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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 13:27

On l’appelle le Dénicheur…

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau.

Un surnom qui convient comme un gant à Maurice Gouiran qui à chacun de ses livres parvient à amalgamer Grande Histoire, faits-divers et fiction avec un réalisme impressionnant.

Dans ce nouvel opus, Maurice Gouiran nous entraîne dans une aventure basse-alpine en l’an 1967 mais qui prend ses racines dans les années sombres de la Seconde Guerre Mondiale, à Dachau, entre 1943 et 1945.

 

Lorsqu’Henri Majencoule, installé près de San Francisco, revient après quinze ans d’absence dans son village natal d’Agnost-d’en-haut, l’atmosphère d’insouciance, d’allégresse, de permissivité californienne tranche avec la rigueur et le mutisme des habitants du village.

Prévenu par son père du décès proche de sa mère, il vient de voyager durant plus de trente heures, avion, train, car, mais lorsqu’il arrive sur place, c’est trop tard. Sa mère est allongée dans son cercueil de bois remisé dans la chambre du bas.

Henri est un mathématicien, qui dès ses douze ans est parti à l’école loin de ses parents, qu’il ne voyait plus que de temps à autre, et ses études terminées, il a été recruté par une société américaine pour des développements informatiques. Il travaille au Standford Resarch Institute, le SRI, à Menlo Park en Californie, et son patron Doug Engelbart met au point de nombreuses applications dont il serait difficile de se passer aujourd’hui, par exemple les réseaux informatiques, ou tout simplement la délicieuse petite souris que l’on tripote activement face à son écran.

Il couche avec une collègue, histoire de se décompresser, et s’adonne à la prise de LSD, mais il dépasse la dose prescrite par l’organisme militaire qui fournit cette drogue susceptible d’améliorer l’intellect et favoriser les recherches.

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau.

Lors de l’enterrement de sa mère, il retrouve dans le cimetière deux de ses anciens copains d’école, mais ce ne sont pas les seules retrouvailles. Il y a aussi Alida, son amie Alida Avigliana, qu’il avait embrassée, chastement, avant de partir au collège à Marseille. Elle a vieilli physiquement, pourtant il ressent un petit pincement au cœur. Puis au café local, c’est Antoine, connu au collège, devenu journaliste réputé qui s’est fait un nom en couvrant la guerre des Six jours, qui l’aborde.

Antoine est envoyé par son journal pour couvrir une affaire de meurtre qui s’est déroulé trois semaines auparavant, celui d’une famille américaine venue passer quelques jours dans une maison du village. L’homme, Paul Stokton, un scientifique, était venu dans le village au début des années 1950, Henri s’en souvient vaguement, il avait acheté une magnanerie délabrée, puis il revenait tous les deux ou trois ans avec sa femme, plus jeune que lui, et sa fille âgée de huit ans au moment du drame.

Les soupçons se sont immédiatement portés sur le patriarche de la famille Avigliana, originaire du Piémont, et donc un étranger, ainsi que sur l’un des fils, réputé comme mauvais garçon. Le commissaire Castagnet de Marseille, un personnage imbu de ses prérogatives et de son grade, organise de temps à autre une conférence de presse dans le café, délivrant les informations aux nombreux journalistes qui se sont installés dans la vallée.

Antoine demande à Henri s’il veut bien participer à son enquête, et comme celui-ci ne doit retourner aux Etats-Unis que quelques jours plus tard, il accepte. Or quelle n’est pas leur surprise d’apprendre, grâce aux appels téléphoniques qu’Henri passe à des connaissances américaines, et à son amie collaboratrice, que Stokton est inconnu des services, et que les diplômes qu’il s’enorgueillissait de détenir, d’après son C.V., il ne les avait jamais obtenu dans les prestigieuses écoles qu’il aurait soi-disant fréquentées.

 

En interlude, le lecteur visite le camp de Dachau et peut assister à quelques expériences réalisées notamment par Sigmund Rascher un médecin sans véritable envergure mais désireux de complaire à son mentor. S’il est exécuté le 26 avril 1945 à Dachau, pour avoir déplu à Heinrich Himmler, son mentor, ses travaux seront récupérés et utilisés notamment par la NASA. Certains de ces scientifiques seront jugés à Nuremberg, d’autres, comme le docteur Paul Nowitski qui travaille sur la mescaline et ses effets, seront récupérés par l’armée américaine et l’OSS, ancêtre de la CIA, et seront même naturalisés américains un peu plus tard, l’exemple le plus connu étant Von Braun, le père des V2, qui participera activement au programme de vols habités comme Gemini et Mercury. Il deviendra même administrateur adjoint de la NASA. Toutes les récupérations sont bonnes.

 

Sigmund Rascher

Sigmund Rascher

Comme le précise en liminaire Maurice Gouiran, même si ce roman fait référence à des événements historiques, toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait purement fortuite. Une précaution de la part de l’auteur, et effectivement, les personnages du roman n’ont pas existé, du moins sous les noms qui leur ont été attribués. Mais outre les recherches scientifiques effectuées par des médecins, les fameux savants fous à Dachau et autres camps de concentration, on ne peut s’empêcher de penser à deux affaires qui ont défrayé la chronique dans les années 1950.

L’affaire Dominici, par exemple. Petit rappel : dans la nuit au 4 au 5 août 1952, trois Anglais, Sir Jack Drummond, un scientifique de 61 ans, sa femme et sa fille de 10 ans sont retrouvés assassinés à proximité de la ferme des Dominici, à Lurs dans ce qui était à l’époque les Basses-Alpes, devenues aujourd’hui les Alpes de Haute-Provence. Le patriarche, Gaston Dominici est accusé et condamné à mort, sans que sa culpabilité soit prouvée. Mais il sera grâcié.

Autre affaire, l’histoire du pain empoisonné de Pont-Saint-Esprit. Durant l’été 1951, une série d’intoxications alimentaires se déclarent en France dont la principale à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard. De nombreux morts, une cinquantaine de personnes internées et plus de deux cent cinquante atteintes de troubles plus ou moins grave. Les symptômes ressemblaient à une forme d’ergotisme, une maladie provenant de l’ergot du seigle, mais le diagnostique n’a pu être prouvé. De nombreux romanciers et journalistes ont glosé sur ces deux affaires, apportant des solutions toutes plus ou moins réalistes mais n’amenant aucune preuve de leurs conjectures.

Maurice Gouiran apporte sa pierre à l’édifice, sans référencer ces deux affaires, mais ceux qui ont connu, vu, lu ou entendu dans leur enfance les reportages sur ces drames, reconnaitront aisément les protagonistes de ce qui reste des mystères.

Quant aux savants démoniaques ou tout simplement qui pensaient en toute bonne foi ou presque faire avancer la science médicale, ce sujet grave a également été traité maintes fois, mais tout ce qu’écrit Maurice Gouiran s’inscrit dans une logique romanesque non dénuée de logique et de preuves. Il a réussi à imbriquer les uns dans les autres trois faits avérés, et offre des solutions qui tiennent la route, plausibles à défaut d’être véridiques, et mieux encore en respectant les dates, les événements, les conclusions.

 

A lire également la chronique de Pierre de Black Novel1 :

Autre chronique sur un récent roman de Maurice Gouiran :

Maurice GOUIRAN : Le diable n’est pas mort à Dachau. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution 18 mai 2017. 216 pages. 18,50€.

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 13:28

Le Diable au corps ?

Serge et Viviane JANOUIN-BENANTI : Les Possédées de Loudun.

Si dans la mémoire collective proche la bonne ville de Loudun reste attachée à ce garagiste qui fut durant quatre décennies le maire de la cité et devint ministre, président du Conseil régional de Poitou-Charentes et Président du Sénat, j’ai nommé René Monory, dans les années 1630, elle fut le théâtre d’une affaire retentissante liée aux guerres de religion et aux superstitions mises en scène dans le but d’édifier les Loudunais et d’asseoir un peu plus la prédominance du catholicisme sous la houlette du Cardinal de Richelieu.

Tout commence par une série de malheurs telle cette grande peste qui s’était abattue sur la ville au printemps 1632, laissant derrière elle plus du quart de la population défuntée, soit trois mille cinq cents personnes environ. Ensuite le Cardinal de Richelieu, jaloux et inquiet de la prépondérance de cette ancienne place-forte huguenote décide de détruire la forteresse édifiée par Philippe-Auguste, et de construire à une vingtaine de kilomètres de là une ville portant son nom.

Si bon nombre d’habitants se résignent, d’autres comme le gouverneur de la ville, proche de Luis XIII, et Urbain Grandier, le curé de Saint-Pierre du Marché, s’opposent à ce qu’ils pensent être un rabaissement de la ville.

 

En mercredi 13 octobre 1632, dans la chapelle du couvent des Ursulines, se tient une nouvelle séance d’exorcisme. Depuis douze jours, le père Barré, venu de Chinon, et le père Mignon, qui ne l’est pas, tentent de démontrer la présence de démons dans les corps de quelques Ursulines soi-disant possédées par les forces du Mal. La mère supérieure, sœur Jeanne des Anges, la trentaine, se contorsionne furieusement, et les autres sœurs, nettement plus jeunes et issues de la noblesse, ne sont pas en reste. Elles crachent des insanités, répondent en latin aux questions des deux curés, alors que théoriquement elles ne connaissent pas un traître mot de cette langue.

Le bailli, tout comme le lieutenant civil Louis Chauvet, ne sont pas convaincus et pensent que tout ceci n’est qu’une mise en scène éhontée. Toutes accusent Urbain Grandier d’avoir eu avec elles des relations charnelles, et de pactiser avec le diable et ses affidés, très nombreux, et dont les curés déclinent avec virulence les noms.

Les deux prêtres, mais ce ne sont pas les seuls, ont en commun d’entretenir une haine et une jalousie féroces envers Urbain Grandier. Pour des raisons diverses. Il ne manque pas de bonnes fortunes et il ne s’en plaint pas. Seulement ce sont ses prises de position envers des problèmes de société, qui vont à l’encontre des dogmes religieux qui énervent ses détracteurs. Et son Traité contre le célibat des prêtres, qu’il écrit à la suite de sa liaison avec Madeleine de Brou, laquelle lui réclame le mariage, n’est pas du tout à l’ordre du jour. Une revendication qui aujourd’hui encore divise les Catholiques.

 

A son ami le père Pierre Bucher qui lui signifie :

Ne blasphème pas, un prêtre ne peut pas se marier, il se doit sans partage à Dieu.

Urbain Grandier rétorque :

Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas une hérésie. Le célibat n’est pas un dogme de notre Eglise, juste une règle disciplinaire que notre pape peut à tout moment défaire. C’est pure hypocrisie d’affirmer la règle du célibat et de fermer les yeux quand des curés entretiennent des concubines sous leur toit sous couvert de servantes, de sœurs ou de nièces.

 

Plus loin, toujours au cours de cette discussion, il remémore une affaire qui s’est déroulée quelques années auparavant, celle du conseiller de Langre chargé de purger le Pays basque de ses sorcières. Une centaine de femmes ont ainsi été torturées puis menées au bûcher, accusées de sorcellerie.

En fait, elles n’étaient coupables que d’être des musulmanes, juives, gitanes, chassées d’Espagne ou d’exercer comme cartomanciennes, guérisseuses… En lisant son Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons, j’ai compris ce qu’il reprochait principalement aux femmes qu’il a soumis à la torture : c’est de croire qu’elles étaient l’égales de l’homme… Il ne concevait la femme que voilée, pour cacher sa chevelure enivrante et ses yeux ensorcelants, et soumise à son mari.

Ce qui nous ramène à une forme d’intégrisme actuel développé par d’autres religieux, d’une autre religion, et dont les dictats provoquent des fêlures dans la société, pour ne pas dire qu’ils entraînent de nouvelles guerres de religion.

 

Accusé de sorcellerie, il est arrêté et jugé devant un tribunal ecclésiastique. Il est acquitté, ce qui n’a l’heur de plaire à Richelieu, et un nouveau procès est instruit sous la présidence de Jean Martin de Laubardemont, homme lige du cardinal et parent de la mère supérieure. Tout est falsifié, les témoignages, les aveux, les pièces du procès, et dans ce cas, il est difficile d’échapper à la décision des plus hautes instances, et des Jésuites et du père Joseph, l’éminence grise du cardinal.

 

Evidemment, il ne s’agit que d’un roman historique s’inspirant de faits réels, selon les auteurs, et s’ils se sont imprégnés de diverses sources, dont les archives nationales et départementales, Serge et Viviane Janouin-Benanti n’en ont pas moins écrit un roman à la tonalité actuelle. Rien n’a vraiment changé dans les esprits, la mentalité, la façon de procédé, même si, en France, la chasse aux sorcières n’existe plus. Officiellement. Mais la femme est-elle enfin reconnue comme l’égale de l’homme ? Il est permis d’en douter lorsqu’on entend certains propos, ne serait-ce qu’à l’Assemblée Nationale, instance qui devrait montrer l’exemple.

Un titre qui est plus qu’un roman, mais une leçon de tolérance, de réflexion, de méditation, de compréhension, de respect des autres, quel que soit leur religion, leur appartenance ethnique, leur origine.

 

Serge et Viviane JANOUIN-BENANTI : Les Possédées de Loudun. Editions La Geste. Parution mars 2017. 256 pages. 20,00€.

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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 07:48

Un vœu pieux ? (A ne pas confondre avec un peu vieux !)

Gaétan BRIXTEL : Justice pour tous.

Dès les premières lignes, nous sommes, nous lecteurs, plongés dans le bain de la confidence. Le narrateur se dévoile, peut-être dans l’optique d’une rédemption. Et il en a des choses à dire, ce narrateur, des révélations pas vraiment en sa faveur, mais cherche-t-il vraiment une absolution ?

Il a vingt six ans, mais professe à l’encontre de l’alcool une addiction qui engendre une nouvelle période de chômage, la troisième. Son père lui conseille d’arrêter de s’enfiler les petits (et les grands aussi d’ailleurs) verres, mais contrit le narrateur continue. Il est vrai que son père vieillissant en a déjà eu sa dose avec ses filles, plus vieilles que le narrateur, et qui ont goûté à tout et au reste. Dans l’idée d’en dénoncer à leurs enfants les effets néfastes ? Pourquoi pas, on ne parle jamais mieux que de ce que l’on connait et les affres par lesquelles on est passé.

Le chômage, l’alcool, l’alcool, le chômage… Une spirale infernale… Et en plus il est écrivain, mais est-ce un métier ?

 

Non, le narrateur ne veut pas déplaire à ses parents, il aimerait en se regardant dans la glace voir devant lui le visage d’un type bien. Car ses parents sont vieux, même s’il en parle avec un certain cynisme.

Dans le salon, Papa est installé dans son fauteuil avec le journal, mais en réalité il dort ; Maman allongée sur le canapé, couverte d’un plaid. Avec le feu allumé dans la cheminée ; un confortable crématorium.

 

Et pour mieux vous faire comprendre par quels avatars, quelles angoisses, quelles tentatives de viol, quelles régurgitations dues à des mélanges confinant au petit chimiste amateur, à quelles provocations il est confronté, il se déballonne (normal après un ballon de bière) et s’épanche. Pour mieux se comprendre, mieux se donner les moyens intellectuels, s’imprégner les neurones d’arrêter de fréquenter les bars.

 

Une nouvelle qui sent le vécu, jusqu’à un certain point. Quoique, on ne sait jamais. Et puis, on peut toujours enjoliver, ou noircir, noircir c’est le mot pour un mec qui a bu, enfin on peut toujours raconter une histoire qui nous est arrivée, ou aurait pu nous arriver.

Gaétan BRIXTEL : Justice pour tous. Nouvelle numérique Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution septembre 2017. 16 pages. 1,99€.

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 08:44

C’est un os long ou un au secours ?

Jonathan CARROLL : Os de lune

Ils se sont connus à l’université dans le New Jersey, puis chacun a fait sa vie de son côté. Des expériences malheureuses la plupart du temps. Pourtant elle, Cullen, et lui, Danny, entretiennent des relations épistolaires, ce qui leur permet de garder le contact, voire parfois de s’épancher.

Cullen tombe enceinte des œuvres d’un certain Peter, un homme qu’elle croyait aimer. Mais, cruelle désillusion, il abandonne la partie en cours de jeu, et Cullen décide d’avorter. Son angoisse, son mal de vivre, ses regrets, elle les confie par lettre à Danny qui aussitôt accourt. Des retrouvailles qui se terminent par un mariage. Cullen tombe de nouveau enceinte alors qu’ils vivent en Italie, à Milan. Une vie qui pourrait se poursuivre ainsi dans la banalité, le confort, si Cullen ne se mettait bientôt à rêver…

Pas de rêves répétitifs. Un rêve-feuilleton qui, nuit après nuit, se poursuit dans un pays imaginaire, Rondua, en compagnie de Pepsy, un petit garçon qui l’appelle Maman. Des rêves qui, peu à peu, interfèrent avec la réalité et oscillent entre le magique et le cauchemar. L’île de Rondua est peuplée d’animaux géants, parlant italien : Mr Tracy, un gros chien qui porte un chapeau, Félina la Louve, Martio le Chameau…

Blessé lors d’un match de basket, Danny est remercié par son équipe, et le couple doit retourner aux Etats-Unis, emménageant à New York. Cullen donne naissance à une petite fille, Mae, et poursuit son rêve, visitant Rondua en compagnie des animaux parlants. Les médecins qu’elle consulte la rassurent sur son état mental et lui conseillent de ne pas s’inquiéter. Elle décide alors de consigner par écrit son feuilleton. Pendant ce temps, Alvin Williams, leur voisin, tue dans un acte de démence sa mère et sa sœur.

A Rondua, Cullen découvre, avec Pepsy et ses amis, un objet ressemblant à du bois, un « Os de Lune » qui, cassé en morceaux et sculpté, leur sert de bâton de voyage… Cependant, dans la vie réelle, les pensées, les souhaits de Cullen se réalisent, comme par transmission. Elle fait la connaissance d’Eliot, un voisin homosexuel, passionné de sciences occultes. Elle lui raconte ses rêves, les interférences qui se produisent entre eux et la réalité, et il lui propose de rencontrer Weber Gregston, un cinéaste qui se révèle trop entreprenant. Lorsqu’elle veut se défendre, un rayon lumineux, surgi de sa main, frappe Weber qui s’effondre. Face à ce phénomène, Eliot décide de mettre dans la confidence une chiromancienne qui ne décèle aucun pouvoir surnaturel chez la jeune femme.

A Rondua, le périple se poursuit et les voyageurs font connaissance de Pouce Brûlant, le premier être humain qu’ils rencontrent. Cullen lui remet son morceau d’Os de Lune, et ils repartent à la recherche d’un second Os. De grands dangers se profilent à l’horizon…

Weber contacte Cullen afin de s’excuser de son comportement et lui déclare sa flamme. S’ensuit un déluge de correspondances. De son côté, Alvin, du fond de sa cellule, demande à correspondre avec Cullen, ce qu’elle n’ose refuser.

A Rondua, Cullen se rend soudain compte que Pepsy n’est autre que l’enfant dont elle s’est défait quatre ans auparavant et comprend qu’elle doit absolument l’aider à trouver les cinq Os de lune.

Weber est atteint lui aussi de l’étrange pouvoir onirique de Cullen. Il rêve de Pepsy, de Mr Tracy, de la jeune femme et de quelques autres personnages. Et les péripéties se poursuivent sur Rondua. Pepsy est en possession de trois Os de Lune et Félina la Louve décède… Les personnages de Weber s’immiscent parmi ceux de Cullen, plus particulièrement un certain Jack Chili, dont elle et Pepsy doivent se méfier. Blessé, Mr Tracy se rend compte qu’il a commis une erreur et que, sous les traits de Martio, se dissimulait Jack Chili, l’ignoble…

 

On se sert toujours du passé pour condamner le présent dit Cullen un jour à Danny. Mais au travers de ses rêves, ne serait-ce pas plutôt la condamnation du passé par le présent ? Avec Le pays du fou rire, Jonathan Carroll s’était imposé comme un conteur du merveilleux fantastique, à l’univers feutré.

Des récits qui progressivement basculent du réalisme le plus cartésien dans l’imaginaire onirique. L’imbrication des rêves de Cullen dans le roman, ces interférences font irrémédiablement penser à l’envers du décor reflété dans l’autre côté du miroir. Peut-être l’homonymie avec le créateur du célèbre Alice au pays des merveilles y est-il pour quelque chose ?

Alors, cette petite phrase extraite de ce roman prend toute sa force et une signification plus particulière dans l’univers carrollien : « Un monde où des lapins faisaient surgir des magiciens de leurs haut-de-forme. »

 

Première parution collection Série blême. Editions Albin Michel. 1990.

Première parution collection Série blême. Editions Albin Michel. 1990.

Réédition Collection Terreur n°9230. Editions Presses Pocket. Parution octobre 2001.

Réédition Collection Terreur n°9230. Editions Presses Pocket. Parution octobre 2001.

Jonathan CARROLL : Os de lune (Bones of the moon - 1987 Traduction de Danielle Michel-Chich). Réédition Editions Les Forges de Vulcain. Parution le 11 mai 2017. 236 pages. 19,00€.

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 08:29

Fais comme l'oiseau

Ça vit d'air pur et d'eau fraîche, un oiseau

D'un peu de chasse et de pêche, un oiseau

Mais jamais rien ne l'empêche, l'oiseau, d'aller plus haut…

Bill MOODY : Bird est vivant !

Après de nombreuses semaines de travail, d’abnégation, de courage, de persévérance, le pianiste de jazz Evan Horne parvient à retrouver l’usage de sa main, un handicap occasionné lors d’un accident de voiture, et comble du bonheur à jouer en compagnie de ses deux amis musiciens au club Jazz Bakery.

Une prestation qui se solde par des retrouvailles avec le public qui augure d’un avenir prometteur. D’autant plus que le directeur d’une petite mais prometteuse maison de disques lui propose d’effectuer des enregistrements en compagnie de ses deux musiciens, contrebassiste et batteur.

Parmi le public son ami le lieutenant Cooper de la police de Los Angeles, et Natalie sa petite amie depuis deux ans. Cooper est obligé de quitter précipitamment le spectacle, et peu appelle Evan. Un musicien de jazz, le célèbre saxophoniste Ty Rodman vient d’être découvert assassiné de plusieurs coups de couteau, dans sa loge après un concert. Evan n’est guère enthousiaste à se rendre sur place mais n’écoutant que son amitié il rejoint Cooper.

Sur le miroir qui sert au maquillage, deux lettres écrites avec le sang de la victime : Bird Lives ! Bird est vivant, comme les inscriptions qui avaient fleuri sur les murs de Greenwich Village, le jour du décès de Charlie Parker, le 12 mars 1955. Le lecteur de CD jouait en boucle Now’s the time, un blues signé Parker. L’instrument de Rodman a été fracassé, et dans l’étui Evan découvre une plume blanche. Rodman a été assassiné le jour anniversaire de la mort de Bird.

Evan est happé dans l’engrenage de l’enquête, car le FBI est sur le coup. Deux autres meurtres ont été répertoriés à New-York, deux saxophonistes tués selon les mêmes procédés et mises en scène, à des dates commémoratives. Evan doit donc collaborer avec les agents fédéraux, dont Andrea, une promiscuité que n’apprécie guère Natalie. Un autre saxophoniste est assassiné selon le même scénario, et le meurtrier, pardon, la meurtrière contacte par téléphone Evan, lui enjoignant d’enquêter sur le suicide supposé de son frère Greg, saxophoniste lui aussi.

 

Bill Moody, qui n’est pas apparenté au saxophoniste James Moody, est lui-même un batteur de jazz reconnu, ayant joué dans le Dick Conte quartet ou avec le Susan Sutton trio, se meut avec aisance dans le milieu du jazz et ses références musicales sont évidemment nombreuses et issues d’expériences personnelles et professionnelles, restant toutefois dans un genre pas forcément commercial.

D’ailleurs l’un des protagonistes de son roman, mais n’est-ce pas Bill Moody qui se sert de son personnage pour clamer son rejet du jazz-rock, du jazz-fusion, du smooth jazz et autres dérivés, articulés autour de l’un des chantres de cette forme musicale qu’est Kenny G. alias Kenneth Gorelick qui a accompagné notamment Whitney Houston, Natalie Cole et Aretha Franklin, déclare : « Ils ne méritent pas de vivre, tu ne comprends pas ? Ils bafouent la mémoire de Bird, de Dizzy et de Miles, ces prétendus jazzmen ! Nous infliger cette soupe électronique, cette sous-merde insipide qu’ils osent appeler du jazz… ! ». La messe est dite !

Et en parlant de messe, Bill Moody nous emmène à San Francisco sur les traces d’Evan Horne, visiter l’église de Saint John Coltrane.

Avouons tout de suite que ce roman, ode au jazz de Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Monk et Miles, pêche parfois par quelques longueurs, quelques langueurs, et que les motivations de la meurtrière sont minces sauf que, parfois il ne faut pas méjuger ce qui mène quelqu’un à supprimer son prochain :

« Il faut tout de même avoir une sérieuse case vide, pour commettre quatre meurtres à cause d’une simple divergence musicale ». Il n’empêche que ce roman résolument jazz qui confronte classiques aux modernes offre un épilogue musical enlevé.

Bill MOODY : Bird est vivant ! (Bird lives – 1998. Traduction Stéphan Carn). Collection Rivages/Noir N°768. Parution mars 2010. 384 pages. 9,65€.

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 09:13

Île pour elle ?

EDOGAWA RANPO : L’île panorama

Obscur écrivain, Hirosuké Hitomi se laisse vivre. Ce ne sont pas les ambitions qui lui manquent, seulement le courage, la volonté de les réaliser.

Un jour il apprend que l’un de ses anciens condisciples à l’école, un homme richissime nommé Genzaburo Komoda, vient de décéder d’une crise d’épilepsie. Une nouvelle qui lui laisse entrevoir un avenir rose.

A l’école, maîtres et élèves confondaient souvent les deux adolescents. Une ressemblance légendaire dont chacun se serait bien passé, mais avec les années tout le monde l’avait oubliée ou presque.

Dans le cerveau enfiévré de Hirosuké Hitomi germe un plan maléfique. Et s’il prenait la place de Genzaburo ? Il simule son propre suicide et une nuit déterre le cadavre du millionnaire, le cache dans une tombe toute proche et habillé du linceul n’a plus qu’à s’allonger dans un fossé près d’une route fréquentée. Tout le monde, paysans, personnel, et même la femme du défunt, croient en une résurrection miraculeuse.

Alors Hitomi peut entreprendre la réalisation de l’un de ses rêves les plus chers. Chers à tous points de vue. La construction sur une île déserte d’un paysage en trompe-l’œil. Cependant la présence de la veuve, ou ex-veuve de Genzaburo Komoda lui fait craindre le pire. Alors il est obligé de vivre chastement auprès d’une femme jeune, belle, aimante et fort désirable. Jusqu’au jour où dans un moment d’euphorie, il baisse la garde.

 

Les thèmes de la gémellité, de l’usurpation d’identité ont été maintes fois exploités par les auteurs de la littérature policière. De même que celui de la mégalomanie et de la mise en scène onirique. Mais il ne faut pas oublier que ce roman, traduit du nippon en 1991, est dû à la plume d’un Japonais décédé en 1965 et qu’il a été écrit en 1926. C’est-à-dire que si Edogawa Ranpo n’est pas un précurseur dans ce domaine, il a probablement influencé bon nombre d’auteurs étrangers qui connaissaient son œuvre.

Une vision personnelle où le roman noir et littérature policière cohabitent, s’imbriquent pour produire un excellent suspense.

Dès les premiers chapitres, tout est mis en place et le lecteur est averti de ce qui va se dérouler. Pourtant Edogawa Ranpo mène le suspense jusqu’au bout, sans faillir, dans un déluge d’onirisme, de lyrisme et de fantastique.

Certains passages font penser à Jules Verne, par exemple la traversée sous la mer dans un tunnel de verre, mais également aux contes de fées, au merveilleux scientifique. Un brassage cohérent d’idées, de visions, d’images, de poésie, mais également de noirceur, de machiavélisme, de fantasmes.

Dommage qu’il ait fallu attendre si longtemps pour découvrir cette œuvre d’Edogawa Ranpo, lui qui est considéré au Japon comme l’un des maîtres, pour ne pas dire le Maître de la littérature nipponne. Un roman peut-être à la trame un peu désuète mais pleine de charme.

 

Première édition : janvier 1991.

Première édition : janvier 1991.

EDOGAWA RANPO : L’île panorama (Panorama-tō kidan - 1926. Traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle). Collection Picquier poche n° 118. Editions Philippe Picquier. Parution 25 juin 1999. 160 pages. 6,00 €.

Première édition : janvier 1991.

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 10:20

Toujours vivaces malgré les nouvelles

technologies… ou peut-être à cause !

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes.

Si la région du Berry vous fait penser tout de suite à quelques images, dont celles qui figuraient dans nos livres d’histoires, connues sous le nom des Très Riches Heures du Duc de Berry, il ne faut pas s’arrêter à cette particularité de cette belle province, à ces représentations médiévales, mais en explorer l’histoire littéraire, culturel, patrimoniale, et j’en passe sciemment sinon je serais vite hors sujet.

Parmi les personnages célèbres qui possèdent des accointances avec le Berry, citons Jacques Cœur, Benjamin Rabier fabuleux dessinateur animalier, Jacques Tati, le cinéaste à la pipe et son personnage de Monsieur Hulot dont le premier long-métrage, Jour de fête, se déroule à Sainte-Sévère, et bien d’autres dont une certaine Amantine, Aurore, Lucille Dupin, baronne Dudevant plus connue sous le nom de George Sand.

Cet alias, elle le doit à sa collaboration avec Jules Sandeau, lorsqu’ils écrivirent ensemble Blanche et Rose en 1831 après avoir rédigé de nombreuses nouvelles, puis elle signera seule Indiana en 1832. Mais ce ne sont pas là ses débuts littéraires puisque dès 1829 elle avait écrit des récits de voyage sous son véritable patronyme, ainsi qu’un roman La Marraine.

Elle est connue, hors littérature, pour son engagement féministe, fustigeant le mariage et luttant contre les préjugés, par ses frasques amoureuses et sa tenue vestimentaire masculine, lançant une mode dont elle ne savait pas combien ceci allait prendre de l’importance quelques décennies plus tard.

Si ses premiers romans bousculent les conventions sociales et magnifient la révolte des femmes, c’est bien par la suite qu’elle aborde les problèmes de société, mettant en scène dans des romans champêtres le milieu paysan, avec des romans comme La Mare au diable, François le Champi, La Petite Fadette, pour ne citer que les plus connus, souvent édités dans des versions abrégées pour des collections juvéniles.

Elle s’inscrit dans un mouvement que l’on pourrait désigner comme romantique quoique s’imposant à contre-courant des idées prônées en ce qui concerne la Femme, et en même temps dans ces mouvements littéraires comme le naturalisme, l’existentialisme, l’humanisme, avant la lettre.

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes.

George Sand s’intéresse beaucoup à la vie des paysans, mais également aux légendes narrées à la veillée, ainsi qu’au folklore local, les mettant en scène dans ses romans et nouvelles, avec son apport personnel en ce qui concerne la religion. Dans l’une de ses correspondances avec un membre du clergé, en 1844, elle écrit ceci :

Je puis avoir beaucoup d'estime et d'affection personnelle pour des membres du clergé, et je fais point de guerre systématique au corps dont vous faites partie. Mais tout ce qui tendra à la réédification du culte catholique trouvera en moi un adversaire, fort paisible à la vérité (à cause du peu de vigueur de mon caractère et du peu de poids de mon opinion), mais inébranlable dans sa conduite personnelle. Depuis que l'esprit de liberté a été étouffé dans l'Église, depuis qu'il n'y a plus, dans la doctrine catholique, ni discussions, ni conciles, ni progrès, ni lumières, je regarde la doctrine catholique comme une lettre morte, qui s'est placée comme un frein politique au-dessous des trônes et au-dessus des peuples.

 

Or, dans certains des textes qui composent Croyances et légendes de nos campagnes, souvent George Sand revient sur la religion, gardant ses convictions et les intégrant dans des histoires à résonnance fantastique.

Ainsi dans La Petite Fadette, dont le nom masculin est Fadet ou Farfadet, créature légendaire qui signifie aussi esprit follet ou fée, le lecteur peut-il lire ce passage édifiant :

 

-Mais, disait Landry, ce que tu crois là, que le diable n’existe point, n’est pas déjà trop chrétien, ma petite Fanchon.

-Je ne peux pas disputer là-dessus, répondit-elle ; mais s’il existe, je suis bien assurée qu’il n’a aucun pouvoir pour venir sur la terre nous abuser et nous demander notre âme pour la retirer du bon Dieu.

 

Une façon de montrer que l’église joue avec les superstitions, quoiqu’elle s’en défende, lorsque cela l’arrange. De même dans Le curé et son sacristain païen, extrait de Promenades autour d’un village en 1857, un prêtre est choqué lorsque son sacristain lui demande de bénir des figurines en bois. Il prétend que ces personnages grossièrement taillés ne sont que la représentation d’idoles. Or, pourtant, les santons sont entrés dans les crèches des églises et y ont largement leur place, sans que quiconque y voie quoi que ce soit de profane. Et si dans Le métayer sorcier, même ouvrage d’origine, une superstition veut que les bœufs et les ânes aient la faculté de s’exprimer lors de la messe de minuit, ce symbole de la nativité m’a toujours étonné. Comment placer dans une crèche près du berceau de l’enfant Jésus un bœuf, un animal castré. ? Puis l’arrivée des bergers accompagnés de leurs moutons, animaux symboles de manque de réflexion et prêts à suivre un individu sans se poser de question.

Mais ce ne sont pas les seuls exemples mettant en scène un curé, souvent s’élevant contre les superstitions animant ses paroissiens, ceux-ci amalgamant les anciennes coutumes druidiques, ou ayant fait un ou des vœux durant leur jeunesse, ne voulant pas revenir sur la parole donnée.

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes.

Georges Sand défend également, entre autres, les Compagnons du Tour de France, origine de la Franc-maçonnerie. Dans Le sabbat des compagnons, extrait de Le compagnon du Tour de France 1840, un vieillard, entrepreneur en menuiserie, reproche à son fils de vouloir embaucher deux ouvriers issus du compagnonnage, déclarant :

Il te faut des compagnons du Tour de France, des enfants du temple, des sorciers, des libertins, de la canaille de grands chemins.

L’on retrouve bien cette peur de l’étranger, issu d’autres régions, et de ceux qui pratiquent une façon de travailler, de penser, de vivre, que celle à laquelle les anciens sont habitués. Or cette appréhension existe toujours, malgré le brassage, les moyens modernes de communication. Mais elle s’exprime autrement.

Les animaux, dits surnaturels, surtout les loups, font partie du folklore paysan, et l’on ne s’étonnera dont point de retrouver certains personnages qui étaient considérés comme marginaux, le meunier ou le cornemuseux.

 

Ce recueil est constitué d'un florilège de George Sand car si tout tourne autour des légendes, il s'agit d'extraits puisés, soigneusement, par Christophe Matho dans les ouvrages de la grande Dame de Nohant, tels que La petite Fadette, Jeanne, Légendes rustiques ou encore Les maîtres sonneurs.

Et il nous incite à lire ou relire ces ouvrages, dans des versions non édulcorées, non abrégées, et l’on se rendra compte que Georges Sand fut une grande femme de lettres, dont les écrits n’étaient pas si anodins que ceux qui étaient destinés à la jeunesse pouvaient le laisser croire, et que dans ses textes, elle prônait un humanisme, mot un peu galvaudé de nos jours, dont devraient s’inspirer de nos jours bien des religieux, des hommes politiques, ou tout simplement des intégristes de tous bords.

 

A signaler les très beaux et charmants textes de Jeannine Berducat qui signe la préface, de Maud Brunaud, l’avant-propos, et de Michèle Dassas qui a écrit la postface, sans oublier l’iconographie dont certaines images signée de Gustave Doré mais de bien d’autres illustrateurs, dont malheureusement le nom n’apparait pas toujours.

 

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes.

A lire également dans le même registre :

George SAND : Croyances et légendes de nos campagnes. Collection Passeurs de mémoire. Editions CPE. Parution 3 mars 2017. 158 pages. 20,00€.

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 06:36

Aurait besoin d’une bonne révision ?

Gaston LEROUX : La machine à assassiner.

Nous avions quitté les protagonistes de La Poupée sanglante sur ces deux phrases : Eh bien, oui l’aventure de Bénédict Masson est sublime ! Elle est sublime en le fait qu’elle ne fait que commencer…

L’arrestation et l’exécution de Bénédict Masson, le relieur qui a perdu sa tête, ne manquent pas d’attiser les conversations, les suppositions, les ragots, et engendrer une forme de terreur comme aime à le préciser Mme Langlois, l’ex-femme de ménage du décapité.

Et lors d’une réunion bihebdomadaire dite à la camomille, breuvage servi dans l’arrière-boutique de Mlle Barescat, et fourni par M. Birouste, l’herboriste, les langues ne s’endorment pas malgré le breuvage. Il paraîtrait que la tête de Bénédict Masson aurait été réclamée par l’Ecole de Médecine et récupérée dans le panier et amenée chez l’horloger, spécialiste des engrenages aux roues carrées, par Baptiste, l’aide de Jacques Cotentin, le fiancé de Christine Norbert, la fille de Jacques Norbert, le fameux horloger qui aurait bricolé le corps de Gabriel. Des suppositions.

C’est à ce moment où la tension est vive entre les quatre participants de cette soirée à la camomille, que Gabriel s’introduit dans la maison portant Christine, évanouie et le visage ensanglanté. Alors ils entendent des voix. Celles de M. Norbert et de Jacques Cotentin qui sont à la recherche de Gabriel et de la jeune fille. Lorsqu’ils pénètrent dans la maison, il n’y a plus personne, sauf les quatre buveurs de camomille. Gabriel est parti par une porte située à l’arrière, avec dans ses bras Christine, écrivant un petit mot sur une feuille de carnet. Le plus surprenant est à venir : L’écriture est celle de Bénédict Masson, il n’y a aucun doute là-dessus.

Alors, non seulement Gabriel serait un homme rafistolé, mais de plus l’horloger et Jacques Cotentin, le prosecteur (personne chargée de la préparation d'une dissection en vue d'une démonstration, d'ordinaire dans une école de médecine), lui auraient greffé le cerveau de Benedict Masson ?

Et si Benedict Masson était mort pour rien, car dans les disparitions de jeunes femmes, en Touraine, continuent, semblant confirmer ses assertions lorsqu’il déclarait qu’il était innocent ?

Débute une partie de cache-cache entre Jacques Cotentin, à la recherche de sa fiancée, et Gabriel accompagné de Christine, ou le contraire, et d’autres protagonistes plus ou moins impliqués dans ce récit d’aventures échevelé, à la trame fantastico-scientifique. De l’Île de la Cité jusqu’en Touraine en passant par la banlieue parisienne, c’est une course poursuite échevelée qui se déroule sous nos yeux.

 

Avec des références à Henri Heine, auteur du Docteur Faust, à Villiers de l’Isle Adam, qui mit en scène L’Eve future, premier roman dans lequel apparait pour la première fois une androïde ou plus exactement Andréide, ainsi qu’à Mary Shelley avec Frankenstein, Gaston Leroux ne fait pas œuvre de véritable nouveauté mais propose une version plus moderne de ces personnages qui ont traversé les siècles de la littérature dite populaire, ouvrant la voie à un fantastique scientifique dont déjà la médecine actuelle commence à s’emparer, et va peut-être bientôt dépasser toutes les affabulations de nos auteurs qui ne manquent pas d’imagination.

L’imagination débridée de Gaston Leroux mêle les deux genres précédemment évoqués en y incluant une trame policière, un petit goût d’exotisme avec des références aux Thugs, le tout dans un voile de poésie noire. Tous les ingrédients sont utilisés par Gaston Leroux afin de tenir le lecteur en haleine, et il y réussit toujours, près de cent ans après la première publication de cet ouvrage en feuilleton dans Le Matin du 10 août et le 19 septembre 1923. Si ce roman peut se lire indépendamment de La Poupée sanglante, il est préférable toutefois d’avoir lu le premier épisode afin de mieux comprendre jusqu’où la folie créatrice de Gaston Leroux peut s’exprimer.

 

Gaston LEROUX : La machine à assassiner. Collection L’Aube Poche. Editions de l’Aube. Parution 18 août 2016. 304 pages. 11,90€

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 08:08

Que je l’aimeuuuu, que je l’aimeeeem !

Henri GIRARD : Sous l’aile du concombre.

Quadragénaire célibataire, Hubert Corday, qui n’a aucune parenté avec Charlotte jusqu’à preuve du contraire, n’a pas pour habitude de prononcer cette phrase à tout venant ni même aux autres.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de relations, dans son travail il n’en manque pas, mais ce ne sont que des épisodes charnels, genre Je t’aime moi non plus, bonjour madame, au revoir madame et on passe à autre chose. C’est ce que l’on appelle un en-cas !

Donc Hubert, qui est le dernier de Corday, travaille dans, attention accrochez-vous, l’impalpable complexité protéiforme des ressources humaines. Concrètement il intervient en entreprise ou organise des cours, je résume, pour apprendre aux responsables comment gérer ceux qui sont sous leur coupe, annihiler leurs aspirations, les motiver, leur faire comprendre qu’ils ne sont que des pions. Je passe. Mais cela démontre qu’il a du bagout et qu’il sait parler à ses interlocuteurs. Et que souvent, dans ces réunions, il trouve chaussure à son pied, pour une nuit.

Pourtant, depuis quelques semaines il fréquente assidûment Milady, une jeune femme qu’il a rencontrée lors d’une exposition de peintures abstraites, étant en phase sur la prestation de l’artiste, puis prenant un pot ensembles afin de parfaire leur connaissance et échangeant leurs points de vue. De fil en aiguille, ils se sont revus, ce qui est un peu un exploit de la part d’Hubert qui préfère en général butiner.

Mais il rend visite également la famille, à sa sœur Clotilde, mariée, cinq enfants, dont Marine, l’aînée, est quelque peu déboussolée par son manque d’engouement à perpétrer la descendance des Corday. D’abord il n’aime pas qu’on l’appelle Tonton, ça l’horripile, et puis de quoi elle se mêle, même si lui-même ne se prive pas de lui poser des questions sur son ego.

Il va voir également ses parents, qui vivent depuis vingt-cinq ans séparés, habitant deux maisons qui se font face. La mère dans la demeure familiale, du temps d’avant, et son père dans celle héritée de son père, du Papou d’Hubert.

Et le Papou d’Hubert, ce fut quelqu’un dont le quadragénaire se souvient avec une forme de nostalgie liée à une enfance au cours de laquelle le vieil homme lui a beaucoup appris. L’Internationale par exemple.

 

Chaque lecteur pourra s’identifier plus ou moins au héros narrateur de cette histoire, soit dans ses rapports familiaux, dans ses conflits, sa gestion sentimentale, ou tout simplement dans son environnement professionnel, tout un chacun ayant eu un jour ou l’autre des réunions d’information, des séminaires, des remises à niveau.

De nombreux retours en arrière émaillent ce roman plaisant, parfois humoristique, souvent nostalgique, voyageant allègrement dans sa région natale, le terroir bas-normand, à Paris, puis en Floride, histoire de se dépayser et de se voir confirmer que le verbe Aimer existe, et qu’il est bon parfois de l’employer.

Des scènes amusantes côtoient les épisodes mélancoliques, la tendresse étant toujours au rendez-vous, le tout dilué dans une bolée de cidre et quelques coups de canon, du rouge de préférence, pour bien montrer l’appartenance politique de certains protagonistes.

Un roman qui engendre la bonne humeur, mais qui également fait réfléchir car tout un chacun se reconnaîtra dans certaines scènes, et si ce n’est toi c’est donc ton frère, qui ne tombent jamais dans le grotesque mais engendrent des réflexions auxquelles il est bon de réfléchir, afin de ne pas s’engluer dans un mode de vie en marge. Sans oublier une grosse dose de tendresse bourrue qui s’impose dans la pudeur des sentiments.

Et Henri Girard, via ses protagonistes, n’hésite pas à souligner combien il est important de s’aimer, pas uniquement avec le cœur et la tête, mais également physiquement, à tout âge, les relations sexuelles n’ayant pas de date de péremption, même si certains, jeunes et moins jeunes, pensent qu’arrivés à un certain âge, voire un âge certain, les galipettes ne devraient plus être autorisées.

Au fait, me direz-vous fort à propos, que vient faire ce Concombre du titre. Disons qu’il s’agit d’un des protagonistes du roman, qui est ainsi surnommé, et qui sous des dehors débonnaires de bon gros vivant, se montre malin en diable.

 

Et si vous désirez en savoir un peu plus sur l’auteur, qui n’hésite pas à se mettre en scène, partiellement, dans ce roman, cliquez sur le lien suivant :

 

Henri GIRARD : Sous l’aile du concombre. Editions Atelier Mosesu. Parution le 6 juillet 2017. 200 pages. 13,00€.

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 09:59

Mais ce livre n’en est pas un… !

EDOGAWA RANPO : Mirage.

Maître et précurseur du roman policier nippon, Edogawa Ranpo, écrit aussi parfois Rampo, nous propose deux nouvelles d’inspiration fort différente.

Mirage, nouvelle éponyme de ce recueil, se révèle plus à connotation fantastique que policière. Le narrateur est intrigué par le manège de son voisin de compartiment qui a placé un oshi (tableau en relief : petite planche de bois sur laquelle sont collés des personnages ou des animaux de papier épais rembourré de coton pour leur donner de l’épaisseur et recouverts de soie) face contre la vitre du train à bord duquel ils voyagent.

Le voyageur raconte alors l’histoire de ce tableau vivant.

 

Vermine. Depuis sa jeunesse, Masaki, riche orphelin, ressent une profonde et anormale aversion pour l’humanité, aversion doublée d’une timidité excessive. Seul son ami Ikeuchi trouve grâce à ses yeux. Mais autant Masaki est timide, réservé, replié sur lui-même, autant Ikeuchi brille en société. Et c’est par l’entremise d’Ikeuchi que Masaki retrouve Fumiko dont il était amoureux à l’école, et qui depuis est devenue une grande comédienne. En dix ans, la petite écolière chrysalide s’est transformée en belle jeune fille papillon.

Leurs retrouvailles se concrétisent dans un restaurant et Fumiko fait comprendre à Masaki qu’il ne lui est pas indifférent. Mais Masaki n’est que le jouet de la duplicité de Fumiko.

 

Le lien entre ces deux textes, l’un fantastique, l’autre cannibalo-policière, se révèle être l’amour.

L’amour fou que porte un homme à une jeune fille. Amour impossible dans Mirage, amour contrarié dans Vermine. Et au travers de cet amour, c’est un engrenage en spirale qui s’amorce.

Edogawa Ranpo puise dans deux cultures à l’influence profonde. Il retient la suavité, la poésie japonaise, et il les incorpore à une trame plus dure, d’inspiration américaine, oscillant entre le roman noir moderne et les classiques.

N’oublions pas qu’Edogawa Ranpo est la prononciation japonaise d’Edgar Poe, un hommage. Il est le précurseur et l’un des fondateurs d’une nouvelle école littéraire nipponne et de la littérature policière. Pour certains, ces textes paraîtront un peu désuets, puisqu’ils datent tous deux de 1929, mais que l’on découvre avec plaisir tout comme l’on se plonge avec délices, par exemple, dans l’univers de Pierre Véry.

EDOGAWA RANPO : Mirage. Traduction Karine Chesneau. Collection Picquier Poche N°138. Editions Philippe Picquier. Parution avril 2015. 144 pages. 6,00€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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