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6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 07:16

Vertiges ou vestiges de l’amour ?

Michel BUSSI : J’ai dû rêver trop fort.

Continuant sa série de romans aux titres empruntés à des chansons, Un avion sans elle, Maman a tort, On la trouvait plutôt jolie, le nouveau livre de Michel Bussi nous invite à revisiter le succès d’Alain Bashung. Il nous incite surtout à prendre l’avion en compagnie de son héroïne, Nathalie dite Nathy, hôtesse de l’air quinquagénaire sur des vols longs courriers, qui a une hirondelle tatouée sur l’épaule.

Elle est mariée avec un menuisier-ébéniste qui se prénomme Olivier, un prénom de circonstance, possède deux filles, Laura et Margot, et vit en Normandie à Porte-joie, une ancienne commune de l’Eure qui jouxte la Seine. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si une succession de coïncidences ne venaient interférer avec son prochain déplacement prévu pour Montréal, du 12 au 13 septembre 2019.

Mais sur sa liste des prochains vols prévus à la suite les uns des autres, outre Montréal, figurent Los Angeles et Jakarta. Commence un calcul de probabilités difficile à résoudre. Car c’est exactement le parcours qu’elle a eu à effectuer vingt ans auparavant. Mais avant de partir, elle se rend compte que son tiroir secret a été fouillé, ses papiers et une pierre du temps qu’elle garde précieusement depuis cette date, chamboulés. Une chanson est diffusée par son autoradio, Let it be. Et lorsqu’elle se positionne devant la porte d’embarquement, la M, comme par hasard, elle retrouve son amie Florence, hôtesse de l’air elle aussi, qui va voler en sa compagnie, de même que le commandant de bord, Jean-Max Ballain, qui approche de la retraite et est connu pour ses nombreuses conquêtes féminines. D’ailleurs de petits malins ont quelque peu détourné son patronyme en Jean Ballain Max !

Bref, la petite équipe est reconstituée comme vingt ans auparavant. C’est tout ? Non, se rendent également à Montréal Robert Smith et ses musiciens. Le groupe The Cure qui vingt ans auparavant avait fait frissonner Flo, toute pétillante de côtoyer de telles célébrités.

Parmi le personnel navigant, Nathy retrouve deux autres collègues qu’elle connait bien et Charlotte, une stagiaire. Manque à l’appel Ylian, le musicien à la guitare et à la casquette écossaise dont elle avait fait la connaissance à cette même porte M et avec lequel elle avait découvert Montréal, puis qu’elle avait retrouvé à Los Angeles puis à Barcelone et enfin à Jakarta. La première fois était un hasard mais pas la suite. C’était l’appel du cœur et des sens qui la poussait à le retrouver ou à le rechercher.

Non franchement, il y a trop de coïncidences, car à Montréal, d’autres faits se produisent, comme si quelqu’un s’attachait à vouloir lui faire remonter le passé du cœur dans la tête. Elle revit des événements, des émotions qui l’avaient bouleversée vingt ans auparavant, qui ne s’étaient jamais vraiment effacés mais seulement dilués au cours des années et de la vie familiale.

 

Toutes ces coïncidences mises bout à bout ne relèvent pas du hasard, mais elles ont été programmées par une main malveillante, Nathy s’en persuade de plus en plus. A moins qu’en présence d’un puis deux faits qui nous ramènent en arrière, on a le sentiment d’être assailli par des coïncidences, alors qu’inconsciemment on crée, on recherche des concordances. Et ceux-ci passeraient peut-être inaperçus dans d’autres circonstances. Non, ça ne marche pas comme ça se dit-elle.

C’est à elle personnellement que cette main manipulée par une tête pensante diabolique en veut. Elle s’en persuade et bientôt toutes ces concordances lui donnent raison. Pour quelle raison ? Dans quel but ? Et comment interpréter cette agression à San Diégo alors qu’elle venait de visiter Tijuana, comme elle l’avait fait vingt ans auparavant. De même qui peut s’amuser à lui prendre et remettre sa pierre du temps qu’une commerçante inuite lui avait donné à Montréal alors qu’elle parcourait la ville lors de son précédent voyage avec Flo et Jean-Max Ballain ?

Un manipulateur malin (ou une, il ne fait exclure personne) qui s’arrange pour perpétrer ses forfaits à son insu et le lecteur tente de mettre un nom sur cette personne malveillante. Mais celui ou celle auquel il peut penser ne se trouve pas forcément à l’endroit où elle évolue. A moins de posséder des accointances, des complices, mais comment étayer ces suppositions, ces conjectures ?

Et lorsque, enfin, le lecteur, moi le premier, découvre la vérité, il se dit que Michel Bussi une fois de plus nous a entraîné dans une histoire qui n’a rien de fantastique, que tout est logique, et particulièrement bien construite. Avec son lot de surprises et un retournement final particulièrement détonant, comme un déferlement.

Un roman musical, qui nous transporte au-delà de nos rêves, en compagnie d’Alain Bashung, des Beatles, des Cures et de combien d’autres.

Un roman d’amour et de passion, émouvant, qui prend aux tripes, et qui démontre que le don de soi n’est pas un vain mot.

Un roman qui se décline entre hier et aujourd’hui, entre 1999 et 2019. Et le lecteur ne peut se perdre dans les dates, entre ces différents chapitres, car un repère distingue, sur le haut des pages de droite, les deux périodes. Une hirondelle pour 1999 et un petit empilement de galets pour 2019. Mais chut, je ne vous ai rien dit.

 

Quand on enterre un être, combien d’amours secrètes enterre-t-on avec ? Combien de passions jamais avouées, happées par le néant, disparaissent comme si elles n’avaient jamais existé ?

 

Michel BUSSI : J’ai dû rêver trop fort. Editions Presses de la Cité. Parution le 28 février 2019. 480 pages. 21,90€.

ISBN : 978-2258162839

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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 07:23

Et un cœur de pierre ?

Valérie LYS : Un amour de statue.

Du haut du vingt-huitième étage de son nouvel appartement dans la tour Les Horizons à Rennes, l’un des premiers immeubles dit de grande hauteur en France, le commissaire Velcro s’imprègne du paysage qu’il contemple jusque là-bas tout au loin. Il vient d’être muté et sa femme ne va pas tarder à le rejoindre.

Son rêve est exaucé, il vient d’intégrer la P.J. bretonne et sa première mission officielle en compagnie du commissaire Delcourt l’envoie à Perros-Guirec sur la Côte de Granit rose. Eva Myla, la célèbre diva, vient d’être découverte morte sur le carrelage de la piscine de la Thalassothérapie du Trestaou. Elle possède une maison sur les hauteurs de Perros-Guirec et y réside lorsqu’elle n’est pas par monts et par vaux pour des concerts. Elle est mariée sans enfant, seulement son mari, dont l’avenir de violoniste était prometteur, a été obligé de ranger son archet à la suite d’un incident. Depuis il est dipsomane, ce qui l’amène parfois à se quereller pour des vétilles.

Selon toute vraisemblance, la mort de la diva n’est pas accidentelle, et l’autopsie le confirmera. Ce n’est pas une surprise, l’étonnement réside dans l’affirmation selon laquelle Eva Myla aurait eu un enfant quelques vingt ans auparavant.

Velcro est scotché en apercevant Deborah, sa coéquipière qui enquête sur une autre affaire dans la région. Elle explique qu’une statue érigée dans la Vallée des Saints (à na pas confondre avec le sillon mammaire) à Carnoët, petite ville située selon les itinéraires entre 66,830 et 77,170 kilomètres (ceci pour ceux qui aiment les précisions), a été vandalisée. Ils se rendent sur le site et questionnent les trois sculpteurs présents en charge de ces nouveaux monuments façon Île de Pâques.

Velcro s’entretient avec les employés de la Thalasso et le directeur. Le docteur qui suit les malades, le jeune kinésithérapeute de pas même vingt-cinq ans, la masseuse esthéticienne, et la réceptionniste enrobée. Mais chacun d’entre eux cultive son jardin secret et cela ne va sans polémiques et pointes de jalousie.

Mais une autre statue est vandalisée et apparemment il n’y aurait aucun rapport, les dégâts n’étant pas conçus de la même façon. Les deux collègues vont enquêter, de concert, c’est de circonstance, ou de conserve, on est en pays marin, sur ces deux affaires qui possèdent un lien, pas évident au départ mais de plus en plus prégnant.

 

Entre les deux collègues s’établit une complicité ponctuée de marivaudage. Car Velcro est attirée par la jolie quinquagénaire, et il semble bien que cela soit réciproque. Mais il est également un épicurien qui savoure les huîtres en ressentant un attrait sexuel dans cette dégustation.

Naturellement les connaisseurs et amoureux du cru suivront les différentes pérégrinations de Déborah et Velcro en visitant des lieux superbes, des lieux historiques, à la mémoire ancienne ou proche, avec la tombe de Thierry le Luron notamment, incontournable pour certains mais dédaignée, et apprécieront les références littéraires et musicales, notamment le lien qui unit Céline, le romancier encensé par bon nombre d’intellectuels de gauche et de droite, mais qui ne m’a personnellement jamais attiré et ce non pas pour ses idées fascistes et antisémites, quoi que, mais à cause de son écriture en pointillé, entre Céline alias Louis-Ferdinand donc et son ami Igor Stravinsky, le célèbre compositeur de L’Oiseau de feu et du Sacre du printemps.

Mais un autre personnage apparait en superposition, celui de Milan Kundera dont l’ex majordome s’est installé dans la tour des Horizons, nichant deux étages au-dessus de Velcro.

Parfois l’on peut se demander où Valérie Lys veut entraîner son lecteur, mais le roman terminé, force est de constater que tout se tient, tout est agencé avec justesse, et que l’on a passé un bon moment en compagnie des deux policiers, ce qui n’est pas chose si courante en ces moments de tension.

 

Les gens intelligents ne savent pas être heureux, ils réfléchissent trop. Ils ont besoin de plaisirs trop sophistiqués.

Valérie LYS : Un amour de statue. Série le commissaire Velcro N°7. Editions du Palémon. Parution le 15 février 2019. 224 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605427

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30 mars 2019 6 30 /03 /mars /2019 05:55

Quoi de neuf, Docteur ?

Guy BOOTHBY : Docteur Nikola

Désargenté, mais essayant quand même de vivre dans un luxe factice à Shanghai, Wilfred Bruce apprend par un vieil ami qu’un certain docteur Nikola souhaite l’embaucher comme maître d’hôtel. Les renseignements fournis concernant cet inconnu ne le tentent guère, mais à chaque fois qu’il pense trouver un emploi à sa convenance, la place vient d’être comblée une heure auparavant.

Il se résigne alors à rencontrer ce fameux docteur Nikola qui tient à l’engager, se présentant comme occultiste et disposant du pouvoir d’hypnotisme. D’ailleurs il démontre ses capacités à Bruce, lequel est estomaqué. S’il a besoin de celui qu’il veut embaucher, non plus comme maître d’hôtel mais comme secrétaire particulier, c’est parce que, non seulement Bruce parle couramment le chinois, ou mandarin, mais parfois se déguise en autochtone, le visage grimé et portant natte, abusant ses interlocuteurs.

Le docteur Nikola possède un rouleau sur lequel sont gravés des idéogrammes (et non des hiéroglyphes, n’en déplaise à la traductrice) et il aimerait pouvoir s’emparer de deux autres rouleaux qui lui assureraient fortune et plus. Un fabuleux secret détenu par des moines résidant dans un monastère tibétain mais pour parvenir à s’en emparer les embûches vont se dresser sur le chemin des deux hommes.

Car Bruce accepte d’accompagner, aider, protéger même, le dicteur Nikola dans son déplacement jusqu’au Tibet, contre une rémunération conséquente, à percevoir de suite par moitié, le reliquat à la fin de leur mission. S’ils réussissent évidemment. Mais auparavant il va leur falloir se rendre à Pékin en passant par Tientsin. Nikola (abandonnons désormais la notification de docteur puisque nous le connaissons un peu plus) doit rencontrer quelques personnes susceptibles de l’aider dans ses démarches. D’ailleurs il est entouré de serviteurs dévoués et fidèles. Jusqu’à un certain point, comme le démontrera la suite de leur voyage.

A Tientsin, Bruce sauve la vie à une jeune fille mais pas à son père qui a été agressé par des aigrefins. Lui-même va être la proie d’une étrange fièvre qui le plonge dans le coma durant la bagatelle d’une quinzaine de jours et il aura le plaisir, la joie, le bonheur de retrouver Mlle Medwin, celle à qui il a sauvé la vie, à son chevet.

Les deux hommes accompagnés de serviteurs connaîtront bien d’autres mésaventures, des périls en tout genre, des dangers provoqués par leur ténacité, leur inconscience, par la faute d’éléments extérieurs et par des compagnons soi-disant fiables. Et si au début, ils parviennent à faire illusion au monastère, ils sont bientôt démasqués à cause d’un personnage qu’ils ne pensaient pas trouver sur leur chemin.

 

Fabuleux roman d’aventures, Docteur Nikola préfigure de nombreux autres romans qui seront écrits par la suite. Mais contrairement à des héros malsains de la littérature populaire, tel que Fu-Manchu qui rêvait d’exterminer les Européens mais pas que, le docteur Nikola se montre humain, témoignant de sagesse, de tendresse, notamment envers les enfants, sociable même s’il peut se révéler intraitable en certaines circonstances.

Si j’ai évoqué Fu-Manchu, de Sax Rohmer, dont le côté malsain va engendrer bien d’autres personnages maléfiques dont la fameuse Madame Atomos d’André Caroff, le docteur Nikola possède une nette ressemblance avec Sherlock Holmes. Son pouvoir d’hypnotiser ses interlocuteurs est doublé par son sens aigu de l’observation et de la déduction, et naturellement il lui fallait un pendant, son docteur Watson, incarné ici par Wilfred Bruce. Wilfred Bruce qui d’ailleurs narre cette aventure à la première personne.

Guy Boothby est l’un des précurseurs de ces romans d’aventures exotiques hauts en couleurs dont l’action est située dans les pays d’Asie, au moment de la période coloniale. Il fut le contemporain de Robert-Louis Stevenson, Henry Rider Haggard, d’Arthur Conan Doyle, de Gustave Le Rouge et de bien d’autres qui apportèrent à ce genre littéraire ses lettres de noblesse.

Certains épisodes m’ont fait penser à des scènes qui se déroulent dans Tintin et le Lotus bleu ou encore Tintin au Tibet. Des images fugitives, certes, mais qui posent la question de savoir si Hergé, lisant ce roman, n’a pas eu l’idée, ou l’envie de plaquer dans ces histoires des situations mettant en scène son héros telles que celles vécues par le docteur Nikola et Bruce.

Et naturellement un roman d’aventures épiques se doit posséder le côté fleur bleue, l’attirance entre une jeune fille et le héros(ou l’un des héros) puis l’amour pur qui se concrétisera par le mariage. Peut-être !

Réédition : Editions Libretto. Parution 5 novembre 2009. 284 pages. 11,00€.

Réédition : Editions Libretto. Parution 5 novembre 2009. 284 pages. 11,00€.

Guy BOOTHBY : Docteur Nikola (Doctor Nikola – 1896. Traduction Michèle Valencia). Collection Aventures fantastiques N°14. Editions Garancière. Parution novembre 1986. 256 pages.

ISBN : 2-7340-0122-5

Réédition : Editions Libretto. Parution 5 novembre 2009. 284 pages. 11,00€.

ISBN : 978-2-7529-0408-9

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27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 05:53

Un tigre de papier !

Joël DICKER : Le tigre.

Le mois d’août 1903 est torride et théoriquement tout Saint-Pétersbourg devrait être plongé dans la torpeur.

Mais une nouvelle effrayante est commentée aussi bien dans les salons aristocratiques et bourgeois, que dans les faubourgs populaires. Même le Tsar s’en émeut, pourtant les semaines passent, apportant son lot d’informations toutes plus gravissimes les unes que les autres.

Un tigre a ravagé tout un village là-bas, loin, à l’autre bout du pays, en Sibérie, mais ce n’est pas son seul méfait. La population est terrorisée. Et s’il venait jusque dans la capitale ?

Le Tsar décide alors de prendre les choses en main, et donc de la mettre à la poche, offrant le poids du tigre en or à celui qui lui ramènera la dépouille du fauve. De nombreux prétendants, des chasseurs, expérimentés ou non, mais souvent impécunieux, partent à la conquête de cette toison d’or.

Parmi ceux-ci le jeune Yvan s’en va seul, dépensant presque toutes ses économies en l’achat d’une solide monture. Et il s’en va par monts et par vaux, affrontant les éléments météorologiques, froid, vent, neige, avec pugnacité. Arrivé près de Tibié, où a eu lieu un massacre sans précédent, il ne peut que constater que les rumeurs n’étaient pas infondées. Des cadavres humains, d’animaux jonchent le sol.

Et pour traquer l’animal qui ne daigne pas paraître, il use d’un stratagème. Celui-ci fonctionnera-t-il ?

 

N’ayant lu aucun ouvrage de Joël Dicker, je me suis plongé dans ce conte pour enfant écrit à l’âge de dix-neuf dans le cadre d’un concours littéraire, sans à-priori, sans préjugé, l’esprit neuf, vierge.

A cet âge, de nombreux romanciers et écrivains se sont révélés, le plus connu étant, peut-être, Raymond Radiguet, décédé alors qu’il n’avait que vingt ans. Mais ses deux œuvres principales, Le Diable au corps et Le Bal du comte d’Orgel furent de grands succès de son vivant.

Alors, mon avis sur Le tigre ? Bof. Un conte d’inspiration russe mais plat, froid, sans âme. Banal. Du moins l’ai-je ressenti ainsi, et heureusement que l’épilogue, moral, sauve le texte, car on pourrait penser à une rédaction bien ficelée, mais sans plus, d’un lycéen. Et les illustrations sont à l’avenant. Toujours à mon avis.

La couverture cartonnée et la jaquette ne justifient pas ce prix de 13,90€, mais l’éditeur a peut-être misé sur le nom et la réputation de Joël Dicker pour allécher le chaland. Certains auteurs, qui ne possèdent pas sa notoriété, proposent des textes nettement plus engageants, vifs, incisifs, aboutis.

Je dois préciser que je n’ai pas acheté cet ouvrage, qu’on ne me l’a pas offert, mais que je l’ai trouvé dans une bibliothèque de rue, quinze jours avant sa parution officielle et sa mise en vente chez les libraires !

Joël DICKER : Le tigre. Illustrations de David de las Heras. Editions de Fallois. Parution le 20 mars 2019. 64 pages. 13,90€.

ISBN : 979-1032102176

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 05:43

Minuit, l’heure du crime…

Jean-Christophe PORTES : Minuit dans le jardin du manoir.

Nous ne sommes pas à l’époque de la Révolution Française, quoique, mais bien au début du XXIe siècle. Pourtant une pique surmontée d’une tête dont les orbites sont garnies d’écus en métal doré est dressée dans le parc d’un manoir normand dont la construction remonte à 1562.

Le jeune homme qui a découvert cette tête, qui apparemment ne lui revient pas, à minuit et quelques minutes, en profite pour la photographier et divulguer sur les réseaux sociaux sa trouvaille. Naturellement les journalistes et les policiers de Rouen sont rapidement sur les dents.

Ce manoir appartient à Colette Florin - un rapport avec les écus en métal doré ? – une vieille dame quelque peu excentrique. Son petit-fils, Denis, a repris l’étude notariale familiale, mais c’est un homme réservé, un peu gauche, célibataire, et auprès de la population locale il passe pour un benêt, pour ne pas dire un attardé, dont la principale occupation est de reconstituer dans l’une des pièces de cette demeure, la bataille de Marignan, petits soldats de plomb amoureusement peints par lui-même et décors reconstitués fidèlement.

Evidemment, il est en première ligne des soupçons portés sur lui. L’inspecteur Trividec, le beau gosse de la brigade infatué de sa personne est chargé de l’enquête policière, et que ferait ce prétentieux s’il n’avait comme adjointe Miss Je-Sais-Tout, laquelle est nettement plus érudite que lui.

Nadjet Bakhtaoui, une journaliste grand-reporter qui revient du front moyen-oriental, est dépêchée sur place. C’est une accrocheuse qui sait se débrouiller pour s’infiltrer au nez et à la barbe de ses confrères et des policiers dans le parc et prendre des photos. Elle aime son travail et ne néglige aucune piste.

La grand-mère Colette est considérée comme une vieille folle par ses concitoyens, mais elle est loin de ce qu’elle paraît. Elle tient un blog, organise des réunions costumées, elle est riche et s’oppose à certaines décisions municipales ou préfectorales, n’hésitant pas à s’enchaîner aux grilles de la préfecture rouennaise. Et elle possède assez de bagout et de charisme pour amener une certaine partie de la population à la suivre dans certaines batailles contre les élus assujettis aux multinationales.

Denis, malgré son air distrait mais timide, est un brillant adversaire aux échecs, se confrontant via Internet, n’ayant plus d’adversaires proches à sa taille. Et il serait un expert en cryptogrammes selon le libraire. Et comble d’imbécilité, ou de naïveté, excédé par les journalistes, il les provoque sabre au clair afin de les empêcher d’investir le parc.

Et voilà pour les personnages principaux. Ah, j’allais oublier Monroy, richissime homme d’affaires dont la présence est quelque peu énigmatique. Plus quelques cadavres qui seront retrouvés non loin.

 

Une enquête particulièrement réjouissante qui emmènera le lecteur jusque dans le sud de l’Espagne, avec un côté social puisque des réfugiés africains feront de la figuration plus qu’intelligente au fort de Gibraltar, découpée en chapitres courts, accentuant la vivacité et la complexité de l’intrigue, mettant en scène chacun des protagonistes.

De plus se greffe, en intercalaires, un épisode historique avec la conquête du Mexique par Hernán Cortés, une chasse au trésor, et quelques épisodes qui remontent à la guerre d’Algérie.

Un roman sandwich, composé d’éléments nutritifs intellectuellement, une diversité qui se complète admirablement. Une nouvelle facette, du talent de conteur de Jean-Christophe Portes, qui comporte quelques anomalies, dans les dates et les âges, je ne peux m’empêcher de les relever, c’est un peu un TOC, Trouble Obsessionnel Comparatif, mais qui par ailleurs est un regard acéré, aiguisé, sur notre société, surtout sur les chaînes d’info en continu, les journalistes et chroniqueurs qui s’estiment des spécialistes mais ne sont que des masturbateurs de l’esprit en se concentrant sur des détails sordides et futiles, et les débats télévisés où l’on parle de tout et de rien, uniquement pour occuper l’espace-temps et se faire voir.

Un roman enlevé (à plusieurs titres !), virevoltant, amusant et précis, jouant sur le sensationnel, moins académique et didactique que la saga révolutionnaire de Victor Dauterive et donc plus passionnant.

 

Jean-Christophe PORTES : Minuit dans le jardin du manoir. Editions du Masque. Parution le 13 mars 2019. 380 pages. 19,90€.

ISBN : 978-2702449141

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23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 05:29

Il en aura fait couler de l’encre, en plus du sang, ce sacré Jack…

Christian JACQ : Jack l’Eventreur, le retour.

Dans le quartier de Whitechapel, un quartier mal famé de Londres, le fantôme de Jack l’Eventreur vient de frapper.

Un 31 août, comme l’avait fait son prédécesseur. Puis à nouveau un 8 septembre.

Mais ces crimes commis aux mêmes dates et dans les mêmes circonstances ne sont pas les seules analogies, les seuls points communs qui relient ces deux affaires.

D’abord le meurtrier s’en prend aux prostituées, ce qui jette un début de panique parmi la faune locale. Les Belles de nuit n’osent plus exercer leur métier. L’une d’elles, au doux prénom d’Annabella, s’attribue le titre pompeux d’assistante de cœur et propose ses services pour débrouiller cette affaire complexe.

Aux coïncidences déjà évoquées, ne voilà-t-il pas que les suspects appréhendés par les policiers semblent être les réincarnations des protagonistes de la célèbre affaire qui défraya la chronique en 1888 : un duc de haut lignage, une sage-femme avorteuse à l’occasion, un rabbin qui exerce ses talents de sacrificateur sur des animaux, l’un des meilleurs chirurgiens du royaume, un avocat qui avant de pratiquer le droit a étudié la médecine, un peintre ressemblant étrangement à Van Gogh et enfin un émigré Russe dont la mère a proposé ses charmes dans ce quartier de Whitechapel pour faire bouillir la marmite.

Higgins nage en pleine horreur. Il croit rêver mais c’est un véritable cauchemar qui l’assaille.

 

Cette fameuse affaire de Jack l’Eventreur, jamais élucidée officiellement, aura fourni à bon nombre d’écrivains l’occasion de prouver leur talent et d’étayer leur imagination, apportant chacun leur solution, de Robert Bloch à Michel Moatti en passant par Paul Halter, René Reouven ou Bob Garcia, pour n’en citer que quelques-uns.

Christian Jacq, sous l’alias de J.B. Livingstone lors de la première parution de ce livre, signait là l’un de ses meilleurs romans, entretenant savamment le suspense jusqu’à l’arrestation du meurtrier.

 

Première édition sous le pseudonyme de Jack Livingstone. Le retour de Jack l’Eventreur. Collection les Dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution septembre 1989. 240 pages.

Première édition sous le pseudonyme de Jack Livingstone. Le retour de Jack l’Eventreur. Collection les Dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution septembre 1989. 240 pages.

Autre édition : Collection les Dossiers de Scotland Yard. Editions Gérard de Villiers. Parution le 11 septembre 1991. 254 pages.

Autre édition : Collection les Dossiers de Scotland Yard. Editions Gérard de Villiers. Parution le 11 septembre 1991. 254 pages.

Christian JACQ : Jack l’Eventreur, le retour. Les enquêtes de l’inspecteur Higgins N°32. Editions XO. Parution le 14 mars 2019. 272 pages. 13,90€.

ISBN : 978-2374481395

Première édition sous le pseudonyme de Jack Livingstone. Le retour de Jack l’Eventreur. Collection les Dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution septembre 1989. 240 pages.

ISBN : 9782268008363.

Autre édition : Collection les Dossiers de Scotland Yard. Editions Gérard de Villiers. Parution le 11 septembre 1991. 254 pages.

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20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 05:48

Attention aux courants d’air !

Les neurones vont éternuer !

 

Evelyne BRISOU-PELLEN : Le crâne percé d’un trou.

L’estomac et la bourse vides, Garin Troussebœuf fait la rencontre près du Mont-Saint-Michel d’un gamin légèrement plus jeune que lui. Louys s’est trouvé une occupation qu’il espère rémunératrice, il vend des reliques. Elles sont fausses, mais en cette époque de superstitions, de catholicisme exacerbé, il n’est pas toujours besoin de démontrer l’exactitude de ses affirmations. Les acheteurs sont si crédules !

Il a remarqué dans les bois un soldat, enfin le cadavre d’un individu qu’il pense avoir été un soldat, nu. En cette période de troubles entre Anglais et Français, il n’est pas rare de tomber sur une petite troupe de combattants. D’ailleurs ceux-ci rôdent mais ce ne sont pas des soldats que Garin et Louys aperçoivent cheminant paisiblement, mais deux moines qui rejoignent l’abbaye de la Merveille. Deux Bénédictins habillés de noir. Des pèlerins rejoignent également le Mont.

Enfin les deux jeunes adolescents arrivent dans le petit village composé de commerces au pied de l’abbaye. Louys essaie de se placer chez un boutiquier en attendant la bonne fortune tandis que Garin décide de se faire embaucher comme scribe. Ce qui arrange bien les affaires du père abbé, car le scribe officiel, le copiste frère Robert commence à se faire âgé et l’abbaye enregistre une pénurie de copiste à cause de l’épidémie qui a sévi il n’y a guère.

L’aumônier et le chantre le prennent successivement sous leur coupe, l’emmenant au scriptorium où se tient habituellement frère Robert. Pour l’heure il n’est pas là, mais c’est sans importance. Le chantre lui promet également de lui montrer le crâne percé d’un trou de Saint Aubert, qui fit construire la première chapelle qui plus tard s’étendra et prendra des proportions gigantesques en devenant l’abbaye. Il suffit de respecter quelques règles dont le silence. Une règle pas facile à appliquer à Garin mais il essaiera de la suivre du mieux qu’il peut. Une autre exigence l’importune un peu, assister aux messes. Heureusement il ne sera pas obligé d’être présent à tous les offices.

Garin retrouve également les deux moines entrevus dans la forêt, frère Raoul, un jeune moine, et frère Sévère, à l’aspect plus rébarbatif. Un peu Laurel et Hardy avant l’heure. Si Garin et Frère Raoul font plus ample connaissance, durant les heures permises aux dialogues dans le cloître, frère Sévère est nettement moins abordable. Quant au crâne il a disparu du reliquaire dans lequel il était enfermé.

Garin est chargé de dresser l’inventaire des reliques, le bras d’un saint, quelques gouttes du lait de la Vierge, deux épines provenant de la couronne du Christ et autres objets précieux. Frère Robert qui avait l’habitude de se réchauffer près de la cheminée dans le scriptorium disparait. Il est retrouvé un peu plus tard, mort, la paume d’une main brulée, le crâne de Saint Aubert gisant près de lui.

 

Garin va devoir enquêter, il s’en sent l’obligation morale, mais il a bien du mal à évoluer dans les couloirs, les corridors, les galeries, les nombreuses pièces composant l’abbaye, les passages plus ou moins secrets, dans les ténèbres car il n’y a pas encore l’éclairage électrique au Mont. Juste quelques chandelles et torches dispersées ici ou là.

Les moines et les novices résidant au Mont ne sont guère nombreux, un peu plus d’une vingtaine. D’ailleurs l’un des novices, qu’il avait surpris pleurant, ne fait plus partie de la congrégation. Quelques pèlerins viennent également se recueillir et une délégation venant de Dol doit être reçue. Une ombre noire, un moine armé d’un couteau, rôde dans ce qui constitue un véritable labyrinthe. Garin va même devoir sauver sa peau, empêtré dans les sables mouvants alors qu’il était parti à la pêche aux coques, accompagné d’un des moines.

Une aventure périlleuse pour Garin et une enquête qui ne manque pas de lui réserver de nombreuses surprises. De même qu’à Louys également car son statut de revendeur de reliques ne plaide guère en sa faveur, surtout avec la disparition des objets sacrés appartenant au Mont.

Pour le lecteur, c’est une aimable histoire doublée de la découverte du Mont et de son abbaye en cette année 1357, abbaye qui n’avait pas encore pris les proportions qu’elle possède de nos jours avec les ajouts qui se sont succédé au fil des siècles. D’ailleurs des pièces avaient été murées, et certaines n’ont été redécouvertes que depuis quelques décennies, à la faveur de rénovations.

Un roman plaisant, historique inspiré d’une légende, celle de l’archange Saint Michel obligeant le moine Aubert à édifier sur le mont Tombe une église en son honneur en lui appuyant un doigt sur le crâne et y laissant sa marque, roman doublé d’une enquête menée difficilement par Garin qui ne connait guère les aîtres et se trouve plus ou moins soupçonné.

Un roman humoristique également, car Garin est un affabulateur, un adolescent aimant déguiser la vérité en sa faveur, s’inventant des ancêtres prestigieux.

 

Le problème du mensonge, c’est la mémoire : il faut se rappeler tout ce qu’on a dit.

Garin ne prit même pas le temps de réfléchir : inventer une vie de saint, c’était facile, car on pouvait vraiment raconter n’importe quoi, au besoin en s’inspirant de bribes de vie d’autres saints.

Réimpression le 7 mai 2013. 208 pages. 6,60€.

Réimpression le 7 mai 2013. 208 pages. 6,60€.

Evelyne BRISOU-PELLEN : Le crâne percé d’un trou. Folio Junior N°929. Gallimard Jeunesse. Parution le 2 novembre 1998. 210 pages.

Réimpression le 7 mai 2013. 208 pages. 6,60€.

ISBN : 978-2070519460

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17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 05:34

Derrière chez moi, savez-vous quoi qu’y a

Derrière chez moi, savez-vous quoi qu’y a

Y a un bois, le plus joli des bois, petit bois derrière chez moi…

Marc VILLARD : Compagnons des forêts.

Au début des années 1960, même si l’écologie n’était pas encore à la mode, les vacances sous la tente, dans des prés ou des bois, étaient un dérivatif pratiqué par des millions de Français. Les joies de la nature, le chant des petits oiseaux, que du bénéfice pour la santé, et surtout pour les jeunes adolescents que nous étions.

C’est ainsi que Marc Villard, et quelques garnements de son âge, environ, se trouvèrent enrôlés dans les Compagnons des forêts, sorte de scoutisme amélioré et moins prosélyte. Et son premier contact avec les Compagnons des forêts, son entrée dans ce cercle fermé, c’est en pleine nature dans les Pyrénées qu’il a lieu.

Trois semaines consacrées à la marche, à la vie en groupe, aux veillées et une tente partagées entre cinq occupants qui se découvrent. Cinq garçons évidemment, car les filles sont logées dans leur tente à elles. Pas de mélange, Woodstock n’était pas encore passé par là. Et le jeune Marc fait la connaissance des frères Chassepot, des jumeaux plus vieux que lui d’un an, des Noirs. Mais à cet âge et à cette époque, la couleur de peau n’entrait pas en ligne de compte dans les amitiés.

De treize ans jusqu’aux portes de la majorité, qui était alors de vingt et un ans, Marc Villard déroule ses souvenirs d’adolescent, pas plus calme, pas plus turbulent que les jeunes de sa génération, vivant dans une zone semi-urbaine, semi-rurale, entre Versailles, Viroflay, Plaisir, Chavenay où les champs n’avaient pas encore été réduits à des lotissements envahissants.

C'est Le temps de l'amour, le temps des copains, et de l'aventure… Chantait Françoise Hardy mais avant il y avait eu Le temps des copains de Robert Guez avec un jeune comédien qui allait devenir célèbre en imitant De Gaulle. Henri Tisot. Mais ça, c’est une autre histoire.

Les chapitres qui composent ce court roman sont autant de vignettes, comme des souvenirs éclatant en flashs dans l’esprit, sous les yeux, des remémorations que l’on se représente avec nostalgie et attendrissement. Des épisodes que l’on ne revivra plus, non pas à cause de l’âge, mais parce que cela n’existe plus.

Par exemple, ouvreuse dans les cinémas. C’est bien une époque révolue. Et le jeune Marc, afin d’arrondir des fins de mois difficiles, l’argent de poche n’étant distribué qu’avec parcimonie, a effectué quelques vacations dans un cinéma de quartier le dimanche. Et il laissait entrer des copains à l’entracte afin que ceux-ci puissent regarder les films projetés.

Ou encore aller ramasser des pommes de terre, le glanage de tubercules, dans les champs environnants. Maintenant ce sont les machines qui effectuent le travail. Les machines n’ont pas besoin de se baisser et ressentir les désagréments du mal de dos.

Autant de petites réminiscences qui surgissent lors du détour des pages. Et ces altercations entre les tenants des Chaussettes noires et d’Eddy Mitchell, et ceux qui ne voyaient ou n’entendaient que par les Chats sauvages et Dick Rivers. Le bon temps du Yéyé. Alors que tous nous aimions gratter péniblement de la guitare, Marc Villard lui s’adonnait à la batterie, qui n’était pas celle de cuisine.

Et passons sous silence les premiers baisers avec incursion de la langue. Ceci entre dans le domaine privé… de sensations, au départ. Mais Marc Villard se dresse parfois comme le Chevalier blanc au secours de la veuve et de l’orphelin. Et surtout de jeunes filles en difficultés, théoriquement à l’abri sous leurs tentes et convoitées par des Grecs… Mais il n’est pas seul pour réaliser cet exploit.

Un texte dans lequel je me suis retrouvé la plupart du temps. Il est vrai qu’entre Marc Villard et moi, il n’y a qu’à peine deux semaines de différence, et que nous vivions à cette époque dans la banlieue parisienne, la capitale étant si loin et pourtant si proche, et presque l’aboutissement de nos rêves d’adolescents. Mais je vivais à l’opposé de Marc Villard, géographiquement, habitant dans la même petite ville qu’Alain Demouzon mais ne fréquentant pas le même établissement scolaire.

Existe au format numérique : 3,99€.

Existe au format numérique : 3,99€.

Marc VILLARD : Compagnons des forêts. Collection La petite maitresse en maillot de bain N°10. Editions Après la Lune. Parution 8 juin 2006. 62 pages.

ISBN : 978-2352270164

Existe au format numérique : 3,99€.

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16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 05:35

Pour parodier un célèbre et ancien slogan

publicitaire pour une eau minérale :

1 foie, 2 reins, 3 raisons de lire cet ouvrage !

Olivier KOURILSKY : La médecine sans compter.

Les romanciers issus de la vénérable corporation des médecins sont si nombreux qu’il est difficile de les comptabiliser. Citons pour mémoire, Arthur Conan Doyle, A.J. Cronin, Franck Slaughter, Robin Cook l’Américain, Georges Duhamel, Louis-Ferdinand Céline, et dans des domaines plus particulier de la littérature dite populaire, Jean-Pierre Goiran alias Jean-Pierre Garen, Robert Clauzel et combien d’autres qui ne sont pas souvent répertoriés.

Sans oublier André Soubiran et sa saga des Hommes en blanc qui joue dans le même domaine que ce récit (ou inversement) mais était consacré à l’apprentissage d’un futur médecin généraliste et dont le texte était plus romancé.

Si Olivier Kourilsky, docteur K., s’est fait connaître par sa dizaine de romans policiers édités chez Glyphe, il se plonge avec cet ouvrage dans ses souvenirs d’étudiant en médecine, narrant ses débuts comme jeune élève, fils de parents œuvrant dans le domaine de la médecine, sixième enfant d’une fratrie qui se consacra elle aussi à non pas un travail mais à une vocation. Je ne reviendrai pas sur Raoul Kourilsky, le père d’Olivier, mais sachez que le petit (il a bien changé maintenant !) Olivier fut à bonne école. Puis son séjour prolongé, dix ans, à l’hôpital Tenon et son long séjour à Evry dans un établissement qui venait tout juste de sortir de terre lors de sa nomination.

Un récit qui oscille entre bonne humeur, blagues de potaches - il faut bien que jeunesse se passe et évacuer le stress des interventions médicales - entre sérieux des diverses opérations, relations avec les patients et leurs familles, et réquisitoire diplomatique envers les nouvelles méthodes de responsabilisation du personnel, méthodes qui privilégient l’aspect comptable à l’aspect humain.

Les souvenirs se réduisent parfois à des vignettes qui s’enchaînent comme des images, des diapositives montrant souvent la détresse des malades, leurs attentes, celles, détresse et attentes, des familles, les petites joies et les grandes peines. Les noms des divers médecins, internes, professeurs et spécialistes qu’Olivier Kourilsky a été amené à côtoyer au cours de sa carrière, plus principalement à l’hôpital Tenon puis au nouvel établissement d’Evry dans sa carrière de néphrologue, lui sont familiers et il les décline avec amitié la plupart du temps. Des noms qui ne diront rien la plupart du temps aux profanes comme moi qui ne connaissent que certains mandarins ayant fréquentés les plateaux télévisés tel les professeur Hamburger (le père de Michel Berger) et Cabrol. De même que le jargon médical employé pour décrire des interventions peut perturber le profane (dont toujours moi) mais cela n’entrave en rien la lecture qui joue avec la bonne humeur, ce petit goût de farces entre collègues. Olivier Kourilsky étant né un 1er avril, ceci explique sûrement cela.

Mais il s’agit également d’un réquisitoire et d’une diatribe envers les psychorigides qui n’acceptent pas que la déontologie ou l’éthique puissent être détournés au profit de l’humanisme. Concernant un problème d’éthique ayant un lien avec l’avortement (dans les années 1970, c’était non seulement un sujet tabou mais une pratique interdite quoi que de nos jours des praticiens refusent encore ce genre d’intervention sous couvert d’une morale chrétienne), Olivier Kourilsky écrit :

Je ne veux prendre aucun parti dans cette histoire, juste témoigner de mon malaise et rappeler ma conviction que toute position rigide dans ce domaine délicat fait fi des situations individuelles.

L’auteur pointe également du doigt certaine campagne médiatique qui n’aurait pas eu lieu d’être, déclenchée par le Canard, qui pour une fois s’était trompé de cible et mis la plume dans l’œil, relayée par des journaux pourtant prétendument sérieux.

Il est plus facile de stimuler des polémiques infondées que de reconnaître que l’on s’est trompé.

Il revient également sur la loi Caillavet de 1976, loi qui démontre l’importance des mots dans un texte et surtout l’interprétation qui peut en être faite, selon des critères, encore une fois, journalistiques erronés. Et il faut se souvenir qu’entre le fond et la forme, il existe souvent un gouffre qui ne peut être comblé.

 

Olivier KOURILSKY : La médecine sans compter.

Enfin, je ne résiste pas à citer cette phrase extraite de la préface de Pierre Ronco :

Ce livre offre l’opportunité de mettre en avant les innombrables difficultés engendrées ces dernières années par des lois tatillonnes et des personnels administratifs parfois condescendants, portés au premier rang par la loi HPST et par la création des pôles dont le principal objectif est la gestion financière sans grande considération pour les malades et leurs besoins. Si l’objectif de contrôle des dépenses est évidemment louable, les injonctions paradoxales dont les médecins et le personnel non médical sont la cible vont souvent à l’encontre de l’objectif souhaité.

Naturellement, il faut associer ces deux phrases à des directives administratives et comptables qui sont de plus en plus appliquées, notamment la fermeture de lits et surtout la fermeture de maternités, plus particulièrement en milieu rural, obligeant les parturientes à se déplacer plus loin, plus longtemps, avec les risques que cela implique. Et je ne pense pas uniquement aux accidents de la route qui peuvent être préjudiciables, mais aussi aux frais, à la fatigue, aux perturbations engendrées. Les technocrates qui pondent ces dérives vivent à Paris et ne sont pas assujettis à ce genre de problèmes.

 

Un livre qui devrait se trouver sur la table de chevet de bien des hommes (et femmes) politiques et de ceux qui, se flattant d’être bien portant, seront amenés un jour à être les hôtes d’hôpitaux comptant des bouts de chandelles et qui pour gagner quelques euros vont en dépenser dix fois plus en restructurations diverses. Mais ceux qui décident ne voient pas la plupart du temps plus loin que le bout de leur nez et les aberrations de leurs décisions. Mais je suis hors sujet. Quoi que…

Il ne faut pas oublier que pour soigner des affections plus ou moins graves, souvent chroniques, l’emploi de médicaments à base de corticoïdes est la norme alors que justement ces corticoïdes entraînent l’apparition de diabète chez des patients qui n’en étaient pas atteints. Alors on se cache derrière ce slogan, mangez moins gras, moins sucré, moins salé… Une façon de culpabiliser le malade et de se retrancher derrière des arguments fallacieux. Et des médicaments préconisés afin de soulager un patient et qui déclenchent une autre maladie, cela fait bien les affaires des laboratoires pharmaceutiques. Mais ce n’est que mon avis.

 

Je ne peux que vous encourager à visiter le site d’Olivier Kourilsky et à découvrir, si ce n’est déjà fait, quelques-uns de ses romans.

 

Olivier KOURILSKY : La médecine sans compter. Préface de Pierre Ronco de l’Académie de médecine. Editions Glyphe. Parution le 2 mars 2019. 254 pages. 16,00€.

ISBN : 978-2358152532

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 05:15

Un graffiti original !

Xavier-Marie BONNOT : La première empreinte.

Michel De Palma, commandant au SRPJ de Marseille, surnommé Baron par ses amis et ses collègues, réputé comme un policier sérieux et efficace, se voit confier une enquête sur le décès d’une préhistorienne retrouvée noyée dans la calanque de Sugiton.

Le fils d’un ancien chimiste de morphine, reconverti comme limonadier est lui aussi découvert noyé, un accident semble-t-il, au même endroit. Cette calanque de Sugiton recèle, par 38 mètres de profondeur, une grotte préhistorique dans laquelle ont été découvertes des reproductions de bisons et autres animaux, ainsi que celles de mains en négatif ou l’effigie sommaire de l’homme tué, sensée représenter l’image du premier meurtre de l’histoire.

Une main en négatif, comme celle retrouvée auprès de corps de jeunes femmes assassinées apparemment sans raison. Pourtant il existe un lien entre ces meurtres, un lien ténu que De Palma rembobine avec obstination, comme un fil d’Ariane fragile et prêt à casser à tout moment. Mais le policier, féru de musique classique et principalement d’opéra, est têtu et même s’il traîne derrière lui un boulet, cela ne l’empêche pas de persévérer, contre vents et marées.

 

Malgré quelques longueurs, La première empreinte de Xavier–Marie Bonnot est un roman remarquable autant par l’écriture que par la maîtrise du sujet, son sens du détail précis et minutieux (trop peut-être) et par le décor, lieux magiques chargés d’histoire. Il faut signaler aussi que ce livre, lors de sa première parution, possédait un glossaire, parfois superfétatoire, et était expurgé d’un exotisme marseillais qui alors faisait florès.

Première édition : Spéciales 6 Editions L’écailler du Sud. Parution 2002.

Première édition : Spéciales 6 Editions L’écailler du Sud. Parution 2002.

Réédition Pocket Thriller N°13206. Parution 31 Aout 2007. 472 pages

Réédition Pocket Thriller N°13206. Parution 31 Aout 2007. 472 pages

Xavier-Marie BONNOT : La première empreinte. Réédition Editions Belfond. Parution le 7 mars 2019. 400 pages. 12,00€.

ISBN : 9782714481276

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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