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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 10:18

Réglez vos montres !

David MORALES SERRANO : 18h37.

Alors que dans quelques semaines, Edgar Fillot, directeur du 36 Quai des Orfèvres, va prendre une retraite amplement méritée après trente cinq ans de bons et loyaux service, Edgar Fillot reçoit au courrier une lettre qui le ramène justement à ses débuts, alors qu’il n’était que simple policier en uniforme.

Depuis il a grimpé les échelons, mais il n’a pas oublié cette affaire qui s’est déroulée dans un wagon du métropolitain, le 16 mais 1937 à 18h37.

Une femme était entrée dans une voiture de première classe, à la station Porte des Charmilles, et à la station suivante, elle avait été retrouvée morte, un couteau dans la gorge. Au départ comme à l’arrivée, elle était seule dans cette voiture placée au milieu de la rame.

L’enquête diligentée n’avait pas abouti et voilà que trente cinq ans après, un inconnu qui signe X pour anonyme, se réveille et écrit au futur directeur retraité. Il narre comment il a connu Dolores Rinconada, comment il en était tombé amoureux, puis pourquoi il a été amené à lui ouvrir les portes du Paradis en la trucidant.

Edgar Fillot montre la missive à son assistant et secrétaire, Harald Dumarais, un jeune homme à l’avenir prometteur, et ils discutent tous deux de cette affaire dont l’enquête avait débouché sur une impasse. Mais en cette fin d’année 1971, le délai de prescription est dépassé, et il n’est pas envisageable de rouvrir le dossier.

Pour autant Edgar Fillot aimerait connaître le fin mot de cette histoire et connaître l’identité de son correspondant dont la lettre recèle quelques indices.

Tout au plus sait-il qu’il s’est installé dans le sud pyrénéen, et qu’il s’est établi comme médecin. Il demande à Harald Dumarais de bien vouloir rechercher dans les archives de l’Ecole de Médecine le nom de cet étudiant qui aurait pu effectuer des études dans les années 1935.

Les recherches demandent du temps, mais grâce à la bonne volonté d’un vieil archiviste en retraite qui passe son temps dans les sous-sols à garder les précieuses boîtes, et surtout grâce à la gentillesse et l’affabilité de la demoiselle de l’accueil, bientôt des traces du passage de monsieur X sont relevées.

Bonne pioche pour Harald Dumarais qui par la même occasion, ce qui ne veut pas dire que la demoiselle en question en est une, d’occasion, ressent un tendre sentiment bientôt partagé par cette sympathique hôtesse qui se prénomme Jeanne mais préfère qu’on lui dise Jane.

 

Une enquête qui s’étale durant plusieurs mois, car Edgar Fillot, retraité et ayant déménagé avec sa femme dans les Landes, ne peut consacrer tout son temps maintenant libre à cette occupation hors la loi.

Tiré d’un fait-divers ayant réellement existé et dont Pierre Siniac s’était également inspiré pour écrire son roman Le crime du dernier métro, ce roman se lit comme une histoire véridique, avec une histoire d’amour, tout en offrant quelques belles pages, dont un chapitre, écrit par Harald, gentiment sensuel, le tout enrobé d’un humour subtil.

Un vrai sens du mystère, de la profondeur et de l’émotion, tel est l’avis d’Amélie Nothomb, avis que je partage volontiers, pour une fois étant en accord avec le bandeau, ce qui ne m’arrive guère souvent, jugeant ce procédé racoleur. Je lui tire mon chapeau.

Un roman tout en pudeur, émaillé de digressions savoureuses, tout autant de la part du narrateur principal, Edgar Fillot qui rédige ses mémoires, que de la part d’Harald Dumarais dont la prose est inclue dans le corps du texte, comme un aparté, un interlude vivifiant mais qui ne sort pas du contexte.

 

A la suite de ce roman figure une nouvelle, Les boules et les blettes, mettant en scène, ensemble ou séparément, les deux membres d’un couple de septuagénaires, qui sacrifient, l’un à sa passion des boules, l’autre à son occupation favorite, l’achat de bottes de blettes sur le marché. Deux faits insignifiants en apparence, mais en apparence seulement. Une nouvelle qui a été finaliste du prix Nolim 2014, présidé par Michel Bussy.

 

Dans ses remerciements, l’auteur tient à remercier un certain Yannick qui avait en charge de traquer les coquilles. Ce qu’il a fait consciencieusement, mais il a omis de rectifier quelques petites tournures grammaticales mal venues. Ainsi on ne dit pas J’ai été m’asseoir sur une chaise, mais je suis allé m’asseoir sur… Mais ce n’est qu’un détail, répété trois fois, une insignifiance, mais qu’il serait bon de corriger par la suite, à mon humble avis, comme il est bon de le signaler.

 

 

David MORALES SERRANO : 18h37. Collection Polar. Editions De Borée. Parution 15 juin 2017. 238 pages. 7,50€.

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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 08:15

Tout le contraire de moi !

Lilian Jackson BRAUN : Le Chat qui cassait la baraque

Jim Qwilleran, journaliste et chroniqueur, vit à la frontière des Etats-Unis et du Canada dans une grange rénovée en compagnie de ses deux chats, Koko et Yom-Yom.

Une vie paisible émaillée parfois de petits faits-divers dont il tire partir pour écrire ses papiers dans le journal local. C’est ainsi que l’annonce du retour au pays de Thelma Tackeray, riche octogénaire installée depuis des décennies à Hollywood, est précédée d’une réputation de star. Or personne ne connaît Thelma Tackeray. S’agirait-il d’une farce comme souvent les journalistes s’en font entre eux ?

Après enquête, il découvre que Thelma existe bien mais qu’elle tenait un restaurant fort prisé en Californie et qu’elle a décidé de finir ses jours au pays natal, accompagnée de sa secrétaire, de ses cinq perroquets et d’un neveu dispendieux, joueur et touche-à-tout incapable.

Qwilleran apprend que les perroquets de Thelma ont été enlevés puis échangés contre une forte rançon composée de bijoux. Un témoin aurait vu un camion de déménagement et une camionnette garés dans un endroit désert et deux hommes se livrer à un étrange ballet d’imposants cartons. Peu après le conducteur d’une camionnette est retrouvé mort au volant de son véhicule. Thelma veut aménager l’ancien cinéma désaffecté en salle de spectacles mais le neveu s’arrange pour tirer profit de cette installation.

 

On ne peut pas dire que ce nouvel opus de Qwilleran et de ses chats, en particulier l’impressionnant Koko avec son sixième sens, soit véritablement policier même si une simili enquête en soit le fil conducteur.

En réalité il s’agit plus d’une chronique provinciale américaine, souvent humoristique, ponctuée de petits faits divers, de tiraillements entre villages, de jalousies, et évocatrice d’un mode de vie rural paisible loin des affres de la grande ville.

Lilian Jackson BRAUN : Le Chat qui cassait la baraque (The Cat Who Brought Down the House. 2003. Traduction de Marie-Louise Navarro). Collection Grands Détectives N°3536. Editions 10/18. Parution le 5 juin 2003. 256 pages. 7,10€.

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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 12:43

J’ai deux amours… Panthéra et Orloff !

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

A la demande de l’avocat Formellot, Antoine Carlier, ancien policier reconverti dans les filatures, s’attache aux pas d’Heinrich von Verschtaufen, l’ancien nazi qui s’était réfugié en Bolivie, et de son compagnon, Huayna l’Inca, lorsque ceux-ci quittent le cimetière du Père Lachaise et s’engouffrent dans une Floride rouge de location.

Au moins, pense-t-il, il ne risque pas de la perdre de vue et il s’enfourne dans sa petite Dauphine. Et les voilà partis en procession, mais Huayna qui conduit la Floride le repère immédiatement, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’affole. Il parvient à coincer Carlier et à le maîtriser, puis il l’oblige à suivre la Floride conduite par l’Allemand et direction Saint-Maur-des-Fossés.

Ils arrivent devant une magnifique propriété et Heinrich demande à rencontrer le docteur Jean Oster, anciennement Osterweil, qu’il a connu durant la guerre. Le chirurgien n’est pas présent et sa (nouvelle) femme le reçoit. A l’énoncé de son nom, elle est effrayée, car elle sait que durant la guerre, son mari et l’ancien SS étaient dans des camps diamétralement opposés. Le bon docteur appartenait à la Résistance et il avait organisé la fuite à l’étranger de Juifs menacés de déportation. Le toubib, alerté par son épouse arrive en catastrophe, mais Heinrich rumine sa vengeance. Il prend en otage la fille du couple, qui n’a que onze ans, et enferme Carlier dans la cave, se promettant de lui faire passer de chauds moments grâce au chalumeau qu’il repère parmi les outils.

La romancière-journaliste Marie-France d’Aygues-Vives a publié dans le magazine où elle donne des piges, un article demandant à rencontrer Panthéra. Une solution qui s’avère payante puisqu’une personne qui se présente sous ce nom lui donne rendez-vous en banlieue. Seulement il ne s’agit pas de la vraie Panthéra et celle-ci, qui apprend la manigance, décide de surveiller les déplacements de Marie-France. Et elle fait bien. Car la correspondante de Marie-France, s’est déguisée en Panthéra et projette un mauvais coup.

Fautus a réussi à s’enfuir de la demeure où il était enfermé, faussant compagnie à ses deux geôlières, des jumelles pourtant passées maîtres en art martial. Lui aussi peaufine sa vengeance envers ceux qui avaient réussi à le capturer.

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra.

Toujours aussi virevoltant, enchainant les scènes d’action, les épisodes mouvementés, avec les mêmes personnages et de nouveaux arrivants, ou des revenants, cet Amour de Panthéra est toutefois plus grave dans son propos et dans la trame que dans les précédents épisodes. Tout en décrivant les péripéties endurées par ses personnages, l’auteur n’oublie pas de développer le côté psychologique de ses créatures qu’il fait évoluer avec un plaisir quasi sadique.

Personne, ou presque, n’est épargné dans ces péripéties tourmentées, mais cela n’empêche pas que de la tendresse imprègne certaines scènes. Ainsi Tanya, qui travaille dans un laboratoire, s’éprend de Bertrand, le domestique de son employeur, le professeur Bellières. Mais l’homme préfère ne pas montrer les sentiments qui l’animent envers la jeune femme au pied-bot et voûtée, un handicap auquel s’est habituée Tanya. C’est que Bertrand n’est pas un véritable domestique, s’appelant en réalité Jean Brochart, appartenant au Deuxième Bureau. Et si les Services Secrets sont dans la course, bientôt d’autres éléments vont interférer. Une Licorne par exemple, ou des Trolls qui sont embauchés dans les CFS, Compagnie Faërienne de Sécurité.

Si Tanya trouve en Bertrand une âme sœur, Alice de Sérigny alias Panthéra n’est pas en reste avec Percival Arlington. Pourtant l’amitié qui relie les deux jeunes femmes devrait être incompatible avec les relations qu’elles entretiennent avec des personnes du sexe opposé au leur. Ce qui confère une touche de tendresse dans un monde de brutes mais les aventures de tous ces protagonistes ne sont pas terminées et un nouveau volume est en préparation.

Alors monsieur Michel Pagel, car depuis peu l’on sait que sous le pseudonyme de Pierre-Alexis Orloff se cache ce grand maître de l’intrigue feuilletonesque, s’il vous plait, ne tardez pas trop, j’aimerai connaître la suite des aventures de Panthéra avant de mourir. Sinon, je serais capable de me retourner dans ma tombe de désespoir et de frustration.

 

Vous pouvez commander cet ouvrage directement ici :

Si vous préférez la version numérique, c’est ici :

Retrouvez les précédents épisodes de Panthéra en cliquant sur les liens ci-dessous :

Pierre-Alexis ORLOFF : Un amour de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, quatrième épisode. Collection Noire N°92. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2016. 220 pages. 20,00€.

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 08:42

Mais ça, c'était avant. Maintenant c'est meurtre aux ampoules basse-consommation !

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

Tout comme Sherlock Holmes, dont la première aventure Une étude en rouge est parue deux ans auparavant, possédait son historiographe ami et confident en la personne du bon docteur Watson, Oscar Wilde est souvent accompagné de Robert Sherard, poète, romancier, écrivain et journaliste. Leur première rencontre ne prédisposait pourtant pas à ce qu'une amitié relie les deux hommes mais depuis ils se sont découvert une affinité sans faille.

Lorsque Wilde arrive en retard, ce qui n'est pas dans ses habitudes, ce soir-là à son club, l'Albemarle, c'est pour annoncer une bonne et une mauvaise nouvelles à son ami Robert Sherard, qui l'attendait stoïquement comme tout bon Anglais sait le faire lorsqu'il est inoccupé.

La bonne nouvelle, c’est qu’Oscar Wilde a rencontré l’après-midi même son éditeur et qu’il a fait la connaissance d’un médecin écossais installé à Southsea et romancier promis à un bel avenir, Arthur Conan Doyle. D’ailleurs le poète s’est entiché de Sherlock Holmes dont la première aventure, Une étude en rouge, a paru deux ans auparavant, en 1887.

La mauvaise nouvelle, c’est la découverte du cadavre d’un jeune homme dans un meublé où se rendait Wilde. Et il a eu la désagréable surprise de reconnaître en ce défunt assassiné un de ses amis, Billy Wood. Autour du corps étaient disposées des chandelles allumées, comme si le meurtre relevait d’un rituel.

Mais il est minuit, l’heure pour Oscar Wilde de rentrer chez lui, retrouver femme et enfants. Sherard lui est moins pressé, son épouse étant en voyage en France. Lorsqu’il sort du club, il aperçoit Wilde en compagnie d’une jeune femme au visage défiguré.

Le lendemain, 1er septembre 1889, les deux amis se retrouvent en compagnie d’Arthur Conan Doyle, et Wilde en profite pour démontrer qu’il possède des qualités d’observation et de déduction dont pourrait se targuer Sherlock Holmes, au grand ébahissement du médecin-écossais. Il narre sa découverte macabre de la veille, comment la porte de l’immeuble lui a été ouverte par une personne à laquelle il n’a guère prêté attention, puis s’est trouvé face au cadavre égorgé du jeune Billy Wood. Ils se rendent ensemble à l’endroit du drame, mais la pièce est vide, nettoyée, le parquet ciré fraîchement.

Wilde décide d’enquêter sur ce meurtre et de découvrir l’assassin et ses motivations. Conan Doyle et Sherard, qui possède un petit carnet qu’il trimballe en permanence, vont lui servir d’assistants. Heureusement Billy Wood lui avait fait quelques confidences, notamment qu’il était venu à Londres parce qu’il ne supportait plus l’ambiance familiale, en butte aux tracasseries et aux coups assenés par son oncle.

 

Wilde et Sherard se rendent à Broadstairs où il vivait et informent sa mère de la mauvaise nouvelle. Madame Wood, enceinte jeune, avait perdu son amant, gardien de phare, dans une noyade. Ils n’avaient pas eu le temps de se marier et le gamin n’avait pas connu son père. Le frère aîné du père à l’époque était au Canada, mais depuis il est rentré et impose sa loi dans Le Château, nom de la villa de madame Wood, un héritage de ses parents. Edward O’Donnell est un ivrogne au caractère belliqueux mais madame Wood est bien obligée de le supporter.

Munis de ces confessions, Wilde et Sherard regagnent la capitale pour continuer leur enquête. Une enquête en dents de scie, car le poète doit livrer à son éditeur un roman, Le portrait de Dorian Gray, et il est fort occupé. Quant à Sherard, il fait la connaissance d’une jeune femme dont il s’éprend, et comme sa femme est absente…

Seulement cette jeune femme n’est pas n’importe qui. Elle se nomme Veronica et est la fiancée de l’inspecteur Fraser du Yard. Fraser, qui, mit au courant du meurtre, n’engage pas de procédure n’ayant pas de cadavre à se mettre sous la main. C’est un ami de Doyle, qui a présenté le policier aux deux détectives en herbe.

Entre Veronica et Robert Sherard une amitié amoureuse s’établit sous les yeux de Fraser qui est occupé ailleurs. Et c’est dans cette atmosphère que Wilde et consorts vont résoudre cette énigme.

 

Un roman dont justement l’énigme se révèle classique, mais c’est tout ce qui entoure l’enquête qui importe. Sherard est le Watson de Wilde, lequel se pique de se montrer à la hauteur de Sherlock Holmes.

Personnages réels et de fiction se complètent ou s’affrontent, mais c’est surtout pour l’auteur, Gyles Brandreth, de montrer Oscar Wilde sous un jour différent de celui qui nous est présenté habituellement. Et si la fumée vous incommode, n’hésitez pas à ouvrir la fenêtre, car Oscar Wilde fume beaucoup de cigarettes mais pas la pipe. Et même s’il ne roule pas sur l’or, il n’hésite pas à inviter ses amis, à leur offrir des cadeaux, souvent des étuis à cigarettes avec leur nom gravé à l’intérieur, et à distribuer les pourboires avec munificence.

Les bons mots et les petites phrases ironiques ne manquent pas, pour preuves les quelques citations ci-dessous :

 

C’est une chose terrible que de voir son nom dans la presse, mais c’est plus terrible encore que de ne pas l’y voir.

Il n’y a pas de bon âge pour se marier, plaisanta Oscar. Le mariage est aussi démoralisant que les cigarettes, et bien plus coûteux.

Quand l’Angleterre sera une république, et que j’en serai l’empereur, cet animal – ma fidèle Rossinante – sera nommé sénateur. Il semble avoir toutes les qualités dont manquent nos législateurs actuels : travailleur, discret et conscient de ses limites !

Fumer une cigarette est l'exemple parfait d'un plaisir parfait, ne trouvez-vous pas ? C'est exquis tout en vous laissant sur votre faim.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Première parution 5 février 2009. 386 pages.

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (Oscar Wilde and the Candlelight Murders – 2007. Traduction de Jean-Baptiste Dupin). Collection Grands détectives N°4194. Editions 10/18. Première parution 5 février 2009. 386 pages. Réimpression le 10 septembre 2013. 7,50€.

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 08:34

A en perdre la tête…

Jérôme SORRE & Stéphane MOURET : Le Chérisseur de têtes et autres pacotilles pour Le Club Diogène

Combinaison entre le Club des Cinq d’Enyd Blyton et celui des Veufs noirs d’Isaac Asimov, (il en existe d’autres, mais ce n’étaient que deux exemples) voici le Club Diogène créé par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret.

Ou plutôt dont les aventures sont narrées par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret et créé par Monsieur dont la tête de bébé joufflu repose sur un corps de vieillard et qui intervient de temps à autres dans les récits. « Le club Diogène n’a vœu d’exister que pour contrecarrer l’anesthésie croulante dans laquelle nous maintient la société », déclaration prononcée dans Un péché presque de chair.

Composé de sept membres, cinq hommes, Le Maréchal, D’Orville, Vayec, Franklin et Fédor, et deux femmes, Camille et Lison, ce club évolue dans le Paris de la fin du XIXème siècle, à l’affût de faits divers croustillants et mystérieux.

Ils ne se connaissent que par leur nom d’emprunt, et ne possèdent aucune précision sur leur vie privée. Ils se réunissent le soir rue du Tonneau dans une suite, la 52, d’un hôtel décrépit, l’hôtel Impérial. Ils peuvent se chamailler pour un rien, cela devient un jeu, une joute verbale.

Dans Attention : Traquenard, la nouvelle qui introduit nos personnages, le lecteur est invité à les rencontrer, en chair et en os, une expérience déchirante.

Une amie commune se déroule pendant la semaine sanglante, fin mai 1871. Les Versaillais et les Communards s’affrontent dans des combats sans merci, alors que les denrées viennent à manquer. Le Maréchal, le plus âgé du groupe, accompagné de Lison et Fédor, sent que La Bosse, entité diabolique qui se repaît de la chair fraîche, va sortir de son trou. Tous trois tentent de la pourchasser, de l’annihiler, jusque dans les gargouilles de Notre-Dame ou dans les égouts parisiens jusqu’au Père Lachaise.

Dans Chef d’œuvre, Le Maréchal, doyen du club, vient d’assister à un événement étrange. Un homme s’est emparé de la tête d’un condamné à mort et du panier qui la contenait, avec l’aval du bourreau qui a actionné la guillotine. Qui est donc cet homme, et pourquoi cette emplette d’un genre macabre ? C’est ce que vont s’attacher à découvrir les membres du Club Diogène, dans une enquête qui donnera quelques sueurs froides à l’un d’eux et mettra en scène un personnage mystique et collectionneur.

Ça pour une… met en scène une étrange bestiole tandis que dans Stupre une séance de spiritisme va se clore au cimetière du Père Lachaise.

 

Ce club de l’étrange est un recueil de onze nouvelles plaisantes à lire, écrites dans une langue savoureuse. Cet opus, premier d’une série qui en comporte plusieurs, joue avec la terreur, l'épouvante, mais sans artifice grandguignolesque ou outrageusement sanglant quoique certaines scènes se révèlent assez dégoulinantes. Bref un petit bonheur de lecture.

Un conseil, si vous désirez acquérir cet ouvrage que je vous recommande fortement, évitez de passer par la Zone mais commander le directement chez l’éditeur, cela vous reviendra moins cher et il sera neuf.

 

Jérôme SORRE & Stéphane MOURET : Le Chérisseur de têtes et autres pacotilles pour Le Club Diogène (1871-1877). Collection Absinthes, éthers, opiums N°9. Editions Malpertuis. Parution décembre 2009. 402 pages. 18,00€.

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 11:46

Quand l'arsenic devient de l'art scénique...

Jean FAILLER : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu.

Un cadavre découvert à Quimper et voilà le commandant Mary Lester encore sur la route, cette fois en direction de Dinard, en compagnie de son ami et adjoint le capitaine Fortin qui se remet doucement de ses émotions de l'affaire précédente.

L'homme serait mort d'une absorption d'arsenic, mais il n'avait rien à faire près de Quimper, gisant dans un fossé lorsqu'il fut retrouvé par les gendarmes. Il était originaire de Dinard, la Perle de la Côte d'Emeraude, station balnéaire fort prisée en son temps par Agatha Christie, Victor Hugo, et autres personnages célèbres dont je ne m'attarderai pas à vous en fournir une liste exhaustive, une enquête nous attend.

Il a été établi que ce jeune homme était le neveu d'un homme influent, Bonnadieu, qui fut directeur de cabinet au ministère de la Justice, et ce durant quelques vingt-cinq ans. Mais depuis un accident de la route, cinq ans auparavant, il est bloqué dans un fauteuil roulant. Et sa femme, Béatrice, est fortement soupçonnée d'avoir empoisonné Anthony Lemercier, le neveu décédé et adopté par le couple lorsque tout jeune il s'était retrouvé orphelin.

Il est vrai qu'Anthony n'était pas vraiment net et exerçait une forme de chantage auprès de ses parents adoptifs, leur pourrissant la vie, et dilapidant l'argent qu'il récoltait à gauche et à droite et surtout au centre. Les gendarmes de Dinard ayant retrouvé un bocal contenant de l'arsenic dans la cave de la villa Belle Epoque des Bonnadieu, ils ont immédiatement refilé le bébé à leurs collègues de Quimper où a été découvert le corps, et la juge d'instruction a confié la mission à Mary Lester d'aller chercher Béatrice Bonnadieu afin de l'interroger. La pauvre femme est dans un état mental déliquescent, ce qui se comprend, car une garde à vue laisse toujours des traces. Surtout lorsque l'on se déclare innocent.

 

Jean FAILLER : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu.

Retour à la case départ de l'affaire, c'est à dire Dinard, cette fois en compagnie du lieutenant Gertrude Le Quintrec, une forte femme qui ne s'en laisse pas ni conter ni compter, et cette fois Mary Lester se présente au commissaire Nazelier, chaudement recommandé par le sien de commissaire. Affable, cauteleux, Nazelier lui adjoint un de ses hommes, Bernoin, avec lequel elle partagera un bureau décrépit, pour ne pas dire insalubre. Un mauvais point pour Nazelier, suivi bientôt par un carton jaune. En effet il fréquente un peu trop, jusque sur les greens de golf, ou plutôt les links puisqu'il s'agit d'un terrain en bord de mer, un certain Antonio Morelli, homme d'affaires influent possédant de nombreux hôtels, restaurants et boites à Dinard et ses environs, mais pas très net.

Mary Lester en profite pour s'adonner à la dégustation de produits locaux, telles les fameuses huîtres de Cancale, tout autant pour les besoins de l'enquête que pour la satisfaction personnelle de ses papilles.

Et c'est dans ce contexte que Mary Lester et Gertrude sont amenées à enquêter, mettant à jour un curieux chantage dont était victime madame Bonnadieu, mais également soulevant un coin du voile sur une ancienne affaire qui avait décrié la chronique dans les années cinquante, le talc Baumol.

Jean FAILLER : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu.

Les aller-retour Dinard-Quimper sont fréquents, Mary Lester ayant besoin pour l'enquête de commissions rogatoires, délivrées par la juge Laurier en charge de l'affaire, et des compétences de Passepoil, l'informaticien du commissariat. Les affrontements entre les deux femmes ne manquent pas de saveur, la juge étant imbue de ses prérogatives et pète-sec.

Mary Lester se montre une redoutable rhétoricienne, aussi bien vis-à-vis de la juge Laurier qu'envers le commissaire Nazelier ou encore Maître Lessard, l'avocat et ami de la famille Bonnadieu, ce qui engendre des dialogues savoureux, dialogues au cours desquels l'auteur, Jean Failler, se montre quelquefois acerbe, ironique et mettant les pieds dans le plat, éclaboussant tout avec allégresse.

L'art de passer son humeur ou d'exprimer des vérités premières en laissant ses personnages dialoguer.

La connerie, c'est la chose la mieux partagée dans ce pays. D'ailleurs, elle gagne du terrain tous les jours. C'est même le seul terrain où les administrations sont en pointe.

Ou encore, concernant le bac :

Les examinateurs ne paraissent plus aussi exigeants qu'autrefois, quand ils éliminaient impitoyablement nos grands-parents pour cinq fautes dans une dictée de certificat d'études. Si vous voyiez les rapports que rédigent certains de ces bacheliers ces dernières couvées !

Sans être prétentieux, Jean Failler s'amuse à comparer la réalité, via les aventures de Mary Lester, à la fiction :

La brave cuisinière était férue des enquêtes que Mary lui racontait et elle n'hésitait pas à proclamer qu'elle préférait cent fois cela aux séries policières de la télévision.

Il est que Mary Lester, si elle a eu les faveurs d'un téléfilm et d'une courte série, mérite mieux.

Un roman de facture classique avec un joli tour de passe-passe que n'aurait pas désavoué Dame Agatha et qui se clôt avec une sorte de nostalgie et l'impression que de grands changements, voire des bouleversements, vont se produire au cours des prochains épisodes.

Jean FAILLER : Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu. 2 volumes. Série Les enquêtes de Mary Lester N°46 et 47. Editions du Palémon. Parution le 22 avril 2017. 270 & 288 pages. 10,00€ chaque volume.

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 10:03

Où Panthéra passe, l'ennui trépasse !

Pierre-Alexis ORLOFF : La mère de Panthéra.

Il aura fallu attendre trois ans pour retrouver nos amis, Panthéra et consorts, que l'on avait laissé en piteux état, dans une situation périlleuse mais pas désespérée, quoique, on ne sait jamais avec l'auteur. Certains protagonistes ont quitté définitivement la scène, d'autres sont mal en point physiquement et moralement.

Heureusement, grâce à la magie des blogs, dont celui-ci en particulier, vous pouvez suivre en intégralité ou presque cette histoire ô combien édifiante, pittoresque, démoniaque, échevelée, et tout ce que vous voulez de positif, en quelques jours.

Donc Panthéra a réussi à s'échapper mais elle a été touchée gravement à une jambe par les balles tirées par l'inspecteur (stagiaire) Carlier. Elle se réfugie derrière une voiture, affalée sur le trottoir, et elle sera récupérée quelques temps plus tard par son amie Tanya, qui avait senti l'embrouille venir grâce, ou à cause, d'un article journalistique écrit par Renouard dans Soir Nouvelles.

Article qui d'ailleurs a engendré en partie cette réunion inopinée. Et Renouard s'en mord les doigts tout en buvant, rentré chez lui, verre sur verre, ce qui l'oblige à rester cuver dans son lit et même par terre. Ce qui n'est pas plus mal, pendant ce temps il n'écrit pas n'importe quoi, même s'il approche plus ou moins de la réalité.

Carlier a préféré tirer sur Panthéra au lieu d'abattre Faustus le faune, le laissant s'enfuir rapidement, juché sur ses sabots sans passer par la Lorraine. Et cet incident va lui coûter cher. Va leur coûter cher devrai-je préciser. Car Fautus est mis à l'index par son employeur Marcel, enfin par son fils Antoine, qui n'apprécie pas vraiment le genre de bévue dont s'est rendu coupable le satyre. Quant à Carlier, il se voit proposer une promotion loin de Paris, à Cahors. Il ne se résigne pas à entrer dans un placard et préfère démissionner, au grand dam de sa femme qui ne s'était marié avec lui que parce qu'il avait embrassé la profession de policier. Ah, l'amour de l'uniforme ! Et Carlier est embauché par l'avocat Formellot pour réaliser quelques opérations de filature.

Passons rapidement sur la présence d'Erynia, la nymphe qui accompagnait Carlier, sur les blessures de Percival Arlington qui s'en remettra, et les autres participants de cette joyeux rassemblement qui aurait pu tourner au drame, et tournons notre regard vers Marcel Duchard qui a la bonne idée de décéder, Antoine ayant décidé de prendre définitivement sa place. Et son amie Berthe Windgassen se mue en Jane Camden, afin de ne pas dépareiller par rapport à son ami Duchard fils.

 

L'article de Renouard ne pas inaperçu non plus d'un ancien nazi réfugié en Bolivie, et qui fut vingt ans auparavant le complice de Duchard, de Windgassen, et d'un prêtre, Honorin, devenu prélat. Et Heinrich von Verschtaufen, ancien colonel de la Waffen SS, décide de venir à Paris, endroit qu'il n'a pas fréquenté depuis des années alors qu'il se rend régulièrement à Londres.

 

Et voilà, tous les personnages sont mis en place ou presque. Dorilien le farfadet compagnon habituel de Faustus, a eu la tête tranchée par Panthéra, mais ne le plaignons pas, il le méritait.

Non, l'incident primordial a été déclenché par Faustus le satyre qui avait commencé à envoûter Panthéra, obligeant la jeune femme à retirer sa cagoule et à avouer son nom, Alice de Sérigny. Et ce patronyme fait réfléchir Marcel/Antoine Duchard et Berthe Windgassen/Jane Camden. Une hypothèse qui les laisse rêveurs se forge dans leurs esprits, les ramenant vingt ans en arrière.

 

Aventures endiablées pour ce troisième opus et ce n'est pas fini, tant mieux pour le lecteur qui se prend d'addiction pour Panthéra. D'autant que l'auteur en révèle un peu plus sur la genèse en incluant dans son récit des épisodes qui se sont déroulés en octobre 1943. Rappelons que les événements décrits se déroulent eux en 1963.

Michel Pagel, zut je l'ai dit, Michel Pagel signe donc un roman-feuilleton en tout point remarquable sans omettre quelques références littéraires, voulues ou non.

Ainsi, si Michel Pagel a pris pour pseudonyme Pierre-Alexis Orloff, ce n'est pas innocent. Mais disséquons, un peu seulement, faut en laisser pour les autres.

Orloff, de son prénom Tania, n'est pas un rôti, mais un personnage de la série Bob Morane. Et on retrouve une Tanya dans ce feuilleton. Tandis que le prénom Pierre-Alexis nous renvoie à Pierre-Alexis de Ponson du Terrail, le créateur de Rocambole, d'ailleurs les aventures de Panthéra sont effectivement rocambolesques. Et puisque l'on cite le nom de Terrail, signalons au passage que le supérieur hiérarchique de l'inspecteur stagiaire Carlier se nomme Duterrail. Et précisons que le commissaire chargé de reprendre l'affaire retirée à Carlier s'appelle Malet, Léon Malet. Comme le monde est petit ! Mais les grands hommes ne manquent pas ! Et pour finir la romancière Marie-France d'Aygues-Vives, dont Alice de Sérigny est la secrétaire lorsqu'elle n'enfile pas la combinaison de Panthéra, écrit un roman qui a pour titre Marion. Faut-il y voir un clin d'œil à la série des Marion de Georges-Jean Arnaud, quinze romans au total publiés sous le pseudonyme d'Ugo Solenza ? Georges-Jean Arnaud, né à Saint-Gilles du Gard, commune du Gard, tout comme, non pas Aygues-Vives qui se situe en Haute-Garonne, mais Aigues-Mortes.

 

Pour commander cet ouvrage, placez le curseur de votre souris sur le lien suivant :

Si vous préférez la version numérique c'est par ici :

Pierre-Alexis ORLOFF : La mère de Panthéra. Panthéra, roman feuilleton, épisode numéro 3. Introduction de Jean-Marc Lofficier & Jean-Luc Rivera. Collection Noire N°69. Editions Rivière Blanche. Parution novembre 2014. 248 pages. 17,00€.

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 15:11

L'argent contre l'amour !

Jules VERNE : Un billet de loterie.

Loin des romans d'aventures exotiques, mystérieuses, scientifiques, voire didactiques ou pédagogiques, Un billet de loterie, tout comme Le Pilote du Danube, Famille-Sans-Nom, ou encore César Cascabel, s'attache à s'intéresser au sort d'une famille sans pour cela que les protagonistes effectuent un long voyage ou alors, s'ils le font, l'auteur ne s'appesantit pas dessus et surtout sur des découvertes extraordinaires.

Un billet de loterie s'apparente plus à un roman d'amour qu'à une exploration aventureuse et périlleuse, même si certains épisodes dont le caractère de dangerosité est évident mais nécessaire pour présenter quelques personnages y sont intégrés.

Dans le comté de Telemark, situé au sud de la Norvège, vit une famille composée de la mère, Dame Hansen, et de ses deux enfants, Hulda et Joël, ainsi que d'un cousin, Ole Kamp, adopté à la mort de ses parents. Elle est veuve et tient une auberge fréquentée surtout l'été par les touristes venus visiter la région.

Si Hulda, qui n'a que dix-huit ans, aide sa mère, Joël sert de guide aux touristes et Ole est marin. Il s'est embarqué sur un chalutier un an auparavant et il donne régulièrement de ses nouvelles depuis Terre-Neuve. Sa dernière lettre remonte à un mois, annonçant son retour entre le 15 et 20 mai, de l'année 1862, et déjà toute la famille s'apprête à fêter les noces. Seulement le temps passe, Ole ne rentre pas. Le navire aurait-il fait naufrage ?

Un individu arrive à l'auberge, et sans se présenter, demande gîte et couvert. Rien ne lui agrée, tout lui déplait, il dénigre, mais pour autant, tel un maquignon, il examine, il observe, il vérifie, il calcule, comme si l'auberge allait tomber dans son escarcelle. Dame Hansen ne voit pas d'un bon œil ce client désagréable, mais lorsqu'enfin il part en inscrivant son nom sur le registre, elle pâlit et devient renfermée, déchirant la note qu'elle avait préparée.

Ole ne donne toujours pas de ses nouvelles et cela devient de plus en plus inquiétant. Pour autant la vie continue, et Joël doit rejoindre un touriste afin de lui faire visiter le pays. Il incite Hulda à l'accompagner afin de lui changer les idées, et il fait bien car lorsqu'ils arrivent au point de rendez-vous, c'est pour découvrir le touriste dans une situation inconfortable, en équilibre instable sur les chutes du Rjukanfos. Ils parviennent à sortir Sylvius Hog du mauvais pas dans lequel il s'était fourvoyé, lui épargnant une dégringolade mortelle.

Sylvius Hog n'est pas un touriste banal. Il est professeur de législation à Christiania et député au Storthing, et est connu, apprécié et honoré dans le pays norvégien qui à l'époque était sous la domination du roi de Suède. Hog possède de nombreuses relations, et est ami avec les armateurs du Viken, le bateau de pêche sur lequel Ole est devenu maître, grâce à ses qualités. Aussi, en remerciement de son sauvetage inespéré, il envoie des courriers un peu partout afin de savoir ce qu'est devenu le navire, et par voie de conséquences les marins-pêcheurs qui étaient à bord. Et c'est ainsi qu'un jour, alors que la date fatidique du retour est largement dépassée qu'il reçoit un pli de la Marine, pli qui contient entre autre un billet de loterie qui avait été enfermé dans une bouteille jetée à la mer. Au dos de ce billet, un mot de Ole expliquant que le navire est en perdition, qu'il sombre dans les eaux glaciales et témoigne de son amour à Hulda.

 

Mais ce billet de loterie attise l'envie et nombreux sont ceux qui sont prêts à l'acheter. Les enchères montent rapidement, car si par hasard, ce billet était gagnant, on peu toujours rêver, il rapporterait à son heureux possesseur la coquette somme de cent mille marks. Cela ne rendra pas Ole à Hulda, mais il lui reste au moins un souvenir de son fiancé. Or Dame Hansen doit une forte somme à Sandgoïst, qui rime avec égoïste, ayant effectué des placements malheureux et son auberge étant hypothéquée.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Série Jules Verne inattendu. 10/18 N°1274. Parution 4ème trimestre 1978.

Loin des longues, et parfois fastidieuses, descriptions dont Jules Verne aimait émailler ses récits d'aventures, Un billet de loterie met en situation une famille banale, si l'on peut s'exprimer ainsi, confrontée à un double problème, la perte d'un être cher et le manque d'argent par impécuniosité ou maladresse dans des placements d'argent.

Face à cette famille, surtout le frère et la sœur, qui essaient de ne pas perdre courage devant l'adversité et les nouvelles guère rassurantes, voire négatives, se dressent deux hommes au comportement totalement contraire. Si le député est proche des petites gens, l'usurier est surtout proche de son portefeuille et le malheur l'indiffère. Car seul l'argent qui devrait rentrer dans son escarcelle l'importe, malgré le tollé général provoqué par sa conduite.

Moraliste et empreint de bons sentiments comme on pouvait en trouver sous la plume d'Hector Malot par exemple, dans Sans famille ou En famille, Un billet de loterie est un roman plaisant, touchant, agréable à lire, frais et n'ayant pas subi les outrages du temps. On se rend compte combien étaient tributaires des moyens de communication les habitants vivant dans des villes ou villages plus ou moins isolés, mais que pour autant ils prenaient leur mal en patience, sans accuser qui que ce soit.

Il est évident que ce roman a été écrit pour l'édification de la jeunesse, mais les adultes ne doivent pas bouder leur plaisir à la lecture de ce roman de Jules Verne, moins connu que Vingt mille lieues sous les mers, Michel Strogoff, Le tour du monde en quatre-vingts jours ou Cinq semaines en ballon, mais plus proche de nous par bien des côtés.

Certains, que je n'ose qualifier de rabat-joie, pourraient penser que ce roman possède une trame simpliste pétrie de bons sentiments, ce que je concède volontiers, mais il faut savoir garder son âme d'enfant, et même si l'épilogue est par trop heureux, il s'agit d'une preuve d'optimisme non négligeable à une époque où tout nous amène à douter et à nous plaindre dès le premier accroc.

 

Jules VERNE : Un billet de loterie. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 16 mars 2017. 224 pages. 11,00€.

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11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 09:02

Par ce jeu de dupes :
Voir sous les jupes des filles.


 

François FIEROBE: Les spectres d'Eiffel.

Ou sous celle de la Demoiselle en fer, surnom donné à la Tour Eiffel !

Combien de visiteurs de toutes nationalités se pressent entre ses quatre piliers afin d'apercevoir ce qui se cache sous cette structure métallique s'élançant à l'assaut des nuées ?

Mais tous ces touristes savent-ils que cette Demoiselle en fer n'est pas en réalité la vraie, qu'il ne s'agit que d'une simple copie ? Du moins, c'est ce que longtemps le grand-père a voulu faire croire au narrateur, lui contant une affabulation que longtemps celui-ci prit pour argent comptant. Ce n'est que bien plus tard que le narrateur s'aperçut de cette supercherie, pourtant il était tombé amoureux de ce monument qui gratte les nuages. Et par la suite il s'installa près de la Tour Eiffel afin de la voir le plus souvent possible et de rechercher, traquer les secrets qui l'entourent.

Et parmi cet entourage invisible, les Eiffelines, des ectoplasmes qui hantent la Tour sans indisposer qui que soit, comme de petits papillons invisibles.

Mais bientôt il s'aperçoit qu'il n'est pas le seul à rechercher les secrets de la Tour. Les Eiffeliens, les Eiffelopathes, les Eiffelographes et autres amoureux de la Demoiselle en fer tournent autour des piliers, grimpant les étages, s'arrêtant aux plateformes, recueillant témoignages, épisodes, historiettes, plans, tout ce qui peut avoir un rapport quelconque avec les structure et son constructeur. Son constructeur mais également tous ceux qui travaillèrent à son érection, car Eiffel n'était pas seul à dessiner les plans, à imaginer cette toile d'araignée.

C'est ainsi qu'il fait la rencontre de Hugues Larigaudière, ancien ingénieur passionné d'histoire des sciences et aux découvertes scientifiques des siècles précédents, et d'un autre historien, Henri de la Vergondière. Et de rencontres en rendez-vous, le narrateur approfondit ses connaissances et surtout il va se plonger dans un véritable conte eiffelien grâce à Cressot-Blossière, guide touristique érudit qui enchante les visiteurs grâce à des péripéties qu'il invente pour happer l'intérêt de ses interlocuteurs. Seulement tout ce qu'il dévoile n'est pas à prendre au pied de la lettre et encore moins à ceux de la Tour Eiffel.

 

Un voyage onirique, scientifique, merveilleux, fabuleux, inspiré d'histoires réelles et de fictions, mais si bien narrées, enrobées de détails si réalistes que le faux devient vrai et inversement. Des histoires charmantes, étonnantes, merveilleuses, fabuleuses, à vous faire perdre la tête parfois, mais toujours empreintes d'une certaine forme de réalisme qui confine à une authenticité que l'on ne peut mettre en doute tellement l'auteur y apporte des détails sur des événements qui auraient pu réellement se dérouler.

Ce roman est suivi de Folklore, fictions et fantômes de Jean Mazepin, un texte édité dans une petite revue, Le piéton singulier, un fascicule édité à l'usage de sa famille et ses amis.

 

Avec ce roman le lecteur prendra de la hauteur.

François FIEROBE: Les spectres d'Eiffel. Collection LoKhaLe N°5. Editions de La Clef d'Argent. Parution 22 juillet 2017. 210 pages. 9,00€.

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 13:41

Faut-il toujours suivre son instinct ?

Vincent VILLEMINOT : Instinct 1.

La vie de Timothy Blackhills a basculé en même temps que la voiture, dans laquelle il rentrait à la maison familiale, effectuait des tonneaux sur la route qui le conduisait, lui et ses parents ainsi que son frère Ben, de Seattle à Missoula.

Il était tout content de retrouver son frère ainé qui revenait du Canada quand soudain l’accident se produisit, sans cause particulière. Assommé, il se réveille ensanglanté. Plus grave ses parents sont décédés, quant à son frère il n’est pas sûr qu’il respire encore. Mais Tim ne se sent pas dans son état normal.

Il essaie de s’extraire du véhicule, avec difficulté, comme si ses mains n’étaient plus des mains, comme s’il ne pensait plus en adolescent, comme s'il réagissait en animal. Lorsqu’il se réveille de son coma quelques heures plus tard, il est entièrement nu, près d’une cascade, loin du lieu de l’accident. A l’hôpital où il a été emmené par les secours, alertés par un couple d’automobilistes, il se confie auprès d’un psychiatre.

Il se souvient qu’il était, mais n’est-ce qu’un rêve ou un cauchemar, un grizzli, une bête assoiffée de sang. L’expert après lui avoir fait passer un IRM afin de déterminer l’état de son cerveau lui annonce qu’une sommité va s’occuper de son cas. En attendant c’est Warren, un policier du DEA, Drug Enforcement Administration, qui l’interroge sans ménagement. D’ailleurs il lui annonce sans détour qu’il suppose que Tim est à l’origine de l’accident ainsi que de la mort de son frère, qu’il sait pertinemment que Ben et lui s’adonnaient à la prise de produits illicites, herbe et amphétamines, et peut-être d’autres produits dont un qui circule depuis peu et à l’origine de meurtres.

Warren le harcèle mais heureusement le docteur McIntyre lui propose de le soigner dans un institut spécialisé, l’Institut de Lycanthropie, situé dans les Alpes françaises. Tim, qui est bilingue car sa mère était française, accepte bien évidemment, ce qui lui permet d’échapper à Warren, d’autant que le médicastre lui affirme qu’il pourra, s’il le désire, quitter l’établissement au bout d’un mois de soins.

L’Institut de Lycanthropie est une sorte de petit village accueillant de nombreux résidents ressentant les mêmes effets de métamorphose. McIntyre réfute un quelconque délire schizophrénique mais parle plutôt de métamorphanthropie. Pour une raison ou une autre, le sujet atteint de cette forme de pouvoir de transformation, devient un anthrope et plus particulièrement comme dans le cas de Tim d’arktanthropie.

Tim est installé dans un petit chalet, un mazot, dans lequel vivent déjà deux autres résidents : Flora, quinze ans et férue d’informatique, et Shariff, douze ans qui ponctue ses dialogues de citations empruntées à Lao-Tseu, Rousseau, Victor Hugo…

Dans le bâtiment principal un étage est réservé à la bibliothèque contenant des milliers de volumes anciens traitant de la lycanthropie et des métamorphoses, essais, recueils de contes, légendes diverses du monde entier. Mais Tim n’a qu’une idée en tête, s’échapper. Et aussitôt qu’il le peut il met son projet à exécution, malgré les mises en garde des surveillants-éducateurs-encadrant.

En compagnie de son frère Ben il escaladait souvent des falaises, des escarpements, des montagnes, et son escapade ne lui fait pas peur. Gravir des hauteurs rocheuses difficiles pour le commun des mortels n’est qu’un jeu pour lui. Ce qui l’est moins, c’est de se retrouver nez à nez avec des chasseurs qui sillonnent les environs, n’attendant qu’une proie se présente devant leurs bâtons fumants.

 

Le lecteur pourrait se sentir frustré d’attendre quelques mois, comme dans la plupart des séries, pour connaître la suite des aventures de Tim et de ses nouveaux compagnons, Flora et Shariff, car tout n’est pas explicité dans l’épilogue.

L’éditeur signale que ce roman est destiné aux plus de quatorze ans. Je dirais même plus, de quatorze à cent-quatorze ans. En effet l’auteur déclare : Je voulais faire un roman pour adolescents et jeunes adultes qui ait une certaine dureté dans un certain nombre de scènes, pour être en confrontation avec un réel qui peut, pour eux, être effrayant. Et en effet certaines scènes se révèlent fortes, comme dans un thriller pour adultes. Et même si le thème du roman emprunte au fantastique, certains faits décrits peuvent mettre l’imaginaire des enfants en confrontation avec des images dures, mais pas forcément insoutenables.

Les enfants sont habitués à pire, ne serait-ce que dans certains jeux vidéo, quoi qu’en disent les concepteurs. Mais les relations entre les personnages amènent le lecteur à comprendre qu’il faut savoir se montrer tolérant, réagir en ne pensant pas qu’à soi, se mettre en osmose avec les autres, comprendre les sentiments, les émotions, les réserves, qui nous animent et animent ceux avec lesquels on vit. Faire la part des choses, et accepter les différences. De mettre en commun ses ressources physiques et mentales afin de dénouer les problèmes, les pièges qui se présentent. Bien sûr ce n’est qu’un roman, et l’auteur ne cherche pas à énoncer une morale comme bon nombre d’auteurs du XIXème et du XXème siècle le faisaient, mais à rendre une histoire vivante, pleine de bruit, de fureur et d’émotions.

Je ne jure jamais, parce que tout ce que je dis est vrai, Timothy. Seuls les menteurs ont besoin de jurer, pour indiquer qu’il leur arrive parfois de dire la vérité.

Première édition Collection BLAST. Editions Nathan. Parution avril 2011.

Première édition Collection BLAST. Editions Nathan. Parution avril 2011.

Vincent VILLEMINOT : Instinct 1. Réédition Pocket Jeunesse. Parution août 2014. 480 pages. 6,95€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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