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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 04:15

Gondolier t'en souviens tu
Les pieds nus, sur ta gondole…

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise.

En 1904, Alex Lex, le narrateur de ce roman-miroir-tiroir, est devenu à vingt ans l’assistant de Gaston Leroux. Il est reporter et l’a assisté au cours de nombreux reportages, notamment à Venise où le hasard se transforme en un coup de dé. Un dé lancé en l’air, providentiellement, mais dont Alex Lex, dont le second prénom n’est pas Dura, et qu’il ne s’explique pas.

Et en cette année 1910, alors que ses reportages sont régulièrement publiés dans des journaux tels que Le Matin ou L’Excelsior, que ses nouvelles policières ou d’anticipation le sont dans Le journal des voyages, qu’il dessine et peint, ayant illustré les fascicules populaires du Sâr Dubnotal, en cette année 1910 donc, tandis qu’en compagnie de son amie Aline, qui cumule les emplois de secrétaire et de maîtresse, il est dérangé dans une séance de baisers mouillés au champagne par un visiteur impromptu.

Ce visiteur ne lui est pas inconnu. Il s’agit de Rainer Maria Rilke qui fut le secrétaire d’Auguste Rodin, et le poète autrichien lui demande de lui rendre un petit service. Mais aucun des deux n’imagine que ce service va entraîner Alex Lex dans une aventure gigogne.

En effet, il implore Alex d’aller rendre visite dans l’atelier de Rodin afin d’admirer les fragments de plâtre de l’immense composition à laquelle travaille depuis de nombreuses années le sculpteur. Je vous en conjure, allez voir cette œuvre tragique aux bubons de plâtre effervescents. Alex Lex ne peut se défiler et il effectue un repérage en compagnie d’Aline, qui n’est pas partie et donc il n’a pas besoin de crier son nom.

Il s’introduit dans la magnifique demeure entourée d’un jardin de ville champêtre, et, hypnotisé, il franchit cette Porte de l’Enfer de plâtre.

 

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise.

On retrouve Alex Lex qui vit dans une boîte de bouquiniste accrochée sous le pont du Rialto. Il se rend, comme tous les jours chez son ami Despons qui a repris un café, le Rosa Salva, mais qui également spécialiste dans l’archéologie des mondes anciens et a établi sa fortune dans le trafic d’antiquités. Il a aussi rendez-vous avec le Doge lequel lui confie une mission qui ressemble à une supercherie. Plutôt, les individus sur lesquels il doit enquêter semblent issus d’une supercherie. Des écrivains morts depuis longtemps et qui violent, volent et tuent un peu partout dans la Sérénissime. Trois revenants qu’il doit découvrir et réexpédier dans leur foyer, c’est une image, et qui ont pour noms Lord Byron, Giorgio Baffo et Baron Corvo. Et un ami du Doge, un original centenaire du nom d’Estanidov avec qui il déguste un fragolino, se plaint d’avoir été spolié de six aquarelles originales d’Hugo Pratt. Des illustrations pour les poésies érotiques de Baffo.

Et c’est ainsi qu’Alex Lex se trouve entraîné dans une sorte de spirale infernale débutant dans la Venise 2 du Möbius à la recherche des Surréalisés de Venezia. Il rend souvent visite à Denska Stevenson, qui vit dans la bibliothèque Saint-Marc fondée par Pétrarque. Il sera amené à voyager ainsi entre la Sérénissime et le Paris 3 à la recherche de surréalisés qui commettent les mêmes crimes et qui se nomment Lautréamont, Sade et Colin des Cayeux.

Cette spirale se recoupe mais à chaque fois, lors des points de jonction, Alex se retrouve dans Venise ou Paris, mais des différences notables changent le décor, jusqu’au moment où les deux cités n’en font plus qu’une, le Parnise.

 

On retrouve dans ce roman tout ce qui alimente, attise, nourrit les passions de François Darnaudet. Venise, La Sérénissime, qui sert de décor à de nombreux ouvrages, mais également la peinture et la sculpture, Auguste Rodin en tête. Sans oublier la littérature avec en tête de gondole Isidore Ducasse, alias Lautréamont.

Un roman envoûtant qui absorbe le lecteur, le vampirise, le phagocyte, l’ingère et le digère, par la magie des actions en forme d’allers et retours, par la magie aussi des décors, et naturellement de tous ces personnages qui évoluent dans des cités reconstituées.

Un roman déroutant ? Non, un roman déboussolant dans lequel François Darnaudet se hisse à la quintessence de son art littéraire et il marie avec élégance imaginaire et érudition.

 

Cet ouvrage contient en outre, Les nouvelles amères qi se décomposent ainsi :

Le retour de l’autobiographie fantastique.

Une baignoire en zinc dans la pièce du fond.

Le baiser de Möbius.

Dans les jardins vénéneux de l’Ombre.

Boris, ses motos, les Bardenas et autres déserts, dont vous pouvez retrouver une chronique ici.

 

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise. Suivi de cinq nouvelles fantastiques. Collection Fractales/Fantastique. Editions Nestiveqnen. Parution le 14 juin 2019. 264 pages. 19,00€.

ISBN : 978-2915653977

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 04:24

Un roman métaleptique…

LE MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes.

S’apercevoir que le texte d’un manuscrit trouvé par hasard vous correspond, un épisode que vous vivez véritablement, que les coïncidences sont si nombreuses qui vous vous demandez s’il ne s’agit pas d’un rêve éveillé, voire d’un cauchemar, cela peut perturber et naturellement vous vous posez des questions.

C’est ce que ressent le narrateur qui écrit à la première personne ce qui vient de lui arriver, lisant un manuscrit écrit à la première personne. Deux narrateurs en un, comme si l’un était le miroir légèrement déformé de l’autre.

Une mise en abîme littéraire empruntant au fantastique tout autant qu’au roman policier, d’ailleurs le narrateur et son double sont tous deux policiers, donc enquête il y a. D’autant que dans la maison dont ils héritent, le propriétaire vient de décéder, retrouvé à son bureau, un décès qui n’est pas expliqué. Et, afin de couronner le tout, une nouvelle effectue le lien entre ces deux textes qui se rebondissent, se catapultent, une nouvelle écrite en double et c’est le début de ce roman étrange.

Petit aparté à la manière de l’auteur, cet ouvrage me fait penser à Vous qui n’avez jamais été tués d’Olivier Séchan (Le père de Renaud pour ceux qui l’ignoreraient) et Igor Maslowski, roman publié en 1951. Un auteur à succès s’éveille un matin ressentant une étrange sensation et lorsqu’il se regarde dans la glace il ne se voit pas. Et un corps inanimé, le sien, est couché dans son lit. Pour le reste se reporter au roman des deux auteurs.

 

Mais peut-on parler de roman dans le cas de Des miroirs et des alouettes ?

Oui si l’on suit la trame romanesque et pourtant il s’agit plus de la part de l’auteur le besoin de jeter sur le papier ses impressions, ses ressentis, ses pensées, voire ses divagations. Donc il s’agirait plus d’un récit et, excusez du peu, et même si cela n’a aucun rapport, j’ai établi inconsciemment une démarche à la manière de Jean-Paul Sartre dans Les mots. Pourquoi se référer à cet ouvrage ? Je ne sais. Une association d’idée, une impression tenace qui s’est imposée à mes neurones et s’y est agrippée comme une mouche engluée dans une toile tissée par un arachnide envahissant.

D’ailleurs Le Minot Tiers, qui ne nous roule pas dans la farine, et dont ce n’est pas le véritable patronyme, avoue ingénument :

D’ailleurs, quelle est l’intrigue ? Faut-il une intrigue ? L’élucidation de la mort de ce pauvre homme ? A quoi bon. Depuis Proust les romans n’ont plus besoin d’être construits autour d’une intrigue. Il suffit de raconter sa vie et tout le monde est content. Surtout si on critique bien les autres. La critique, ça c’est important.

 

Mais alors, un roman sans intrigue, cela sert à quoi ? A se défouler serait-on tenté de penser. A partager des points de vue. Et pourquoi écrire tout simplement ? Une question primordiale que peuvent se poser les lecteurs et dont seuls les auteurs possèdent la réponse.

Depuis quand écrit-on pour être lu ? On écrit pour être édité, pour se faire connaître, pour raconter des histoires, parce que l’on en a besoin. Être lu ce n’est pas le plus important. Ecrire est le pire acte d’égoïsme : on écrit pour soi !

Ah bon ?

Mais il ne faut jamais écrire pour plaire à un potentiel lecteur ! Il faut écrire quand cela devient viscéral, impérieux. Si des gens ont envie de lire, tant mieux. Ce sera la cerise sur le gâteau. Les pires écrivains sont ceux qui écrivent pour plaire, pour être lus, pour exister auprès d’un lectorat qui leur donnera le sentiment qu’ils sont aimés… Inutile de vous citer des noms, vous les aurez reconnus.

 

Après cette déclaration, cette profession de foi, l’auteur aborde d’autres sujets qui s’avèrent plus futiles mais sont également des petits coups de griffes. Anodins certes, mais qui portent, surtout dans le contexte actuel. Ainsi un chien fait partie de la distribution des acteurs de ce livre. Un border colley ou border collie selon l’orthographe habituelle.

Parait que c’est la race de chien la plus intelligente. Le sien a une pensée complexe. C’est un peu le Président des toutous.

Un clin d’œil amusant qui dépasse largement le cadre de ce faux roman qui mériterait d’être lu malgré les réticences affichées de l’auteur qui louvoie, se demandant s’il est un écrivain ou non et s’il écrit pour vous et moi. Une curiosité à découvrir !

 

LE MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes. Editions La Ligne d’erre. Parution 23 juin 2019. 200 pages. 13,00€.

ISBN : 9782956788102

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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 03:10

Sont les filles de la Rochelle
Ont armé un bâtiment...

Samuel SUTRA : La Femme à la mort.

Vous connaissez ou avez entendu parler de La Rochelle ? Evidemment, se présentent à l’esprit et aux yeux des touristes, les deux tours majestueuses qui se dressent à l’entrée du vieux port. Bon nombre de nous, anciens élèves planchant sur les bancs de l’école lors des cours de l’histoire de France, se souviendront des épisodes opposant les Huguenots aux troupes de Richelieu.

Et les amateurs de littérature populaire n’auront pas oublié cet épisode épique où d’Artagnan et ses trois compagnons mousquetaires dressent un pique-nique sous les murs de la forteresse.

Plus près de nous La Rochelle fut le centre d’autres batailles, tout autant épiques et médiatiques, tels que les universités d’été du Parti Socialiste ainsi que la dernière législative dont vous connaissez les noms des adversaires politiques pourtant du même bord.

Le commissaire divisionnaire Jacques Verdier est à six mois de la retraite et il se refuse à partir sur un échec. Pas vraiment un échec, disons plutôt sur la résolution d’une affaire dont il n’est pas satisfait. Aussi il fait appel à son vieil ami Stanislas, ancien policier aujourd’hui devenu consultant, appellation sous laquelle se cachent diverses activités plus ou moins légales ou licites.

Angèle, la réceptionniste de l’hôtel du Palais de La Rochelle, est interrompue dans son travail de réfection de ses ongles lorsqu’elle sursaute en entendant un grand bruit venant de la chambre placée au dessus d’elle. Une armoire qui tombe pense-t-elle réalisant peu après qu’il s’agit d’un coup de feu. Déjà que quelque temps auparavant, des heures, des minutes ( ?), on ne remarque pas le temps passer lorsqu’on est autant accaparé par ce labeur minutieux de manucure, elle avait été dérangée pour secourir une cloche qui avait résonné sur le trottoir. Ce pochard n’avait même eu la courtoisie de la remercier. Raisonne-t-on dans ces cas-là ?

Bref, je m’égare et revenons à notre belle Angèle qui se précipite à l’étage et frappe à l’huis. Point de bruit, point de réponse. Aussi elle appelle le commissariat qui se trouve non loin et dans les minutes qui suivent l’inspecteur divisionnaire Marchetti et ses hommes arrivent chaussés de leurs gros sabots. Marchetti ne finasse pas et enfonce la porte qui est fermée de l’intérieur. Les clients curieux regardent de leurs chambres les policiers entrer dans la pièce où git une jeune femme, un trou dans la tête, trou occasionné par une arme à feu.

Marchetti tente d’ouvrir la fenêtre, triture à plusieurs reprises la crémone et devant ses efforts inopérants il déclare que le bois gonflé par l’humidité bloque l’ouverture. Conclusion immédiate et pas remise en cause, il s’agit d’un suicide.

Oui mais, voilà, Jacques Verdier est quelque peu circonspect et c’est pour cela qu’il fait appel à son ami Stan. Natasha, la défunte, est une Russe venue à La Rochelle pour une raison qui lui était personnelle. L’enquête a avorté car les autorités russes ont réclamé le corps immédiatement et l’ont rapatrié séance tenante, disons dans les vingt-quatre heures. Ce qui, du coup, a abrégé les constatations médico-légales qu’aurait dû effectuer le médecin légiste. Ceci ne rebute pas Stan qui empoigne son téléphone portable et contacte l’un de ses correspondants russes, son ami Vladimir, un parrain de la Mafia locale, auquel il a rendu service il y a déjà quelques temps.

 

Grâce à Vladimir, Stan peut s’entretenir avec le père de Natasha, lui aussi mafieux confirmé. Celui-ci lui révèle que la jeune femme avait eu un enfant avec un amant français et que le gamin était mort d’une maladie pernicieuse. Il aurait fallu pouvoir procéder à un don d’organe ou quelque chose comme ça. Elle aurait conçu l’enfant avec un peintre et pour seule indication, le père de Natasha transmet un cliché d’un tableau qu’elle possédait. Mais selon lui une autre piste pourrait être envisagée : la mafia russe aurait eu en tête de lui faire sa fête et s’en serait pris à Natasha.

 

Moins débridé, moins humoristique que les précédents romans de Samuel Sutra consacrés à la saga de Tonton, quoique certaines scènes et tournures de phrases prêtent à sourire, La Femme à la mort s’inscrit comme un bon roman à la lecture agréable.

Un vrai faux crime en chambre close, à la solution évidente lorsqu’on la connait et qui n’emprunte pas à une explication alambiquée, donne du piment à l’intrigue.

En débutant la lecture on est tout de suite happé et on ne fait plus attention si tout est logique, si des incohérences se glissent ici ou là, si des situations sont abracadabrantesques, non, on se laisse aller et on se dépêche d’arriver au mot fin, qui d’ailleurs n’est pas inscrit.

Comme lorsqu’on lisait avec délectation les premiers romans signés San-Antonio, par exemple.

Samuel Sutra ne tombe pas dans le piège du Guide du Routard adapté pour envelopper une histoire. La Rochelle est présente, on peut suivre les protagonistes dans les rues de la cité, mais les habituels clichés nous sont épargnés. Les gourmets apprécieront la référence faite à Coutanceau, une table renommée et une référence gastronomique. Bon appétit.

Et sans vouloir être un flagorneur, je pense que Samuel Sutra peut devenir un romancier reconnu, moins médiatique que certains mais plus sincère.

Première édition : Collection Régiopolice N°6. Editions Sirius. 256 pages. Parution 2012.

Première édition : Collection Régiopolice N°6. Editions Sirius. 256 pages. Parution 2012.

Samuel SUTRA : La Femme à la mort. Editions Flamant Noir. Parution le 9 juillet 2018. 210 pages. 19,50€.

ISBN : 979-1093363479

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 04:15

Moi, j’aime bien l’Entre-deux. Entre-deux mers, par exemple…

Mais ce n’est pas le sujet de ces nouvelles…

Pascal MALOSSE : Contes de l’entre-deux.

Si ces nouvelles sont cataloguées fantastiques, n’allez par croire que l’auteur sacrifie à la facilité. Pas de vampires, de fantômes dans le sens par lequel ils sont la plupart du temps représentés, d’animal féérique ou maléfique, de tour de magie ou autre.

Non, Pascal Malosse joue avec une autre thématique du fantastique, la distorsion du temps et la métalepse. Le tout s’intègre dans une aura d’étrange, de bizarre, de cauchemar éveillé. Dans un monde qui pourrait être, qui est le notre. Juste des faits de société, des épisodes mis en avant et exploités comme dans une glace déformante ou mis sous la loupe. Ce qui n’exclut pas parfois une petite touche d’humour.

Et comme on ne décrit mieux que ce que l’on connait, Pascal Malosse place les décors de certaines de ses nouvelles en Allemagne ou en Pologne, mais dans des époques différentes, propices à entretenir cette sensation de baroque, d’insolite, de reflets dans un miroir.

Une sensation de solitude, d’isolement ressentis par un personnage qui pourtant est entouré par une foule, des collègues, des inconnus, qui se déplacent en toute liberté mais qui l’ignorent ou au contraire l’abordent comme s’ils se connaissaient de longue date.

Reprenant sans vergogne une partie de la quatrième de couverture, je me contenterai de vous indiquer quelques-unes des intrigues qui surgissent au détour des pages, sans pour autant déflorer ce qui se déroule avant ou après.

C’est bien ce parfum [l’étrange] qui baigne les Contes de l’entre-deux et accompagne ses héros, qu’il s’agisse pour eux de disputer une partie d’échecs contre un chat qui parle, de rencontrer les fantômes d’une usine abandonnée, de trouver son chemin dans les compartiments d’un train lancé dans une course folle, ou encore affronter les conséquences du fait d’avoir toujours raison.

 

Je conçois que cela peut être frustrant pour le lecteur de ne pas connaître la teneur de ces historiettes, mais en même temps cela entretient le suspense, comme le fait l’auteur, avec malice et talent. Et pour reprendre le titre de l’une de ces nouvelles, je pourrais conclure que l’auteur est en parfaite maîtrise de l’illusion.

 

Sommaire :

Le réveil.

L’église de Konrad.

La fabrique.

Droit dans la brume.

Les Yeux noirs.

Bain de cendres.

Jeu d’enfant.

L’homme qui avait toujours raison.

Clandestine.

Filature par une nuit d’été.

Le fleuve oublié.

Le casino des âmes.

Gare centrale.

Maîtrise de l’Illusion.

En boîte.

Dissociation.

L’idée.

 

Pascal MALOSSE : Contes de l’entre-deux. Collection Absinthes, éthers, opiums N°30. Editions Malpertuis. Parution le 14 juin 2014. 122 pages. 11,00€.

ISBN : 978-2917035344

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 03:43

Les jeux de l’amour et du lézard ?

Max OBIONE : Le jeu du lézard suivi de Toussaint R.

L’ex commissaire Toussaint Rescamone aurait pu passer une retraite tranquille et heureuse dans la vieille maison familiale située dans un petit village corse. C’était sans compter sur la maladie et un vague cousin, Sauveur.

Sauveur brigue par tous les moyens l’héritage et Toussaint, qui n’a plus qu’une petite fille, Dora, laquelle n’a pas donné de ses nouvelles depuis des années à cause d’un différent, craint pour la vie de la jeune fille. Alors Toussaint lance un SOS à Maurice Cintray, dit Le Mat, un de ses anciens subordonnés. Le policier accepte d’aider son ex-patron afin de pimenter sa retraite. Il requiert le renfort de son ami Raja, ancien procureur reconverti en avocat siégeant dans la salle d’un café. Les deux compères se mettent à la recherche de Dora avec pour unique indice le métier de galeriste de la jeune fille dans une galerie d’art parisienne. Mais de photo point, un petit plus qui aurait facilité leurs démarches.

Les galeries de peinture ne manquent pas à Paris, heureusement concentrées dans un quartier de la capitale. Ils s’invitent lors d’un vernissage et sollicitent les renseignements auprès des habitués de ce genre de manifestation. Un peintre méconnu et un photographe les mettent sur une piste qui s’avère fiable. Seulement un ou des individus s’acharnent à vouloir couper le faible lien. Le directeur de la galerie où travaillait Dora est assassiné, d’autres personnes sont grièvement blessées et même assassinées. Toujours selon le même procédé : une balle dans la joue et une dans le genou.

 

Avec ce roman, les bonnes vieilles Séries Noires ne sont pas loin et je pense plus particulièrement aux ouvrages de Marvin H. Albert.

Mais pour autant Max Obione ne pastiche pas. Il possède son style, sec, sérieux, avec une pointe d’humour. Par exemple la description des œuvres d’art exposées, les commentaires des amateurs, éclairés par je ne sais quel esprit retors, et qui encensent un artiste qui véritablement se moque du monde.

Des connaisseurs qui assimilent des résidus de défécation à de l’or en barre, des chiures de mouche à des diamants bruts. Cette petite mise au point aussi lorsque le ministre de l’Intérieur (la première édition de ce roman date de 2005 !) déclare que grâce à ses services une bande de malfaiteurs avait été mise hors course, alors que les forces de l’ordre sont arrivées à l’extinction des feux.

Ce roman se décline en deux parties, la recherche de Dora puis le voyage en Corse. Une histoire à double tranchant maîtrisée par Max Obione qui nous réserve de bonnes surprises.

Max OBIONE : Le jeu du lézard suivi de Toussaint R. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 24 juin 2019. Version numérique. 221 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407761

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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 03:15

Une bande dessinée animalière et humoristique comme on aimerait en lire plus souvent…

DARNAUDET & ELRIC : Witchazel contre ce dingue de Dongo.

Dongo est grand et dans le temple récemment construit, la Pie Lélectrique, sa porte-parole éclairant le monde, n’arrête pas de déclamer devant une foule subjuguée tout ce qu’il peut apporter à la population.

Dongo compte de très nombreux fidèles, tous acquis à sa cause malfaisante, et ses apôtres savent relayer ses messages. La Lagune brune porte bien son nom. Même le commissaire Lafontaine est aspiré par la lumière de Dongo.

Pendant ce temps, Hamamélis, la joyeuse et belle petite mulote, est obligée pour se faire reconnaître comme magicienne de se grimer en vieille sorcière et en changeant d’identité. Elle devient alors Witchazel et peut exercer ses talents en toute sérénité.

Seulement sa mère lui remonte les bretelles car sa sœur Arnica et le Père Duchène ont disparu. En réalité ils ont été enlevés. C’est ce qu’un gamin, un petit nommé Chose, leur apprend en leur montrant un boulophone dont il s’est servi pour appeler, en vain, les secours. Ce boulophone, il pensait que c’était Witchazel qui le lui avait vendu.

Méprise il y a eu, il s’agissait d’Arnica qui avait endossé l’identité et les habits de Witchazel. Et les ravisseurs pensant s’emparer de la petite sorcière n’ont entre les mains que son inoffensive, quoi que, sœur.

Et c’est ainsi que Witchazel est à nouveau sur le pied de guerre à la recherche d’Arnica et du père Duchène, affrontant de multiples dangers préjudiciables à sa santé, voire sa vie. Heureusement, le chat Pristi, gondolier de son état et amoureux non déclaré, est toujours là pour se dévouer et l’aider de son mieux. Sans oublier Misskat, le petit Chose, le commissaire Lafontaine et quelques autres, qui se mobilisent, car les affidés hypnotisés par les belles paroles de Dongo ne ménagent pas leur peine pour contrecarrer leurs initiatives.

Et lorsque Pristi et Witchazel sont faits prisonniers et emmenés au pont des Sous-pitres, la partie est bien mal engagée. C’est magie contre magie.

 

Dans cette bande dessinée animalière, les auteurs s’amusent à amuser leurs lecteurs. Bons mots, calembours, gags s’enchaînent pour mieux masquer le fond. En effet, de nombreuses références sont implicitement placées pour nous ramener à l’actualité qui régit notre quotidien.

Ainsi, chez Florian, célèbre café qui figure dans ce décor emprunté à Venise, on ne sert plus que du lait de soja. La mode Végan est passée par là. Mais l’intolérance n’est pas seulement alimentaire, et l’on sait tous qu’une poignée d’individus veulent nous obliger à changer de mode de vie sous des prétextes indéfinis qui vont à l’encontre de notre santé. Mais restons dans la bonne humeur et n’entamons pas de polémiques.

Toutefois, on ne peut s’empêcher non plus de songer à tous ces nouveaux tribuns, sans oublier les anciens, ces hommes politiques qui haranguent ou émettent des déclarations à l’emporte-pièce, arrogantes, méprisantes, ironiques, sachant flatter les égos populistes, se montrant démagogiques sans pour autant mettre en action ce qu’ils prônent ou promettent.

Et le fait que cette histoire se passe dans la Lagune brune n’est pas anodin, la couleur n’étant choisie au hasard.

 

DARNAUDET & ELRIC : Witchazel contre ce dingue de Dongo. Volume N°4. Editions Kramiek. Parution le 9 mai 2019. 48 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2889330775

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 04:22

Plus dangereux que la chasse aux papillons !

Alfred ASSOLLANT : La chasse aux lions.

Avoir un bon copain, chanson connue, cela peut aider dans la vie, mais Pitou et Dumanet, le narrateur, l’apprendront rapidement durant leur séjour en Algérie. Ils ne sont pas en vacances mais en villégiature forcée aux frais de l’état. Ce sont des militaires qui sont en poste du côté d’Alger, dans les années 1840 ou 1850, et on pourrait les considérer comme des comiques troupiers avant l’heure.

Pitou est natif des environs d’Issoire et Dumanet de Dardenac près de Libourne, et ils s’entendent comme larrons en foire, même si parfois quelques divergences de point de vue s’élèvent entre eux. Mais jamais bien de rien méchant. Ils sont jeunes, la vingtaine environ, n’ayant quasiment jamais vécus loin de leur village natal, et se montrent quelque peu naïfs, même si Pitou reconnait que son ami Dumanet possède une longueur d’avance sur lui question jugeote. Et souvent ils se retrouvent chez la mère Mouilletrou afin de déguster un rafraîchissement bien mérité.

Alors que les deux amis discutent, notamment des lions sensés garder les portes du désert, ce qui amène Pitou à répéter un calembour du capitaine Chambard : ce ne sont pas des lions mais des cloportes… On s’esclaffe et on passe à autre chose, car soudain des cris épouvantables retentissent : Le lion, le lion… cris proférés par trois cents Arabes. Environ.

Malgré les réticences de Pitou, Dumanet décide d’aller voir comment c’est fait un lion. Ils s’avancent donc entre vallées et montagnes et au bout de quelques centaines de mètres, ou plusieurs kilomètres, ils entendent du bruit provenant d’un arbre. Un Arabe tombe du chêne et se plaint du lion qui a mangé sa femme et ses deux vaches. Mais il regrette surtout la perte de son âne.

Il suivait le lion qui tenait Fatma, sa femme, entre ses dents, et c’est une grande perte. Mais moins que celle de son bourricot. Car Fatma et le bourricot portaient dans des paniers du bois, lui se contentant de les suivre. Ali le bourricot a réussi à s’enfuir et Ibrahim en est fort marri.

 

Et voilà, la chasse au lion commence, ou plutôt aux lions, car bientôt la femelle et ses deux petits arrivent à la rescousse. Et une femelle en colère, cela peut se terminer en eau de boudin. Les deux amis ont toutefois des ressources, et on ne sait jamais, ils peuvent compter sur le capitaine Chambard et ses troupes pour les aider dans leur entreprise, même s’ils préféreraient démontrer qu’à eux deux ils peuvent se montrer les maîtres du désert et de ses habitants léonins.

 

Une courte et amusante histoire dans laquelle les deux amis échangent beaucoup. Des souvenirs, nombreux, narrés avec humour, et parfois naïveté surtout de la part de Pitou.

De nos jours, si un auteur rédigeait un tel épisode exotique, nul doute qu’il éviterait d’employer des mots comme moricaud, alors qu’à l’époque cela était langage courant et ne prêtait à aucune sorte de racisme. C’était l’époque de la colonisation française, mais cela est narré de façon bon enfant, joyeusement, sans arrière-pensée. Juste un moment de détente, et l’on n’aura de cesse de rapprocher cette histoire celle de Tartarin de Tarascon, même s’il n’y a aucun point commun, ou plutôt si les points communs se réduisant à une chasse au lion et au décor algérien.

 

Je rappelle que ce court roman est téléchargeable gratuitement, en toute légalité, sur le site de la Bibliothèque électronique du Québec dont le lien proposé ci-dessous :

D’Alfred Assollant on pourra lire également

Alfred ASSOLLANT : La chasse aux lions. Roman posthume édité chez le libraire-éditeur Charles Delagrave en 1892. 107 pages. Réédition La Bibliothèque électronique du Québec. Collection A tous les vents. Version numérique : 77 pages.

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 04:52

Bâtard est souvent meilleur fils

que l'enfant légitime.

Euripide.

Hubert de MAXIMY : Le bâtard du Bois noir.

Bénéficiant d’une permission de cinq jours, le jeune lieutenant Marius Malaguet revient au pays quatre ans après son départ pour le front.

Le pays, c’est Pontempeyrat, près de Craponne-sur-Arzon en Haute-Loire, où Marius a vécu durant dix-neuf ans, avant de tout quitter pour s’engager pour la guerre qui venait de débuter. Dans le train qui le ramène pour quelques jours, il revoit son enfance défiler dans son esprit comme le paysage derrière la vitre. Des bouffées de souvenirs qui se mélangent quelque peu, mêlant passé lointain issu de sa jeunesse et les années qui viennent de se dérouler sur le front, et peut-être une anticipation de ce qui l’attend revenu au village.

Comment un jour, alors qu’il n’avait que cinq ans, il s’était enfui de la ferme où sa mère était employée comme servante et où ils vivaient en compagnie de l’agriculteur qui les logeait et les nourrissait, pour une taloche de trop. Comment il avait fait la connaissance du Gallu, dit aussi le Vieux. Un colosse, un homme des bois, au passé énigmatique.

Puis plus tard lorsqu’à l’école, il n’avait pas de camarades, et fut affublé du surnom de Bastardou. Ce qui ne l’avait pas empêché de poursuivre ses études pour travailler par la suite aux Eaux et Forêts. Jusqu’à ce jour où par des insinuations, alors que sa mère n’avait jamais rien dévoilé de sa conception, il avait cru comprendre que son père n’était autre que le paysan chez qui ils vivaient.

Et alors qu’avec Jeanne, la jolie fille du fermier, dont la mère était décédée à sa naissance, il pensait pouvoir se marier, les projets tombent à l’eau. Il a toujours connu Jeanne et leur affection s’était peu à peu muée en amour. Mais le secret de sa naissance l’oblige à rompre un contrat moral, et il s’engage dans l’armée.

Quelques années plus tard, alors qu’il est sous-lieutenant, il a une algarade avec des gendarmes. Ceux-ci ne vont pas au front et se montrent arrogants. Comme d’habitude. Alors, il est nommé lieutenant, une fausse promotion qui cache une sanction. Il se retrouve à la tête d’un régiment de bagnards, des têtes brûlées. Une sanction disciplinaire.

Mais il parvient à s’attirer leur sympathie et une espèce de dévouement que n’auraient sûrement pas obtenu d’autres officiers. Surtout avec l’adjudant Johannes Alayel, un presque pays avec lequel il s’entretient de temps à autre en patois. Et le passé des forçats, peu lui chaut. Il n’exige que discipline, afin de préserver la vie des hommes qui sont sous son commandement.

Mais en ce mois d’août 1918, les choses ont bien changé. Jeanne s’est mariée avec celui qui fut son tourmenteur à l’école. Et Marius repart avec des bleus à l’âme pour le front, se demandant quand et comment cette guerre finira. Si elle finira un jour. Et dans les tranchées, les bellicistes jouent à saute-mouton, reprenant le terrain perdu la veille.

 

En ce temps là, être fille-mère n’était pas bien vu par les bonnes âmes pensantes, et le nom du géniteur était bien gardé, ce qui entraînait souvent des suspicions, des rumeurs, des doutes, des suppositions souvent erronées. Et cela jetait l’opprobre aussi bien sur la mère fautive que sur l’enfant.

Et si les deux avaient la chance d’être recueillis, souvent ce n’était pas dans un but désintéressé. Le jeune Marius en subit les conséquences et il est obligé de travailler à la ferme comme un forçat, tout en suivant des études qui devraient lui permettre de s’extirper de sa condition d’adolescent au père inconnu. Mais tout au long de sa jeunesse puis plus tard, il trouvera en la personne de Gallu une aide et un réconfort appréciables. Des conseils avisés également, et le Vieux lui transmettra l’amour de la nature. Jusqu’au jour où il suppose que son géniteur ne pourrait être qu’autre que le fermier.

Brisé son rêve de devenir fonctionnaire et surtout d’unir sa vie avec Jeanne qui devient de fait sa sœur, ou demi-sœur. Mais les liens du sang ne pourraient aboutir qu’à un inceste. Alors c’est le départ pour le front. Il sait, ou il croit, qu’il n’a plus rien à perdre.

Ce roman aborde également les horreurs de la guerre, et un épisode moins connu, celui de l’enrôlement forcé des forçats de Cayenne afin d’être en pointe sur les tranchées de Craonne ou autres.

Une ambiance double dans ce roman qui aborde la vie à la campagne dans une atmosphère plus ou moins pastorale, bucolique, et les affres de la guerre qui n’épargne personne mais permet de se forger de solides amitiés. Et dévoiler par la même occasion des secrets de famille.

Un roman puissant ancré dans le passé plus ou moins proche traité avec pudeur et qui recèle de nombreuses surprises, surtout vers la fin.

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée.

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée.

Hubert de MAXIMY : Le bâtard du Bois noir. Editions de l’Archipel. Parution le 4 juin 2008. 264 pages.

ISBN : 978-2809800586

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée. Parution le 11 juin 2010. 7,60€.

ISBN : 978-2812900419

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 04:39

Et quand tattoo, t’en veux encore plus ?

Julien HEYLBROECK : Tattoo blues.

Au lendemain d’une cuite, ce qui lui arrive très souvent, Atticus Thurston se réveille avec des images dans la tête mais surtout, un nouveau tatouage sur l’épaule. Il ne se souvient de rien, sauf d’être parti se désaltérer, abondamment, en compagnie de deux amis, Russel et Eusébio, deux vétérans comme lui de la guerre du Viêt-Nam.

Sauf que lui est revenu avec une prothèse à la jambe, et parfois elle lui joue des tours, elle se grippe et il a du mal à avancer. Mais pour le moment, ce qui l’inquiète c’est de savoir où il s’est choppé ce tatouage et ce qu’il signifie. Il en parle à son camarade Polang Khantol, qui ne veut pas qu’on lui dise Pol tout simplement car il réfute un lien quelconque avec ce Pôt qui n’en est pas un. Khantol est d’origine cambodgienne, khmère plus exactement, et il déchiffre aisément ce qui est inscrit dans ce graffiti corporel. Aidez-moi !

Alors il entreprend de retrouver le lieu où il s’est fait tatouer cette décalcomanie, et demande à ses deux amis, des vétérans comme de lui de l’aider dans son entreprise. Russel le premier se souvient du quartier dans lequel ils se sont fourvoyés. Il repère l’officine de tatouage, mais il est seul et se fait mortellement agresser par deux gros bras. N’ayant pas de nouvelles de son ami, et pour cause, Thurston reprend ses recherches en compagnie d’Eusébio, et au détour d’une petite rue se retrouve devant la boutique tenue par une Cambodgienne. Mais Thurston est surveillé et dans la nuit le restaurant de Khantol, et la chambre où gîte Thurston sont incendiés. Le Khmer vient de perdre le bénéfice d’années de travail, et de réinsertion, et tous les trois, en compagnie d’Eusebio, vont se lancer à la recherche de la Cambodgienne et du ou des pyromanes.

Les deux sbires qui étaient en planque dans la boutique deviennent la cible privilégiée de Thurston, et les armes à feu n’hésitent pas à donner de la voix. Chandarith, la tatoueuse, leur narre comment elle est arrivée en Californie, grâce à Belmont, le producteur d’une série télévisée qui monopolise les écrans depuis des années. Mais Belmont ne s’est pas montré à son avantage et elle a été recasée comme dessinatrice sur épiderme. Car Belmont avait en tête de récupérer les diamants que Chandarith et son père avaient sauvés de la débâcle cambodgienne. Et depuis ce trésor repose tranquillement dans le coffre d’une banque.

Il ne reste plus à Thurston et ses amis à retrouver ce Belmont, sa demeure sur les hauteurs de la ville, et à s’emparer des diamants tout en protégeant Chandarith. Et à venger leur copain dont ils ont appris la fin tragique. Et pour mettre la main sur le trésor, ils n’ont qu’une solution, reconstituer une sorte de puzzle, car Belmont est un défaillant de la mémoire et il ne prend jamais de notes. Donc afin de se souvenir de certains faits, il possède un truc que vont tenter de décrypter Thurston et consorts.

L’épilogue est digne d’une séquence cinématographique mais n’anticipons pas car pour y arriver Thurston et Khantol, aidés de Chandarith qui ne veut pas rester inactive, connaîtront des épisodes mouvementés. Très mouvementés, face à des tueurs à gages expérimentés. Ce qui n’est pas toujours évident quand on est, comme Thurston, handicapé d’une jambe.

 

A l’entame de ma lecture, j’ai pensé, encore une histoire de vétéran handicapé, drogué et alcoolique. Trop, c’est trop. Et au bout de quelques pages, j’ai posé le bouquin. Mais, intrigué quand même, quelques jours plus tard, je l’ai rouvert, et j’ai bien fait, car la magie Heylbroeck a de nouveau fonctionné.

Il y a un petit quelque chose de différent. D’abord, cette amitié entre vétérans du Viêt-Nam qui, pour eux, signifie quelque chose même s’il existe des différents parfois. Ensuite, les addictions auxquelles Thurston était dépendant s’estompent peu à peu, à force de volonté car il a une mission à accomplir. Aider Chandarith et venger Kanthol à cause des déboires que celui-ci connait avec l’incendie de son restaurant.

Et me voilà entraîné dans une histoire qui, placée dans un décor américain, le Los Angeles de l’année 1978, est décrite par une plume française, et donc ne glose pas sur cette guerre qui a connu bien des atrocités. Julien Heylbroeck s’attache plus à nous montrer des personnages attachants, ou à dépeindre des protagonistes auxquels nous ne sommes guère habitués. Le premier étant Belmont avec ses problèmes de mémoire et son moyen mnémotechnique. Et le côté ludique aussi, cette chasse au trésor, en forme de rallye.

Juste un petit truc qui me chiffonne. Nous sommes en 1978 et Kanthol a l’air de s’être intégré parfaitement, parlant couramment l’Américain, contrairement à Chandarith qui ne comprend que quelques mots. Il est vrai qu’elle n’est là que depuis quelques mois. Mais, on apprend au détour d’une page que Kanthol a fui l’Angkar en 1977. Une adaptation un peu rapide, non ?

Une histoire qui monte progressivement en puissance avec un véritable feu d’artifice en épilogue.

Un roman abouti et peut-être retrouverons-nous Thurston dans de nouvelles aventures, on peut rêver.

Julien HEYLBROECK : Tattoo blues. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 16 mai 2019. 258 pages. 17,00€.

ISBN : 978-2375791219

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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 04:54

Cruciverbistes, vous êtes prévenus !

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans.

Chargé de mission dans le Nord canadien par la société française de Géographie, Marc Morènes, Français d’à peine trente ans, docteur es-lettres à la Faculté de Paris, sort de cette sorte de léthargie provoquée par un somnifère. Il reprend péniblement ses esprits et se rend compte que son guide, un Indien d’Amérique du Nord, l’a laissé seul dans la neige, lui laissant uniquement son sac de couchage et les précieuses notes recueillies au cours de son périple.

La neige alentour ne lui offre aucun repère et il se fie à la position du soleil pour regagner un lieu civilisé d’où il pourra rejoindre Québec. Il se rend bientôt compte qu’il tourne en rond. Alors qu’il arrive près d’un bosquet qu’il a déjà côtoyé auparavant, il entend des détonations. Il se précipite et parvient à mettre en fuite une demi-douzaine d’Indiens qui agressent Pierre, un homme blanc. Une jeune fille gît dans la neige. Elle est juste évanouie et lorsqu’elle reprend ses esprits, Sabine explique à Marc ce qui vient d’arriver. Un guet-apens minutieusement préparé mais heureusement Marc est arrivé au bon moment.

Sabine lui propose de les accompagner chez ses parents adoptifs, l’oncle Alphonse et la tante Sophie, car elle est orpheline. Presque. Alors que sa mère s’est noyée, son père a échappé à un naufrage en regagnant la France, son pays d’origine, et depuis il vit à Paris. D’ailleurs Sabine doit aller le rejoindre. Seulement, et bizarrement, sur sa dernière lettre, une inscription au crayon lui enjoint de ne pas effectuer le voyage. Quant aux Indiens qui l’ont agressée, ils étaient dirigés par un Blanc, un ouvrier des Beaumont, oncle et tante de Sabine. Muni de son revolver, Marc ne rate pas sa cible et l’homme est abattu. Il s’agit de Nicolas, l’un des employés à la ferme des Beaumont.

Nicolas recevait depuis quelques temps des lettres, dont il a dû se débarrasser car elles ont disparu, mais dans ses affaires figure Arcana, une revue datant d’un mois proposant des énigmes et éditée en France.

Bientôt majeure, Sabine espère se rendre en France afin de connaître de visu ce père qu’elle n’a pas vu, sauf en photos, depuis l’âge de ses trois ans. Mais Marc doit partir et Sabine en est malheureuse. Seulement elle reçoit une lettre de son père l’invitant en France et il en profite pour lui annoncer qu’il s’est remarié avec une jeune femme prénommée Suzanne. Mais bizarrement, sur la dernière page de la missive, figure une phrase étrange griffonnée au crayon : Sabine, ma petite Sabine, ne viens pas ! Il n’en faut pas plus pour inciter justement Sabine à effectuer ce voyage.

Elle embarque donc à bord du Montcalm et fait la connaissance d’un homme qui l’entraîne vers la rambarde et tente de la faire passer par-dessus bord. Heureusement un passager lui sauve la vie. L’homme se noie et le sauveteur n’est autre que Marc. Le détective du bord, Achille Croissy, dont c’est la dernière traversée, fouille la cabine de l’individu en compagnie de Marc et à nouveau celui-ci découvre dans les affaires de l’agresseur un magazine intitulé Arcana. Le même numéro que celui que possédait Nicolas.

Les deux jeunes gens arrivent sans encombre à Cherbourg et prennent le train devant les mener à Paris. En cours de voyage, Marc descend à Lisieux pour affaires familiales, mais il promet de retrouver Sabine à Paris. Pauvre Sabine qui se fait agresser à nouveau et est sauvée par Croissy et Bouteloup, un inspecteur de police qui se trouve dans la rame. Celui-ci est un ancien collègue de Croissy lorsque le détective travaillait à la Sûreté parisienne. Mais l’agresseur, qui prétend se nommer Blaise, parvient à fausser compagnie aux deux hommes lors de l’arrêt.

En gare de Saint-Lazare, personne n’est là pour réceptionner Sabine. Le temps que Sabine fasse sa déposition au commissariat de la gare, madame Surgères arrive enfin. Suzanne, tel est le prénom de cette femme qui se montre sympathique, mais d’une sympathie de surface, décide alors d’emmener Sabine au bureau où travaille, même de nuit, son mari, dans l’import-export. Seulement lorsqu’elles arrivent, c’est pour découvrir Surgères dans un triste état. Il a été poignardé dans le dos. Et dans sa main il tient un papier que Sabine reconnait immédiatement. Arcana ! Au même moment Croissy arrive dans l’immeuble, s’étant donné pour mission de protéger Sabine. Hélas, malgré tout, Sabine est enlevée.

 

Un roman enlevé justement, qui accumule les péripéties en tout genre, et qui ne se cantonne pas dans un seul domaine.

Roman d’aventures au Canada, roman maritime, roman ferroviaire, traque des ravisseurs de Sabine, roman jeu avec ce fameux périodique Arcana, roman médical également car Surgères n’est pas mort mais son état nécessite une intervention chirurgicale risquée pouvant s’avérer mortelle, et roman d’amour aussi car Marc prévenu, va se joindre à Croissy et Bouteloup pour dénouer cette affaire qui les entraîne jusque près de Gif-sur-Yvette, dans ce qui était à l’époque la Seine-et-Oise, où l’aide d’un vieux musicien sera prépondérante.

Donc plus qu’un roman policier, La grille qui tue joue sur plusieurs tableaux et le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer dans cette histoire qui doit parfois au hasard et aux coïncidences, mais offre de nombreux rebondissements en tous genres. Et l’action prévaut au détriment de l’aspect psychologique des personnages, mais c’est bien ce qui lui donne sa force, son intérêt, sa puissance, le lecteur s’emparant de cette histoire qui offre un bon moment de détente.

 

Ce roman a paru sous le titre Arcana en 1934 dans la collection Loisirs Aventures N°2 aux Editions des Loisirs.

Il fait actuellement l’objet d’une réédition aux Editions Les Moutons électriques en compagnie de cinq autres romans : L'Autobus évanoui, Le Disparu de l'ascenseur, La Cabine tragique, La Maison des morts étranges, La Grille qui tue, Les Jumeaux du Quatorze juillet, sous le titre : Six mystères. Un ouvrage de 818 pages au prix de 49,00€.

Afin d’en savoir plus vous pouvez consulter leur site en cliquant sur le lien ci-dessous :

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans.

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans. Les Moutons électriques éditeur. 818 pages. 49,00€.

ISBN : 978-2-36183-596-5

Première édition : Collection Grandes aventures N°17. Editions Tallandier. Parution 1er trimestre 1951. 256 pages.

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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