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15 mai 2019 3 15 /05 /mai /2019 04:28

Un roman… décapant !

Roald DAHL : la potion magique de Georges Bouillon

Ah vivre au milieu de la nature, au grand air, parmi les vaches, les brebis, les cochons, les poules et autres animaux domestiques ! La vie rêvée de bon nombre de citadins.

Seulement pour Georges Bouillon, huit ans, c’est synonyme d’ennui. Vivant dans une ferme, loin de la ville, il n’a pas d’amis avec qui s’amuser. Des parents qui travaillent aux champs et juste une grand-mère grincheuse, acariâtre, vindicative, qui ne peut plus se déplacer, figée dans son fauteuil, mais qui le morigène avant même qu’il ait eu le temps de penser à faire une sottise.

Un samedi matin, la mère de Georges Bouillon dit à son fils.

Je vais faire des courses au village. Soit sage et ne fais pas de bêtises.

Voilà exactement ce qu’il ne faut pas dire à un petit garçon, car cela lui donne aussitôt l’idée d’en faire !

Et elle ajoute qu’il ne doit pas oublier de donner sa potion à Grandma.

Une recommandation dont elle aurait pu s’épargner d’énoncer la teneur, car Grandma de son fauteuil placé près de la fenêtre lui réclame avec insistance et hargne son médicament.

Présentons, puisque nous l’avons évoquée, Grandma :

C’était une vieille femme grincheuse et égoïste qui avait des dents jaunâtres et une petite bouche toute ridée comme le derrière d’un chien.

Et elle a le malheur, mais c’est son habitude, de se moquer de lui, de sa taille après lui avoir demandé une tasse de thé. Pas trop de sucre surtout, remets-en encore, encore un peu plus. Bref ce qu’il avait calculé, selon ses désirs, n’est pas à son goût.

Alors Georges du haut de ses huit ans, considérant avec circonspection le flacon de sirop brunâtre dont il doit lui donner une cuillerée à onze heures décide de préparer une potion à sa façon.

Il emprunte dans la cuisine un grand chaudron, puis il se rend dans la salle de bain de ses parents et verse tout à tour tous les produits qui lui tombent sous la main. Et il vide le tube de dentifrice, un pot de crème vitalisée, une bombe de supermousse à raser, un flacon de vernis à ongles, de la crème dépilatoire, de la lotion miracle antipelliculaire, un flacon de parfum (Fleur de navet), des bâtonnets de rouge à lèvres, puis il se rend dans la buanderie, ajoutant en sus du superblanc pour machine à laver, le contenu d’une grande boîte d’encaustique, de la poudre insecticide pour chien, et comme ce n’est pas assez il va dans le garage… et hop un peu de ci dans le chaudron, beaucoup de ça dans le chaudron, encore et encore… Et c’est l’heure fatidique de présenter son mélange, non pas le chaudron mais une simple cuillérée, à Grandma qui absorbe cette infecte mixture sans regimber.

Mais les effets ne mettent pas longtemps à s’exprimer sous diverses formes variées, fumeuses et planantes. Au propre comme au figuré.

Grandma grandit, grandit, grandit… Tant et si bien que sa tête perce le plafond, puis le grenier, la toiture, et qu’elle dépasse des tuiles.

Lorsque les parents rentrent de leurs occupations, ils sont fort étonnés de ce qui vient de se produire, mais le père a alors une idée…

 

Tel un conte de fée La potion magique de Georges Bouillon emprunte au fantastique avec ce petit côté vengeur d’un gamin brimé par une vieille personne, toujours en train de regimber, se plaindre, réclamer, récriminer et dénigrer tout ce que Georges, et ses parents, s’évertuent à faire pour lui faciliter la vie.

Alors, oui, il s’agit d’un conte pour enfant, dont la morale d’ailleurs se décline comme une entourloupette, mais dont les grandes personnes devraient s’inspirer afin de se demander comment ils se comportent vis-à-vis de leurs enfants, petits-enfants ou toute personne proche de leur entourage.

Evidemment cela part dans tous les sens, mais les contes de fées, sans fée, transposent la réalité en lui donnant un sens avec une approche farceuse et déjantée.

Roald DAHL : la potion magique de Georges Bouillon (George’s Marvellous medecine – 1981. Traduction de Marie-Raymond Farré). Illustrations de Quentin Blake. Collection Folio Junior N°215. Parution 8 avril 1987. 128 pages.

ISBN : 2070332152

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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 04:27

Et pourtant, il n’avait pas une dent contre elle !

Patrick S. VAST : Duo fatal.

Quinquagénaire, Geneviève vient de prendre sa décision. Elle va donner sa démission comme secrétaire médicale, profession qu’elle exerce depuis trente ans auprès de Francis Lesigne, dentiste sexagénaire exerçant à Lambersart et dont le cabinet dentaire (je précise car cabinet seul peut parfois être interprété de façon triviale) est situé dans la maison familiale. Elle va partir pour Grasse, se marier avec Norbert, lui aussi sexagénaire. Ils se sont connus par un réseau social, se sont vus durant une quinzaine de jours, et ont décidé de vivre ensemble dans le Midi de la France.

Seulement c’est un coup dur pour le dentiste qui prend le mors aux dents. Il n’accepte pas cette désaffection, et afin de la garder près d’elle, il imagine un moyen radical. La tenir captive dans l’abri antiatomique qu’avait construit son père en 1962. Abri qui depuis a été grandement amélioré, possédant toutes les commodités modernes. Seulement, ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que Geneviève doit prendre impérativement tous les soirs un médicament, son cœur flageolant.

Mais c’est qu’il y tient à Geneviève ! Alors Francis sort son ordonnancier et prescrit de sa plus belle plume illisible la panacée adéquate puis se rend dans une pharmacie. Seulement le potard ne peut lui délivrer le médicament requis pour moult raisons alors Francis se résout à demander à son ami Gérald, médecin généraliste, de lui établir une ordonnance officielle.

Norbert, l’ami de Geneviève, s’inquiète car le soir avance et elle ne rentre pas au bercail. Il prévient la police, et le jeune lieutenant Jimenez est chargé de procéder aux premières recherches. Ce qu’il effectue en dilettante. Le lendemain matin, un journal local relate cette disparition, une fugue peut-être, mais pour l’ancien commissaire Georges (les noms de famille importent peu, donc on s’en passera), donc pour l’ancien commissaire Georges c’est le prélude à une nouvelle affaire d’enlèvements.

Une enquête qui l’a tellement traumatisé cinq ans auparavant que depuis il s’est réfugié dans l’alcool et que sa femme a préféré le quitter en bouclant ses valises. Il se rend devant chez le dentiste et fait connaissance avec Géo (oui, je sais, réminiscences Mickeyennes) un saxophoniste trentenaire et aveugle qui vit seul avec sa chatte Bessie et habite juste en face du cabinet dentaire. Pendant ce temps, Gérald et Richard, autre ami de Francis, se posent des questions. Ils ont vaguement entendu parler d’un abri souterrain chez le dentiste, et ils se demandent si, des fois, leur copain ne détiendrait pas la charmante (si, si…) secrétaire médicale.

 

Avec ce roman de suspense, où la tension monte progressivement, où l’intrigue est machiavélique et habilement maîtrisée, où sans grands effets de manches, sans violence (si un peu quand même lors d’une extraction dentaire et deux ou trois épisodes nécessaires pour entretenir le suspense), le récit se déroule entre Lille et Lambersart avec une incursion à Hardelot, Patrick S. (Pour Samuel) Vast se place entre Georges-Jean Arnaud et le duo infernal Boileau-Narcejac.

Une intrigue à la facture classique, simple et pourtant dans laquelle l’auteur manipule le lecteur, rafraîchissante, qui nous renvoie au bon vieux temps des auteurs précités mais également à Louis C. Thomas (ceci n’est pas anodin car ce romancier était aveugle) et quelques confrères qui respectaient le lecteur en lui offrant une œuvre de qualité sans esbroufe.

Et on retiendra principalement le personnage du saxophoniste aveugle qui joue dans un cabaret lillois, et possède une chatte, Bessie (mais si, je vous l’ai déjà dit) dont le comportement me fait penser à Koko, le chat héros des romans de Lilian Jackson Braun.

Quant à l’univers musical qui se dégage de ce roman il évolue entre jazz et musique classique. Tout pour plaire !

 

Vous pouvez commander cet ouvrage chez votre libraire en indiquant le numéro d'ISBN signifié ci-dessous, ou en vous rendant directement sur le site, pas besoin de prendre le train, ci-dessous :

Patrick S. VAST : Duo fatal. Editions Le Chat moiré. Parution le 2 mai 2019. 256 pages. 9,50€.

ISBN : 978-2956188322

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 04:57

Quand on a lu Emmanuelle et Histoire d’Ô, on a tout lu, ou presque !

Marie VINDY : Petites morts.

Car il faut bien l’avouer, les romans érotiques semblent tous tissés sur la même trame, en mettant, en imbriquant dans le corps du récit, une, deux, trois personnes, voire plus, s’adonnant à l’acte de chair, copulant dans le plus joyeux désordre, dans toutes les positions, assouvissant leur faim de tendresse au goulot d’un vase conin ou d’une bouteille pénienne.

Non, ce qui importe n’est pas le comment, mais le pourquoi de ces rassemblements de sensualité.

Car pour la narratrice, il existe un attrait suggéré, imposé peut-être, pour pratiquer quelques prouesses, techniques ou pas peu me chaut, à la demande d’un ami.

Elle n’a que vingt-cinq ans lorsqu’elle fait incidemment la connaissance de Jean (le prénom du mari d’Emmanuelle dans le roman éponyme) et celui-ci va lui apprendre à aimer son corps (si ce n’est déjà fait), celui des autres (idem) et surtout d’aimer l’amour et le pratiquer sans vergogne.

Alors elle nous narre ses expériences, sachant qu’elle est mariée avec Pierre mais continue de voir Jean. Mais la dernière expérience décrite, elle le fait dans un but palliatif.

 

Il existe de nombreuses analogies dans tous ces romans ou nouvelles mais cela n’est guère gênant car le personnage de la narratrice œuvre pour une bonne cause. A la fin. Et tout le reste n’est que dégustation, comme ces crèmes glacées que l’on lèche avec gourmandise, et dont on ne se lasse pas.

A lire tous ces fantasmes, qui ne sont peut-être qu’une déformation d’une réalité vécue, je me dis qu’il vaut mieux être acteur que lecteur. Mais cela provoque également quelque réaction physiologique dont on ne peut qu’être satisfait, arrivé à un certain âge. Ne serait-ce que pour contenter son ou sa partenaire.

Marie VINDY : Petites morts. Nouvelle numérique. Collection Culissime. Editions Ska. Parution 24 avril 2019. 20 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407716

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12 mai 2019 7 12 /05 /mai /2019 04:33

Horace, oh désespoir…

Alexandre DUMAS : Pauline.

Lorsqu’Alexandre Dumas entremêlait roman gothique (architecture anachronique, n’est-ce pas ?) appelé originellement roman noir, et littérature romantique.

En cette fin d’année 1834, l’entrée d’Alfred de Nerval dans la salle d’armes de Grisier, renvoie l’auteur quelques temps en arrière.

Il se souvient avoir aperçu lors d’un voyage en Suisse puis en Italie son ami en compagnie d’une femme pâlotte, d’aspect maladif, un épisode qu’il avait oublié. Il connaissait vaguement cette jeune femme prénommée Pauline. Alfred de Nerval revient s’entraîner et remontant sa manche, le narrateur et Grisier peuvent discerner la cicatrice d’une blessure provoquée par une balle.

Tous deux sont avides de savoir comment Alfred de Nerval fut blessé et celui-ci promet de narrer le soir même l’incident au cours d’un repas. C’est cette relation que Dumas nous propose, car plus rien ne s’oppose à la publication de cette histoire.

Alfred de Nerval prend donc la succession de Dumas pour raconter dans quelle condition il a fait la connaissance de Pauline de Meulien et pourquoi le romancier les a aperçus aux cours de ses voyages en Suisse et en Italie.

Alors qu’il étudie la peinture, Alfred de Nerval et sa sœur héritent une forte somme d’un oncle défunt. Aussi il décide de voyager et part au Havre pour se rendre en Angleterre. Apprenant que deux camarades d’atelier sont en villégiature dans un petit village qui se nomme Trouville (cela a bien changé depuis), il décide de leur rendre une petite visite. Et comme il n’est pas pressé, il loue un bateau afin de peindre la côte. Mais il n’avait pas prévu un fort coup de vent doublé d’une pluie violente qui l’entraînent du côté de Dives.

Il aborde sur le rivage et apercevant au loin un parc et une bâtisse, il s’y rend, alors que la nuit est tombée, afin de se mettre à l’abri. Il s’engage dans le parc puis s’introduit dans une chapelle en ruine et se réfugie dans le cloître. Il est réveillé par un bruit puis il remarque un homme qui débouche d’un escalier souterrain et enfoui une clé sous une dalle.

Peu après, il est recueilli par des pêcheurs qui acceptent de le reconduire à Trouville. Il apprend que les ruines sont celles de l’abbaye de Grand-Pré, attenantes au parc du château de Burcy, la demeure d’Horace de Beuzeval. Horace, le mari de Pauline de Meulien ! Son esprit ne fait qu’un tour, car il est toujours amoureux de la jeune femme n’ayant toutefois pas osé déclarer sa flamme.

Selon les marins, l’épouse serait décédée depuis peu et va bientôt être inhumée. Or il se rend compte que le cadavre de la morte cachée sous un suaire n’est pas celui de Pauline.

Il décide alors de revenir aux ruines et découvre sous la dalle une clé qui lui permet d’ouvrir quelques portes et comme il s’était muni de pinces, de fracturer le cadenas d’une geôle. Or dans cette prison souterraine est retenue depuis quelques jours et contre son gré Pauline. A bout, n’espérant plus aucun secours, elle vient de boire un verre d’eau déposé par Horace, son mari prévenant, et qui contient du poison. Des traces de poudre tapissent encore le fond du gobelet. Alfred de Nerval aide la jeune femme à s’échapper.

Il la prend sous son aile tutélaire et débute alors le récit de Pauline, dévoilant comment et pourquoi elle est enfermée par son mari Horace de Beuzeval.

Mais dans la région, des vols sont commis par une bande qui écume la région. Des vols accompagnés de meurtres parfois.

 

Construit un peu comme un roman gigogne, Pauline, relève du romantisme et diffère profondément de sa production actuelle car Dumas est surtout auteur de pièces de théâtre à succès (ou non). Pauline est donc son premier roman, publié directement en volume et ne comporte que peu de dialogues, ce qui le change de sa production habituelle, surtout théâtrale.

Mais à la lecture de cet ouvrage, on se rend compte que le début de ce roman est la reprise des chapitres des Impressions de voyages, paru en 1833 et qu’il est le creuset de romans ultérieurs, dont Le comte de Monte-Cristo et Salvator. Il utilise des thèmes récurrents comme les duels qui font florès dans bon nombre de ses romans d’inspiration historique, dont notamment Les Trois mousquetaires.

Souvent Dumas revisite sa production antérieure et dans certaines de ses nouvelles, comme Marie et Le Cocher de cabriolet, on retrouve la figure de jeune fille séduite et abandonnée. Mais dans Pauline, il place résolument son intrigue dans son époque contemporaine alors que la plupart de ses récits empruntent à l’Histoire. C’est la période riche du romantisme littéraire, et Dumas ne pouvait pas ne pas y sacrifier. Mais ce roman emprunte également au roman noir, qui par la suite est devenu roman gothique, dans la lignée d’Ann Radcliffe et d’Horace Walpole (Horace, comme l’un des personnages principaux de Pauline !).

Et Alexandre Dumas aime se mettre en scène dans ce genre de romans, accréditant ainsi une véracité du récit, et on ne peut s’étonner que le personnage principal se nomme Alfred de Nerval. Un hommage non déguisé à son ami Gérard de Nerval, et le côté artistique est présent puisqu’Alfred de Nerval est peintre.

Ce ne sera pas la seule fois où l’on retrouvera les deux hommes, Dumas et de Nerval puisque dans Contes dits deux fois, Dumas se met en scène et retrouve de Nerval dans le rôle de conteur.

 

Alexandre DUMAS : Pauline. Edition présentée, établie et annotée par Anne-Marie Callet-Bianco. Collection Folio Classique N°3689. Editions Gallimard. Parution le 22 mai 2002. 256 pages. 4,30€. Version numérique 3,99€.

ISBN : 9782070412303

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11 mai 2019 6 11 /05 /mai /2019 04:42

Je suis du pays dont vous êtes :
Le poète est le Roi des Gueux.

Jean Richepin

Hervé SARD : Le crépuscule des Gueux.

Coincée entre la voie ferrée du RER C et le bois des Tantes le bien nommé, entre Viroflay et Chaville, s’étend une bande de terre transformée en jardins ouvriers. Cinq cabanes de jardin construites à l’aide matériaux de récupération, un potager, du linge qui sèche sur un fil tendu entre deux poteaux.

L’endroit a été surnommé le Quai des Gueux, un terrain appartenant à la SNCF qui dans sa grande mansuétude tolère cet aménagement. Cela dure depuis vingt ans, depuis que Luigi a aménagé ce camp de fortune. Capo, Krishna, Bocuse, Betty Boop et la Môme vivent dans une entente parfaite et presqu’en autarcie. Ils n’ont pas l’électricité et ont raccordé l’eau courante à un point d’eau. Parfois Bocuse, qui est le cuistot, d’où son surnom, effectue des remplacements dans une supérette tandis Betty Boop récupère les détritus dans les poubelles. Pas n’importe quoi, juste ce qu’il leur faut pour vivre. Pas de gâchis non plus chez eux. Ce sont des SDF. Sans Domicile Fiable. A moins que ce sigle signifie Sans Doute Foutus. Allez savoir.

Luigi est de retour depuis quelques mois après avoir purgé dix-sept ans de prison pour un meurtre qu’il a avoué. Il se trimballe avec un chariot de supermarché, dans lequel il emmagasine quelques bricoles. Et ce jour-là, alors qu’il rentre tranquillement, la Môme lui dit de dégager rapidement. Ce n’est pas parce qu’elle est fâchée, mais juste pour le prévenir. Trois Bleus sont venus peu auparavant et elle a peur que Luigi soit incarcéré de nouveau. Le motif réside en trois corps de jeunes femmes retrouvées sur les rails, en piteux état. En pièces détachées, très exactement. Pour la Môme c’est un dingue qui a accompli ce forfait mais elle a peur pour Luigi, à cause de ses antécédents.

Trois femmes, à quelques jours de distance. L’inspecteur Evariste Blond (prononcez Blonde comme James Bond) du 36 quai des Orfèvres hérite de l’enquête. Il en profite pour convier sa stagiaire Christelle, qui doit terminer dans peu de jours son bain dans l’antre de la Criminelle et s’ennuie copieusement à rédiger ses rapports. Il lui demande si Timothée, son fiancé qui vient la chercher de temps à autre, pourrait les aider. Christelle se défend de posséder un quelconque ami encore moins un ami, ce n’est juste qu’un sous-colocataire qui vit avec elle, un point c’est tout. Des précisions qui ne sont pas à négliger et dont se moque Evariste Blond.

Timothée va s’infiltrer, s’il le peut, dans le Quai des Gueux tandis que lui et sa nouvelle et toute fraîche adjointe vont repérer les lieux. Et pour faire bonne mesure, Sonier, Florence pour les intimes, agent des RG, est elle aussi sur l’affaire car dans sa partie c’est une spécialiste. Son travail, c’est de travailler sur les ordinateurs, à la recherche de sites plus ou moins malsain. Et il faut aussi écouter les avis du médecin-légiste. De quoi en perdre la tête.

Comme les deux jeunes femmes dont la partie pensante n’a pas été retrouvée. Un point de l’affaire à élucider, l’autre étant : meurtre ou suicide. Et s’il s’agit d’un suicide, où les têtes ont-elles pu se planquer ?

Pendant ce temps, Luigi déambule à pied avec son chariot avec en tête (oui, lui, il l’a sur les épaules) retrouver son copain Jérôme et Lula, là-bas du côté d’Ermenonville. Tout en sachant que son passage en prison, sans toucher le bonus du Monopoly, et que les Bleus qui sont à sa recherche, c’est bien pour lui mettre les morts des jeunes femmes sur le dos. Déjà qu’il y a dix-sept ans…

 

Hervé Sard bouscule les à priori, les préjugés, les opinions toutes faites sur le monde, de plus en plus débordant du cadre strict d’une cour des miracles, des mal logés, des SDF, des marginaux. De ceux qui sont rejetés par la société mais sont récupérés lors de certaines échéances. Les faire-valoir, malgré eux, d’âmes bien pensantes à des fins électoralistes.

Mais il n’entre pas dans le misérabilisme de bon aloi, il ne force pas le trait. Ce sont des personnages comme vous et moi, pas aujourd’hui penserez-vous mais demain peut-être, qui ont connu le malheur, n’ont pas réussi à surmonter les difficultés, ou ont choisi délibérément la voie de la liberté. Quelques scènes sont particulièrement significatives. Et il est démontré que les plus démunis peuvent eux aussi pratiquer la charité envers les plus riches qu’eux. En certaines circonstances. Et si le mot n’était pas un peu galvaudé, je parlerais d’humanisme.

Si je devais retenir, outre l’histoire dans son ensemble, quelques impressions de lectures, ce seraient les échanges quasi philosophiques entre Timothée et Krishna. Sur la religion, sur Dieu, ou celui qui est appelé Dieu quelle que soit la religion, et autres pensées sur le bonheur, la théorie de l’univers.

Les hommes ont créé la religion. Donc les hommes ont créé Dieu. Croire en Dieu, c’est croire en l’homme.

Ou

Il est préférable de connaître l’ignorance que d’ignorer la connaissance.

Enfin

Le plaisir est l’ingrédient d’un mets dont nul ne connait la recette.

Bien entendu, pour apprécier toute la saveur de ces citations, il faut les lire dans le contexte, mais je n’ai pu résister au plaisir de vous en dévoiler la teneur. Et comme pense Krishna :

Remuer la boue, ça ne la fait pas disparaître, et si le niveau baisse c’est qu’elle a éclaboussé.

Première édition : Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. Parution le 17 décembre 2011. 298 pages.

Première édition : Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. Parution le 17 décembre 2011. 298 pages.

Réédition collection Lunes Blafardes N°24. Editions Après la Lune. Parution le 24 octobre 2013.

Réédition collection Lunes Blafardes N°24. Editions Après la Lune. Parution le 24 octobre 2013.

Hervé SARD : Le crépuscule des Gueux. Collection La Gidouille Noire. Editions La Gidouille. Parution le 24 avril 2019. 15,00€.

ISBN : 979-1092842449

 

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 04:52

Lorsqu’un prêtre interprète à sa façon les textes de la Bible.

Antoine BLOCIER : Envers et damnation.

Depuis déjà quelques années Solange ingère le corps du Christ avec cette pastille au pain azyme glissée dans sa bouche. Seulement, pour l’âge de ses treize ans, le jeune curé de la paroisse lui propose autre chose. Solange, comme d’habitude, s’est agenouillée, a fermé les yeux et ouvert grand la bouche.

Ce que lui offre le prêtre n’est autre que son goupillon de chair en lui affirmant que ceci est le corps du Christ, le vrai. Et il lui enjoint de faire comme s’il s’agissait d’une hostie, en suçant longuement avec sa langue ce bâton juteux. Ceci est mon corps, ceci est mon sang… Antienne connue !

Il est vrai qu’il ressemble à Jésus ce curé, avec ses cheveux longs et blonds, son collier de barbe et ses joues creuses. Mais il arrive un jour où elle n’a pas envie, où l’enthousiasme qui la portait dans ce suçotement n’est pas au rendez-vous. Alors le père Arnaud lui lit le verset 23, chapitre 15 de l’Ancien Testament : On éprouve de la joie à donner réponse de sa bouche.

Si c’est écrit dans l’Ancien Testament, c’est que c’est vrai n’est-ce-pas ? Dès lors Solange continue puis explore d’autres variations de l’acte de chair, et elle est explorée aussi, jusqu’au jour où…

Mais entre temps elle fera des découvertes toujours selon les principes sacrés et religieux, dont ce conseil extrait de l’évangile selon Saint Matthieu, 26, stipulant éprouvez toutes choses. Et comprendra enfin la signification de la parabole Mettre le petit Jésus dans la crèche.

 

Joyeusement iconoclaste, subversive, amorale, cette courte nouvelle nous ramène à ce qui malmène actuellement la religion catholique dans un problème de pédophilie.

Un pied de nez ravageur aux dénégations de certains, aux explications confuses d’autres, et pour bien des enfants, une réalité qui ne souffre d’aucun désaveu.

Mais Antoine Blocier ne joue pas dans le pathos, ou s’il le fait, c’est avec dérision, et son épilogue est peut-être conforme à certaines réalités dont la cause n’est pas connue, ou méconnue, ou déniée par ceux qui ne veulent pas voir certains faits probants. C’est si facile de se retrancher derrière la bonne foi en déclarant qu’elle (ou il) m’a aguiché.

Comme quoi il ne faut pas non plus tout prendre à la lettre !

 

Et pour commander cette nouvelle, une seule adresse :

 

Antoine BLOCIER : Envers et damnation. Collection Culissime. Editions SKA. Parution le 1er mars 2014. Environ 15 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023402926

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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 04:08

Les épisodes se suivent mais ne se ressemblent pas...

Luis ALFREDO : Kidnapping. Itinéraire d’un flic. Episode 3.

Où nous retrouvons le commandant René Charles de Villemur assistant à une manifestation politique organisée par une femme digne descendante de son père que tout le monde reconnaitra même si je ne précise pas que celui-ci est borgne et aveugle dans son racisme.

Si de Villemur est présent dans cette réunion, c’est pour se laver le cerveau car il sait bien que ce ne sont pas les déclamations et déclarations enflammées et populistes qui vont le pousser à voter contre nature. Non il a encore l’esprit et les yeux encombrés de la vision d’un certain Vialle qui s’est suicidé.

Mais le travail ne laisse aucun répit aux serviteurs de l’Etat, et alors qu’il vitupère intérieurement contre cette bande d’oligophrènes, de lobotomisés, qui composaient l’auditoire de la sosie de Lucy Ewing (souvenez-vous : Dallas, ton univers impitoyaaaaableee !). Le scripteur de cet article ne fait que puiser dans le texte de l’auteur, mais il n’en pense pas moins que pareillement. Retournons, après cet aparté, à René Charles de Villemur qui est dérangé, téléphoniquement, par un appel de son adjoint Octave qui joue sur plusieurs games.

Octave avait été contacté par monsieur Cherelle qui désirait l’informer que sa femme Véronique n’était pas rentrée et qu’il s’inquiétait. Toutes les suppositions traversent l’esprit d’Octave mais il préfère en référer à son supérieur, René Charles de Villemur donc, car outre monsieur Cherelle, étaient assemblés dans l’appartement d’une luxueuse résidence les époux Buchan et monsieur De Saint-Mont. Une belle brochette de personnalités, sinon respectables mais possédant un grand nombre de relations, ce qui implique qu’il vaut mieux éviter les maladresses oratoires ou autres.

Donc René Charles se présente chez Cherelle (abandonnons les monsieur, cela retarde l’histoire et après tout nous ne les fréquentons pas) et aussitôt il interroge le maître de céans. De Saint-Mont se mêle de la conversation, affirmant que Véronique n’aurait pu fuguer, réclamant même que René Charles lance un avis de recherche.

Le commandant n’a de conseils, ni encore moins d’ordres péremptoires je précise, à recevoir de qui que ce soit et surtout de la part de De Saint-Mont, dont il connait les antécédents.

Toutefois et néanmoins, il va enquêter dans ce qui semble un cas à prendre avec des gants, et nonobstant l’intervention de son patron le commissaire Régénay, il va conduire cette enquête à sa façon, avec l’aide précieuse d’Octave, et les quelques indiscrétions de De Saint-Mont sur ses relations avec Véronique.

 

Le lecteur assiste en direct à l’enlèvement de Véronique Cherelle, je ne dévoile rien puisque le titre l’annonce, mais tout ce qui suit qui va attiser sa curiosité. Même s’il sait déjà quelle est la motivation de ce Kidnapping.

Tout en nuances et avec sobriété Luis Alfredo narre cette histoire qui change profondément dans le ton avec les deux précédents épisodes, tout en gardant un René Charles de Villemur aussi incisif et ironique. Et l’auteur laisse de côté la vie privée de son « héros » pour mieux se concentrer sur l’histoire et l’enquête.

Mais se pose alors la question : que nous réserve le prochain épisode, titré Emasculation (tout un programme !), de cet Itinéraire d’un flic dans la ville rose ?

A suivre…

 

Luis ALFREDO : Kidnapping. Itinéraire d’un flic. Episode 3. Feuilleton numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 23 avril 2019. 60 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407686

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2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 04:56

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants,

dans ces wagons plombés
Jean Ferrat.

Stanislas PETROSKY : Ils étaient vingt et cent…

Stanislas Petrosky, l'auteur, est jeune, trop jeune pour avoir connu ce camp de concentration dédié aux femmes, celles qui étaient rejetées, honnies, bannies par le nazisme, de par leur religion, leur ethnie, leurs idées politiques ou leur comportement sexuel, tout comme cela fut le cas pour les hommes.

Pourtant il nous entraîne dans ce cœur inhumain de Ravensbrück comme s'il y avait vécu, mais en tant qu'observateur, car on ne peut pas rester insensible devant les horreurs qui y ont été perpétrés, et en tant qu'artiste adoubé par les autorités militaires pour dépeindre des scènes macabres et terrifiantes.

Il se coule dans la peau de Gunther, l'auteur et son personnage ne faisant plus qu'un, et décrit avec des mots simples mais efficaces les sévices et brutalités encourus par ceux et celles qui ont vécu dans cet enfer.

 

Né en 1920, Gunther a quatre-vingts dix-neuf ans et, atteint d'un cancer, il sait qu'il n'en n'a plus pour longtemps. A l’Ehpad Jacques Prévert où il végète, les employés lui ont concocté une petite fête pour son anniversaire. Un verre de mousseux et un gâteau avec une seule bougie dressée dessus, faut pas trop dépenser non plus.

Mais les souvenirs affluent et il se remémore sa jeunesse puis ses longues années passées au camp de Ravensbrück.

Tout jeune, Gunther a été attiré par le dessin, qu'il pratique en autodidacte. Au grand désespoir de ses parents, au lieu d'aider à la ferme, il préfère s'installer dans la nature et se consacrer à mettre sur des feuilles ses impressions d'artiste en herbe. Il a vingt ans lorsque les nazis entreprennent la construction d'un camp près du lac où il habite. Son père le considérant comme une bouche inutile le donne à l'armée, et Gunther se retrouve à trimer sur un chantier qui deviendra le camp de Ravensbrück.

Les conditions sont dures, le travail est difficile, surtout pour quelqu'un qui préfère user d'un crayon que de la pelle.

Le commandant du camp, l'Hauptsturmfuher Koegel, est assisté d'officiers militaires féminins. Il en comprend la raison lorsque le 15 mai 1939, débarquent plus de huit-cents femmes en provenance du camp de concentration de Lichtenburg. Puis d'autres convois arrivent, et Gunther et ses compagnons doivent raser le crâne des prisonnières. Il assiste impuissant aux exactions commises sur les détenues. Il parvient à dégotter un crayon et un carnet et il commence à croquer ce qu'il voit, ce qui lui sert d'exutoire. Un jour la chef des gardiennes le surprend alors qu'il dessine les regards plein de désarroi et de détresse de ces pauvres prisonnières.

A son grand étonnement, elle apprécie ses dessins, et il est bombardé dessinateur officiel du camp, obligé d'être présent et représenter des scènes quasi insoutenables. Par exemple lorsque le chirurgien du camp dissèque des membres sur des prisonnières vivantes non anesthésiées.

Les mois passent. Gunther reste le même qu'à ses débuts, il n'est pas converti au nazisme, et ce qu'il dessine au contraire l'éloigne encore plus de ce régime tortionnaire.

Jouer un rôle, porter un masque, je ne pouvais pas faire autrement, question de survie. Pourtant vingt-cinq ans était un bon âge pour se révolter, mais cela m'était impossible, même avec la plus forte des convictions. Je n'avais aucune chance de m'en sortir face à ces déments en armes, alors je ne disais et ne faisais rien, mais je restais intérieurement le même, un opposant farouche à leurs idées, penchant du côté des opprimés et non de celui des bourreaux.

 

D'autres travaux sont entrepris, un four va être construit, et il cache dans un recoin de briques réfractaires une caisse contenant ses dessins, ceux qu'il a fait en double, à l'insu des SS et des soldats, tous plus virulents les uns que les autres, par idéologie ou par peur de se retrouver eux-aussi prisonniers. Car d'autres convois arrivent en permanence. Même des gamines, des Tsiganes, des Juifs, des sous-races comme définis par Hitler, des lesbiennes, des communistes, des droits communs, un mélange distingué par la couleur des insignes accrochés à leurs vêtements.

Un jour il participe à l'arrivée d'un nouveau convoi ferroviaire, une femme en descend et elle lui sourit. Aussitôt il tombe amoureux d'elle et il essaie de lui démontrer qu'il n'est pas comme les autres, qu'il n'est pas un soldat malgré la défroque dont il affublé, qu'il est du côté des détenus. Grâce à quelques relations qu'il s'est fait, il parvient à la placer comme couturière, alors qu'elle n'a jamais cousu un bouton de sa jeune vie.

 

Les tortures, les exactions, les supplices, les expériences chirurgicales diverses, les stérilisations féminines pratiquées même sur des gamines, les coups de schlague, les humiliations, les dégradations, les exécutions s'intensifient, surtout lorsque des rumeurs font état d'avancées de troupes russes.

Un livre âpre, rude, poignant, délivrant des images qui s'imprègnent dans l'esprit, comme si le romancier s'était mué en graveur sur cerveau.

Gunther décrit ce camp de la mort au jour le jour, souvent écœuré de ce qu'il voit, dessinant encore et encore. Il relate fidèlement souvenirs sans rien changer, sans minimiser ces années d'horreur. Il les restitue en son âme et conscience afin de montrer les effets néfastes d'une guerre déclenchée et entretenue par une idéologie inhumaine. Transmettre aux générations futures un tel témoignage sur le nazisme est faire œuvre pie, et malgré les déclarations répétées encore dernièrement d'un président d'honneur, d'horreur, il ne s'agit de détails dans un conflit. Les militants de ce parti Effet Haine devraient lire cet ouvrage afin de se rendre compte à quoi les entraînent ces idées idéologiques délétères.

Mais je doute de l'efficacité d'une telle démarche en constatant l'esprit obtus dont ils font preuve.

Ce roman est la réédition corrigée, revisitée, améliorée, enrichie de Ravensbrück, mon amour… paru aux éditions Atelier Mosesu en février 2015.

Stanislas PETROSKY : Ils étaient vingt et cent…

Stanislas PETROSKY : Ils étaient vingt et cent… Collection Grands Romans. Editions French Pulp. Parution le 11 avril 2019. 240 pages. 18,00€.

ISBN : 979-1025105412

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30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 04:53

La peinture à l’huile, c’est bien difficile, mais c’est bien plus beau…

Anne-Laure THIEBLEMONT : Femme Masquée.

Lorsqu’elle rentre chez elle, Audrey Lambert est stupéfaite et suffoquée. Sa sœur Catherine est recroquevillée dans sa pièce, tenant dans ses bras un tableau de Seurat et leur femme de ménage, Ottavia, est dans le coma. Un vol sans aucun doute qui s’est mal terminé.

Catherine refuse d’alerter la police car leur père, collectionneur et marchand d’art n’avait jamais assuré les tableaux et objets de valeurs qu’il possédait, n’ayant aucune preuve d’achat. Certifications et autres papiers nécessaires pour les déclarations lui manquant. Il existe bien une alarme, mais Catherine, psychologue, la débranche lorsqu’elle reçoit ses patients.

Les deux sœurs sont totalement différentes, aussi bien physiquement que psychiquement. Et parfois cela crée des heurts. Audrey se demande bien pourquoi Catherine tient autant à ce tableau de Seurat alors que d’autres, peut-être plus prestigieux, manquent à l’appel. Audrey, qui tient un stand sur les Puces de Saint-Ouen, réparant et embellissant des objets décoratifs, n’a pas la force de caractère de sa sœur, pourtant lorsqu’elle aperçoit Jean Darrieux en compagnie de Catherine, elle peste. Elle n’aime pas celui qui fut l’associé de son père.

Un père et une mère qui se montraient indifférents à son égard et elle se demande toujours si elle les aimait ou non. Mais aujourd’hui ils sont décédés et les deux sœurs, toutes deux divorcées, vivent seules dans le grand hôtel particulier qui leur a été légué, au milieu de tableaux et d’objets d’art constituant une véritable richesse.

En examinant bien le revers du Seurat, du tableau signé Seurat je précise, Audrey est intriguée par une inscription comportant lettre et chiffres. Elle se renseigne auprès d’un spécialiste, un galeriste qui lui fournit sans problème l’explication de cette sorte de rébus. Ce qui l’amène à approfondir son enquête dans les milieux de l’art, à la célèbre salle Drouot, mais également en Suisse ou à Montcalm dans le Gard.

Et cela ne sera pas sans incident car elle est persuadée être suivie. Mais qui peut ainsi en vouloir à cet héritage paternel acquis d’une façon fallacieuse ? Et pourquoi ? Une quête qui interfère entre relations familiales et l’origine de ces biens obtenus durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Une plongée dans l’histoire proche qui joue sur deux tableaux. L’origine des œuvres d’art, leur acquisition mais également la lente dégradation relationnelle entre deux sœurs que tout oppose.

Cette histoire dans l’Histoire, qui intéressera les amateurs d’art pictural mais pas que, n’est pas souvent traitée dans les romans policiers. Pour mémoire citons Maudits soient les artistes de Maurice Gouiran qui abordait ce sujet, mais Anne-Laure Thiebelmont va plus loin dans cette introspection.

Ce n’est pas déflorer l’intrigue que de dire que la spoliation des détenteurs juifs de tableaux de maîtres est l’un des ressorts de cette intrigue, mais c’est bien tout ce qui tourne autour qui donne son sens à cette narration fluide.

Mais pour l’auteur, spécialiste en la matière, c’était un peu se comporter en fildefériste qui se produirait en sabots. En effet l’histoire se déroule dans les années 2010 ou 2012. Un des protagonistes déclare être en partie responsable de ce qui est arrivé soixante-dix ans auparavant. En 1940 donc ou 1942. Or il est délicat de remonter si loin et de retrouver des témoins de cette époque ayant activement participé à quelques-uns des événements. Et d’autres détails de dates me turlupinent, mais je vous laisse le soin de chercher ce qui pour moi est une erreur, mais qui en fin de compte ne l’est pas. Peut-être.

L’auteur aurait pu m’éclairer sur ces écarts mais elle est décédée en 2015. Hélas !

Quoiqu’il en soit, malgré mes toutes petites réserves, il reste que ce roman qui prend sa source dans des faits réels avec des personnages évoqués ayant réellement existés, est une admirable introduction à un épisode plus ou moins méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, ce que l’on pourrait qualifier de détail parmi les atrocités commises, lesquelles ont plus retenu l’attention des historiens en général.

Anne-Laure Thiéblemont

Anne-Laure Thiéblemont

Anne-Laure THIEBLEMONT : Femme Masquée. Editions Cohen & Cohen. Parution le 28 février 2019. 168 pages. 20,00€.

ISBN : 978-2367490601

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 04:25

Une idée pour le rapprochement des peuples ?

Recherche bébés mâles désespérément !

Fredric BROWN : Lune de miel en Enfer

Ecrite en 1950, cette nouvelle nous transporte dans une anticipation proche, le 16 septembre de l’année 1962 et les jours qui suivent très exactement. Les lecteurs qui lurent ce texte à l’époque de sa parution pouvaient tout imaginer, mais de nos jours, on se dit que si certaines situations ont pu se réaliser, d’autres sont loin d’être accomplies.

Ce qui n’était pas nouveau, et qui perdura durant quelques décennies, c’est l’antagonisme entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Alliance Orientale composée de la Russie, de la Chine et leurs satellites de moindre importance. La course à la Lune en était le motif immédiat et principal.

Seulement les donnes changent lorsque les naissances commencent à n’enregistrer que des enfants de sexe féminin. Les mâles bientôt vont disparaitre de la surface de la Terre si cette particularité se perpétue. A début cela n’était qu’épisodique, mais bientôt l’état-civil n’enregistre que des gamines. Et cela aussi bien dans le boc de l’Est qu’en Amérique. Et partout sur Terre, quelle que soit la nation et son appartenance politique. Un phénomène qui inquiète savants et gouvernements de tous bords.

La solution viendrait, peut-être, du recrutement de Ray Carmondy, obscur employé comme opérateur auprès d’un appareil cybernétique ou calculateur électronique appelé Junior, chargé de poser des questions et de recueillir les réponses. Cela fait quelques années qu’il officie un peu comme programmateur, mais auparavant il fut l’un des premiers et rares pilotes de fusée à alunir, ce qui lui confère une aura certaine et lui aura permis d’obtenir le grade de capitaine.

En effet, après avoir étudié son profil, les responsables pensent qu’en le mariant (heureusement qu’il est célibataire) à une jeune femme russe possédant le même profil, cosmonaute célibataire, ils pourraient procréer de petits garçons. Mais pour cela il leur faut envoyer les deux candidats désignés d’office sur la Lune, afin d’échapper à une quelconque entité négative provenant, peut-être de l’espace.

Après quelques préliminaires, accord obligatoire de la Russie et de la future mariée, qui se prénomme Anna, rencontre par visioconférence et mariage idem, voilà les deux tourtereaux en devenir fonçant chacun à bord de leur nef. Ils doivent se retrouver dans le Cratère de l’Enfer, et grâce aux fusées-ravitailleuses qui vont les accompagner, se construire un petit nid douillet.

 

L’on retrouve dans ce texte tout l’humour de Fredric Brown pour un sujet grave. La disparition de l’être humain par la sélection d’un sexe unique sans possibilité de procéder à des inséminations artificielles. La dérision du propos ne cache pas non plus l’antagonisme entre Russes et Américains, leur volonté de parvenir à s’accaparer le domaine spatial.

Mais Fredric Brown trouve une solution qui équivaudrait à instaurer une paix durable, alors qu’au même moment, mais cela il ne pouvait le prévoir, la guerre froide est à son apogée avec la construction du mur de Berlin et la crise des missiles de Cuba.

Ce qu’il avait imaginé en 1950 ne peut donc se réaliser en 1962, mais ceci pourrait être une solution aux guerres qui se déclenchent un peu partout. Sans que la génétique soit un facteur de rapprochement obligé quoique de nos jours certains palliatifs ont été découverts. Mais ceci est une autre histoire.

Goûtons plutôt cette histoire qui joue avec dérision sur un problème sensible.

 

Cette nouvelle a été reprise en compagnie de dix-neuf autres nouvelles dans un volume titré Lune de miel en Enfer, et a connu diverses rééditions principalement dans la collection Présence du Futur chez Denoël à huit reprises entre 1964 et 1997.

Fredric BROWN : Lune de miel en Enfer

Pour plus de renseignements sur ces nouvelles et ces rééditions :

 

Fredric BROWN : Lune de miel en Enfer (honeymoon in Hell – 1950. Traduction Jean Sendy révisée par Thomas Day). Collection Folio SF N°280. Parution 14 juin 2007. 368 pages. 7,90€.

Première édition : Revue Galaxie 1ère série. Illustrations de Don Sibley. Novembre 1953.

ISBN : 9782070342723

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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