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4 février 2018 7 04 /02 /février /2018 10:40

Un roman mi-fric, mi-raison...

Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes

On ne devrait jamais marchander, surtout lorsqu'il s'agit de la vie d'un être humain. Trafiquant en gros de drogue à Brooklyn, Kenan Khoury va en faire l'amère expérience.

Sa jeune femme Francine, qui a l'habitude d'effectuer elle-même ses emplettes alors qu'ils pourraient se faire livrer, est enlevée par deux ou trois hommes qui l'embarquent à bord d'une camionnette. Les ravisseurs, racistes, exigent un million de dollars. Seulement une telle somme, en billets de banque bien évidemment car il n'est pas question de signer un chèque, ne se trouve pas dans les heures mêmes, surtout en fin de semaine. Dans son coffre-fort Kenan possède quelques réserves mais cela ne fait pas le compte. Son frère Peter, mis au courant et qui n'exerce que la modeste profession de livreur, ne peut pas l'aider financièrement. Alors quand les kidnappeurs apprennent qu'ils ne pourront percevoir qu'à peine la moitié de la somme demandée, ils acceptent, mais ils omettent de préciser que s'ils rendent l'épouse à son légitime mari, ce sera en morceaux.

En effet Kenan et Peter découvrent dans le coffre d'un véhicule, au rendez-vous fixé, des sacs-poubelles contenant Francine détaillée comme un morceau de puzzle. Kenan Khoury est dans tous ses états, on le comprend, mais il n'est nullement question d'avertir la police. Peter pense à une connaissance qu'il rencontre parfois dans un local des Alcooliques Anonymes, Matt Scudder. Lui-seul peut s'investir dans la délicate mission de retrouver les malfaisants.

La première des choses à faire, c'est de refaire le parcours effectué par Francine mors de son enlèvement, d'interroger les commerçants et d'éventuels témoins. Ensuite Matt recherche si d'autres affaires similaires se sont déjà produites. Puis il s'intéresse aussi à la provenance des appels téléphoniques provenant des ravisseurs. Ces communications émanaient de cabines téléphoniques, mais il est difficile d'en trouver trace, la Compagnie du Téléphone ayant ôté les plaques sur lesquelles est apposé le numéro d'appel de ces postes. Alors il a recours à d'anciennes connaissances, dont Durkin dont il fut le collègue lorsqu'il était encore flic, ou à des personnes qui lui sont recommandées, dont TJ un adolescent adepte de la musique rapeuse et qui aimerait imposer son nom sur scène ou sur disque. TJ lui souffle l'idée de contacter les Kong, en réalité Jimmy Hong, d'origine chinoise, et David King, d'origine juive. Les Kong sont spécialisés dans le piratage informatique et téléphonique. Leur aide se révélera précieuse pour éplucher les numéros d'appels téléphoniques et situer les kidnappeurs.

Enfin la belle Elaine, dont il est un peu le talon d'Achille, va s'investir dans l'enquête avec volonté et pragmatisme, car seule une femme peut réaliser ce qu'elle va entreprendre. Si d'autres cas d'enlèvements ont été signalés, il se pourrait que les ravisseurs n'aient pas fini leur petit manège.

 

Matt Scudder qui traîne derrière lui son passé de dipsomane se rend quasi quotidiennement dans les réunions d'Alcooliques Anonymes, ce qui l'aide à surmonter ses envies. C'est ainsi qu'il a connu Peter Khoury lequel en plus d'être un intempérant s'adonne également à la drogue. Il essaie de s'en sortir, mais replonge souvent, à son grand regret. Elaine est toujours là, ou presque, pour épauler Matt. Tandis qu'il vit à l'hôtel, Elaine réside dans un petit appartement mais ils se retrouvent souvent chez l'un ou chez l'autre. Car Elaine se ménage quelques heures de liberté afin de s'adonner à son travail de gagneuse en chambre. Ce qui ne gêne nullement les deux amants, la tolérance étant primordiale de même que la confiance.

A quelques heures près, Matt n'aurait pas hérité de cette affaire complexe, car il prévoyait de partir en Irlande retrouver son meilleur ami pour quelques jours.

Un roman enlevé (!) dont les dialogues vifs rebondissent comme lors d'échanges dans une partie de tennis de table. A noter qu'en deux décennies les progrès technologiques ont été fulgurant, et il serait difficile aujourd'hui de trouver des cabines téléphoniques à pièces, le portable devenant le moyen de communication privilégié.

 

Ce roman a connu une première parution aux éditions du Rocher en 1994, sous le titre La balade entre les tombes et a été réédité dans la collection Points Seuil N°105, en 1995. Il bénéficie d'une nouvelle édition chez Folio après avoir été réédité à la Série Noire, éditeur emblématique de Lawrence Block. Le film au titre éponyme a été réalisé par Scott Frank avec pour interprètes principaux : Liam Neeson, Dan Stevens, Boyd Holbrook... et est sorti en France le 15 octobre 2014. La couverture reprend l'affiche du film.

Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes (A walk among the tombstones - 1992. Traduction de Mona de Pracontal). Réédition Folio policier N°845. Parution 18 janvier 2018. 8,30€.

Réédition Série Noire 9 octobre 2014. 384 pages. 22,00€.

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3 février 2018 6 03 /02 /février /2018 10:46

Indéniablement, cela va lui refroidir

certaines ardeurs !

Ellis PETERS : La vierge dans la glace

En cette fin de mois de novembre 1139 l’Angleterre est en proie à la guerre civile. Les deux petits-enfants de Guillaume le Conquérant, Etienne de Blois et l’impératrice Mathilde d’Anjou, se disputent la couronne royale, leurs troupes laminant le pays. Les habitants fuient leurs demeures. Une nouvelle flambée de violence secoue notamment le Shropshire, comté situé près du Pays de Galle. Le châtelain de Ludlow, Josce de Dinan, mange à tous les râteliers, ce qui complique un peu plus la vie du shérif du comté dans l’exercice de ses fonctions.

Il gèle et parfois la neige tombe par bourrasques. C’est dans ce contexte belliqueux perturbé par les conditions météorologiques que l’adjoint au sheriff, Hugh Beringar, se voit confier la mission de rechercher deux jeunes gens qui sont partis de Worchester pour une destination inconnue, probablement vers Shrewsbury. Une demoiselle âgée d’à peu près dix-huit ans, Ermina Hugonin, et son frère de treize ans, Yves. Tous deux sont de descendance noble mais ils ont perdu leurs parents, et leur oncle, Laurence d’Anjou, qui est aussi leur tuteur, vient tout juste de rentrer de Palestine. D’ailleurs c’est lui qui, interdit de par sa proximité avec Mathilde de se rendre à Shrewsbury, a commandé les recherches. Ils sont accompagnés de sœur Hilaria, une bénédictine guère plus âgée qu’eux.

Frère Cadfael, réputé comme un excellent guérisseur et qui lui aussi a baroudé en Palestine, bien des années auparavant, est mandé par le prieur de son couvent de se rendre à celui de Bromfield. Un homme a été retrouvé mourant dans la neige début décembre et il doit lui prodiguer ses soins. Frère Elyas est dans un évanouissement proche de la catalepsie et il est devenu amnésique. Toutefois dans ses délires il parle de deux enfants qu’il a accompagnés pendant un bout de chemin. Nul doute qu’il s’agit d’Ermina et d’Yves. Il a été attaqué en cours de route par des malandrins, et frère Cadfael, entre deux soins, se met à battre la campagne à la recherche des deux fugitifs.

En cours de route il aperçoit prise dans la glace d’un ruisseau une jeune fille, puis continue son chemin à la recherche d’Yves. Il trouve le garçon dans une ferme qui a été saccagée. Dans les alentours d’autres fermes, manoirs et châteaux ont également subi des ravages de la part des malandrins qui voyagent en bande organisée, tuant, pillant et incendiant. Yves affirme que sa sœur était partie avec un homme, jeune, dont elle était amoureuse, les laissant lui et sœur Hilaria chez les fermiers. En compagnie d’Yves et d’Hugh Beringar, frère Cadfaël va retirer de sa poche de glace la jeune morte qui porte les cheveux courts de couleur châtain, alors qu’Ermina les possède longs et noirs.

Et dans un manoir qui a été également ravagé, il rencontre le jeune chevalier Evrard Botherel, blessé lui aussi et à qui il prodigue également ses soins. Yves reconnait en Evrard l’homme qui accompagnait sa sœur.

Mais Elyas est en proie à des délires et il part du prieuré semblant attiré vers un but précis. Yves le suit, sans prévenir qui que ce soit. Peu après, frère Cadfael aperçoit arrivant au prieuré une jeune fille accompagnée d’un chevalier. L’homme s’évanouit aussitôt dans la nature tandis que la jeune damoiselle, il s’agit d’Ermina, est confuse, expliquant que tout ce qu’il vient de se dérouler est de sa faute. Elle n’était plus amoureuse d’Evrard, qui l’avait déçu, mais de son nouveau compagnon, Olivier de Bretagne.

 

Dans une Angleterre déchirée par les luttes entre cousins pour s’approprier le pouvoir royal, nous suivons les aventures monastiques de frère Cadfael et participons à cette enquête glaciale.

Ellis Peters place ses personnages dans une Angleterre médiévale, alors que l’influence française est toujours prégnante. L’enquête pourrait n’être qu’un prétexte pour servir de base solide à un roman historique. En effet la mort, non accidentelle de sœur Hilaria, sert de support dans cette intrigue, mais ce sont bien les conflits entre les troupes des deux cousins et les bandes de malandrins, de coupe-jarrets qui écument la région, qui tiennent une part prépondérante dans le récit. Yves par exemple, ainsi que d’autres personnages dont Hugh Beringar et frère Elyas jouent un rôle très actif, de même qu’Olivier de Bretagne par la suite.

Mais le rôle de frère Cadfael est d’interpréter un personnage simple, philosophe, ayant vécu, sachant s’intéresser à ses interlocuteurs et au monde en général. Il possède un vécu, comme on dit, et justement ce vécu lui permet de se conduire en humaniste. Et l’on en apprend un peu plus sur lui, ses années, alors qu’il était soldat puis croisé, passées près d’Antioche, ses amours, dans ce roman qui pourrait s’apparenter à un roman dit de terroir, ancré dans un registre historique que nous n’appréhendons guère, non pas parce qu’il est placé hors de France, quoique l’emprise normande y soit encore très vivace, mais dans un étage temporel qui est encore mal connu de nos jours, même si les historiens défrichent de plus en plus cette période qui s’étire sur plusieurs siècles.

Première édition mars 1990.

Première édition mars 1990.

Ellis PETERS : La vierge dans la glace (The Virgin in The Ice – 1982. Traduction d’Isabelle di Natale). Série Grands Détectives N°2086. Editions 10/18. Réimpression août 2017. 256 pages. 7,10€.

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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 09:39

Ce que Félin ne fait pas l’autre !

Gérard CHEVALIER : Carnage… en coloriage !

Susceptible, la chatte Catia a décidé de faire la tête à ses patrons, ceux-ci l’ayant morigénée sans enquêter auparavant sur la provenance de l’incident qui s’est produit durant leur absence.

De caractère mégalomane, impulsive, irascible, impertinente, cabotine, Catia avait en charge la petite Rose, et afin de lui éviter de faire des bêtises, elle l’a légèrement mordue. Drame dans la famille. Heureusement, Catia est une chatte peu ordinaire qui, si elle ne parle pas, parvient toutefois à s’exprimer en écrivant ses desiderata sur une tablette ou un ordinateur. Tout est bien qui finit bien, entre elle et ses patrons, Catherine la biologiste et Erwan le journaleux ancien policier en congé dans solde, quoique c’est elle la chef à la maison.

Le père de Catherine et ancien patron et ami d’Erwan, le commissaire Yvon Legal de Quimper, vient de recevoir un appel téléphonique du commissaire de Pont-Aven, ainsi qu’une feuille de papier à dessin sur laquelle figure une tache rouge. Il quémande l’avis de son gendre sur une affaire qui le préoccupe et dans laquelle il est directement impliqué. En effet outre la tache de couleur figure la mention : Commissaire Legal vous allez en voir de toutes les couleurs, signé : UPULU GAGNAI.

Direction Pont-Aven où s’est déroulé le crime, car il s’agit bien d’un crime qui a été constaté. Un homme a été découvert dans le musée Gauguin, dans la pension Gloanec, gisant sans vie, un tableau lui servant de collier et une entaille sur le haut du crâne provoquée par un objet contondant. Le médecin légiste est sur place, un incapable muté en Bretagne, la capitale n’en voulant plus. Et cette incompétence sera démontrée une fois plus car lors de l’autopsie, le cadavre se réveille. Heureusement que les deux policiers étaient présents, sinon, le cadavre en serait devenu bel et bien un. Seulement l’homme a perdu la mémoire dans cet incident.

Le blessé en sursis, un marchand d’art terrible séducteur, a accroché à son tableau de chasse de nombreuses conquêtes féminines. Sa femme, naturellement mais ce temps là est bien fini, et bien d’autres dont la petite domestique, mais n’a pu séduire sa secrétaire, et d’autres résistantes à son charme. Mais elles ont en point commun d’être toutes belles, attirantes, ainsi que sa fille adoptive. D’ailleurs les policiers se laissent eux aussi prendre à leurs charmes, ce qui n’est pas du goût de Catia qui leur fait part de son ressentiment.

Catia va donc prendre se trouvée propulsée sur le devant de la scène, devenant enquêtrice malgré les réticences de certaines représentantes du sexe dit faible, ce qui n’est qu’une appréciation erronée de la part des mâles imbus de leur personne. L’apport du flair d’Hector, un Saint-Hubert qui s’exprime de façon vieille France, ne sera pas de trop dans cette enquête qui est un défi lancé à l’enquêteur officiel.

 

Catia est la narratrice de cette histoire, l’auteur affiché sur la couverture de ce livre n’étant que son correcteur. Evidemment, elle ne se trouve pas toujours au même endroit qu’un Erwan et le commissaire Legal, mais ceux-ci n’oublient pas de lui narrer ce qui s’est déroulé lors de son absence sur les lieux qu’ils ont visités.

Un humour bon enfant baigne dans ce récit qui ne manque pas de références. Pierre Desproges est souvent cité, mais également d’autres personnages ayant vécus ou étant toujours en vie, dont Mathieu Ricard, le bouddhiste français, ce qui tombe bien car pour se remettre de leurs émotions, Erwan et Legal ingurgitent de nombreux petits verres de pastis pour remettre leurs neurones dans le bons sens.

L’on ne peut s’empêcher de penser, en lisant cette histoire dont le héros est une chatte, à Francis, un chat mis en scène par Akif Pirinçci, ou à Koko et Yom-Yom, les deux chats qui secondent le journaliste Qwilleran dans les romans de Lilian Jackson Braun. Juste une association d’idée, car Catia, et son copain, son amoureux oserais-je affirmer, Hector, spécialiste de l’art pictural, manient un humour parfois un peu ravageur et possèdent une érudition hors norme dont bien des bipèdes homo-erectus aimeraient se targuer de détenir. Mais si elle est érudite, de même que son copain Hector, il ne faudrait pas qu’elle devienne pédante, à la façon d’un Fabrice Luchini.

Un roman drôlatique, tant dans les scènes décrites que dans les dialogues et les réflexions émises par Catia, hautement recommandable, et pas réservé uniquement aux amoureux des bêtes qui ne le sont finalement pas tant que ça. Une enquête jubilatoire, peut-être un peu tirée par les poils, mais faut bien que Chat s’amuse.

Gérard CHEVALIER : Carnage… en coloriage ! Série Le chat Catia mène l’enquête N°4. Editions du Palémon. Parution le 20 octobre 2017. 256 pages. 10,00€.

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 08:54

Un classique indémodable de la littérature d’énigme dans une édition Prestige !

Agatha CHRISTIE : Le crime de l’Orient-Express

Dédaignée, voire méprisée par bon nombre d’amateurs de romans noirs, mais adoubée par des milliers de lecteurs pour qui seul le plaisir de la lecture compte, Agatha Christie n’est pas la Reine du crime, mais l’Impératrice, tant ses intrigues sortent d’un cadre strict régi par des codes.

D’ailleurs les cinéastes ne s’y sont pas trompés, adaptant à tour de pellicule la plupart de ses romans, et celui-ci le fut deux fois au cinéma, trois fois à la télévision, une fois à la radio, deux fois en bande dessinée et même une fois en jeu vidéo !

S’inspirant de deux événements qui se sont réellement déroulés, l’enlèvement du fils de l’aviateur Charles Lindbergh en février 1929, et du blocage par un blizzard du Simplon-Orient-Express durant près de six jours en Turquie, durant l’hiver 1929, Agatha Christie construit une ingénieuse intrigue machiavélique à souhait qui défie le temps.

Ayant résolu avec succès, mais qui en aurait douté, une enquête en Syrie, Hercule Poirot attend en gare d’Alep de prendre le train qui doit le mener à Stamboul, puis en Angleterre via Paris et Calais. Il surprend sans vouloir jouer l’indiscret une conversation entre un colonel et une jeune femme, mais n’en fait pas plus de cas que cela. Ceci ne le regarde pas.

A Stamboul, il prend une chambre dans un hôtel luxueux, en attendant de pouvoir s’installer le lendemain dans le prestigieux train dit l’Orient-Express. Il retrouve avec plaisir son ami M. Bouc, l’un des directeurs de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits, et prête plus ou moins attention aux autres touristes. Toutefois, l’un d’eux mérite d’être remarqué. Il s’agit d’un Américain, Ratchett, accompagné d’un secrétaire et d’un valet de chambre. De loin il paraît être un philanthrope bienveillant mais de près l’impression qu’il donne diffère totalement.

Il est l’heure d’embarquer dans le train Constantinople-Trieste-Calais, mais alors qu’en cette époque de l’année la rame est quasiment vide, ce jour-là, plus aucune place n’est libre. Poirot bénéficie du désistement d’un voyageur et il va devoir partager son compartiment avec un jeune homme.

Le lendemain matin, Poirot prend son petit-déjeuner au wagon-restaurant de bonne heure, puis il peut examiner les autres occupants du wagon qui défilent pour se restaurer. Il remarque que de nombreuses nationalités sont représentées par des voyageurs des deux sexes, de conditions sociales fort différentes les unes des autres. Il y a un couple, d’autres, des femmes, sont accompagnées de leur femme de chambre. Une douzaine de personne en tout. Dont une comtesse, un colonel, un représentant en voitures, une femme de chambre, un secrétaire… Ratchett lui demande même de travailler pour son compte, arguant de sa richesse et déclarant qu’il a peur pour sa vie. Une allégation étayée plus tard par le secrétaire qui lui montre quelques lettres de menaces. Puis le soir venu, en gare de Belgrade, la rame en provenance d’Athènes est accrochée au train, et M. Bouc en profite pour déménager, laissant son compartiment à Poirot.

Durant la nuit, Poirot est réveillé par du remue-ménage dans le couloir et le compartiment voisin qui est celui de Ratchett. Le lendemain matin, il s’aperçoit que le train est bloqué par la neige entre deux stations yougoslaves. L’effervescence règne et M. Bouc, accompagné d’un ami, le docteur Constantine, lui apprend que l’Américain, Ratchett, vient d’être découvert assassiné par le conducteur de la rame. Naturellement les policiers ne peuvent se déplacer aussi M. Bouc demande-t-il à Poirot de s’occuper de ce meurtre et de découvrir le coupable.

Et c’est ainsi que le détective belge va s’installer dans le wagon-restaurant afin d’auditionner tout à tour les différents occupants de la rame, après avoir examiné le compartiment du drame en compagnie de M. Bouc, du Dr Constantine et éventuellement de Michel le conducteur, qui pourrait être assimilé au contrôleur de nos jours.

Poirot n’est pas le seul à remarquer que Ratcheff a été tué à coups de couteau, mais plus étrange, ceux-ci ont été portés par un gaucher et un droitier, de façon plus ou moins violente. Certaines marques ne sont que des éraflures. Il récupère à terre un mouchoir de dentelle portant le monogramme H et un cure-pipe. Un bout de papier calciné lui offre un début de piste après un examen attentif. Et d’autres éléments viennent s’ajouter à ceux que possèdent déjà Poirot. Mais ils sont contradictoires.

Et c’est ainsi que la véritable identité de Ratchett est dévoilée. Il s’agit de Cassetti, l’homme qui avait enlevé aux Etats-Unis quelques temps auparavant une gamine de trois ans, et l’avait tuée. Les parents ne s’en étaient jamais remis, de même que la jeune bonne qui devait garder la fillette. Si certains affirment ne pas connaître le drame dont fut victime une gamine, d’autres avouent avoir possédé des relations plus ou moins proches avec cette famille éplorée.

Partant de cette affaire malheureuse, Cassetti ayant été acquitté suite à une faute de procédure et depuis vivant hors des Etats-Unis sous une fausse identité, et des quelques objets retrouvés dans le compartiment, Poirot va tenter de démêler cet imbroglio. En effet, tout concourt à accuser l’un des voyageurs, un ou plusieurs, car le mouchoir appartient à une femme, le cure-pipe au seul voyageur qui fume la pipe, d’autres petits détails comme une trace de graisse maculant le nom du propriétaire sur un passeport, et tous possèdent un alibi corroboré par un ou plusieurs personnes qui censément ne se connaissent pas.

Un huis-clos magistralement construit avec un épilogue logique, qui prouve qu’Hercule Poirot, et ses deux aides occasionnels, dans cette enquête qui s’avère un habile montage réalisé de main de maître, ne manque pas d’humanisme en résolvant cette affaire et surtout en lui fournissant une conclusion qui ne peut que satisfaire tout le monde, ou presque.

Naturellement, ceux qui n’ont pas lu livre mais ont vu le film connaissent la solution, mais le fait de lire le texte ne peut qu’ajouter au plaisir de retrouver une histoire ingénieuse qui démontre tout le talent machiavélique d’Agatha Christie.

 

Agatha CHRISTIE : Le crime de l’Orient-Express (Murder in the Orient Express - 1933. Texte français de Louis Postif). Collection Fac-similé prestige. N°169. Editions Le Masque. Parution le 2 novembre 2017. 256 pages. 9,90€.

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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 09:28

L’Hôtel-Dieu de Paris était le symbole de la Charité et de l’Hospitalité. Le symbole, c’est tout, car il n’était pas référencé au Guide Michelin !

Eric FOUASSIER : Le disparu de l’Hôtel-Dieu.

Près de douze ans ont passé depuis les aventures d’Héloïse Sanglar et de Pierre Terrail plus connu sous le nom de Chevalier Bayard à Amboise et à Reims.

Depuis dix ans elle vit à Paris, à l’Hôtel-Dieu où elle fait office d’apothicaire mais ses relations avec les Augustines qui tiennent l’établissement, et les médicastres qui sont engoncés dans leur ignorance ou leur refus des progrès de la médecine, sont tendues. Le métier d’apothicaire, comme bien d’autres fonctions sont réservées aux hommes, et seules les épouses peuvent prétendre l’exercer. Mais Héloïse est célibataire, et l’appui qu’elle a obtenu de la part de hauts personnages ne plaide pas en sa faveur dans ce monde fermé.

Elle est mère d’un petit garçon de onze ans environ, prénommé Etienne, le seul gamin qui vit dans l’établissement. Il est un peu laissé à lui-même, alors pour passer le temps il parcourt les lieux des toits aux caves. Il chasse également les rats, et il en avait même apprivoisé un, mais la loi de la nature est passée par là et il tente d’en choper un nouveau. Il s’est lié d’amitié avec le vieux Guillaume, le concierge. Mais ayant découvert dans les affaires de sa mère un papier portant le nom de Pierre Terrail, chevalier de Bayard, il est persuadé que celui-ci est son géniteur. On peut rêver !

Or donc un joue, Etienne suit Guillaume et il se retrouve dans un dédale qui mène à des caves. Guillaume, qui porte une gourde et un jambon, afin, Etienne l’apprendra le soir même lorsqu’il reviendra dans les souterrains, de ravitailler un blessé aux oreilles coupées, marque des voleurs. Le même soir Etienne revient et découvre le blessé moribond. Celui-ci lui remet un médaillon destiné au roi. Des hommes en noir, à la recherche de l’inconnu, affolent Etienne qui parvient à leur échapper par un boyau si étroit qu’il a du mal à avancer. Il arrive sur les berges de la Seine et n’a d’autre possibilité que de se jeter à la baille. Seulement il ne sait pas nager.

C’est le début des trépidantes et dangereuses pérégrinations subies par Etienne, qui sera l’esclave d’une famille de bateliers peu scrupuleux, puis rencontrera deux rufians accompagnés d’une jeune fille qui n’a pas froid aux yeux, perdant puis récupérant tour à tour le précieux médaillon et se retrouvera après moult avanies en Italie.

Pendant ce temps, Héloïse s’inquiète de l’absence de son rejeton. Elle va tout d’abord chez Guillaume, et les traces de sang qui parsèment le sol l’angoissent. Elle se rend elle aussi dans le souterrain, aperçoit des cadavres, et elle en fait part à Geoffroy, un médecin auquel elle fait confiance. Mais les cadavres ont disparu, enlevés par des hommes en noir qui les ont transportés dans une calèche. Toutefois un détail permet de connaître le propriétaire du véhicule et cela conduit les deux intrépides à une maison apparemment abandonnée. Deux hommes pourchassent Héloïse qui reconnait en l’un d’eux La Ficelle, un gamin qu’elle a connu lors de sa précédente aventure. L’adolescent a bien changé et depuis se fait appeler Nicolas du Pont. Quant au second personnage, il s’agit ni plus ni moins que de François d’Orléans, qui a accédé au trône de France quelques mois auparavant sous le nom de François Premier.

Héloïse va partir à Amboise, puis retrouver Bayard et elle est impliquée dans la bataille de Marignan, toujours à la recherche d’Etienne. Mais les retrouvailles avec Bayard sont compliquées, car elle est obligée d’avouer sa faute. Elle prodiguera néanmoins ses soins auprès des blessés à lors des affrontements en compagnie de Symphorien Champier, cousin de Bayard par sa femme.

 

Tout comme Jean-Paul Sartre affirmait dans Les Mots avoir lu avec délectation durant son enfance les livres de Paul Féval, de Michel Zevaco et autres romanciers populaires, Eric Fouassier avoue sans vergogne avoir renouer avec l’esprit d’une tradition bien française du roman de cape et d’épée qui va, toutes proportions gardées, de Dumas à Fajardie, en passant par Féval, Gautier, Achard (Amédée, je précise) ou Zévaco. J’ajouterai personnellement, par certains des événements ou épisodes vécus par quelqu’uns des personnages, des auteurs comme Xavier de Montépin, Eugène Sue et Anne Golon, sans oublier Hector Malot.

Mais Eric Fouassier apporte sa touche personnelle, renouvelant le genre, mettant en scène des personnages souvent attachants, réels ou fictifs, qui se évoluent dans une époque pré-Renaissance, alors qu’en général les romanciers cités plaçaient leurs énigmes et intrigues de la fin du XVIe siècle jusqu’à la fin du XIXe.

Le personnage d’Héloïse incarne la femme forte, indépendante, se battant dans un monde masculin mais également celui régit par des religieuses qui ne pratiquent aucun humanisme malgré leur statut. Elle est toujours obsédée par son amour de jeunesse pourtant seul son fils compte à ses yeux. Ainsi que ses malades, auxquels elle prodigue ses onguents, ses préparations, ses décoctions, ses emplâtres, réalisés à base de plantes ou de produits naturels, tout ce qu’elle a appris auprès de son père apothicaire, afin de soulager leurs maux et leur éviter des saignements pratiqués avec une certaine jouissance par des thérapeutes charlatans confis dans leur ignorance et refusant de reconnaître les progrès effectués.

Roman d’aventures, roman historique, roman de cape et d’épée, roman social, roman d’amour, Le disparu de l’Hôtel-Dieu est tout cela à la fois et bien plus encore. Les intrigues de cour, l’espionnage, les lettres cryptées, les trahisons, les erreurs, les faits d’armes et les moments douloureux, les descriptions de la vie de l’Hôtel-Dieu, la bataille de Marignan qui ne fut pas aussi glorieuse que nos livres d’histoire laissent imaginer en deux ou trois paragraphes, les personnages hauts-en-couleurs, la truanderie et l’amitié, tous ces épisodes se succèdent à un rythme effréné et font de ce livre un hommage au roman populaire, dans le bon sens du terme.

 

Eric FOUASSIER : Le disparu de l’Hôtel-Dieu. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 24 janvier 2018. 536 pages. 20,00€.

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 09:11

Bonjour madame, c’est pour une greffe

Je viens acheter un cœur,

Pas trop neuf, pas trop vieux

Un peu sucré, un peu salé,

Exinstas

Olivier KOURILSKY : Marche ou greffe !

Néphrologue à l’hôpital Tenon, à Paris, Séverine Dombre possède un foie, deux reins et un cœur comme tout le monde. Mais son cœur, contrairement à ses autres organes, est en capilotade.

Son parcours affectif et amoureux est semé d’obstacles. Elle a perdu son père dans un accident de la circulation, alors qu’elle n’avait que deux ans. Peut-être est-ce pour cela qu’elle prend souvent des amants plus vieux qu’elle. Des amants jetables comme les rasoirs ou les papiers mouchoirs. Ils ne restent pas longtemps dans son lit, et elle en change plus souvent que de slip.

Toutefois depuis quelques mois elle sort épisodiquement avec Hubert, un sexagénaire président d’un groupe spécialisé en logiciels d’analyse et de simulation. Elle a un gamin de quinze ans, Vincent, qu’elle a eu presque par hasard, dont la garde a été confiée à son père. Mais son adolescent, elle ne le voit qu’une fois pas mois, et encore. Ils ne communiquent guère.

Cela aurait pu durer encore longtemps si des clients spéciaux ne s’étaient un jour invités dans son service afin d’obtenir une consultation.

Un vieil homme du nom de Dibra, un Albanais qui ne parle pas le français, est accompagné de deux colosses qu’immédiatement Séverine Dombre surnomme en elle-même Dark Ice et Blue Ice à cause de la couleur de leurs yeux, de leur air froid et impénétrable. Dibra veut absolument se faire greffer un rein, mais la néphrologue a beau arguer que cela ne se passe pas comme ça, d’un coup de baguette magique, rien n’y fait il n’en démord pas. Enfin, c’est l’un des deux gardes du corps qui sert d’interprète, et Séverine explique qu’il faut appliquer un protocole, que les listes d’attentes sont à respecter, qu’il faut un donneur, que des examens sont à réaliser, et que bien d’autres précautions sont à prendre, rien n’y fait. Une grosse somme d’argent lui est même proposée, mais elle ne mange pas de ce pain là.

Pourtant elle pressent des fuites dans son service et ses deux responsables ont touché sans vergogne des enveloppes destinées soi-disant à des œuvres caritatives. Un policier d’un commissariat de quartier la contacte, l’informant que des tentatives de retraits ont été signalées et elle se rend compte qu’elle s’est fait voler sa carte bancaire. Puis un homme arrive à point nommé dans son service pour faire office de donneur. Il a été abattu d’une balle de 22 long rifle dans la tête, une arme peu usitée chez des truands. Puis un technicien du laboratoire d’histocompatibilité de Saint-Louis, un collègue qu’elle est allé voir afin de déterminer la compatibilité entre donneur et receveur, se fait abattre en pleine rue par deux motards.

Et comme sil elle n’avait pas compris qu’il lui faut absolument procéder à cette greffe de rein, des menaces pèsent sur son fils Vincent. Elles pèsent même si fort qu’il est enlevé.

 

En compagnie de Quentin, le jeune policier qui l’avait contactée à propos de sa carte et qu’elle trouve à son goût, penchant partagé par le jeune homme, Séverine va tout faire, enfin ce qu’elle peut, pour retrouver son fils tout en essayant de découvrir d’où peuvent provenir les fuites. Elle soupçonne certain(e)s de ses collègues, tenter de démêler cet imbroglio, tandis que des membres de la Criminelle, dirigée par la commandant Claude Chaudron et qui enquêtent sur l’agression mortelle du technicien, vont croiser son chemin, un peu grâce à Quentin.

 

Si l’on retrouve avec plaisir l’équipe de Claude Chaudron, c’est indéniablement la figure de Séverine Dombre, et par ricochet celle de son fils Vincent, qui prédomine.

Séverine est une femme forte, dans son domaine médical et elle ne se laisse pas monter sur les pieds, que ce soit de la part de ses collègues ou de sa hiérarchie. Mais dans le privé, elle est déboussolée. Sa vie affective est gravement atteinte et il lui faudrait une greffe de cœur, car tel le papillon elle butine à gauche et à droite. Ses relations avec son fils sont épisodiques, voire absentes, et elle ne l’accueille chez elle qu’avec une certaine réticence.

Pourtant cet épisode, l’enlèvement de Vincent, va déclencher en elle comme une forme de rédemption, une révélation, et alors qu’il disparait, il va lui manquer dans sa chair et son cerveau. Et par voie de conséquence, cela rejaillit aussi sur Vincent qui se met à apprécier cette femme qui se déclare sa mère mais ne s’en est jamais occupé.

L’enquête prend un tournant lorsqu’elle se rend en compagnie de Vincent en Normandie, non loin de Bayeux, dans le village natal de son père et grand-père. Et elle découvre tout un pan de l’histoire de sa famille qu’elle ignorait, et qui remonte lors du Débarquement des Alliés. Un secret familial et un épisode meurtrier dont les habitants de Delaiseville, ce petit village du bocage bajocasse, gardent encore en mémoire, comme une déchirure.

Le docteur Olivier Kourilsky étant néphrologue connait fort bien le milieu qu’il décrit, mais ce n’est pas pour autant que les scènes d’interventions hospitalières encombrent le récit. Elles se greffent avec justesse et le lecteur ne se sent pas perdu dans les techniques chirurgicales et travaux pratiques élémentaires de préparation.

Si la couverture rend bien cette double atmosphère d’hôpital et de truands, le titre en lui-même est particulièrement bien trouvé. Un jeu de mot qui pourrait prêter à sourire lorsque l’on ne connait pas le contexte de l‘intrigue, mais qui est en réduction la trame du roman.

Ce roman est suivi de Mon meilleur ami, une nouvelle publiée dans le quatrième recueil des Pontons flingueurs mais qui a été remaniée pour l’occasion.

 

Olivier KOURILSKY : Marche ou greffe ! Editions Glyphe. Parution le 15 janvier 2017. 272 pages. 16,00€.

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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 10:26

Roman psychologique mais pas que…

Didier FOHR : Le pacte.

Le regard d’un enfant toisant attentivement Antoine Massas, avec des interrogations plein les yeux, perturbe le policier. C’est un homme désabusé, en pleine déprime, vivant en célibataire. Peut-être est-il en phase avec sa ville de Belfort en pleine dépression économique.

Les aventures féminines ne manquent pas, notamment la nouvelle venue, Héloïse, une amie de sa voisine Annabelle, qui justement l’est, belle. Mais ces jeunes femmes cultivent elles aussi une déprime, et à deux, ce n’est pas forcément la panacée pour guérir. Ils boivent de nombreux verres pour oublier qu’ils sont seuls à la recherche d’un petit quelque chose qui pourrait les sauver du marasme mental dans lequel ils s’enfoncent inexorablement. Il consulte un psychologue, mais il n’avance pas, et discute parfois avec un ami journaliste et dans ce cas il est plus loquace.

La découverte d’une femme sexagénaire découpée en morceaux, une opération effectuée après strangulation, heureusement pour elle, va peut-être le sortir de l’ornière dans lequel il s’enfonce. Et puis il y a son vieux copain Christophe qui après des années de silence vient de lui envoyer un mail de retrouvailles.

Le train-train habituel d’enquêteur pour Antoine qui fait équipe avec Aline, accorte policière, mère de deux enfants et en délicatesse avec son mari. Evidemment des liens se forgent entre les deux collègues, mais pas le temps de penser à autre chose qu’au boulot.

D’abord se demander pourquoi Mélanie, c’est la victime, se serait fait voler son ordinateur, ensuite rechercher ses deux garçons, l’un habitant dans le Sud de la France, l’autre étant SDF à Paris.

Mais c’est lors d’une soirée dans un bar que son enquête va prendre un tournant vers il lequel s’engouffre allègrement mais qui apparemment ne débouche nulle part. Quoi que. En effet, un homme vêtu en touriste avec chemise hawaïenne, lui glisse dans les oreilles de rechercher le Retable de Grünewald connu aussi sous le nom de Retable d’Issenheim. Malheureusement, l’homme est victime d’un accident en sortant du bar et il se retrouve à l’hôpital.

Il semble délirer toutefois il déclare avoir découvert des corps humains, des bras et des jambes, dans la décharge où il est grutier. Et voilà Massas avec d’autres cadavres sur les bras dont il va falloir découvrir l’identité. Mais une visite à Colmar où est entreposé le retable, va lui permettre d’avancer. En effet cinquante ans auparavant, le conservateur du musée est décédée lors d’une chute, sa tête heurtant violemment l’objet. Un accident provoqué par une sixaine de jeunes adolescentes de dix-sept ans, qui s’étaient amusées avec lui. Méfiez-vous des jeunes filles en fleur !

Et ne voilà-t-il pas que lorsque Massas retrouve son ami de vieille date, il découvre que celui-ci possède une sœur, Zélie, dont le parcours est également chaotique.

Ce qui amène Massas à déclarer à Christophe :

Loin de moi de faire de la psychanalyse de vide-greniers, mais tant que tu veilleras d’aussi près sur ta sœur, y aura-t-il une autre place pour une femme ?

Massas réagit un peu comme un toubib qui tête un mégot et fait la leçon aux fumeurs, les exhortant à s’arrêter sous peine de caveau funéraire à commander de suite.

 

Roman policier, oui, mais roman psychologique d’abord, avec tous ces personnages englués dans la déprime et qui ont du mal à se gérer et à gérer leur existence. D’autant que rien ne peut les sortir de ce marasme.

Ainsi Massas, qui côtoie très souvent des familles en perdition, des mères devant assumer seules ou presque la garde de leurs enfants face à des maris violents. Et justement, ces enfants qui regardent Massas comme s’il était une incongruité sur leur chemin.

Massas s’autoanalyse et il n’a pas besoin de psychologue pour lui mettre la tête dans le sac :

Dès qu’un petit rien de positif pointait dans cette sorte d’existence qui était la mienne, je parvenais à faire surgir l’exact pendant en négatif, histoire de neutraliser la moindre tentative de bonheur.

Ce pourrait être une enquête banale dirigée par des dépressifs, seulement s’intègre dans cette histoire un élément venu du fond des âges ou presque. Une maladie médiévale appelée le Mal des ardents, ou feu de Saint-Antoine. Mais quel est le rapport entre cette maladie, la mort des mamies et le retable d’Issenheim exposé dans le musée d’Unterlinden de Colmar ?

 

A lire également de Didier Fohr :

 

Didier FOHR : Le pacte. Roman policier mais pas que… Editions Lajouanie. Parution le 8 décembre 2017. 304 pages. 19,00€.

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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 08:59

Une aventure d’Héloïse Sanglar et sans reproche !

Eric FOUASSIER : Le piège de verre.

En cette fin du mois d'octobre de l'an 1503, l'assassinat d'un troisième alchimiste inquiète Anne de Bretagne en son palais de Blois.

Elle est convaincue que sa couronne est en danger, du moins celle de son mari le roi Louis XII. D'autant que d'étranges messages ont été gravés sur le front de chacun des homicidés. Sur le dernier en date figurent les lettres Let D.

Se souvenant que cinq ans auparavant, de ce qui est advenu lors du décès accidentel, du moins c'est ce qui a été officiellement déclaré, de Charles VIII, elle fait appel à Héloïse Sanglar, fille d'apothicaire et apothicaire elle-même, ayant repris l'échoppe de son père décédé dans de troublantes circonstances.

La jeune fille, âgée maintenant de vingt-trois ans, avait enquêté en compagnie de Pierre Terrail, le chevalier Bayard, démontrant un esprit intelligent, vif, et se montrant courageuse dans des moments difficiles. Elle prépare à l'aide de produits naturels des onguents, des panacées, des parfums et autres médications destinées à soulager les maux de toutes sortes. Au moment où l'envoyé de la reine lui enjoint de quitter Amboise et de se rendre immédiatement à Blois, elle met la dernière main à la confection de cierges commandée par un monastère. Elle se met immédiatement en route laissant son apothicairerie aux mains de son ouvrier-compagnon, compagnon dans le sens de compagnon du devoir, qui sait se débrouiller seul la plupart du temps.

Sur place, Héloïse fait montre de détermination et ne s'en laisse point conter par la Reine. Elle veut savoir pourquoi celle-ci est persuadée que le trône est en danger. Anne de Bretagne lui montre alors un parchemin qui avait été glissé dans son psautier et sur lequel est inscrite cette phrase pour le moins sibylline : Qu'En Ce Vitrail Le Lys Défaille.

Peu avant que Maître Barello, l'alchimiste, soit assassiné, il avait reçu la visite d'un maître verrier et de son assistant Jean surnommé l'Angelot. Héloïse recueille plus de renseignements auprès de Tiphaine, la servante, et de Guillaume, l'apprenti de l'alchimiste. Le jeune garçon a assisté à une scène étrange qui le fait frissonner encore d'horreur. L'alchimiste avait découvert une vitre rouge enchâssée dans un cadre de cuivre, avait déposé un jeune chiot près du verre puis allumé une chandelle. La lumière se reflétant dans le verre rouge avait touché l'animal qui en était mort. Incroyable.

Le maître verrier est reparti en compagnie de l'Angelot et il faut percer le secret qui entoure ce phénomène étrange et mortifère. Pour cela, le mieux est de se rendre à l'abbaye de Baume-les-Moines, dans le Jura, et le rencontrer. Anne de Bretagne adjoint à Héloïse le chevalier Henri de Comballec, baron de Conches, et son écuyer Robin. Toutefois avant de repartir pour Amboise afin de préparer ses affaires, Héloïse est agressée dans les jardins royaux par des soudards et elle ne doit, sinon la vie sauve, tout du moins une virginité intacte à Philippe de Clèves, évêque de Nevers, qui baguenaudait dans les parages.

Puis c'est le grand départ et Héloïse ne peut emmener tout son attirail d'onguents et autres médicaments, juste une petite trousse de premier secours, et là voilà juchée sur une mule alors qu'elle pensait effectuer le trajet à bord d'une litière. Faut pas rêver non plus.

En cours de route, les dangers guettent nos voyageurs, et arrivés sains et saufs, à Baume-les-Moines, c'est pour repartir munis d'un parchemin découvert dans une anfractuosité de l'édifice. Un parchemin comportant de nombreuses strophes qu'ils doivent décrypter s'ils veulent continuer leur chemin qui les conduira au maître vitrier. Bourges, Sens, Autun autant de villes étapes qui ponctuent ce jeu de piste et ce chemin de croix jalonnés de dangers de toutes sortes. Ils sont suivis par un albinos chargé de leur mettre des bâtons dans les roues, ou sous les pieds de leurs cheveux, voire de les éliminer.

Pendant ce temps, que fait Pierre Terrail, le chevalier Bayard, cet homme auquel pense si fortement Héloïse ? A la même chose, c'est-à-dire qu'il pense à la jeune femme et son souvenir est prégnant, malgré les nombreuses années au cours desquelles ils ne se sont pas vus, ayant tout juste correspondu la plupart du temps par pigeon voyageur. Bayard est actuellement près de Naples, combattant pour le compte du roi de France et affrontant les troupes espagnoles qui désirent elles aussi se partager ce morceau de province.

 

Roman historique, Le piège de verre est également un roman ludique, un thriller ésotérique, mais pas trop, et une histoire d'amour entre deux jeunes gens, voire trois car bientôt Héloïse s'aperçoit qu'Henri de Comballec ne lui est pas indifférent.

Mais c'est bien le thème historique qui prévaut, les problèmes rencontrés par Anne de Bretagne pour assoir sa notoriété, les jalousies exacerbées de celle qui a été répudiée, à cause d'une tradition qui veut que le nouveau roi épouse la veuve du précédent et surtout pour des intérêts domaniaux ou dont la descendance pourrait prétendre régner à la place de Louis XII, si celui-ci venait à décéder sans postérité.

Quant à la partie ludique, il s'agit de décrypter une énigme. Mais celle-ci est alambiquée, et il faudra user de leurs connaissances mais compter aussi sur une grande part de chance pour parvenir à décoder ce texte. Car une véritable course contre la montre se joue dans un contexte à étapes foisonnantes de rebondissements.

Roman de la manipulation, cette histoire est habilement construite et réserve son lot de surprises. Quant à l'épilogue, ouvert, il ouvre la voie à une nouvelle aventure d'Héloïse, aventure qui je l'espère sera écrite et publiée avant cinq ans, comme le laps de temps qui sépare celle-ci de la précédente.

 

Eric FOUASSIER : Le piège de verre. Roman historique. Réédition Le Masque Poche. Parution le 24 janvier 2018. 512 pages. 8,90€.

Première édition : Editions Jean-Claude LATTES. Parution le 1er février 2017. 480 pages. 20,00€.

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 09:33

La fée l’a fait et Merlin est désenchanté…

Chantal ROBILLARD : Merlin et la fée des flashs.

Pour avoir refusé une promotion, le commandant Merlin s’est retrouvé muté à Strasbourg, cantonné dans son grade, ce qui ne le perturbe pas plus que cela. Il appartenait au GIGN, et l’épisode du Bataclan, dans lequel il a été impliqué de même que sa fille Morgane, lui reste gravé dans la mémoire.

Pour l’heure, il doit quitter son domicile après avoir passé une nuit voluptueuse dans les bras de Rosemonde Sagramore, la jeune procureure-adjointe, afin de se rendre à Kaysersberg et boucler une enquête. Après un dernier échange pour la journée dans des draps qui s’en souviennent encore, il part pour son rendez-vous en compagnie du Lieutenant Caradoc, un handicapé moteur depuis un problème à Roissy où il failli s’envoler pour le paradis des policiers.

Sur place ils retrouvent le commandant de gendarmerie Galade, un ancien du RAID, en affectation à Colmar, et avec qui il partage de mauvais souvenirs de l’épisode du Bataclan. Puis leur travail effectué, Merlin décide de rester à Colmar, tandis que Galade s’occupera de rapatrier Caradoc, afin de rendre une petite visite à sa fille Morgane, qui a été invitée à un salon littéraire.

Morgane vit à Parie et est une auteur et dessinatrice en devenir, spécialisée dans les romans juvéniles, ce qui est un excellent dérivatif pour effacer sa nuit du Bataclan où elle a échappé à un attentat. Merlin fait un petit tour également au stand de la gendarmerie où Galade effectue une permanence.

Ils boivent un verre ensemble et Galade confie à Merlin que lui et Morgane ont failli un jour… Enfin, vous voyez ce qu’il sous-entend. Bref Merlin est sidéré, en colère, et il se retient pour ne pas taper sur son ami. Mais ce n’est que partie remise. Et ce qui devait être une journée agréable se termine en eau de boudin.

Une femme interpelle Merlin, et il a du mal à reconnaître en cette personne accusant un âge avancé et un ventre proéminent, à la face tavelée, une poussette avec une gamine dedans, la femme de Galade. Elle accuse Morgane d’harceler son mari, de lui envoyer des messages explicites. La gamine au doux prénom d’Yseult se sentant délaissée commence à pleurer et vlan, passe-moi l’éponge, ou plutôt la torgnolle maternelle qui atterrit sur son visage poupin.

Il y a toujours des personnes prêtes à témoigner de ce qu’elles n’ont rien vu et mais affirment que les événements se sont déroulés de telle façon, sans que quiconque puisse les contredire, sauf le coupable présumé. Mais l’écoute-t-on ? Bref, Merlin est accusé d’avoir torturé une enfant et il est emmené à la gendarmerie pour maltraitance en public.

Pauvre Merlin qui ne se doute pas dans quel engrenage l’entraîne une visite à sa fille dans un salon du livre.

Débutant sous des dehors guillerets et festifs, malgré cette réminiscence du drame du Bataclan, cette histoire emprunte des voies maléfiques et Merlin aura bien du mal à se sortir d’un embrouillamini familial, d’une ambiance délétère et à l’atteinte physique que supportera sa fille, tout ça à cause de pas grand-chose.

Tout comme une mayonnaise qui demande un bon coup de fouet pour monter, le drame prend forme peu à peu, et se transforme en une intrigue glauque, un peu comme les écrivait David Goodis. Mais le final réserve bien des surprises, et pas uniquement au lecteur. L’aspect fantastique se traduit dans des flashs, des visions, des prémonitions.

Chantal Robillard est originaire d’Auvergne et elle n’oublie pas de se souvenir de sa région natale en plaçant un protagoniste évanescent qui se réclame de sa chère province.

Il est prévu une version papier pour 2018.

La chrysalide numérique se muera alors en joli papillon, que l’auteur s’empressera de dédicacer lors de salons du Livre !

 

Chantal ROBILLARD : Merlin et la fée des flashs. Roman numérique. Editions Nutty Sheep. Parution 19 décembre 2017. 69 pages. 4,49€.

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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 09:15

Ce n’est plus une épine pour Velcro, mais un pieu…

Valérie LYS : L’œuvre des pieux. Collection Commissaire Velcro N°6.

Alors qu’il est en gare de Quimper et s’apprête à regagner la capitale, le commissaire Velcro est convié à se rendre à Rennes, épauler le commissaire local.

Celui-ci est confronté à une affaire qui dépasse ses compétences, un homme en train de raboter un parquet dans un appartement sis non loin du pont de la Mission (pour ceux qui connaissent) ayant été occis et placé dans une posture dont la mise en scène est évidente. Il est dans la position du raboteur (déjà dit) mais un pieu enfoncé dans la poitrine, ce lui permet de garder l’équilibre. Mais ce qui motive l’enquête confiée à Velcro de la PJ parisienne, c’est l’identité du défunt. Henri de la Motte, adjoint au ministère de la Culture, fils d’un ancien ministre, venu à Rennes pour l’inauguration du nouvel écomusée à La Bintinais (toujours pour ceux qui connaissent les lieux).

Bon début pour Velcro qui se languit de Paris, de sa famille et de sa trompette. Mais il aime son métier, et il retrouve avec plaisir le commissaire Delcourt qu’il a connu lors de stages. Mais cette affaire n’en reste pas là, car un second cadavre est découvert justement dans les jardins de l’écomusée, avec une mise en scène bucolique. Il s’agit d’André Berthoux, généalogiste spécialisé dans les affaires de succession.

Velcro et Delcourt vont enquêter ensemble, avec l’aide de Déborah, la stagiaire versée au commissariat dans le cadre d’une reconversion suite à un surmenage. Déborah se montre indispensable, servant le café mais également recherchant de son côté, et se montrant particulièrement subtile pour dénicher les petits faits qui font avancer l’enquête et pour analyser les comportements des différents protagonistes.

Au début, Velcro ressent une indéfinissable répulsion envers Déborah, pour des raisons qu’il ne peut comprendre, mais peu à peu il est attiré par cette femme dans la force de l’âge.

Les imbrications entre de la Motte, sa maîtresse qui exerce de hautes fonctions au sein de la FNSEA et de son mari qui est un spécialiste de la salade et des légumes en sachets, Berthoux le généalogiste, un magnat Russe qui possède une chaine de restaurants et fraie avec la Maffia, et d’autres personnages, dont la secrétaire de l’adjoint au ministère de la Culture qui était secrètement amoureuse de son patron.

Je n’aurais garde d’omettre Gustave, photographe de son état, qui est dépêché par la mairie pour immortaliser sur papier les membres du commissariat, et se retrouve tout le temps entre les jambes des deux commissaires, en tout bien tout honneur, et amuse la galerie avec ses collections de timbres étrangers. Il amuse la galerie, ce qui ne plait guère à Delcourt et Velcro mais relaxe les forces de l’ordre surmenées.

 

Un bon roman avec une intrigue astucieuse et des personnages qui sortent de l’ordinaire. Seulement, eh oui, car je me permets d’émettre quelques réserves, je me suis parfois un peu perdu dans ce qui pourrait être des erreurs ou des inattentions de relecture.

Par exemple, cet adjoint au ministère de la Culture qui détourne des fonds pour en faire profiter des personnes émargeant à la FNSEA et par ricochet à des entrepreneurs de l’agroalimentaire. Normalement il aurait dû appartenir au ministère de l’Agriculture, même si entre agriculture et culture, il existe des convergences. N’est-ce pas Jean-François Millet, Vincent Van Gogh, Paul Cézanne, et combien d’autres artistes qui trempaient leurs pinceaux dans la glèbe et nous ont offert des scènes champêtres et bucoliques ?

Ensuite le jardinier retrouvé à l’écomusée, qui tient dans les mains deux arrosoirs, et est lui-même retenu par un pieu, est tour à tour Berthoux, puis de la Motte. Pourtant il n’y a pas eu d’échange de cadavres entre temps.

Enfin, il tarde à Velcro de retrouver sa femme, c’est normal me direz-vous même s’il éprouve un léger penchant coupable pour Déborah, mais aussi et surtout sa trompette. A moins que ce soit sa clarinette. Deux instruments à vent, d’accord, et après tout on peut toujours se tromper quoi que la forme soit différente.

Donc à part ces anomalies qui entachent ce roman comme deux ou trois chiures de mouche sur un mur entièrement blanc, qui m’ont sauté aux yeux comme un grain de pollen peut le faire dans le nez d’un allergique, ce roman est très bon, avec une intrigue solide qui balade le lecteur vers des suppositions erronées.

 

Valérie LYS : L’œuvre des pieux. Collection Commissaire Velcro N°6. Editions du Palémon. Parution le 20 novembre 2017. 224 pages. 10,00€.

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