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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 08:50

C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau, hisse et haut…

Charles NORDHOFF et James Norman HALL : Dix-neuf hommes contre la mer.

Aventure mythique s’il en est, authentique, vécue il y a un peu plus de deux siècles par des marins courageux, ombrageux, coléreux, mais amoureux de la mer, souvent reprise et exploitée par des romanciers attirés, fascinés par cet avatar maritime, transposée au cinéma, la mutinerie de La Bounty reflète ce soubresaut à al discipline qui devait embraser la France peu de mois après, ainsi que la soir de justice et de liberté.

Tous ceux qui ont vibré à la lecture des Révoltés de la Bounty, mêmes auteurs et même éditeur, vont enfin pouvoir connaître la suite des péripéties maritimes subies par les marins qui ont accompagné leur capitaine déchu.

Et Bligh, ce fameux capitaine Bligh, montré comme un tortionnaire, exerçant une discipline de fer, démontre dans cette odyssée que sous la carapace d’airain bat un cœur.

Marin accompli, il va pendant plus de huit mille kilomètres combattre les éléments et amener à bon port son équipage, dix-sept hommes, le dix-huitième, Norton, tombant sous les projectiles des sauvages à l’aube de leur traversée du Pacifique.

Répartissant équitablement les vivres, encourageant les plus timorés, se montrant dur à la tache et aux agressions extérieures, défiant les éléments déchaînés, le vent, la mer et la pluie conjuguant leurs efforts pour faire sombrer le frêle esquif dans l’immensité glauque et froide, Bligh va se transcender et transcender ses hommes, réalisant la performance d’amener tout son équipage à bon port.

Leçon de courage, de discipline, Dix-neuf hommes contre la mer est un roman chaleureux où la dimension humaine atteint son apogée, malgré ou à cause des privations, du froid, du découragement qui atteint parfois les limites du supportable, les reculant même.

Et si Bligh était jugé lorsqu’il était aux commandes de La Bounty comme un homme fier, intraitable, impitoyable, ce sont ces défauts qui transformés en qualité permettront à ces marins de défier l’adversité, et de gagner un impossible pari.

Un troisième volet, Pitcairn, mêmes auteurs et même éditeur, décrit les aventures de Christian Fletcher et ses compagnons, quinze hommes et douze femmes, Blancs et « Indiens » liés par un même destin de mutins, se réfugiant sur un îlot perdu du Pacifique, tentant d’instaurer une République.

 

Charles NORDHOFF et James Norman HALL : Dix-neuf hommes contre la mer. L’odyssée de La Bounty tome 2. (Men Against the Sea, 1933. Traduction de Gérard Piloquet). Editions Libretto. Parution 26 avril 2002. 256 pages. 9,05€.

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 08:02

Les particules pour les nobles, c’est comme la barbe pour l’Oncle Paul. Cela ne sert à rien, mais ça fait plus distingué !

Samuel SUTRA : Les Particules et les menteurs.

L’art et la manière, tout se résume en cette expression qui offre un champ de possibilités infinies à Aimé Duçon, plus connu sous le surnom de Tonton.

L’art est représenté par un tableau de Ruffy, peintre hongrois exilé en France au début des années trente, contemporain de Buffet et autres peinturlureurs colorés au talent intimiste, voire anecdotique. Pour Bruno, l’un des comparses de Tonton, c’est du n’importe quoi, mais comme chacun sait, les égouts et les odeurs, ça ne se discute pas. Et la valeur financière d’un tableau ne se juge pas à ce qu’il représente ni à au talent de son auteur.

Ce tableau est convoité par un richissime collectionneur et cela suffit. Or il existe deux exemplaires de cette œuvre, fait rarissime, et le premier n’étant pas le bon d’après Chicaude, l’homme qui désire ardemment s’approprier la toile, le second qui pourrait n’être qu’une copie du premier, ou inversement, se trouve accroché chez une famille nobiliaire de Touraine. J’ai omis de vous préciser que cette huile est connue sous le titre de La Dame aux Godasses. Tout un programme.

 

La manière, c’est Tonton qui l’a cogitée, mais pour cela il a besoin de Gérard, un ineffable obtus du bulbe, et d’une de ses vieilles amies qu’il n’a pas vue depuis des lustres. C’est ainsi qu’il se rend en compagnie de Gérard, qui n’y comprend rien mais on ne lui demande pas d’interpréter les résultats des cogitations des petites cellules grises qui travaillent à plein régime dans le cerveau de Tonton, chez la Baronne Donatienne de Gayrlasse, qui possède une immense demeure en plein Paris.

Qui possédait, car cette dernière descendante d’une longue litanie de nobles remontant en des temps fort reculés où l’on se battait encore à main nue et à pied, le cheval n’ayant pas encore été inventé, car cette gente dame a été obligée de vendre sa résidence à un émir. L’entretien coûte cher et elle n’a plus que la jouissance de chambres de bonne, ce qui lui suffit largement pour vivoter et se payer le vin blanc sec qu’elle déguste dans des bols et le tabac pour ses cigarettes qu’elle se roule sur la cuisse.

Et Tonton pensait naïvement que cette Donatienne allait pouvoir transformer Gérard en prince charmant et lui inculquer les bonnes manières. C’en est trop pour Gérard qui est nature comme l’on dit des niais indécrottables. Les séances de rattrapage ne sont même pas envisageables. Toutefois une autre solution se profile aux yeux ébaubis de Donatienne et de Tonton. En effet l’indécrottable Gérard, s’il ne peut acquérir les bonnes manières, est le sosie parfait du Vicomte George De La Taille.

George doit convoler prochainement avec Benoite, fille du vicomte de Rompay-Layran et une répétition du mariage va avoir lieu au Château Froy de Crin, à Echauday, Touraine, précisément là où trône le fameux tableau qui sous ses airs de barbouillage vaut une fortune. Mariage contre nature, pourtant les deux fiancés proviennent de familles de haute lignée, mais George possède des attirances sexuelles qui théoriquement ne permettent pas à ses partenaires de procréer un jour.

 

Je clos ici mon petit résumé qui n’est qu’une entame dans les moult tribulations qui ponctueront le parcours aventureux de Tonton, Gérard et leurs acolytes, Pierre, Bruno et Mamour qui, même s’il est aveugle, est le plus clairvoyant de tous.

Une cascade de péripéties en tous genres attendent le lecteur qui halète de plaisir comme un chien devant le nonos qui lui est promis et qui sait qu’il pourra le déguster avec un contentement non dissimulé lorsque son maître aura fini de jouer avec ses nerfs. Pas de temps morts dans cette histoire un peu farfelue, loufoque, baroque, et quelques rebondissements s’interposent en montagnes russes jusqu’à l’épilogue surprenant mais fort bien venu.

Un ouvrage qui engendre la bonne humeur et devrait être remboursé par la sécurité sociale en lieu et place des anxiolytiques, antidépresseurs et autres panacées supposées remettre le cerveau en place mais qui provoquent parfois des dommages stomacaux. Ce n’est pas la première fois que j’émets cette réflexion, mais elle est toujours d’actualité !

 

Samuel SUTRA : Les Particules et les menteurs. Tonton, l’art et la manière 2. Editions Flamant Noir. Parution 15 août 2017. 200 pages. 15,00€.

Première édition Editions Terriciaë. Parution juin 2012. 152 pages.

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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 09:12

Il existe deux catégories de cancres : les cancres

  résistants et les cancres las…

Pierre BENGHOZI : Loki 1942.

Et les cinq cancres qui évoluent dans ce roman appartiennent plutôt à la première catégorie.

Ils sont consignés par leur institutrice Ida Grieg dans une petite école de Stavanger, seulement ce qui devait être une séance de rattrapage devient une claustration. Les soldats allemands les ont enfermés, Ida Grieg étant soupçonnée détenir un document destiné aux résistants mais également afin d’assouvir un contentieux.

Malgré le principe de neutralité affichée par la Norvège, les troupes nazies ont envahi le pays et la Résistance s’est organisée. Ida, comme bon nombre de ses collègues, s’est engagée contre l’avis des autorités. Puis elle est redevenue institutrice, on ne se refait pas.

Lorsque la soldatesque nazie déboule dans se classe, elle cache précipitamment un papier dans son corsage. Elle reçoit un coup de crosse qui la laisse un œil en vrac et étourdie. Les gamins ne sont pas impressionnés, au contraire, ils s’intéressent à l’intimité de l’évanouie. Seulement une menace plane sur leurs têtes.

Cinq soldats ont été abattus par les Résistants, et pour venger cet affront, le lieutenant Abel Lehmann doit répliquer en exécutant cinq personnes. Son choix s’est porté sur les occupants de cette classe, mais comme ils sont six, un seul survivra.

Un seul ou une seule, car outre l’institutrice, sont présents Nils l’aîné et Mathias le puîné, les jumeaux monozygotes, Dagmar, le gros, Jan, l’effacé, et Solveig, la seule fille du lot mais pas la moins délurée. Ils révisent manuellement les sciences naturelles et leur système reproducteur. Mais comme ceci se déroule sous le pupitre, on n’en dira pas plus afin de ne pas passer pour un voyeur.

Ida Grieg sort de son étourdissement, et entreprend d’apprendre à ses élèves un poème, Les invectives de Loki, l’ancien dieu de la discorde, extraits du Codex Regius. Un choix qui n’est pas innocent, car ces vers contiennent un message caché que seul un Résistant peu comprendre. Mais pour enfoncer ce texte dans la tête de ces chères têtes blondes, il va falloir du temps, y passer la nuit peut-être, selon le principe du Lire-Ecrire. Et tous doivent le connaître par cœur ce texte, sachant qu’il ne devrait y avoir qu’un seul survivant qui sera désigné au sort.

 

Construit comme un huis-clos, les principales scènes se déroulant dans la classe, parfois entrecoupées de réminiscence de l’institutrice qui retombe à plusieurs reprises dans un évanouissement qui ressemble à un coma, ou une scène ou deux dans lesquelles on est en compagnie du lieutenant dans un bureau exigu, Loki 1942 nous entraîne dans un épisode peu connu de la Seconde Guerre Mondiale.

En effet l’Allemagne envahit la Norvège en 1940 malgré le principe affiché de neutralité, mais l’auteur ne s’étend guère sur cet épisode, préférant placer son intrigue dans un seul lieu, une classe d’école. Le lieutenant Abel Lehmann ne se sent pas vraiment impliqué mais il obéit aux ordres, tandis que le soldat qui l’accompagne parfois est nettement plus virulent.

Même si les antécédents politiques, professionnels et familiaux d’Ida Grieg sont dévoilés, ils n’influent guère sur l’intrigue. Son comportement, sa force de caractère, ses idées et sa ténacité importent plus. Et surtout c’est la conduite de ses cinq élèves qui est analysée, presque disséquée, des trublions qui pensent plus à démontrer leur paresse, leur mauvaiseté, loin du cancre rêveur de Prévert. Pourtant ils parviennent peu à peu, sous la pression des éléments, à se transcender, sans pour autant perdre leur caractère d’électron libre.

Un court roman, prenant, sans digressions inutiles, qui se clôt en une fin ouverte qui ne demande pas pour autant une suite.

Pierre BENGHOZI : Loki 1942. Editions Serge Safran. Parution 7 septembre 2017. 160 pages. 15,90€.

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 09:28

Le voile est ténu entre le rêve et la réalité.

Jérôme SORRE : L’hiver du magicien.

En cette fin d’après midi de l’été de 1790, le jeune Charles Nodier erre dans les rues. Le temps est exécrable et l’agitation de la populace révolutionnaire importune ce gamin dont le père est notable. De plus il vient de subir une déception, et il n’a guère envie de rentrer chez lui.

Tout en ruminant une déconvenue amoureuse, il arrive dans un quartier dans lequel s’élève un édifice religieux. Des femmes chantent la Carmagnole et vendent de la bimbeloterie religieuse qu’elles ont chapardée.

L’intérieur est ravagé et près du chœur il aperçoit trois petites chapelles grillagées. Deux sont vides et ouvertes, la dernière est fermée, et dans le réduit gît ce qu’il suppose être un homme. Apeuré, il s’enfuit et se heurte à un individu qui se tient sur le porche, avec à ses côtés une épée qui manifestement ne lui appartient pas. Le garde lui demandant ce qui lui arrive, Charles l’invite à le suivre dans la chapelle. L’homme ne voit rien, pour cause il n’y a personne. Pourtant Charles discerne ce corps recroquevillé.

Charles rentre enfin chez lui, mais sa nuit est mouvementée. Et le lendemain, il retourne à cette église des Dames du Battant. Mircea, c’est le nom de cet être qui n’est visible que pour lui, lui demande de trouver la clé pour ouvrir ce qui constitue son cachot. Mais quelle clé ? D’après Mircea, qui se prétend magicien, ce n’est pas une clé ordinaire, matérialisée en un métal quelconque, mais à Charles de la découvrir.

 

Dans ce court roman fantastique, Jérôme Sorre nous entraîne sur les traces du jeune Charles Nodier qui deviendra le précurseur du romantisme, écrivain, romancier, poète et académicien. Il sera également bibliothécaire, notamment à Laybach, ou Laibach, qui deviendra Ljubljana. Mais ce côté fantastique joue sur la sobriété, et est surtout constitué de rêves entremêlés de tristes réalités. La révolution française s’affirme dans les rues, par la destruction des églises, la décapitation des statues, le vol des objets, la dégradation des lieux.

Pourtant un voyage initiatique lui est quasiment offert, un passage obligé afin devenir adulte. Charles Nodier est amoureux des livres et il a soif de culture. Mais il choisit les matières qu’il préfère, délaissant les mathématiques, que lui enseigne sa mère.

Dans un épisode décrit par Jérôme Sorre, et on ne peut mettre en doute cette fausse biographie, une image naît dans l’esprit du lecteur. Une scène que, peut-être, un certain James Matthew Barrie a empruntée pour mettre en scène son personnage de Peter Pan. A moins que ce ne soit le contraire. Mais quel épisode ? Je vous laisse le découvrir…

 

Ce texte est suivi d’une étude signée Alain Chestier, Rêver la réalité, un texte passionnant qui en révèle un peu plus sur Charles Nodier, un auteur quelque peu délaissé ou oublié de nos jours mais qui influença Victor Hugo, Alfred de Musset ou Sainte-Beuve, excusez du peu.

 

Jérôme SORRE : L’hiver du magicien. Collection LoKhaLe N°6. Editions La Clef d’Argent. Parution 7 septembre 2017. 120 pages. 6,00€.

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 05:35

Si vous allez à San Francisco

Vous y verrez des gens que j'aime bien…

Florent MAROTTA : Le meurtre d’O’Doul Bridge.

Installé depuis quelque temps à San Francisco, à cause d’une incompatibilité d’humeur avec la justice française, Michael Ballanger s’est rapidement fait une solide réputation de coach de vie.

Il possède un cabinet, pouvant se permettre de choisir ses patients, certains ne venant qu’à une seule et unique séance, ne désirant pas les revoir car il sent que ses conseils ne seront pas suivis d’effet. Il participe à des émissions de radio, effectuant ses consultations en direct et a écrit quelques livres.

Un policier le convoque par téléphone, pour affaire le concernant, la phrase rituelle qui n’engage à rien mais inquiète toutefois ceux à qui elle est adressée. Comme il a projeté un week-end dans sa maison blottie dans les collines, à Shaver Lake, en compagnie de sa jeune amie Kim, en tout bien tout honneur, il décline l’invitation.

Qu’elle n’est pas sa surprise le lendemain de voir débouler devant sa paisible retraite, alors qu’il est en pleine émission radiophonique par téléphone, trois véhicules et cinq policiers, patibulaires, mais presque. Le lieutenant Larkin, accompagné de son jeune collègue l’inspecteur Kukotch, l’emmène au commissariat et désire, exige plutôt, des renseignements sur un de ses clients qui l’aurait appelé la veille par téléphone.

Ballanger admet l’avoir eu comme patient, mais pour une seule séance. Son client parlait de refaire sa vie, le syndrome de la quarantaine. Pour Larkin, ce n’est pas satisfaisant comme réponse. L’homme un dénommé Calvin Tennesson est décédé, abattu d’une balle en pleine tête sur un parking près du Lefty O’doul Bridge. Mais Calvin Tennesson n’est pas, n’était pas, n’importe qui. Il était marié avec Teagan Robbins-Tennesson, la présidente de l’empire pharmaceutique. Peu lui chaut à Ballanger qui a autre chose en tête.

Sa fille Karine qui vit avec sa mère à Paris et qu’il n’a pas revue depuis des années, depuis les événements qui ont pourri sa vie avant qu’il se redresse, sa fille Karine doit lui rendre visite. Mais à cause de Larkin, il ne peut se rendre à l’aéroport. Ce que n’apprécie pas Karine qui est réceptionnée par Kim. Et pendant ce temps Ballanger est mis en présence de Teagan Robbins-Tennesson, un glaçon, et de son garde du corps, véritable armoire à glace antipathique.

Lors d’une promenade dans San Francisco, destinée à faire découvrir la ville à sa fille, Ballanger s’aperçoit qu’il est suivi. Il pense tout de suite à un policier mais ce n’est qu’un pauvre homme désemparé par la mort de son ami Calvin. Les deux hommes sont homosexuels et Ballanger en a confirmation dans un bar gay qui vient d’être saccagé par des skinheads. Toutefois il peut obtenir une copie de la vidéo de surveillance et il passe un pacte avec un journaliste paranoïaque qui travaille en libéral, mettant en ligne ses articles.

 

Si le fond de l’intrigue n’est pas alambiquée, et c’est tant mieux, ce sont les personnages qui importent. Peu à peu on découvre les antécédents de Michael Ballanger, ce que fut sa vie en France, le drame qui le traumatise toujours et l’empêche de dormir sereinement, ainsi que ses relations platoniques avec Kim, serveuse de charme dans un bar, étudiante en psychologie, et ancienne call-girl.

Quant à Karine, elle est volcanique et attendrissante. Il est vrai qu’elle était présente lors du drame qui a fichu en l’air non seulement la vie de son père mais celle de toute sa famille. Elle est jeune encore, à peine majeure, et elle subit une dualité intérieure qui la fait passer du rire aux larmes et inversement.

Le côté cliché réside en Larkin, ce flic ventripotent imbu de sa personne, raciste, xénophobe, homophobe, qui connait les antécédents de Ballanger, qui nourrit une haine tenace envers le French coach, mais se plie servilement devant les désirs, les ordres des notables. Et comme Larkin personnifie le flic malsain, le méchant, Kukotch se montre plus aimable, plus affable, plus compréhensif. Dans son tempérament, et surtout, il n’est pas encore entré dans l’engrenage des policiers qui se considèrent comme les maîtres du monde.

Tout n’est pas dit sur les antécédents de Ballanger, et l’épilogue nous laisse entrevoir une suite, qui devrait s’avérer intéressante. Et ce roman entre plus dans les goûts littéraires que le précédent ouvrage de l’auteur. Mais, ça, ce n’est qu’un problème de compatibilité que tout un chacun peut ressentir envers un genre, sans pour cela que le roman incriminé soit une daube, au contraire.

 

Florent MAROTTA : Le meurtre d’O’Doul Bridge. Une enquête du French Coach. Editions Taurnada. Parution le 7 septembre 2017. 248 pages. 9,99€.

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 06:55

Une potion à déguster sans modération…

Patrick S. VAST : Potions amères.

Les hypermarchés et les grandes surfaces commerciales, situés en dehors des villes, drainent la clientèle sans vergogne, ne laissant souvent dans les centres-villes que les miettes financières.

Pourtant, certaines échoppes continuent, bravant ce flot mercantile, à subsister, offrant des services, des conseils, des produits inconnus de la grande distribution ou jugés peu rentables.

Ainsi à Béthune, dans une petite rue marchande, les époux Rogonot tiennent une herboristerie, et, faut bien sacrifier à la mode, proposent également des produits bio.

Aux côtés de ce couple sexagénaire, travaille Denise, l’employée trentenaire qui ne s’est pas remise de la mort de son fiancé cinq ans auparavant, puis de sa mère l’an passé. Elle s’enfonce tout doucement dans une vie morne, monotone, dénuée de sourires, et André Ansart, représentant en produits bio et secrètement amoureux d’elle, aimerait la voir revivre, si possible avec lui.

Le destin de Denise bascule à cause de plusieurs conjonctions, qui s’avéreront néfastes pour certaines personnes de son entourage. Un lundi après-midi, elle est chargée par ses employeurs, Patrice, qui se remet doucement d’un problème cardiaque, et Germaine, une femme au caractère trempé dans ses décoctions amères, de déposer à la banque la recette du week-end. 2000 euros dans une sacoche qui lui est subtilisée par un motocycliste.

L’individu peu scrupuleux qui vient de s’adonner à ce vol à la tire, est sorti de la prison de Sequedin peu de temps auparavant. Gérard Bourgeois est un petit malfrat, et surtout père de famille. Sa compagne Lydie, qui lui avait déjà donné deux enfants, en a profité pour en avoir un troisième durant son absence, faut bien occuper ses journées. Seulement, cela ne paie pas le loyer, et c’est pour cela que Gérard a arraché la sacoche de Denise.

Il retrouve un ancien codétenu, qui n’est pas si ancien mais c’est la formule consacrée, Abdel, qui lui aussi a besoin d’argent liquide. Pendant son incarcération, sa copine Sandra est devenue hôtesse d’accueil dans un bar montant, avec son consentement, et il voudrait bien la récupérer. Seulement cela a un coût, et comme il n’a pas les fonds nécessaires, il lui faut trouver de quoi payer, rapidement, car quinze jours plus tard, la prime de débauchage sera doublée.

En attendant de monter leur coup, Gérard retrouve son ancien patron, vendeur de cycles. Entre-temps, le commerçant s’est reconverti dans les scooters, et Gérard devient le mécanicien attitré et vendeur. D’ailleurs l’une de ses premières ventes, il va la réaliser auprès de Denise qui a reçu une pub dans sa boîte aux lettres. Elle pense que les déplacements motorisés dans la campagne pourraient être une panacée à sa morosité et sa déprime.

Et voilà comment en peu de personnages Patrick S. Vast construit une intrigue linéaire solide, voire machiavélique, reposant sur quelques protagonistes secondaires entourés de faire-valoir convaincants. Des commerçants voisins de l’herboristerie principalement, mais également un policier, un docteur à l’ancienne, c’est-à-dire qu’il se déplace au moindre appel de sa clientèle, une jeune fille handicapée mentale…

Le fil rouge est constitué par Denise, qui s’éprend de Gérard, lequel se joue de la jeune femme comme d’une marionnette ; par Caroline, l’handicapée mentale mutique ; et surtout par Germaine, l’herboriste.

Germaine et ses idées toutes faites, ses déductions hâtives, ses conclusions à l’emporte-pièce, son manque de réflexion, et son assurance dans ses analyses qui manquent de profondeur.

 

Si Patrick S. Vast dédie ce roman à Simenon, Steeman et Duchâteau, il peut logiquement se revendiquer comme l’héritier de Georges-Jean Arnaud, Louis C. Thomas, Boileau-Narcejac et de petits maîtres qui ont œuvré dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir, tels que André Lay et quelques autres, et dont la spécialité était le roman policier d’inspiration suspense psychologique. De l’action certes, mais pas de violence décrite inutilement, des moments de tendresse, et des personnages ancrés dans un quotidien, notre quotidien. Et c’est également le système de l’autodéfense qui est abordé, une réplique souvent employée par des commerçants spoliés mais qui se retrouvent souvent au banc des accusés.

Patrick S. Vast effectue un retour aux sources après avoir tâté, brillamment, du thriller à tendance fantastique, étoffant sa palette de romancier en verve.

 

Vous pouvez vous procurer cet ouvrage auprès de l’éditeur en cliquant sur le lien ci-dessous, ou chez votre libraire en lui indiquant le numéro d’ISBN

978-2-95661888-0-8

 

Patrick S. VAST : Potions amères. Editions Le Chat Moiré. Parution le 7 septembre 2017. 240 pages. 9,50€.

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 09:52

Pour lutter contre la morosité automnale, prenez une véritable panacée naturelle, pas un placebo pharmaceutique qui risque de vous démolir

les neurones !

Samuel SUTRA : Le pire du Milieu.

Si toi tu te coupes avec une enveloppe, lui peut s’égorger avec le timbre. Lui, c’est Bruno, dit le Zébré, un vieux copain de cellule de Tonton. Son surnom, il le doit à toutes les années passées en tôle, à regarder le soleil à travers les barreaux. Tonton, c’est un vieux de la vieille, un truand patenté, dont le réseau sanguin transporte l’atavisme familial. Digne fils de ses parents, Aimé Duçon alias Tonton, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis et à organiser des affaires tordues susceptibles de gonfler son portefeuille. Et c’est grâce justement au Zébré qu’il sent l’odeur de l’argent flotter sous son nez.

Donc, comme je l’ai dit, Le Zébré, fidèle hôte des prisons, peut-être parce qu’il apprécie la nourriture abondante et raffinée qui y est servie et assuré d’avoir un toit sur la tête lors des intempéries, Le Zébré a fait la connaissance du Belge qui lui a narré comment il a réussi à glaner quelques millions d’euros, cachés précautionneusement chez lui. Tonton, sachant que son ami, à peine sorti de geôle a trouvé le moyen d’y retourner, décide de s’accaparer de cette petite fortune qui lui tend les bras.

Il convoque l’arrière-ban de ses fidèles, Gérard, Pierre son neveu pas très futé de l’avis de tous, et Mamour, un non-voyant qui traîne à ses basques un chien appelé Kiki. Pour leur expliquer ce qu’il envisage, Tonton est obligé de prendre des détours lexicaux mais il parvient quand même à leur inculquer les prémices de son idée. Tandis que ses comparses doivent se conformer à ses instructions précises, plus ou moins bien, il faut l’avouer, Tonton requiert les services d’un vieil ami, Le docteur Moreau-Défunt. Déguisé en Jules César, accompagné de ses fidèles Centurions Gérard and Co, Tonton est accepté dans la clinique Le Vilipende du psychiatre Branlant-Dudaume. Le pourquoi du comment me demanderez-vous à juste raison ? Tout simplement parce que le Belge, de son vrai nom Emile Von Stroumpf, serait interné dans l’établissement suite à une altercation avec un codétenu, lequel n’est autre que Le Zébré qui lui serait passé de vie à trépas.

Tout est soigneusement pensé, Tonton a fignolé son plan en gérant les moindres détails. D’ailleurs il précise : « Bon, les enfants, on synchronise nos montres, qu’on soit sûr d’être tous le même jour ».

De nombreux gags, je voulais dire de nombreux incidents, vont émailler les pérégrinations de nos lascars, avec quelques cadavres déposés ici et là comme les cailloux du Petit Poucet. Et un épilogue fin ouverte qui nous laisse présager que nos Branquignols vont revenir dans de nouvelles aventures.

 

Ce roman, sous-titré Tonton et ses chinoiseries, possède un humour dans la narration, dans la description des situations, dans les dialogues, qui pourrait rapprocher de San Antonio, première période, de Charles Exbrayat, mais surtout de Viard & Zacharias comme dans leur roman La bande à Bonape. Un humour qui sera peut-être dédaigné par les réfractaires à la lecture de ce genre de production, préférant les romans noirs, durs, violents et âpres. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent, mais à chacun son choix que je ne peux que respecter.

Avoir l’air con, c’est à la portée du premier intello venu. Avoir l’air fou n’est pas forcément à la portée d’un sain d’esprit.

Samuel SUTRA : Le pire du Milieu. Tonton et ses chinoiseries 1. Editions Flamant Noir. Parution 12 juillet 2017. 240 pages. 15,00€.

Première édition Editions Terraciea. Parution 2011.

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 09:42

Un hommage non déguisé à Jules Verne.

Pierre BARBET : Voyage au centre de la Lune.

Le 21 juillet 1969, le monde entier est rivé devant son téléviseur ou les oreilles accrochées à son poste de radio. Pour la première fois, un homme va poser un pied sur la Lune. Puis un deuxième et ainsi de suite. Armstrong et Aldrin entrent dans la légende faisant naître des vocations.

Ainsi, en France, Jacques, douze ans, et son frère Eric, son aîné de trois ans, ont demandé à leur père de les réveiller afin d’assister en direct à cet événement. Au Japon le jeune Natsumé profite également de ce reportage, tout comme à Moscou Grégory, dont les parents ne possèdent pas la télévision, écoute à la radio les commentateurs.

Douze ans plus tard, et après de sérieuses études scientifiques, les quatre gamins devenus des adultes, sont sélectionnés pour participer à un voyage sur la Lune pour une mission qui leur sera signifiée sur place. Le parcours s’effectue en quelques étapes, avec arrêts sur des stations orbitales et deux autres compagnons leur sont adjoints : Guiseppe, un Italien et Karl, un Allemand. Ils sont géologue, spéléologue, géophysicien, spécialiste de la communication radio ou vulcanologue et ensemble ils devront mener à bien ce pour quoi ils ont été embauchés.

L’arrivée sur le sol lunaire, à bord d’une capsule, une espèce de canot de sauvetage en forme du suppositoire, leur réserve quelques surprises. Bientôt les six hommes commencent à manquer d’oxygène, l’un d’eux tombe même en syncope. Heureusement, des pionniers installés dans une base sur la face cachée de la Lune les retrouvent et ils sont soignés. Mais leur mission doit se poursuivre, et Jane, une médecin-psychologue, intègre le petit de même qu’un petit singe rhésus, qui leur tient compagnie dans leurs déplacements, les amusant par ses facéties.

Enfin la mission peut débuter et les voilà tous les sept, plus le macaque, s’enfonçant dans les entrailles lunaires à bord d’une fouisseuse munie d’une tarière.

 

Dans ce roman inédit, écrit probablement au début des années 1970 et qui était resté inédit, Pierre Barbet démontre son engagement écologique et son pacifisme, surtout vers la fin de l’intrigue. Une utopie, mais l’on peut toujours rêver. Alors que bien d’autres de ces romans, il s’amusait avec l’uchronie, mettant en scène des épisodes de l’histoire de France et les détournant, ici c’est dans une anticipation proche qu’il nous entraîne.

Ainsi que le déclare l’un des protagonistes :

Pour éviter une guerre meurtrière, il faut que les habitants de ces planètes possèdent un sens moral, une notion de fraternité qui, souvent, ne se développe pas de pair avec les sciences de la matière. Il faut donc éduquer ces gens sur le plan moral en faisant disparaître les luttes entre états, en provoquant la formation d’un gouvernement international qui soit au-dessus de tous les préjugés raciaux et répartisse les richesses du globe.

Il y a du travail pour, avant de mettre en pratique cette déclaration, en faire comprendre le sens et le bienfondé à nos dirigeants.

Les développements scientifiques sont nombreux mais pas lourds à digérer, contrairement parfois à ce que pouvait développer Jules Verne, et donc abordable à tout un chacun, adolescents compris.

 

Quatre nouvelles complètent ce recueil préfacé par Jean-Marc Lofficier, ainsi que deux articles. Le premier étant une conférence, Le pharmacien devant la science-fiction, dans lequel il retrace, un peu, son parcours et fait l’éloge de quelques grands maîtres Français et Américains, dont l’un des fondateur de ce qui était nommé à l’époque le Merveilleux scientifique, Jules Verne, l’autre article étant relatif à la Bionique, contraction de biologie électronique.

La première de ces nouvelles, Psycho-contrôle, est une critique ironique et désabusée de la Terre vue par un extraterrestre chargé d’étudier le comportement des humains.

Stupéfiante planète est une aimable parodie de roman noir et policier, avec un enquêteur qui a pour but de mettre fin aux agissements d’un trafiquant de drogue sur une planète lointaine. Avec quelques gadgets qui semblent issus de la panoplie d’un James Bond futuriste. A noter que l’une des protagonistes de cette histoire se prénomme Dora, Dora comme la compagne de Jean-Louis Le May qui était fort ami avec le couple Barbet.

Des ossements dans une épave relève tout aussi bien du passé que de l’avenir. Mais le titre à lui seul est quelque peu explicite donc je n’en dirais pas plus. Toutefois, dans Voyage au centre de la Lune, une phrase annonce cette nouvelle.

Les papillons sont au parfum joue également dans le domaine du policier. Le narrateur est dérangé durant ses vacances par un sien ami hippie. L’homme fait partie d’un petit groupe d’écologistes, le Process, qui effectue des recherches notamment sur des appareils pouvant fonctionner sans pollution. Or il semblerait qu’il y ait des fuites. Une histoire qui respire l’écologie, avec des technologies nouvelles à inventer comme le moteur à collagène.

Cette petite phrase pourrait, aujourd’hui, faire bondir quelques personnes au langage politiquement correct, ou se prétendent ouvertement hostiles à certaines déclarations, mais n’en pensent pas moi le contraire.

Je déteste qu’on m’appelle flicard : les flics, il en faut. Tout le monde n’apprécie pas leur boulot, mais c’est comme les putes : ils existent depuis le commencement du monde – dit civilisé – et personne ne peut s’en passer.

 

Pierre BARBET : Voyage au centre de la Lune. Collection Blanche N°2149. Editions Rivière Blanche. Parution janvier 2017. 246 pages. 20,00€.

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 08:09

Si tu vas à Rio, n’oublie pas de monter là-haut…

Jean-Marie PALACH : La prise de Rio de Janeiro.

En ce mois d’août 1711, Loïc, le jeune mousse de quinze ans surnommé Sabre d’or, se prépare à une excursion prochaine dans la capitale brésilienne.

L’Amiral René Duguay-Trouin envisage une expédition à Rio de Janeiro pour un double motif. D’abord soumettre et rançonner la colonie lusitanienne, et délivrer les prisonniers français détenus après l’échec de l’expédition de Duclerc. Et il lui faut compléter l’équipage de la prise de la Coimbra rebaptisé La Belle Marquise.

Loïc est chargé, avec son ami Clément l’indiscret, du recrutement, et c’est Grand Timon qui prendra le capitanat. Port-au-Rocher, la capitale de l’île de la Tortue, a été décimé partiellement par une épidémie, un mal inconnu, mais la main d’œuvre est assez conséquente pour faire un tri. Seulement le jour de l’embarquement, personne ne se présente. Le Baron Caussade, l’un des trois nobles qui commandent trois navires, sur seize, de la flotte de Duguay-Trouin a débauché les marins pressentis. Un accroc dans la bonne entente mais l’affaire se tasse.

Pourtant ce ne sera la seule qui opposera le jeune marin, devenu le second de Pierre Pongérard, alias Grand Timon, à ce nobliau qui est apparenté au roi Louis XIV par une histoire de coucherie de sa mère. Les aventures et mésaventures ne manquent pas de se produire, affectant les relations entre marins, entre les différents capitaines de cette armada, car la jalousie envenime parfois les rapports entre tout ce petit monde.

Loïc a reçu une lettre de son amie Amalia et il peut enfin prendre connaissance de son contenu. La belle Lisboète lui déclare sa flamme, ce qui lui met le cœur en joie et les sens en émoi, mais elle lui écrit aussi que son père songe à la marier, lorsqu’elle aura seize ans, date fatidique qui se rapproche, avec un noble Portugais.

 

Au cours de la traversée vers Rio de Janeiro, les marins de La Belle Marquise recueillent des naufragés, deux hommes, une femme et un enfant. L’un des hommes est décédé mais les autres sont soignés par le médecin du bord. D’après lui ce sont des esclaves noirs qui se sont enfuis. Loïc est stupéfait du traitement qui leur était réservé, et indigné lorsqu’il apprend qu’à leur retour aux Antilles ces trois fuyards, le frère et la sœur, l’enfant que celle-ci a eu de son employeur qui l’avait violée, que ces trois fuyards seront revendus. Le Code noir édicté par Louis XIV en 1685, inique mais observé par tous.

En attendant, ils restent à bord et l’on verra par la suite qu’un bienfait n’est jamais perdu.

L’escadre parvient en baie de Rio de Janeiro, mais la cité est gardée par douze mille soldats, deux forts tenant en respect tout bâtiment ennemi, et six navires patrouillant dans le port. René Duguay-Trouin ne peut attaquer de front Rio de Janeiro, aussi une tactique est mise en avant, les artilleurs, dont ceux de La Belle Marquise, réputés pour être les meilleurs vont devoir montrer leur adresse.

La cité prise, il faut finir le travail, car les soldats portugais se sont réfugiés dans la forêt, là où sévissent les réducteurs de tête. Loïc pourra une fois de plus démontrer son courage, et son humanisme.

 

Roman d’aventures maritimes et terrestres, ce second, pour le moment, volet des aventures de Loïc, dit Sabre d’Or, est plus qu’un livre destiné à la jeunesse. Leçon de courage, certes, mais également de respect de la parole et respect de soi et des autres.

Les scènes d’action ne manquent pas, normal pour un roman d’aventures, mais une certaine tendresse se dégage du récit, surtout dans les missives échangées entre Amalia et Loïc. Mais ce ne sont pas les seuls instants qui procurent ce moment de pause entre deux combats.

La prise de Rio par Duguay-Trouin et ses hommes, est un épisode marquant parmi les hauts faits maritimes et les combats navals. L’Espagne, qui connait une crise de succession, et la France sont en guerre contre une coalition menée par l’Angleterre, le Portugal et de nombreux pays européens. Ce qui constitue la partie historique de l’ouvrage. Mais cette épopée met en avant le sort des esclaves, qui sont considérés par les Portugais comme des marchandises et les achètent ou les vendent au gré de leur besoin.

Comme le précise monsieur de Jessey, un médecin herboriste qui fait partie de l’expédition afin de recueillir de nouvelles plantes, le monde n’est pas régi par des êtres généreux et bienfaisants, mais par des administrateurs soucieux de leurs intérêts et de ceux de leur pays.

Et lorsque Loïc réclame la liberté pour les trois esclaves en fuite, il lui est rétorqué que ceci n’est pas envisageable :

Parce que les esclaves appartiennent à la Couronne de France. Les planteurs des Antilles nous en réclament toujours plus. Louis XIV les soutient. Nos navigateurs les achètent sur les côtes d’Afrique et les revendent un bon prix dans les colonies. Ce commerce enrichit nos ports, nos marins, nos armateurs, nos colons et la Couronne. Tout le monde y trouve son compte.

Un roman qui dépasse le cadre d’un lectorat composé de jeunes, mais que bien des adultes devraient lire afin de changer leur regard méprisant sur toute une population souvent mise à l’index. Mais il n’est pas sûr pour autant que cela infléchira leur état d’esprit et leurs sentiments racistes.

Jean-Marie PALACH : La prise de Rio de Janeiro. Les aventures de Loïc le corsaire N°2. Editions du Volcan. Parution le 20 juillet 2017. 192 pages. 12,00€.

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 08:10

Visite guidée du Chinatown parisien ? Ne chinoisons pas...

Gérard DELTEIL : Les huit dragons de jade.

Journaliste à Ponctuel, Didier Pierlin, d'origine chinoise, est chargé par son rédacteur en chef d'enquêter sur la communauté chinoise et indochinoise qui vit dans le 13ème arrondissement de la capitale, le fameux Chinatown parisien.

Guère passionné par ce sujet, il se rend chez sa tante qui, vu son origine, pourra lui fournir bon nombre de renseignements pour pondre son papier. Peu de temps après sa tante décède, étranglée par un lacet.

Il fait la connaissance de Kouei Houa, une jeune réfugiée vietnamienne, mais bientôt c'est lui qui servira de cible à de mystérieux tueurs. L'enjeu semble résider en d'étranges statuettes de jade, héritage de sa tante, et disséminées dans différents coffres bancaires.

Des statuettes d'origine Mhu, comme sa tante. S'agit-il d'un trafic de drogue, d'objets d'art ? La CIA, le KGB et les Triades, la fameuse mafia chinoise, sont sur les rangs et se tirent dans les pattes à qui mieux-mieux, sans compter d'autres personnages qui agissent pour leur propre compte.

 

En écrivant ce roman ambitieux, paru en 1989 chez le même éditeur, un roman que je qualifierais plus volontiers de thriller que de polar, Gérard Delteil a gagné le pari qu'il s'était imposé.

Captivant, passionnant, fort bien structuré, au suspense de plus en plus intense au fil des chapitres, Les huit dragons de jade néanmoins n'est pas dépourvu de ces petites touches d'humour qui décompressent le lecteur, juste le temps de se replonger dans un mystère plus épais.

Gérard Delteil a écrit son roman comme en hommage aux maîtres de l'exotisme asiatique, Edgar Wallace ou Sax Rohmer par exemple, mais sans tomber dans le pastiche ou la parodie. L'épilogue n'est pas dû au hasard ou à un savant tour de passe-passe. C'est du travail sérieux, du travail de pro, comme on dit.

 

Gérard DELTEIL : Les huit dragons de jade. Collection Picquier Poche. Editions Philippe Picquier. Réédition mai 2009. 296 pages. 8,00€.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
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