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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 05:28

Les rêves, comme les souvenirs, ne peuvent toucher personne d’autre que soi-même.

Mario Ropp.

Jonas LENN : Notre-Dame de Minuit.

A la Ferté-Bernard, dans la Sarthe, il existe en bas de l’immeuble où vit Amaury, le narrateur, un jeune étudiant, une boutique intitulée La Bibliothèque de l’ombre. Un établissement original qui propose de se restaurer tout en compulsant, ou achetant, les milliers d’ouvrages anciens et d’occasion qui garnissent les étagères, lesquelles pourraient remplacer les murs.

Dans cette échoppe achalandée, tout autant de vieux messieurs que d’étudiants, siège derrière un bureau une vieille dame handicapée à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Et tous les vendredis, Amaury retrouve Georges-Louise, la Bibliothécaire et logeuse, afin de prendre leur repas, sucré ou salé selon leur convenance, préparé par Tita, la serveuse cuisinière au visage de fée noire.

Ce vendredi-là, avant de rejoindre Georges-Louise, Amaury a joué à la marelle avec un gamin surnommé petit Nemo. Amaury avait trouvé une pierre plate dans le limon de la Même, et il a eu l’honneur de commencer. Cette marelle est dessinée à l’envers, et le départ s’effectue du ciel.

Georges-Louise, attablée comme d’habitude à son bureau en bois d’acajou, est avide de connaître les derniers rêves d’Amaury et elle consigne dans un petit carnet rouge ce qu’il lui narre. Mais ce ne sont pas les seules confidences qu’elle écrit, car elle n’a cesse de rédiger, elle seule sait quoi.

Amaury lui raconte comment il a eu un rêve prémonitoire, lequel lui a permis de découvrir la pierre de marelle, ayant avant de s’endormir la veille inscrit sur un bout de papier Amaury, trouve la pierre !, une injonction qui s’est révélée efficace.

Georges-Louise lui apprend incidemment qu’elle vient de louer à une jeune fille un studio au même étage que le sien, le numéro 22, tandis que lui est au 21. Et lorsqu’il rencontre cette jeune fille, prénommée Danielle, une jolie rousse, il en tombe inconsciemment amoureux. Mais ses conversations avec Georges-Louise ne restent pas lettre morte.

Il entrevoit Danielle dans le couloir de son étage et la belle rousse lui remet une enveloppe qu’elle a découverte sous sa porte. A l’intérieur une lame de tarot et inscrit au dos : Je t’attends.

Pour la Bibliothécaire, sa conception du rêve est en contradiction avec les théories de Descartes, et cela va amener Amaury à connaître des épisodes entrecoupés, entre rêve et réalité, au cours desquels il distingue La Velue, sorte de serpent aquatique, sortant de l’Huisne, puis à se retrouver dans la nef de l’église de Notre-Dame des Marais, allongé devant un autel, alors qu’une inondation s’étend dans les rues de la cité et dans les caves.

Il va également, au cours de ses pérégrinations, découvrir qu’entre Georges-Louise et son père, avec lequel il est fâché, il y eut une histoire d’amour. Il extrapole, la Bibliothécaire pouvant être sa mère, mais ce ne sont pas les seules révélations qui lui sont faites, révélations puisées dans la réalité ou dans ses rêves.

 

Tout, dans ce court roman, oscille entre rêve et réalité, comme un passage à travers le miroir, l’onirisme étant toujours présent. Une promenade dans la cité sarthoise en même temps qu’une flânerie dans les divagations mentales du jeune narrateur fomentées par ce qu’il sait, ou croit savoir, ce qu’il apprend, ce qu’il ressent, ce qu’il songe, ce qu’il imagine dans une projection entre hier et aujourd’hui.

La lame de tarot, dit tarot de Marseille, remise par Danielle à Amaury, constitue le pivot central du récit. C’est le symbole de l’art divinatoire à rapprocher des prémonitions d’Amaury. Tout tourne autour de la représentation des différents emblèmes de l’histoire locale et de ce qui gravite dans l’esprit d’Amaury. Personnage central, cette femme rousse, nimbée, vêtue de vert, encadrée par deux chiens surnommés dans le récit Ombre et Lumière, La Velue qui s’entortillonne aux jambes du personnage figurant Danielle dans l’esprit d’Amaury, le nombre XXII, et autres éléments dont la signification se dévoile peu à peu.

Dès les premières lignes, le lecteur se trouve happé, empoigné par cette intrigue qui est tout autant une enquête qu’un conte philosophique, avec en arrière-plan la figure de José-Luis Borges.

 

Sommaire :

Introduction, p.7
Notre-Dame de Minuit, p.13
«Borges et la Velue», Emmanuel Levilain-Clément, p.141
«La Velue, légende de la Sarthe», p.145

Remerciements, p.149
Bibliographie et suggestions de lecture, p.151
À propos de l'illustration de couverture, p.153

 

Pour vous immerger dans la cité de La Ferté-Bernard, un lien utile :

Jonas LENN : Notre-Dame de Minuit. Collection LoKhaLe N°9. Editions La Clé d’Argent. Parution le 28 août 2019. 164 pages. 6,00€.

ISBN : 979-1090662568

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28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 05:56

De quoi passer de nombreuses et exquises nuits blanches !

Robert-Louis STEVENSON : Le Club du suicide suivi du Diamant du Rajah.

En introduction de cette version Th(érèse) Bentzon nous présente les textes de ces Nouvelles mille et une nuits, mais aussi et surtout dissèque Le cas étrange du Docteur Jekyll et M. Hyde. Intéressant mais pas indispensable pour ceux qui connaissent l’œuvre emblématique de Robert-Louis Stevenson, mais à l’époque l’auteur écossais de L’île au trésor ne possédait pas l’aura qui entoure son œuvre de nos jours.

Ce recueil qui est composé de deux nouvelles segmentées qui peuvent être lues indépendamment les unes des autres même si elles mettent en scène des personnages récurrents dont le prince Florizel de Bohême et son ami, confident et écuyer le colonel Geraldine. Et en fin de chacun des contes proposés dans Le Club du suicide puis dans Le Diamant du Rajah, Stevenson se cache derrière un mystérieux conteur arabe qui lui aurait délivré ces historiettes, lui se contentant de les avoir retranscrites.

 

Dans Histoire du jeune homme aux tartelettes à la crème, premier volet du Club des suicides, le lecteur fait la connaissance du prince Florizel et de son compagnon le colonel Geraldine. Ils sont attablés dans un estaminet afin de se désaltérer et papotent tranquillement.

Entre alors un jeune homme qui propose gracieusement aux consommateurs présents des tartes à la crème, et lorsque ceux-ci refusent son présent, il mange tout simplement les gâteaux déclinés. Mais s’il agit ainsi, c’est qu’il doit se présenter à un rendez-vous avec un organisateur de suicides. Il est déprimé, sans le sou, et ne sait plus comment faire pour échapper à un avenir bouché.

Le prince Florizel et le colonel Geraldine s’intéressent à cette histoire et vont s’intégrer à la réunion. Ils se rendent compte que cet organisateur n’est qu’un manipulateur et qu’il récupère l’argent des victimes consentantes qu’il envoie à la mort.

Dans les deux autres histoires qui suivent et complètent le premier récit, nous retrouvons les deux compères, le prince Florizel et le colonel Geraldine, affronter par victimes interposées, le président du Club des suicides, à Paris et en Angleterre. Ils auront du fil à retordre (du fil de pendaison naturellement) car dans la troisième histoire ils se trouveront impliqués personnellement à cause de liens familiaux qui gravitent dans l’ombre du malfaiteur démoniaque.

 

Editions 10/18. Parution 1976.

Editions 10/18. Parution 1976.

Le Diamant du Rajah est ce que l’on pourrait appeler une histoire marabout de ficelle, le lien entre ces récits n’étant autre qu’un diamant voyageur d’une grosseur et d’une valeur fabuleuses. Un diamant dit diamant du Rajah va se trouver passer de main en main sans quitter un petit cercle fermé de personnages dont l’un d’entre eux va évoluer dans les quatre récits.

A dix-huit ans, Harry Hartley est dans la misère. Il a négligé ses études et comme il est fainéant de nature, il est fort démuni lorsque la bise fut venue. Il trouve un emploi de secrétaire particulier auprès du major général sir Thomas Vandeleur, un sexagénaire à la voix forte, au caractère violent et impétueux. Celui-ci est marié avec la jeune lady Vandeleur. Et il possède parmi les nombreuses pierres précieuses et les bijoux, le Diamant dit du Rajah, diamant qui lui a été donné pour service rendu dont la nature reste secrète.

Mais Harry Hartley est trop peu fiable auprès de Sir Thomas Vandeleur et il devient le protégé de Lady Vandeleur dont il pense être amoureux. La jeune femme profite de cet état d’esprit favorable à ses desseins pour lui confier une mission : porter un carton à chapeau à une personne anonyme, à une certaine adresse, et il lui sera remis à cette occasion un reçu émanant de sa maîtresse. De sa patronne, faut-il préciser.

Mais il ne s’acquitte qu’imparfaitement de la mission qui lui a été confiée, et il se retrouve dans le parc d’une propriété privée, poursuivi par quelques individus qui le traitent de voleur sans connaître l’origine de cette affirmation.

Comme il s’est introduit en fraude, en escaladant un mur sur lequel sont greffés des tessons de bouteilles, Harry est interpellé par le jardinier qui est en même temps le propriétaire. Le carton à chapeau est malmené et son contenu répandu à terre. Le contenu est composé de bijoux et de pierreries. Il parvient à récupérer une partie de ce trésor et repart tête basse et le reste aussi. Seulement, Simon Rolles, un jeune clergyman qui habite dans cette demeure, a assisté à cet épisode peu glorieux et peu après en foulant l’endroit, il sent sous l’un de ses pieds comme un objet à moitié enfoui. Il le déterre et quelle n’est pas sa surprise de voir qu’il est en possession d’un boitier contenant le fameux diamant. Et nous suivons ce clergyman, nouveau possesseur du diamant dans leurs pérégrinations.

Nous retrouvons également dans ce dernier épisode le Prince Florizel ce qui assure une continuité avec Le Club du suicide.

 

Il est amusant de constater qu’au cours de cette aventure, référence est faite à Gaboriau et à ses romans.

Avant de rentrer chez lui, Mr Rolles acheta un ouvrage sur les pierres précieuses et plusieurs romans de Gaboriau. Il parcourut avidement ces derniers, jusqu’à une heure avancée de la nuit ; mais bien qu’ils lui ouvrissent plusieurs horizons nouveaux, il ne put y découvrir, nulle part, ce qu’on devait faire d’un diamant volé. Il fut du reste fort ennuyé de trouver ces informations peu complètes, répandues au milieu d’histoires romanesques, au lieu d’être présentées sobrement, comme dans un manuel ; et il en conclut que si l’auteur avait beaucoup réfléchi sur ces sujets, il manquait totalement de méthode. Cependant, il accorda son admiration au caractère et aux talents de M. Lecoq.

Ces textes ne manquent pas d’humour, de cet humour puisé dans le nonsense, un peu comme le fit plus tard P.G. Wodehouse.

 

Editions Phébus. Parution 30 septembre 1992. 208 pages. Edition établie par Michel Le Bris.

Editions Phébus. Parution 30 septembre 1992. 208 pages. Edition établie par Michel Le Bris.

Sommaire :

Le Club du suicide (The Suicide Club)

Histoire du jeune homme aux tartelettes à la crème (Story of the Young Man with the Cream Tarts)

Histoire du médecin et du coffre de Saratoga (Story of the Physician and the Saratoga Trunk)

L'Aventure des fiacres (The Adventure of the Hansom Cabs)

 

Le Diamant du Rajah (The Rajah's Diamond)

Histoire du carton à chapeau (Story of the Bandbox)

Histoire du jeune ecclésiastique (Story of the Young Man in Holy Orders)

Histoire de la maison aux stores verts (Story of the House with the Green Blinds)

L'Aventure du Prince Florizel et d'un détective (The Adventure of Prince Florizel and a Detective)

 

 

Ces nouvelles sont disponibles gratuitement sur le site ci-dessous :

Robert-Louis STEVENSON : Le Club du suicide suivi du Diamant du Rajah. Les Nouvelles mille et une nuits. Volume 1. (New Arabian Nights - 1882. Traduction probable de G. Art et Théo Varlet). Editions Ebooks Libres et gratuits et Feedbooks. Parution le 28 février 2006.

Editions 10/18. Parution 1976.

Editions Phébus. Parution 30 septembre 1992. 208 pages. Edition établie par Michel Le Bris.

ISBN : 978-2859402525

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 05:50

Pierre Pével s’immisce entre Alexandre Dumas et Anne McCaffrey.

Pierre PEVEL : Les lames du Cardinal.

Surveillé par Petit-ami, son animal favori qui n’est autre qu’un dragonnet, Armand du Plessis, plus connu sous l’appellation de Cardinal de Richelieu travaille, rédigeant des notes, écrivant des lettres, préparant ses réunions ministérielles, et autres occupations qui accaparent tout son temps et plus particulièrement ses nuits.

Il reçoit en son cabinet particulier le capitaine de La Fargue, un militaire qui depuis cinq ans est retiré de la vie militaire. Depuis l’affaire de La Rochelle dont il garde un mauvais souvenir. Mais en ce printemps de 1633, Richelieu lui demande de reformer les Lames du Cardinal, une petite compagnie d’aventuriers sans peur et sans reproche (presque) qui avait été dissoute sur ses ordres. Du moins ce qu’il en reste.

Le cardinal confie à La Fargue une mission, retrouver un chevalier espagnol, à l’instigation de l'ambassadeur d'Espagne, ce qui permettrait de mener à bien des négociations entre les deux pays qui entretiennent une tension digne de la guerre froide, mais ce qu’il ne dit pas, c’est que cette tâche en cache une autre. Aussitôt les anciens membres de cette sorte de confrérie qu’est Les Lames du Cardinal reforment leur petit groupe. Se retrouvent la baronne Agnès de Vaudreuil et six autres aventuriers dont Saint-Lucq, un sang-mêlé, fruit des amours d’un Drac avec une humaine. Certains d’entre eux sont toujours en exercice comme Antoine Leprat, chevalier d’Orgueil, qui est mousquetaire du Roi, ou encore Arnaud de Laincourt qui lui est enseigne aux gardes du Cardinal. Tous personnages atypiques, fringants cavaliers ou vétérans handicapés.

Tout ce petit monde se retrouve avec plus ou moins de bonheur et de plaisir, l’affaire de La Rochelle restant en travers des gorges, mais la promesse d’une prime conséquente efface en partie les tensions et les réticences.

Une société secrète, La Griffe noire, composée de dragons (l’animal), dont les desseins sont de déstabiliser le royaume français au profit de la cour d’Espagne, et qui possèdent la particularité de prendre apparence humaine, œuvre dans l’ombre.

Mais comme partout et de tout temps, des personnages jouent un double-jeu et les trahisons risquent de mettre à mal la mission des Lames du Cardinal.

Guet-apens, chevauchées épiques, duels, combats féroces avec pour protagonistes les dracs qui sont réfugiés dans un château médiéval, des malandrins issus de la Cour des miracles, de vrais faux handicapés, et des personnages puissants qui fomentent des trahisons, des imposteurs ou des voyageurs ayant empruntés de fausses identités, tout ceci nous entraîne dans un roman de cape et d’épée à la sauce Fantasy, roman qu’Alexandre Dumas n’aurait pas renié. D’ailleurs, subrepticement le nom d’Athos est évoqué, ainsi que celui de Rochefort ou encore l’âme damnée du Cardinal, le père Joseph.

Roman de fureur et de complots, Les Lames du Cardinal nous plonge dans un univers historique dont les personnages réels côtoient les protagonistes fictifs.

Mais comme tout bon roman d’aventures, se glisse une histoire d’amour dans cette intrigue. Mais chut, je ne vous ai rien dit.

Ce premier volet d’une trilogie est mené non point tambour battant mais comme un cheval au galop à la recherche d’aventures périlleuses, et il donne l’envie de prolonger la lecture par les deux autres tomes qui constituent une fantasy historique proche de l’uchronie.

 

Des critiques et chroniqueurs qui veulent faire court en marquant les esprits, n’hésitent pas à déclarer de façon lapidaire : A lire de toute urgence. Ce qui est loin de prouver qu’ils ont jeté un œil, à défaut des deux, sur un livre et donc ne l’ont pas lu.

Une façon que je qualifierais de désinvolte vis-à-vis des lecteurs, et de l’éditeur dont ils se contentent de signaler la parution à peu de frais et de travail. Mais que l’éditeur recense ce genre d’article dans « La presse en parle et est enthousiaste », cela n’engage pas les chroniqueurs sérieux à se démener pour rédiger leurs notules.

 

Réédition L’intégrale. Contient : Les lames du Cardinal ; L’alchimiste des Ombres ; Le Dragon des Arcanes. Editions Bragelonne. Parution le 12 juin 2019. 768 pages. 10,00€.

Réédition L’intégrale. Contient : Les lames du Cardinal ; L’alchimiste des Ombres ; Le Dragon des Arcanes. Editions Bragelonne. Parution le 12 juin 2019. 768 pages. 10,00€.

Pierre PEVEL : Les lames du Cardinal. Première édition Bragelonne. Parution septembre 2007. 304 pages.

Nombreuses rééditions chez Bragelonne et Folio SF.

Réédition L’intégrale. Contient : Les lames du Cardinal ; L’alchimiste des Ombres ; Le Dragon des Arcanes. Editions Bragelonne. Parution le 12 juin 2019. 768 pages. 10,00€.

ISBN : 979-1028109097

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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 05:40

Les nouveaux Misérables ! Mais ont-ils bien travaillé à l’école ?

Patrick S. VAST : Nuits grises.

Obligée d’effectuer des petits boulots pour survivre, Suzy se lève tôt le matin pour se coucher tard le soir, c’est-à-dire vers une heure du matin.

Elle pointe le matin dans une grande surface commerciale, où Diego le vigile l’attend et lui propose un petit café réconfortant comme sa présence, et la voilà chargée de mission comme technicienne de surface. Puis elle rentre chez elle se reposer un peu, ensuite direction la maison située en face de son immeuble afin de nettoyer un peu et se rendre utile comme dame de compagnie. A quinze heures, après la sieste de l’octogénaire, quartier libre durant une petite heure pour se rendre dans une administration qui n’est pas son plus gros employeur, et enfin direction Douai pour une séance de nettoyage dans une usine.

Malgré tout ces emplois fractionnés, Suzy a du mal à joindre les deux bouts. Pour preuve, elle doit deux mois de loyer à sa propriétaire qui vit au premier étage de l’immeuble tandis qu’elle est confinée dans un petit studio au deuxième étage. Mais elle ne veut pas à se résoudre à payer en nature comme Pauline, sa voisine du dessus qui reçoit Victor, quinquagénaire et fils de la propriétaire, afin d’effacer la dette.

Pauline, mariée avec Kevin, est au chômage et seule la paie de son mari permet d’assurer l’essentiel, sauf le loyer. Kevin est intérimaire lui aussi dans une usine mais pour s’y rendre il est dépendant d’un véhicule bipolaire qui n’est fait qu’à sa tête. Et c’est toujours dans les mauvais moments, ceux lorsque Kevin a besoin de se déplacer, que sa voiture décide de renâcler et se mettre en panne.

Un matin, alors qu’en cours de route sa petite auto décide de se mettre en grève, il rentre à pied chez lui et découvre sa femme allongée sur le lit avec quelqu’un entre les jambes. Il n’a aucun mal à reconnaître Victor dans ses œuvres. Kevin toutefois ne signale pas sa présence, honteux. En pleine nuit, alors qu’il redescend l’escalier, une clé à molette à la main afin de réparer son débris à quatre roues, il aperçoit Victor rentrant d’une partie de poker. Il ne réfléchit pas, lui assène quelques coups de son outil détourné de sa fonction première et le laisse pour mort sur le carreau.

Suzy rentre à ce moment de son travail et elle prend la décision de l’aider de cacher le cadavre dans son coffre puis de le jeter dans un trou du chantier qu’elle longe quotidiennement.

 

Suzy se retrouve au centre d’une spirale négative à laquelle elle tente de s’échapper et dont le chemin est ponctué de pions noirs (le mal) et de pions blanc (le bien) et d’un pion neutre, un policier.

Peu de personnages évoluent dans cette intrigue machiavélique : Pauline, Kevin, Diégo, Victor et sa mère octogénaire qui ne se déplace plus qu’avec une canne, Hubert son partenaire de poker et sa mère, octogénaire elle aussi, chez laquelle travaille Suzy. Sans oublier Lourdieu, le capitaine de police à qui est confiée l’enquête sur la disparition de Victor, et son collègue Chombert, qui lui est chargé d’une affaire de jeux clandestins. Mais les deux collègues n’ont pas le même sens de l’éthique professionnelle.

Ce roman sent bon les années Fleuve Noir avec ses auteurs emblématiques, Frédéric Dard, André Lay, Serge Laforest, et quelques autres, qui savaient écrire et décrire des situations embrouillées. Des intrigues dont certains épisodes étaient juste suggérés, au contraire de maintenant avec les auteurs qui étalent avec complaisance actes de violence et sexuels.

Mais ce roman met surtout en lumière notre époque actuelle dans laquelle bon nombre de précaires sont à la merci de boites d’intérim, de petits boulots enchaînés les uns après les autres pour un gain minime, avec leurs difficultés à joindre les deux bouts, et qui au moindre pépin ou peau de banane glissée sous leurs pieds, peuvent se retrouver à la rue sans moyen de défense et ne peuvent se rattraper qu’à des branches pourries.

Plus qu’un roman policier Nuits grises est un roman sociologique. Et Suzy, et ses voisins, Pauline et Kevin, ont-ils bien travaillé à l’école pour se retrouver sur la frange effilochée de la société ?

 

Vous pouvez acheter directement cet ouvrage en vous rendant sur le lien ci-dessous :

Patrick S. VAST : Nuits grises. Le Chat Moiré éditions. Parution 15 novembre 2019. 256 pages. 9,50€.

ISBN : 978-2956188339

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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 05:15

Cicéron fête sa majorité !

Cicéron ANGLEDROIT : Comme un cheveu sur le wok.

Déjà ? Eh oui ! Le plaisir de faire la connaissance de Cicéron Angledroit, de l’homme et de son héros, m’a été donné en 2001 avec De la part des enfants, roman publié aux éditions de la Goutte d’or. Et cet ouvrage qui inaugurait une carrière prometteuse, tout autant pour son créateur que pour sa créature, a été réédité aux Editions de Palémon sous le titre Sois zen et tue-le, vaste programme vous en conviendrez.

Et en dix-huit ans d’existence, le détective a bien évolué. De Titi de banlieue avec ses jeux de mots (et de maux) à la San Antonio, il a pris de l’ampleur, je ne parle pas de son physique, avec une écriture toujours aussi plaisante, mais dans des histoires qui s’intéressent plus à la société qu’à un humour débridé, qualificatif choisi et non innocent puisque les protagonistes de cette nouvelle aventure sont d’origine chinoise.

Et dans ce roman, ce n’est point l’enquête qui importe, quoiqu’elle en soit le facteur primordial d’une série dite d’enquêtes policières, ni le décor qui vogue du XIIIe arrondissement parisien, dans une enclave chinoise, jusqu’à Pigalle et ses attractions supposées artistiques confinées dans des boites sentant tellement le renfermé que les filles sont obligées de se déshabiller pour attirer l’œil concupiscent (en un seul mot, en trois cela devient graveleux) des clients, mais par l’entourage de notre détective privé qui ne l’est pas de tous ses moyens.

En effet, l’évolution annoncée en début de cette notule, si vous avez eu le courage de me lire jusqu’à ces quelques lignes, l’évolution de l’entourage familier de Cicéron est flagrante comme les délits. Mais si voyons, les flagrants délits qui deviennent lors d’affaires d’adultères des flagrants des lits !

La plupart de tous ceux qui ont l’habitude se retrouver au générique disparaissent, la vie est ainsi faite, mais ils ne sont pas forcément morts. Ouf, on a eu chaud et donc ils peuvent revenir un jour s’imposer dans un nouvel épisode.

 

Le principal protagoniste de cette histoire n’est autre René, le voiturier d’Interpascher chargé de ranger les charriots des clients négligents oubliant volontiers sur le parking leur panier à roulettes. Il a été retrouvé dans sa cave alors qu’il vaquait à une louable occupation, transvaser en bouteilles le vin contenu dans un fût, ce qui est fûté. Victime d’une attaque d’AVC, René a été sauvé de justesse et transporté rapidement à la Salpêtrière. Seulement il garde des séquelles de cette attaque inopinée ne reconnaissant personne. Ce qui afflige Cicéron et Momo qui lui rendent visite tous les jours.

Et, entre deux, comme Cicéron n’a pas de casserole sur le feu, entendez par là que personne n’a recours à ses services, il occupe son temps libre outre ses visites à René, à prendre son café en compagnie de Momo, chez Raoul qui n’est plus Raoul. En effet le bistrotier est parti avec Lulu sa nièce vers ailleurs et il a été remplacé par Félix Yu, un Fils du ciel quoiqu’il ne soit pas roi en ce domaine, qui officie au comptoir. Surtout sa serveuse car lui il se contente de regarder les consommateurs qui désaffectent cet établissement depuis son installation.

Et Cicéron s’est trouvé une autre occupation, presqu’à plein temps puisqu’il est de plus en plus avec Vaness’ sa copine fliquette qui lui dresse des P.V. lorsqu’il n’est pas au garde à vous, ce qui ne lui arrive guère. Ses relations avec Brigitte, la préparatrice en pharmacie qui le préparait si bien, sont rompues à cause du départ de celle-ci pour d’autres cieux. Jocelyne, sa belle-mère et maîtresse d’occasion, a préféré prendre ses distances tout en restant chez elle. Quant à Caro et Monique, depuis qu’elles ont le petit Enzo, issu d’un don de soi, il ne les voit plus guère. Pas plus que son fils Enzo, mais tout n’est pas dit. Et pour le reste, les affaires courantes, le repas dominical chez sa mère qui élève sa fille issue d’une précédente union. Mais ne nous étalons pas comme disait la jument, et pensons quand même à l’objet direct de ce roman, l’enquête.

 

Une copine de Vaness’, qui se trouve également être sa voisine du dessus, ayant été fortement impressionnée par les exploits de Cicéron, fictifs ou réels on ne sait jamais avec la fliquette qui veut faire mousser son amant de détective, incite celui-ci lors d’une soirée à appeler un sien ami qui est avocat. Un Chinois qui ne chinoise pas en affaires, du moment que celles-ci soient régulières. Donc ce Maître Olivier Tcheng est chargé de la défense (j’abrège la conversation entre Cicéron et Tcheng) d’une jeune ressortissante chinoise, Xiao Lin Dhû.

Cette jeune fille, étudiante en master de langue comparée (je ne m’étendrai pas sur cette discipline au nom équivoque), a été prise dans une rafle un soir alors qu’elle rentrait chez elle, en même temps que trois prostituées qui traînaient par là. Sa mise vestimentaire n’a pas plaidé pour elle. Il faut dire que pour payer ses études, elle travaille le soir dans un club de strip-tease comme danseuse à la barre. C’est spécial, cela se rapproche un peu de la gymnastique rythmique, mais il y a moins de voyeurs, je veux dire de spectateurs.

Xiao est accusée de proxénétisme et de prostitution, une double casquette qu’elle réfute vivement. La mission de Cicéron, s’il l’accepte, est de dédouaner Xiao de cette double accusation et de monter un dossier imparable et circonstancié démontrant son innocence.

Donc cette Xiao depuis est internée à Fleury-Mérogis et Cicéron accepte de la rencontrer et d’enquêter, l’avocat préférant faire appel à ses services plutôt qu’à la boite à laquelle d’habitude il a recours, pour diverses raisons qui lui sont propres.

Et c’est ainsi que notre ami Cicéron (depuis le temps qu’on se fréquente tous les deux, on peut se targuer d’avoir lié une amitié même si l’on ne se donne pas souvent de nos nouvelles) est amené à se rendre dans le quartier de Pigalle, dans le quartier chinois de Paris dans le XIIIe, à Fleury-Mérogis, à l’Université de Paris 7, sans oublier Villers-sur-Orge où est soigné René depuis son transfert de la Salpêtrière. Sans oublier quelques déplacements accessoires relevant de sa vie privée.

 

Un cheveu sur le wok est ce que l’on pourrait qualifier de roman de transition entre le récit intimiste et le roman policier, l’auteur empruntant une nouvelle voix narrative et s’éloignant des sujets bons-enfants même si les précédents romans œuvraient déjà dans un côté social non négligeable.

Cicéron Angledroit abandonne son côté parodique et humoristique pour s’ancrer, et s’encrer par la même occasion, dans une narration plus grave qui fleurète entre la littérature blanche et la noire avec ses touches de rose, sans pour autant considérer ses lectrices comme des bas-bleus, avec le vert de l’espérance, mais un vert pâle, d’un monde meilleur. C’est peut-être trop demander. L’espérance des bienfaits de l’amitié, serait plus juste.

Et l’enquête policière me demanderez-vous à juste titre ? Disons qu’elle se clôt par une pirouette, normal pour une danseuse même si elle s’accroche à sa barre.

 

Ma mère est audacieuse en matière d’éducation. Elle ne veut pas reproduire ce qu’elle a subi.

 

Comment te dire ? J’ai l’impression de marcher à contresens de la rotation de la Terre et de faire du surplace. Quand je veux faire demi-tour, tout s’emballe et je perds l’équilibre.

 

L’amour avec une femme, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Sauf que chaque femme est un vélo différent.

 

Dernier ouvrage de Cicéron Angledroit chroniqué :

Cicéron ANGLEDROIT : Comme un cheveu sur le wok. Série Cicé, Momo et René N°11. Editions de Palémon. Parution le 20 septembre 2019. 224 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2372605625

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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 05:23

Et un Petit Prince de lu…

Chantal ROBILLARD : La rose, la gourmette et le jardin d’algues.

Qui n’a pas lu ou relu le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, ou tout du moins des extraits ?

Car depuis 1943 et son édition aux Etats-Unis, puis en 1945 en France chez Gallimard, on ne compte plus les rééditions et les traductions, les diverses adaptations en films et phonographiques de ce livre. Ce Petit Prince est devenu une allégorie dénonçant le comportement absurde des grandes personnes, et sa représentation par l’auteur, en petit garçon à la chevelure dorée était considérée par le rédacteur en chef du journal américain The Atlantic comme « la plus grande réponse que les démocraties aient trouvée à Mein Kampf ».

Il est vrai que les différentes rencontres effectuées par le Petit Prince peuvent être considérées comme des paraboles. Par exemple celle des Trois Baobabs. un dessin terrifiant d'une planète envahie par trois baobabs (bien enracinés dans la terre) que l'on n'a pas su couper à temps, dessiné « avec le sentiment de l'urgence » écrit l'auteur, peut faire penser aux trois puissances de l'Axe.

Chantal Robillard, en poétesse sensible, nous invite à revisiter cette œuvre, devenue un symbole, par de petits textes qui sont tout autant des contraintes de forme que des exercices de style, dont le sens profond pourrait nous échapper si les explications n’invitaient pas à mieux les apprécier. Et on les relit avec un œil neuf et disséquant.

Cet ouvrage peut être lu, et apprécié à partir de onze ans, mais auparavant l’enfant doit s’être imprégné des symboliques existant dans Le Petit Prince. Et là c’est le rôle des parents à lui faire découvrir ce qui se cache derrière le texte. Ces symboles se retrouvent tout autant dans les textes de Chantal Robillard, sizains, lipogrammes, carrés de quintains, haïkus et autres exercices de styles, que dans les illustrations intérieures de Gaëlle Picard en noir et blanc ombré.

D’ailleurs l’enfant, s’il est soigneux, peut se permettre de mettre en couleurs ces illustrations afin d’en découvrir la simplicité et les faces cachées.

Un livre dépaysant qui offre de nombreuses possibilités de lecture et donne envie de se replonger dans le texte fondateur mais pas que. De s’intéresser également à l’auteur, à l’aviateur, et à cette fameuse gourmette retrouvée courant octobre 1998 et qui a permis d’enregistrer d’autres découvertes.

 

Chantal ROBILLARD : La rose, la gourmette et le jardin d’algues. Illustrations de Gaëlle Picard. Editions Voy[el]. Parution octobre 2019. 96 pages. 12,50€.

ISBN : 9782364754393

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11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 05:15

Attention Mesdames et Messieurs, dans un instant on va commencer.
Installez-vous dans votre fauteuil bien gentiment.
5, 4, 3, 2, 1, 0, partez.

Max OBIONE : Canon.

Après s’être amusé avec Rosa, la femme-canon qui l’est dans le sens que l’on veut bien lui donner, Zéphyr Bob le clown est parti voir ailleurs, la laissant seule dans un état lui interdisant de glisser son corps dans le fût du canon qui l’envoyait rejoindre les étoiles. Presque, car un filet la récupérait au bout de quelques mètres de projection.

Mais la projection séminale de Zéphyr Bob n’a pas été vaine. Doublement, car quelques mois plus tard sont nés Boum et Boom, un garçon et une gamine, la narratrice qui sont attachés l’un à l’autre comme les jumeaux qu’ils sont. Plus que des jumeaux d’ailleurs, des siamois collés par la peau du dos. Ils possèdent chacun leurs organes, mais dans des proportions inégales.

Et depuis onze ans, ils accompagnent leur mère, c’est normal, dans les tribulations du Karmas Circus, qui a bien perdu de sa splendeur et en même temps des spectateurs qui alimentaient la caisse. Un cirque en décadence et au fil du temps le nombre de circassiens s’est réduit à peau de chagrin. Cela n’empêche pas le directeur de la troupe ambulante de vouloir profiter de Rosa, Rosa, Rosa… qui n’en perd pas son latin et le renvoie dans ses foyers, c’est-à-dire sa roulotte décrépite. Zompani, l’indélicat directeur qui pensait l’avoir à l’œil en perd le sien.

Boum et Boom vieillissent tout doucement et tandis que l’un tape sans discontinuer sur un tambour qui lui a été donné inconsidérément, l’autre possède un joli filet de voix qui enchante son entourage. Et le brave Joe Kaoutchouc, n’hésite pas à l’encourager, l’accompagnant avec son accordéon.

 

Une histoire mélodramatique, tragicomique, de deux enfants de la balle, vivant au milieu des estropiés de la vie et qui pour gagner leur pitance vendent leur corps à des spectateurs attirés par les anomalies physiques de leurs concitoyens, peut-être pour se rassurer eux-mêmes de leur intégrité.

Les Freaks, c’est chic, rapportent du fric, du moins c’est ce qu’espèrent en général ceux qui n’ont rien à se reprocher physiquement mais à la mentalité douteuse et mercantile.

Cela fait penser à Hector Malot et à Xavier de Montépin, mais en plus vivant, en plus court et plus en phase avec l’actualité. Le problème de l’handicap traité avec pudeur et un rien de dérision par la narratrice qui en vaut deux.

 

Max OBIONE : Canon. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 26 octobre 2019. 14 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023407884

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10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 04:50

Et elle ne compte pas pour des prunes…

Pierre BOULON : La dame brune.

Il n’y a guère de monde à assister à l’enterrement de Nestor Campelou dans la petite église de Vallantée-sur-Auzelle. Seuls les proches voisins, ceux habitant sur la rive droite de l’Auzelle, sont présents. Ils sont endimanchés pour saluer le départ de celui qui s’est tué accidentellement d’un coup de fusil lors d’une partie de chasse, ou de braconnage.

Seuls ? Non, car Vivien Laubier, le policier, et son amie de cœur la belle Clémence, secrétaire médicale de profession, sont également sur place. Vivien Laubier doit enquêter sur ce que certains pensent être un meurtre, et c’est à l’instigation du maire, Pierre Roubignot, qui a les bras longs et les oreilles du procureur, que le policier s’est vu confier cette affaire.

Laubier va donc se renseigner, interroger les différents voisins de Nestor, creuser les antécédents, et apprendre des épisodes précédents dont il fait sa pelote, sans savoir par quel bout la prendre.

Ainsi Auguste de Vallantée, le propriétaire du manoir, est décédé quelques mois auparavant dans des circonstances restées nébuleuses. Ce manoir est habité par sa veuve, Hélène de Vallantée, dite la Baronne, et par Charlotte de Vallentée, la fille d’Auguste mais belle-fille d’Hélène. Elles vivent séparément, chacune dans son aile, ne s’appréciant guère.

Le personnel du manoir se compose de Capucine et de Casimir Fay, et les autres voisins, qui ne sont guère nombreux, se nomment Gisèle, dite Gigie, la bistrotière, Adrien Lemuet, le négociant en bois se déplaçant dans une voiture de luxe, Gertrude, la couturière, Charles Molin, le menuisier qui fabrique également les cercueils, le cas échéant, sans oublier Jean Prieur, le curé au nom prédestiné, et Marguerite Grandpied, la femme du curé, pardon, la gouvernante du curé.

Laubier déambule parmi la nature, découvrant au hasard de ses pérégrinations, à travers une fenêtre, un vanneau pendu par les pieds au-dessus d’un chaudron noir, ou encore une poupée de chiffons poignardée. Et d’autres éléments qui semblent relever de la sorcellerie. D’ailleurs tout le monde s’accorde pour évoquer une mystérieuse Dame Brune qui traînerait dans les environs et dont la présence signifie la mort à ceux qui l’aperçoivent.

Sans oublier Fantôme, un groupe de résistants, des maquisards de la Seconde Guerre Mondiale, qui fait toujours parler de lui plus de vingt ans après.

Laubier et son amie Clémence acceptent l’invitation de loger au manoir, dans le corps de logis qui sépare les deux tourelles, et dont les chambres portent des noms évocateurs tels que Chambre de l’écureuil, Dame de la fougère, Cavalier de l’ombre, Princesse du val…

Une aura de surnaturel imprègne la demeure, et les deux enquêteurs, officiels ou non, ne passent pas des nuitées tranquilles. Et, en creusant bien, Laubier n’est pas loin de penser que chacun des protagonistes qu’il interroge aurait eu une bonne (ou mauvaise) raison de se débarrasser de Nestor.

 

Dans cette histoire, d’inspiration bucolique, Georges Brassens est souvent évoqué par ses chansons. Un style trop travaillé, presque trop littéraire (c’est quand même malheureux de le dire mais c’est vrai) et l’intrigue se trouvé noyée dans des phrases bien construites mais ennuyeuses et en pâtit. Alors qu’elle devrait être vive, que l’histoire devrait accrocher le lecteur, celui-ci se trouve englué dans des phrases redondantes.

C’est beau, certes, souvent poétique, mais normalement dans ce genre de récit, c’est la vivacité qui devrait primer. Du moins c’est mon ressenti, et l’esprit vagabonde et n’est plus accroché. Il baguenaude et ne s’intéresse plus à ce qui est décrit et s’intéresse à de petits détails sans véritable signification.

Par exemple, alors que Nestor est décédé depuis plusieurs jours, ses vaches sont toujours aux pâturages, le chien est resté à baguenauder près de l’habitation. Et le lecteur, conscient qu’il se pose des questions qui n’ont rien à voir avec le récit, se demande comment il se fait que les vaches ne meuglent pas, n’étant plus sujettes à la traite biquotidienne, comment le chien ne réclame pas sa pitance…

 

Citations :

Les fantômes sont de naïves inventions pour agrémenter les veillées ou faire peur aux enfants. Ils ont déguerpi sans tambour ni trompette, anéantis par un monde qui s’est mis à les ignorer.

 

Une génération chasse l’autre en l’accusant d’être passée de mode. Puis vient son tour de lâcher ses illusions et de mettre en doute son soi-disant progrès. Alors elle court vers ses aïeuls à qui la sagesse du temps avait appris qu’il faut un peu ralentir. Elle vole vers le monde des morts, quitte à devoir s’entourer de ces esprits chagrins qui ont l’habitude de jouer les médiateurs.

 

C’est la faiblesse qui crée la terreur.

 

C’est bien souvent après les drames que nous faisons coïncider les faits.

Pierre BOULON : La dame brune. Editions Jeanne d’Arc. Parution 9 avril 2010. 336 pages. 19,00€.

ISBN : 978-2911794865

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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 07:55

Hommage à Ernest J. Gaines, décédé le 5 novembre à l’âge de 86 ans.

Ernest J. GAINES : Colère en Louisiane.

A l’époque où l’individualisme, prôné par des hommes politiques, est devenu le maître mot, la valeur de ceux qui réussissent, la solidarité ne sera jamais un vain mot. Je ne parle pas de la solidarité entre nations lors d’événements climatiques dramatiques, lors de catastrophes humanitaires. Ni de la solidarité nationale lorsqu’il s’agit de mettre la main à la poche pour aider de grandes causes médicales, surtout lorsque ce sont les moins riches qui donnent le peu qu’ils possèdent. Ni de la solidarité des musiciens qui enregistrent un disque pour telle ou telle cause, et dont certains participants au nom tombé dans les oubliettes espèrent grappiller une part du succès et un retour en grâce. Non je pense à cette poignée d’hommes qui pour sauver un frère de sang s’accusent d’un crime qu’ils n’ont pas commis comme dans Colère en Louisiane de Ernest J. Gaines.

Se déroulant à la fin des années 1970, ce roman polyphonique a pour décor les environs du bourg de Bayonne, non loin de Bâton-Rouge et plus exactement une plantation où vivent dans des baraquements des Noirs.

Beau Boutan, le contremaître brutal de la plantation Marshall, vient d’être abattu. Tout accuse le vieux Mathu, mais Candy l’héritière ne veut pas qu’il soit emprisonné par Mapes le Sheriff, et encore moins la proie de Fix, le grand frère de Beau. Car elle sait qu’en guise de vengeance celui-ci pendra haut et court un vieux Noir sans défense. Alors elle rameute le ban et l’arrière-ban de tous ceux qui vivent sur la plantation, même ceux qui résident à quelques kilomètres de là.

Lorsque le Sheriff arrive, il est confronté à une vingtaine de vieillards, tous armés d’un fusil calibre 12, comme celui de Mathu, et ayant tous tirés des balles de 5. Candy s’accuse mais les autres aussi, chacun ayant sa propre explication pour justifier son présumé geste meurtrier. Ils entament chacun leurs récriminations, envers Beau et Fix en tête car tous ont eu à subir avanies, humiliations, vexations, mortifications dans leur chair et celle de leurs familles. Mapes sait pertinemment qu’on lui ment, mais il écoute car lui aussi redoute l’arrivée de Fix et peut-être le carnage qui pourrait s’ensuivre. Car tous ces vieux Noirs, s’ils possèdent un fusil, souvent pour aller à la chasse, ne s’en servent que rarement et loupent la plupart du temps leur gibier.

Mais quand d’anciens esclaves, habitués à courber l’échine devant les Blancs, à se laisser battre pour un oui ou pour un non, se révoltent, qu’ils se serrent les coudes, alors ils deviennent des Hommes et non plus du bétail, malgré ceux qui les considèrent toujours comme des moins que rien, ces Blancs qui veulent appliquer la loi de Lynch, à la rigueur les passer à la chaise électrique. Des personnes imbues de leur prétendue supériorité comme Luke Will qui va avec sa petite bande les défier à la place de Fix qui jette l’éponge sous les arguments de son jeune frère Gil qui à l’université s’est lié d’amitié avec Cal. Un Blanc et un Noir amis, jouant tous deux au football et qui s’entendent comme larrons en foire sur le terrain, si bien qu’ils ont été surnommés Poivre et Sel.

Dans Colère en Louisiane, ce sont quinze voix qui s’expriment, qui narrent les faits, de la fin de la matinée où tout se déclenche jusqu’au bout de la soirée qui voit son épilogue. Chacun raconte à sa façon, avec ses mots, avec ses tripes, ses rancunes, ses inimitiés, ses incertitudes, qu’il appartienne à un clan ou à un autre, les événements.

Les passions sont exacerbées, les haines se développent au grand jour, résurgence d’un chancre entretenu par le Klan encore aujourd’hui, ou soubresaut d’un animal en fin de vie. Mais tant qu’il restera un souffle, si minime soit-il, il se trouvera bien un quidam ou un homme politique, pour le réanimer et souffler sur les braises du racisme et de la ségrégation.

Ernest J. GAINES : Colère en Louisiane. Collection Piccolo n° 30. Editions Liana Levi. (A gathering of Old Men – 1983. Traduction de Michelle Herpe-Voslinsky). Réédition 2 mai 2019. 288 pages. 11,00€.

ISBN : 979-1034901562

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 04:24

Mais ce n’est pas une épure…

Sonja DELZONGLE : Le hameau des Purs.

Heureux qui, comme l’Oncle Paul, a fait un beau voyage dans l’univers littéraire tortueux du Hameau des Purs sous la houlette du guide Sonia Delzongle.

En effet l’intrigue emprunte des chemins sinueux, jalonné de chausse-trappes, de bifurcations, de ronds-points, de panneaux indicateurs signalant des retours en arrière, et autres vicissitudes vicinales propres à égarer le lecteur. Mais celui-ci, un peu obstiné comme tout lecteur friand de découvertes, prend des repères et arrive au bout de l’ouvrage tout en se demandant toutefois s’il ne s’est pas un temps fourvoyé.

Si je devais employer une métaphore mobilière pour décrire ce roman, je dirais qu’il s’agit d’un meuble à multiples tiroirs. Mais attention, pas du meuble industriel suédois, à monter soi-même, recouvert d’une feuille de papier plastique qui retient les particules de sapin, et qui s’effondre à la première secousse. Non ! Mais d’un meuble conçu et fabriqué par un ébéniste qui utilise du bois noble, le peaufine en élaborant des circonvolutions à l’aide de gouges de tailles différentes et le recouvre de marqueterie.

Par exemple par un André-Charles Boulle, un Charles Spindler, ou un Pierre Golle. Du massif qui s’avère léger, avec des tiroirs apparents, des fonds secrets, des caches, qui recèlent toutes sortes de babioles et d’objets qui s’apparentent à des cadavres dans un placard.

 

Si je me suis servi de cette image sylvestre, c’est bien parce que la forêt en est l’un des décors plantés au fin fond d’une campagne dans laquelle se niche un hameau. Le Hameau des Purs, une congrégation qui ressemble à celle des Amish. Une communauté qui vit quasiment en autarcie, ne fréquentant pas les villageois établis à quelques kilomètres du hameau, et qui ne sont pas assujettit à de petits plaisir modernes, tels que phonographe, radio, et autres bricoles pouvant les rattacher à un monde moderne considéré comme pervers. Ils sont vêtus à l’ancienne, les femmes de robes longues, grises, ternes, les hommes de chemises à carreaux, le chef recouvert de chapeaux à larges rebords. Et ils se déplacent à bord de carrioles, toujours en groupe, comme pour se protéger d’éventuelles agressions.

La petite Audrey est amenée durant les vacances par ses parents. Le père, natif du hameau, s’est émancipé mais devenu avocat aide parfois les Purs dans leurs démêlés. Audrey vit entourée durant ces périodes avec Ma Grimaud et Abel, ses grands-parents. Elle fréquente, malgré que celui-ci ne fasse pas vraiment partie de la communauté, le Gars, Léman de son prénom. Il vit chez sa grand-mère, la Crochue, de rapines, braconne, et a pour compagnon un corbeau et est affublé d’un bec-de-lièvre. Il possède une technique rapide et impitoyable pour dépiauter les lapins et autres bêtes à fourrure qu’il attrape au collet. Cette inclination n’est pas du goût de tous, mais Audrey est une gamine indépendante. Elle fréquente aussi parfois Gauvain, un autiste, ou Isobel, une sourde et muette dont les parents bientôt interdiront toute visite de la part d’Audrey.

 

Quelques années plus tard, Audrey devenue journaliste, retourne sur ce lieu qui est le théâtre d’un double drame. L’Empailleur continue à perpétrer ses méfaits, à dates régulières. Le cadavre d’un individu est retrouvé vidé de ses entrailles, de ses os, et l’enveloppe humaine, bourrée de pierres et de mousses, est recousu, telle une peluche. Des habitations du hameau ont été incendiées et dans les décombres ont été retrouvés sept corps dont l’identification est difficile à établir. Elle enquête pour le compte de son journal, malgré sa réticence à revenir sur les lieux qui ont marqué son enfance, en compagnie de l’inspecteur Frank Tiberge et de son adjoint Lagarde.

Ce retour aux sources fait resurgir toute une époque avec son lot de frayeur, de peur, de frissons, de petites joies indicibles dont le chat Dickens qui se couchait avec elle le soir lui réchauffant les pieds. Des interrogations aussi avec l’accident qui s’est produit au lieu-dit de La Femme Morte, et surtout la découverte d’un album-photos, d’une lettre en provenance d’Israël, et les révélations parcimonieuses de Ma Grimaud. Et surtout du docteur Bonnaventure, un Noir intransigeant, désagréable, qui n’accepte aucune compromission.

Et la mort rôde, s’infiltrant insidieusement dans l’esprit de la gamine, la hantant au point que « Depuis que j’avais appris qu’on pouvait mourir de rire, je ne riais plus ».

Les tiroirs s’ouvrent et se referment, dévoilant peu à peu les secrets qui se nichent dans les recoins, mais le fouillis indescriptible réside bien dans les caissons du bas, où tout est mélangé, emmêlé. Un embrouillamini qui s’éclaircit peu à peu tout en gardant quelques zones d’ombre. Un épilogue qui explique tout, ou presque car l’auteur joue finement avec les miroirs qui se reflètent les uns dans les autres, découvrant des pans d’histoire, invisibles au départ et qui à nouveau rentrent dans l’ombre au profit d’autres, au fur et à mesure que le lecteur approche du mot fin (qui d’ailleurs n’est pas imprimé).

Un roman qui flirte avec le fantastique, comme lorsque l’on tente d’explorer la psychologie de personnages vivant en marge de la société. Un roman prenant, que l’on ne peut lâcher avant de tourner la dernière page, et bizarrement, moi qui suis pour les romans courts, j’aurais aimé que l’histoire continua.

 

Première édition : Editions Cogito. Parution Février 2011. 380 pages.

Première édition : Editions Cogito. Parution Février 2011. 380 pages.

Sonja DELZONGLE : Le hameau des Purs. Folio Policiers N°897. Editions Folio. Parution 17 octobre 2019. 368 pages. 7,90€.

ISBN : 9782072864018

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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