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31 juillet 2019 3 31 /07 /juillet /2019 03:16

Bécassine n’était pas si bécasse que ça !

Revue Rocambole N° 86/87 : Dossier Pinchon, Bécassine et C°.

Si une frange bretonnante rejette le personnage de Bécassine, il n’en va pas de même des autres provinciaux qui se reconnaissent plus ou moins en elle. Et elle aurait pu être aussi bien Picarde que Limousine, car même si certains affirment qu’elle porte une coiffe de Pont-Aven, qui d’ailleurs n’est guère ressemblante à la véritable, cela ne veut rien dire. En effet, de nos jours, tous ces gamins et adultes qui arborent fièrement des maillots de l’équipe de France de football, ou de footballeurs richissimes, sont-ils tous des joueurs pratiquants ?

Donc Bécassine, qui a enchanté des générations de jeunes lecteurs, aussi bien masculins que féminins, mais aussi d’adultes, est représentative des Français migrants vers la capitale pour trouver un emploi. Evidemment les Bretons sont largement représentés dans cet arrivage massif de demandeurs d’emploi, mais d’autres régions peuvent revendiquer également cet afflux. Auvergnats, les fameux bougnats et cafetiers, Savoyards, ces petits ramoneurs, et bien d’autres. Donc les Bretons, qui se sont même constitués en associations, se proclamant fièrement les Bretons de Paris.

Bécassine était une jeune fille naïve et ingénue, comme bien d’autres jeunes provinciales (ou provinciaux) qui encore de nos jours débarquent dans la capitale sans posséder de repères. Un peu moins maintenant que les concours de fonctionnaires et les mutations changent la donne.

Ce dossier, copieux, consacré à la première des héroïnes de bandes dessinées, revisite le mythe mais présente surtout son auteur, ou plutôt son dessinateur. Car Joseph Porphyre Pinchon, même s’il a écrit par ailleurs des nouvelles, n’est pas le scénariste des histoires qui mettent en scène Bécassine. D’ailleurs Bécassine est née un peu par hasard, le 6 février 1913 dans La Semaine de Suzette. Jacqueline Rivière, la rédactrice en chef de ce magazine, signe L’erreur de Bécassine, une histoire en une planche afin de boucler la dernière page, la page 16 restée vierge. Et comme Pinchon passait par là afin de remettre quelques dessins, elle lui demande d’illustrer cette historiette. Et c’est ainsi que tout débute.

Ensuite ce sera un certain Caumery qui écrira les scénarii des aventures de Bécassine. Caumery qui n’est autre que le pseudonyme de Maurice Languereau, le neveu de l’éditeur, Henri Gautier, et dont le nom perdure de nos jours sous le label des éditions Gautier-Languereau.

Pinchon, dont seul le nom surnage encore dans les esprits des lecteurs, et encore, a débuté comme peintre, mais fait plus méconnu, il fut dessinateur en chef à l’Opéra, dessinant les maquettes de très nombreux costumes, se montrant même révolutionnaire en ce domaine. Et encore plus méconnu, il fut durant la Première Guerre Mondiale chef de section dans une compagnie de camouflage. Mais il tâtonna également du cinéma.

 

Bécassine jouissant d’impopularité ? Comment ce fait-ce ? Pourtant cette brave jeune fille, native de Clocher-les-Bécasses, un nom de village qui n’est pas à proprement parler typiquement breton, connut les opprobres, encore peu, avec le film de Bruno Podalydès en 2018.

Les œuvres de Joseph Porphyre Pinchon, une bibliographie critique, un coup d’œil sur les romanciers publiés dans La Semaine de Suzette, Bécassine après Pinchon, et d’autres articles complètent ce dossier sur le créateur de Bécassine.

Mais ce numéro double du Rocamble propose également un article de Francis Lacassin, sur Bécassine et publié en 1969 dans Le Magazine Littéraire. Et dans la partie Varia, on trouvera des précisions sur un auteur méconnu, Maryan, sur L’enfance dans l’œuvre de Delly, Quand Maurice Leblanc cite Gustave Aimard ou encore Dans les mines du second rayon ou lorsque Albert Bonneau (re)visite Harlem, des précisions complémentaires à RétrofictionS, sans oublier les Contes du Rocambole : trois nouvelles signées Pinchon, Ferdinand le Gourmand ; Max Daireaux qui, avant Agatha Christie, écrivit Un crime de l’Orient-Express et une nouvelle méconnue de Paul Féval, Le banquier de cire et bien d’autres articles encore.

Petit reproche : au début le Rocambole paraissait quatre fois l’an. Depuis quelques années, un numéro double s’intercale, rétrécissant le rythme de parution. Et cette année, il n’y aura que deux numéros doubles. D’accord, le nombre de pages est identique que s’il y avait quatre volumes, mais quand même. Le plaisir n’est plus aussi vif que lorsqu’on attendait tous les trois mois son numéro du Rocambole.

Pour commander ce numéro ou s’abonner (ce qui est préférable) au Rocambole, une seule adresse :

 

Revue Rocambole N° 86/87 : Dossier Pinchon, Bécassine et C°. Editions AARP. Parution le 1er juin 2019. 352 pages. 30,00€.

ISBN : 978-2912349736

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30 juillet 2019 2 30 /07 /juillet /2019 04:43

Félix ne faisait pas de potins…

Maurice TILLIEUX : L’intégrale Félix N°8.

Contrairement à l’affirmation de certains qui énoncent avec componction que ceci ne nous rajeunit pas, je déclare que justement ceci nous rajeunit, nous permettant de nous replonger dans une enfance qui ne connaissait pas les soucis des adultes.

De mes souvenirs d’enfance surnagent quelques bandes dessinées. Naturellement les aventures parues dans Spirou, Tintin et Le Journal de Mickey, de petits fascicules surtout consacrés à des héros fictifs ou réels du Far-West tels que Hopalong Cassidy, Kit Carson et combien d’autres.

Mais jamais, ou alors je n’en ai pas souvenance, d’historiettes consacrées à Félix, le précurseur de Gil Jourdan, deux héros créés par Maurice Tillieux.

C’est avec un plaisir indicible que j’ai découvert ce personnage dans des historiettes qui ne dépassent pas les douze pages. Mais elles étaient publiées dans une revue belge entre 1949 et 1956, Héroïc-Albums, magazine dont la diffusion devait être confidentielle en France, et qui accueillit en son sein des auteurs qui par la suite devinrent des légendes de la bande-dessinée : Greg, Tibet ou encore Jidehem…

Ce qui m’a marqué au premier abord, c’est la sobriété des histoires (ce qui se comprend étant donné le nombre restreint de planches), mais surtout des dessins. Un style ligne claire, sans fioriture, sans détails excessifs, très simples. Pourtant ces dessins sont explicites, soignés, et seuls les détails indispensables à la compréhension de l’histoire sont présents sans être envahissants.

Comme le font remarquer Daniel Depessemier et Etienne Borgers dans les dossiers consacrés à Maurice Tillieux et à Félix en prologue de cet ouvrage, souvent l’auteur a puisé dans ses lectures de romans policiers, qu’ils soient américains et de tendance Hard-boiled, ou dans les ouvrages de ses compatriotes tel Stanislas André Steeman, le Simenon belge comme l’avait écrit étourdiment un critique littéraire, mais sans pour autant les copier, les plagier.

Si ces histoires possèdent un fond déjà exploité par ailleurs, il a su se défaire du contexte et leur donner un tournant qui en font des nouveautés. D’ailleurs, les romans policiers, tout comme la littérature générale ou dite blanche, emploient la plupart du temps, pour ne pas dire toujours les mêmes ressorts, et les mêmes thèmes. Ceux-ci ne sont pas extensibles, seule la manière de les cultiver, de les améliorer, de leur fournir de nouveaux débouchés, offrent ce qui s’avère une nouveauté. Et l’imagination et la créativité de l’auteur permettent à ces histoires de se renouveler.

Chaque histoire est précédée des programmes non stop, ou bandes annonces, qui étaient inclus dans les numéros précédents sa parution dans le magazine et donnaient le ton de l’intrigue. Ces histoires se suivent chronologiquement et offrent à chaque fois un nouveau décor.

Dans 50 degrés sous zéro, Félix et ses inséparables compagnons, Allume-gaz et Cabarez, quittent Temple, lieu de l’épisode précédent, pour se rendre à Chicago où une affaire de vols de fourrures les attend. Mais le nœud de l’intrigue se trouve à Milwaukee et en marge de cet épisode, Allume-gaz sera amené à se confronter à une terreur du ring, un catcheur nommé Le Gorille d’Oklahoma, prenant la place du Serpent d’Arizona bien malgré lui.

Dans L'argent est au fond, nos trois amis sont toujours à Chicago. Dans une salle des ventes, Allume-gaz achète un tableau estimé à 50$, une marine XVe signée d’un peintre italien, offrant 1000$. Et un acheteur se présente trop tard. Allume-gaz est fier de son acquisition, portant le tableau non emballé, face tournée vers les passants qui sont horrifiés. Et il y a de quoi. Pourtant en arrivant à leur appartement le vrai tableau est déjà là. C’est Félix qui l’avait échangé et l’acheteur déçu est lui aussi sur place. Un nommé Mike Curtis qui est amateur de vieilleries possède un document stipulant que sous la peinture se cache une carte au trésor. L’aventure commence avec pour but la récupération d’un trésor situé dans les eaux méditerranéennes. Plus précisément dans une baie de la Sardaigne. Mais quelques imprévus surgissent et Maurice Tillieux en profite pour placer quelques gags dont il a le secret.

A la fin de cet épisode marin, l’éditeur place un encart dénonçant les agissements d’un étudiant qui revend les anciens numéros trois fois leur prix d’achat. Ce qui l’amène à fustiger les mercantis de la brochure d’occasion… ! Alors, l’achat de ce collector est-il un investissement ? A vous de voir !

Mais ce n’est pas fini et je vous laisse le soin de lire les autres épisodes, dont la liste figure ci-dessous, ne désirant pas passer pour un défloreur d’intrigues.

 

Toutefois j’aimerai terminer mon petit article en vous faisant part d’une impression tenace qui m’a saisi dès les premières planches. Et peut-être serez-vous de mon avis si vous regardez attentivement les dessins figurant sur la couverture de l’album ou en vous rendant sur le site des éditions de l’Elan. J’ai été frappé (aie, pas sur la tête) par une certaine ressemblance graphique entre Félix et Tintin. Un Tintin qui porterait lunettes et béret mais sans Milou.

 

Ce volume comprend :

50 degrés sous zéro

L'argent est au fond

Le souffle du diable

Sabotage

Contrebande

Le Roi et le colonel

Maurice TILLIEUX : L’intégrale Félix N°8.

A lire également :

Maurice TILLIEUX : L’intégrale Félix N°8. Editions de L’élan. Parution le 19 mai 2019. 136 pages. 29,95 €.

ISBN : 978-2960185973

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29 juillet 2019 1 29 /07 /juillet /2019 05:34

Laissez glisser, papier glacé
Les sentiments, papier collant
Ca impressionne, papier carbone
Mais c'est du vent

Pascal MALOSSE : Les fenêtres de bronze.

Des petits papiers comme s’il en pleuvait. Et d’ailleurs il en pleut, et Théo, se rendant à son travail comme garçon de café rue du Cherche-Midi, en découvre un sur le bitume.

Une feuille écrite des deux côtés d’une façon malhabile, et il a du mal à déchiffrer les lettres, à reconstituer les phrases et à en comprendre le sens. Et naturellement il perdu du temps et arrive en retard, houspillé par son patron. Peu lui chaut et lorsque d’autres feuillets se mettent à voltiger, il cueille les feuilles volantes comme il cueillerait des pâquerettes.

Rentré chez lui il se met au travail, recopiant péniblement sur son ordinateur ce qu’il décrypte. Cela lui prend du temps, et il prend un congé de maladie, au grand dam de son employeur afin de tout remettre au propre.

Cette lettre, écrite à la première personne, émane d’une jeune fille narrant ses conditions de détention. Sa vie de recluse depuis des années, elle ne se souvient plus depuis quand elle est enfermée dans une pièce dont les ouvertures sont closes à l’aide de volets de bronze. Un ascenseur lui monte sa nourriture. Son seul contact avec l’extérieur. Mais la pièce contient une quantité impressionnante de livres et elle a réussi à apprendre à lire toute seule. S’imprégnant d’un livre relatant la saga des Radziwiscy. Et elle a écrit cette missive envoyée comme on jette une bouteille à la mer par une simple fente dans un des volets.

Naturellement l’écriture est malhabile, reproduisant les lettres en script, comme dans les livres. Touché par les révélations de celle qui signe Elisa, Théo décide de découvrir où est retenue la recluse. Il parvient à situer l’immeuble, une immense maison de ville rue du Cherche-Midi, appartenant à une vieille famille polonaise, les Radziwiscy, qui longtemps a œuvré dans les ombres du pouvoir.

Il se fait embaucher et découvre la pièce dans laquelle vit Elisa. Mais rien n’est jamais facile dans la vie et il lui faudra mettre sa vie en péril pour sauver la jeune fille de ses détenteurs.

 

Montant progressivement en puissance, Les fenêtres de bronze est le roman type du roman d’angoisse, que Boileau-Narcejac et Georges-Jean Arnaud, en tant que romanciers, et Hitchcock, en tant que cinéaste, n’auraient pas désavoués.

Le pourquoi du comment est dévoilé peu à peu, car Pascal Malosse se garde bien de tout divulguer dès le départ. Et les révélations s’effectuent peu à peu, comme un dessin sur le sable à marée descendante. Et la fin est une fenêtre, non pas de bronze, mais ouverte et le lecteur pourra regarder au-delà du balcon, s’imaginer ce qui se cache derrière un voile.

Seul petit reproche, mais tout petit, ce n’est pas la teneur des feuillets qui m’a gêné, car il ne faut pas oublier qu’Elisa elle-même n’est pas en possession de tous les secrets de cette famille, mais dans l’écriture même. Dans le style narratif trop travaillé alors qu’elle s’est forgée à la lecture et à l’écriture en autodidacte. Personne ne lui a enseigné quoique ce soit, or cette narration est digne d’une romancière accomplie (je parle d’Elisa naturellement). A moins que, mais cela l’auteur ne le précise pas, Théo ait corrigé les fautes éventuelles et remplacé un vocabulaire primaire par le sien, réécrivant le texte à sa façon.

 

Pour commander directement cet ouvrage, et d’autres, chez l’éditeur, un seul geste, cliquer sur les liens ci-dessous :

Pascal MALOSSE : Les fenêtres de bronze. Collection Brouillards N°48. Editions Malpertuis. Parution novembre 2018. 184 pages. 15,00€.

ISBN : 978-2-917035-64-1

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28 juillet 2019 7 28 /07 /juillet /2019 04:11

Suite et fin des enquêtes du commandant René-Charles de Villemur.

Sniff !

Luis ALFREDO : Itinéraire d’un flic. La compil.

Ce recueil reprend les quatre premiers épisodes des enquêtes constituant l’Itinéraire d’un flic, soit Pendaison, Sodomie, Kidnapping et Eventration. Le cinquième épisode, qui complète ce recueil, est intitulé Emasculation et clôt cette mini-saga tout en apportant des éclairages sur deux des affaires dont la commandant René-Charles de Villemur eut à s’occuper et qui interfèrent sur sa vie privée.

Dans ce cinquième opus, nous le retrouvons assis chez lui dégustant un whisky en compagnie de ses amis Joan Nadal, le détective privé, et Patrick Fonvieux, le journaliste. Alors qu’ils discutent d’une série de meurtres qui viennent de se produire récemment, le téléphone sonne. Il pourrait presque pleurer le téléphone, car c’est une mauvaise nouvelle qui se profile au bout du fil.

En effet, cinq corps émasculés ont été découverts depuis une quinzaine de jours sur la côté landaise. Et naturellement il est bon de se poser la question de savoir si cela à un rapport quelconque avec cette affaire narrée dans Pendaison. Et ce coup de fil émanant d’Octave, l’adjoint de René-Charles, est assez intrigant. En effet un commandant Villote, de Bordeaux, demande à être contacté immédiatement. René-Charles ne connait ni des dents ni des lèvres (comme aurait écrit San Antonio) ce collègue mais néanmoins il obtempère.

Catastrophe ! Un nouveau cadavre a été retrouvé sur une plage quelques heures auparavant et il s’agit de Christian, l’ancien compagnon de René-Charles. Une lettre a été récupérée sur lui, adressée à René-Charles, ce qui a permis au policier de le prévenir.

René-Charles de Villemur est persuadé du lien existant entre la pendaison, et que ces meurtres dédouanent le vagabond qui a été incarcéré. Aussi se rend-il en compagnie de ses deux amis dans le camping réservé aux homosexuels. Il assiste à un simulacre de fête et bientôt il se forge une opinion concernant le meurtrier. Mais également la présence en arrière-plan d’une machination organisée par un cartel ou par une multinationale possédant un rapport supposé avec la finance. A moins que…

 

Avec ce court roman qui clôt la saga des enquêtes du commandant René-Charles de Villemur, Luis Alfredo nous emmène dans l’univers des homosexuels, des transformistes, et malgré un petit passage, tout est écrit avec pudeur.

Pas d’à-priori, pas de lourdeurs sur ces pratiques sur ces hommes qui longtemps ont été diabolisés, ridiculisés, rejetés aussi bien par certains romanciers que par le pékin ordinaire. Pas d’humour graveleux, de moqueries, juste une exploration sensible d’un univers longtemps considéré comme pervers.

Il fut un temps, où comme beaucoup d’entre nous, je riais de quelques facéties, d’histoires dites de tapettes, mais de plus en plus, les scènes supposées humoristiques comme celle, célèbre, entre Jean Poiret et Michel Serrault dans La cage aux folles, ne me font plus rire. Elles me consternent même. Le ridicule de certaines situations, leur accentuation, leur intensité dans le grotesque me désolent mais il s’agit d’un problème social qui sera long à être annihilé.

Luis ALFREDO : Itinéraire d’un flic. La compil. Recueil nouvelles numériques. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 27 juin 2019. 308 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407778

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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 04:28

Sans être atteint d’un strabisme divergeant ou convergeant…

Max OBIONE : Regarde ailleurs. 16 Nouvelles fantastiques noires.

Dans ce recueil virtuel de nouvelles noires et fantastiques, teintées d’anticipation et d’un zeste d’érotisme, d’un humour (noir, je précise) parfois sarcastique, Max Obione démontre que sa palette créative ne faillit pas d’imagination.

Il ne manque pas de nous rappeler au détour de certains textes que l’histoire nous guette sans se projeter dans le temps, sans même traverser la rue, mais chez soi.

Ainsi dans Les gros mensonges, le narrateur est un écrivain qui pond régulièrement ses deux cent cinquante pages mensuelles afin d’assurer sa pitance et d’évacuer sa libido avec des personnes aux charmes tarifés mais dont les sentiments n’entrent pas dans les contrats.

Il possède plusieurs pseudonymes, américains cela va de soi car c’est vendeur, et il en change souvent afin de laisser croire aux lecteurs qu’ils se délectent d’un catalogue aux nombreux romanciers de talent. A moins que ce soit l’éditeur qui veut laisser croire qu’il possède une écurie conséquente. Pour autant, le narrateur ne se leurre pas sur l’importance de son talent et la portée de sa prose.

Comme disait Michel Lebrun en parlant de ses propres romans et de la littérature populaire en général, Vite écrit, vite lu, vite oublié. Ce que l’on appelle le réalisme.

Mais Max Obione ne se contente pas de mettre en place un protagoniste qui pourrait lui ressembler (quoi que…) et il offre un épilogue de toute beauté, une pirouette digne d’un Fredric Brown qui joue avec les codes et se montre malicieux.

Parmi les autres nouvelles, dont vous trouverez la liste ci-dessous, à signaler Orphans dont le propos est nettement plus sérieux ( ?), et qui colle à l’actualité depuis quelques années. Le décor est placé dans un orphelinat dont les pensionnaires sont des maladies dites orphelines. La vie est difficile aussi bien physiquement que moralement et le personnel de santé ne se montre guère compatissant.

Des enfants, on en retrouve dans Tomato Kecchappu Kôtei, des gamins en révolte contre les adultes, une révolution sexuelle juvénile située dans une des îles composant l’archipel du Japon. Ce texte prend sa source d’après un film de 1971 de Shuji Terayama. Quant à La Chatte bottée, s’il s’agit d’une nouvelle librement inspirée du conte de Charles Perrault. Une botte narre l’histoire et les aventures amoureuses et sanglantes de Luisa tandis que sa sœur jumelle, la sœur de la botte je précise, n’est pas intéressée du tout par ce qu’il se passe. Elle fait la tête tandis que la première marche sur la pointe des pieds pour mieux se divertir de certaines séances et séquences.

Cutter, comme son titre l’indique, est l’arme qui a servi à mutiler des femmes, des cadavres. Dans ce petit coin des Etats-Unis, les policiers arrivent rapidement sur place, alertés par un de leurs collègues qui a découvert le dernier corps dans un fossé. Mais selon toutes vraisemblances le meurtre s’est déroulé ailleurs.

Las des haines, titre jeu de mots, nous présente un biologiste amateur cultivant amoureusement une bactérie, la regardant grossir de jour en jour, l’examinant avec fierté dans l’oculaire de son microscope. Il la nourrit comme s’il portait en son sein sa progéniture, et il n’y en a que pour elle.

 

Comme vous pouvez vous en rendre compte, ces seize nouvelles n’ont rien en commun sauf ce regard de Max Obione sur notre entourage, celui que l’on ne perçoit pas toujours mais que l’on côtoie. Un regard désabusé, décalé, un humour grinçant, sarcastique, et si l’on s’esclaffe de temps à autre, il s’agit d’un rire jaune.

L’auteur regarde ailleurs, certes, mais dans les yeux, un monde en déliquescence, le fixant comme l’entomologiste examine un insecte nauséabond et nuisible. Mais on a besoin d’insectes, quelle que soit leurs fonctions dans la biodiversité.

Et sous la plume inquisitrice de l’auteur se dégagent, se dévoilent, une grande sensibilité, un humanisme prégnant, une vision pessimiste et une désillusion exacerbée quant à notre avenir.

 

Sommaire :

Les gros mensonges

Orphans

Cutter

Las des haines

Véroli & vérola

Tomato Kecchappu Kôtei

La chatte bottée

Le rire des hyènes

Maltraitance

La ficelle

Canon

A cœur battant

Attention à la marche

La gaule à Mickey

Arrière-cuisine

Caduta massi

 

Max OBIONE : Regarde ailleurs. 16 Nouvelles fantastiques noires. Collection Mélanges. Editions SKA. Parution le 29 juin 2019. 135 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407785

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 04:20

Au menu : poulpes en lévitation et mandragores.

A table !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 3.

Les plus courtes sont les meilleurs affirme un adage. Et il est vrai que l’on prend plus de plaisir à lire ces nouvelles écrites par Brice Tarvel, lequel planche sur un nouveau tome à paraitre à une date ultérieure, qu’à s’attaquer à des pavés poussifs et trop délayés.

Avec Le gouffre des ombres et Le jardin des mandragores, l’auteur retrouve, come s’il l’avait jamais perdu, l’esprit qui animait Jean Ray dans la narration des histoires consacrées à Harry Dickson et son fidèle et jeune assistant Tom Wills.

Alors que le célèbre détective et son assistant prennent pension à l’auberge des Bons pêcheurs près de Scalby, petit cité sise non loin de la Mer du Nord, à la recherche de Black Rat, surnommé l’assassin à la hache, des événements bizarres se déroulent et qui ne manquent pas de les intriguer. En effet un pêcheur retraité est fort intrigué lorsqu’il se rend compte que ses carottes sont aspirées dans son potager. Mais ce brave homme disparait lui aussi.

Tout en enquêtant sur la présence de Black Rat dans la région, présence qui pose problème car pourquoi serait-il venu se réfugier dans ce coin de terre, Harry Dickson et Tom Wills se penchent dangereusement sur ce nouveau problème des carottes aspirées. Ils se penchent même tellement qu’ils se trouvent nez à nez, si l’on peut dire, à des poulpes qui aimeraient les serrer dans leurs tentacules. Je ne dévoile rien, même si c’est l’une des parties de leur enquête, l’illustration de couverture, signée Christophe Alves, étant assez explicite. Et le titre aussi car qui dit gouffre dit exploration souterraine.

 

Dans Le jardin des mandragores, Harry Dickson et Tom Wills sont confrontés à de petits homoncules qui mettent en émoi les quartiers huppés de la capitale de la fière Albion. Des homoncules qui ne reculent devant rien, animés de vindicatives revendications et se montrant pillards et égorgeurs, avec leurs yeux rouges comme des feux de signalisation.

Tom Wills est jeune, entreprenant, insouciant, mais il est doué en dessin. Toutefois, pourquoi laisser derrière lui un énigmatique message représentant un dinosaure ? Et quelles sont ces sœurs Tanner qui élèvent amoureusement dans une serre des plantes exotiques, quel est leur secret inavouable ?

 

Les pieuvres et les mandragores, deux thèmes porteurs de l’imaginaire fantastique que Jean Ray exploitera certes, mais il ne fut pas le seul. Mais plus que la pieuvre, que l’on pourra associer à H.P. Lovecraft, ce sont bien les mandragores qui exercent une fascination par leur ressemblance à un corps humain, à un squelette, offrant des débouchés aussi bien dans l’horreur que dans la narration poétique comme le fit Elizabeth Goudge dans certains de ses romans dits de merveilleux-fantastique.

Du Gouffre des ombres au Jardin des mandragores deux décors, l’un rural et d’apparence bucolique, l’autre profondément attaché à la ville dans une approche urbaine et horticole, c’est la Nature qui parle et revendique ses droits.

L’humidité est partout présente, quelle que soit la forme empruntée, et plus que le fog londonien, c’est le smog qui prédomine. Ce n’est plus uniquement du brouillard, mais un mélange de brouillard et de fumée qui enveloppe tout. Ce fameux smog contraction de fog et de smoke propre à la capitale britannique. Parait-il !

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 3. Collection Absinthes, éthers, opiums. Editions Malpertuis. Parution 14 février 2012. 132 pages. 11,00€.

ISBN : 978-2917035245

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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 04:34

Des grammes qui valent des kilos…

Patrick ERIS : Quelques grammes de brutes dans un monde de finesse.

Etre directeur d’une agence de mannequinat n’est guère banal, surtout lorsque l’on n’a que quatorze ans. Mais Emilio Esteban, s’il est jeune ne manque pas d’expérience et comme son QI est stratosphérique (comme dirait un commentateur sportif télé qui n’a pas peur d’employer des mots dont il ne connait pas le sens et que ses confrères moutonnants relaient dans un ensemble digne des ovins de Panurge), il se débrouille honorablement.

Sa grande sœur Rhonda Jane l’aide dans ses démarches et il peut compter également sur leur tuteur, Chico, garagiste installé juste en face de leur domicile. Et les parents, me demanderez-vous benoîtement ? Ils sont morts quelques années auparavant dans un accident.

Emilio était une petite vedette de la publicité, plongé très jeune dans le grand bain pour des réclames du savon Dékrass. Il avait amassé ainsi une petite fortune que géraient ses parents mais à leur mort celui qui avait été nommé leur tuteur officiel s’était carapaté avec le magot. Ce qui fait qu’il ne leur restait plus grand-chose à lui Emilio et à sa sœur et que Chico, l’ami de la famille, avait été investi tuteur remplaçant, mais un tuteur efficient.

Emilio est plongé dans ses comptes lorsque tout à coup la porte de la pièce vole en éclats et que deux hommes s’introduisent avec force fracas. Ils veulent parler au père d’Emilio, le responsable de l’agence selon eux, ce qui prouve qu’ils ne sont guère renseignés, réclamant les coordonnées de Señorita Alvez. Il s’agit d’une gamine qui émarge à l’agence comme mannequin et a déjà posé pour de nombreuses séances de photos.

Pourquoi les deux hommes, surnommés l’Armoire et King Kong au vu de leur corpulence, réclament-ils les coordonnées de la jeune fille, Emilio n’a guère le temps de leur poser la question devant l’air vindicatif des deux brutes. Et ils se seraient chargés de le maltraiter si Rhonda Jane ne s’était pas interposée. Avant de chercher des noises à des gamins, il vaut mieux se renseigner mais comme je l’ai déjà signifié plus haut, ils avaient omis de se documenter. Aussi ils ne savaient pas que Rhonda Jane est championne de karaté et ils sont rapidement éjectés de la pièce.

Les deux hommes parviennent à s’enfuir, malgré l’aide apportée par Chico et ses trois employés, à bord de leur véhicule. En réalité l’Armoire a bien été capturé par Chico, et sous la menace de représailles indique son nom, Blowit, et celui de leur employeur, un prétendu Coyotte. Mais il parvient à jouer la belle, et à rejoindre son compagnon qui n’attendait que lui pour démarrer. Ils sont pris en chasse par Rhonda Jane qui conduit une Triumph hors d’âge mais encore vaillante. Emilio s’installe derrière elle et la moto se lance à la poursuite des deux brutes qui se plantent. King Kong est définitivement hors circuit quant à Blowit, il a disparu dans la nature.

Heureusement Emilio a ramassé un papier dans le véhicule, un vulgaire bordereau de livraison au nom de la blanchisserie White Blanco, du nom de son créateur un demi-siècle auparavant. Ce n’est pas grand-chose, et pourtant il s’agit bien d’un début de piste que vont remonter sans barguigner Emilio et sa sœur et quelques autres.

 

Narré sur un mode humoristique, ce roman pour adolescents que l’on pourrait qualifier de tragicomique ne manque pas d’intérêt et Patrick Eris s’attelle à la grande lessive californienne. Car j’ai omis de vous signaler que l’action se déroule près de la frontière mexicaine.

Et ce qui n’était qu’une aimable histoire narrée par un enfant de quatorze ans, qui possède un QI stratos… un peu supérieur à la moyenne disons, prend de l’ampleur au fur et à mesure de son développement.

Et l’on pourrait même dire que ce roman est débridé et dans lequel on peut laver son linge sale, mais pas en famille. Avec un petit goût de fantastique car l’un des protagonistes de ce conte relève du prototype d’un exosquelette.

Et cette histoire prend encore plus d’acuité vers sa conclusion à cause des événements qui se déroulent actuellement sous l’impulsion d’un président américain arrogant et, n’ayons pas peur des mots, raciste.

Et comme je le dis souvent, les romans publiés dans des collections destinées aux adolescents ne sont pas réservés à une tranche d’âge prédéfinie et les adultes peuvent en tirer de nombreux enseignements, s’ils ne sont pas confis dans leurs réactions ségrégationnistes et s’ils veulent bien réfléchir à ce qu’il se passe autour d’eux.

Patrick ERIS : Quelques grammes de brutes dans un monde de finesse. Collection Séma’Cabre. Editions Séma. Parution le 15 juin 2019. 146 pages. 14,00€. Version numérique : 4,49€.

ISBN : 9782930880853

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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 04:33

Sentir plus loin que le bout de son nez…

Emile DESJARDINS : Odor di femina.

Lassé des odeurs dégagées par des corps qui se vendent sans de véritables réactions de satisfaction, le rédacteur (l’auteur ?) décide de quitter la capitale pour s’enivrer de parfums frais et musqués exhalés par des représentantes féminines susceptibles de lui offrir des amours naturalistes sans chichis.

Il se rend dans sa propriété du Midi où il sait trouver quelques jeunes filles ou jeunes femmes qui lui offriront sans barguigner, parfois contre une petite rétribution d’un Louis d’or, un reposoir sain, sans artifice. Et le visiteur pourra explorer le tunnel pastoral en laissant ses témoins à l’entrée.

En cette fin de mois de mai, il saura décider des femmes mariées à compléter leurs revenus ou des jeunes filles à composer leur dot grâce aux subsides généreusement distribués. Leurs senteurs, si elles sont plus fortes, plus prégnantes que celles des citadines, lui laissent dans le nez l’odeur du vrai, du non frelaté.

Avec les jeunes épouses, point n’est besoin de prendre des précautions, car le mari sera fier d’endosser une paternité dont il rendra responsable sa propre virilité. Quant aux pucelles, il sait qu’il doit se plier à quelques prudences afin que cela n’entache pas leur honneur, mettant au ban de la société les réceptrices de ses faveurs. Faveurs qu’il prodigue à moult reprises, sans débander, ou si peu lors des confrontations sexuelles.

Il va donc tour à tour se réjouir avec des faneuses, des lavandières, puis des moissonneuses, car les semaines passent et il est toujours infatigable, puis ce sera le temps des vendanges, grappillant à gauche et à droite, mais surtout au centre.

Ces jeunes femmes ne se montrent guère farouches… à recevoir des pièces d’or et l’enseignement qu’il leur prodigue ne pourra que leur être bénéfique dans leurs relations conjugales.

Ainsi il leur montre comme jouer de la langue en enfournant ce que l’on pourrait dénommer l’objet du délit, leur montrer comment une langue arrive à les faire vibrer, à s’extasier devant leurs perruques et s’amuser au contact de leur petite excroissance de chair, mais aussi leur prouver qu’utiliser la porte de service est parfois mieux indiquée que pénétrer par l’entrée principale afin de ne pas avoir de regrets quelques neuf mois plus tard.

 

Ces amours ancillaires pastorales ne laissent pas de bois le narrateur (quoi que le membre ne soit guère amolli et lorsque cela se produit, il indique des méthodes favorables à la montée de la sève et au durcissement du tronc) d’autant que la nature a favorisé ses amantes éphémères. Il apprécie les rondeurs mammaires dont sont abondamment pourvues ses partenaires et leurs croupes rebondies auxquelles il peut s’accrocher manuellement.

C’est un hédoniste qui sait profiter de ses bonnes fortunes et de ses fortunes de bonnes, même s’il encourage les pratiques en dédommageant ses partenaires. On n’a rien sans rien, et il est de bon goût de flatter les corps et les esprits avec une juste rétribution. Les malotrus sont ceux qui se contentent de mots doux pour le mal (ou mâle) au trou.

 

Cette historiette démarre doucement et peu à peu cela s’emballe (et pour cent balles c’est pas cher !) et je me contenterai de signaler que le narrateur favorise les relations entre sœurs de Lesbos, leur suggérant des pratiques dont elles jouissent en sa compagnie et après… Je vous laisse découvrir la suite.

Ce conte date du début des années 1900 et malgré le temps il n’a guère vieilli, tout ce qui a été écrit plus tard n’étant que des resucées…

 

Emile DESJARDINS : Odor di femina. Avant-propos d’Ursula Grüsli. Collection Culissime Perle rose. Editions SKA. Parution 29 juin 2019. 115 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407792

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 04:01

Rock en stock !

Jean-Pierre FAVARD : ManiaK is Back.

Les festivals dédiés aux musiques actuelles, rock principalement, fleurissent comme autant de comédons sur le visage d’un adolescent. Certains apparaissent, d’autres disparaissent et quelques-uns se révèlent tenaces.

Parmi ceux qui perdurent, Rockalissimo, à Saint-Aubin petit village du Jura. Né en 2004, c’est encore un adolescent qui ne demande qu’à vieillir auprès de ses aînés que sont Les Vieilles charrues, Les Francofolies ou Le Printemps de Bourges. Et ces manifestations sont l’occasion propice pour révéler de nouveaux groupes, de confirmer des groupes émergeants, voire en sortir d’autres, des légendes, du déclin qui les avaient propulsés dans les oubliettes.

C’est ainsi que Valentin Deschaux, plus connu sous le nom de Maniak, reforme son ancien groupe The Predicators sous l’impulsion de Sonia, sa manageuse (ça se dit ?) qui se démène auprès des médias et de l’organisation du Festival Rockalissimo. Elle a su le convaincre, d’ailleurs il n’attendait que l’occasion propice de remonter d’abord sur une petite scène et chatouiller à nouveau le succès en compagnie de ses deux copains musiciens Cloporte et Cafard.

Une légende que ce Maniak, dont les frasques ont longtemps alimenté les chroniques journalistiques, frasques sexuelles, vestimentaires et absorption de produits illicites en quantités déraisonnables.

Si certains journalistes émargeant dans des magazines spécialisés sont stupéfaits et sceptiques à cette annonce tonitruante, d’autres, dont Clara se laissent séduire, d’autant que c’est peut-être le moment favorable pour pondre un papier qui les fera connaître.

Bientôt ce sera le grand jour et parmi ceux qui vont rejoindre le lieu du festival, Mano, un journaliste sur le retour qui est accompagné de Clara, stagiaire qui lui sert de chauffeur. Et derrière eux, Jonathan, le copain, le fiancé presque, le compagnon de Clara qui n’en a rien à faire de la musique mais qui est jaloux, connaissant la réputation du chroniqueur. Non, tous ne se rendent pas à Saint-Aubin pour faire la fête.

Et à Saint-Aubin, ce rassemblement dérange quelques autochtones qui ressortent leurs fourches afin de piquer dans leur fierté les fêtards (j’aurais bien écrit les toffeurs, mais je n’arrive pas à assimiler ce nouveau langage bien loin de ce que mon prof de français m’a inculqué !).

 

Avec humour et clairvoyance, Jean-Pierre Favard nous invite à le suivre, et nous le faisons volontiers, sur la route du rock, à découvrir les dessous d’un journalisme couvrant une manifestation parce qu’il le faut ou parce que c’est un besoin viscéral, les coulisses d’un festival qui est resté à taille humaine n’explosant pas les maigres subsides qui lui sont octroyés, les festivaliers qui se rendent dans ce genre de fête en plein air mais pour qui la musique n’est qu’une petite partie de leurs préoccupations, de ces nombreux bénévoles qui œuvrent souvent pour la bonne tenue du festival mais n’en verront pas une miette, seules leurs oreilles récoltant les pollutions sonores.

Mais une histoire se greffe sur ce qui pourrait être un reportage musical mettant en scène de vieilles gloires, et elle ne manque pas de piquant, de tendresse, d’odeurs et de sonorités, de nostalgie avec rappels de ceux qui ont disparus prématurément de la scène musicale, et une pointe de fantastique.

Et, parfois, je me suis senti solidaire de ce vieux, faut pas exagérer, de ce journaliste expérimenté qui déclare sans barguigner :

Juste un passionné. Si tu m’avais connu à cette époque-là… Les dizaines de papiers que j’ai pu signer sans être payé. Juste pour la beauté du geste.

Combien sommes-nous dans ce cas qui rédigeons des chroniques, juste pour la beauté du geste !

 

Jean-Pierre FAVARD : ManiaK is Back. Collection LoKhaLe N°8. Editions de La Clef d’Argent. Parution le 5 juin 2019. 134 pages. 6,00€.

ISBN : 979-1090662551

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12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 04:23

Et elle n’avait même pas la climatisation !

Viviane JANOUIN-BENANTI : La Séquestrée de Poitiers.

Histoire quand tu nous tiens ! Les romanciers puisent parfois dans des faits-divers réels, adaptent à leur façon le déroulement d’événements atroces, d’après des témoignages, des comptes rendus d’audience, des déclarations de témoins ou encore d’articles de journaux parus à l’époque.

Ainsi Viviane Janouin-Bénanti nous retrace la sinistre affaire de La séquestrée de Poitiers, une affaire qui vit son aboutissement en 1901 mais débuta dans une indifférence presque générale vingt cinq ans auparavant. Une histoire d’amour qui dégénère en drame pour multiples causes.

Blanche Launier est la fille de Martin Launier, professeur de rhétorique au collège royal de Poitiers et d’Henriette de Marcillat, descendante d’une vieille famille de la noblesse poitevine et d’un général d’Empire. Des parents catholiques et royalistes convaincus, imbus de leur position dans la cité. Blanche tombe amoureuse de Gilles Lomet, avocat, républicain et protestant. Les Launier sont en conflit avec le père de Gilles et bien entendu ils ne veulent entendre parler d’une liaison entre leur fille et leur ennemi.

Seulement, malgré ses appuis auprès de nobles influents et après avoir été nommé doyen de la faculté de lettres de Poitiers, Martin Launier se verra destitué. La guerre de 1870, la Commune puis les débuts timides de la 3ème République ont contrarié ses projets et il décède. Henriette devient la maîtresse de la maison, riche mais ayant peur que le mariage entre Gilles et Blanche, s’il s’effectuait malgré ses réticences, lui entame sa richesse à cause de la dot. C’est ainsi que tout dégénère.

Henriette, par tous les moyens va contrarier les projets de sa fille, ne pensant qu’au devenir du fils promis à un bel avenir au service de l’état. Elle intercepte les lettres entre les deux amants, fait croire à sa fille qui ne peut plus sortir que Gilles s’est marié, à Gilles que sa fille ne l’aime plus, le tout avec la complicité de bonnes dévouées à la famille.

Pendant vingt cinq ans Blanche restera cloîtrée dans sa chambre ou dans l’appartement, devenant peu à peu sauvageonne, ayant parfois des éclairs de lucidité, essayant de se rebeller. Mais toutes ces tentatives avortent dans l’œuf. En 1901, elle sera secourue, grâce à une petite bonne qui osera dénoncer auprès des policiers cette séquestration impensable. Blanche est squelettique et à moitié folle, poussant des cris, cloîtrée dans une chambre aux volets clos depuis des années.

 

Cette histoire lamentable, narrée comme un roman, restitue les clivages qui gangrènent une société provinciale, coincée entre royalistes et républicains, entre catholiques et protestants. Avec comme moteur principal l’ambition effrénée d’une famille qui aspire à jouer les premiers rôles parmi les notables et se dresse en intégristes obtus, foulant aux pieds le bonheur de leur fille au nom de principes délétères. Une histoire vraie de séquestration qui donna des idées d’intrigues de romans à bon nombre d’auteurs par la suite.

 

Viviane JANOUIN-BENANTI : La Séquestrée de Poitiers. 3E éditions. 22 décembre 2015. 256 pages et 16 pages de documents d’époque. 9,00€. Version numérique : 4,99€.

ISBN : 979-1095826606

 

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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