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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 03:05

A la mi-Août
On se sent plus dynamique
A la mi-Août
On s'amuse comme des fous…

Ray Ventura

Max OBIONE : Le pont.

Il fait chaud, il fait beau, c’est la canicule. Le narrateur n’est pas serein, d’abord parce que son serin bat de l’aile, ensuite parce qu’il lui faut garder sa mère. C’est moins pénible que garder un gosse turbulent mais quand même.

Sa sœur Mireille lui a confié la gestion de leur génitrice et des appareillages auxquels elle est attachée. Pas de risque qu’elle s’envole la mère. Pas plus que le serin d’ailleurs qui bat de plus en plus de l’aile.

Pour s’occuper, notre narrateur (en fait il n’appartient à personne, c’est une façon de s’exprimer) démonte puis remonte son outil de travail. Il en a soin de son Glock, il ne faut pas qu’il lui fasse défaut à un moment inopportun, ce qui pourrait lui être fatal. Et un revolver, c’est comme un portefeuille, ça ne se prête pas, c’est bien connu. Donc les révisions, l’entretien, c’est pour sa pomme.

Il fait toujours aussi chaud, le serin en a eu marre et il est couché dans sa cage. Dans l’autre pièce, celle où repose sa mère (j’allais écrire gît, mais ce n’est pas encore l’heure) le bip résonne. C’est bien la première fois depuis longtemps que sa mère le réclame. D’ailleurs l’a-t-elle aimé un jour, eu besoin de lui ? Bonne question, mais ce n’est pas l’heure de se la poser et encore moins d’y chercher une réponse.

Il faudrait qu’il appelle l’hôpital, mais en cette période de canicule, un quinze août qui plus est, pas sûr de trouver un palliatif. Débordés comme d’habitude.

 

Sous des dehors bourrus, comme une personne qui cache se pudeur et sa sensibilité en bougonnant, Max Obione nous livre une historiette émouvante et poignante.

Une mère malade et un fils indigne. Des retrouvailles après des années de conflits. Faut avouer qu’il l’avait bien cherché aussi Michel (oui, on apprend que notre narrateur se prénomme Michel au fil du récit) en se laissant enfermé pour cause d’indélicatesse avec la loi et la vie d’autrui.

Mais une petite visite, cela lui aurait fait plaisir, de temps à autre. Et aujourd’hui le voici transformé en garde-malade, en veilleur d’agonisante, en intérimaire de surveillant de moribond.

Michel oscille, et pourtant il n’a pas bu d’alcool, mais il sent monter en lui comme un sentiment qu’il n’avait jamais, ou si peu, ressenti. Et il balance, sachant très bien qu’il ne peut pas la soulager.

Le lecteur est au cœur d’un drame familial, temporisé par cette espèce d’humour noir qui est la caractéristique des auteurs sensibles, humains.

Max OBIONE : Le pont. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 25 mai 2020. 11 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023408157

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 04:16

Et demain ne sera plus comme avant ?

Muriel MOURGUE : Hier est un autre jour…

Après le cataclysme informatique de 2019, fomenté par un mystérieux groupe intitulé l’Etoile noire composé de terroristes, l’Europe a fini par réagir en anéantissant ces nouveaux délinquants et leur chef.

Les années ont passé, et en 2027, Rose Leprince vient d’être réélue à la tête de l’Etat français. Mais comme souvent ce début de second mandat est quelque peu sujet à des remous. Quoique très appréciée par la majorité de ses collaborateurs et de la plupart de ses homologues internationaux, Rose Leprince, dite la Princesse, va se trouver bientôt confrontée à des manifestations. Des citoyens ont décidé de descendre dans la rue pour exprimer leur colère envers une loi qui est loin de faire l’unanimité.

Ce qui avait incité les gens à descendre dans la rue était un projet de loi sorti du chapeau par deux des ministres, à savoir la ministre de l’environnement jamais avare de trouvailles foireuses et le ministre de la Santé, un ascète au regard de chien battu.

Un beau matin, en se levant, ils avaient décidé que fumer sur la voie publique présentait un danger pour les bébés en poussette et qu’une interdiction totale conduirait progressivement les citoyens réfractaires à renoncer à leur vice. Une interdiction qui était mal passée, même auprès des non-fumeurs. La population ressentait cela comme une atteinte pure et simple à la démocratie.

Pour la ministre de la Sécurité, Régine Grinville, la préconisation est de purement et simplement arrêter la manifestation au moindre incident. Ce que n’approuve pas la Princesse, mais entre les deux femmes le torchon brûle depuis quelque temps déjà. Luc Malherbe, ancien agent des services de renseignements puis directeur de cette officine et devenu le Conseiller personnel de la présidente est lui aussi sceptique. Il déclare :

Il ne faut pas se louper. Trop de laxisme nous affaiblirait, mais une répression trop marquée nous ferait passer pour des fascistes.

Bref ils sont entre l’enclume et le marteau à cause de l’idée saugrenue de deux ministres sans cervelle.

Mais pour l’heure deux autres affaires requièrent toute l’énergie de Luc Malherbe qui a demandé à deux de ses anciens collaborateurs, Angie Werther et Alex Darkness de remettre leur bleu de chauffe.

Trois anciens repentis de l’Etoile Noire ont été assassinés, une femme et deux hommes. Selon les mêmes procédures pour les hommes. Mais ils ne se connaissaient pas, et donc n’avaient pas de contacts entre eux. De plus la Princesse reçoit depuis un certain temps des lettres anonymes dont la teneur est de plus en plus inquiétante. Sans oublier la part de plus en plus grandissante que prennent les néos, néo-nihilistes et néo-romantiques ou gothiques, dans la contre-culture.

Angie revient d’Argentine où elle a revu son père après quelques années loin de lui. Il lui a révélé des secrets de famille qui la laissent abasourdie, et son amie Ellis vient de la quitter pour une raison inconnue. Donc, Angie a accepté de reprendre du service en compagnie d’Alex. Ils seront hébergés dans un hôtel parisien dévolu aux membres des services secrets en mission, et pour tous, ils sont mari et femme. Un statut qui ne les gêne guère car ce n’est qu’une façade destinée à induire en erreur les individus qu’ils doivent approcher. Dont un couple, Blanche et Kendo, des néos qui vont les introduire dans des manifestations, pacifiques, comme un concert. Angie se lie avec Blanche tandis qu’Alex s’est trouvé un point commun avec Kendo, puisque tous deux pratiquent l’art du tatouage à des degrés divers. Et cette approche n’est pas fortuite car Kendo était ami avec l’un des repentis décédés.

La résurgence de l’Etoile noire, et de ses méfaits, serait-elle possible, envisageable, ou n’est que coïncidence fortuite ?

Et pendant ce temps, quid des manifestations ? Ne serait-ce qu’un écran de fumée destiné à cacher d’autres affaires plus délictueuses, portant atteinte à l’intégrité des acquits sociaux ? Comme les 80km/h, les Gilets jaunes, et la révision du système des retraites ?

 

Ce nouveau roman de Muriel Mourgue, publié après le déconfinement, n’est pas sans rappeler des événements récents. Du moins dans l’esprit. Néanmoins il s’agit d’une anticipation politique proche, servant de décor à une enquête sur trois meurtres ayant un point commun ou non. A Angie et Alex de le déterminer et de trouver les coupables.

Mais l’entrée dans les arcanes de la gouvernance met en lumière des problèmes politiques actuels. Problèmes et façons de faire, d’agir des dirigeants et responsables de différents ministères, leur cohésion ou leurs inimitiés. Pourtant il serait mal venu d’effectuer des parallèles entre aujourd’hui et demain, entre réalité et fiction. Mais il n’est pas interdit de penser que tout n’est que répétition et que l’Histoire est un éternel recommencement, avec des divergences parfois, mais le fond du problème demeure le même.

Alors, selon ses sentiments, ses convictions, ses préférences, on peut s’attarder soit sur l’analyse politique, soit sur le déroulé de l’enquête, soit sur les problèmes et secrets familiaux d’Angie, soit sur tout ou partie des composantes de cette intrigue.

Muriel MOURGUE : Hier est un autre jour… Collection Rouge. Editions Ex Aequo. Parution 24 juin 2020. 156 pages. 14,00€. Existe en version numérique : 3,99€.

ISBN : 978-2378739652

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 04:08

Un poisson d’avril qui ne manque pas d’arêtes !

Michel PAGEL : Nuées ardentes.

En ce premier avril 1976, Malvinov, le jeune assistant toutes fonctions, s’amuse à accrocher des poissons d’avril dans le dos des acteurs, des machinistes, de Francel le réalisateur du film qu’il est en train de tourner sur une plage vendéenne.

Parmi les piégés, Natacha, première assistante, qui reçoit de son amie Florence une carte postale indiquant qu’elle part à New-York avec un garçon dont elle est tombée amoureuse. Une blague car Florence est derrière elle qui se marre. Depuis près d’un an elles ne se quittent pas, surtout au lit.

Sur un yacht, non loin, la fête bat son plein. Etienne Chaffaux, le riche industriel, a convié quelques amis ou connaissances à partager le verre de l’amitié. Parmi ceux-ci, Richard d’Albret, célèbre romancier à succès, accompagné de sa nouvelle conquête et de Sharon, sa maîtresse en titre, qu’il a gardée comme on garde une poire pour la soif. Elle encaisse les avanies car elle est amoureuse de ce goujat. Autre invité, Claude Dumont, le nègre de d’Albret, qui recherche de la documentation pour l’histoire qu’il écrit pour son propre compte. Car cela lui arrive de publier, mais sans réel succès. Et il ne faut pas oublier Madeleine, la femme bigote d’Etienne Chaffaux, et ses deux enfants, Guy et Diane, à peine sortis de l’adolescence.

Diane est un peu rebelle, et belle, ce qui attise la convoitise de son oncle Richard d’Albret, qui est le frère de Madeleine. Entre les deux beaux-frères, les points de divergence et de tension sont nombreux, mais ils se rendent toutefois le soir au restaurant afin d’écluser de nombreux verres et manger un peu. Tout est dans les apparences de famille unie, ou presque.

Claude Dumont boit beaucoup, trop, et il est déjà éméché alors que le repas n’est pas entamé. Il ne peut empêcher Richard de glisser dans le verre d’Etienne, alors que celui-ci est parti soulager sa vessie, une sorte de pastille qui se dilue progressivement. Il s’agit de LSD, une drogue qui exacerbe la libido, et Etienne (à la tienne Etienne !) enfile son verre, recrachant le reliquat de cette pastille pas complètement fondue. Une blague dont les effets pervers se font bientôt sentir. Richard d’Albret signale la présence de deux jeunes femmes installées non loin d’eux. Il s’agit de Natacha et de Florence. Et le repas terminé, les digestifs surtout pour Dumont complètement paf, les trois hommes suivent les deux jeunes femmes sur la plage. Dumont assiste en spectateur incapable d’intervenir au viol, par d’Albret et son beau-frère Etienne, des deux amies. Au moins il peut enregistrer mentalement les conséquences et les comportements des deux violées pour la rédaction de son ouvrage.

 

Quelques mois plus tard, sur le plateau de tournage d’un nouveau film de Francel, une belle inconnue blonde attifée de lunettes noires, avec un petit chat noir qui répond au doux nom de Vengeance sur les épaules, se présente comme recherchant un emploi de comédienne. Il s’agit de Natacha qui a changé de nom, devenant Dany pour tous, et d’apparence physique, désireuse de se venger de la mésaventure survenue sur cette plage vendéenne. Son amie Florence depuis ce viol est en catatonie, quant à Natacha, elle s’en est remise grâce à sa volonté et son désir de vengeance.

Et c’est ainsi qu’elle va prendre dans son filet d’Albret, jouant avec ses nerfs et sa libido, le laissant sur des charbons ardents, peaufinant son scénario en attirant par son charme dans son lit Guy et Diane, se révélant une manipulatrice de charme extrêmement dangereuse pour tous ces protagonistes du drame vécu quelques mois auparavant. Pendant ce temps Florence est toujours dans le coma à l’hôpital, ressassant dans sa tête l’histoire d’une princesse prisonnière dans la tour d’un château d’un homme malfaisant et attendant d’être délivrée. Mais les pensées inconscientes de son esprit se catapultent dans l’esprit de Diane, la jeune fille ressentant parfois les mêmes affres.

Dumont, lui, écrit son histoire qui pourrait être celle de Natacha, Florence, Diane, et les autres. Comme un reflet dans un miroir.

 

Nuées ardentes, écrit en 1987, ne fut publié qu’en 1997, après avoir essuyé les refus de nombreux éditeurs pour des raisons qui n’engagent qu’eux mais incompréhensibles lorsque l’on considère la valeur de ce roman en tout point remarquable. Aussi bien dans le thème, l’écriture, la force de la narration, le déroulement de l’histoire, Natacha intervenant parfois en voix off comme on dit au cinéma, par l’addiction déclenchée, le lecteur ne pouvant poser ce livre même pour régler quelques problèmes d’intendance domestique genre se sustenter ou procéder à une miction.

Chronologiquement, il s’inscrit avant Sylvana, mettant en scène quelques personnages figurant de façon fugitive que l’on retrouvera également par la suite dans les autres ouvrages qui composent cette Comédie Inhumaine.

Tous ces romans peuvent se lire indépendamment les uns des autres, mais ils forment un tout, constituant une saga débordant largement du cadre familial, tout comme auparavant en avaient écrit Balzac dans sa série La Comédie Humaine, ou Emile Zola pour le cycle des Rougon-Macquart, dont les projets étaient de décrire une histoire sociale et naturelle d’une famille élargie mais cette fis dans un registre franchement fantastique.

Dans ce décor, dont le cinéma prend une place non négligeable, il est bon de signaler un personnage, Claude Dumont, qui s’impose comme un second rôle n’apparaissant guère mais dont la présence s’avère l’instigateur involontaire de ce drame. Encouragé il est vrai par Richard d’Albret auquel il déclare :

Je suis un écrivain, moi, pas marchand de soupe.

On peut concilier les deux. Je te l’ai dit cent fois : fais comme moi ! Une scène d’action, une scène de cul, un massacre, une scène de cul… Le massacre est même facultatif. Tu peux le remplacer par tes conneries psychologiques, si ça t’amuse. Mais pense au cul, Claude, c’est ça qui fait vendre et les éditeurs le savent aussi bien que toi et moi…

 

Quelques autres citations pour le plaisir :

Sans mentir, si les courbes de votre corps se rapportent à celles de votre visage, vous êtes le plus beau présent qu’aient jamais fait les dieux au monde.

 

La religion, c’est un truc que les gens ont inventé pour se rassurer. Il y a eu un type bien, autrefois, qui s’appelait Jésus Christ et qui transmettait un message d’amour. Ensuite, des salauds en ont fait une idéologie du sacrifice et de la répression, pour pouvoir contrôler leurs fidèles. Ce qui est mal, c’est de faire du mal, Diane, et c’est tout. Prétendre que la souffrance est meilleure que le plaisir, c’est du masochisme, pas de la piété.

 

Les personnages ne peuvent pas en savoir autant que l’auteur.

 

 

Michel PAGEL : Nuées ardentes.

Réédition Les Moutons électriques. Parution 15 mai 2020. 960 pages. 25,00€.

ISBN : 978-2-36183-620-7

Contient :

1 - Préface

2 - Sylvana.

3 - Nuées ardentes.

4 - Le Diable à quatre.

5 - Désirs cruels.

6 - Les Antipodes.

Michel PAGEL : Nuées ardentes. Collection Etoiles Vives. Orion Editions. Parution mai 1997. 256 pages.

ISBN : 2-84344-001-7  

Réédition couplée avec Sylvana. Editions J’Ai Lu N°6378.

Réédition Omnibus Les Moutons Electriques. La Comédie inhumaine Volume 1. Mai 2020.

ISBN : 978-2-36183-620-7

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 04:04

Et maux croisés ?

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés.

Licencié, ce qui ne veut pas dire qu’il possède de nombreux diplômes mais qu’il vient d’être débauché de l’entreprise parisienne où il travaillait, Mathieu Desaulty est rentré au pays, chez papa et maman, à Berck.

Ses parents, le père ancien brigadier de police, sont octogénaires tandis que lui n’a que trente et un ans. Pour autant la différence d’âge n’est pas un obstacle insurmontable pour l’amour filial. Mathieu erre dans les rues de Berck, une habitude matinale prise dès son retour, parcourant le même itinéraire. Et ce matin là, il est abordé par un vieil homme qui lui demande de l’aider à relever sa femme qui vient d’avoir un malaise.

Mathieu se rend donc dans l’appartement du couple, qui est situé au rez-de-chaussée d’une résidence, puis la conversation s’engage tout en dégustant café et croissants. L’homme se nomme Paul Slama, et sa femme, qui approche des quatre-vingt-dix ans, se prénomme Monica. Entre eux ils parlent une langue étrange, le chelha, une langue berbère de Tunisie.

Tout comme le père de Mathieu, Paul Slama avait eu envie de partir à Chicago dans les années 1950. Le père de Mathieu jouait dans un petit orchestre de jazz, du saxo, en compagnie d’un certain Paul Ducroquet qui lui officiait à la batterie. Mais ce Paul Ducroquet est décédé comme sa femme Anna, dans un accident de voiture. Anna était la tante de Mathieu, la sœur de sa mère. Paul Slama confie également que lui et sa femme sont victimes du racisme d’une certaine Sylvette Cholu.

Une photo accrochée au mur attire l’attention de Mathieu. Il pense qu’il s’agit de la fille du couple, mais c’est Monica qui figure sur le cliché. Une Monica jeune mais le photographe ne l’a pas mise en valeur. Il s’est loupé pense Mathieu. Les confidences s’enchainent. Le couple a eu un fils, Louis, qui vit à Londres, tandis que Monica a connu son heure de gloire dans les années 50 comme modèle dans des revues de mode, pour des romans-photos, et même dans des pièces de théâtre et de petits rôles au cinéma.

En sortant de ce petit immeuble, le regard de Mathieu est attiré par la pancarte proposant la location d’un appartement, proposé par l’étude notariale de David Grandet. Les Grandet sont des familles de notables à Berck. Notaire pour Henry Grand, d’autres Grandet sont pharmaciens ou gèrent un magasin d’optique.

Or, Henry, de son nom Grandet, n’est autre qu’un ami du père de Mathieu, et faisait partie du trio de jazz, étant affecté au piano. Intrigué, Mathieu retourne dans l’entrée de la résidence. Il n’existe aucune boîte à lettres portant le nom de Slama, mais il y en a une au premier étage attribuée à Sylvette Cholu-Grandet. La fameuse Sylvette dont se méfient les Slama, et qui traîne derrière elle une réputation sulfureuse, connue comme le loup blanc à Berck.

 

Les principaux personnages sont présentés, ou presque, car d’autres évoluent dans cette intrigue qui s’avère être un puzzle, ou un labyrinthe patronymique. Une intrigue qui prend sa source dans les années 50, et pour certains épisodes un peu avant même, et dont les différentes pièces sont un assemblage de quelques familles, unies les unes aux autres par des liens familiaux ou non, mais qui possèdent ensemble un lourd passé meurtrier.

Peu à peu, le lecteur entre dans cette histoire complexe, voire compliquée, dans des allers et retours entre avant-hier et aujourd’hui, s’immisçant dans des secrets de famille, ouvrant les placards et découvrant des cadavres. Un jeu de miroir déformant que Mathieu essaie de comprendre, le passé et le présent s’amalgamant.

Un bon roman dont le suspense est maintenu, même si peu à peu l’auteur dévoile une partie de ces secrets de familles provinciales, comme des pièces du puzzle prélevées au hasard, qui s’imbriquent doucement, mais qui bientôt sont délaissées au profit d’autres pièces posées un peu au hasard dans une apparence trompeuse.

Parfois il est difficile au lecteur, je parle en mon nom personnel, de suivre tous les protagonistes de cette intrigue et il eut été bon de placer en début de roman la liste des personnages évoluant ou non, dans ce qui se transforme en partie d’échecs. Ou d’établir une sorte d’arbre généalogique, une arborescence des personnages qui parfois jouent un double jeu de substitution.

Alors entre échecs, puzzle ou labyrinthe, le lecteur a le choix du jeu qu’il préfère mais auquel il est convié par une romancière qui a maîtrisé subtilement sa mise en scène, grâce aux multiples connexions entre les protagonistes, les plaçant dans une toile d’araignée.

Odile GUILHEMERY : Portraits croisés. Le Chat Moiré éditions. Parution le 2 mai 2020. 330 pages. 11,00€.

ISBN : 9782956188346

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30 mai 2020 6 30 /05 /mai /2020 03:25

Ou quand les éditions Asphalte cultivent les fleurs de bitume.

Londres Noir. Recueil proposé par Cathi UNSWORTH.

Ces fleurs sont les nouvelles qui décrivent, loin des clichés des cartes postales destinées aux touristes, des quartiers qui recueillent la faune hétéroclite, cosmopolite et interlope qui s’y trimballe. Souvent des musiciens qui auraient pu devenir des stars mais qui vivent en marginaux, n’ayant pas obtenu le succès escompté pour diverses raisons.

Ces fleurs sont aussi celles qui fissurent le goudron recouvrant les rues malfamées, l’orge, le houblon ou encore le pavot et qui ne seront pas foulées au pied par des visiteurs en mal de sensations fortes à moins que leurs pas les conduisent justement les traces de ces vaincus de la vie. Parce que, eux-mêmes, se sentent en adéquation et désirent s’accrocher à des images de vaincus, à partager une vie d’errance, à se fondre dans les squats et les bars louches, à avaler moult pintes de bière, de whisky, et s’envoyer en l’air à l’aide de poudre blanche en compagnie de filles anorexiques et de gars désabusés.

Dans ce Londres Noir, recueil de nouvelles préparé, concocté et proposé par Cathi Unsworth, c’est bien l’alcool et la drogue qui régit le quotidien des protagonistes de ces récits écrits par des pointures comme Ken Bruen et des auteurs plus ou moins inconnus chez nous mais qui ont à leur actif pour la plupart déjà quelques romans noirs.

Ils sont dix-sept et possèdent en point commun d’être ou d’avoir été journalistes et de graviter dans le monde musical. Soit comme compositeur comme Sylvie Simmons qui a rédigé une biographie de Serge Gainsbourg, John Williams qui écrit pour un fanzine punk et joue dans des groupes ou encore Max Décharné, auteur de recueils de nouvelles, des essais sur la musique, le cinéma et la contre culture, batteur du groupe Gallon Drunk et chanteur du groupe de garage punk The Flaming Stars.

Certains personnages pensaient pouvoir trouver amour, peut-être, gloire sûrement (et beauté ?) mais ils se rendent comptent qu’ils se sont fourvoyés et repartent chez eux loin dans le Nord. C’est ce qui arrive aux protagonistes de Sic transit gloria mundi de Joolz Denby, auteur de Stone Baby publié chez Baleine.

Mais tous n’ont pas ce privilège et continuent de végéter dans les brumes de l’alcool, de la fumée et de la poudre. D’autres sont des passagers de la rue, dont c’est le travail d’arpenter ce bitume. Dans Rigor mortis de Stewart Home, le narrateur est un flic et ce qu’il fait, il le fait en son âme et conscience. D’ailleurs il se défend en déclarant : Toute personne sensée reconnaîtrait que sans lois ni agents de police préparés à faire le sale boulot avec vigilance, la société deviendrait une véritable jungle. Ceci dit, il y a encore trop d’âmes charitables qui aiment salir l’image de la police de Londres.

Et que penser de cette phrase du poète gallois Dylan Thomas, citée par John Williams dans New Rose : Un alcoolique, c’est quelqu’un que tu n’aimes pas et qui boit autant que toi.

 

Sommaire :

BARRY Desmond : Backgammon (Soho)

BRUEN Ken : A bloc (Brixton)

HOME Stewart : Rigor Mortis (Ladbroke Grove)

ADAMSON Barry : Maida Hell (Maida Hell)

WARD Michael : I fought the Lawyer (Mayfair)

SIMMONS Sylvie : Je déteste ses doigts (Kentish Town)

BENNETT Dan : Rituels au parc (Clifford Park)

UNSWORTH Cathi : Trouble is a Lonesome Town (King's Cross)

DECHARNE Max : Chelsea 3, Scotland 0 (King's Road)

WAITES Martyn : De l'amour (Dagenham)

DENBY Joolz : Sic transit gloria mundi (Bradford)

WILLIAMS John : New Rose (New Cross)

SYKES Jerry : L’île aux pingouins (Camden Town)

PILKINGTON Mark : Montée sur un cheval blanc (Dalston)

McNALLY Joe : Le Sud (Elephant & Castle)

McCABE Patrick : Who do you know in Heaven 'Algate)

HOLLINGS Ken : Betamax (Canary Wharf)

Première édition septembre 2010

Première édition septembre 2010

Réédition Folio. 2012.

Réédition Folio. 2012.

Londres Noir. Recueil proposé par Cathi UNSWORTH. Traductions de Miriam Perier. Editions Asphalte. Parution 28 mai 2020. 336 pages. 12,00€.

ISBN : 978-2-918767-98-5

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 04:10

Les Moutons Electriques se mettent en cinq pour votre plaisir de lecture…

Michel PAGEL : Sylvana.

Tous les ans, la famille Fontaine passe les vacances au hameau de la Rougemurière, près de Chauché en Vendée, d’où est originaire la mère. Jean et Michel, les jumeaux retrouvent avec plaisir ce petit village de quelques maisons réparties de part et d’autre de la route. Et surtout les cousins et cousines et leurs camarades de jeux.

Les années se déroulent dans la joie et la bonne humeur même si parfois il y a de petites anicroches. Par exemple Michel n’apprécie pas qu’on l’appelle Michou. Un détail. Jean et Michel s’amusent à échanger leurs vêtements afin de perturber les anciens, une mystification qui ne prête pas à conséquence.

La bonne entente entre Jean et Michel va se fissurer lorsque la famille Sauvage, des Parisiens comme eux, achètent une vieille bâtisse en décrépitude depuis des années et considérée comme hantée. Mais Michel le plus hardi, Jean et autres l’ont déjà visitée, à leurs risques et périls. Les Sauvage retapent la bicoque à deux étages, vont à l’église en compagnie de leur fille Sylvana qui communie. Au grand étonnement de Michel, alors qu’elle paraissait distante, frêle, blanche, en se dirigeant vers le curé, après avoir ingéré l’hostie, elle est transformée, rayonnante.

Sylvana s’intègre facilement dans la petite communauté des gamins. Elle leur est reconnaissante pour avoir défendu son vieux chien des coups de bâton administrés par un malotru. Jean et Michel ont quatorze ans et tous deux sont subjugués par cette fille qui est un peu à part des autres gamines, délaissant presque Caroline dont ils étaient vaguement amoureux. Surtout Michel qui jette son dévolu sur Sylvana. Lors d’une fête elle discute beaucoup avec Jean mais accepte néanmoins de danser un slow avec Michel. Il en est tout retourné. La fracture entre les jumeaux s’étend.

Lors d’une fête de village où tous sont rassemblés, déjeunant sous un barnum, Caroline et Sylvana proposent une partie de cache-cache, les garçons, Jean et Michel, devant chercher les filles, Caroline et Sylvana. Seulement, elles sont si bien dissimulées qu’ils reviennent bredouilles. Quant aux filles, elles se sont perdues. Tout le monde les recherche mais au petit matin, seule Sylvana réapparaît, en sang, écorchée et griffée. Caroline est retrouvée morte, ainsi que plus loin son vieux chien.

 

Michel narre cette aventure mais en incrustation Sylvana prend la parole, se dévoilant. Elle sait qu’elle est un vampire, et la communion n’a pas eu les effets escomptés. Elle doit apaiser de temps à autre ce besoin, cette soif de sang.

Les années passent et Michel ressent de la jalousie envers Jean, trop présent, trop affectueux, trop proche de Sylvana. Mais il ne sait pas que la jeune fille, après s’être confiée et rabrouée auprès de la grand-mère des deux adolescents, a avoué son problème à Jean. Et que celui-ci lui a offert d’être son donateur lorsqu’elle est en manque.

Que vont devenir Sylvana, Jean et Michel ? Dès le préambule, le lecteur connait une partie de l’épilogue puisqu’il déclare :

Les faits sont là : Sylvana, ma femme, était un vampire, une de ces créatures qui ont pour survivre un besoin régulier de sang humain. Jean, mon frère, était sa victime, une victime consentante qui s’offrait avec joie, avec amour.

Les faits sont là, immensément ridicules dans leur énoncé figé : Jean est mort et Sylvana s’est suicidée.

 

Donc, dès le début du récit le lecteur est prévenu. Il sait à quoi s’attendre et pourtant il découvre avec impatience, effroi et attendrissement cette histoire émouvante. La montée en puissance, les jeunes années puis l’âge ingrat, et enfin ce besoin irrépressible de sang de Sylvana, le courage, la tendresse, l’amitié, voire l’amour en demi-teinte de Jean envers Sylvana, l’incompréhension de Michel attisé par la jalousie, et les personnages annexes dont Christine la petite amie de Jean qui ne comprend rien aux événements auxquels elle assiste.

Jean et Michel les jumeaux si fusionnels mais qui au fil des ans se démarquent, Jean le sage et Michel le boute-en-train. Malgré leur gémellité, l’un cache à l’autre ce secret sanglant et ce qui suit est irrévocable.

 

Ce roman, le premier de cette Comédie inhumaine comme l’a si bien définie Jean-Daniel Brèque, lorgne du côté de Georges Coulonges et de Christine Renard, pour des raisons simples et personnelles qu’André-François Ruaud indique dans sa préface à la réédition en volume omnibus dans la Bibliothèque du Fantastique au Fleuve Noir.

Mais je me permets toutefois d’y ajouter, au moins trois noms proches de cet univers pagelien, ceux Alexis Ponson du Terrail, d’Alexandre Dumas et de Claude Seignolle. En effet, que ce soit dans La Baronne trépassée de Ponson du Terrail, des histoires fantastiques dont La dame pâle de Dumas, ou encore les nombreux contes puisés dans les légendes des provinces françaises par Claude Seignolle, on retrouve cet aspect romantique imprégné de terroir qui englobe l’histoire narrée par Michel Pagel et qui, outre le thème fantastique développé avec sobriété, pudeur et retenue, est une magnifique histoire d’amour.

 

Ce roman a été réédité à plusieurs reprises dans des volumes omnibus dans les versions suivantes :

La Comédie inhumaine. Bibliothèque du Fantastique. Editions Fleuve Noir. Novembre 1998. Contient :

1 - André-François RUAUD, Préface, pages 9 à 21, Préface

2 - Sylvana, pages 25 à 191, Roman

3 - Le Diable à quatre, pages 195 à 400, Roman

4 - Désirs cruels, pages 403 à 591, Roman

5 - Le Samouraï, pages 595 à 613, Nouvelle

6 - Ce n'était qu'un rêve, pages 617 à 631, Nouvelle

7 - André-François RUAUD, Bibliographie des œuvres de fiction de Michel Pagel, pages 633 à 637, Bibliographie

 

Nuées ardentes, suivi de Sylvana. Collection Fantastique N° 6378. Editions J'Ai Lu. Octobre 2002.

 

Réédition Les Moutons électriques. Parution 15 mai 2020. 960 pages. 25,00€.

ISBN : 978-2-36183-620-7

Contient :

1 - Préface

2 - Sylvana.

3 - Nuées ardentes.

4 - Le Diable à quatre.

5 - Désirs cruels.

6 - Les Antipodes.

 

Michel PAGEL : Sylvana.

Michel PAGEL : Sylvana. Collection Anticipation N°1687. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04080-0

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 06:38

Merlin l’Enchanteur ou le chanteur ?

Chantal ROBILLARD : Merlin enquête au Palais du Rhin.

Fief de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, le Palais du Rhin, situé dans la Neustadt à Strasbourg, connait en ce matin de fin novembre une agitation inhabituelle.

Le cadavre d’une jeune femme a été découvert dans la salle de bal de L’Empereur, ce qui n’est vraiment pas sa place. Une parfaite inconnue touchée dans le dos et en plein cœur, par ce qui semble être une lame très fine, une seringue, ou encore tout autre objet pointu qui n’est pas retrouvé, lancé d’une distance de deux mètres environ par une main ferme. Pas de trace de sang.

Interrogé, le concierge affirme que c’est une femme de ménage qui lui a signalé cette anomalie cadavéreuse dans un endroit habituellement fermé. A la demande du Commandant Merlin, le gardien des lieux s’empresse d’aller chercher la technicienne de surface qui est au sous-sol, réfugiée dans la cafeteria afin de se remettre de ses émotions. La brave dame n’aura plus l’occasion de narrer sa macabre découverte car le concierge la retrouve morte, d’une façon identique dans le local syndical. Presque. De très légères différences dans l’accomplissement du crime et du matériel employé sont relevées. Et lors de l’autopsie, des traces de coups sont relevés sur son corps.

Si l’identité de la première victime est rapidement établie, celle de la seconde reste inconnue. La femme, une quadragénaire, découverte dans la salle de bal de l’Empereur se nommait Violaine de Saint-Péry et habitait Nancy. La femme de ménage est inconnue au bataillon. Elle faisait partie d’une équipe, mais dépendait d’une boite de nettoyage suite à l’externalisation des services d’entretien. Or, cette entreprise vient de fermer ses portes sans laisser d’adresse.

Le roi Merlin et sa cour, pardon, le commandant Merlin et son équipe sont en charge de cette affaire qui débute mal. Le directeur du centre est en voyage, et les responsables des divers services sont tous en déplacement pour diverses raisons incombant à leurs fonctions. Tandis que les uns se rendent à Nancy pour enquêter sur cette madame de Saint-Péry (à ne pas confondre avec deux seins en péril) qui avait gardé son nom de jeune fille, plus prestigieux que celui de son mari, Grandidier. D’ailleurs celui-ci, paléontologue, est en déplacement dans les pays de l’Est.

C’est la mère de la jeune femme qui a en charge la garde des deux enfants du couple, et cela n’arrange guère cette égyptologue qui a un déplacement de prévu. Quant à la femme de ménage de la morte, elle travaillait au noir, dépendant d’une boîte qui a aussi mis la clé sous la porte.

Le sac à main de la nettoyeuse décédée est retrouvé dans une chasse d’eau et son identité est enfin connue. Bizarrement c’est la même ou presque que celle de la femme de ménage de Violaine de Saint-Péry. Toutes deux sont originaires de pays ayant connus de nombreux démêlés, l’Albanie et le Kosovo. Et puis Merlin se demande ce que font dans cette salle des sarcophages dans lesquels le tueur n’aurait pu se confiner.

L’arme du crime pourrait être une flèche, ou un trait, lancé à l’aide d’une sarbacane, ce qui induit que le meurtrier doit avoir du souffle. Peu à peu Merlin et son équipe composée de son adjoint Arthur, Liselotte Lance, la seule femme, qui fait équipe avec Govin, les deux H, Yvain Hummel et Elias Hamm, et Caradec et Jauffré qui tous deux ne se déplacent qu’en fauteuil roulant suite à des lésions subies lors d’attentats. Ces deux derniers sont préposés aux recherches informatiques principalement.

 

Merlin qui ne reste pas les deux pieds dans le même sabot (même en parcourant l’Alsace et la Lorraine) entend parfois une petite voix grave de femme qui s’exprime dans sa tête et le nomme Sire Merdynn. Il retrouve toutefois avec plaisir d’anciennes connaissances qui ont travaillé avec lui lorsqu’il était en poste à Paris, au fameux 36 Quai des Orfèvres, et repense souvent à l’attentat du Bataclan, dont sa fille, illustratrice de livres pour enfants, a réchappé de justesse. Il a de temps en temps des nouvelles de son fils qui pour des raisons professionnelles vit au fin fond du Canada.

Enfin c’est un grand lecteur, principalement de Donna Léon, auteur américaine à laquelle il voue un culte particulier peut-être à cause du lieu, Venise dite la Sérénissime, dans lequel évolue son personnage, le commissaire Brunetti.

 

Roman policier classique, Merlin enquête au Palais du Rhin ne possède qu’une toute petit once, représentée par la petite voix, de fantastique. Elle est développée dans la nouvelle qui suit le roman, Zoo d’Echime qui peut être considérée comme une suite.

Tout tourne autour de Merlin et de son groupe, qu’il dirige tel un patriarche. Il sait se faire aimer d’eux même si parfois il ne peut s’empêcher d’avoir un mouvement d’humeur. Il faut dire que le procureur qui au début avait été désigné et ne manquait pas de leur imposer la pression, part en vacances. Il est remplacé par la procureure adjointe, une jeune femme d’aspect fragile un peu pète-sec. Or coïncidence ou non, cette gente dame fait partie de la même chorale que Merlin, lequel en ce moment répète le Messie (mais si !) d’Haendel, avec sa voix de basse.

Les relations entre les divers membres de ce groupe prennent une extension qui va au-delà de l’enquête, car lorsque celle-ci est bouclée, ou presque, d’autres événements interfèrent, pour la plus grande joie et la surprise du lecteur, lequel entre dans l’intimité de certains des protagonistes. Ce qui fournit un aspect humain à cette intrigue.

Et entre les déplacements à Nancy, Colmar et autres lieux, les préparations du célèbre marché de Noël débutent, toujours avec cette appréhension d’attentats meurtriers.

Donc plus qu’un roman policier, il s’agit d’un roman social qui m’a fait penser aux enquêtes de Steve Carella et du 87e commissariat d’Isola, la série chère à Ed McBain.

Enfin certaines scènes de ce roman s’insèrent, ou inversement, dans Merlin et la fée des flashs publié chez Nutty Sheep.

 

Chantal ROBILLARD : Merlin enquête au Palais du Rhin. Collection Blanche N°2188. Editions Rivière Blanche. Parution mai 2020. 256 pages. 20,00€.

ISBN : 978-1612279732

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 04:15

Nous sommes deux sœurs jumelles
Nées sous le signe des gémeaux...

Karine LEBERT : Les murmures du lac.

Après vingt ans passés à l’étranger, au Mexique principalement, Isaure est de retour en France, aussi fauchée que lors de son départ, de sa fuite plutôt.

Elle est arrivée près du lac de Jaunay en voiture de location et surveille sa sœur jumelle Lucille qui se promène en moto. Sa sœur, athlète accomplie, fonce sur le ponton, et s’arrête pile au bord du lac, puis elle repart et recommence, mais cette fois elle ne freine pas. La moto dérape sur les planches de bois et Lucille tombe à l’eau.

Isaure se précipite mais malgré ses recherches, elle ne récupère pas le corps de Lucille. De plus en ce mois de février 2010 l’eau est froide, et elle a du mal à revenir sur la terre ferme. Elle ne sait que faire, mais prévenir les pompiers lui semble tache hasardeuse. Si les hommes du feu en informent les forces de l’ordre, celles-ci ne vont-elles pas conclure à un meurtre ? D’ailleurs s’agit-il vraiment d’un accident ou d’un suicide ?

Isaure se rend sur l’île d’Yeu, où elle a vécu toute son enfance, décidée à prendre la place de sa sœur, qui est veuve et est devenue riche grâce à l’héritage conséquent de feu son mari. Seulement, ce qu’Isaure n’avait pas prévu, c’est que Lucille était une jeune mère. Une jeune fille garde Noé, l’enfançon de quelques mois. Comme elle s’est emparée du portefeuille de sa sœur, Isaure peut payer la baby-sitter occasionnelle qui a remplacé sa mère, la nourrice, pour quelques heures. Mais Noé ne l’accueille pas avec toute la joie qu’il devrait ressentir en revoyant sa mère. Même le chat Domino lui fait la tête malgré la gamelle octroyée. Isaure va devoir les apprivoiser si elle ne veut pas que les soupçons se portent sur sa personne.

Le retour au pays réserve de nombreuses surprises à Isaure qui doit se réhabituer au bout de vingt ans à évoluer dans la maison familiale, et à côtoyer les amis et connaissances de Lucille. Diane, par exemple, amie intime de sa sœur, et auprès de laquelle elle effectue quelques boulettes, tentant de se rattraper maladroitement. Et puis elle n’honore pas certains rendez-vous, dont un à l’hôpital, les reportant à une date ultérieure.

Grâce à l’agenda de Lucille, elle se familiarise avec sa nouvelle vie, essayant d’endosser la défroque corporelle et mentale de sa sœur.

Toute petite et jusqu’à son départ, sa fuite, Isaure et Lucille ne s’entendaient pas. Lucille était la préférée de leur mère et Isaure toujours reléguée au second plan. La mère ne voyait que par Lucille, toujours prête à l’encenser, tandis qu’Isaure était constamment rabrouée, mise de côté, dédaignée. Isaure pense tenir sa revanche, mais elle n’avait pas pensé aux aléas qui inexorablement se dressent devant elle.

Outre les bévues inévitables qu’elle commet, elle ne savait pas que sa sœur avait fréquenté Matthias dont elle s’est séparée, mais qui se rappelle à son bon souvenir, étant le père de Noé, le gamin. Là encore elle commet quelques bévues qu’elle parvient à effacer de l’esprit de Matthias, obligée à se servir de son corps, malgré ses réticences à l’acte physique, tout le contraire de sa sœur qui cumulait les bonnes fortunes, les provoquait même.

Elle décide alors de déménager, de quitter l’île d’Yeu pour s’installer dans une autre propriété de Lucille, sur l’île de Noirmoutier, dans le quartier huppé du Bois de la Chaise. Mais les ennuis la poursuivent, sous la forme d’un gendarme qui prend trop son rôle au sérieux.

 

Ce suspense psychologique est presque digne des romans écrits par les pointures du genre, tels que Boileau-Narcejac ou encore Louis C. Thomas, un auteur un peu trop oublié, qui connurent leur heure de gloire dans les années 1950 à 1980 de par la finesse de leurs analyses et de la mise en scène des personnages.

Parfois étouffant, ce roman nous change des thrillers actuels qui privilégient plus les scènes de violence et de sexe qu’à la psychologie des personnages. Isaure se montre attachante, au début, dans ses démarches vacillantes, dans son retour au pays, dans l’approche et les relations qu’elle peut avoir avec les voisins et les amis de Lucille. Elle tâtonne parfois, parvenant toutefois à trouver des excuses plus ou moins valables à ses erreurs, inévitables lorsque l’on a tout quitté depuis vingt ans.

La montée de l’angoisse puis la sensation d’Isaure quant à sa résurrection dans le rôle de sa sœur sont progressivement décrites, mais le lecteur un peu pinailleur (comme moi) se pose quelques questions. Avant de suivre sa sœur Lucille, Isaure a dû se préparer physiquement et mentalement pour se substituer à elle. Ne serait-ce que par la coiffure afin de coller au personnage. Et d’autres petites perfections nécessaires afin de ne pas trop se démarquer dans son nouveau rôle, même si elle a réussi à glaner des informations par Internet et les réseaux sociaux ou ayant suivi sa sœur durant quelques jours dans ses déplacements. Comment se fait-il alors qu’elle ne sache pas que Lucille avait un enfant en bas âge ?

Bref de petites invraisemblances se glissent dans le récit, surtout dans ce que je qualifierais de deuxième partie qui font que l’intérêt porté sur l’intrigue au début fond peu à peu.

Ensuite il y a, vers la fin du roman (page 329) un petit problème de datation qui m’a gêné, mais c’est mon côté pinailleur (je l’ai déjà dit) qui fait que je relève ce genre de détail.

Dans l’ensemble un bon roman qui pêche toutefois par son dénouement et certaines situations.

Karine LEBERT : Les murmures du lac. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution 12 mars 2020. 352 pages.

ISBN : 978-2258147195

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 03:51

Emmenez-moi
Au bout de la terre…

Frédérique TRIGODET : Soudain, partir.

Elle n’en demande pas tant, notre narratrice accoudée à la rambarde de sa fenêtre. Il fait nuit et aperçoit au loin un navire, probablement un cargo.

Elle n’a pas envie de dormir. Son mari est couché et dort du sommeil d’un bienheureux, mais elle a envie d’un temps de latence, de ce moment qui favorise la réflexion. Depuis des années, depuis que les enfants sont partis du foyer comme de jeunes hirondelles voguant de leurs propres ailes, depuis qu’elle vit seule avec son mari, elle est devenue insomniaque. La décompression sans aucun doute, après des années de stress.

Notre quadra génère des images dans sa tête. Elle entend peut-être aussi les chansons que diffusait Radio-Nostalgie que sa mère écoutait. Voyage, voyage de Desireless, Cargo de nuit d’Axel Bauer, Tous les bateaux, tous les oiseaux de Michel Polnareff… Ces incitations à l’évasion.

Pourtant elle ne reste pas confinée chez elle, travaillant dans un pressing l’après-midi. Les bruits des calandres et de leurs rouleaux happant les draps dans un bruit de machinerie, la vapeur des fers à repasser comme autant de navires bourlinguant remontant les manches des chemises étalées telles des bras de mer, des exhortations à fuir un quotidien banal. La repasseuse fait des repas sages.

Elle déguste une tisane, jalouse de Monmari comme elle appelle son époux qui béatement pionce dans le lit conjugal. Lien de cause à effet ? Pas vraiment. Mais l’image de son père s’incruste en elle, un père qui partait parfois, se murgeait consciencieusement mais qui sagement ne reprenait pas la voiture pour rentrer à la maison.

Ce flot de souvenirs la pousse à sortir, à déambuler dans la rue puis à se diriger vers le port. Dans le port d’Amsterdam ? Non, un port de pêche, Roscoff peut-être, et au loin l’île de Batz.

 

Quelques heures dans la vie d’une femme qui a donné (trop donné ?) à son mari, à ses enfants, et un jour se sent le besoin de vivre, autrement, mais vivre, enfin. Pas forcément recommencer sa vie, mais se débarrasser d’un carcan d’habitudes, de sentir un vent de liberté, de changer de monde, de vivre pleinement. Par procuration. Mais en faisant le premier pas, un peu comme le chantait Claude-Michel Schonberg :

Le premier pas
J'aimerais qu'elle fasse le premier pas…

J'aimerais qu'elle fasse le premier pas
On peut s'attendre longtemps comme ça
On peut rester des années à se contempler
Et vivre chacun de son coté…

Mais ce premier pas, c’est à elle de le faire, pour elle, éventuellement pour se réconcilier avec son passé, son présent ennuyeux, son avenir incertain.

Un texte qui pourrait sembler engoncé dans un quotidien banal mais qui remue les tripes car combien de femmes, voire d’hommes, se reconnaitront dans ce beau portrait.

Frédérique TRIGODET : Soudain, partir. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 27 avril 2020. 19 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023408102

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 03:35

Hommage à René Follet, décédé le 13 mars 2020.

Bruno SENNY et René FOLLET : Jours heureux.

Lorsque l’on vieillit, que l’on entre dans la période dite de sénilité, il parait que l’on aborde ce que l’on appelle plus familièrement le retour en enfance.

Et dans la maison de retraite pour personnes âgées, ceux qui sont affublés de l’appellation de troisième âge, comme si rien ne c’était passé après le deuxième âge des bébés, ou encore les seniors, terme normalement dévolu aux sportifs dans la catégorie des vingt-cinq-quarante ans, et dont il serait plus juste de dénommer les vétérans de la vie, donc dans la maison de retraite Jours heureux, quelques pensionnaires s’amusent comme des petits fous à se chicaner, à se faire des farces, à se taquiner. Et parfois cela peut se traduire par des conséquences dramatiques.

Ainsi entre Simone et Grégoire, les plaisanteries sont parfois poussées à l’extrême. C’est ainsi qu’un soir, alors que tout le monde est censé dormir sur les deux oreilles (ce qui n’est guère facile, je n’ai jamais réussi à moins d’être un adepte du yoga), Simone et Grégoire se rendent au grenier, séparément. Ils sont munis chacun d’un long couteau de cuisine et commencent à se défier, entre les draps étendus sur les fils et qui forment des sortes d’alcôves. Soudain la lumière s’éteint ! Une panne ? Un cri !

Les résidents, les employés, le directeur, dans un désordre indescriptible se précipitent et découvrent le corps de Simone allongé, la gorge tranchée, et Grégoire ensanglanté, son couteau à la main.

Naturellement la police est conviée à participer à l’enquête dès le lendemain, c’est la moindre des choses, avec à sa tête le commissaire Barbe qui traîne à sa suite son ami Baudruche. Et Baudruche regarde, inspecte, musarde, discute avec quelques résidents, avec les deux aides-soignantes, Lola et Jessica, avec Tim l’infirmier, qui est en quelque sorte l’adjoint du docteur Golmek, l’actuel propriétaire de la résidence Jours heureux, la bien nommée, ainsi qu’avec le jardinier ou encore Marie-France la doctoresse.

Et il s’amuse, Baudruche, à examiner le manège de Pierre-Yves, le neveu attentionné de Joséphine. Le jeune homme lui offre quelques douceurs, et en échange il reçoit dans sa main virile un bout de papier que vient de signer sa tante. Le prix du déplacement sans aucun doute. Et Baudruche s’installe, il va même déjeuner en compagnie des pensionnaires. Le menu ne convient guère à ce gastronome en culottes longues, d’autant qu’il découvre dans son dessert un mégot. Cela mérite une correction qu’il administre à la cuisinière sans plus attendre.

Mais le meurtre de Simone arrange bien les affaires du docteur Golmek dont l’établissement ne brille pas par son opulence, contrairement à certaines résidences privées dont nous tairons le nom par décence envers les actionnaires. En effet Simone devait deux mois de loyers et ses finances ne lui permettaient pas de solder sa dette.

 

A la lecture de cette longue nouvelle, longue par rapport aux deux autres qui suivent et dont je ne vous ai pas encore parlé, j’ai eu l’impression de lire un roman d’Agatha Christie ou de John Dickson Carr, l’humour en plus.

Mais c’est bien Baudruche qui retient l’attention, probablement cousin d’Hercule Poirot ou de Gideon Fell ou encore sir Henry Merrivale, mais en plus affable, plus jovial, plus épicurien et grand amateur de bière. Et l’épilogue, au cours duquel Baudruche réunit tous les différents intervenants afin de désigner le (ou la) coupable s’inspire nettement des romans policiers classiques britanniques.

Un roman qui engendre la bonne humeur malgré les quelques cadavres qui parsèment le récit, grâce à une écriture faussement désinvolte et des situations ou dialogues qui feraient la joie de spectateurs d’une pièce de théâtre.

Jours heureux est suivi de deux courtes nouvelles, Atchoum dont le dénouement est assez inattendu, et Coup de pif, aimable bluette qui ne manque pas de talons.

En fin de volume, est proposé un carnet de croquis, de vingt pages, dans lequel sont représentés divers portraits ou scènes, d’esquisses des illustrations intérieures. René Follet était surtout reconnu pour l‘élégance et la précision de son trait (Gilles Ratier) et il est vrai que ses traits de crayons sont reconnaissables par leur minutie et leurs dégradés de gris.

 

Bruno SENNY et René FOLLET : Jours heureux.

Le visiteur intéressé par cet ouvrage peut le commander aux Editions de l'Elan :

 

 

Bruno SENNY et René FOLLET : Jours heureux. Baudruche N°7. Editions de l’élan. Parution avril 2020. 128 pages.

ISBN : 9782960111354

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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