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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 13:39

Eugène Sue, et moi je transpire !

Eugène SUE : Kernok le pirate.

Si Eugène Sue est surtout connu pour Les mystères de Paris et Le juif errant, il ne faut non plus oublier ses courts romans avec lesquels il a débuté sa courte carrière de romancier. En effet il est décédé en 1857, à l’âge de cinquante-trois ans.

Kernok le pirate, est le premier, et court roman publié dans la revue La Mode, en trois livraisons hebdomadaires, à partir du 13 mars 1830. Suivront d’autres courts romans dont El Gitano et Atar-Gull. Une mise en train avant d’aborder les romans sociaux dont l’imposant Mystères du peuple ou Histoire d’une famille de prolétaires à travers les âges, œuvre de longue haleine qui sera publiée de 1849 jusqu’en 1857 dont un jugement rendu par le tribunal de Paris du 25 septembre de la même année ordonnait la destruction des clichés et la suppression de l’ouvrage Les Mystères du peuple, par Eugène Sue, de tous les exemplaires saisis et de tous ceux qui pourront l’être, et en ordonne l’entière suppression (Revue Le Rocambole N°28/29, Relectures d’Eugène Sue, Automne-hiver 2004).

Kernok le pirate est un roman d’action, d’aventures maritimes, dans lequel la violence, surtout initiée par le héros, est présente quasiment de bout en bout. Court mais efficace, ce roman est empreint d’un humour noir, féroce, que l’on retrouvera par la suite dans certains romans de Paul Féval dont La fabrique de crimes.

Sur les conseils de sa femme Mélie, une jeune et jolie métisse, Kernok se présente dans la cabane d’un écorcheur (un cacou) qui vit avec sa femme Ivonne, sorcière, et leur fils, un simplet. Ils sont quelque peu naufrageurs également.

Ivonne connaît le parcours de Kernok, depuis son enfance comme mousse jusqu’à ce qu’il prenne le commandement de L’Epervier, un fier navire. D’après une légende, mais en général elles possèdent un fond de vérité, il aurait aidé le capitaine du navire à passer par-dessus bord. Donc la sorcière connait les antécédents de Kernok, mais ce qu’elle prédit n’est pas du goût du pirate. Elle voit Mélie en sang et lui affirme qu’il n’a plus que treize jours à vivre.

Nous retrouvons Kernok à bord de son bâtiment louvoyant entre les vagues, se montrant odieux envers ses hommes et plus particulièrement le mousse Grain-de-Sel. Zeli, le second, n’est pas en reste pour asséner les coups de garcettes, histoire de bien faire comprendre au mousse, et aux autres, que le maître à bord c’est d’abord Kernok, puis lui.

Arraisonner un navire est chose aisée pour les pirates, mais ensuite, il faut digérer les libations consécutives à la victoire sur l’ennemi. Ensuite c’est un navire anglais qui ose se frotter à L’Epervier, et les dégâts se comptent aussi bien en hommes qu’en matériel. Les millions de piastres arrachées de haute lutte lors du premier abordage vont trouver un emploi qui n’était pas prévu à l’origine. Et Monsieur Durand, le chirurgien-charpentier-canonnier de l’Epervier ne sait plus où donner de la tête et des mains.

 

Oh ! que j'ai admirablement conçu les corsaires, les aventuriers, les vies d'opposition : et là je me disais : la vie, c'est du courage, de bonnes carabines, l'art de se diriger en pleine mer et la haine de l'homme (de l'Anglais par exemple). Oh ! trente gaillards qui s'entendraient et mettraient bas les principes comme M. Kernok ! (Journal La silhouette – 1830

M. Eugène Sue a donné dans La Mode la ravissante marine de Kernok, révélant avec modestie un talent frais et gracieux qui grandira car il est jeune, très jeune (Journal Le Voleur ; 10 janvier 1831)

Quel est cet écrivain qui se montre si enthousiaste envers ce roman du jeune et prometteur Eugène Sue ? Tout simplement Honoré de Balzac qui ne tarit pas d’éloges envers son confrère.

Ce roman maritime et d’aventures, limite fantastique, est plein de bruit et de fureur, de violences, et montre la condition dans lesquels les marins étaient traités à l’époque, et surtout la vie difficile vécue par les mousses. Pourtant, tel Grain-de-Sel, ceux-ci subissaient leur sort sans vraiment en vouloir à leurs capitaines, car ils savaient que sous la férule se cachait, parfois, un avenir qui les entrainait vers une vie d’hommes capables d’affronter tous les éléments.

Sue entreprend, dès ce roman, une analyse profonde de la superficialité du jugement social et de l’Eglise qui a perdu le sens du langage et de ses principes.

Eugène SUE : Kernok le pirate. Poche Classique. Editions De Borée. Parution le 16 mai 2014. 144 pages. 5,90€.

ISBN : 978-2812911217

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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 09:19

Alix, au pays des mers, veille…

Alix KAROL : En tout bien toute horreur & Assassin pour tout le monde.

Les éditions French Pulp entreprennent la réédition des romans d’Alix Karol, alias Patrice Dard, romans qui furent publié dans les années 1970 dans la défunte collection Espionnage du Fleuve Noir. Mais plus que des romans d’espionnage, ce sont parfois des reportages, souvent humoristiques, sur une époque qui par certains aspects n’a pas beaucoup changée, comme on pourra le lire dans le deuxième roman de ce volume double.

 

En tout bien toute horreur :

Ce premier épisode d’Alix Karol, surnommé Karolus depuis ses années de lycée, trente ans, les yeux bleus, propriétaire d’un restaurant sis à La Queue en Yvelines nommé La Pommeraie, nous met tout de suite dans l’ambiance. Ceci ne vous rappelle-t-il rien, chers amis lecteurs et fins connaisseurs ?

Sans m’étendre sur la trame de l’intrigue, je veux nonobstant parler d’un second personnage, récurrent, Bis. Bis de son prénom originel Karolus, est natif des Pays-Bas. Karol et Bis forme un curieux couple œuvrant dans la pseudo divination, la télépathie, se produisant dans des cabarets partout dans le monde. Pour ce faire, Bis est appelée Karola et est travesti en femme, ce qui d’ailleurs lui sied bien sans avoir pour autant des penchants homosexuels. Dans ce premier épisode, lors d’une attraction, Karolus, qui pratique également la prestidigitation, subtilise le cigare d’un spectateur et lui en fournit un autre, empoisonné. L’homme décède. Rentré à la Pommeraie Karolus apprend que son chien Plouk a été assassiné. 4Le numéro de duettistes auquel il se livre (pas le chien, mais Karolus) en compagnie de Bis n’est qu’une façade. En réalité ils sont tous deux membres d’une organisation mondiale, la S.S.T.M : Service Secret du Tiers Monde, dirigée par l’Inca, chargée d’organiser une forme de résistance envers les pays du bloc sino-russo-américano-européen. C’est dire qu’ils ne manquent pas de travail.

Une jeune fille serait retenue à l’ambassade de Suède au Brésil et les deux compères sont chargés de la délivrer. Seulement ils sont confrontés à la CIA et doivent déjouer les embûches dont certains représentants de cette organisation ne manquent de leur tendre. Volées de plomb à l’appui. Voilà pour l’intrigue. Mais attachons-nous aussi à la corrélation entre Dard père et Alix Karol.

Quelques passages glanés au hasard nous entraînent dans un début de réponse à la question précédemment posée, voir plus haut, je ne sais plus où exactement :

Des fois t’as des gonzesses pas plus épaisses qu’une seringue qu’ont l’entrée de service large comme la Place de la Concorde.

Moins humoristique mais tout autant révélateur :

C’est fou ce qu’on se console vite de la misère des autres.

Deux facettes, et ce ne sont pas les seules (je ne vous parle pas des scènes d’amour ou de copulation qui n’ont rien à voir dans mon propos) qui démontrent déjà un certain mimétisme, une osmose parentale dans l’écriture. Mais ceci n’est que le premier ouvrage publié et gageons que d’autres surprises nous attendent. Avançons dans nos investigations.

Ah, j’allais oublier. Deux notes en bas de pages, seulement, mais ce n’est qu’un début, supposons-le.

 

Intéressons-nous maintenant au second opus de ce volume et deuxième roman de la série Alix Karol.

Assassin pour tout le monde commence fort, très fort.

Nous retrouvons notre héros dans le métro, en train de palper une jeune femme puis lui mettre la main sous la jupe. Une erreur de sa part, tant pis il recommence ailleurs jusqu’à ce qu’il se fasse arrêter par des policiers et emmener dans une geôle. En réalité c’était une manigance, plutôt vicieuse, pour être en contact avec un détenu fiché. Seulement, l’homme se fait abattre par un troisième individu qui n’attend pas la sentence judiciaire en se tuant.

Un coup d’épée dans l’eau, mais nonobstant ce contretemps, Alix Karol se rend dans la piaule estudiantine de l’homme dont il voulait recueillir des informations. Il découvre quelques informations, noms et adresses de comparses, et se rend à un meeting d’athlétisme. Et rebelote, le sportif qu’il voulait interroger est abattu par une balle de revolver au moment où le départ était donné pour un cent mètres qu’il ne courra plus jamais.

Alix est abordé par une jeune fille qui le trouve beau, et qui n’y va pas par quatre chemins pour l’inviter dans sa couche. Elle propose même que Bis, dont nous avons fait la connaissance ci-dessus, soit de la partie car elle a une copine qui pourrait lui servir de partenaire. Autant cette sportive est belle, autant la copine est moche. Mais cela ne veut rien dire car au lit, souvent les réactions épidermiques sont inversement proportionnelles à la beauté. Bref, tout se passerait bien si une anicroche venait interférer entre les draps.

Agent de la SSTM, tout comme son ami Bis, Alix Karol doit démanteler un groupuscule terroriste qui contrecarre les plans d’une organisation palestinienne. Reformant le duo Karolus et Karolo, cette fois Bis n’est pas dans les vêtements d’une femme, les deux compères doivent se rendre près de Tozeur, dans une oasis qui doit accueillir entre autres le colonel Kadhafi. Ils vont amuser la galerie dans un spectacle de transmission de pensée digne de Mir et Miroska, pour ceux qui s’en souviennent, mais façon Pierre Dac et Francis Blanche dans le Sâr Rabindranath Duval. Puis ils devront affronter mille dangers en traversant un chott, une ancienne mer qui ressemble un peu au lac salé.

Plus une histoire de terrorisme que d’espionnage, Assassin pour tout le monde s’emberlificote un peu dans l’intrigue, donnant l’impression de passer du coq à l’âne. L’histoire est quelque peu décousue, mais c’est surtout pour l’auteur de mettre en scène des épisodes parfois farfelus, parfois angoissants. Les scènes de sexe ne manquent pas, c’était l’originalité de l’époque avec l’abolition de la censure et les films érotico-pornographiques qui n’étaient pas encore classés X.

Les divergences entre Palestiniens et Israéliens, dont la fameuse guerre des Six jours laisse alors des traces, et l’attentat des Jeux Olympiques de 1972, à Munich, attentat aux cours duquel onze athlètes de l’équipe d’Israël ont été assassinés par des membres de l’organisation palestinienne Septembre Noir, est évoqué dans le roman.

Si l’humour y est présent, c’est un humour de façade, car le sujet traité est grave. D’ailleurs les fameuses petites notes en bas de page sont absentes. Le directeur de la SSTM met les points sur les I en précisant que si Septembre Noir est en cause, il ne s’agit pas du fond du problème. C’est une alliance entre la SSTM et Septembre Noir qui est envisagée, mais comme l’un des interlocuteurs le précise :

J’ai dit que nous voulions sauver les Palestiniens ! hurle-t-il. Je n’ai jamais dit que nous voulions massacrer les juifs.

Un roman d’actualité un peu étonnant comparé aux autres ouvrages signés à l’époque Alix Karol mais qui joue avec les nerfs. Il ne s’agit pas d’un épisode de la Guerre Froide, qui opposait principalement le bloc russe au bloc occidental, mais bien une histoire de terrorisme dont les tenants et aboutissants sont mal définis. Mais à l’époque, c’était jouer avec le feu, que de donner une préférence à une nation par rapport à une autre, par rapport aux Palestiniens et aux Israéliens.

 

A lire aussi mon article sur la convergence d’écriture entre Frédéric Dard Patrice Dard et alias Alix Karol :

 

En tout bien toute horreur : Collection Espionnage N°1082. 1973.

En tout bien toute horreur : Collection Espionnage N°1082. 1973.

Assassin pour tout le monde : Collection Espionnage N°1093. 1974.

Assassin pour tout le monde : Collection Espionnage N°1093. 1974.

Alix KAROL : En tout bien toute horreur & Assassin pour tout le monde. Collection Espionnage. Editions French Pulp. Parution le 12 juillet 2018.

ISBN : 979-1025103753

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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 13:44

Nous sommes tous un peu concernés (en un mot) !

Eric FOUASSIER : Parano.

Surtout lorsqu’il s’agit de son ordinateur. Un ami qui vous veut du bien parait-il, mais qui peut devenir un ennemi implacable.

Depuis le départ en fanfare, avec fracas et claquements de porte de Léa, sa copine, sa femme, sa moitié avec son caractère entier, le narrateur ressent une peur devant son écran et ses relations avec Internet ne sont plus les mêmes.

Pourtant que de voyages virtuels a-t-il effectué via ce procédé, mais la déchirure avec Léa l’a déchiré et depuis il a peur. Tout jeune, il était déjà virophobe, mais c’est devenu une véritable obsession. Les virus informatiques le traquent. Sa boite mails accueille des messages qu’il n’ose pas ouvrir.

Il est traqué, il le ressent au plus profond de lui-même. Jusque dans le bar où il déguste un double cognac, ça lui permet de croire qu’il n’est pas seul à boire, il est entouré de personnages qui le scrutent à travers des fentes découpées dans leurs journaux tenus devant eux comme des paravents.

D’autres messages, dont le sujet est titré en anglais, lui parviennent, mais il ne les ouvre pas. Il les balance directement à la corbeille. Des messages intempestifs, dont il n’a cure mais qui lui bouleversent le ciboulot.

 

C’est l’histoire d’un mec, vous, moi, qui est harcelé par des messages électroniques, alors qu’il n’a rien demandé. Une intrusion pernicieuse qui lui chamboule les neurones alors que le départ précipité de Léa lui reste en travers de la gorge, des sens. Y bout le mec ! D’ailleurs il jette dans un sac poubelle la collection de volatiles nocturnes en porcelaine (je crois) de Léa. C’est pas chouette ce qu’il a fait !

Qui de nous n’a jamais vitupéré contre ces messages qui viennent polluer votre écran, votre vie, vous promettant le bonheur et plus ? Eric Fouassier grossit peut-être le trait, peut-être, mais avouez que parfois il y a de quoi être énervé et d’avoir envie de prendre son ordi et de le jeter contre le mur afin de tuer les virus et autres bactéries, microbes, qui vous empoisonnent.

Un humour féroce et noir pour une nouvelle qui reflète en certains points la réalité.

 

Du même auteur dans la même collection :

Eric FOUASSIER : Parano. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 11 novembre 2015. 10 pages. 1,49€.

ISBN : 9791023404234

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 08:45

Découvrez un Paris qui ne figure pas sur les guides touristiques !

Pierre PEVEL : Les Enchantements d’Ambremer.

Paris 24 juillet 1909.

Si d’un coup de baguette magique vous étiez transporté cent dix ans en arrière, vous ne manqueriez pas d’être étonné. Paris n’est pas tout à fait la capitale que vous connaissez, mais comme une transposition avec sa Tout Eiffel en bois, ses animaux féériques, ses gargouilles en pierre volant comme d’improbables oiseaux, ses chats ailés parlant, ses farfadets, ses arbres philosophes et sa ligne de métro qui relie deux mondes.

Car la conjonction de deux planètes se frôlant a redistribué les cartes célestes. L’Outre-Monde, en passant très près de la Terre, lui a communiqué ses pouvoirs, sa féérie, sa magie, permettant à quelques personnes de passer d’un monde à un autre.

Louis Denizart Hyppolite Griffont est un mage, appartenant au Cercle de Cyan, un club regroupant quelques magiciens de son acabit. Et de par sa fonction et son statut de magicien, il est amené à s’occuper d’affaires dévolues en général à des détectives. C’est ainsi qu’un directeur d’un cercle de jeu privé requiert ses services, sur la recommandation d’un ami commun, car il est intrigué par la chance insolente d’un joueur, un certain Jérôme Sébrier, parrainé par un homme du monde introduit dans les plus hautes sphères et appointé au Quai d’Orsay dans des fonctions mal définies.

Son amie Cécile de Brescieux, mage elle-même mais qui ne possède pas les mêmes pouvoirs appartenant à un autre Cercle, lui demande de retirer un ouvrage à la Bibliothèque royale d’Ambremer, la capitale d’Outre-Monde. Il s’agit de la Chronique familiale des La Tour-Fonval.

Ses deux missions vont amener Griffont à retrouver sur son chemin Isabel de Saint-Gil, une aventurière et fée déchue, qui revient de Saint-Pétersbourg. En digne émule d’Arsène Lupin, elle a dérobé quelques pièces précieuses et elle est poursuivie par des Russes implacables.

Ensemble, les voilà lancés dans des aventures trépidantes qui laisseront des traces, et des cadavres. Des objets enchantés sont au cœur de ces péripéties, objet convoités par la Reine Noire désirant se venger de sa sœur jumelle, la Reine des Fées, préfigurant la lutte du Mal contre le Bien, une série d’épisodes qui pourraient être néfastes au lien établi entre l’Outre-Monde et notre univers.

 

Le lecteur retrouve au détour des pages des personnages dont le nom ne lui sera pas indifférent. Ainsi l’inspecteur Farroux, à rapprocher avec Florimond Faroux, policier qui apparait dans de nombreuses enquêtes de Nestor Nurma, ou encore, les inspecteurs Pujol et Terrasson ainsi que le commissaire Valentin, tous trois rattachés aux brigades mobiles dites Brigades du Tigre, un feuilleton télévisé des années 1970 et 1980.

On pense également à des auteurs comme Alexandre Dumas, Michel Zévaco, Gaston Leroux, pour la verve, l’imagination, les dialogues, les côtés parfois farfelus de certaines scènes, et un petit côté Lewis Carroll également pour l’aspect merveilleux.

Et si comme moi, parfois en lisant un roman où la magie tenait un rôle prépondérant, vous vous demandiez pourquoi ces êtres dotés de ce don magique pouvaient réaliser certaines performances et pas d’autres, l’auteur nous explique les différences fondamentales entre magie instinctive, magie innée et magie initiatique. Et donc pourquoi ceux qui possèdent l’un de ces dons sont parfois impuissants dans certaines occasions.

 

Il y a toujours une femme, souligna la baronne. Et, comme par hasard, elle a toujours le mauvais rôle.

 

Le Livre de Poche N°27008. Parution mars 2007. 352 pages.

Le Livre de Poche N°27008. Parution mars 2007. 352 pages.

Editions Bragelonne. Parution mai 2015. 384 pages.

Editions Bragelonne. Parution mai 2015. 384 pages.

Folio SF N°571. Suivi de Magicis in mobile. Parution 9 mars 2017. 8,30€.

Folio SF N°571. Suivi de Magicis in mobile. Parution 9 mars 2017. 8,30€.

Pierre PEVEL : Les Enchantements d’Ambremer. Première édition : Le Pré au Clerc. Parution mai 2003. 348 pages.

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 09:04

Non, non, rien n’a changé

Tout, tout a continué…

P.-J. HERAULT : Régression.

Dans ce roman, le lecteur passe par diverses étapes le renvoyant à des images issues de ses lectures antérieures ou de la vision de séries télévisées plus ou moins proches.

Ainsi, au départ, le lecteur pourrait se croire transporté dans un western, avec des chevauchées épiques et à l’horizon sur une proéminence des hommes à cheval surveillant le fuyard ; puis dans un roman de cape et d’épée au temps des mousquetaires, avec ses combats héroïques à l’arme blanche et l’amitié naissante entre quatre hommes et le fuyard, ou encore dans un épisode de La Porte des étoiles (Stargate en français) car la civilisation qui règne sur la planète Sirta est médiévale, comme ces planètes sur lesquelles débarquent via une porte passage vers d’autres mondes, le colonel O’Neill (alias Richard Dean Anderson) et ses compagnons, la capitaine Samantha Carter (Amanda Tapping) et Teal'c, un jaffa rebelle (Christopher Judge). Mais ces images ne sont là que pour donner une idée de l’ambiance et de l’atmosphère qui règnent dans ce roman, car le propos est autrement plus subtil, incluant racisme et la régression enregistrée d’une civilisation à cause de diverses conjonctions, religieuses et accidentelles.

 

La population du comtat libre de Darik vient d’être pratiquement exterminée par le seigneur Joss de Falk, du comtat du même nom, et ses hommes. Seul Roderick Pellan, issu d’une vieille famille de Darik parvient à s’enfuir avec ses quatre juments et Pers son étalon. Roderick est un Basané, mais ceux-ci vivaient en bonne intelligence avec les Livides dans le Comtat de Darik car l’esclavage y avait été aboli, pas comme dans les autres parties de Sirta. Des Pisteurs, des mercenaires, sont à sa poursuite, et il repère également des Hors Castes. Il parvient à les semer et à se réfugier dans les Territoires Damnés. Mais il est blessé.

Fourbu, il s’endort et est réveillé par une voix qui semble sortir de terre. Il s’agit de l’Ordi d’un vaisseau spatial qui avait amené quinze siècles auparavant des Terriens puis des Centauriens, mais le vaisseau spatial s’était enfoncé sous terre et les rescapés survivent comme au temps du Moyen-âge. Leurs armes sont des arcs et ils se vêtent de peaux de bêtes tannées. Quant à la flore et la faune, elles ont prospérés grâce aux animaux transportés dans le vaisseau ainsi que des graines qui se sont développées par la suite.

Roderick est soigné et l’Ordi lui propose de l’aider dans sa quête, car le jeune homme désire venger sa famille et ceux qui sont morts sous les attaques de Falk. D’abord l’Ordi, et ses robots toujours en état de marche, lui façonnent une arbalète avec le matériel adéquat, des traits en acier, ainsi qu’une épée magnétique capable de repousser les coups de ses adversaires éventuels. Roderick sera également aidé et surveillé par une sorte de drone, gros comme une abeille, qui enverra des images jusqu’à l’Ordi central, et un équipement miniature avec lequel la machine et l’homme pourront converser, échanger des informations, répondre aux questions diverses qui ne manqueront pas de surgir lors des déplacements de Roderick.

Roderick retrouve sur son chemin les quatre Hors Castes, deux Livides et deux Basanés, dont il se fait des amis, avec lesquels il s’introduira dans le château de Joss de Falk, tuant son ennemi, et s’emparant, tel un nouveau Robin des Bois, de son trésor, des pièces d’or qui lui permettront d’acheter divers objets et aider la population. Puis il trouvera un jeune homme grièvement blessé qu’il emmènera à l’Ordi lequel le soignera. Les Hors Castes dont le chef, celui qui est considéré comme le Chef, Kosta qui fait un peu penser à Athos, se posent bien des questions mais à chaque fois Roderick parvient à donner le change, possédant toujours une réponse logique à leurs questions, posées ou non. Seul Roderick connait la présence de l’Ordi, sa localisation, et il parvient toujours à communiquer ou à se rendre à proximité, sans que ses nouveaux amis s’en rendent compte.

Roderick s’est imposé une mission qu’il veut mener à bon terme et il va rechercher des érudits, se confronter à des prêtres dont il est convaincu que c’est un peu à cause d’eux que la civilisation de Sirta a régressé et il embauchera des artisans capables de lui confectionner ce dont il a besoin, des armes notamment mais d’autres objets vitaux pour son entreprise.

 

Après une période de régression, la civilisation de Sirta, sous l’impulsion de Roderick aidé de ses compagnons et de l’Ordi, va-t-elle évoluer et connaître à nouveau une embellie, c’est tout le propos de P.-J. Hérault dans ce roman épique et flamboyant. C’est également la dénonciation du racisme qui anime les Livides envers les Basanés. Mais racisme et régression sont-ils liés ? C’est-ce que pense l’Ordi :

Je vois que les sociologues avaient raison, il faut peu de chose pour que les vieilles habitudes reviennent. Avec la régression, le racisme est réapparu.

Mais bien d’autres faits de société sont abordés par P.-J. Hérault dans ce roman foisonnant. Par exemple les vieux grimoires détenus par quelques érudits, et les connaissances soigneusement cachées par les Prêtres afin de mieux assujettir ou laisser dans l’ignorance la plupart des habitants de Sirta. Des épisodes qui peuvent être mis en parallèle avec l’époque médiévale, mais pas que.

Serions-nous en période de régression ? Ne sommes-nous pas arrivés, alors que les technologies, surtout informatiques, se développent de plus en plus rapidement et inexorablement, en pré-période de régression ?

En effet, avec les voitures qui se conduisent toutes seules mais que l’on ne peut réparer sans une aide technologique, avec la possibilité de tout savoir ou presque depuis son ordinateur, de déléguer ce qui demandait un minimum de recherches à des applications spécifiques, de ne plus penser par soi-même grâce ou à cause de l’intelligence dite artificielle, ne sommes nous pas à l’aube d’une régression mentale, intellectuelle, manuelle ? Ne devenons-nous pas dépendant des machines et des nouvelles technologies ? D’autant qu’avec les logiciels de reconnaissance vocale, il n’est plus besoin de savoir lire, écrire, mais simplement de commander. Appuyez sur un bouton et l’ordinateur fera le reste !

Un roman d’aventures épiques mais également sociologique qui donne la possibilité aux lecteurs, s’ils le souhaitent, de se poser les bonnes questions !

 

P.-J. HERAULT : Régression. Collection Blanche N°2025. Editions Rivière Blanche. Parution août 2006. 372 pages. 20,00€.

ISBN : 978-1932983821

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9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 08:43

Faut avoir la frite !

Isidore LELONZ : Soirée moules.

Avec son look de petit cadre bancaire, son cartable qui s’ouvre par le dessous comme ceux que possédaient les toubibs quand ils se déplaçaient, Romuald a tout pour plaire et surtout ne pas effrayer les consommateurs de ce restaurant populaire.

Zut, il avait oublié que c’était soirée moules, pas ce qu’il préfère, et ses chemises et ses cravates en gardent encore des souvenirs tachés. Tant pis, il peut à loisir détailler les consommateurs et repère rapidement un couple avec enfants. L’homme, genre malabar tatoué, ne l’intéresse guère. Ses yeux se portent sur la femme, belle comme c’est pas permis, mariée avec un beauf comme c’est pas permis. Mais des égouts et des odeurs, on ne discute pas.

Il aborde avec le sourire le couple, laissons les enfants de côté, ils ne comptent pas, et demande à l’homme qui se goinfre de moules avec une fourchette (pourquoi pas ? Et le petit doigt en l’air aussi ?) s’il peut emprunter sa femme, juste pour la soirée. L’homme n’est pas contre, la femme non plus d’ailleurs puisqu’elle sourit de plaisir, mais il préférerait un échange.

On ne prête pas sa femme comme ça sans une petite compensation. Romuald avait tout prévu. Il ouvre son cartable médical, et en extrait un pochon plastique contenant de l’eau et un… poisson rouge.

Affaire conclue, et Romuald peut repartir avec la dame, qui se prénomme Béatrice, et ce qui suit ne nous regarde pas. Disons que la dame va lui faire du bien.

Dans la nouvelle suivante, Business plan, nous retrouvons Romuald et surtout ses deux sœurs. Albumina et Cellophane. Vous êtes étonnés par ces curieux prénoms ? Moi aussi, mais il existe une explication pour tout. C’est grâce à la toute nouvelle loi Liberté intégrale que les parents peuvent prénommer leurs comme bon leur semble, mais cette loi ne s’arrête pas là.

 

Définis comme Libertinérotique, ces deux textes charmants qui peuvent être lus par tout adulte consentant, sont joie, humour et anticipatifs dans une société en pleine mutation. Des situations que l’on connaîtra peut-être un jour, enfin vous car pour moi ce sera sûrement trop tard, et qui ne seront pas pires moralement que ce qui existe déjà.

Par exemple, prêter sa femme contre un poisson rouge ne relève pas de la prostitution mais d’un échange librement consenti et non tarifé. Et le poisson rouge évoluant dans un bocal, cela amusera sans aucun doute les gamins qui oublieront pendant un certain temps de s’abrutir devant des jeux vidéo violents. Toutefois les vieilles pratiques machistes perdurent toujours, puisque c’est l’homme qui accepte ou non de procéder à un échange, sans véritablement demander son avis à sa femme.

Mais qui se cache sous le pseudonyme d’Isidore Lelonz ? Vous le saurez en cliquant sur les liens ci-dessous :

 

Isidore LELONZ : Soirée moules. Nouvelle numérique. Collection Cullissime. Editions Ska. Parution le 1er juin 2018. 21 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023407181

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7 juillet 2018 6 07 /07 /juillet /2018 06:15

Les petites collections populaires sont de retour !

Serge PENGER : Les Fleurs fanées.

Ne vous fiez surtout pas au titre de cette nouvelle collection éditée par Les Saturnales. En effet, impossible de ne pas songer à Brigade Mondaine, Police des Mœurs et autres séries érotico-policières. Et bien non, c’est tout à fait différent.

Pourtant, si les deux enquêteurs qui évoluent dans cette nouvelle série sont rattachés à la brigade de mœurs de Bruxelles, le texte ne tombe pas dans cette orgie de descriptions charnelles qui foisonnaient dans les collections précitées. Il aborde des sujets de société et dénonce certaines pratiques ici et ailleurs. Surtout ailleurs.

Alexandre Janssens et Sophie Vermuyten sont deux policiers belges de la section Mœurs de Bruxelles. Et c’est dans le cadre de leurs activités que leur patron les envoie au Vietnam pour assister à un symposium à Hanoï. Un grand coup de balai doit être donné dans la fourmilière de trafic humain, et pas seulement le tourisme sexuel. Ces pays du Sud-est asiatique entendent lutter contre la prostitution locale et l’esclave sexuel. Et si les deux agents spéciaux de la brigade des Mœurs ont été désignés, c’est parce qu’ils ont déjà passé des vacances au Vietnam quelques années auparavant et donc qu’ils sont sensés connaitre le pays.

A Kuala Lumpur, la première escale, les deux policiers sont réceptionnés par le commissionnaire Haji, qui dirige la division d’enquêtes criminelles de la police malaisienne, et son assistante le commandant Sharifah. Il est considéré comme un homme intègre et incorruptible. Mais il peut également se montrer odieux.

Puis direction Hô chi Minh-Ville où Janssens et Vermuyten où sont accueillis par le Lieutenant-colonel Nghia puis ensuite arrivée à Hanoï, le but de leur voyage, lieu où doit se dérouler le symposium. Seulement, des meurtres sont perpétrés en la personne de notables, des empoisonnements pudiquement appelés troubles gastriques ou autres par les autorités locales. Il ne faut pas que les médias et la population locale soit informés de la vérité.

Parallèlement, le lecteur suit le parcours de Sokhem, un gamin de neuf ans, qui sert depuis quelques années, de jouet sexuel. Alors qu’il doit satisfaire les exigences d’un général, une femme nommée Senshi se rend dans le bordel dirigé par Mamasan. Elle lui enduit le corps d’une huile essentielle, spéciale, car le général décède après avoir léché le corps du garçonnet. Et pour signer son crime elle dépose une fleur de lotus fanée sur le corps. Des fleurs que l’on retrouvera sur d’autres corps. Puis elle emmène le gamin lui promettant qu’il ne sera plus importuné.

Les policiers belges sont mis au courant pour les fleurs et les meurtres perpétrés aussi bien à Phnom Penh qu’en d’autres endroits comme Hô Chi Minh-Ville, l’ancienne Saïgon. Seulement ils sentent que tout autant Nghia que son jeune adjoint Huan, un policier à l’avenir prometteur, que Haji et Shafirah, jouent un jeu dangereux. Tout n’est pas dit, et ils se posent des questions concernant la sincérité des policiers asiatiques. Et ceux qui déposent des fleurs de lotus fanées sur les corps paraissent suppléer aux défaillances policières, tuant sans vergogne de hauts dignitaires qui sans cela auraient pu bénéficier de l’impunité. Mais nos policiers belges ne sont pas à l’abri de coups tordus, de tacles malvenus, donnant de leur corps pour une enquête qui déborde de leur présence principale ou officielle.

 

A part un léger interlude érotique, ce qui maintenant est un passage quasi obligé dans tous les romans, les auteurs et les éditeurs pensant ainsi appâter les lecteurs, tout est narré avec pudeur et sobriété.

Ceux qui s’attendaient à des flots de sang et de sperme seront déçus. Pas de violence, pas de stupre, pas de scènes voyeuristes dans ce roman signé par un auteur qui est déjà un romancier confirmé.

Car mon petit doigt, qui est toujours à l’écoute des informations, m’a susurré dans le conduit auditif, que Serge Penger a reçu sous un autre nom le Grand prix de littérature policière et le Prix des maisons de la presse. Je connais justement un auteur, dont je ne vous dévoile pas le nom de peur de me tromper, qui a obtenu ces deux distinctions, et qui de plus a vécu au Viêt-Nam de mars 2006 à mai 2010. Ce n’est donc pas étonnant que ce roman soit aussi bien documenté géographiquement mais pas que, et qui se positionne loin des clichés souvent lus dans ce type d’ouvrages.

A mon humble avis une série à suivre d’autant que le couple formé par Sophie Vermuyten et Alexandre Janssens est assez atypique. Ils vivent ensemble dans le même appartement mais leur relation reste platonique. Assez rare pour être signalé.

Serge PENGER : Les Fleurs fanées. Série Section mœurs. Editions Les Saturnales. Parution 15 mars 2018. 256 pages. 7,95€.

ISBN : 978-2364010703

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6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 07:54

Ce n’est pas parce qu’on n’a pas aimé un roman qu’il est mauvais. C’est tout simplement parce qu’on n’a pas pris de plaisir en le lisant.

Stéphane GRANGIER : Fioul.

Si je chronique quand même ce roman, c’est parce qu’il peut intéresser de nombreux lecteurs, plus conciliants et peut-être plus jeunes que moi, et qui n’ont pas la même vision de l’aspect rédactionnel et des comportements de certains des protagonistes.

A côté de pages frôlant presque la perfection, s’immiscent des passages franchement lourds, indigestes. Pourtant au début, je me sentis attiré par un épisode maritime qui n’est pas sans en rappeler d’autres. Un cargo pétrolier qui part de Dunkerque vers la Sicile avec à bord 30 000 tonnes de pétrole. Du côté de Saint-Nazaire, la houle de plus en plus forte casse le rafiot en deux, et c’est l’inévitable marée noire. Près de Donges. Cela nous ramène à des épisodes précédents de sinistre mémoire.

Ecrivain, pas vraiment raté mais qui cherche à s’imposer, Marc Riplé galère. Il a fait la connaissance de Sandrine, hôtesse d’accueil dans un bar, terme pudique pour qualifier son état de prostituée, mais celle-ci est abattue par des malfrats. Gladys, sa copine, téléphone à Marc, lui demandant asile. Il accepte et tandis qu’elle dort, il ouvre, sans être gêné le moins du monde, son sac à main. Un contenu féminin normal ou presque, puisqu’à l’intérieur il répertorie des liasses de billets de cinq cents Euros ainsi que deux pochons de farine. Ou du sucre en poudre. Ou de la came. Il y en a près d’un kilo et demi, que Sandrine aurait barboté à ses tourmenteurs.

Le parcours de Gladys, tout comme celui de Sandrine est celui d’une jeune fille appâtée par de belles paroles mais qui tournent en eau de boudin. Elle était promise à ce que l’on appelait l’abattage après avoir servi d’exutoire sexuel consentant. Marc décide alors de quitter Rennes et de s’envoler ver l’Afrique du Sud ou vit sa sœur. Mais, après avoir procédé aux démarches nécessaires, alors qu’il est sur le point de prendre le train en gare de Rennes direction Paris en compagnie de Gladys, ils se font repérer par l’un des malfrats. Gladys est tuée et Marc parvient à s’échapper in extremis du piège tendu et c’est le début d’une cavale en compagnie d’une auto-stoppeuse. Avec absorption de nombreux produits illicites, de joints et d’alcools.

D’autres personnages en col blanc évoluent dans ce roman, dont Karl de Polignac, qui a réussi à s’imposer dans la finance, devenant un acteur incontournable dans le blanchiment d’argent et les pratiques bancaires douteuses. Autre col blanc qui a pignon sur rue, Marest, le président directeur général de la société pétrolière Optal, mais dont les agissements, les comportements ne sont pas toujours conformes à un statut d’homme intègre en vue. Enfin Serge Mancin et ses deux sbires, qui avaient sous leur coupe Sandrine et Gladys.

Naturellement le meurtre de Gladys sur le quai de la gare de Rennes ne laisse pas indifférent le commissaire Lalanne qui charge l’inspecteur Rouvière de l’enquête. Normalement Rouvière devait partir en vacances et sa femme est sur le point d’accoucher. Tant pis pour lui, il peut faire un trait sur son départ et surtout sa présence réconfortante à la maternité.

 

En principe, tout était en place pour m’intéresser sauf que… Trop long, trop détaillé, trop de pages consacrée à Karl de Polignac, par exemple, et surtout, les attitudes négatives de Marc Riplé (à ne pas confondre avec Monsieur Ripley) et du trio de bras cassés qui naviguent à vue. En effet la drogue, les cigarettes fumées les unes à la suite des autres, peut-être même plusieurs à la fois, qui sait (et pourtant moi-même je suis fervent de l’herbe à Nicot), et l’alcool qui coule abondamment sur les lèvres, le menton et les fringues de Marc, et surtout les propos scatologiques qui émaillent par trop le récit, font que j’ai rapidement été hors course.

Pourtant mettre en parallèle des malfrats et des notables magouilleurs n’était pas pour me déplaire, mais… Non, je n’ai pas réussi à ressentir une once d’empathie, voire de sympathie, envers cet écrivain moyen qui accumule les bourdes. Qu’il s’empare d’argent et de drogue, il ne serait pas le premier en littérature policière, et dans la vie courante, à le faire. Mais c’est sa façon de faire, de s’exprimer, puisque le récit est à la première personne quand il est mis en scène, qui m’ont gêné. De même Serge Mancin et ses acolytes m’ont fait penser à des personnages de Pierre Siniac, Luj Inferman et La Cloducque, deux « héros » auxquels je n’ai jamais pu accrocher, et pourtant cette série était encensée par Robert Soulat, alors directeur de la Série Noire.

 

Pour contrebalancer mes propos négatifs, je vous conseille de diriger le pointeur de votre souris sur le lien ci-dessous, dans lequel l’auteur de la chronique se montre nettement moins dubitatif que moi, et même au contraire, en a goûté toute la saveur.

Comme quoi il ne faut jamais s’arrêter à un seul avis, et surtout se forger le sien en connaissance de cause, en lisant le roman par exemple.

 

Stéphane GRANGIER : Fioul. Collection Goater Noir N°23. Editions Goater. Parution le 26 avril 2018. 516 pages. 20,00€.

ISBN : 978-2918647331

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4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 08:45

N’ayons pas peur des mots : ce livre, c’est le Pérou !

Michel AMELIN : La colère du Puma Inca.

Ayant perdu ses parents trois ans auparavant dans un accident d’avion, Nina Santamaria se retrouve orpheline, n’ayant plus que son grand-père pour seule famille.

Depuis elle est trimballé de pension en pension, accompagnée d’une gouvernante qui assure sa protection et son éducation, son riche aïeul, qui vit dans un palais à Cuzco au Pérou, n’hésitant pas à débourser une petite partie de sa fortune pour son bien-être.

Elle n’a que quatorze ans, mais aller dans un parc d’attractions à Miami, elle juge que ce n’est plus de son âge. Pourtant, Janet Paxton, sa nouvelle gouvernante depuis un an environ, tient à l’emmener dans cette usine à plaisirs préfabriqués. Et les voilà toutes deux à bord d’une Cadillac, Janet surveillant ses rétroviseurs tout en conduisant. Elle est persuadée qu’elles sont suivies, prémonition qui se vérifie lorsqu’un véhicule les talonne puis les percute. Coincée par l’airbag et sa ceinture, Janet ne peut rien faire et lorsqu’elle parvient à s’emparer de son arme à feu, c’est trop tard. Un homme leur projette des giclées de gaz paralysant.

Nina est enlevée sans ménagement et enfermée dans une minuscule pièce aux murs bétonnés. Elle perçoit de l’autre côté de la porte des bruits de voix, le mot Puma revenant à plusieurs reprises. Alors qu’elle se pose la question de savoir si une rançon a été demandée à son grand-mère qui vit à Cuzco, trois individus entrent dans la pièce dont un affublé d’un masque de…Puma.

Le problème réside dans le fait qu’elle a vu le visage de deux de ses kidnappeurs. Le troisième, masqué, abat froidement ses deux compagnons, puis la délivre, annonçant qu’elle ne lui sert plus à rien dorénavant. Nina peut sortir de ce piège et se retrouve en plein désert. Elle était prisonnière dans une station-essence abandonnée. A ce moment Janet Paxton arrive en compagnie d’agents du FBI. Elle apprend alors que son grand-père vient d’être assassiné à Cuzco, un poignard inca planté dans le cœur.

Raimondo Loza, le secrétaire, est maintenant le seul à gérer la demeure familiale et les affaires de l’aïeul. Alors direction Cuzco, la capitale des Incas, une ville en tout point remarquable pour ses vestiges archéologiques et ses musées. Le grand-père Santamaria et la municipalité s’opposaient à l’agrandissement de certains édifices, dont l’hôtel Atahualpa, dont les propriétaires souhaitaient noyer les environs sous une chape de béton, détruisant par là-même de nombreuses ruines ancestrales.

C’est dans une atmosphère enfiévrée que Nina arrive sur les lieux, car la population fête le solstice d’hiver, la fin de l’été et l’entrée dans l’hiver. Les rues pavoisent, les habitants revêtent les vêtements traditionnels, des orchestres jouent dans les artères et sur les places, des acteurs sont déguisés et l’un d’eux est affublé d’un masque grimaçant, ses compagnons déclarant que le Puma va dévorer le soleil.

Ce qui plonge Nina dans l’anxiété, d’autant que par téléphone Loza lui a intimé de se méfier de tous, même de sa gouvernante.

 

Dans une région propice aux légendes, chargée d’histoire, dont les traditions Quechua se mélangent aux rites imposés par les envahisseurs catholiques Espagnols, l’angoisse rôde. La mort aussi. Nina devra se garder à gauche, à droite, se défier de tous, car nul doute que sa présence dérange, étant la seule héritière de Santamaria.

Elle devra affronter de nombreux dangers, ne sachant pas si ceux qui veulent la protéger ne sont pas en réalité ses ennemis. Et au dessus de sa tête plane l’ombre du Puma, ombre qui va l’accompagner jusque dans des tunnels à la découverte d’une statuette. Mais, est-ce que tout ce qui brille est or ?

 

Un roman plaisant, bourré de rebondissements, avec un épilogue cataclysmique, destiné aux jeunes à partir de dix ans. Mais comme chantait Alain Souchon, J’ai dix ans, Je sais que c'est pas vrai Mais j'ai dix ans Laissez-moi rêver Que j'ai dix ans…

Action, suspense, angoisse sont indéniablement les maîtres mots de ce court roman, pourtant il est également empreint d’une réflexion sur l’antagonisme entre modernisme et traditions, sans oublier le côté historique et légendaire du Pérou.

 

Ce roman a bénéficié d'une réédition en version numérique sous le titre Dans les griffes de mon ennemi.

Pour le commander, voir le lien ci-dessous :

Michel AMELIN : La colère du Puma Inca. Collection Polar gothique N°407. Editions Bayar Poche. Parution le 12 février 1998. 144 pages.

ISBN : 978-2227738126

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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 08:24

Une petite bière, vite fait, pour le voyage ?

Mouloud AKKOUCHE : Cercueil Express.

Cela fait dix-sept ans que le narrateur n’est pas revenu au pays, au bled. Amuseur public, humoriste reconnu, il a brocardé quelques têtes et le régime, et depuis il est interdit de séjour en Algérie. Ce sont des choses qui arrivent.

Seulement, lorsque son frère lui annonce que leur mère est très malade et risque de mourir d’un jour à l’autre, il décide de se rendre là-bas, au pays de son enfance, dans un petit patelin de Kabylie. Son femme l’a prévenu, il risque d’être arrêté dès sa descente d’avion, mais il n’en a cure car son fils aîné a imaginé un moyen, infaillible pense-t-il, de traverser la Méditerranée.

C’est dans un cercueil qu’il va voyager. Ce n’est guère confortable mais que ne ferait-on pas pour revoir sa mère, la famille, le pays dont il garde des souvenirs émus.

 

Nouvelle nostalgique, Cercueil express met en avant l’amour filial qui peut se transcender dans certaines circonstances. Il faut toutefois un déclic pour affronter les dangers qui ne manquent pas de s’élever.

Le déclic, ce sera le fils du narrateur, mais celui-ci n’attendait peut-être que cet encouragement pour braver l’adversité. Car il n’a pas pu effacer de sa mémoire cette enfance quiète dans son village natal entouré de l’affection des siens. Par bravade il s’est opposé au régime, les armes employées n’étant que le rire. Il faut croire que l’humour peut se révéler plus efficace que les armes de combat.

Une tragi-comédie dont l’épilogue n’est pas celui que j’avais imaginé, et c’est très bien ainsi. Mouloud Akkouche, dont on n’a pas souvent de nouvelles, se révèle un excellent conteur qui sait jouer avec les sentiments et les émotions.

 

Mouloud AKKOUCHE : Cercueil Express. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 1er juin 2018. 23 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407204.

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