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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 04:57

L’alter ego de Jack l’Eventreur ?

Jean RAY : Jack de Minuit.

Jean Ray restera à jamais pour tous ceux qui le connaissent le créateur d’Harry Dickson, même si certains aujourd’hui contestent cette paternité, avec juste raison. Mais comme il a tout réécrit, qu’il a imaginé des aventures à partir des couvertures originales, Harry Dickson, c’est bien Jean Ray.

Jean Ray c'est également l’auteur de ces chefs-d’œuvre immortels que sont Malpertuis, La Cité de l’indicible peur, Les contes noirs du golf, ou encore Les contes du whisky. Des romans imprégnés de fantastique et de policier, dans lesquels l’atmosphère joue un rôle prépondérant.

Mais Jean Ray a écrit bien d'autres œuvres méconnues, oubliées, perdues, disparues jusqu’à aujourd’hui. Ainsi ce Jack de Minuit, plus policier que fantastique mais dans lequel on retrouve la patte, le style du grand maître. Un roman qui reprend les thèmes chers à l’auteur : la mer, l’exotisme, mais également les sociétés secrètes, Londres et son smog, les bouges, le mystère sous toutes ses formes. Des thèmes qui firent les délices de nos lectures enfantines et dans lesquels puisèrent abondamment les écrivains populaires.

 

Rowland Harleyson, de retour d’Australie, voyage à bord du Jurvis Bay, et regagne l’Angleterre. Au cours d’une escale à Aden il manque d’être assassiné par deux voleurs. Il est sauvé in extrémis par un mystérieux chinois, Mr Wang qui lui fait promettre de fui rendre le même service le jour où il en aura besoin.

Sur ce bateau, il tombe amoureux de la belle Betty, nièce du richissime lord Elmsfield. Mais celle-ci se montre coquette et frivole envers Rowland, et le dédaigne. Rowland sauve de la noyade Nancy Ward, une stewardesse embauchée à Aden, un acte de bravoure qui lui vaut la reconnaissance de la jeune femme.

D'autres petits faits parsèment le voyage houleux de Rowland. Une nuit ses cheveux changent de couleur. Une adresse londonienne lui est imposée. Etc. Pendant ce temps, à Londres sévit un mystérieux tueur surnommé Jack de Minuit, qui, comble de l’horreur, décapite ses victimes. Rowland Harleyson est vite soupçonné par la police d'être le fameux Jack de Minuit. Emprisonné, il risque de terminer son existence au bout d’une corde. Mais un individu, rebut de la société nommé Sol Perlmutter a décidé de venger la mort de l'unique ami qu’il ait jamais eu.

 

Jack de Minuit est un livre foisonnant de mystères, de péripéties, d’aventures, d’énigmes, de substitutions, d’actions d’éclat dans lequel l’amour et l’amitié font également parties du voyage. Une cure de nostalgie et de jouvence littéraire.

Réédition Collection Terres Fantastiques. Editions Terre de Brume. Parution le 24 novembre 2017. 174 pages. 18,00€.

Réédition Collection Terres Fantastiques. Editions Terre de Brume. Parution le 24 novembre 2017. 174 pages. 18,00€.

Jean RAY : Jack de Minuit. Préface d’Henri Vernes. Couverture de René Follet. Collection Attitudes. Claude Lefrancq Editeur. Parution 1991. 160 pages.

ISBN : 2-87153-046-7

Réédition Collection Terres Fantastiques. Editions Terre de Brume. Parution le 24 novembre 2017. 174 pages. 18,00€.

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6 mars 2019 3 06 /03 /mars /2019 05:43

Prière de ne pas se pencher au-dessus

de la rambarde !

Evelyne BRISOU-PELLEN : L’inconnu du donjon.

En cette année 1354, les Bretons fidèles à Jean de Montfort et les Gallo qui soutiennent Jeanne de Penthièvre, autre prétendante au trône, s’écharpent dans une guerre d’usure. Les Bretons bretonnants sont aidés par les Anglais, les Bretons gallo par les Français.

Ce 10 avril, près de Bécherel, la bataille conduite par Bertrand Du Guesclin voit ses hommes gagner contre les Anglais et retiennent prisonniers quelque combattants adverses dont Calveley qui était à la tête des Anglais.

Garin Trousseboeuf, est le dix-neuvième enfant d’une fratrie qui en compte vingt-cinq, et son père, paveur, intempérant, ne sait élever sa progéniture qu’à coups de fouet. Garin a fui son village natal, renvoyé de l’école-cathédrale pour des vétilles, des plaisanteries douteuses, et à quatorze ans il s’est déclaré scribe, tenant son écritoire en bandoulière. Il est pris dans cette échauffourée et promis à végéter dans un cul-de-basse-fosse.

Il plaide sa cause auprès du connétable et se voit confier la redoutable mais bénéfique mission de transcrire les demandes de rançons exigées pour la libération des prisonniers. Seulement, il faut connaître le Breton pour dialoguer avec les prisonniers, dont un particulièrement qui n’est revendiqué par personne. La Dame de Montmuran propose comme interprète sa nièce Mathéa, fille de Dame Agnès et fils du sieur Alain, lesquels vont diriger le château en son absence et celle du seigneur du lieu. Garin est subjugué par cette belle jeune fille qui n’obtient rien du prisonnier. Il a oublié son écritoire lors de son enlèvement et il quémande l’autorisation d’aller le rechercher dans un fourré.

C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Réginart, le frère de Mathéa, et de leur chien Jean-sans-peur, un cabot hirsute et plein de poils mais pas méchant. Du moins aux dires de Mathéa. Un autre travail est confié à Garin, celui de faire l’inventaire du château. Cela lui permet de vagabonder dans les différentes pièces des tours et du donjon, pièces habitées ou non, déambulant sur les courtines. Et dans une des tours il découvre un vieil homme, un ancien chancelier, confiné dans cette cellule après avoir fauté et qui passe pour un sorcier.

Mais surtout Garin est souvent en compagnie de Réginart, à défaut de Mathéa, et comme il parle aussi bien Breton que Français, il se rend compte que Mathéa a réussi à converser avec le prisonnier. Seulement celui-ci est devenu amnésique et donc ne peut décliner son identité, jusqu’au jour où il prétend être le fils d’un duc Anglais. Sa rançon est surévaluée en conséquence, seulement ce prétendu ou réel fils de noble s’échappe. Comment, dans quelles circonstances ? Sa geôle ne possédait pas de fenêtre et la porte était fermée de l’extérieur ! Un problème à résoudre pour Garin. Mais des complications lui tombent sur le dos lorsque des soldats sont retrouvés, morts, assassinés. Et il est le cœur de la cible, celui qu’on soupçonne.

 

Cette histoire ancrée dans cette période de la Guerre dite de Cent ans, du moins à ses débuts, nous permet de retrouver quelques personnages célèbres, dont le connétable Bertrand Du Guesclin, et des décors des environs de Bécherel (devenue de nos jours la fameuse cité du livre), et plus particulièrement le château de Montmuran qui existe toujours.

Garin est un affabulateur, un curieux, un gamin qui a déjà connu bien des vicissitudes mais ne perd pas son sens de l’humour. Il se conduit parfois en philosophe sans le savoir, tout comme monsieur Jourdain qui… antienne connue. C’est un débrouillard qui s’attire les ennuis sans vouloir les provoquer. Quoique parfois il sait pertinemment qu’il va au-devant mais c’est dans sa nature. Il brave le danger, sans pour autant ne pas ressentir de la peur, et lorsqu’il se trouve dans des conditions inextricables, la solution est toujours présente pour le sortir de l’embarras. De son fait ou d’alliés inattendus.

Un héros à suivre, tant pour sa bonne humeur que les faits historiques réels et les lieux qui plantent le décor.

 

Ce qu’il y a de terrible dans les guerres, c’est qu’on ne sait jamais de quel bord il faut se trouver.

 

Garin se fit tout petit dans son coin, non par peur de la mauvaise humeur du seigneur, mais pour qu’on l’oublie complètement. C’est la seule manière d’apprendre les choses importantes, les meilleures, celles qui ne vous regardent pas du tout.

 

Quand tout va mal, il faut s’attacher à une idée nouvelle qui n’a rien avoir avec votre situation.

Première édition septembre 1997.

Première édition septembre 1997.

Evelyne BRISOU-PELLEN : L’inconnu du donjon. Collection Folio Junior N°809. Editions Gallimard Jeunesse. Parution le 7 mai 2013. 204 pages. 6,90€.

Illustrations de Nicolas Wintz.

ISBN : 978-2070654154.

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3 mars 2019 7 03 /03 /mars /2019 05:10

Mais pas celle des lecteurs…

Céline MALTERE : La déception des fantômes.

Spécialiste des nouvelles, voire des micro-fictions, Céline Maltère nous offre avec ce recueil comme un collier composé de vingt-sept diamants taillés par un lapidaire qui peut être fière de sa réalisation.

Vingt-sept diamants, qui pour certains sont recyclés, ce qui prouve leur pureté.

Céline Maltère place ses protagonistes, ses personnages en déshérence, se complaisant parmi les cimetières, côtoyant les morts, dans des époques différentes, très proches de nous, ou au contraire dans un décor et une atmosphère médiévale, mais toujours avec un humour, noir évidemment, sous-jacent, une ironie grinçante et une forme de dérision poétique.

Ainsi Gemma, dans la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, est une femme seule, qui avait quitté sa famille pour faire sa vie et s’élever par son travail dans la hiérarchie sociale à Paris et Bruxelles, n’a qu’une passion pour combler le vide de son quotidien. Aisée, elle visite les cimetières, des plus prestigieux ou célèbres jusqu’aux reculés petits champs funéraires provinciaux, retournant de temps à autre à Flostoy, son village natal. Là vit Héribald, le fossoyeur jardinier, un vieil homme qu’elle découvre un jour, mort, entouré de mouches. Le début d’une aventure onirique peuplé de diptères.

Dans La cimenterie, un promeneur découvre les reste d’une chèvre puis continuant son chemin, alors qu’il traverse un ruisseau, il lui parait avoir changé de parallèle, ou être entré dans un monde parallèle. Devant lui se dresse une sorte d’usine, une bâtisse dont la cheminée soupire. Il s’agit d’une cimenterie… mais cimenterie n’est-il pas l’anagramme de cimetière à quelque chose près…

Maison familiale renommée, Pompes funèbres Ortega pourrait être le cinq étoiles des entreprises funéraires. Les cercueils sont du haut de gamme, fabriqués avec du bois rare et précieux que les familles affligées n’hésitent pas à commander pour honorer leurs défunts. Mais parfois on ne mesure pas les conséquences d’une mesure mal prise.

La crapaudière est un conte qui semble issu d’une légende datant du fond des âges et des bois. Ce pourrait être la rencontre d’une princesse et d’un crapaud qui se transformerait en Prince charmant. Sauf qu’il ne s’agit point ici d’un prince charmant ni d’une princesse, mais de femmes jeunes et surtout belles atteintes subitement d’une maladie qui les changent en horribles valétudinaires avant de décéder dans d’horribles souffrances. La fille d’Elie Estor est elle aussi atteinte de cette horrible maladie qui n’a pas de nom et il décide de découvrir un remède. Transportant sa fille Estella dans une brouette, il se rend dans un endroit caché où lors d’une promenade il a été assailli par une étrange bête gluante, puis a trouvé sur son chemin une multitude de crapauds et une vieille femme qu’aussitôt il a comparé à une sorcière. Et si elle possédait le remède miracle ?

La contagion traite aussi de la maladie, qui s’est déclenchée inopportunément quelques jours après Noël, après une messe célébrée en présence de l’évêque. Un incident avait d’ailleurs entaché cette cérémonie puisqu’une bigote septuagénaire s’était couchée dans la travée au moment où le saint homme, présumé devoir accéder aux plus hautes fonctions pontificales, remontait la nef. Peu après un enfant de chœur tombe malade puis bientôt ce sont tous les fidèles qui sont atteints de cette étrange maladie mortelle.

 

Lorsque vous aurez lu toutes ces nouvelles de longueur diverse mais d’un intérêt toujours captivant, vous pourrez faire comme le déclare le narrateur de Quatre feuilles : Je referme le livre. Je suis libre.

Et pour parodier une célèbre publicité pour des pâtes dans laquelle André Aubert imitait Fernandel dans le rôle de Don Camillo :

Ce ne sont que quelques nouvelles, lecteur !

Des nouvelles, oui, mais des Maltère !

 

Sommaire :

La déception des fantômes

La fiancée d'Anticythère

Quatre feuilles

La cimenterie

Pompes funèbres Ortega

La crapaudière

Lucia

La verrière

Les armes d'Ovide

La contagion

Les cygnes

La punaise

La maison triangle

Cerbère

La salle patrimoine

Le sosie

L'œil de Moïse

Viscérales

Le royaume d'Azemar

Cap Creus

Nécrobie

La table de Katarina Toque

Dessalines

Vivian Destord, peintre des causes perdues

Le prosaïque et l'idéal

Bonne-Espérance

Valsalva

 

A lire également de Céline Maltère :

 

Céline MALTERE : La déception des fantômes. Collection KholekTh N° 38. Editions La Clef d’Argent. Parution décembre 2018. 282 pages. 13,00€.

ISBN : 979-10-90662-52-0

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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 05:52

Marié ou pendu avant la fin de l’année ?

Certains choisissent pour les autres !

Luis ALFREDO : Itinéraire d’un flic. Pendaison.

Le commandant René-Charles de Villemur, nœud papillon et chapeau mitterrandien, l’aspect d’un policier gandin bon chic bon genre propre sur lui ce qui nous change des flics en blousons, s’est fâché la nuit précédente avec son compagnon. Pour une broutille comme dans la plupart des ménages. Et cette brouille passagère ne doit pas s’interférer dans sa vie professionnelle.

Un meurtre a été signalé dans une villa sise au fond d’une ruelle. La Scientifique est déjà présente, attirée comme les mouches par l’odeur de la mort, ainsi qu’Octave, son adjoint. Celui-ci lui précise que c’est le préposé à la distribution du courrier, et oui ils servent encore à quelque chose, qui a découvert le macchabé. La porte était ouverte donc il n’y a pas eu d’effraction.

Même pour le légiste, pourtant un habitué de ce genre de scène, cette mise en scène n’est guère ragoutante. Un homme pendu dans la cage d’escalier, comme s’il avait voulu se suicider. Sauf qu’en général on ne procède pas après sa mort à sa propre castration et qu’on ne dépose pas dans une coupe de fruits, au milieu des figues, son appareil génital.

Une chambre ne comportant qu’un lit, de nombreuses photos représentant un jeune homme seul ou en compagnie d’un défunt, et surtout une vieille voisine curieuse lui apportent de précieux renseignements. Seulement, d’après cette pipelette le jeune homme est parti depuis quelques mois. Oh, pas loin, juste à l’hôpital. De même le pendu, qui n’est pas de Saint-Pholien, travaillait dans un piano-bar spécialisé dans les rencontres masculines.

Alors qu’il avait recueilli des informations qu’il avait jugées importantes, même si cela ne lui donnait pas la clé de cette affaire, le lendemain un autre événement se produit dans la même ruelle, avec un vagabond pour protagoniste.

 

Ce court roman oscille entre deux genres. Le début offre une enquête classique, avec un commissaire quelque peu empêtré dans ses relations et dont les rapports avec certains de ses collègues, ou anciens collègues, sont assez tendus, la seconde partie s’immerge dans le roman noir le plus absolu avec des zones d’ombre, car de nouveaux protagonistes s’interfèrent dans cette histoire qui, au début pourrait sembler banale mais devient rapidement glauque avec un petit goût d’inachevé. Mais il ne s’agit que d’un premier épisode qui en appelle d’autres, comme dans les bons vieux romans-feuilletons d’antan.

L’écriture est souple, agréable, mais prend de l’intensité tout comme l’histoire au fur et à mesure que l’enquête et ses à-côtés se déroulent.

Sans vouloir établir des ressemblances, de comparer des personnages, de suggérer des apparentements entre tel ou tel héros de papier, on ne peut s’empêcher de penser à Maigret de Georges Simenon dans la façon d’aborder l’enquête et à Dave Brandstetter le détective homosexuel de Joseph Hansen. Tout un monde les sépare mais tout les rapproche également.

Mais il ne s’agit que d’une impression, d’une illusion, car René-Charles de Villemur est un véritable personnage, entier, ne devant rien à d’illustres prédécesseurs, et possédant son propre caractère, sa vision de la vie, son parcours particulier, et en devenir de se forger une réputation méritée auprès d’un lectorat friand et avide de tête bien faite.

Et le prénom du commandant de Villemur est-il un hommage à René-Charles Rey, plus connu sous les alias de Jean Mazarin et d’Emmanuel Errer ?

Luis ALFREDO : Itinéraire d’un flic. Pendaison. Premier épisode. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 54 pages environ. Parution 21 février 2019. 2,99€.

ISBN : 9791023407600

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 05:08

On l’oublie assez souvent, mais avant d’être adulte, Sherlock Holmes a été un adolescent…

Andrew LANE : L’ombre de la mort

Alors qu’il attend sur le parking de l’école, sa malle contenant ses affaires près de lui, le jeune Sherlock Homes, quatorze ans, est mandé par le directeur du pensionnat de Deepdene.

Sherlock a rapidement la réponse à ses questions intérieures concernant cette demande d’entretien, car son frère aîné Mycroft l’attend dans le bureau du directeur. C’est Mycroft, employé au ministère des affaires étrangères qui a été chargé de l’emmener chez son oncle Sherrinford et sa tante Anna, leur père marin étant parti en expédition pour un an, et leur mère étant malade.

Lorsqu’il arrive à Homes Manor, Sherlock est accueilli par mademoiselle Eglantine, la gouvernante austère et d’aspect rébarbatif. De suite il sent qu’elle ne l’aime pas et c’est réciproque. Mais elle n’aime pas plus la famille Holmes. Son oncle Sherrinford, dont Sherlock n’a jamais entendu parler, de même que de tante Anna, est confiné à longueur de journée dans son bureau, rédigeant les sermons des pasteurs des paroisses environnantes. Mais au moins Sherlock est bien nourri, ce qui est la moindre des choses, et le change de l’ordinaire du pensionnat.

Se promenant dans la forêt environnante afin de découvrir les lieux, il fait la connaissance de Matthew, dit Matty, un orphelin de son âge voyageant à bord d’une péniche. Les deux gamins se lient rapidement d’amitié et Matty narre l’aventure qu’il vient de vivre à Farnham. Déambulant dans la rue à la recherche de quelques subsides, Matty a aperçut une sorte de fumée s’échappant de la fenêtre placée à l’étage d’une maison puis des individus transporter un cadavre au visage couvert de pustules.

Matty lui propose de se rendre à l’endroit où il fut le témoin de ces événements étranges, et juste au moment où ils arrivent ils remarquent une calèche sortant de l’édifice. Matty court après pensant glaner quelques piécettes mais à l’intérieur un homme aux yeux rouges s’empresse de refermer le volet intérieur. Pour Matty, ce personnage avait l’allure d’un mort.

Seulement, même si ce sont les vacances scolaires estivales, Mycroft pense que son jeune frère a besoin de continuer son éducation et il engage un précepteur. Amyus Crowe, probablement un Américain d’après son accent, est un homme affable. D’ailleurs il prétend venir d’Albuquerque, une ville du Nouveau Mexique. Afin de mieux faire connaissance, ils se promènent dans les bois et Sherlock tombe lui aussi sur un cadavre dont la face est couverte de pustules. Comme des bubons issus d’une maladie contagieuse, genre peste.

 

Sherlock va recueillir de la poudre jaune qui est étendue près du cadavre et sur les conseils de son nouveau mentor, il se rend à Guilford, où réside un savant spécialiste des maladies tropicales. L’homme ne met pas longtemps à reconnaître en cette poudre jaune du pollen d’abeilles, mais pas celles communes qui vivent en Angleterre.

Mais auparavant il subit quelques mésaventures, alors qu’il épie non loin de la maison d’où est parti l’homme aux yeux rouges, un baron paraît-il, remarquant quelques individus transportant des caisses, et il se trouve enfermé dans une grange à la merci de ces personnages peu scrupuleux. Heureusement, il a de la ressource et son ami Matty n’est pas loin pour le sortir de situations inextricables.

Et ce n’est que le début car en compagnie de Matty, d’Amyus Crowe, et de sa fille Virginia, qui au début se moque de lui car il ne sait pas monter à cheval mais se montre précieuse dans certains conditions périlleuses, il va devoir échapper aux sbires du baron dans de nombreuses circonstances au court desquelles il risque sa vie. Il se retrouvera même en France, du côté de Cherbourg.

 

Les années d’apprentissage de la déduction, de l’observation, de l’analyse dont Sherlock Holmes fait montre dans les nouvelles et romans qui lui sont consacrés par Sir Arthur Conan Doyle sont décrites en partie dans ce roman sous la houlette d’Amyus Crowe.

Comme le déclare son mentor, au début de leur association, alors qu’il demande à son élève de désigner lequel des tableaux qui sont accrochés dans le hall d’Holmes Manor est un faux :

Tu viens d’apprendre que la déduction est importante, mais qu’elle ne sert à rien sans connaissances. Ton intelligence ressemble à un métier à tisser : elle tourne à vide et ne peut rien produire sans que tu lui fournisses un fil de trame. Alors elle peut commencer à filer. L’information est la base de toute pensée rationnelle : recherche-là sérieusement. Collectionne les faits avec assiduité, garnis-en les réserves de ton esprit. N’essaie pas de faire la distinction entre les faits triviaux et ceux qui paraissent importants : en puissance, ils le sont tous.

Il va aussi lui poser un problème de mathématiques qui déconcerte à chaque fois. Pourtant il existe une solution logique, mais les réponses fournies à chaque fois que le problème est posé sont erronées, or elles semblent elles-aussi logiques. Suffit de savoir prendre le problème dans le bon sens.

Un roman destiné aux adolescents, qui comporte plus d’actions que de détections, avec souvent des scènes de violence au cours desquelles le jeune Sherlock risque sa vie. Mais ce roman peut-être lu sans complexe par les adultes tant les épisodes sont mouvementés, violents parfois, mais il offre une vision d’un Sherlock Holmes en plein apprentissage de la vie. Et peut-être cette aventure explique-t-elle sa passion pour l’apiculture.

Andrew LANE : L’ombre de la mort (Young Sherlock Holmes. Death Cloud – 2010. Traduction de Marie Hermet). Les premières aventures de Sherlock 1. Editions Flammarion. Parution le 26 février 2011. 352 pages.

Réédition format poche. Flammarion Jeunesse. Parution 26 août 2015. 366 pages. 6,95€.

ISBN : 978-2081243941

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25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 05:03

Visite guidée dans une galerie photographique…

Brigitte GUILHOT : La prophétie des mouches.

L’image du petit migrant retrouvé mort, échoué sur une plage a fait le tour du monde. Une photo triste, émouvante, et révoltante.

Mais sans la photo, aurait-on parlé de ce gamin et de son triste sort ?

A l’aide de photos non exposées, fixées mais non figées, en noir et blanc afin de mieux accentuer le décor et les personnages, Brigitte Guilhot nous invite à voir ce qui se cache derrière, avant et peut-être après, le drame dont ont été victimes ces migrants de toutes nationalités, de tout âge et de tout sexe.

Si l’on parle actuellement beaucoup des réfugiés africains ou originaires du Moyen-Orient, il ne faut pas oublier tous ceux qui ont fui pour des raisons politiques ou parce qu’ils mourraient de faim, tous ceux qui se sont expatriés, parfois avec enthousiasme mais avec un gros regret au cœur. On pourrait citer les Italiens fuyant le régime de Mussolini, les Espagnols traversant la frontière pour échapper à Franco et son armée et parqués dans le camp français de la Retirada, les Polonais s’installant dans le Nord de la France…

Au cours de notre déambulation littéraire et photographique, on s’arrête un peu plus longuement sur certains clichés dont la puissance interpelle et ne sont pas sans rappeler des images gigognes.

Ainsi cet octogénaire qui compulse, lorsqu’il est seul, cette photographie arrachée d’un magazine. Une photo qui le ramène loin en arrière. Et il se souvient des règles que lui a transmises il y a fort longtemps son grand-père. Dont celle-ci : Recevoir les étrangers et les étrangères avec un cœur aimant et en tant que membres de la famille humaine.

Toutes ne sont pas aussi paisibles en apparence. La Prophétie des mouches, qui donne son titre au recueil, débute par une image forte, trop forte. Une gamine les pieds engourdis de sommeil marinant dans une bassine d’eau croupie, abandonnée entre les cuisses de sa mère morte, tandis que des centaines de mouches se posent aussi bien sur sa chair tendre et brûlante que sur celle morte de sa mère.

Un conflit entre une mère et sa fille, une déchirure obligée, l’une essayant de s’accrocher à l’autre; une mère regardant son fils, barda sur l’épaule, partir en courant sans vraiment savoir où il va… et combien d’autres toutes aussi poignantes, dont on apprend fugitivement le pourquoi, et éventuellement l’après, ce qui se passe en dehors des bords du cliché.

Autant de tranches de vie plaquées sur le papier glacé mais qui prennent vie devant nos yeux et transmettent la chaleur de la vie, de celle que tous ces personnages espèrent conquérir, à la recherche d’un bonheur, un petit bonheur éphémère, d’un endroit où se poser, se reposer, et trouver enfin la sérénité.

Mais cela peut-il exister ?

 

Sommaire :

L'homme-loup

La Pietà et l'enfant

La femme au portrait

L'ombre unique

Colère sioux

La prophétie des mouches

L'image éternelle

Le fils

La blessure secrète

La planète emportée

Le silence des pierres

Un homme de sa trempe

La forcenée

Les humains de la Terre

Les Petits Poucet

La question essentielle

La frangine solidaire

La petite étrangère

 

Brigitte GUILHOT : La prophétie des mouches. Collection Calin. Jacques Flament éditions. Parution février 2019. 88 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2-36336-379-4

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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 05:46

Mais bon pied, bon œil ?

Gilbert GALLERNE : Mauvaise main.

Il suffit de traverser la rue pour trouver du travail, qu’il a dit, l’homme aux piques plus nocives que le frelon asiatique.

Alors Eric, informaticien au chômage, et sa femme Elise, employée dans une boutique de chaussures, renvoyée par son patron parce qu’elle est enceinte, peut-être n’avait-il pas trouvé chaussure à son pied, ont décidé de quitter Annecy pour se rendre dans les Vosges. Mais retrouver sa famille vingt ans après l'avoir quittée, pour Eric c'est comme un espoir de repartir d'un bon pied à défaut d'une bonne main.

Suite à un accident à l’âge de cinq ans à la scierie familiale, il avait été envoyé chez une tante qui l’avait élevé et servait également de famille d’accueil. C’est là qu’il a rencontré Elise, une enfant de la DASS. Vingt-cinq ans, une prothèse à la place d'une main perdue dans un accident, Eric n’a guère de débouché et c’est pourquoi il revient dans ce coin des Vosges, près de Saint-Dié, perdu dans la nature et la scierie ne tourne qu'au ralenti.

Il retrouve la tribu avec appréhension. Et il faut avouer qu'il arrive un peu comme un chien dans un jeu de quilles. Eléonore, sa mère lui affirme qu'il a fait un mauvais choix en revenant, mais de toute façon s'il ne l'a pas vue depuis l'âge de ses cinq ans et son accident à la scierie, c'est un peu sa faute.

Eléonore, c’est la matriarche mais elle n’a pas réussi à dresser Léo, le lion, son frère aîné, dix ans de plus que lui, marié avec Rose-Marie et père de quatre enfants dont Bernard, qui est un peu le chef de bande des gamins. Michel, son autre frère, fait ce que Léo commande. C'est un être frustre marié avec Annabelle, et ils ont trois gamins dont Ludovic et Solange. Enfin Marcel, son oncle qui ne sait pas parler. Il couine, il glapit, il végète et est considéré comme le simplet de la famille. Pourtant il en aurait des choses à dire, Marcel, qui s'accroche comme un pantin à la grille d'entrée, pour voir au-delà, mais rien ni personne ne passe.

Léo s'érige en maître incontesté de la scierie. Il décide pour tout le monde, impose sa loi et éventuellement exerce le droit de cuissage. Comme les tyranneaux du temps jadis. A croire que le temps s'est arrêté à la scierie. D'ailleurs la scie ne tourne plus guère, juste pour faire du bruit. Pourtant la famille ne manque de rien, et Léo possède même une Peugeot 607 qu'il remise dans l'un des bâtiments. Parfois ils sortent ensemble le soir, Michel et lui, pour aller Dieu, ou le Diable, sait où. Eric se rend à Saint-Dié, effectue une petite visite à madame Paule Emploi, il rédige des CV, des lettres, mais rien n'y fait, il ne reçoit aucune proposition d'emploi.

L'ambiance dans la scierie est lourde, délétère, et Elise souhaite repartir, mais sans argent comment survivre. Et puis l'enfant frappe à la porte et c'est Eléonore qui procède à l'accouchement, comme pour les autres femmes de la famille. Heureusement Elise trouve en Annabelle une complice ainsi qu'avec Ludovic. Mais Annabelle possède elle aussi un fil à la patte. Quant à Ludovic, contrairement à son cousin Bernard, c'est un enfant calme, qui aime lire, souhaite pourvoir prolonger ses études. Léo l'oblige à manquer parfois l'école, pour aider à la scierie, mais il se demande bien pourquoi, car il n'y a que peu de travail. C'est le dédain et la jalousie qui guident Léo.

Chaque famille possède son habitation, en bois, et les dépendances se dressent tout autour d'une cour centrale, donnant l'impression d'un village de western. Afin de justifier son appartenance à la famille Eric est sollicité, avec autorité, par Léo à participer à une des virées nocturnes. Le côté obscur des rentrées financières.

 

Le lecteur entre de plain pied dans une ambiance qui ne sera pas sans lui rappeler quelques romans de Pierre Pelot. Le décor, les forêts vosgiennes, un lieu quasi abandonné en pleine nature; les personnages, des hommes âpres, durs, avec un chef de famille qui s'érige en dictateur sans scrupule, imposant sa loi par tous les moyens, une véritable brute qui aime broyer ceux qui sont sous sa coupe. On pourrait également évoquer Jim Thompson dans certains de ses romans âpres et durs.

Mais peu à peu, l'histoire bifurque, et le lecteur se lance sur la route, à pleine vitesse, s'arrête à une aire de parking et assiste à des actes illégaux. Puis c'est le début d'une lente décomposition familiale qui explose dans un cataclysme que l'on pouvait pressentir tout en le redoutant. Pourtant un jour à Saint-Dié, une sorcière l'avait lu dans les lignes de la main d'Elise, mais peut-on croire une vieille femme un peu folle.

Véritable roman noir, violent parfois, qui malgré la nature environnante ne joue pas dans le thème bucolique (ce serait plutôt Bu, alcoolique) Mauvaise main conte l'histoire d'un homme qui abandonné recherche avec espoir une famille à laquelle se raccrocher. Si au départ on apprend pourquoi il possède une prothèse plastique, les conditions dans lesquelles il a perdu sa main sont peu à peu dévoilées, même si au cours du prologue certains éléments sont mis en place.

Un roman qui s'articule autour de la famille, l'explore, la dissèque, l'analyse, les parts d'ombres étant mises au jour avec subtilité et sans concession. Pourtant il existe quelques scènes où l'humour se fraie une petite place, mais un humour pathétique comme la scène au cours de laquelle Marcel, qui ne se lave jamais, est nettoyé à l'aide d'un jet d'eau dans la cour devant la tribu réunie.

Gilbert GALLERNE : Mauvaise main. Collection Polar. Editions French Pulp. Parution le 10 janvier 2019. 272 pages. 18,00€.

ISBN : 979-1025104613

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23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 05:57

Que peut-on murmurer dans une chambre ?

Dean KOONTZ : La chambre des murmures

Dans un comté reculé du Minnesota, Cora est la victime de rêves récurrents mais surtout elle se sent la proie d’une araignée qui s’est installée dans son cerveau. Et parfois elle a des visites impromptues.

Cette enseignante quadragénaire, célibataire et sans enfant, est fort estimée par ses concitoyens. Elle a même été désignée comme meilleure enseignante de l’année. Elle possède un adorable chien, un teckel nommé Dixie Belle, qui déguste en sa compagnie des tranches de bacon frit. Sans oublier sa principale occupation, écrire. Elle écrit beaucoup, a rempli de nombreux carnets, et pour l’heure elle rédige son journal, sans se raturer, sans chercher ses morts.

Jane Hawk ancienne du FBI en cavale possède à son compteur quelques petits assassinats. Si cela avait été exécuté dans le cadre de ses fonctions, elle ne serait pas embêtée. Mais voilà, depuis que son mari a été tué ou s’est suicidé, elle a mis son garçon à l’abri et recherche activement les protagonistes de son malheur. Elle change régulièrement d’aspect physique, prend toutes les précautions possibles, mais elle sait que ceux qui sont à ses trousses ne vont pas désarmer si facilement.

Elle s’installe dans une maison vide de tout occupant, dans l’un des nombreux quartiers de Los Angeles, face à celle d’un journaliste, et tandis qu’il est sorti, elle piège ses téléphones fixes. Et la conversation entre ce journaliste et un avocat est assez édifiante. Les renseignements qu’elle recueille ne lui suffisant pas elle oblige l’avocat à compléter ses informations par la manière forte. Et elle échappe de peu aux sbires de ceux qu’elle traque.

Elle sait que la NSA, le FBI et de hautes personnalités richissimes disposent d’un procédé scientifique asservissant ceux qui ont subi une injection de nanomachines, des nanoparticules spéciales qui annihilent le mental des receveurs, les transformant en esclaves au service de prédateurs, une confrérie secrète qui s’intitule les Arcadiens.

Pendant ce temps, dans le Minnesota, Cora a soigneusement préparé, sous influence, des jerricans d’essence déposés dans voiture et elle fonce dans un hôtel de prestige, un attentat occasionnant la mort d’une quarantaine de personnes, dont le gouverneur de l’Etat et quelques autres notables. Le shérif Luther Tillman est abasourdi. Cora était une amie de longue date, et il ne comprend pas son geste. Ce qu’il comprend encore moins, ce sont les réactions des responsables dépêchés sur place pour enquêter. Ils se conduisent comme s’ils voulaient étouffer l’affaire.

La maison de Cora est incendiée et il ne reste plus rien. Sauf les quelques cahiers dans lesquels l’enseignante rédigeait romans et nouvelles, et surtout l’un d’eux, le dernier, sorte de journal sur lequel figurent toujours les mêmes lignes. Avec parfois de petites variantes, infimes mais assez révélatrices pour l’inciter à se rendre dans une petite ville du Kentucky.

Cora a obtenu, non sans difficulté, l’endroit dénommé Haut-Fourneau-le-lac et incidemment elle va faire la connaissance du shérif Luther. Ils vont unir leurs forces pour combattre leurs ennemis.

 

Ce roman est la suite de Dark Web, paru en 2018 aux mêmes éditions de l’Archipel, mais ceux qui, comme moi, ne l’ont pas lu, ne seront pas perdu pour autant dans cette histoire.

Les chapitres sont courts, comme si l’auteur avait découpé son récit en séquences cinématographiques. Une écriture très visuelle et les scènes d’actions s’enchaînent sans répit. Le lecteur est aspiré dans cette histoire et il a du mal à effectuer quelques pauses physiologiques de temps à autres, tant il est absorbé par cette succession d’événements parfois tragiques.

Des images et des personnages se sont incrustés dans mon esprit en lisant ce roman. D’abord celui de Mack Bolan, dit l’Exécuteur, une série de romans initiés par Don Pendleton, qui met en scène un ancien marine vengeant la mort de sa famille en traquant les membres de la Mafia. Et l’on pourrait juxtaposer le personnage Jane Hawk à ce héros de papier, avec toutefois quelques différences notables puisque la jeune femme, si elle poursuit une vengeance, c’est à l’encontre de chercheurs, de membres du FBI et autres individus bien placés.

Le village de Haut-Fourneau-le-Lac m’a rappelé le Village, cet endroit calme et paisible en apparence, dont le Numéro 6, le Prisonnier cherche par tous les moyens de s’évader dans une célèbre série télévisée des années 1960.

En vieux routier de la littérature d’action et de suspense, d’angoisse teintée de science-fiction et de terreur, Dean Koontz joue avec les nerfs de son lecteur et il nous propose une fois encore un roman troublant, aux nombreux personnages, que l’on croit secondaires mais qui jouent un rôle non négligeable dans cette histoire qui n’épargne pas certaines institutions.

Il égratigne, il gratte là où ça démange, et ce qu’il dénonce ne se limite pas aux Etats-Unis mais peut être élargi à bon nombre de pays, dits démocratiques.

Dean Kootz n’apprécie pas la politique et ses représentants, et il ne se prive pas de l’écrire.

Mes mômes font ce qu’ils veulent, tant qu’ils jurent sur la Bible de ne jamais entrer en politique. Je les ai pas élevés pour qu’ils se salissent.

Et naturellement les premiers visés sont les médias…

Je répète ce que nous serinent les médias. Ils se servent des mots à tort et à travers

tout autant que les réseaux sociaux et surtout Internet :

Aucune information hostile aux autorités ne se retrouve sur le Net sans raison. Si elle est disponible à tous, c’est qu’il y a une bonne raison, sinon ils l’auraient fait disparaître ou l’auraient maquillée depuis longtemps.

Ce que l’on appelle de la manipulation de masse. Manipulation relayée par les journalistes :

Les journalistes sont les rois du baratin, c’est bien connu.

Mais eux-mêmes ne croient pas à ce qu’ils écrivent :

Si je croyais toutes les idioties que colportent les médias, je ne serais pas journaliste.

Et on en revient à la politique, l’engrais du journaliste :

Il n’y a plus de place pour le moindre sentimentalisme dans le journalisme actuel, sauf lorsqu’il est question de politique.

Et que penser des présentateurs des journaux télévisés ?

Les seuls journalistes bien payés étaient ceux des journaux télévisés, et ceux-là méritaient autant le titre de journaliste que la qualification d’astronaute.

L’on s’en rend compte en écoutant, si on les écoute, les chaînes d’informations françaises, qui défilent en boucle ou non, des informations expurgées, ne laissant apparaître que ce qui plait au gouvernement. On citera naturellement les non-dits ou la rétorsion d’images lors des manifestations des gilets jaunes, des vidéos amateurs par exemple qui sont diffusées mais tronquées.

 

Dean KOONTZ : La chambre des murmures (The Whispering Room – 2017. Traduction de Sébastien Danchin). Editions de l’Archipel. Parution le 6 février 2019. 462 pages. 24,00€.

ISBN : 978-2809825626

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 05:10

Aven que pourra, et pour la galette on repassera…

François LANGE : La bête de l’Aven.

Il pleut toujours en Bretagne ? Préjugé ! Car en ce début de mois de juillet 1858, il fait chaud et beau. Ou inversement.

L’inspecteur de police François Le Roy est assoiffé et pour éteindre le feu qu’il a dans la gorge, il se rend à l’Auberge du Lion d’or, déguster avidement quelques bolées de cidre rafraîchissant. Nonobstant, il remarque que trois individus attablés au fond de la salle semblent tenir un conciliabule dont il aimerait connaître la teneur.

Comme le patron est une mouche (un mouchard ou indic en argot) il lui demande d’écouter ce qu’ils se disent et de lui en rapporter la teneur. Car l’un des hommes, un borgne, ne lui dit rien qui vaille. Et c’est ainsi qu’il apprend que le borgne envisage l’attaque d’une malle-poste, chargée d’or et d’argent destiné à des banques de Bretagne, du côté de Pont-Aven. Un braquage qui devrait se dérouler à la Croix Saint-André très exactement. Voilà une affaire qui l’intéresse au plus au point et qui va le changer de la monotonie dans laquelle il commence à s’engoncer.

Alors qu’il s’apprête à exposer à son supérieur hiérarchique, le commissaire Montépin (qui ne se prénomme pas Xavier), sa décision d’enquêter sur une possible attaque de diligence, son patron lui signifie qu’il est chargé d’aller résoudre une affaire de meurtres de jeunes filles dans la région de Pont-Aven. Normalement cela ne ressort pas de sa juridiction, mais l’ordre vient d’en-haut, du ministère via le préfet.

Alors direction Pont-Aven et François Lange espère bien faire d’une pierre deux coups. Contrer le ou les dévaliseurs de diligence dans la plus pure tradition du Far West breton aux pruneaux (oui, il y aura échange de coups de feu !) et résoudre le mystère des jeunes filles attaquées par une mystérieuse bête aux griffes acérées.

L’inspecteur de police sera aidé dans son enquête par un lieutenant de gendarmerie, un ami dont il a fait la connaissance lorsque tous deux étaient sur le front de Crimée. Ce qui aide dans les relations, parfois difficiles, entre les représentants de la gendarmerie et ceux de la police.

 

Comme souvent, l’une des deux affaires se trouve opportunément résolue en conclusion de l’autre. Hasard heureux, oui, mais l’on sait que le hasard est le Dieu des policiers. Sans le hasard, souvent, ils passeraient à côté d’indices troublants. Et il ne faut pas oublier qu’à cette époque, ils ne possédaient pas l’arsenal technologique dont ils disposent maintenant, avec la police scientifique qui déblaie bien le terrain.

Un récit intéressant qui mêle histoire et terroir, sans pour autant que l’un de ces deux thèmes empiète sur l’autre et affadisse ou ralentisse le roman. Le suspense est soutenu et l’angoisse s’infiltre doucement, même si le lecteur sent dès le départ que l’animal est une bête humaine. L’auteur joue sur l’ambigüité du personnage qui pourrait évoluer aussi bien aujourd’hui, peut-être dans des conditions différentes mais avec une approche similaire.

Plaignons ces pauvres gendarmes qui, si j’ai bien lu et bien compris, sont des vétérans des campagnes napoléoniennes. Comme il semble que ces références ne soient pas relatives à celles de Napoléon III, il est donc nécessaire de se reporter à celles de Napoléon 1er. La dernière, celle de Waterloo, datant de 1815, soit quarante trois ans auparavant, on peut penser sans se tromper que nos braves gendarmes sont alors âgés d’au moins soixante-trois ans. Bigre ! Et on se plaint !

Ce petit point d’histoire éclairci, ou non, reste que ce roman est plaisant, agréable, et l’on suit les aventures de François, dit Fañch, Le Roy avec intérêt, tout autant pour l’aspect historique que pour le développement de l’intrigue. Et personnellement, j’ai découvert un peintre, Camille Bernier, aux toiles naturalistes classiques et minutieuses, qui ne fut pas l’un des peintres de l’école de Pont-Aven mais exerça son art dans la région bien avant l’heure.

 

François LANGE : La bête de l’Aven. Série Fañch Le Roy 2. Editions du Palémon. Parution le 15 février 2019. 208 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605519

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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 05:21

Les auteurs aboient, le Caravage passe…

Les sept œuvres de Miséricorde. Recueil collectif.

Pour établir une anthologie, il faut, de préférence, un thème, mais un thème porteur, qui échappe à la rengaine. Trouver un tel sujet relève parfois d’une profonde réflexion, parfois il s’impose de lui-même grâce à une parole, un son, une image.

Le concepteur de cette anthologie ne pensait certes pas en se promenant dans Naples être à la recherche d’un sujet, pourtant celui-ci s’est gravé dans son esprit en découvrant un tableau du Caravage : Les sept œuvres de la Miséricorde.

L’éditeur, je suppose que c’est lui, a donc confié à quelques auteurs la tâche de s’atteler à la rédaction de nouvelles pouvant décrire en quelques pages ces sept œuvres de miséricorde corporelles. Lesquelles sont ainsi définies :

Donner à manger aux affamés (Marc Villard)

Donner à boire à ceux qui ont soif (Anne Céline Dartevel)

Vêtir ceux qui sont nus (Jean-Bernard Pouy)

Accueillir les étrangers (Laurence Biberfeld)

Assister les malades (Denis Flageul)

Visiter les prisonniers (Marion Chemin)

Ensevelir les morts (Jean-Hugues Oppel)

Le tout avec une préface signée Patrick Raynal.

Que du beau monde !

 

Toutes ces nouvelles possèdent en commun un tueur, à gages ou non, qui va se charger de punir le responsable d’action malfaisante afin que les victimes retrouvent leur honneur, leur dignité, leur sérénité, leur confiance, leur intégrité, leur raison de vivre via la mort de leur bourreau. Mais elles sont également musicales, chaque auteur partageant avec le lecteur ses goûts musicaux, ou ceux de leurs protagonistes. Des chansons en phase avec les textes.

Un exercice pas si facile à mettre en pratique, mais chacun des auteurs a su développer le sujet qui lui était confié avec son habituelle verve, ironie, compassion, envers des proies désignées comme des souffre-douleurs par des hommes dont le seul but est de se montrer odieux, avilissants, égoïstes, voire monstrueux.

Chacun trouve le décor adéquat, celui qui lui convient le mieux pour développer le thème, et l’on ne s’étonnera guère par exemple de la mise en scène imaginée par Marc Villard qui transpose son récit dans l’Amérique des Amérindiens, chez les Navajos et leurs coutumes. Et tout ça parce qu’un des protagonistes s’est entiché de jouer au casino, et a perdu. Celui qui va exercer la vengeance ne le fait pas contre rétribution mais parce qu’il n’accepte pas que l’on puisse user et abuser de la naïveté de l’un de ses compatriotes, pour de l’argent, et détruire une famille.

Le texte d’Anne Céline Dartevel se fonde dans le thème de l’harcèlement sexuel, un choix qui n’est pas anodin. Le tueur pressenti aurait accepté, pour une fois, de travailler gratis, mais cela aurait peut-être nuit à son prestige. Car le fait de supprimer, proprement, un prédateur, s’impose dans la tête de toute personne possédant un minimum de morale.

Pour Jean-Bernard Pouy, c’est l’occasion de nous emmener dans un musée, celui d’Orsay. L’on connait sa prédilection pour les arts plastiques, d’ailleurs il a été entre autres, prof de dessin, et le regard qu’il porte sur une toile de Manet vaut à lui seul le détour. Le tueur pense pouvoir exercer son contrat perdu parmi la foule des visiteurs, écoutant la guide débiter son laïus, mais à ce moment, la cible désignée intervient, prenant la place de la conférencière et décrivant cette toile de maître à sa manière, le fameux Déjeuner sur l’herbe avec une femme nue au premier plan, tandis que les messieurs peuvent aller se rhabiller.

Pour Laurence Biberfeld, un migrant ce n’est pas uniquement une personne en perdition désirant trouver un coin d’accueil et de la dignité. Des pontes, des personnalités de premier plan, des directeurs d’entreprises fort bien cotées, surtout à la bourse, alors qu’ils n’ont pas su se servir des leurs, se servent de jeunes Erythréennes comme réceptacles pour donner la vie, eux qui n’hésitent pas à couper les vivres de leurs employés en dégraissant les effectifs.

Lorsqu’on vieillit, on rabâche certains souvenirs qui ont pourri la jeunesse. Et lorsque l’on est aux portes du cimetière, il est des rancœurs qui doivent s’évacuer, par l’absolution par exemple. Mais pas n’importe comment et c’est ce que démontre Denis Flageul.

Lorsqu’une jeune femme demande à un tueur, le narrateur, de supprimer quelqu’un, c’est pour une bonne raison. Pourtant au départ, l’homme n’était pas chaud. Mais il se rend vite compte que la jeune femme, qui pourrait accomplir elle-même ce qu’elle lui demande, ne le veut pas pour des raisons personnelles tout à fait compréhensibles, est une ancienne punk qui a dû être martyrisée par la vie, il accepte. Marion Chemin s’affirme de plus en plus comme une nouvelliste de talent.

Enfin, parole, ou écrit, est donné à Oppel, lequel nous entraîne en Bretagne, à bord d’un break transportant des cadavres. Mais pas n’importe lesquels. Surtout un.

 

Des textes parfois ironiques, souvent poignants, touchants, émouvants, qui reflètent la société actuelle et ses dérives.

 

Sommaire :

Préface de Patrick Raynal.

Villard Marc        : Le canyon de Chelly

Dartevel Anne-Céline : Time's up !

Pouy Jean-Bernard : Torse poil

Biberfeld Laurence : Dans la chaleur de mon corps

Flageul Denis : Aide-soignant

Chemin Marion : Pour la cause

Oppel Jean-Hugues : Le Colonel fait un break

Les sept œuvres de la Miséricorde.

Les sept œuvres de la Miséricorde.

Les sept œuvres de Miséricorde. Recueil collectif. Nouvelles. Collection Goater Noir N°25. Editions Goater. Parution le 15 novembre 2018. 132 pages. 14,00€.

ISBN : 979-1097465124

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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