, ne veut pas parler de cet épisode de sa vie, et elle détourne à chaque fois la conversation téléphonique. Louise s'est rendue sur place, en compagnie de Joshua Pastorius, un détective, mais ils ont été reçus fraîchement par les autochtones, surtout par ceux qui entretiennent le cimetière. Faut dire que Louise avait mis du cœur pour les rendre colériques en piétinant la tombe. Une forme de défoulement pour cacher son désarroi.

Louise rentre à Paris, mais cette quête du père lui tient trop à cœur et elle retourne à Quillebeuf retrouver des traces de son père, Jacques Verdier. Par les voisins et ses rares amis, elle apprend qu'il était capitaine d'une drague, ces bateaux qui nettoient les fonds du fleuve pour permettre aux navires de remonter la Seine. Mais qu'il possède aussi un lourd passé, ayant été condamné pour meurtre au début des années 1980. Et puis il y a cette histoire de navire, une épave du XVIIIe siècle, qu'il aurait découverte en draguant les fonds de Seine, et qui aurait renfermé un trésor.

Seulement il semblerait que les recherches de Louise indisposent une ou plusieurs personnes. Sa chambre d'hôtel est visitée, ses affaires éparpillées et déchirées, une inscription sur le miroir de la salle de bain lui ordonne Tire-toi d'ici salope sinon bientôt ce sera ton tour. Ton tour de quoi ? De finir peut-être comme les animaux qui nagent dans le lavabo. Des têtes de rats, des souris déchiquetées.

 

 

Agathe, bientôt trente ans elle aussi, est journaliste, rédigeant de petits articles dans le Le Havre Libre,, un quotidien régional et comme de bien entendu elle doit couvrir des événements aussi importants que des inaugurations, les repas des représentants du Troisième âge et la galette des Rois ou le Noël chez les pompiers. Pigiste payée à la ligne, il faut en écrire pour toucher le minimum vital.

Un soir elle est contactée par son rédacteur en chef. Un incendie s'est déclaré au Polaris, une boîte de nuit. Elle doit couvrir l'événement. L'homme qui a déclenché l'incendie est retrouvé dans les décombres. Mort évidemment. C'est le commissaire Garrot, une figure locale immuable qui dirige l'enquête.

 

Pastorius et Louise décident de se plonger dans les archives du Havre Libre et à l'époque cette histoire de meurtre, en réalité une algarade, un crime à caractère raciste, dont Verdier fut l'accusé à cause d'un témoin inopiné, a été couvert par Garrot, alors jeune inspecteur de Police. Garrot aurait tout fait, selon l'article journalistique, pour faire tomber Verdier. Et qu'il se déplace pour l'incendie du Polaris laisse Agathe songeuse.

C'est ainsi que Louise et Pastorius font la connaissance d'Agathe, une perle en son genre et que tous trois vont s'atteler à remonter le temps et enquêter sur les deux affaires, l'accusation contre Verdier puis son décès par suicide, et l'incendie criminel de la boîte de nuit. Deux affaires qui possèdent un point commun. Non, plusieurs puisqu'une famille havraise, possédant des pions dans diverses affaires commerciales, dont le Polaris, mais également des entreprises d'Import-export s'immisce dans cette intrigue et que le commissaire Garrot mouille sa chemise dans des enquêtes dont il pourrait fort logiquement se passer.

 

Louise est bipolaire et Pastorius ne tient droit que grâce à l'alcool qu'il ingurgite, pour autant ils forment un couple d'enquêteurs tenant la route. D'autant que Pastorius conduit une Jaguar, mais qu'il est un ancien marin, voire pirate. Mais c'était avant qu'il raccroche. Louise est costumière à l'Opéra Garnier et elle professe envers la peinture, plus particulièrement Georges de La Tour et son tableau Le Tricheur à l'as de carreau, un vif intérêt.

Malgré leurs défauts, ou au contraire grâce à ces travers, variations d'humeur chez Louise, dipsomanie chez Pastorius, ces deux personnages emportent l'adhésion, voire l'empathie du lecteur. Sans oublier Agathe qui se révélera une alliée précieuse.

Yvan Michotte nous propose donc des aller-retour entre Quillebeuf-sur-Seine et Le Havre, plus quelques randonnées à Honfleur et dans le Nord-Cotentin. Peu à peu on découvre les différentes personnalités des personnages, parfois il faut attendre presque jusqu'à la fin de l'histoire, avec des prolongements logiques. La mère de Louise a eu une aventure avec Verdier, aventure concrétisée par la naissance de la jeune femme, et ce sont les conditions dans lesquelles elle a connu le marin qui forment cette intrigue peu banale. Puis la désaffection du marin envers cette amante passagère, désaffection expliquée dans des lettres qui seront remises à Louise.

Il reste toutefois quelques ombres au tableau, notamment comment Louise a connu Pastorius, et pourquoi a-t-elle attendu si longtemps pour s'enquérir de son géniteur ?

Le premier réflexe du lecteur est d'être dubitatif au début de sa lecture. Et au fur et à mesure qu'il progresse, il est conquis. En effet, Yvan Michotte a assimilé les trucs et astuces de grands feuilletonistes et romancier du début du XXe siècle, en incorporant à son récit retournements de situation en nombre, faux-semblants, substitution d'identité et autres thèmes qui firent des succès durables. Les épisodes s'enchainent inexorablement jusqu'à un final... renversant !

Un roman prometteur et un auteur à suivre.

Yvan MICHOTTE : Louise des ombres. Enquêtes normandes. Editions Le Cargo imaginaire. Parution 16 septembre 2016. 314 pages. 19,00€.

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 05:56

A part l'homme peut-être...

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce

Depuis huit ans qu'il végétait en prison, Max Dembo attendait ce moment avec une certaine fièvre et une fébrilité teintée d'angoisse.

Depuis longtemps il s'y préparait, ayant envoyé plus de deux cents lettres. Mais il n'a jamais reçu une seule réponse. Enfin le grand jour est arrivé. Libre ! Libre au bout de huit ans. Libre, mais pas de travail.

Car il est difficile pour un ancien détenu de trouver un emploi et ce n'est pas avec le maigre pécule qu'ils possèdent que les ex-taulards peuvent se permettre de se conduire en rentiers.

Et c'est là que débute le cercle infernal : Tu n'as rien, tu voles. Tu voles, tu vas en prison. Tu sors de prison, tu ne trouves pas d'emploi. Tu ne trouves pas d'emploi, tu n'as rien...

Pourtant Dembo s'était juré de ne plus dévier, de ne plus tomber dans l'engrenage. Mais les premiers pas sur la route de la liberté sont semés d'embûches et l'officier responsable de conditionnelle est trop rigoriste, trop moraliste pour véritablement inciter Dembo à ployer l'échine.

Dembo supplie Rosenthal, ce censeur pourtant issu d'une communauté brisée. Peine perdue. Dembo s'enlise à nouveau dans une facilité de façade. L'exaltation de tenir dans sa main un avenir flou, exacerbé par quelques doses de drogue, d'abord une cigarette d'herbe de provende, puis le comprimé puis la seringue.

Et c'est la dégringolade, le retour aux sources, le retrait des bonnes intentions.

 

Roman autant que récit, Aucune bête aussi féroce est un constat en même temps qu'une dénonciation.

Edward Bunker a passé la moitié de sa vie en prison, et d'ailleurs ce livre a été écrit et publié alors qu'il tuait le temps en geôle.

Plus heureux et plus fort mentalement que son héros, dans ses choix et dans ses résolutions, Bunker enfin libre a réussi complètement sa reconversion littéraire.

Mais il est l'îlot planté au milieu d'un fleuve en cru, et malheureusement rares sont ceux qui s'en sortent. Justement à cause de la carence, de la méfiance, de la répulsion de l'employeur éventuel envers un repris de justice. Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à mettre au banc de l'accusation et le nombre de demandeurs d'emploi étant plus conséquent que celui des offres, le système de réinsertion en peut trouver de panacée.

Cri de désespoir qu'Aucune bête aussi féroce ne pourra pousser sans se faire entendre un jour.

Démagogie direz-vous. Oh que non, triste réalité tout simplement.

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce
Première édition Rivages Thriller. 1991. 346 pages. 1991.

Première édition Rivages Thriller. 1991. 346 pages. 1991.

Edward BUNKER : Aucune bête aussi féroce (No beast so fierce. 1973. Traduction de Freddy Michalski). Collection Rivages Noirs. n°127 (mars 1992). Réimpression 12 octobre 2016. 448 pages. 9,50€.

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 14:22

Un faucheur qui ne récolte pas que du blé...

Françoise LE MER : Le Faucheur du Ménez-Hom.

Lors du décès d’un oncle, le lieutenant de police Quentin Le Gwen renoue avec sa famille délaissée depuis des années.

Il profite de l’inhumation de son oncle Grégoire de Kermantec pour passer une semaine de vacances au château familial, où vivent le frère et la sœur du défunt : le baron Jean-Eudes de Kermantec, Adrienne de Vern, son fils Ghislain et sa belle-fille Brigitte. Plus quelques autres personnages dont Tad Coz, l’homme de confiance, l’homme à tout faire, qui quasiment octogénaire reste bon pied bon œil et veille sur le domaine comme s’il lui appartenait. Kevin Le Drezen, le jeune palefrenier, Rose May étudiante anglaise en villégiature pour approfondir la thèse qu’elle soutient, et les voisins. Thérèse et Eugène Gannec, et leur fils Ronan, célibataire secrètement amoureux de Rose May, Laurent Riou, ancien soixante-huitard et Mado, sa femme, reconvertis dans l’élevage de chiens; Helmut Müller, le ressortissant allemand qui fabrique des jouets en bois.

Les Kermantec, hobereaux fiers mais dont la richesse s’est évaporée au fil du temps, hébergent à la semaine des classes dites de mer, ou de découvertes, et louent leurs chevaux aux touristes. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Quentin ne sentait l’antagonisme régnant entre les familles de Kermantec et les Gannec, si un garçonnet ne disparaissait et était retrouvé au fond d’une faille, mort, son vélo près de lui. Difficile de croire à un accident. D’autant que Tad Coz est lui aussi découvert mourant, effrayé par l’Ankou, le présage de la mort et que Quentin assistait à un étrange conciliabule entre un des petits résidents et le palefrenier.

 

Dans ce roman dit régionaliste, parce que paru à l'origine chez un petit éditeur de province (n’y voyez pas là comme une dévalorisation de ma part, mais simplement le fait que les éditeurs provinciaux souvent ne possèdent pas le système de diffusion efficace des éditeurs parisiens), l’auteur imprègne sa marque de fabrique, mélange d’humour, de noirceur, d’appel à la superstition, au terroir, à l’actualité et aux réminiscences d’un passé plus ou moins proche.

Une œuvre qui au premier abord semble empreinte de légèreté, petit polar gentillet, puis qui peu à peu s’enfonce dans une terrible cruauté morale et physique.

Françoise Le Mer reste toutefois sobre dans certaines de ses descriptions, mais la force d’évocation est présente. Elle nous emmène dans un vagabondage, dans des chemins de traverse, et si le lecteur pense parfois connaître le fil conducteur, il faut avouer que l’épilogue est joliment troussé, si je puis m’exprimer ainsi.

 

Première édition : Collection Enquêtes et Suspense aux éditions Alain Bargain. Parution 2001

Première édition : Collection Enquêtes et Suspense aux éditions Alain Bargain. Parution 2001

Françoise LE MER : Le Faucheur du Ménez-Hom. Collection Editons du Palémon. Parution 21 novembre 2014. 272 pages. 9,00€.

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 08:16

Les héros de la littérature d'évasion

ne meurent jamais !

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Ainsi, Harry Dickson, le Roi des détectives ou le Sherlock Holmes américain cher à Jean Ray, qui à ses débuts a traduit des aventures rédigées par d'obscurs tâcherons allemands puis les a réécrites ou en a imaginé de nouvelles car il les trouvait mauvaises, s'est vu immortalisé grâce à Gérard Dôle, puis Brice Tarvel et Robert Darvel.

Vous remarquerez au passage l'étrange quasi homonymie patronymique de ces deux romanciers et nouvellistes qui perpétuent le mythe dicksonnien.

Sans vouloir copier son illustre prédécesseur, Robert Darvel, tout comme son aimable confrère Brice Tarvel, emploie des vocables dont la connaissance lexicologique, la lexicographique, la sémantique laisseraient pantois, voire faire écumer d'envie nos romanciers goncourables.

Tom les suivit, comme s'il pistait un acide lithophage. Ici et là, une étroite fenêtre éclairée d'une falote bougie perlait d'amphiboles la surface du granit.

 

Au sommaire de ce second recueil, pour l'instant, quatre nouvelles précédemment publiées sous forme de fascicules aux éditions du Carnoplaste, plus un bonus, non pas comme une cerise sur le gâteau puisque ce incarnat fruit délicat est immédiatement visible à l'œil du gourmand et du gourmet, mais enfoui telle une fève à dénicher.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Le Baal des Psychonautes :

Alors que Londres est en proie à des événements tragiques, des enfants disparaissent, Harry Dickson envoie son élève Tom Wills d'office sur la côte afin de se reposer d'une précédente aventure. Le jeune assistant du détective lui poste le lendemain, après s'être installé dans une pension de famille, une carte postale sur laquelle figurent ses quelques lignes :

Mon cher Maître, Bien las du Morne Repos & du Grand Air...  quand du Sang, du Crime & du Mystère ? Votre dévoué Tom.

Mais pour autant, Tom s'entiche de Mary Ann, la fille de la logeuse, une bien belle adolescente.

Toutefois, Harry Dickson, lorsqu'il reçoit cette missive, est frappé par le côté recto de cette carte et tombe en légère catalepsie, ce qui affole naturellement Mrs Crown, sa gouvernante-cuisinière. Elle prévient immédiatement un docteur et le superintendant Goodfield.

Tom Wills prend du bon temps à Tildesley-the-Sea, et apprend à Mary Ann des jeux de cartes qui sont plutôt du ressort des marlous qui fréquentent le tripot du village. Seulement Mary Ann le soir sort sans prévenir sa mère et rejoint un vaurien qui l'emmène jusqu'à un bouge. Tom la suit dans ce tripot, mais il perd les deux noctambules de vue en descendant dans la cave. Lorsqu'il remonte les douze gaillards qui buvaient et jouaient dans le tripot ont disparu ainsi que la table de jeu. C'est fort marri qu'il rentre dans sa chambre et se couche. Le lendemain, il est fort étonné de constater que le sémaphore lui envoie des signaux. Tout interloqué il se trouve face à Harry Dickson qui l'attend.

Débute alors, après que Tom lui eut narré sa nuit, l'enquête qui les mène au tripot et chez la logeuse de Tom. Seulement la brave femme s'évanouit en voyant le détective. Puis s'ensuit une course poursuite contre les Psychonautes, ceux qui ont enlevé les gamins. Course poursuite qui les conduira jusqu'en Normandie, dans la reconstitution du village de Tildesley-the-Sea.

Dans ce court roman, deux thèmes sont proposés, le double ou sosie, et le décor planté pour alimenter l'illusion, les artifices, les trucages, dans une ambiance fantastique. Tout repose sur la manipulation, les tours de passe-passe, les apparences trompeuses.

Ces perceptions se retrouvent dans les autres histoires mais avec des traitements différents, et l'on n'y ferait guère attention à ces répétitions, si les histoires n'étaient pas lues l'une derrière l'autre dans la foulée.

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Le ministère du Grand nocturne :

Légèrement éméché, l'acteur Richard Crosgove est victime d'un accident de la circulation. Il s'en sort sans trop de mal, sa passagère, rencontre d'une nuit, de même, mais il n'en va pas pour autant au malheureux bonhomme qu'il a percuté avec son véhicule.

Quelques mois plus tard, la notoriété de Cosgrove a atteint son apogée. Mais intérieurement il cultive une forme de neurasthénie qu'il cache sous un faciès de contentement.

Un soir, alors qu'il se rend au Greeeat Club en taxi, il aperçoit dans le véhicule qui roule près de celui dans lequel il est installé, son sosie. Arrivé à destination il se rend compte que son double accapare l'attention de la foule. Cosgrove-bis est fauché par un taxi couleur sang-de-boeuf. Cri d'horreur émanant des témoins de l'accident, une ambulance survient avec à bord trois infirmières, l'homme est transporté sur une civière, ne reste plus sur le bitume qu'une flaque de sang. Et deux reliques négligées par les brancardières, deux répliques de jambe en osier.

Harry Dickson reçoit dans un paquet un double poinçon, outil utilisé pour manier l'osier, puis surgit Richard Cosgrove qui lui narre sa mésaventure survenue dans le Suffolk quelques mois auparavant. Tout le temps que l'acteur raconte son accident, Harry Dickson remarque que dans la maison qui fait face à sa pièce, se tient une silhouette. Or le locataire est en voyage et ne peut donc pas les espionner. En compagnie de Tom Wills il traverse la rue et lorsqu'il revient au 92b Baker Street, une jambe en osier accompagnée d'un petit mot a été déposée sur son tapis. Une référence au Ministère du Grand Nocturne laisse supposer que le Roi des détectives juge cette affaire comme une représentation théâtrale.

Il ne reste plus à Harry Dickson et à son élève à se rendre dans le Suffolk, là où tout a commencé et à rencontrer l'accidenté qui a survécu à son ablation des membres inférieurs.

Comme dans la nouvelle précédente, tout repose sur l'illusion et la présence de sosies. Ce sont les seuls rapports qui existent entre ces deux histoires avec des adversaires narguant Harry Dickson avec diabolisme.

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Le réveil du Chronomaître et Le fil à couper le cœur.

Ce n'est guère son habitude, mais Tom Wills abuse du toddy (grog) dans le pub, tandis que Harry Dickson attend un revenant. Car il s'agit bien d'un mort ressuscité, Francis K., ayant vécu trois décennies et mort depuis douze ans. Et pourtant il s'agit bien ce riche aventurier qui met les pieds dans le pub. Assassiné douze ans auparavant, ses surineurs Blygg et Kip qui arrêtés ont rendu leur dernier souffle accrochés à une potence.

C'est le début de multiples péripéties tellement nombreuses qu'il faudra deux fascicules pour en connaître le fin mot. Cadavres avérés revenant sur le lieu de leurs exploits, sosies de vrais personnages, et morts en trompe-l'œil, descentes dans des souterrains avec des décors dignes du cinéma, enlèvements, et enquête réalisée, dans la seconde partie par Goodfield, Harry Dickson étant étrangement absent, Tom Wills blessé et séquestré, autant d'aventures subies ou provoquées dont le lecteur ne saura le résultat qu'à l'épilogue. Les faux-semblants sont accentués par la neige qui tombe, recouvre tout et gêne la circulation.

Comme le déclare à un certain moment Harry Dickson :

Aussi brillante que soit la fantasmagorie, n'oublions pas que toute illusion a une base de fonctionnement rationnelle.

Robert DARVEL : Harry Dickson 2.

Enfin, la fève promise, une histoire écrite à quatre mains par Robert Darvel et Brice Tarvel dont l'entame pourrait laisser supposer que le lecteur est en face d'une aventure réelle mais qui n'est en réalité, là encore, qu'une interférence avec le réel et la fiction et une plongée dans le temps. Il s'agit de La machine à explorer Baker Street, histoire dans laquelle les deux auteurs se mettent en scène alors qu'ils sont en panne dans la forêt de Balleroy, revenant de participer à un salon.

Et c'est ainsi qu'ils vont se trouver transportés dans le temps grâce à un canapé quantique réalisé par un taxidermiste et mécanicien quantique de Cerisy-la-Forêt (à ne pas confondre avec Cerisy-la-Salle, lieu d'échanges littéraires et grand pourvoyeur de colloques situé dans le même département de la Manche), Cerisy-la-Forêt donc, paisible village dont le rythme est ponctué par son abbatiale, placé à la limite du Calvados et de la Manche et à une quinzaine de kilomètres de la résidence du rédacteur de cet article.

Le but de nos deux amis étant de résoudre un différent, à savoir si Harry Dickson habite au 92b Baker Street, comme l'affirme l'un, ou au 221b selon les assertions de l'autre.

 

La lecture de ce recueil provoque une addiction non anxiogène, non illégale et non mortifère, à découvrir d'autres aventures du Roi des détective, tout au contraire. Le lecteur ébaubi en redemande afin de prolonger son plaisir non feint, aussi je me permets de vous signaler quelques pistes utiles à suivre, la lecture n'étant pas encore prohibée. Heureusement !

Je vous incite vivement à visiter les sites du Carnoplaste et des Moutons électriques :

 

Robert DARVEL : Harry Dickson 2. Collection Hélio Noir 64. Edition Les Moutons électriques. Parution le 6 octobre 2016. 288 pages. 7,90€.

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 07:59

Hommage à Dominique Rocher

décédée le 13 septembre 2016.

Dominique ROCHER : La nuit des pantins.

Anthony, qui vient de passer quelques années dans les geôles françaises, débarque au Kenya.

Il veut rencontrer, pour une raison qui lui est particulière, le Colon. Pris en stop par un policier anglais, il est déposé non loin du domicile du fermier. Lorsqu’il arrive à l’habitation, il est accueilli par un prêtre, le père Massimo, qui lui annonce le décès de celui qu’il désirait rencontrer. Un meurtre perpétré quelques heures auparavant.

Surgit alors une jeune femme, Elizabeth Leclerc, Canadienne, qui elle aussi aspirait à rencontrer le Colon. Pour des raisons personnelles elle aussi. Selon le père Massimo, le Colon devait recevoir la visite d’un certain monsieur Forrest, qui se fait attendre.

Le prêtre, atteint d’un accès de paludisme est soigné par Anthony. Lequel n’est pas chaud pour rester dans cette ferme isolée mais le réservoir de la Jeep qu’il désirait “ emprunter ” est vide. Enfin monsieur Forrest daigne se présenter.

 Ce n’est autre que le policier anglais qui a aimablement aidé Anthony à effectuer une partie de son voyage. Il est légèrement blessé, une estafilade due à une sagaie lancée par des rebelles Kikuyus.

 Commence une nuit au cours de laquelle Anthony et le policier vont tenter soit de concert, soit chacun de leur côté, de découvrir qui a tué le Colon, et accessoirement pourquoi. Un huis clôt éprouvant pour les participants, dans lequel s’ébauche une histoire d’amour, avec retournements de situations, rebondissements, épilogue légèrement ambigu, disons pour le moins un fin ouverte.

 

Dominique Rocher abandonne l’humour et son personnage de la Rouquine, infirmière dans le civil et détective à ses heures, pour nous conter une histoire plus profonde, plus subtile, plus intimiste.

Les faits se situent au Kenya durant la période de la révolte des Mau-Mau et qui voit le début de la révolte africaine contre les envahisseurs, les colons, britanniques et autres.

Cette révolte sert de décor et de prétexte pour ce roman qui pourrait tout aussi bien, avec quelques aménagements de lieux, de contexte, se passer n’importe où et n’importe quand. Ce sont les relations entre les protagonistes qui priment. Relations qui oscillent entre tension, sympathie, manipulation, faux-semblants.

Et je pense que ce roman pourrait facilement être transposé au théâtre.

Dominique ROCHER : La nuit des pantins.
Dominique ROCHER : La nuit des pantins. Le Manuscrit.com, N°3802. Décembre 2003. Format Broché : 19,90€. Format Kindle : 7,90€.
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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:30

Les grands espaces,

comme un Far-West stratosphérique*...

Louis THIRION : Dans les espaces déjantés.

Durant de longues années il fut de bon goût pour les chroniqueurs spécialistes ou spécialisés, de critiquer négativement la production populaire du Fleuve Noir.

Trop populaire, justement. Pas assez élitiste. Production trop abondante et présence trop importante dans les points de distributions, trop envahissante même. Et naturellement cette production ne pouvait qu'être décriée, jugée comme mauvaise, écrite par des tâcherons n'ayant aucun talent. La jalousie certainement qui animait ces chroniqueurs qui pour certains ne se firent un nom que par leurs articles virulents, ayant du mal à percer eux-mêmes en littérature. Vaste débat récurrent...

Heureusement, depuis quelques années, le vent a tourné, et les avis, s'ils ne sont pas encore dithyrambiques, ne sont pas toujours négatifs, reconnaissant à certains romanciers (pas tous quand même) un véritable talent et une imagination débordante et sans faille. Il faut avouer que souvent les pensées politiques influaient (influent encore) les critiques selon les opinions des uns et des autres.

Heureusement, écrivais-je, le venta tourné et des maisons d'éditions, des petites structures indépendantes ont osé bravé les sentences, et ont tiré de l'oubli volontaire dans lequel les avait plongé la désaffection du Fleuve noir vis à vis de ses collections phares, virant ses auteurs comme de vulgaires serpillères. Rivière Blanche, la première, bientôt suivie par les éditions Critic, se sont attachées à redonner des couleurs aux anciens pourvoyeurs de textes du Fleuve, publiant inédits et rééditions, découvrant également de nouveaux talents dignes de leurs prédécesseurs.

 

C'est ainsi que Louis Thirion figure au catalogue de Rivière Blanche et depuis peu à celui de Critic, malheureusement quelques années après sa disparition. Une forme de reconnaissance tardive mais bienvenue, car si la valeur n'attend pas le nombre des années (déjà lu quelque part !) le talent lui est éternel.

Dans ce volume trois romans qui ont marqué la production torrentielle du Fleuve Noir, et comme le premier de cette trilogie a été publié en juin 1968, on peut supposer une relation de cause à effet.

Les Stols (Anticipation N°354), Ysée-A (Anticipation N°427) et Sterga la Noire (Anticipation N°456) sont suivis d'une postface signée Roland C. Wagner, un article paru en 1995 dans Le feu aux étoiles aux éditions Destination Crépuscule.

Admirateur fervent de Louis Thirion, Roland C. Wagner (décédé le 5 août 2012) connaissait l'œuvre de celui qu'il considérait comme son maître et il en parlait avec passion.

Après une analyse rapide de la collection Anticipation jusqu'en 1968, année qui vit la parution du premier roman de Louis Thirion, avec la présence de nombreux auteurs français qui ont marqué de leur empreinte cette vénérable institution littéraire et qui ont pour noms Gilles d'Argyre (Gérard Klein), Kurt Steiner (André Ruellan), Pierre Barbet, Stéphan Wul... Roland C. Wagner s'attarde sur le cycle de Jord Maogan, six romans dont seuls trois ici sont réédités.

Les Stols :

Après la deuxième guerre atomique qui opposa les Etats-Unis à la Chine, et comme jamais deux sans trois, une troisième guerre est déclarée entre les Etats-Unis, toujours eux, et l'Union Soviétique. Mais celle-ci se déroule dans l'espace et les Terriens ne sont guère affectés par cet affrontement. Toutefois, le 12 juin 2009, d'étranges événements se déroulent dans le laboratoire de Savhanah Flood, dans l'Arizona.

Le vaisseau intersidéral du commodore Jord Maogan a été capturé et il se retrouve sur Stol IV, la dernière planète habitable de la Galaxie. Les Stols, qui sont en phase de dégénérescence, ont décidé d'envahir la Terre et de se fondre dans les Terriens, qui deviendraient une sorte de coffre-fort susceptibles de garder leurs souvenirs et leur personnalité. Les Stols auraient alors cannibalisé les humains dont ils auraient accaparé l'enveloppe préalablement vidée à l'aide d'une mousse verte de leur composition.

Jorg Maogan échappe à cette vampirisation grâce à une Stol, Sane Mac Kinley. Mais une grande partie de la population terrienne est déjà atteinte par cette intrusion corporelle et mentale.

 

Dans Ysée-A, on retrouve Jord Maogan en l'an 2370. Sa mission, explorer Cirva à des fins d'adapter ce monde et le terraformer. Mais il tombe sous le contrôle psychique d'un Tulg nommé Oen-Vur, dont l'apparence est celle d'un œuf lumineux. Oen-Vur et sa compagne Ysée-A ont dormi quelques milliards d'années sur Gmour, devenue Cirva. Une bagatelle en comparaison du temps écoulé depuis le Big-bang. Ysée-A, elle, s'est fondue dans le corps de Solène, une biologiste Stol. C'est le début d'une histoire incroyable ponctuée de scènes délirantes. D'ailleurs Roland C. Wagner, dans son article, met en parallèle Ysée-A et l'univers littéraire de Van Vogt de par sa dimension et son souffle.

Enfin avec Sterga la Noire, Jord Maogan n'est plus le héros omniprésent, puisqu'il n'apparait qu'au premier et dernier chapitre. Le héros négatif est le puissant consortium Mac Dewitt.

 

L'univers de Louis Thirion, bousculant les codes établis, est à fois empreint d'humour et d'une forme nouvelle d'inspiration : l'écologie et le gaspillage des ressources naturelles. Louis Thirion reste le précurseur de ces thèmes, qui depuis ont connu différentes variations de traitement, mais aborde bien d'autres sujets comme l'exploitation de l'homme par l'homme. Des romans qui étaient novateurs pour l'époque, même si le space-opera n'est pas loin, et qui aujourd'hui prennent toute leur signification, l'exploration, l'exploitation et l'asservissement des planètes en moins, mais cela ne saurait tarder.

Les côtés déjantés, ou décalés, de certaines scènes font penser à des feuilletonistes et écrivains du début du XXe siècle dans leurs romans d'anticipation comme Arnould Galopin, Jean de La Hire ou René-Marcel de Nizerolle alias Marcel Priollet. Mais la rigueur en plus et les approches sous-jacentes signalées plus haut car Louis Thirion était scientifique de formation, notamment dans la recherche biologique moderne.

 

Stratosphérique est un mot devenu à la mode depuis qu'un journaliste sportif l'a employé en natation, qualifiant le temps réalisé de stratosphérique. Encore une imbécilité de plus à mettre à son actif, mais on en entend tellement à la télévision de nos jours !

 

Louis THIRION : Dans les espaces déjantés. Réédition de trois titres parus précédemment au Fleuve Noir. Editions Critic. Parution le 19 novembre 2015. 472 pages. 25,00€.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 07:39

La forêt qui murmurait à l'oreille du gendarme...

Patrick ERIS : Les arbres, en hiver.

Une semaine parfois c'est long, surtout lorsqu'on attend un événement, de préférence heureux.

Une semaine, ce n'est rien comparé à une espérance de vie de, soyons modeste, soixante-quinze ans. Cela ne représente qu'une semaine sur près de quatre-mille que nous serons sur Terre, et quelques fois dans la Lune.

A sept ans, le narrateur s'est perdu dans les bois, dans le Jura, une semaine à déambuler et vivre en osmose avec l'air, les plantes, les animaux, une communion qui pourrait ressembler à celle qu'a pu enregistrer Mowgli, l'enfant de la jungle de Rudyard Kipling ou Greystoke, le Tarzan d'Edgar Rice Burroughs. Lorsqu'il a été retrouvé et ramené à ses parents, l'enfant a ressenti comme un manque, un vide. Il avait perdu ses amis qu'il s'était forgé durant une semaine.

Les années passent. L'enfant grandit, vieillit, va à l'école, obtient ses diplômes, et entre à la gendarmerie, comme son père, et obtient de rester sur place chez lui dans le Jura. Mais il est différent, ne se sentant pas à l'aise en compagnie, solitaire avec ancré dans l'esprit sa forêt qui lui manque. Il y retourne parfois afin de se vivifier le cerveau.

A la gendarmerie de Clairvaux-les-Lacs, les effectifs sont réduits, Garonne a pris sa retraite deux mois auparavant et il n'a pas été remplacé, réduction du budget oblige. Il ne reste donc que Caro, une autochtone comme lui, et Serge. Le Scooby Gang.

 

Un horrible crime vient d'être découvert dans une petite ferme des environs. C'est un voisin intrigué par une fumée annonçant un début d'incendie qui a prévenu la maréchaussée. La scène de crime est comme une représentation pour le Musée Grévin. Quatre personnes, le père, la mère et les deux adolescents, un garçon et une fille, égorgés, habillés normalement et attachés sur leurs chaises devant la table de la cuisine.

Ce n'est pas le premier massacre ainsi perpétré. Une semaine auparavant, près de Saint-Claude, le préposé à la distribution du courrier, en langage clair le facteur, a découvert une famille, deux adultes et un ado attachés et placés devant la table de la salle à manger. Les coups de couteau assenés ne se comptent plus, ou alors il faut du temps.

Mais qui peut s'intéresser à ces deux faits divers d'hiver, qui se sont déroulés dans un coin perdu de la province française ? Sûrement pas les médias car sévit un jeu à la télévision qui accapare l'attention de la population. Un jeu débile de téléréalité avec des concurrents pas très futés, et cela fait des années que ça dure. Et pour donner du piment à ce jeu, les téléspectateurs peuvent parier sur l'un ou l'autre des rivaux, et naturellement l'appât du gain entretient l'intérêt dans les chaumières, dans les cafés, à la télé, dans les journaux.

Seul le journaliste local suit la progression de l'enquête par les gendarmes livrés à eux-mêmes, car les autorités compétentes et la capitale ont d'autres préoccupations en tête. Economiser dans tous les domaines étant le maître mot. Les ordinateurs rament sauf lorsqu'ils se plantent, le véhicule de fonction devrait être à la retraite depuis longtemps, et la caserne, comme bien d'autres, est insalubre. L'avantage est de pouvoir vivre chez soi, et faire taire les mauvaises langues (si, si , ça existe !) qui considèrent que le logement gratuit était un privilège éhonté et exorbitant.

Il faut au gendarme et ses deux collègues essayer de dénicher le lien entre ces deux, non trois, drames. Car un nouvel assassinat de groupe est signalé près de Macon. Les modalités ne sont pas tout à fait les mêmes, le meurtrier ayant employé une arme à feu à la place du couteau, tout de même moins bruyant.

C'est le journaliste ami du gendarme qui met le doigt sur le lien existant entre ces trois affaires. Du moins le suppose-t-il. Mais le tueur n'apprécie pas que l'on s'occupe de ses petites affaires de meurtres en série.

 

Patrick Eris nous propose deux pistes de lectures dans ce roman. L'appel de la nature, l'appel de la forêt, symbole cher à Jack London, qui scande la vie du gendarme, lequel se rend dans ce refuge boisé afin de se ressourcer, de réfléchir, de se recomposer, de communier en paix.

Mais également Patrick Eris, dans ce roman légèrement anticipatif, la date n'est pas précisée, dénonce la déliquescence, la dégénérescence de la société plus passionnée par un jeu de téléréalité que par les affaires graves qui la secoue.

Les moyens octroyés pour enquêter sont réduits au strict minimum. L'on ne peut même pas parler de portion congrue, puisque la définition de portion congrue est quantité de ressources versées mais qui est à peine suffisante pour vivre. Dans ce cas, les ressources financières et les aides en logistique et en matériel sont réduites à néant.

Laisser pourrir pour ensuite obtenir sans trop de remous ce qui a toujours été le but du jeu est une vieille tactique à laquelle les politiciens sont rompus.

L'auteur aborde également un sujet d'actualité, touchant de nombreuses communes françaises. La Poste et son désengagement dans le courrier. Il n'y a qu'à lire les compte-rendu dans les quotidiens locaux actuellement.

Ce facteur que les décideurs des villes voudraient voir supprimé au nom de la modernité.

Et bien entendu le problème de l'information mâchée, formatée, est abordé.

La forêt est la parabole du silence, de la quiétude, de la paix, de la sérénité, du retour vers des choses moins frelatées que la politique (par exemple). Le gendarme y retourne souvent avec en tête les variations Goldberg qui lui permettent de se déconnecter d'une réalité trop anxiogène.

 

Retrouvez les avis de deux amis, spécialistes qui plus est...

Patrick ERIS : Les arbres, en hiver. Meurtres en série dans le Jura. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution le 3 octobre 2016. 214 pages. 12,90€.

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 08:26

Une famille décomposée...

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne.

Détective privé, d'argent mais pas d'ambition ni de femmes, Cicéron Angledroit est tout surpris que le commissaire Saint Antoine lui confie une mission.

Ce n'est pas vraiment un ami, tout juste un copain, une relation privilégiée qui lui amène parfois des affaires que ses hommes ne peuvent résoudre, mais là, que le commissaire Saint Antoine lui demande d'enquêter sur la vertu de sa femme, il en reste comme deux ronds de flan notre sympathique Burma de banlieue.

Saint Antoine entretient des soupçons sur la fidélité de sa quinquagénaire d'épouse qui travaille au service relationnel de la mairie. Cicéron ne peut refuser, et il s'attelle à la tâche, pas trop difficile ni compliquée. Il suit la dite gente dame qui effectivement se rend dans des hôtels, le Grabhôtel à Rungis, le Break and Baise d'Alfortville, mais il se rend bien vite compte que ces démarches ne sont effectuées que pour permettre à des personnalités en déplacement de trouver un hébergement. Pour le reste, ceci ne le regarde pas, le commissaire non plus et l'honneur de l'épouse est sauf.

Cicéron n'a jamais connu son père. Un appel téléphonique émanant de Paul Automne, un vieil ami de la famille, va lui donner l'occasion de démontrer ses talents et le plonger dans des affres propres à lui faire tourner le ciboulot. Paul Automne chantait dans les cabarets, un répertoire qui allait de Brel à Perret, mais il a raccroché son micro depuis quelques années. Paul qui venait de temps à autre chez lui, quand il était gamin, et longtemps Cicéron a même cru qu'il était son père. Et puis, les années passant, ils se sont perdus de vue.

Paul Automne, qui est près de l'hiver, lui annonce qu'il est dans la merde (en français dans le texte et sans en changer un mot), mais ce qui tourneboule Cicéron, c'est que le vieil homme l'appelle mon fils. Pourtant il n'est pas curé. L'âge ou l'émotion peut-être. Rendez-vous est pris pour le lendemain dans la matinée. Toujours à l'heure Cicéron, mais c'est pour tomber sur le commissaire Saint Antoine et constater la présence de voitures de police, gyrophares en action.

Paul Automne ne dira pas ce qui le turlupinait. Il est mort d'un excès de courants d'air, une trentaine de balles dans le corps, plus deux dans la tête et le cœur, au cas où. Ce ne peut être un suicide. Donc la thèse du meurtre est privilégiée. Double effet qui secoue, vous savez comme dans la pub pour un soi-disant bonbon, c'est lorsque Cicéron apprend que Paul Automne ne s'appelait pas ainsi mais tout bonnement Angledroit, comme lui. Et ce n'est pas une coïncidence. Automne n'étant qu'un nom de scène. Cicéron hérite donc d'un père, mort.

Comme il est reconnaissant pour toutes les bontés qu'avait pratiquées le chanteur en retraite, Cicéron va enquêter sur le meurtrier, en marge du commissaire Saint Antoine, mais aidé par ses amis, Momo et René.

Débute une histoire tragi-comique, avec quelques scènes croquignolettes dont il serait dommage que je vous en révèle la teneur. Sachez toutefois qu'un autre cadavre va être découvert, que des photos prises à Créteil vont intriguer le commissaire et Cicéron, séparément tout en trouvant ensemble dans le même lieu, et les mettre sur la piste d'objets pieux made in China et autres aventures plus ou moins épiques.

 

Bien entendu, ce roman fait insensiblement penser à l'écriture san-antonienne, mais pourtant il ne s'agit ni d'une parodie, d'un pastiche, ou d'un ouvrage apocryphe. Juste un hommage. Cicéron Angledroit fait de l'Angledroit, même s'il affiche ouvertement ses références livresques. Ainsi, outre le commissaire Saint Antoine, notre détective-narrateur a une petite fille, Elvira Angledroit (Vous avez remarqué le jeu de mot ?), dont la mère est partie et qui est élevée par sa grand-mère, c'est à dire la mère de Cicéron. Une de ses voisines se prénomme Félicie, aussi, quant à ses deux compères, René et Momo, ce sont presque les fidèles reproductions de Bérurier et de Pinaud. Presque car si René est un adepte dipsomane de la bouteille sous tous goûts et couleurs pourvue que son contenu soit alcoolisé, il est employé à l'Hyperpascher comme ramasseur de chariots. Momo, manchot depuis un attentat, vend Le Belvédère, journal des SDF, à la sortie du magasin et il réfléchit plus qu'il parle.

Cicéron vit et travaille surtout en banlieue sud de Paris, dans le Val de Marne principalement. Il aime les femmes qui le lui rendent bien. Ne parlons plus de son épouse, mais de Brigitte la pharmacienne, qui le convie à d'agréables passe-temps, de Monique qui est enceinte des œuvres charnelles de Cicéron mais vit avec Carolina, ayant une tendance déclarée mais non prohibée à sacrifier au rite de Lesbos. Et puis il ne faut pas oublier Vaness' R'messa, l'adjointe de Saint Antoine, qui démontre à notre héros qu'on peut prendre son pied avec justement ce bout extrême de membre inférieur délicatement manipulé (ou pédiculé puisque manipulé c'est avec la main).

 

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne.

Cicéron Angledroit pratique l'humour avec sérieux et inversement proportionnel. Il existe entre lui et le lecteur une connivence de bon aloi qui n'est pas sans rappeler son illustre prédécesseur en littérature. Il s'amuse à évoquer certaines personnalités publiques et à déformer les propos, jouant avec les mots et les situations, surtout lorsque c'est René qui s'exprime. Et comme les grands esprits se rencontrent, tout comme Frédéric Dard, il apprécie Céline, mais aussi Léo Malet (avec un seul L, malgré ce qui est noté en quatrième de couverture et même si avec deux L on s'envoie mieux en l'air). Et il ya bien une légère corrélation avec Burma chez Angledroit, celui de la tendresse et du goût de la liberté, un petit côté ronchon parfois et naïf à la fois. Seulement Angledroit ne boit pas ou rarement, le plus souvent du café sans sucre, il ne fume pas, il ne parle pas pour ne rien dire mais il baise* la vie et les deux mains de ses amies complices et compagnonnes.

Un remède à la morosité dont il faudrait user plus souvent, car ne nuit pas grave à la santé.

* Dans le sens de donner une bise, embrasser étant le plus souvent employé mais dont le sens primaire est tenir dans ses bras. Je ne voulais pas vous laisser croire à une quelconque salacité dans mes propos.

 

Pour illustrer certaines de mes assertions dans l'antépénultième paragraphe :

Comment qu'elles ont pu faire ? Elle a dû se faire faire une infécondation vitrée.

Par exemple, vous connaissez Christiane Boudin, la député intégriste ?
Oui, bien sûr...
Eh ben il lui a inculqué (verbe choisi) la sodomie. Ça vous étonne, hein ?
En effet !
Mais c'est inutile de le mentionner dans votre article. Et Micheline Amiot-Larry, vous voyez qui c'est ?
Oui, l'ancienne ministre.
C'est ça ! Eh ben, elle, il l'a fait se prostituer dans le bois de Meudon. Avec une perruque, elle ne voulait pas qu'on la reconnaisse. Voilà, c'était ça, Paul ! Un artiste, un conceptuel, un visionnaire !

Du même auteur, dans la même collection :

Cicéron ANGLEDROIT : Qui père gagne. Les enquêtes de Cicéron N°5. Editions du Palémon. Parution le 9 septembre 2016. 256 pages. 10,00€.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 08:39

Tiennent sans jarretelles...

Pascal GARNIER : Les Hauts du Bas.

Edouard Lavenant est un vieux monsieur riche, solitaire, d’un caractère irascible et handicapé d’un bras.

Il perd parfois un peu les pédales, mais Thérèse sait le remettre gentiment sur le droit chemin. Thérèse, c’est son infirmière, la cinquantaine légèrement avancée, célibataire et dévouée à ce vieux grincheux qui la rabroue à tout bout de champ. Il a quitté Lyon et les affaires, et ils se sont installés dans un petit village de la Drôme.

Peu à peu s’établit une complicité entre le patient et sa garde-malade. Une complicité qui confine à une sorte d’affection, d’union, que Lavenant ne pensait pas pouvoir éprouver un jour, et qu’il chasse comme on chasse une mouche. Mais celle-ci revient toujours se poser au même endroit.

Jusqu’au jour où Jean-Baptiste fait incursion dans leur retraite. Il se prétend le fils de Lavenant, un fils issu d’une relation sans lendemain avec une secrétaire. Et c’est à ce moment que la vie de Lavenant va basculer.

 

Ce roman de Pascal Garnier contient une grande dose de suspense mâtinée d’humour noir, comme il se doit, penchant entre férocité et humanisme. Pourtant Pascal Garnier tresse ici et là de grosses ficelles qui retiennent le lecteur, mais l’épilogue est époustouflant de réalisme et clôt l’intrigue en forme de pied de nez. Le savoir faire de l’écrivain qui fait croire au lecteur qu’il a déjà lu ce genre d’ouvrage et qui pourtant se révèle tout autre.

Première édition : Collection Quatre-Bis, éditions Zulma. Parution 11 septembre 2003. 15,30€.

Première édition : Collection Quatre-Bis, éditions Zulma. Parution 11 septembre 2003. 15,30€.

Réédition Le livre de Poche. Parution 18 février 2009.

Réédition Le livre de Poche. Parution 18 février 2009.

Pascal GARNIER : Les Hauts du Bas. Collection Poche. Editions Zulma. Parution le 3 octobre 2016. 192 pages. 9,95€.

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