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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 05:36

Pour ne garder que le meilleur ?

Gaëtan BRIXTEL : Vous offrir le pire.

L'art de la nouvelle est un exercice littéraire difficile et contraignant, fort prisé des Anglo-Saxons. Mais en France la nouvelle est considérée comme un art mineur, souvent dédaigné, méprisé.

Pourtant que de romanciers ou écrivains se sont illustrés par leurs courts textes, d'Edgar Poe à William Irish en passant par Ernest Hemingway, Conan Doyle, Fredric Brown, Robert Bloch, Isaac Asimov, Raymond Carver, Jean Ray, et bien d'autres, et pour les Français, le maître en la matière Guy de Maupassant et ses émules, Marc Villard, Frédéric H. Fajardie, Georges Olivier Châteauraynaud, Daniel Boulanger, sans oublier ceux qui ont effectué leurs premières armes en publiant dans de petites revues plus ou moins confidentielles comme Pascal Dessaint.

L'art de la nouvelle ne consiste pas à écrire quelques pages, et basta. Non, il faut une histoire, une atmosphère, et surtout une chute, que ce soit issu d'un quotidien qui pourrait sembler banal ou d'un imaginaire survolté.

Il est vrai que souvent une historiette, un événement qui vous arrive à vous ou à une de vos connaissances peut servir de support à une nouvelle, mais encore faut-il donner de la consistance au texte dans la description des personnages et de ce qui leur arrive pour n'en garder que le principal sans être pour autant disert. Il faut un regard aiguisé, une perception acérée des sentiments, pratiquer une économie de mots pour entrer dans le vif du sujet sans attendre. C'est à dire le contraire de cette chronique qui n'a pour but que de vous présenter un nouvel auteur prometteur.

Pour ceux qui fréquentent, en tout bien tout honneur, Madame Ska, ce nom ne leur est pas inconnu : Gaëtan Brixtel. Ils apprécieront aujourd'hui de pouvoir lire plusieurs de ses textes, certains inédits, en version papier, ce qu'on fait de meilleur si l'on veut posséder un ouvrage dédicacé. Mais si on entrait dans le vif du sujet comme disait Casanova !

Deux thèmes majeurs charpentent ces nouvelles : l'enfance et l'adolescence, et la violence, morale et/ou physique, provoquée dans le cadre de la famille ou par des proches.

 

Ainsi Dans ton ventre met en scène une jeune femme qui coure dans la rue, visiblement dans le but de se faire faucher par une voiture. Mais Tu, Toi le lecteur, Tu es cette fuyarde et Tu t'immisce dans son esprit, revivant Tes années de mariage avec un mari violent auquel Tu destines un petit cadeau.

 

Poubelle girl, dont le titre est un hommage au roman Poubelle's Girls de Jeanne Desaubry, possède pour décor un immeuble en décrépitude, dans une zone urbaine sensible qui autrefois connut un certain chic. Mais c'était avant. Aujourd'hui les habitants ont l'habitude de déposer leurs sacs poubelles à l'entrée de la cave, dédaignant les descendre. la puanteur envahit la cage d'escalier. Et il y a la Fille, mal fringuée, mal coiffée, mal lavée, assise sur les marches, qui pleure.

 

Pour sa fête d'anniversaire, Teddy a invité ses copains, Nicolas, Antonin et Pierre, ainsi que sa copine Rachel. Teddy est le plus vieux, quinze ans, les autres sont un peu moins âgés, mais la mère de Teddy pense qu'elle peut leur faire confiance et les laisser seuls dans l'appartement, pour la soirée. Bière au menu, clopes, un peu de shit, Teddy et ses copains font comme les grands et ils s'émancipent. Mais ils ne sont pas habitués à ce genre de mélanges, Rachel encore moins qui s'éclipse dans la chambre afin de se reposer. Et au début c'est Juste pour voir, que les quatre ados la rejoignent.

 

Dernière visite, c'est comme une délivrance pour monsieur Balmain qui vit seul, et il en est content, satisfait même, heureux en un mot. Sa femme dont il est séparé depuis des années vient de décéder dans un EHPAD. De toute façon Renée, la défunte a toujours été malade, souffrante. Du chiqué. Pour certains elle fut même une hypocondriaque vindicative. Mais ne disons pas du mal des morts, ne soyons pas méchants comme elle le fut sa vie durant. N'entamons pas non plus une procédure de réhabilitation, comme ces prêtres qui déclament une apologie totalement mensongère lors de la cérémonie des funérailles. Pour Elise Chassaigne, sa fille, ce sont surtout les remontées nauséabondes de son enfance qui encombrent son esprit. Une enfance tumultueuse qui l'amenait à souiller ses draps, engluée dans la peur de sa mère.

 

Une histoire banale ne l'est pas tant que ça, mais si les gens en parlent en catimini, Julie, qui a vécu cet incident malheureux, essaie de ne pas les entendre. Ce qui lui est arrivé, c'est tout simple. Julie n'avait que quinze ans, le bel âge pour découvrir l'amour. Pas pour se faire violer. Mais faut bien faire comme si, après Ce qui lui est arrivé. Ou pas.

 

Mini-Pouce est une jeune mère célibataire dont la gamine enchante les jours et les nuits des voisins par ses pleurs et surtout ses cris. Mais pour le narrateur, là aussi c'est un peu comme une délivrance. Les cris de la gamine, Alice, dissimulent les Voix qui résonnent dans sa tête. Alors il se propose de garder Alice, il est libre, et la jeune mère pourra aller vaquer à ses propres occupations, rechercher du travail.

 

Des historiettes simples en apparence, voire banales, mais qui prennent une importance vitale si l'on se penche attentivement dessus, et si l'on regarde autour de soi. On se rend compte que nous connaissons tous, plus ou moins, des personnes qui ont vécu ou vivent ce genre de désagrément, des histoires familiales pas piquées des vers, qu'il suffit d'exploiter avec tact.

Toutefois le style narratif de Gaëtan Brixtel incite le lecteur à être partie prenante de ces tranches de vie, lui laissant même le soin d'interpréter selon sa sensibilité la chute, le dénouement. Et bizarrement j'ai cru parfois me trouver en compagnie de personnages issus de l'univers de Reiser, avec un clin d'œil à Francis Veber. En effet on retrouve le nom d'Elise Chassaigne dans deux des textes, Poubelle girl et Dernière visite, sans que pour autant il y ait corrélation entre les deux protagonistes.

Gaëtan Brixtel n'a que vingt-sept ans, et toute la vie devant lui, mais on ne peut s'empêcher de songer qu'il a, sinon vécu personnellement certains épisodes décrits, au moins connus certains de ses faux héros de papier, qu'il a puisé dans son entourage des situations, des traits, des répliques.

 

Gaëtan BRIXTEL : Vous offrir le pire. Recueil de nouvelles. Présentation Jeanne Desaubry. Editions du Horsain. Parution novembre 2016. 176 pages. 8,00€.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 09:00

Honnête, honnête, c'est vite dit. Ou alors comme un homme politique...

Pierre NEMOURS : Le gang des honnêtes gens.

Âgé d'à peine cinquante ans, Paul Récord s'est vu démettre de ses fonctions de directeur chez Nordcoop, pour le simple motif de rendement trop faible. Et pour confier le poste à un homme plus jeune, sans expérience mais bardé de diplômes, mais issu du sérail, gendre du grand patron.

Nous sommes en 1970 et déjà les cadres valsent selon les résultats. Et résultat des courses Paul Record traîne depuis quelques semaines dans la campagne ou en ville, dans les bars et sur le port en attendant de rentrer chez lui, car en homme fier il n'a pas annoncé à sa femme son nouveau statut d'homme libre de ne rien faire.

On lui avait bien proposé un autre poste, bien sûr moins élevé et par conséquence moins rémunéré, mais il a refusé. En tête, il a idée de monter sa propre entreprise, et pour cela il lui faut des fonds qu'il ne possède pas. Il pourrait puiser dans son patrimoine, au risque d'alerter son épouse éloignée de la réalité.

Alors que faire dans ce cas ? Il s'accoquine avec trois autres compagnons, issus de milieux divers mais qui tous sont dans le besoin pour des motifs avouables, ou presque, et dont le métier va servir ses desseins et exécuter l'opération projetée.

Les quatre hommes se retrouvent dans un café tranquille, parmi des joueurs de belote et afin de ne pas se faire remarquer, manipulent les cartes sans vraiment y porter attention. Outre Paul Récord, assis autour de la table se trouvent Francis Ballogne, dont la fille est atteinte d'une maladie neuromusculaire et la seule intervention de chirurgie envisageable ne peut se produire qu'aux Etats-Unis. Norbert Souche et Raphaël Davila eux aussi ont besoin d'argent pour concrétiser leurs rêves. Mais ce sont surtout les métiers qu'ils effectuent qui intéressent Paul Récord.

Ballogne travaille dans une banque où justement Récord possède ses comptes et un coffre. Norbert Souche est un policier qui était promis à un bel avenir mais un excès de zèle lui a coupé les échelons à un grade supérieur. Raphaël Davila à la Caisse Autonome de la construction et du Logement. Métiers disparates mais complémentaires pour ce qu'envisage Récord. Le cambriolage d'une banque, celle où travaille certes Ballogne, mais sans coups de feu. Tout est prévu et chaque corps de métier va apporter la pierre à cet édifice minutieusement élaboré par Record.

De toute façon ce sont d'honnêtes gens, puisqu'aucun d'eux n'a un casier judiciaire entaché de la moindre peccadille.

 

La préparation puis le cambriolage de la banque prennent une grande place dans ce roman resserré dans le temps. Le port, la ville et un peu la campagne forment un décor imaginaire, pour une intrigue qui pourrait se situer aussi bien au Havre qu'à Boulogne sur mer ou Calais. Car c'est bien l'ingéniosité de l'intrigue qui préoccupe l'auteur.

Toutefois, et c'est ce qui rétrospectivement interpelle le lecteur, c'est la similitude ou presque avec le Casse du siècle, préparé par Albert Spaggiari à Nice en... 1976, soit six ans après la parution de ce roman.

Mais il faut remarquer également que dès 1970, les cadres pouvaient valser pour manques de résultats, être virés comme des malpropres, les dirigeants et actionnaires d'entreprises ou sociétés commerciales n'ayant pour humanisme que leur portefeuille.

Un roman prémonitoire qui démontre, une fois de plus que les auteurs de romans policiers et/ou noirs sont plus en phase avec la réalité quotidienne que bien des écrivains qui se piquent d'intellectualisme.

Une réédition fort bien venue.

Première parution Collection Spécial Police N°796. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1970. 240 pages.

Première parution Collection Spécial Police N°796. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1970. 240 pages.

Pierre NEMOURS : Le gang des honnêtes gens. French Pulp Editions. Parution 4 avril 2017. 232 pages. 9,50€. Version numérique 4,99€.

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 05:39

Qu'ils s'arrangent entre eux, ceci ne nous regarde pas !

Stanislas PETROSKY : Dieu pardonne, lui pas !

Se prénommer Estéban n'est pas rédhibitoire, mais porter comme patronyme celui de Lehydeux, surtout quand on n'est pas mal foutu de sa personne, c'est comme une injure à la nature. Alors Estéban préfère qu'on l'appelle Requiem, d'ailleurs ce n'est pas antinomique puisqu'il est prêtre. Et plus particulièrement curé exorciste attaché à un cabinet du Vatican.

Après une journée liturgique à célébrer la messe, puis une soirée supposée de détente en compagnie de son amie Cécile à qui il donne sa bénédiction urbi et orbite à plusieurs reprises, puis une matinée de rattrapage au pieu histoire de se reposer de ses efforts nocturnes, Requiem se sustente afin de récupérer de ses débordements dans la salle de restaurant de l'hôtel chic et lit le journal, un Paris-Normandie du jour qui traine à portée de ses yeux.

Un article l'interpelle (à tarte) concernant une rixe sur le port du Havre, un syndicaliste du nom de Jules Durant étant soupçonné d'assassinat. Jules Durand ne jouait du piano debout, c'est peut-être un détail pour vous, mais pour Requiem ça veut dire beaucoup. Ce nom, banal sans aucun doute, porté par de nombreuses personnes, est pourtant celui d'un homme qui en 1910 fut victime d'une grave erreur judiciaire, et l'homonymie n'échappe pas à Requiem toujours friand de faits divers à résonance libertaire

Et voici Requiem fouillant sur le Net, à la recherche de renseignements concernant cette affaire et il découvre que l'employeur de Jules Durand, le présumé assassin et sa victime travaillaient tous deux pour Ody-Art, une société fondée par Jean-François Roy. Cette société est spécialisée dans l'achat, la revente, la négociation d'objets d'art auprès des collectionneurs privés. Mais pas privée de moyens. Et Roy n'est pas un inconnu, car une photo le montre, posant vingt ans auparavant effectuant un salut nazi avec les breloques et écussons de même nature et évidence, en illustration d'un article posté sur le-libertaire.net signé Sandy M.

Comme Esteban alias Requiem possède une copine demeurant au Havre - tels les marins Esteban aurait-il une femme des chaque port sachant que dans chaque homme sommeille un porc ? - il contacte donc Elena à qui il narre le pourquoi du comment il est dans la cité construite sous François 1er. Elena lui promet de lui trouver un emploi chez Ody-Art par le truchement de Vigneron, un employé affilié à la CGT et grande gueule sympa chargé des recrutements. Requiem avoue à Vigneron son statut de curé exorciste, et c'est ainsi qu'Esteban met les deux pieds dans l'entrepôt et les deux mains dans les opérations de colisage, rôle qui était dévoué auparavant à Jules Durand.

Il est embauché sous le nom d'Alix et il met tant de cœur à l'ouvrage qu'il se fait estimer. Il se fait également apprécier de Sandy M. grâce à sa façon de manier le goupillon, laquelle Sandy ne résiste pas à ses charmes et à sa façon de caresser dans le sens du poil. Il fouille dans les caisses, à l'insu de son patron, mais pas à celui de Sandy, mais restons avec Roy et ne nous immisçons pas dans les draps de Sandy.

Roy, le néo-fasciste est fortement intéressé par ce nouvel employé qui se dit prêtre intégriste, relégué en marge de l'Eglise, et au cours d'un entretien se réfère aux prêtres de Phinéas, une secte néo-nazie.

 

Une aventure dans les méandres des idées néo-nazies propagées par de nouveaux adeptes de cette doctrine nauséabonde, cela ne pouvait pas échapper à Requiem. Et Stanislas Petrosky met tout son cœur et le reste, à la rédaction de cette histoire, légère dans la forme et au combien d'actualité dans le fond.

Naturellement, placée sous le saint patronage de San-Antonio, cette intrigue ne peut manquer d'être humoristique, avec nombre de références et façons de procéder dignes du maître. Notamment avec les interpellations au lecteur et les renvois en bas de pages. Mais comme souvent avec Frédéric Dard lorsqu'il signait San Antonio, surtout dans la seconde partie de sa production, il s'agit souvent d'un humour amer.

Il y a un côté Don Camillo chez Requiem, mais pas que et l'on pourra retrouver quelques ressemblances avec ces prêtres libertins du XVIIIe siècle tels que l'on en voit par exemple sous la plume de Boyer d'Argens dans Thérèse philosophe ou encore avecRabelais qui était ecclésiastique et anticlérical. Enfin, Requeim est un fervent adepte des asticots-cercueil, c'est à dire, pour ceux qui n'auraient pas compris, des verres de bière.

Bon nombre de personnages portent le nom d'auteurs émergeant et émargeant chez Lajouanie ou Atelier Mosesu. Des clins d'œil amicaux sans nul doute, même si certains ou certaines sont traités avec une certaine légèreté.

Curiosité : Chaque tête de chapitre comporte une contrepèterie. Certaines sont faciles, d'autres moins. Amusez-vous à les déchiffrer !

 

Stanislas PETROSKY : Dieu pardonne, lui pas ! Série Requiem N°2. Roman policier mais pas que... Préface de Patrice Dard. Editions Lajouanie. Parution le 14 avril 2017. 200 pages. 18,00€.

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 05:34

Ce n'est pas parce qu'il est gainé de noir que ce cahier est sexy... Mais son contenu est croustillant !

Micky PAPOZ : Le cahier gainé de noir.

Romancière, nouvelliste et auteure de quelques essais, Micky Papoz est discrète, autant dans la vie que dans sa production littéraire, et en cela elle est précieuse.

Son dernier roman le démontre sans conteste et il aura fallu attendre trois ans pour pouvoir déguster cette intrigue sous forme de huis-clos, même si toute l'intrigue ne se déroule pas au même endroit.

L'hôtel des Citronniers à Cannes n'est pas un établissement haut-de-gamme, mais sympathique, accueillant touristes obligés de compter leur argent, et voyageurs-représentants de commerce, ou acteurs et starlettes de seconde zone se produisant dans des salles de spectacles de la ville ou venus en marge du fameux festival.

Autant de pensionnaires disparates qui illuminent la petite vie tranquille d'Isidorine Bourrier, femme de chambre largement quinquagénaire, célibataire, petite souris grise qui a toujours vécu avec sa mère jusqu'à ce que celle-ci décède sept ans auparavant. Elle est soigneuse, méticuleuse lorsqu'elle nettoie les chambres des pensionnaires, à tel point qu'elle récupère tous les détritus laissés par ceux-ci, emballages divers, bas filés, jusqu'aux cheveux, poils pubiens, mouchoirs papiers poissés de taches douteuses.

Elle enfouit son butin dans de petits sacs plastiques cachés au fond de sa grande poubelle accrochée à un chariot, sacs portant en inscription le numéro de la chambre nettoyée et qu'elle emmène chez elle, à l'insu des propriétaires, puis qu'elle entasse dans des cartons à chaussures. Elle consigne ensuite dans un carnet gainé de noir ses remarques, l'inventaire de son butin, avec le nom des pensionnaires pas gênés de laisser traîner des reliquats d'intimité.

Au mois d'avril 1985, un jeune couple, qui avait réservé, arrive en provenance de Dijon. Guillaume est promis à un bel avenir grâce à l'entregent de son beau-père, tandis que Julia, tout juste dix-huit ans, est déjà exigeante, susceptible, un peu tête en l'air. Mais Guillaume en est tellement épris qu'il lui pardonne ses défauts. Sur l'insistance de Julia, il emmène avec lui sa sacoche contenant l'argent de leur voyage de noces, et ils se rendent sur la plage. Evidemment, leur voiture est cambriolée, et il leur faut écourter leur séjour, promettant de revenir en juillet. Une promesse tenue d'effet.

Parmi les voyageurs qui descendent à l'hôtel des Citronniers, Isidorine est intriguée par un pensionnaire qui ne reste que peu de temps, venant environ une fois par mois, très discret et qui ne laisse dans sa chambre aucun déchet qu'elle peut récolter. Une frustration pour cette vieille fille. Heureusement les autres locataires compensent largement ce manque.

Tous ne sont pas affables, et comme avec Julia qui effectivement revient en juillet avec Guillaume toujours aussi amoureux, elle sent la moutarde lui monter au nez. Faut avouer qu'avec Julia, ce n'est pas difficile, et ce n'est pas parce qu'elle est de Dijon mais parce qu'elle se montre la plupart du temps odieuse.

Isidorine remarque que justement les notes qu'elle prend sur ses cahiers noirs bientôt s'appliquent à ceux auxquelles elles sont destinées. Ainsi cet homme qui reçoit des femmes de petite vertu, ou cet autre qui s'imbibe régulièrement, elle leur prédit un avenir pas vraiment rose. Au début ce ne sont que des déductions, des prédictions dues à sa perspicacité et à ses dons d'anticipation, mais les événements lui donnent raison, et dans ce cas pourquoi ne pas continuer et surtout forcer quelque peu le destin.

 

Le lecteur qui connait ses classiques ne manquera pas, en visitant le petit appartement d'Isidorine, en sa compagnie ou pas, de remarquer une certaine analogie, une certaine ressemblance avec La Bête et la Belle de Thierry Jonquet. Isidorine est quelqu'un de soigneux, et elle n'entasse pas des sacs poubelles mais des cartons méticuleusement rangés et étiquetés. Mais bientôt cet empilement ressemble à un vrai labyrinthe dans lequel elle évolue sans peine. Toutefois les voisins se demandent d'où peut provenir cette odeur nauséabonde tenace qui empuantit l'escalier. Cette similitude ne va pas plus loin car l'intrigue que nous propose Micky Papoz est beaucoup plus complexe et démoniaque. Le côté fantastique est abordé sans être véritablement présent, sauf lors de l'épilogue.

Par petites touches Micky Papoz dessine son intrigue, campant ses personnages, Isidorine, Tonin le gardien de nuit, Magali l'autre femme de chambre qui aide Isidorine les mois d'été pour le service du petit-déjeuner, le nettoyage des chambres et les repas du soir, le couple de propriétaires qui aspirent à la retraite, et surtout les différents pensionnaires qui résident à l'hôtel des Citronniers.

Elle les dépeint avec réalisme, comme autant de pièces d'un puzzle maléfique et naturaliste, un peu à la façon d'un Jérôme Bosch, et tous ces personnages prennent vie devant nos yeux. Elle décrit leurs particularités physiques, leurs traits de caractères, leurs travers, car il est bien connu qu'on fait plus attention aux défauts qu'aux qualités la plupart du temps. Et ils s'imposent à nous comme si un film était projeté devant nos eux.

De Micky Papoz lire également :

Pour commander cet ouvrage, suivez le lien ci-dessous :

Micky PAPOZ : Le cahier gainé de noir. Collection Noire N°95. Editions Rivière Blanche. Parution mars 2017. 196 pages. 20,00€.

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 05:19

Un labyrinthe moderne qui réserve bien

des surprises.

Romuald HERBRETEAU : Perdus dans la zone commerciale.

Souvent le mot Aventure est associé à des contrées exotiques, des lieux emplis de dangers en tous genres, avec peut-être des trésors cachés et des bêtes monstrueuses, des découvertes importantes pour l'humanité, des bagarres homériques... Mais qui irait imaginer que l'Aventure peut se trouver au coin de la rue, dans une zone commerciale parmi la foule pressée d'effectuer ses achats ou déambulant afin de passer le temps.

Pourtant lisez ce qui suit et vous n'en reviendrez pas !

Malgré les consignes de leur mère, Sofiane préfère se promener dans la galerie commerciale avec son copain le gros Enzo que de rester en compagnie de son petit frère Bilal à qui il donne rendez-vous devant le magasin de sport.

Et hop, c'est parti pour l'aventure. Après avoir démontré ses talents d'acrobate, Sofiane accompagné d'Enzo s'embusque dans un cul de sac menant aux toilettes pour se fumer un petit joint. Ce qui est logique, il faut toujours un joint pour les toilettes, si l'on veut éviter les fuites. Et des fuites il va y en avoir, car un agent de la Sécurité les surprend et leur demande de le suivre.

Une injonction qui laissent les gamins de marbre, ou plutôt qui les incite à prendre la poudre d'escampette. Une porte de service, un escalier qui plonge dans l'obscurité, un palier chichement éclairé, les pas de leur poursuivant résonnant sur les marches, une trappe défoncée et les voilà, juste avant que l'agent les saisissent par un pan de vêtement, dans une sorte de parking abandonné.

Un clochard nommé Barnabé les accueille, sa puanteur aussi mais ils s'en seraient bien passé, et il se demande ce que les deux gamins viennent faire dans son royaume, ce parking désaffecté qui a été muré pour des raisons qu'il ignore. Mais d'autres individus rôdent au-delà de la faille qu'emprunte Barnabé, suivi par Sofiane et Enzo, des zombies ou des fantômes, des chalands venus effectuer leurs courses et jamais ressortis car perdus dans cet ensemble souterrain. Ils ont faim et aimeraient déguster cette chair fraîche qui se présente à eux.

Sofiane et Enzo parviennent à leur échapper mais leur pérégrination n'est pas terminée car à la sortie, alors qu'ils sont sur le toit du centre commercial, ils s'aperçoivent qu'une partie du centre commercial s'est écroulée. Est-ce pour fêter cet événement annoncé par un champignon de poussière qu'un cirque défile précédé par des notes de musique discordantes, des animaux mal en point, des clowns, des nains, et un fier personnage fier comme un général de parade d'une armée sud-américaine, et trottinant près de lui, Jasmine le chien qui devait rester avec Bilal, le petit frère de Sofiane.

Et ce n'est que le début de cette aventure qui confine à la parabole, avec ce cirque dont les membres dévorent les spectateurs. Et nous ne sommes pas à la moitié de cette Aventure urbaine, qui décrit un monde citadin en déliquescence.

Une histoire qui pourrait être un cauchemar évolutif dont l'épilogue clôt un épisode appelant une ou des suites et qui nous change des habituels récits d'aventure mais fait froid dans le dos.

 

Romuald HERBRETEAU : Perdus dans la zone commerciale. Collection Aventures N°4. Editions du Carnoplaste. Parution avril 2017. 28 pages. 3,00€.

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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 05:28

Mon amour est parti avec les abeilles
Dans les grottes de Rocamadour

Adaptation libre de la chanson de Gérard Blanchard.

V. VALEIX : Echec à la Reine.

Ayant hérité de ses grands-parents une vieille maison près de Rocamadour, Audrey Astier, qui vivait auparavant en région parisienne, est devenue en peu de temps une apicultrice renommée, et elle est même reconnue comme consultante, prodiguant conseils et recherchant des méthodes de travail efficaces afin d'assurer la sauvegarde de ses chères butineuses.

Elle s'occupe de sa quarantaine de ruches, elle prépare son miel et élabore également des préparations apithérapiques, produits qu'elle revend jusqu'en Chine à monsieur Wang par l'intermédiaire d'un neveu de celui-ci qui réside dans la région. Elle aide également d'autres apiculteurs qui vivent près de chez elle dont Janissou Laborde, dit le Papé.

Elle revient de Tasmanie et c'est l'occasion de comparer les différentes races d'abeilles avec justement le Papé qui lui téléphone pour lui narrer les dernières nouvelles et lui demander de passer le voir car il doit lui annoncer une merveilleuse nouvelle, selon les propres dires du vieux monsieur. Il se réclame de la vieille école portée sur la tradition tout en essayant d'enrayer l'effondrement des colonies et croisant divers écotypes de la race européenne (c'est ce qui émane de leur échange téléphonique). Il se plaint également que l'un des apiculteurs de leurs connaissances, Denis Bouyssou, dont le rucher avait été atteint de la maladie de la loque américaine et qui avait pourtant bénéficié des aides de ses confrères, se soit montré laxiste et dont les ruches pâtissent à nouveau de ce fléau. Donc il a trouvé parait-il une solution en matière de sauvegarde et l'invite à venir dîner le lendemain. Auparavant ils se rendront chez Bouyssou, puis elle l'aidera à récolter.

Le lendemain, Audrey se rend donc, avec sa deudeuche, au hameau de l'Hospitalet chez le Papé, mais personne n'est là pour l'accueillir. Audrey se renseigne auprès d'Aby, jeune Américaine et proche voisine de Janissou, mais celle-ci ne sait tien. Elle était occupée à traire ses chèvres et à fabriquer son fromage. Elle s'introduit dans l'habitation de son ami et trouve une lettre adressée à son intention. Elle la déchiffre et c'est à ce moment que frappe à la porte Ludovic, un petit Parisien mutique de huit ans qui traîne avec lui Major, le chien du Papé.

Alors qu'elle se décide à téléphoner à Lebel, le chef de la gendarmerie locale, de nouveaux coups retentissent sur la porte. Il s'agit de Denis Bouyssou qui lui aussi s'inquiète, n'ayant pas de nouvelles du Papé qui devait se rendre chez lui pour examiner ses abeilles. Et sans gêne aucune, il demande si éventuellement il ne pourrait pas récupérer tout ou partie du rucher du Papé. Il est vrai que depuis le départ de Justine, sa femme, avec un autre homme, Denis Bouyssou ne tourne pas rond car il l'est presque continuellement à cause des petits verres qu'il s'enfile.

L'appel téléphonique à Lebel, le gendarme, tourne court. Il est parti en Bretagne et a été remplacé par un Alsacien, Steinberger, événement qu'elle avait occulté lors de son voyage en Tasmanie. La journée n'est pas finie qu'un jeune homme se réclamant comme Pèlerin de Compostelle arrive quémandant une chambre. Virginio Rossi, ainsi se présente-t-il, est muni de sa créanciale visée en bonne et due forme, et même s'il n'est pas inscrit sur le registre des réservations, elle lui propose de rester, il y a une chambre de libre. Elle-même va passer la nuit dans la chambre de Charles, le fils décédé du Papé.

Dans le lit, avant de s'endormir, Audrey relit la prose de Janissou. Il écrit qu'il est atteint d'une maladie incurable, qu'il part sur le chemin de Compostelle, et qu'il lègue toutes ses ruches à l'Apis Dei, une fondation au service des Abeilles. Audrey n'est guère convaincue car des éléments dans cette lettre sont en contradiction avec ce que disait ou faisait Janissou. Durant la nuit, elle entend du bruit et descend pour trouver Virginio qui se promène dans la maison, arguant qu'il s'est trompé, ne retrouvant pas le chemin des toilettes.

Audrey se rend à la gendarmerie mais le lieutenant Steinberger refuse de prendre en compte sa déposition sur la disparition mystérieuse de Janissou. Seulement les événements vont se précipiter. Denis Bouyssou décède dans des conditions bizarres. Il est vrai qu'il ne prenait guère de précautions pour se rendre près de ses butineuses, perturbé qu'il était. Alors elle décide de faire appel à Lebel, l'ancien responsable de la gendarmerie qui va enquêter de son côté. Steinberger accepte d'effectuer lui aussi quelques recherches, officieusement. Et c'est ainsi qu'Audrey et le lieutenant de gendarmerie vont se lancer sur les traces de Janissou. Audrey découvre notamment chez Bouyssou un coffret contenant une belle somme d'argent et une bague de grande valeur, qu'un inconnu qui vitupère contre le niakoué inspecte les ruches du Papé, que Major est blessé par ledit inconnu, qu'Audrey ne peut l'empêcher de s'enfuir, qu'elle trouve le lendemain une gourmette au nom d'Olivier et qu'elle trouve dans les affaires du Papé une trentaine de lettres, des envois s'échelonnant depuis une trentaine d'années et qui font référence à des événements remontant aux derniers mois de la Seconde Guerre mondiale.

Plusieurs pistes se dessinent avec pour au moins deux d'entre elles les abeilles et les recherches du Papé : celle de monsieur Wang, celle de l'Apis Dei, des laboratoires qui sont contre les remèdes naturels, et celle d'une vengeance d'anciens résistants. D'autres éléments interfèrent et l'épilogue, mouvementé, confine à un ésotérisme lié aux abeilles tandis que des drames se jouent dans certaines chaumières, et autres édifices, ainsi que dans les grottes de Rocamadour.

 

Bien entendu, ce sont les Abeilles, ces travailleuses infatigables, qui sont au centre de l'intrigue. Et l'auteure, elle-même spécialiste de l'apiculture et de ses dérivés, ne tarit pas d'explications sur le travail des apiculteurs, sur celui des abeilles, sur l'effondrement des butineuses, sur l'importance de l'apithérapie, sur l'écologie en général et l'importance des hyménoptères. Pédagogique, pour autant ce roman n'est jamais ennuyeux.

On suit les démêlés entre Audrey, cette jeune femme qui s'est reconvertie avec bonheur en zone rurale, et le lieutenant Steinberger qui traîne comme un boulet sa participation à la guerre en Afghanistan et ressasse des souvenirs macabres et familiaux.

Mais ce roman joue sur les contradictions, un peu sur le fil du rasoir : doit-on être pour ou contre l'hybridation, de la flore ou de la faune, rester dans la règle de la pureté d'une race (on connait les préceptes nazis) et se résoudre à un dépérissement, comme pour les plantes ou les animaux qui peuvent à la longue être victime de consanguinité et dépérir, ou accepter des modifications et se trouver dans un engrenage type OGM. La question est posée, pas en ces termes, mais les réponses ne peuvent qu'être ambigües.

V. VALEIX : Echec à la Reine. Crimes et abeilles N°1. Editions du Palémon. Parution le 10 mars 2017. 384 pages. 10,00€.

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 05:21

Hommage à Frédéric H. Fajardie décédé le 1er mai 2008.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé.

Susceptible, et avec raison, Quintin n'a pas apprécié qu'un adolescent boutonneux se moque de sa bosse. La scène s'est déroulée sur les quais du métro à la station Bel-Air. Evidemment, à dix-sept ans et pour se faire mousser auprès de ses camarades, il faut se faire remarquer. Et c'est ainsi qu'il a glissé sa main sur la bosse mouillée par la pluie de Quintin, par défi et en le traitant de Polichinelle mouillé. Et que Quintin a déclaré dans sa moustache Pour ça je te tuerai.

Et c'est comme cela que Quentin, septuagénaire vivant seul dans son petit appartement de Montreuil, sa femme Mauricette qu'il avait surnommée Barbara étant décédée neuf mois auparavant, devient un tueur. Car ce qu'il a ressenti en bousculant l'adolescent dont il ne connait pas le nom et donc qu'il appelle Bel-Air du nom de la station où il a perpétré son forfait, c'est comme une délivrance, un acte patriote, éliminant un individu qu'il a classé comme fasciste, un nazi.

Quintin prend goût à débarrasser la société de ce qu'il prend pour des loques, des nuisibles, des inconsistants. Ainsi l'homme qui vient de se pincer les doigts dans les vantaux à fermeture automatique et qui se plaint auprès des autres voyageurs n'aurait pas attiré plus que ça son attention, si l'homme ne s'était blessé volontairement à un doigt à l'aide d'un petit couteau, juste pour qu'on compatisse. Et ce n'est pas le fait que l'individu soit Arabe qui attise l'ire de Quintin, mais bien cette propension à geindre.

Sa prochaine victime est un homme qui profère à l'encontre d'une jeune fille des mots inconvenants, des propositions malhonnêtes. D'accord, cette gamine qui paraît n'avoir que seize ans est attifée façon allumeuse qui refuse la pompe à incendie, une aguicheuse attirant tous les regards vers elle, ne semblant pas se rendre compte de l'intérêt qu'elle suscite avec sa jupe aussi grande qu'une ceinture et son habillement en rouge et noir. Au lieu d'embrasser la bouche pulpeuse de la gamine, l'individu peu scrupuleux va embrasser les rails, ça lui apprendra.

 

Le commissaire Antoine Padovani est chargé de l'enquête sur le Pousseur du métro. Il est entouré par Tonton, son supérieur, et d'autres commissaires, l'affaire le vaut bien, mais par quel bout prendre cette affaire, les témoins se contredisant comme souvent dans ces cas-là. Il remarque même que la jeune fille, qui a toutefois dix-huit ans, toujours aussi séductrice et provocante, fournit un signalement probablement erroné, peut-être en remerciement pour l'homme qui a châtié l'importun. Mais l'affaire n'est pas simple à résoudre, d'autant que malgré leur statut de commissaires certains des enquêteurs se montrent quelque peu des bras cassés. Enfin, Padovani, habitué des affaires pourries, ne renonce pas. Même si des membres de la maffia locale s'immiscent dans ce drôle de cirque. Même si cette jeune fille essaie de détourner Antoine Padovani de son rôle d'époux intègre.

 

Pour Fajardie, le roman était le vecteur idéal pour montrer les travers d'une société urbaine contemporaine, mettant en scène des personnages qui relèvent d'une certaine chevalerie, tel Quintin, mais dont les actes ne sont guère en conformité avec la légalité.

Profondément enraciné politiquement dès 1968 à la Gauche Prolétarienne, Fajardie ne renie pas ses valeurs, même si au fil des ans il "s'assagit", se montrant moins virulent, plus mesuré dans ses propos.

Nouveau prêtre du Néo-polar à ses débuts, Fajardie aborde avec Polichinelle mouillé une narration plus souple, tout en gardant ses repères idéologiques, n'hésitant pas à dénoncer des pratiques jugées fascistes ou nazies. Si le personnage de Quintin peut paraître immoral, il réagit à des besoins profonds, dont la réminiscence se dévoile au fil du déroulement de ses méfaits. Et Fajardie déplace peu à peu le côté roman noir vers une enquête-énigme construite comme un jeu de piste avec un côté poétique.

Ce roman est dédié à Francine, comme tous ses livres d'ailleurs, et la femme du commissaire Antoine Padovani se nomme Francine, tout comme la femme de Fajardie. Une nouvelle preuve de fidélité qui l'animait et d'ailleurs on se rend compte que Padovani est un peu une projection de l'auteur dans ses gestes, ses réflexions, son regard envers ses contemporains, ses engagements.

Un roman court et percutant.

 

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Réimpression de La Petite Vermillon de septembre 1996.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Première édition : collection Sueurs Froides. Editions Denoël. 1983.

Frédéric H. FAJARDIE : Polichinelle mouillé. Collection La Petite Vermillon N°61. Editions de La Table Ronde. Parution le 22 septembre 2016. 176 pages. 7,10€.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 06:25

Pas pratique pour savoir si on est toujours la plus belle...

Ivan ZINBERG : Miroir obscur.

Journaliste indépendant, spécialisé dans les reportages croustillants sur la vie des personnalités en vue, Michael Singer veut changer, ce qui est une décision louable, d'optique et réaliser des reportages plus consistants, moins volages, en un mot plus sérieux.

C'est ainsi qu'il se rend chez une femme qui a connu l'enfer de la drogue et des bandes de marlous mais s'en est sorti grâce à sa force de caractère. Mère de deux gamins, Marbella Jones, une Noire élevée aux mamelles de la drogue et de la violence veut témoigner des difficultés qu'elle a rencontré au cours de son adolescence, comment elle a réussi à s'échapper des mailles du filet et à devenir nounou pour l'édification de la nouvelle génération.

Après avoir procédé à l'entretien qu'il a enregistré et qu'il en a programmé un autre afin d'affiner son reportage, il rentre chez lui où il a installé son bureau. Sa secrétaire et assistante, Alison Kostas, une ancienne policière qui a démissionné six mois auparavant après vingt ans de service au LAPD de Los Angeles, l'aide dans le montage des vidéos qu'il transmet ensuite à une chaine d'informations en ligne.

Deux policiers l'attendent chez lui afin de l'interroger sur un meurtre qui a été perpétré la nuit précédente à l'encontre d'un chirurgien-obstétricien en retraite. L'assassin a gravé sur le front du défunt le chiffre 1, mais si Michael Singer est impliqué dans cette affaire, c'est parce qu'une de ses cartes de visite a été déposée près du corps. Heureusement pour lui il possède un alibi et s'il est suspect aux yeux des policiers, il peut se justifier.

Peu après, il reçoit sur son téléphone une vidéo qui montre l'assassinat du toubib en direct. Comme il est toujours suspect malgré son alibi, Singer se décide à en découdre (!) avec ce meurtrier qui semble s'amuser avec lui. Et grâce à un propos tenu par le meurtrier, Singer et Alison Kostas vont remonter ce qui leur paraît être une piste fiable.

Mais d'autres crimes de sang sont perpétrés à quelques heures de distance. D'abord sur des sœurs jumelles qui connurent quelques années auparavant leur heure de gloire en posant dans des magazines dits spécialisés pour les hommes. Le procédé est quasi identique car les chiffres 2 et 3 ont été gravés. Une numérotation inquiétante. Et la carte de visite de Singer est retrouvée sur place.

Madden et Gomez, les deux policiers dont on a suivi les précédentes enquêtes, viennent en complément des premiers, et d'autres sont désignés en renfort, car l'affaire devient sérieuse. Et Singer lui profite de l'aubaine pour se constituer un confortable matelas de dollars car il revend à la chaine d'informations les éléments dont il dispose ainsi que les vidéos, n'informant les policiers qu'ensuite.

Il dispose d'un excellent avocat qui le conseille afin de lui préserver les arrières vis-à-vis des possibles retombées policières et judiciaires car il déroge à l'éthique voulant qu'il prévienne d'abord les deux institutions. Et il est aidé dans ses recherches par Alison Kostas qui se montre une auxiliaire efficace et par un jeune surdoué en informatique qui brise allègrement les verrous mis en place par les administrations pour recueillir des éléments précieux dans l'enquête de Singer. Mais tout ceci ne va-t-il pas se retourner contre eux, coincés qu'ils sont entre les mâchoires des policiers et du tueur ?

 

Ivan Zinberg nous entraîne dans une enquête, avec pour décors la ville de Los Angeles laquelle s'étend sur des dizaines de kilomètres, enquête qui s'échelonne sur quelques jours et prend son origine, vingt ans auparavant, d'après les déductions de Singer et compagnie. Ce qui amène le journaliste à faire ressurgir des événements qui ont marqué de nombreuses personnes mais n'en ont guère affectés d'autres manquant de sensibilité et de remords.

Si l'on suit avec intérêt Singer dans ses démêlés, on ne peut apprécier sa façon de procéder, engrangeant l'argent en vendant chèrement ses reportages à un média qui joue sur le sensationnel et y trouve son compte, le nombre de visiteurs augmentant de manière exponentielle, entraînant dans leur sillage des recettes publicitaires et une notoriété non négligeable. Et naturellement ce sont les pratiques de ces médias en ligne et des magazines spécialisés dans le sensationnel, ainsi que leurs visiteurs et lecteurs qui sont dans le viseur de l'auteur.

Ivan Zinberg nous propose parfois trois visions plus ou moins différentes ou complémentaires, ce qui donne un sentiment de répétition, en suivant l'enquête de l'extérieur par Singer, par les commentaires du média auquel il revend ses reportages, mais aussi via le journal du tueur.

Souvent l'auteur d'un roman affirme qu'il se laisse guider par ses personnages. Dans ce cas précis, je pense qu'Ivan Zinberg savait très bien où il voulait aller, connaissait l'épilogue et a construit son intrigue d'après les révélations finales qui ne manquent pas de subtilités et de rebondissements.

Outre Singer et Alison Kostas qui peu à peu prennent de l'importance dans le récit, il ne faut pas négliger non plus le rôle de Léon Nash, l'informaticien qui travaille la nuit, use et abuse des pétards, sent le négligé ne sortant quasiment jamais de chez lui et professant une dévotion aux rastas. Et c'est lui qui me souffle le mot de la fin, s'inspirant de Bob Marley qu'il vénère :

La grandeur d'un homme se mesure à son intégrité.

Mais apparemment ni Singer et compères n'ont compris ce message, et l'on peut étendre cette incompréhension, ou ce je-m'en-foutisme, à bien d'autres catégories professionnelles ou politiques.

 

Pour conclure, un roman à l'intrigue fouillée, prenante, au rythme rapide malgré les répétitions évoquées ci-dessus mais nécessaires, qui accroche le lecteur, aux multiples rebondissements, qui ne laisse pas sur sa faim même si la fin est plus ou moins ouverte.

 

Ivan ZINBERG : Miroir obscur. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 20 avril 2017. 374 pages. 20,00€.

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 05:32

Pas une seule fausse note

Arnaud CUIDET : Les chœurs de la mer rouge.

Est-ce un lac, ou véritablement une mer rouge ? Henry Bradford, archéologue, est sceptique et regardant l'eau écarlate qui s'étend devant lui. Il veut en avoir le cœur net, et la petite expédition se remet en route.

Bradford est à la recherche du continent de Mû, et d'après un vieux grimoire récupéré dans la pyramide d'Arand-Ka, il est persuadé toucher au but. Mais pour cela il lui faut déterminer si cette immensité rouge est bien la Mer rouge ou simplement un lac. Et des difficultés matérielles commencent à se dresser devant la petite expédition. Il leur faut absolument trouver à boire ainsi que du pétrule (orthographe certifiée d'origine contrôlée !) pour les véhicules.

Alors que l'expédition roule dans les dunes de sable tout en suivant les contours du rivage, ils sont tout à coup face à des ossements qui datent de milliers d'années, les reliquats d'un Drakonis Major. Mais la tension monte entre les membres de cet équipage conduit par un jeune explorateur archéologue. D'autant qu'un Drakonis vivant fait irruption et malgré les armes automatiques en action, il propulse et détruit quelques véhicules, semant la perturbation dans le convoi. Une roquette récupérée parmi les rangs de l'Axe Noir, et qui a déjà causé des dégâts parmi les rangs de l'Alliance, permet d'annihiler le monstre. Deux indigènes à la peau bleue assistent à cette démonstration de force.

Harry Bradford continue son périple, bravant mille dangers, et pour mieux s'en rendre compte, le lecteur peut se référer au dessin de couverture, qui montre notre héros campé sur un radeau de fortune bravant les éléments marins et météorologiques déchaînés.

 

Il est évident que l'auteur emprunte à quelques éléments de la mythologie grecque et à des périodes modernes pour construire son intrigue. Naturellement le continent de Mû fait référence à l'Atlantide, un mythe qui perdure et souvent utilisé par les fantastiqueurs, mais également on peut penser au voyage d'Ulysse raconté dans l'Odyssée.

Quant aux références de l'Axe Noir et de l'Alliance, elles nous renvoient à des épisodes militaires de la Seconde Guerre Mondiale en Afrique du Nord, et le côté archéologique peut être lié aux découvertes dues à de nombreux explorateurs et archéologues, dont Max Mallowan qui épousa Agatha Christie, dont il fut le second époux, en 1930, le couple voyageant en Irak, Syrie par exemple. Et l'archéologie égyptienne et le mystère des pyramides et autres lieux, ont influencé et inspiré bon nombre de romanciers.

Né en 1975, Arnaud Cuidet est notamment l'auteur d'un roman paru chez Rivière Blanche, Le crépuscule des Rois (collection Blanche N° 2135) mais surtout est surtout connu comme auteur de Jeux de rôles.

 

Arnaud CUIDET : Les chœurs de la mer rouge. Collection Aventures N°3. Editions du Carnoplaste. Parution Avril 2017. 28 pages. 3,00€.

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 05:17

Pas facile de vivre avec une femme qui rentrée de couches vous vire de la sienne !

Luc FORI : Vade retro Satanas.

C'est l'expérience que vit William Carvault, ancien policier reconverti comme agent immobilier à Bourges. Faut dire que Heike, sa compagne et commissaire de police quand même, ne s'occupait plus que de leurs fils, et William n'avait pas apprécié d'être délaissé. Alors il était allé voir ailleurs si l'herbe était plus tendre comme le signale le diction qui affirme que changement de pâturage réjouit les veaux. Il s'est trouvé une petite maison en face d'un immeuble allongé comme une barre énergétique.

Tout commence à cause d'un individu guère courtois qui a frôlé la veille son véhicule, a pulvérisé son rétroviseur, sans laisser de coordonnées. Un mec normal quoi. William est abordé par Youssef, un jeune Sarrazin habitant en face de chez lui, qui lui dit qu'il a vu l'accrochage se produire et qu'avec son copain Ahmed ils ont voulu courir derrière le véhicule fautif et que tout ce qu'ils ont réussi à faire c'est de relever le numéro d'immatriculation. Un bon point pour les deux jeunes. Après avoir réglé son problème de rétroviseur, William regarde derrière lui et se rend compte qu'il est toujours amoureux d'Heike. Mais la commissaire de police n'est pas prête à partager sa couche et il n'a plus qu'à attendre que les événements se tassent.

Le lendemain, Youssef vient voir William chez lui, et après quelques palabres tournant autour du rétroviseur, il s'apprête à lui demander quelque chose lorsque Heike s'invite. L'entretien est reporté au lendemain mais ce que lui montre Heike n'est pas piqué des vers, comme dirait le poète.

Elle est en possession d'une clé USB et au visionnage de celle-ci, les cheveux se dressent sur la tête de William. L'assassinat, filmé en direct par le tueur, d'une jeune femme par strangulation à l'aide d'une corde. Le corps a été retrouvé dans une chambre appartenant à une chaîne hôtelière.

Revenons au rendez-vous de William avec Youssef dans la barre en phase de délabrement en face de sa petite maison. Youssef vit avec Djamila, et ils sont inquiets. Le frère de Djamila a disparu et il semblerait que le gamin, Mourad, soit parti pour le Djihad. Un petit film posté sur Youtube montre l'adolescent en compagnie d'un camarade enturbanné dont seuls les yeux sont apparents. Mourad porte une pancarte sur ses genoux sur laquelle est inscrit Mort aux Infidèles, tandis que son compagnon brandit un fusil d'assaut.

Alors William rencontre les parents de Mourad, dont Farid le père pratiquant mais pas intégriste, puis un imam recruteur du nom d'El Zarbi, lequel est effectivement un peu bizarre. Un accrochage oppose l'imam à Farid qui lui tend une photo représentant son gamin. William s'aperçoit qu'El Zarbi n'est pas un Arabe bon teint, mais un Européen converti maniant mal la langue de Khaled. William, assisté de son ami Roger (prononcez Rodgeur comme pour Federer mais qu'il ne faut pas prononcer Fait d'erreur, je sais c'est compliqué), piste El Zarbi, encore plus bizarre qu'il pensait et parvient à lui arracher quelques révélations. El Zarbi reconnait sur la photo l'édifice qui se dresse en arrière-plan. Il s'agit d'une centrale électrique située près de Bruxelles.

Et tandis qu'Heike poursuit l'étrangleur de jeunes femmes, William et Roger (prononcez Rodgeur...) se rendent à Bruxelles, et leur enquête n'est pas véritablement de la petite bière.

 

Avec un ton résolument humoristique, Luc Fori nous emmène de Bourges à Bruxelles puis retour à Bourges, pour une double enquête, qui bientôt n'en fera qu'une.

Mais cet humour, doux-amer, est tempéré, car si l'on peut rire de tout, certaines limites sont difficilement franchissables. Et dans les moments cruciaux, Luc Fori reprend un ton grave, en phase avec les situations.

Ce roman est composé d'événements qui ont réellement eu lieu, comme l'attaque de Charlie Hebdo, mais ils ne servent que de supports à une histoire plus personnelle, celle de la famille de Mourad. Et l'auteur sait faire la différence entre véritables adeptes d'une religion, et les intégristes qui sont aveuglés ou qui ne sont que des arnaqueurs et des charlatans.

Luc Fori construit son récit sur la lame du rasoir, sachant se montrer railleur, tendre, léger, décalé, humoristique ou grave, et offrant un épilogue en pied de nez à la société qui voudrait que tout soit blanc ou noir, mais jamais en demi-teinte.

Mais on vibre également aux aventures de William, et de Roger bien sûr le brave copain qui se montre un peu soupe au lait et vindicatif parfois, ainsi que des relations entre l'agent immobilier qui n'est pas immobile et de sa commissaire de police de compagne, ou ex-compagne, et de leurs relations en dents de scie. William ne se montre pas toujours à la hauteur dans sa nouvelle fonction de père, mais c'est aussi un apprentissage de la vie. Il faut savoir assumer.

 

Luc FORI : Vade retro Satanas. Editions Pavillon Noir. Parution le 10 mars 2017. 256 pages. 14,00€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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