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28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 04:19

Et un archet dans le cœur ?

Michel EMBARECK : Une flèche dans la tête.

Sur cette route du blues qui se parcourt comme un chemin de croix, se dressent quelques interprètes emblématiques de blues brandissant fièrement des ex-voto sur lesquels sont gravés un des titres majeurs de leurs compositions.

Un pèlerinage que désire effectuer un homme, ancien responsable du service presse des Renseignements généraux à Paris mais néanmoins féru de blues, en compagnie de sa fille avec laquelle il ne communique que parcimonieusement et qu’il ne voit que trop rarement.

A la suite de son divorce, sa fille avait été élevée par sa mère, était devenue professeur de lettres puis s’est exilée au Canada, à Montréal, comme naturopathe. Aujourd’hui elle est âgée de quarante ans, ou presque, et les retrouvailles à Memphis sont prétextes à se remémorer quelques pans de vie passée.

Toutefois, avant de partir à l’aventure, le père récupère à l’aéroport un étui de violon que lui tendent deux hommes. A la question que lui pose sa fille, il répond par une pirouette.

Et les voilà parcourant cette route 61, The Blues Higway, à bord d’un véhicule de location. Papa narre quelques anecdotes musicales, entre deux crises de migraine qui se déclenchent à répétition. Et lors d’une étape dans un des nombreux débits de boisson dans lesquels les bluesmen d’antan, sans oublier des chanteuses comme Betty Smith, se produisaient, buvaient, posaient leurs empreintes indélébiles.

C’est ainsi que l’un des cuistots, d’origine française, de ces baraques leur raconte que si la légende concernant la rencontre de Robert Johnson avec le Diable n’est pas forcément une fiction destinée à embellir cette fable musicale, sa mort ne serait pas forcément due à un empoisonnement. L’utilisation du poison est une arme féminine, paraît-il, et donc un cocu l’aurait expédié dans les limbes ou en Enfer d’une autre façon. Et ils visitent avec un guide du cru les trois endroits où Robert Johnson serait enseveli.

Tandis que Fifille se remémore des épisodes de sa vie, principalement cet événement subi dans un parc alors qu’elle courrait et pas forcément derrière des garçons, elle aurait eu un contact, un corps à corps non programmé. Une victime prise en charge par un policier très aimable. Trop aimable ?

Papa lui ressent ses crises de migraines antérieures et comment une Russe, Svetlana le soignait par l’imposition des mains sur la nuque. Ce qui ne l’empêchait pas non plus de les poser ailleurs. Un souvenir marquant dans sa vie de policier qui n’en faisait qu’à sa tête. Quand celle-ci le laissait tranquille.

Fifille, naturopathe, s’emporte quand elle découvre avec quel genre de cachet se soigne son père :

Là, tu es en train de t’empoisonner à petit feu. Je ne te demande pas pourquoi tu les prends, pourquoi tu ne vas pas bien, je ne suis pas de la police, moi. Promets-moi seulement d’essayer un traitement homéopathique.

Petit aparté :

D’ici je vois les toubibs qui déclarent la guerre à l’homéopathie se lever, se regimber devant une telle déclaration, eux qui sans barguigner prescrivent des produits chimiques produits chez Bayer (ceci n’est pas de la pub !) et dont l’efficacité médicale n’est pas prouvée mais qui empoisonnent plus sûrement que quelques plantes. Les pots de vin distribués eux non plus ne sont pas prouvés.

Fin de l’aparté.

Mais elle aimerait savoir également pourquoi son père s’obstine à transporter cet étui de violon, quelle est la mission dont il est chargé. Ferait-il du trafic, transporterait-il des armes, à quoi peuvent bien correspondre ces réticences, son silence.

 

Une flèche dans la tête est un conte musical et philosophique, et le lecteur retrouvera avec plaisir les noms de Charlie Patton, Howlin’ Wolf, John Lee Hooker, Dinah Washington, Billie Holiday, Big Bill Broonzy, Robert Johnson évidemment et de combien d’autres qui devraient figurer dans toute discothèque (Je parle du meuble) digne de ce nom. Et Papa ressemble furieusement à l’auteur, mais chut, je ne vous ai rien dit. Mais l’auteur revient également sur la signification des certaines chansons blues, des textes grivois, coquins, évocateurs, loin de l’incantation des esclaves décrivant leur sort.

Autrefois la parole était nettement plus libre, on pouvait rire de tout ou presque comme une soupape aux pouilleries de l’existence puisque la criminalité était bien pire, la misère, comment dire, plus prégnante.

 

Florilège de petites phrases :

 

Faut dire que le diable paie cash alors que Dieu achète à crédit et sans garantie de retour sur investissement.

 

Bof, raconter sa vie, c’est n’avoir rien de très intéressant à dire.

 

En fait les Ricains m’épateront toujours. En l’absence de véritable Histoire, ils tirent profit de la moindre anecdote pour en faire un spectacle, une commémoration ou une attraction.

 

Michel EMBARECK : Une flèche dans la tête. Joëlle Losfeld Editions. Parution le 4 avril 2019. 116 pages. 13,00€.

ISBN : 978-2072821387

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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 04:25

Laissons la plage aux romantiques…

Jean FAILLER : C’est la faute du vent…

Célèbre comédien, Armand Demaisieux est actuellement en vacances près du village bigouden de Tréguennec, célèbre pour sa plage prisée par les surfeurs, dans la baie d’Audierne. Il a acheté un penty où il aime venir se ressourcer, selon un mot à la mode. Et il se balade en cette fin de mois d’octobre dans la palud, ces terres marécageuses rases et déshéritée sur lesquelles peu de promeneurs osent se risquer, à cause du vent.

Pourtant ce jour-là, il croise une jeune femme qui vient de se tordre la cheville. Elle se présente, Florence de Saint-Marc, cavalière émérite puisqu’elle est vice-championne olympique d’équitation. Elle loge à l’hôtel et Artaban, son cheval, prend une cure de bains de mer afin de fortifier ses chevilles. Il ne loge pas à l’hôtel mais dans un haras proche qui offre aux touristes des promenades à dos de cheval.

Bref le comédien emmène sa cavalière chez lui et la soigne. Ils sympathisent puis se retrouvent avec plaisir. Armand a connu des déboires dans sa vie amoureuse et Florence également, ce qu’il fait qu’ils sont à égalité sur le plan sentimental. Un point commun qui semble les rapprocher un peu plus, mais n’anticipons pas les évènements.

En se promenant tout en devisant aimablement près de l’usine de broyage de galets qui servit à l’édification du mur de l’Atlantique, ils repèrent un corps qui semble dormir. Un sommeil éternel. Une jeune morte probablement victime d’un assassinat. N’écoutant que leur courage, ils préviennent immédiatement la gendarmerie de Pont-l’Abbé.

 

Mary Lester prend toujours des vacances à cette époque de la Toussaint, pour des raisons familiales qui lui sont personnelles. Aussi elle n’aime pas être dérangée au téléphone, surtout lorsqu’il s’agit d’un malotru qui est au bout du fil. Ce n’est pas elle qui a pris la communication mais son amie Amandine qui lui sert aussi de cuisinière. Quelle que soit la raison de cet appel, elle s’en moque mais Fabien, son commissaire divisionnaire, vient la relancer jusque chez elle. Il explique que l’appel téléphonique émanait de l’adjudant de gendarmerie Papin, de Pont-l’Abbé, au sujet du corps découvert sur la plage. Elle serait impliquée dans cette affaire car un message, écrit sur une feuille empruntée à un cahier d’écolier, message écrit apparemment par un gamin et sur lequel son nom figure.

Il n’en fallait pas plus pour que le gendarme porte ses soupçons sur le commandant Lester. Le mal embouché est sur les lieux de la découverte du corps et les premiers échanges oratoires sont assez tendus. L’adjudant de gendarmerie, imbu de ses prérogatives en tant que représentant de l’Etat, est rien moins qu’amène dans ses propos. Droit dans ses bottes tel un petit coq, il assène des propos acrimonieux à Mary Lester mais elle a vite fait de le rabrouer.

Il n’en faut pas plus pour que Mary Lester, accompagnée de son fidèle ami Jipi, alias le capitaine Fortin, s’immisce dans l’enquête, mettant tout en œuvre pour découvrir le coupable. Elle fait la connaissance de Demaisieux, Armand de son prénom (rien à voir avec la chanson de Pierre Vassiliu même s’il fut un ancien jockey) et de Florence, qui étaient sur les lieux également, transis de froid grâce aux bons offices du gendarme acariâtre et coléreux.

Un policier spécialiste de l’informatique est chargé par Mary d’essayer de découvrir l’identité de la jeune morte, tandis qu’elle-même et Fortin vont continuer de sillonner la région, se déplaçant à cheval en compagne de Florence, Fortin les couvrant en vélo. Et ils remarquent une vieille bâtisse qui semble abandonnée, pourtant du linge sèche dans une cour. Drôle de linge, des sortes de combinaisons noires. L’apport d’un drone piloté par la fille de Fortin va aider les enquêteurs à résoudre l’affaire.

 

Ce roman policier de facture classique n’hésite pas à utiliser des procédés modernes, mais le petit plus, c’est le ton humoristique employé. Les dialogues sont savoureux et l’art de la dialectique n’échappe pas à Mary Lester qui sait renvoyer dans les cordes l’adjudant de gendarmerie revêche.

Le major Papin régnait sur la gendarmerie de Pont-l’Abbé comme un despote de droit divin. Ces termes appartenant à des temps révolus n’étaient pas excessifs tant l’autorité du chef de corps planait sur les locaux même quand le chef n’était pas là.

Des dialogues savoureux et l’on aimerait pouvoir posséder le sens de la répartie dont dispose Mary Lester. Mais il est vrai que dans ce cas, il s’agit d’un roman et donc l’auteur a eu le temps de peaufiner ces causeries entre gendarme obtus et policière sachant garder son calme tout en assénant ses phrases comme des tirs meurtriers.

Tout de même, on souhaiterait parfois se montrer aussi vif dans les échanges oraux tout en restant flegmatique et précis. Se montrer incisif sans perdre son calme.

L’épilogue est comme une farce, un petit règlement de compte et l’explication concernant l’implication écrite de Mary Lester dans cette affaire peut sembler tirée par les cheveux. Mais après tout, pourquoi pas !

 

Treguennec Le bunker

Treguennec Le bunker

Bâtiments de l'usine de concassage

Bâtiments de l'usine de concassage

Jean FAILLER : C’est la faute du vent… Série Mary Lester 50. Editions du Palémon. Parution le 19 janvier 2019. 300 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605489

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 04:18

Les Ecossais ne sont pas avares… de morts !

Gilles BORNAIS : Le sang des Highlands.

En ce mois de février 1892, les corps de deux Anglais sont retrouvés attachés sur un rocher près du Loch Ness. Les membres supérieurs ont été découpés sauvagement, et les cadavres portent des traces d’entailles, de morsures. Comme si on s’était acharné dessus. C’est un braconnier qui les a découverts et a alerté immédiatement les policiers.

Le chef constable Thaur d’Inverness est en charge de l’enquête en compagnie du superintendant Calum McHendrie, du sergent-chef Abernathy et de quelques policiers. Thaur est un ancien militaire, qui raisonne comme tel, muni d’une canne d’ébène et divorcé. Il est de caractère acrimonieux et d’un physique volumineux. Le genre d’homme qu’il ne faut pas chatouiller.

Après une rapide enquête, l’identité des deux cadavres révèle qu’il s’agissait d’un photographe et sa femme, Victoria Brown, une paléontologue de renommée internationale. Seul le fils Cédric, qui probablement les accompagnait, a disparu. Wilma McSwann, une pianiste du village d’Eigemore, là où ont été découverts les corps mutilés, déclare la disparition de son fils de douze, Ervin. Elle donne des concerts et des cours à quelques gamins des environs, et vit seule avec son fils, séparée de son mari.

Le détective inspecteur Joe Hackney, du département d’investigation criminelle de Londres est envoyé sur les lieux afin d’apporter son aide à Thaur. Il vit à Londres dans un appartement vétuste. C’est un homme solitaire qui n’a que pour amie Millie, une femme qui a largement oublié sa jeunesse depuis longtemps, serveuse dans un pub plus ou moins mal famé et qui sert parfois d’exutoire sexuel.

Un gamin est découvert pendu, mort dans les mêmes conditions que les adultes et la mère d’Ervin est soulagée. Elle ne reconnait pas en ce cadavre son gamin. Peu après les enquêteurs apprennent qu’il s’agit de Cedric, le fils des Brown qui avait bien accompagné ses parents. Le problème réside dans le fait qu’il jouait souvent dans la forêt en compagnie d’Ervin.

Selon le braconnier, cinq ou six hommes traînaient dans les bois. Il les aurait aperçu, planqué derrière un arbre, s’affairer puis partir à bord d’une barcasse. Seul détail qu’il peut apporter, c’est que le chef supposé était coiffé d’un glengarry, ce calot traditionnel écossais muni d’une plume. C’est peu.

Seulement, cela remémore à Calum McHendrie, dont le père fut également responsable de la police d’Inverness, une affaire similaire remontant à vingt ans environ. Il est chargé de retrouver ce fait divers dans les archives, ce qui n’est pas une mince affaire.

 

Une enquête qui va durer un mois environ, avec un nouveau cadavre, histoire de gonfler les statistiques, et des prises de bec entre le policier du cru et l’envoyé de Londres.

De nombreux événements tragiques vont ponctuer ces quelques semaines dont l’internement d’une femme dans un asile psychiatrique, ou dénommé comme tel, avec un médecin-chef et quelques gardiens abrutis qui se conduisent comme des porcs.

Mais le lecteur suit en parallèle le pauvre Ervin échappant à la meute de bandits partis à sa recherche et ne voulant laisser aucun témoin en vie. Il se réfugie dans des caches plus ou moins inaccessibles, se nourrissant de poissons qu’il pêche à la main, de baies, et allumant du feu avec les moyens du bord, à la façon des hommes préhistoriques et des trappeurs. De plus il a une cheville en capilotade.

Sont décrits également, comme des interludes, des événements qui se sont déroulés deux cents ans auparavant, à la même époque, lors de la guerre entre Ecossais indépendantistes et troupes anglaises.

Bref un roman historique qui ne manque pas de saveur (le fameux haggis n’est pas évoqué, je vous rassure) ni de dépaysement. La neige, la pluie, le brouillard freinent parfois l’enquête, et surtout les enquêteurs, dont certains possèdent des genoux en ruine. D’ailleurs, c’est un point commun à de nombreux protagonistes, et quand ce n’est pas un genou, c’est une cheville, pas forcément ouvrière.

L’aspect poignant est bien la course du gamin dans les bois alors qu’on ne ressent pas la même compassion envers les adultes même s’ils la mérite. Joe Hackey, ancien malfrat reconverti en policier, un peu comme Vidocq, ne ménage pas sa peine, et ses idées sont parfois en contradiction avec celles du chef constable local. L’effet Je t’aime moi non plus.

Et Nessie là-dedans me demanderez-vous avec justesse. Vous avez raison de vous poser la question, les monstres ne sont jamais bien loin.

 

Gilles BORNAIS : Le sang des Highlands. Editions City. Parution le 13 mars 2019. 384 pages. 18,50€.

ISBN : 978-2824614250

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 04:20

La Bible, un ouvrage à ne pas mettre entre toutes les mains !

Viviane JANOUIN-BENANTI : La serpe du maudit.

Pourquoi Pierre Rivière a-t-il en 1835, à l’âge de vingt ans, tué sa mère, sa sœur et son frère ? Quels sont les évènements qui ont précédé son acte, l’amenant à commettre trois meurtres dans un petit village du Calvados ?

Pierre est le premier enfant de Marie et de Basile, mais sa mère désirait avant tout une fille. Dès sa naissance, cet enfant non désiré subira les brimades maternelles tandis que le père courbera l’échine sous les récriminations de son épouse qui rêvait de devenir riche. Pourtant ce paysan travailleur ne cesse de combler comme il peut sa femme qui ne lui en sait pas gré.

Le mariage était arrangé, comme bien souvent à cette époque, pourtant Basile est follement amoureux de son épouse. Pierre survit, sa mère ne l’allaitant qu’au compte-gouttes, ne s’occupant guère de lui, le rejetant. Un deuxième enfant arrive au foyer, une fille qui accapare tout l’amour de sa mère. Pierre possède un faciès qui rebute quelque peu de même que ses réactions.

Il est intelligent puisqu’il apprend à lire très jeune, trouvant en la Bible une source de réconfort et d’invectives, apprenant par cœur des passages entiers. Pourtant à l’école, ce n’est qu’un cancre. Il aime sa mère même si celle-ci ne le lui rend pas et il accepte avec difficulté de partager un amour, qui n’est pas réciproque, avec ses autres frères et sœurs. Les relations se dégradent rapidement entre les deux époux et Marie met à la porte Basile et Pierre.

Seulement Basile doit travailler les champs de sa femme, régler les dettes qu’elle contracte chez les commerçants du village. Parfois il a droit de coucher avec son épouse malgré cette séparation de corps. D’autres enfants naissent et échoient à Basile. Pierre est imprégné de cette Bible qui ne le quitte quasiment jamais et il ressent une profonde injustice qui le conduira un jour de colère à perpétrer cet effroyable meurtre nourri de rancœurs, de brimades.

 

Viviane Janouin-Benanti nous livre le portrait d’un criminel intelligent doublé d’un schizophrène, maladie inconnue à l’époque, retraçant ce parcours avec minutie, dans l’esprit d’un roman tout en empruntant la réalité puisée à travers des journaux d’époque et des archives.

Héros solitaire d’une famille nombreuse, le destin de Pierre Rivière ne peut laisser indifférent. Mais l’auteur ne se contente pas de narrer cette histoire misérable dans laquelle la mère se montre particulièrement fieffée, odieuse, rouée envers son mari et une partie de sa progéniture.

Viviane Janouin-Benanti l’intègre dans le contexte historique de l’époque. Ce qui au début gâche un peu la vivacité du récit, mais permet également de mieux comprendre cette société dans laquelle ne peut s’intégrer un adolescent en mal de vivre et en mal d’amour.

Viviane JANOUIN-BENANTI : La serpe du maudit. Comprend un cahier photo de documents d’époque. 3E éditions. Parution le 1er mars 2017. 368 pages. 11,00€. Version numérique 4,99€.

ISBN : 979-1095826712

Première édition : Collection Crimes et Mystères aux éditions Cheminements. Parution mars 2003.

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20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 04:00

C’est pour être sûr que le cadavre est bien mort ?

Eric FOUASSIER : Par deux fois tu mourras.

La période qui se situe entre la fin de règne de Clovis et des Mérovingiens et celle de Charles Martel puis de son fils Pépin le Bref auquel succédera ce sacré Charlemagne qui a inventé l’école et des Carolingiens, n’est que très peu abordée dans les manuels scolaires.

On retiendra surtout les images montrant ces Rois Fainéants avachis dans des chariots tirés par des bœufs, mais cet intervalle fut occulté d’abord par Eginhard, auteur de la première biographie officielle de Carolus Magnus dit aussi Charles 1er. Il en diffusa une image terne et un dénigrement qui furent repris par les historiens jusqu’à nos jours, et ce particulièrement dans l’enseignement.

Depuis quelques décennies, de nombreux historiens se sont penchés sur les textes, notamment de l’évêque Grégoire de Tours qui a rédigé l’Histoire des Francs. Mais l’avis de ces chercheurs divergent parfois selon les sources auxquelles ils se réfèrent. Eric Fouassier a écrit l’histoire de la reine Galswinthe, la jeune épouse de Chilpéric, de sa mort puis de l’enquête effectuée par le jeune Arsenius Pontius à la demande de la sœur de Galswinthe, Brunehilde la reine d’Austrasie et femme de Sigebert 1er.

 

Or donc ce récit débute en 569 par l’assassinat dans le palais de Rouen de Galswinthe, épouse depuis peu de Chilpéric en remplacement d’Audowhère, répudiée. Galswithe est une princesse Wisigoth et elle apportait dans son l’escarcelle de son époux richesse et noble alliance. Seulement Chilpéric ne se contentait pas d’une seule femme et il avait pour maîtresse Frédégonde, une maîtresse femme puis-je dire, et ce concubinage forcé ne lui plaisait guère et elle s’en plaignait.

Un inconnu s’est glissé dans la chambre où dormait Galswinthe et l’a étouffée en lui plaquant un oreiller sur le nez et la bouche et en l’étranglant. Seulement pour lui, cet assassin ne savait pas qu’il était surveillé et il meurt une dague enfoncée dans le torse. Et de deux. On ne rigolait pas à cette époque.

 

Quatre ans plus tard, en 573, les éléments sont déchainés. Pluie, vent, pluie toujours et encore, et la terre se délite entraînant avec elle des constructions de bois qui s’effondrent. Une porcherie est ainsi mise à mal. C’est alors que soldats, esclaves et autres habitants de la cité, assemblés pour constater les dégâts matériels, découvrent des ossements parmi la boue. Wintrude, esclave des Francs et ancienne princesse thuringienne, aperçoit alors niché parmi ces reliquats un collier constitué de griffes d’ours. Aucun doute, cette parure appartient à son frère Aarbald disparu mystérieusement depuis quatre ans.

Prise à partie par les soldats, elle se réfugie au couvent d’où elle envoie une missive à la reine Brunehilde, lui contant sa peur et surtout le fait qu’elle pense que son frère a été assassiné en représailles.

Aussitôt Brunehilde charge Arsenius Pontius, jeune lettré gallo-romain, d’aller enquêter sur la mort mystérieuse de sa sœur et de découvrir son assassin.

Arrivé à Rouen en compagnie de quelques hommes d’armes, Arsenius se présente auprès de l’évêque de Rouen, Prétextat, prétendant apporter un message de réconciliation entre les trois frères qui se sont partagé le royaume. Il est reçu tel un ambassadeur, ou presque car son statut de filleul de l’évêque Grégoire de Tours plaide en sa faveur.

Wintrude s’enfuit, et Arsenius se trouve embarqué dans une affaire qui s’avère plus compliquée qu’elle le paraissait au premier abord. En effet, en discutant incidemment avec le médecin du château, il apprend que non seulement le présumé assassin de Galswithe a été lui-même assassiné par un inconnu, mais que l’épouse de Chilpéric a, non seulement été poignardée, mais également étouffée. Or cet étouffement a bien provoqué le décès de la jeune femme, le poignard n’ayant frappé qu’un cadavre. Un leurre pour détourner les soupçons sur un homme de paille au lieu du véritable meurtrier.

Arsenius se rend compte que son séjour à Rouen indispose et il est victime d’une tentative de meurtre. Il apprend également qu’une guerre fratricide pourrait bien éclater entre les royaumes de Neustrie et d’Austrasie. Et Guntramm, frère des deux autres et roi de Burgondie, pourrait très bien entrer dans cette partie, un jeu de trônes ou Game of Thrones comme disent si bien nos amis Britanniques et ceux qui se piquent de culture, employant volontiers des locutions d’Outre-manche au lieu des mots français. Un snobisme ! Et une digression intempestive cde ma part.

 

Roman historique ou récit historique ? Les deux évidemment, car si une histoire et une intrigue sont proposées aux lecteurs, l’aspect documentaire prime.

Il est vrai que cette période de l’histoire de France est assez obscure, de par son côté oublié des manuels scolaires, et peut-être du manque d’informations car peu de scripteurs à l’époque rédigeaient les événements qui se déroulaient, par manque de supports. Les chercheurs de nos jours puisent dans des archives parfois contradictoires, selon les sentiments politiques qui animaient ces scripteurs, attachés qu’ils étaient à telle ou telle personnalité, rois et seigneurs.

Toutefois, Eric Fouassier a compulsé de nombreux ouvrages afin de nous restituer cette atmosphère, cette ambiance, ces décors, ces conflits, ces modes de vie, et en a tiré un ouvrage fort documenté. Et l’aspect documentaire prend, parfois à mon avis, une prépondérance qui nuit au développement de l’aspect romancé. Il s’agit un peu avec quelques siècles d’avance de reconstituer un épisode à la façon des Rois Maudits de Maurice Druon et ses collaborateurs dont José-André Lacour.

Mais je garde un trop bon souvenir de la trilogie Sans peur et sans reproche dont les figures principales en étaient le Chevalier Bayard et la jeune apothicaire Héloïse Sanglar dans Bayard et le crime d’Amboise, Le piège de verre et Le disparu de l’Hôtel-Dieu que Par deux fois tu mourras m’a intéressé mais moins captivé que la trilogie précitée.

Une préférence peut-être pour l’époque historique de Bayard, le début du XVIe siècle appelé bas Moyen-âge ou Moyen-âge tardif qui se situe du XIIe au XVIe siècle par opposition au premier Moyen-âge ou très haut Moyen-âge qui va du Ve au VIIIe siècle ou haut Moyen-âge qui est situé du Ve au XIIe siècle.

 

Il est vrai qu’en bien des domaines, et plus particulièrement en médecine, le dogmatisme devrait plus souvent céder le pas aux fruits de l’expérience.

 

Pour mémoire :

Eric FOUASSIER : Par deux fois tu mourras. Roman historico-policier. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 1er mars 2019. 498 pages. 20,50€.

ISBN : 978-2709663908

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18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 04:37

Quand la SNCF fait de la contrebande, ou plutôt du trafic de voyageurs, en vingt-quatre stations…

Jeanne DESAUBRY et Claudine AUBRUN : Voyageurs.

Lâchez votre téléphone portable, votre tablette, ou tout autre objet inutile destiné à capter votre attention et vous empêcher de regarder le monde en face !

Vous êtes confortablement assis, ou non, dans le train, dans le métro, ou tout autre moyen de transport public (pour encore quelques années) roulant vers une destination qui vous apportera plaisir (vers une personne du sexe opposé ou non), joie (découverte d’un lieu que vous aviez envie de visiter depuis longtemps), fatigue (rendez-vous professionnel vers un lieu de travail qui commence à vous peser) ou repos (enfin retour à la maison).

Alors, prenez le temps de regarder autour de vous et de vous immiscer dans les pensées des voyageurs qui vous entourent. Des couples, avec ou sans enfants, de vieilles dames revêches, ou passionnées par la lecture de leur magazine dit people quoiqu’il ne s’intéresse qu’aux personnes qui vivent justement en dehors du peuple, qui comme vous tout à l’heure s’amusent avec leur objet destiné à l’origine pour téléphoner, à cet homme qui visiblement se rend au travail, bien mis pour le cataloguer comme cadre bientôt en réserve professionnelle, c’est-à-dire mis sur la touche.

Ou encore ceux qui pour passer le temps s’adonnent aux mots croisés qui parfois deviennent des maux croisés, la mère gênée par les émanations nauséabondes provenant du postérieur de son jeune gamin, et puis tous ceux rencontrés sur le quai, ou descendant du wagon et qui s’ébrouent comme les volailles lâchées par une fermière dans la cour de récréation. Et ça caquète, et ça bat des ailes, et ça exprime sa satisfaction d’être arrivés sains et saufs au port (c’est une image).

 

En parlant d’images, il signaler le support proposé par Claudine Aubrun qui a croqué au cours de ses pérégrinations voyageuses ses voisins et voisines, sans oublier les enfants, turbulents ou pas, ceux qui stationnent dans les halls d’accueil ou salles des pas perdus afin de se réchauffer ou enfin peuvent s’aérer les poumons avec la fumée d’une cigarette longtemps tripotée avant d’être allumée.

Comme une séance de diapositives accompagnées de petits textes explicatifs. Des croquis pris sur le vif reflétant toute une faune que vous côtoyez tous les jours et à laquelle vous ne faites plus attention, blasés que vous êtes.

Un petit moment de détente à lire entre deux stations afin de décompresser, on en a toujours besoin, et de se nettoyer les neurones.

 

Jeanne DESAUBRY et Claudine AUBRUN : Voyageurs. Préface de Dominique Sylvain. Collection Graphique. Parution 02 avril 2019. 30 pages environ. 3,99€.

ISBN : 9791023407624

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14 avril 2019 7 14 /04 /avril /2019 04:06

Surtout lorsque ce sont ceux de financiers et de spéculateurs !

Hector MALOT : Les Millions honteux.

Financier et spéculateur, Gripat, dit Gripat le voleur pas ses détracteurs, s’est senti obligé de construire un imposant hôtel particulier près du parc Monceaux afin d’imposer le respect dû à ses millions. Edifié dans différentes architectures, cet hôtel reflétait l’état d’esprit de Gripat qui avait demandé à son architecte Donnez moi ce que vous avez de plus cher. Financièrement parlant, évidemment.

Mais Gripat le voleur n’aura guère eu le temps de profiter de cet étalage de richesses, laissant après sa mort une jeune veuve et deux enfants. En effet, la quarantaine venue, il avait épousé Colette qui n’avait pas quinze ans lorsqu’il l’avait connue. Elle était la fille colonel baron de la Ricotière, un militaire qui avait laissé en décédant sa famille dans la misère. Colette était belle et grâce à une préceptrice avait acquis tout l’arsenal des belles manières. De ce mariage étaient nés Edgard, pas encore âgé de dix-huit ans lors du décès de son père, et Paule plus jeune de deux ans.

L’héritage fut donc divisé en quatre parts, une pour la mère qui bénéficiait en sus d’une part comme usufruitière, les deux parts restantes réparties entre les deux enfants. Edgard avait suivi des études aux Carmes et très tôt avait été en butte avec ses condisciples qui l’accusaient d’être le fils de Gripat le voleur, ce qui n’était guère favorable à entretenir des amitiés, puis chez les Jésuites sur sa demande, ne supportant plus l’ambiance des Carmes. Paule avait été élève chez les Dames Anglaises où elle avait été rapidement surnommée Agrippe. Cela aurait pu être pire. Agrippine possédant une connotation sexuelle mal venue et non avenue.

Ces millions en héritage posent un problème de conscience à la veuve et ses deux enfants. Face à l’adversité et aux accusations publiques, il est bon de se demander, comme le fait remarquer Edgar, si elles sont fondées ou non. S’ils doivent répudier le père ou le continuer ? S’il faut renoncer à cette fortune ? Dans ce cas d’abandon, ne va-t-on pas les accuser d’abandonner leur père et d’avoir honte de leur fortune.

La grand-mère survenant, madame de la Ricotière embarrassée dans ses vêtements de deuil, leur décision est rapidement prise. Ils vont garder l’hôtel particulier, l’habiter, ce qui agrée fort à tous mais madame Gripat va tenir salon tous les matins, recevoir les quémandeurs, et les aider non pas en fonction de ses moyens mais en justification de leurs desideratas. Elle va distribuer l’argent mais pas le jeter par les fenêtres.

Malgré tout, certains glosent encore sur la provenance de ces millions dont sont pourvus les deux enfants Gripat et leur mère. Suite à un article calomnieux paru dans un journal, Edgar voit rouge et provoque le journaliste en duel. Il en parle à Puche qui fut l’ami et le secrétaire particulier du financier et continue à servir madame Veuve Gripat. Edgar en vient à la conclusion suivante, sans plaisir :

Ainsi, s’écria-t-il, pour que le monde accepte les enfants de Michel Gripat, il faut que le fils tue un homme et que la fille achète un mari !

 

S’il manie correctement l’épée et pratique la boxe, l’arme désignée ne lui est guère familière. Cependant il semble que le chroniqueur ne soit guère habitué à manier le pistolet puisqu’il rate son adversaire tandis qu’Edgar le blesse mortellement.

Parmi les solliciteurs que Madame Gripat reçoit le matin, le duc de Valmondois se présente avec quelques titres qu’il a souscrit pour une somme de 500 francs chacun et qui ne valent plus que 3,50 francs. Et même à ce prix là, il ne trouve pas d’acheteur. Mais il a en tête une idée qui serait beaucoup plus profitable que le remboursement de ses titres. Marier son fils Odet à Paule, la riche héritière.

 

L’œuvre, très riche, d’Hector Malot a été occultée par trois grands succès. Sans famille, un classique de la littérature juvénile adapté de très nombreuses fois au cinéma et en dessins animés, En famille et Romain Kalbris.

Auteur engagé, défendant la cause des opprimés, surnommé Malot la Probité par la journaliste Séverine, il fut l’ami de Jules Vallès et c’est grâce à lui que le manuscrit L’enfant fut publié. Soucieux de jouer un rôle dans le siècle, il milite, par le biais de l'écriture romanesque, pour une révision de la loi sur l'internement en hôpital psychiatrique, pour le rétablissement du divorce — supprimé le 8 mai 1816, au début de la Restauration, par la loi Bonald —, pour une reconnaissance des droits de l'enfant naturel, pour une amélioration des conditions de travail, en particulier celles des enfants (voir ici). Un militantisme qui se trouve dans toute son œuvre.

Mais les bons sentiments ne font pas toujours l’unanimité et Emile Zola, entre autres, lui reprochait la prédominance qu’il accordait au récit. Ce roman, Les Millions honteux sont justement à rapprocher de La curée de Zola. Les deux protagonistes, Gripat d’un côté, Saccard de l’autre, ayant accumulé une fortune immense et font étalage de leur luxe. Mais Hector Malot montre une famille qui souffre et empreinte d’une grande moralité. Une différence énorme dans le traitement d’un même sujet.

Le genre de roman qui reflète une actualité, indépendamment du style et de l’époque, par bien des points, et les lecteurs peuvent y discerner quelques personnes bien connues de nos jours par leurs richesses, toujours avides d’en posséder plus, au détriment de leurs concitoyens. Et l’on ne s’étonnera guère que Gripat avait accumulé une collection de tableaux de maîtres ou de peintres en devenir, uniquement dans le but de conforter, voire accroître, son capital mais sans posséder le moindre sens artistique.

Un roman qu’il serait bon de rééditer, et pas uniquement en numérique.

 

Hector MALOT : Les Millions honteux.

Hector MALOT : Les Millions honteux. Ernest Flammarion éditeur. Parution 1895. 368 pages.

Réédition : Editions La Piterne. Collection Lettres normandes. Version numérique. Parution décembre 2014. 3,99€.

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13 avril 2019 6 13 /04 /avril /2019 04:58

Il n’y a pas de sot d’omis…

Luis ALFREDO : Itinéraire d’un flic. Feuilleton policier numérique. Deuxième épisode.

Cela fait déjà six mois que l’affaire de la rue de l’Abbé-Sicard c’est déroulée, comme décrite dans l’épisode précédent, et que Christian a pris ses affaires et a déménagé.

René-Charles de Villemur, commandant de police, a repris son train-train habituel, réaménageant son habitation selon son goût. Mais ce matin là, le voilà à nouveau plongé dans une affaire de meurtre. Un boucher hippophagique a été assassiné d’une façon peu orthodoxe et encore moins catholique. Jamais l’appellation Trou de balle n’a été employée avec autant de justesse puisque le meurtrier a enfoncé l’arme à feu dans la partie charnue arrière du défunté, l’enduisant préalablement de vaseline, puis a tiré. De gel aqueux selon le légiste. Gel aqueux, un produit de circonstance ?

Il est chargé de régler cette enquête en compagnie de son adjoint Octave, seulement il est convoqué chez son supérieur hiérarchique et se voit signifier qu’une journaliste les suivra dans leurs déplacements. Une intrusion qui ne lui sied guère, mais après tout un chef, c’est un chef, et parfois il faut bien lui obéir, même à contrecœur.

Or donc, cette Patricia Boyer, ainsi se nomme-t-elle, la trentaine assurée, qui fait vilain lorsqu’elle ne sourit pas, et c’est souvent, aux pattes d’oie discrètes autour des yeux, interfère donc dans cette enquête. Mais ce qui lui importe, c’est la psychologie des policiers, pas comment ils font sur le terrain à interroger les témoins. Le lendemain, nouveau coup dur pour un représentant de commerce qui décède dans les mêmes conditions, selon le même principe.

Les deux hommes ne se fréquentaient pas, apparemment ne se connaissaient pas. Si le boucher était célibataire, sans relation féminine connue, le commercial était marié en instance de divorce ou quelque chose comme ça. Donc la piste du sexe, de la jalousie pourrait être écartée, éventuellement. Et rien dans leurs affaires personnelles n’indique une quelconque déviance, un attrait pour des revues osées, une femme cachée.

Toutefois, cette intrusion d’une journaliste dont le caractère est versatile, le plus souvent revêche, un peu soupe-au-lait, aux sourires distribués avec parcimonie, aux réflexions parfois désobligeantes mais qui essaie de s’allier les bonnes grâces d’Octave et du commandant, intrigue de Villamur. Il s’en ouvre auprès d’un sien ami, journaliste, lui demandant des renseignements professionnels et privés concernant cette Patricia Boyer, et si cela ne suffit pas il va s’enquérir auprès de son autre ami Nadal, détective privé mais pas que, de lui fournir de plus amples indications lui permettant de cerner la personnalité de la jeune femme.

Celle-ci n’a pas eu un parcours facile car elle a perdu sa sœur qui s’est suicidée deux ans auparavant. Et depuis elle n’a rédigé que deux reportages.

Jamais deux sans trois. Un troisième cadavre est découvert. Il s’agit d’un homme bien connu des services de police, comme on dit, car il était notamment un petit trafiquant. Il ne leur reste qu’à découvrir le lien entre ces trois cadavres.

 

Le lecteur se doutera rapidement de l’identité du responsable mais ce qui importe c’est surtout le pourquoi du comment.

Le côté psychologique prime, de Villemur se montrant tour à tour affable, souriant, ou distant. Il soupçonne même Octave son adjoint de coucher avec Patricia. A moins que ce soit le contraire. Pourtant, selon son ami le journaliste quelque chose cloche dans cette supposition. Petite anecdote qui ne manque pas de piquant : avant de se rendre à la convocation de son patron, de Villemur enfonce dans sa poche un ancien journal, l’Humanité, afin de prouver son côté communiste. De quoi faire perdre ses moyens à son commissaire qui à chaque fois en bafouille.

Et puis, s’il est un gros fumeur, il possède ses manies. Cigarettes de tabac de Virginie mentholées le matin, papier maïs l’après-midi, et cigares le soir. Mais ne vous effrayez-pas, la fumée n’est que virtuelle.

Patricia, elle, est plutôt réservée, ne suivant les deux policiers dans leur enquête qu’avec réticence. Ce n’est pas ce qui l’intéresse le plus. Elle veut étudier leur profil, mental et non physique.

L’épilogue confirme les conjectures de Villemur, et celles du lecteur, et nonobstant, montrera un aspect positif, quoique forcé, car l’enquête se déroule et se clôt selon un schéma qui n’était pas prévu au départ.

 

Luis ALFREDO : Itinéraire d’un flic. Feuilleton policier numérique. Deuxième épisode. Collection Noire sœur. Editions Ska. Parution 02 avril 2019. 56 ou 80 pages selon le support de lecture. 2,99€.

ISBN : 9791023407655

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 04:26

Normal pour un romancier qui est également artiste peintre...

Patrick MOSCONI : Nature morte.

David Detmer est chauffeur de taxi à Paris, mais pas que. Un chauffeur de taxi qui travaille quelque peu en dilettante. Etant son propre patron, il peut, si ceux-ci ne lui plaisent pas, refuser des clients. Il habite en solitaire dans un duplex aménagé dans un petit immeuble, au fond d'une cour, protégé des agressions des rues environnantes.

Comme seule compagne, Detmer possède Prune. Une chatte. Enfin, quand je dis possède, c'est faux. C'est Prune qui a adopté Detmer et malgré ses balades nocturnes, elle revient toujours au foyer.

Ce serait une vie paisible pour Detmer et sa féline compagne, si tout cela n'était qu'un trompe-l'œil, une couverture.

Detmer est un tueur professionnel, et réalise de temps en temps ce que l'on appelle un contrat, même si après avoir accompli celui-ci, Detmer est malade, moralement. Ce n'est que lorsqu'il a accepté son travail que Detmer connait l'identité de la future victime. Detmer va se trouver engagé dans un engrenage infernal.

Pradel. Tel est le nom de celui qu'il doit abattre. Pradel. C'était aussi le nom de son capitaine lorsque Detmer effectuait son service militaire en Algérie. Après une courte enquête, Detmer a la confirmation de ce qu'il pressentait. L'homme qu'il doit effacer du monde des vivants n'est autre que le fils de son ex-capitaine, un ancien para qui s’est retrouvé du mauvais côté du mur lors du putsch d’Alger.

 

Qui sortira gagnant de cet imbroglio ? Pradel père qui n'a en rien perdu de sa verdeur et de son sens militaire ? Pradel fils, qui malgré ses dénégations, est soupçonné d'espionnage industriel ? Cécile, la compagne de celui-ci et qui va tomber sous le charme de Detmer ? Et qui sont ces barbouzes commandés par un certain Lambert ?

 

Patrick Mosconi inaugurait avec cet excellent roman la nouvelle collection intitulée Collection Noire destinée à remplacer la mythique collection Spécial Police du Fleuve Noir. La collection a sombré, peut-être à cause d’une couverture peu engageante et ne reflétant pas la teneur des romans publiés.

Nature morte se situe dans le contexte du Paris des années 1980 et donc la prégnance de la guerre d’Algérie, qui longtemps a tu son nom sous celui d’événements d’Algérie, était plus forte lors de sa première édition qu’aujourd’hui. L’Histoire a joué son rôle et avec le recul la guerre d’Indépendance ne s’impose plus dans les esprits comme trente ans auparavant. D’autant que depuis de nombreux remous ont secoué ce qui était un département français jusqu’en 1962 (en réalité il y en eu trois, composés des trois provinces algériennes).

Mais ceci n’est pas le propos du roman, le ressort de l’intrigue, comme l’indique fort justement Jérôme Leroy dans son avant-propos, s’appuie sur le fonctionnement des démocraties et le terrorisme d’état de l’époque. Mais est-ce que cela a vraiment changé ?

Patrick Mosconi fut un découvreur de talent puisqu’il a lancé, dans principalement dans la collection Sanguine mais également en Spécial Police de nombreux auteurs qui deviendront des romanciers de référence tels que Fajardie, Jonquet, Pouy, Raynal, Michel Quint, Gérard Delteil ou encore Benacquista. Sans oublier, mais cela je l’ignorais, qu’il fut auparavant l’éditeur de Guy Debord.

 

Première édition : Collection Noire N°1. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1988.

Première édition : Collection Noire N°1. Editions Fleuve Noir. Parution juin 1988.

Patrick MOSCONI : Nature morte. Collection la Petite Vermillon N°464. Editions de La Table ronde. Parution le 11 avril 2019. 224 pages. 7,30€.

ISBN : 978-2710389972

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8 avril 2019 1 08 /04 /avril /2019 06:38

La face sombre de la Ville-Lumière !

PARIS NOIR. Recueil collectif de nouvelles noires présenté par Aurélien Masson.

A première vue, Paris Noir ne pourrait être qu’un simple recueil de nouvelles, comme bien d’autres, dont les auteurs font partie du gratin de la littérature noire, Didier Daeninckx, Jean-Bernard Pouy, Hervé Prudon ou Marc Villard ; d’autres se forgeant doucement un nom sur les grilles du Panthéon de ce genre littéraire comme DOA, Jérôme Leroy, Laurent Martin, Patrick Pécherot ou Chantal Pelletier ; les derniers possédant la clé et n’ayant plus qu’à entrouvrir la porte tels Salim Bachi, Dominique Mainard et Christophe Mercier.

Mélange heureux d’anciens prenant sous leurs ailes protectrices ces oisillons qui ne demandent qu’à s’ébrouer avant de s’envoler sous l’œil bienveillant et tutélaire d’Aurélien Masson, patron depuis 2005 de la Série Noire (depuis il a été remplacé).

Le propos de ce recueil est de montrer Paris comme on ne le voit jamais sur les cartes postales. Un Paris inconnu des touristes qui passent sans voir les quartiers de la capitale, se précipitant sur les icones obligées. Des quartiers qui parfois ressemblent à de petits villages, proches des centres dits d’intérêt, et auxquels on ne prête guère attention.

Chaque écrivain possède ses points d’ancrage (d’encrage ?), ses quartiers de prédilection et nous guide dans un Paris méconnu et que nous côtoyons, parisiens, banlieusards ou simples touristes avides de découvertes.

Ainsi la gare du Nord, et ses cariatides aux gros seins qui regardent passer les voyageurs pressés. Qui les scrutent vraiment et qui connait les à-côtés de cette bâtisse, le canal Saint-Martin, et ses agents de l’état qui se déchirent sur fond de sécurité du territoire ? Ainsi les Halles et la Rambut’ (la rue Rambuteau) chères à Marc Villard qui explore le monde des prostituées, de la drogue et des flics pourris, et ses clubs de jazz.

Ainsi le Quartier Latin dans lequel deux Maghrébins imaginés ( ?) par Salim Bachi qui ne sont pas vraiment intégrés malgré toutes les connaissances didactiques du Grand-Frère. Des images rémanentes, des retours sur une vie antérieure pour le héros narrateur de Laurent Martin, dans le quartier Daumesnil, narrateur qui est parti de chez lui dix ans auparavant et qui revient pour le mariage de sa sœur. Il aurait mieux fait de rester dans son sous-marin ou le garage dans lequel il travaille maintenant. Tout ça pour faire plaisir à la famille !

Et ce Chinois qui pensait déguster la bonne cuisine française et qui passera à la casserole (c’est une image) par la volonté d’une ancienne nageuse tout en muscles et en amours déçues qu’elle aimerait pouvoir déguster à sa convenance.

Lieu récurrent : les cafés, dans lesquels les habitués se mêlent avec méfiance aux protagonistes de passage qui ne cherchent pas à s’encanailler comme le pékin de province, mais qui résolvent plus ou moins bien leurs petites affaires, leurs amours, leurs échecs, leur rancunes, leurs mystères.

Mais attention, ceci n’est pas un guide touristique à l’usage de curieux en mal de sensations fortes. Vous ne rencontrerez pas ses personnages qui se fondent dans la foule, vous n’entrerez pas dans leur intimité, professionnelle, amoureuse, vous passerez peut-être près d’eux mais vous ne les reconnaitrez pas. Laissez-vous plutôt porter par ses histoires sorties de l’imagination d’auteurs qui grattent le vernis pour nous dévoiler l’envers du décor.

Enfin, et si j’ai gardé cette information pour la fin, pour la bonne bouche comme on dit, c’est parce qu’elle est d’importance, cet ouvrage est la réédition d’un recueil paru en 2007… aux Etats-Unis !

Mais Aurélien Masson nous en dit plus dans ses deux introductions, l’une consacrée à l’édition américaine, l’autre à la version française.

Quelques repères géographiques et bibliographiques :

Le Quartier latin vu par Salim Bachi
Montorgueil vu par Didier Daeninckx
Oberkampf vu par DOA
La Gare du Nord vue par Jérôme Leroy
Belleville vu par Dominique Mainard
Daumesnil vu par Laurent Martin
Les Grands Boulevards vus par Christophe Mercier
Les Batignolles vues par Patrick Pécherot
Ménilmontant vu par Chantal Pelletier
Le Marais vu par Jean-Bernard Pouy
La rue de la Santé vue par Hervé Prudon
Les Halles vues par Marc Villard

Première édition : Editions Asphalte. Parution 3 juin 2010. 250 pages.

Première édition : Editions Asphalte. Parution 3 juin 2010. 250 pages.

Autre édition : Collection Folio policier N°655. 400 pages. 7,50€.

Autre édition : Collection Folio policier N°655. 400 pages. 7,50€.

PARIS NOIR. Recueil collectif de nouvelles noires présenté par Aurélien Masson. Collection City. Editions Asphalte. Parution 4 avril 2019. 334 pages. 12,00€.

ISBN : 978-2918767879

Première édition : Editions Asphalte. Parution 3 juin 2010. 250 pages.

Autre édition : Collection Folio policier N°655. 400 pages. 7,50€.

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