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15 décembre 2020 2 15 /12 /décembre /2020 05:42

Un coup de barre ? Arès et ça repart…

Alain PARIS : Le dieu de la guerre.

1968.

Michael Anderson, un Américain qui fête ses vingt-quatre ans, fait partie des Long Range Reconnaissance Patrol, une troupe d’élite.

Il est déposé en pleine jungle cambodgienne, nanti d’antidépresseurs, d’amphétamines et d’un armement conséquent. Sa rencontre avec une patrouille de Nord-Vietnamiens se solde par quelques morts mais aussi par une fuite qui le fait trébucher dans un des pièges mortels disposés à dessein par l’ennemi.

Son réveil n’est pas aussi douloureux qu’il le présumait. Alors qu’il pensait se retrouver dans une geôle ou un hôpital vietnamien, son retour à la vie s’effectue dans un paysage qui lui est inconnu.

Une espèce de yéti l’engage à le suivre et c’est avec stupeur qu’il se voit convoqué par une étrange assemblée. Zeus, Aphrodite, Dionysos et quelques autres personnages composent cet aréopage incongru.

Onze des Dieux de l’Olympe, de la Grèce antique, lui proposent l’immortalité. En échange il doit retrouver Arès, le dieu de la guerre, et le ramener auprès de ses compagnons.

Mais Arès voyage dans le temps et participe à différents conflits. Le reproche qui lui est fait est d’en détourner le court logique. La mission de Michael Anderson n’est guère aisée.

Mais au fait, cette mission ne cache-t-elle pas un piège ? Et l’immortalité qu’on lui fait miroiter n’est-elle pas un leurre ?

 

Alain Paris, dont on n’aura pas oublié l’excellente décalogie consacrée au Seigneur des Runes, nous offre avec ce Dieu de la guerre un trop court roman, mi-fantastique, mi mythologique, qui aurait demandé à être plus dense, plus étoffé. Comme si Alain Paris était pressé de remettre son manuscrit à son éditeur qui l’avait déjà programmé.

Si l’épilogue laisse sur sa faim, on peut penser que Michael Anderson est en proie à des visions fournies par l’absorption des antidépresseurs et amphétamines, et qu’il se trouve dès lors dans une phase onirique.

Quoi qu’il en soit, ne boudons pas trop afin de ne pas gâcher notre plaisir !

Alain PARIS : Le dieu de la guerre. Collection Anticipation N°1671. Editions Fleuve Noir. Parution février 1989. 160 pages.

ISBN : 2-265-04051-7

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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 08:18

Une ambiance onirique ?

Christine BINI : Le marbre et la brume. L’univers littéraire de Georges-Olivier Châteaureynaud.

Connu pour ses très nombreuses nouvelles mais également pour ses romans comme L’autre rive, son dernier en date paru chez Grasset, réédité au Livre de Poche, Georges-Olivier Châteaureynaud est un auteur à part, émargeant à la chapelle littéraire initiée par Frédérik Tristan : la Nouvelle Fiction. Parmi les membres de ce groupe littéraire on peut signaler Hubert Haddad et Francis Berthelot et quelques autres.

Après une introduction présentant la genèse de cette mouvance et ses membres, Christine Bini s’attache à décortiquer l’univers littéraire de Georges-Olivier Châteaureynaud, un univers découpé en six territoires : L’enfance et la famille, La ville et le pavillon, La mort, les morts, les âmes et l’au-delà, Le monde littéraire, Le fantastique, et enfin L’humain. Parmi ces six chapitres je n’en retiendrai que deux : L’enfance et la famille et Le fantastique.

Dans le premier, Christine Bini met l’accent sur la présence récurrente d’un enfant, la plupart du temps un garçon roux, dont l’enfance est perturbée par la non présence du père intermittent ou parti définitivement. Une non-présence souvent due aux vicissitudes de la guerre et à la propension de délaisser le foyer conjugal. Quant à la mère qui vit seule, nerveusement fragile, elle travaille souvent au service comptabilité dans une usine de confection. La mère et l’enfant vivent chichement dans un petit appartement. Les comparaisons ne s’arrêtent pas là, car les noms des jeunes protagonistes renvoient souvent à l’auteur, d’une manière plus ou moins bien déguisée. Ainsi lorsqu’on s’appelle Châteaureynaud pourquoi appeler un personnage Manoir, et le prénom de Hugo dont la terminaison GO renvoie à Georges-Olivier.

Ce que je ne comprends pas, c’est que Christine Bini, après s’être acharnée à nous démontrer que tous les écrits, romans ou nouvelles empruntent largement à l’enfance de l’écrivain, déclare : Si l’œuvre est à ce point attachante, et importante, c’est bien parce qu’elle échappe au piège de la confession, qu’elle refuse de s’enfermer dans la peinture du quotidien, de s’engager dans l’impasse de l’autobiographie ou de l’autofiction, mais s’en remet à la fiction pure.

Le chapitre, ou plutôt selon la définition de Christine Bini le territoire, consacré au fantastique, nous plonge dans l’univers castelreynaldien qui se démarque du fantastique comme on le conçoit aujourd’hui avec les ouvrages de Stephen King et consorts.

Non, l’univers de G.-O. Châteaureynaud est beaucoup plus onirique, subtil, que l’on pourrait croire, apparenté au merveilleux des contes de fées. Très loin de Stephen King, comme le souligne Christine Bini, mais que j’assimilerais à l’univers des grands anciens qui jouaient sur un fantastique suggéré plus que visuel comme Camilla de Shéridan le Fanu, plus sur l’émotivité que sur la grandiloquence, comme La dame pâle, extrait La femme au collier de velours, les recueils des Mille et un fantôme ou encore Le château d’Epstein attribués à Alexandre Dumas mais dont l’apport de Gérard de Nerval n’est pas négligeable.

Christine Bini, dans cette exploration de l’univers castelreynaldien, nous offre une balade, et une ballade, qui donne envie de lire ou de relire, peut-être avec des yeux neufs, l’œuvre de Georges-Olivier Châteaureynaud et d’en découvrir les pans cachés. Un auteur attachant en marge des courants et qui construit texte après texte, une œuvre singulière et personnelle. En complément de son analyse, Christine Bini propose également un répertoire des personnages ainsi que celui des lieux. Bref un essai transformé.

Christine BINI : Le marbre et la brume. L’univers littéraire de Georges-Olivier Châteaureynaud. Editions Alphée. Parution le 11 mars 2010. 280 pages.

ISBN : 978-2753805491

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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 05:18

Doit-on s’en plaindre ?

Jacques MONDOLONI : C’est pas tous les jours revanche.

Jules, qui accepte son prénom depuis qu’il a découvert les livres écrits par Jules Verne, est en foyer. Sa mère, Odile, est emprisonnée pour une vague affaire de recel de drogue. Son père ne peut le garder car des individus le traquent au pied de leur immeuble.

Toutefois, lors des permissions du week-end, Jules et son père se retrouvent dans une cabane, dans les jardins familiaux encore épargnés, mais plus pour très longtemps, par les constructions neuves.

Jules, s’il apprécie ces moments de détente, n’aime guère retourner au Centre. Il s’isole, se plongeant avec délectation dans la lecture, et ses relations avec ses autres condisciples ou le Docteur Piquouze, le directeur du Centre, et la mère Casse-Dure, l’infirmière en chef, se réduisent à leur plus simple expression.

Tout ce qu’il attend, et l’assistante sociale le lui a promis pour peut-être bientôt et sous certaines conditions, c’est la libération de sa mère.

Mais c’est long, malgré ses sorties avec son père, au cours duquel il apprend à tirer avec un Smith et Wesson Spécial 38, et à le démonter et remonter (pas le père mais l’arme !).

 

Jacques Mondoloni nous livre un conte charmant, aussi bien destiné aux grands comme aux petits. Sans être moralisateur, avec un épilogue enlevé, il peut nous enseigner à se montrer patient mais pas résigné.

Jacques MONDOLONI : C’est pas tous les jours revanche. Collection Eden Fictions. Editions Eden Production. Parution septembre 2003. 72 pages.

ISBN : 9782913245907

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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 05:51

Il est mort le soleil…

Francis CARSAC : Terre en fuite !

Tout le monde sait que le Soleil est un astre qui produit de l’énergie. C’est une étoile qui nous fournit de la lumière et de la chaleur.

Mais qu’arriverait-il si le Soleil se transformait en nova, c’est-à-dire qu’après une période d’éclat de vive intensité, celle-ci déclinait ?

Il est mort le soleil, fut le titre d’une chanson. Mais ce décès entraînerait-il ipso facto celui de notre bonne vieille Terre ?

Aussi, quand les physiciens calculent avec certitude la date de transformation du Soleil en nova, date assez rapprochée, ils imaginent de faire déménager la Terre accompagnée de Vénus, et, en voyageant dans le cosmos, trouver une étoile de remplacement. Cela ne va pas sans perturbations, ni dissensions.

Les Destinistes, par exemple, qu’aujourd’hui on appellerait peut-être des Complotistes, se soulèvent contre l’autorité en place, préférant mourir que de voir le cours du destin changer par la seule force de l’homme.

Autre problème qui va se poser à nos explorateurs, à nos émigrés dans l’Univers, dans le Cosmos : Si d’autres créatures vivent sur des planètes inconnues, quel sera l’accueil réservé à ces envahisseurs ?

 

Ce roman dû à la plume d’une des pionniers et des maîtres de la science-fiction française d’après-guerre est préfacé par Francis Valéry, spécialiste incontesté de la science-fiction, libraire, éditeur, et maître d’œuvre d’un fanzine remarquable « Ailleurs et Demain ».

Francis Valéry qui rend hommage, un hommage mérité, à Francis Carsac, mais qui égratigne au passage auteurs, éditeurs et critiques. Quelques pages savoureuses, passionnées, polémiques mais au combien véridiques. Ou presque.

Première édition : Collection Le Rayon Fantastique N°74. Editions Gallimard. Parution 2e trimestre 1960.

Première édition : Collection Le Rayon Fantastique N°74. Editions Gallimard. Parution 2e trimestre 1960.

Francis CARSAC : Terre en fuite ! Collection Fantastique/SF/Aventures N°213/214. Nouvelles Editions Oswald. Parution août 1988. 272 pages.

ISBN : 2-7304-0508-9

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 05:19

Dors, mon petit bébé
Ferme tes yeux, il est grand temps
Tu as endormi ta maman
Pense à ton père…

Les Charlots.

SILVIO : Autour d’un berceau.

Le bébé qui repose dans le petit berceau, n’embêtera plus son père. Il est mort, étouffé. Et la nourrice qui s’en occupait gît sur le carreau, étranglée. Pauvre Guillaumette à qui l’enfançon avait été confié quelques jours auparavant.

Le commissaire Vorgan, assisté du brigadier Pointillon, viennent exprès dans ce village reculé de Seine-et-Marne pour enquêter. Les interrogatoires menés auprès des plus proches voisins ne mènent à rien. Guillaumette possédait un amant, une sorte de gorille, mais celui-ci a été découvert cuvant son vin dans une botte de paille. Les soupçons pesant sur lui sont rapidement écartés. Le chien de l’un des voisins a aboyé, puis hurlé à la mort. Ce qu’il n’aurait pas fait si le visiteur nocturne était un familier.

Après avoir examiné les traces d’étranglement et d’autres petits détails, Vorgan et Poitillon regagnent Paris. Mais Vorgan est frustré car il n’a pas trouvé le carnet remis à la nourrice en même temps que l’enfant. L’argent n’a pas été volé et il semblerait qu’il y a eu lutte entre la morte et son agresseur. Donc c’est bien l’enfant qui était visé.

Mais une autre affaire attend la police judiciaire, et plus principalement Vorgan. Un riche industriel vient d’être assassiné chez lui, et le couteau qui a servi à l’occire a disparu. Le maître d’hôtel est soupçonné mais il a n’est plus là. La femme de ce riche industriel l’a renvoyé, arguant qu’il lui tournait autour.

Ce n’est pas une raison pour l’accuser. Il n’y avait personne dans l’hôtel particulier, les employés ayant eu permission de sortie et la femme s’étant rendue chez une amie.

Bientôt Vorgan est persuadé qu’il existe une corrélation entre ce meurtre et celui de la nourrice. Sans oublier l’enfant. Le secrétaire particulier de l’industriel explique qu’il s’est rendu à Sens la veille puis à Avallon, et qu’il a envoyé un mandat. Un talon de chèque à la somme conséquente n’indique pas le destinataire. Une rapide enquête effectuée au bureau de Poste le renseigne.

Grâce à ces quelques éléments, Vorgan établit une filiation entre l’enfant et la maîtresse de Vorgan. Encore faut-il la retrouver, de même que le meurtrier et le commanditaire.

 

Le commissaire Vorgan semble un clone de Maigret, par son côté paterne, réfléchi, déductif, à l’écoute des différents protagonistes. Il ne s’emballe pas, et écoute volontiers les avis et conseils de son adjoint.

Sinon, l’intrigue est assez subtile, d’autant que, sans vraiment le sortir de sa poche le véritable meurtrier n’est réellement découvert qu’à la fin. Mais ce qui amène le commissaire à le confondre est progressivement amené via les protagonistes, dont une tireuse de cartes qui s’appuie sur les tarots.

Silvio est le pseudonyme d’un auteur dont on a pu lire récemment Devant le coffre-fort, c’est-à-dire Gustave Gailhard.

 

SILVIO : Autour d’un berceau. Collection Les récits policiers. Editions La Technique du Livre. Parution 26 février 1948. 32 pages.

Première édition collection P.J. N°17. La technique du Livre (1939).

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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 04:47

Dans le Doubs, abstiens-toi…

Jean-Pierre PERRIN : Chemin des loups.

Après avoir voyagé dans toutes les parties du globe où se déroulait un événement politique, Francis le narrateur débarque à Besançon soi-disant comme envoyé spécial. En réalité c'est une voie de garage, une punition pour avoir purgé quelques mois de prison. Il a oubli‚ son rôle de journaliste et a frayé avec les terroristes de l'ETA ou du Sin Fein irlandais.

Le couperet est tombé, et le voilà seul, désemparé, dans la cité horlogère. Un cadavre dépecé est repêché dans le Doubs, et il se fait remonter les bretelles par sa direction pour ne pas avoir fourni la primeur de l'information.

D'abord il n'était même pas au courant, trop absorbé à écluser et à se débattre avec ses souvenir. Seulement son passé le rejoint avec l'arrivée d'Angela qui lui avait permis de découvrir la vie clandestine de l'organisation indépendantiste d'Euskadi. Alors qu'il croyait subir une petite vie pépère, ennuyeuse, dans une ville engluée sous la neige, Francis se trouve plongé dans une enquête qui se transforme vite en rodéo.

 

Lui-même journaliste grand-reporter à Libération, Jean-Pierre Perrin décrit la région de Besançon avec réalisme, sans pour autant user des clichés de carte postale ou dépliant d'offices du tourisme.

Et s'il utilise quelques poncifs du roman noir - le héros s'imbibe d'alcool pour oublier sa déchéance et ses ennuis, il écoute du jazz et du blues et se fait consoler par les femmes après avoir donné horions et récolté plaies et bosses - ce que l'on pardonnera volontiers pour un premier roman, Jean-Pierre Perrin développe des thèmes d'actualité et griffe au passage les nouveaux philosophes.

Sérieux et humoristique à la fois, Chemin des Loups était la bonne surprise de la rentrée littéraire 1995.

Jean-Pierre PERRIN : Chemin des loups. Collection Vermillon. Editions de La Table Ronde. Parution août 1995. 240 pages.

ISBN : 978-2710306900

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 05:38

Pour la bonne cause !

Bobby BOB : Billy Quick s’évade…

Lorsque John Garnett apprend que son ancien condisciple d’école, William Foxter, vient d’être nommé chancelier de l’Echiquier, ministre de la Justice, à Londres, il est fort content pour lui.

John Garnett n’a pas suivi la même ascension puisqu’il n’est que le directeur de la prison de Princetown, mais il n’est pas jaloux. Ce n’est pas dans son tempérament. Il a assez à gérer ses pensionnaires dont un fameux Billy Quick qui a demandé un entretien. L’homme est un fantaisiste, qui ne doute de rien. Il souhaite obtenir un congé de trois jours, jurant qu’au bout de ce délai il réintégrera sa cellule. Permission refusée bien évidemment.

A peine Billy Quick sorti du bureau du directeur de l’établissement pénitentiaire, le téléphone sonne. Il s’agit du ministre de la Justice qui demande à parler à John Garnett. Cela tombe bien puisque c’est lui qui répond.

Le ministre lui indique qu’il lui faut surveiller particulièrement Billy Quick qui serait impliqué dans une affaire importante. Mais c’est Secret d’état. Quelques jours plus tard, il le rappelle pour lui indiquer que ne pouvant se déplacer personnellement, il envoie une voiture. Billy Quick doit lui être amené et le directeur doit choisir quatre gardiens en lesquels il a toute confiance pour le convoyer.

John Garnett exécute avec diligence les directives et Billy Quick part pour Londres. Mais il n’arrivera jamais dans la capitale, car son évasion était soigneusement préparée. Le chauffeur était de connivence et les gardiens sont rapidement mis hors course grâce à une boulette de verre contenant du soporifique.

Avec l’aide de quelques complices Billy Quick dérobe dans un wagon immobilisé en pleine campagne un caisson contenant du radium, le substituant par un autre inoffensif. Puis il rentre à la prison comme si de rien n’était.

 

Le lecteur pense sans coup férir que Billy Quick se conduit tel un nouvel Arsène Lupin, car il possède à son actif quelques vols commis auprès d’indélicats personnages. Il les dépouille de leur argent et de leurs objets précieux mais pas pour s’enrichir personnellement. Son but, le lecteur l’apprendra à la fin de cette histoire, donc ne dévoilerons pas ses motivations.

Un roman plaisant à lire écrit par Jean Marie Hippolyte Léon Le Covec de Kérivallan, de son nom complet, plus connu sous le pseudonyme de Jean Kéry.

 

Bobby BOB : Billy Quick s’évade… Mon Roman policier N°36. Editions J. Ferenczi et fils. Parution 4e trimestre 1946. 32 pages.

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25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 05:24

Le cadre se rebiffe…

Pierre LEMAITRE : Cadres noirs.

Au chômage depuis quatre années, Alain Delambre, un ancien cadre de cinquante-sept ans, ancien DRH, s’est résolu à travailler comme manutentionnaire aux Messageries Pharmaceutiques quelques heures par jours. Seulement depuis que Mehmet, un Turc qui se prend pour le calife à la place du calife, est devenu superviseur, il encaisse les rebuffades. Et puis un jour, il a fallu que cela dégénère.

Pour collègues, Delambre n’a que Charly, un SDF qui n’en est pas vraiment un puisqu’il couche dans sa voiture et qui s’imbibe copieusement dès le matin, et Romain, un jeunot qui a raté sa vocation de comédien, qui vit de petits boulots mais est doué en informatique.

Un coup de pied vicieux asséné par Mehmet, et Delambre se rebiffe. Ancien cadre au chômage, d’accord, mais pas mouton. Un coup de boule bien placé, Mehmet est à terre le nez cassé. Delambre ne fera pas de vieux os dans la boîte, il est radié non des cadres puisqu’il l’est déjà, mais du personnel. Seulement l’affaire ne s’arrête pas là. Il doit indemniser Mehmet et son employeur lui fait un procès. Comment faire quand on n’a pas d’argent. D’autant que ses deux anciens collègues de travail ne peuvent ou ne veulent pas l’aider en effectuant une déposition en sa faveur.

Naturellement, il ne se confie ni à sa femme, ni à ses deux filles. Il recherche dans les petites annonces et écrit à une agence qui lui fait passer des tests. Il doit faire ses preuves, en compagnie de trois autres candidats, alors qu’il pensait avoir échoué, en supervisant une mise en scène abracadabrante organisée par une entreprise qui cherche à mettre sur le carreau quelques centaines d’ouvriers en fermant l’un de ses sites.

Des cadres internes seront mis face à une tentative de prise d’otages, et Delambre ainsi que les autres candidats doivent analyser leurs réactions.

Il se rend compte qu’il s’agit d’une vaste manipulation et que théoriquement il ne sera pas sélectionné, l’emploi ayant déjà été promis à la seule candidate présente. Alors de manipulé, il devient manipulateur lui-même.

 

Scindé en trois parties, Avant, Pendant et Après, Cadres noirs montre la galère de quelqu’un privé d’emploi, qu’il soit cadre ou simple manœuvre. Et de quelle façon il essaie de s’en sortir.

Si la première partie est très convaincante, les deux suivantes le sont un peu moins, car peu à peu, Delambre devient un peu le vengeur masqué, se mettant dans des positions impossibles, face aux entreprises qui licencient uniquement pour des raisons financières non justifiées, et la société capitaliste en général. Le pot de terre contre le pot de fer. Mais le pot de terre est plus solide que l’on pourrait le penser et le pot de fer se retrouve cabossé.

A travers le personnage de Delambre, beaucoup se reconnaîtront, mais je suppose que les actions décrites, la violence qui se dégage et les mises en scènes très cinématographiques proposées, peu se résoudront à en venir à de telles extrémités. Seul contre tous, Delambre devient un cerveau actif et réactif, quitte à se brûler les ailes.

Il ne se ménage pas n’ayant pas peur de se mettre en danger pour arriver à ses fins et contrarier les plans de ses ex-futurs employeurs. Il va se muer en maître-chanteur, et malgré les périls encourus par sa famille, il continue, quitte à se retrouver en prison. Et il n’agit pas d’une geôle réservée à ceux que l’on appelle les VIP, comme certains financiers et hommes politiques en ont connu à cause de leurs malversations. Il est considéré comme un détenu de droit commun, avec toutes les vicissitudes internes que cela entraîne.

Si je n’adhère pas aux actions de Delambre, je me dois d’avouer que j’ai lu d’une traite ce roman social, qui débute comme un banal roman policier mais se transforme peu à peu en suspense psychologique puis en ce qu’il est d’usage d’appeler Thriller, quoique ce vocable ne corresponde pas à sa définition première.

L’émotion est présente tout au loin de ce récit même si l’on pense que Delambre va trop loin. La colère est mauvaise conseillère, comme chacun sait et l’on ne peut présumer des réactions que l’on pourrait avoir si l’on était placé dans son cas.

S’il s’agit d’une fiction, ce roman est toutefois inspiré d’un véritable fait-divers, celui de France Télévision Publicité, en 2005. Et il a donné lieu à une adaptation télévisée, Dérapages, déclinée en six épisodes.

 

Les candidats à un poste sélectionnent les candidats à un autre poste : je me dis que décidément, le système entrepreneurial est drôlement au point. Il n’a même plus besoin d’exercer l’autorité, les salariés s’en chargent eux-mêmes. Ici, le coup est assez puissant : avant même d’être embauchés, nous pourrons quasiment licencier les cadres en place les moins performants.
Les entrants créent les sortants. Le capitalisme vient d’inventer le mouvement perpétuel.

Première édition : Calmann-Lévy. Parution 3 février 2010.

Première édition : Calmann-Lévy. Parution 3 février 2010.

Pierre LEMAITRE : Cadres noirs. Le Livre de Poche Thriller N°32253. Parution 2 mars 2011. 448 pages.

ISBN : 978-2253157212

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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 05:27

Des erreurs, on en fait tous, que l’on soit jeune ou pas.

Evane HANSKA: Erreur de Jeunesse.

Assistant au vol de la voiture d'une jeune femme, Paul, livreur de pizzas et spécialiste des petits boulots, poursuit l'indélicat et récupère le véhicule à l'insu de sa propriétaire.

Tombé amoureux de la belle Lucie, il ne va pas s'embarrasser de principes, volant à son tour une automobile et tel un détective privé, la filer sur l'autoroute qui les mène il ne sait pas trop où. Prétextant une panne, il demande à Lucie de prendre place à bord et il continue son périple en sa compagnie jusqu'à l'océan. Il est hébergé par la jeune femme dans un bungalow près de la maison qu'elle loue et peu à peu ils s'habituent l'un à l'autre.

Au Blue Lagon, boite de nuit délaissée par les touristes en cette morte saison, Paul joue du piano, pour son plaisir et celui de Patrice le propriétaire. Au cours de ses moments libres, et ils sont nombreux, il écrit un roman, quasi autobiographique. Lucie boit, fume et semble habitée par un problème insoluble. Elle se laisse draguer par un bellâtre et attise la jalousie de Paul envers qui, tour à tour elle se fait câline ou le rejette, jouant avec ses sentiments.

La torture sentimentale s'intensifie lorsque le voleur de voiture s'impose auprès du couple. Hoffmann, un receleur, se vante d'être un peu le grand frère de Lucie et la couvre de cadeaux.

 

Entre roman noir et roman d'amour, Erreur de jeunesse conte la longue dérive d'un jeune homme qui tombé amoureux s'enfonce dans un cloaque, sciemment, tout en tentant de sauver son amour malgré l'élue.

Il est obnubilé par un état latent d'homosexualité, ainsi que par la perte de son frère passionné par l'œuvre d'une poétesse trop tôt disparue. Un roman qui se lit comme on écoute un Blues : des images plein la tête, avec cette espèce de communion qui lie l'auteur au lecteur, sans prédestination.

(Chronique rédigée en septembre 1993).

Evane HANSKA: Erreur de Jeunesse. Collection Vermillon. Editions de La Table Ronde. Septembre 1993. 182 pages.

ISBN : 978-2710305729

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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 05:37

A cause du Corona virus ?

James MELVILLE: Mortelle cérémonie

Au cours de la cérémonie rituelle du thé, le commissaire Otani, invité avec Hanaé sa femme, assiste à un meurtre : le Grand Maître qui officie est abattu d’une balle de fusil. Parmi les autres personnages figurent le gouverneur de la province de Kyoto, les ambassadeurs de Grande-Bretagne et du Ghana et leurs épouses, ainsi que Takayama, un riche industriel. Otani s’élance à la poursuite du tueur. Pour lui, ce n’est pas le Grand Maître qui était visé, mais Hurtling, l’ambassadeur britannique. Le diplomate a eu la vie sauve parce qu’il s’inclinait au moment du coup de feu.

Au grand dépit de Fujiwara, le responsable de la police de Kyoto, c’est 0tani, principal témoin, qui est chargé de l’enquête avec ses fidèles Noguchi et Kimura. Sakamoto, autre subordonné d’Otani, est frustré d’être écarté. La piste de l’IRA est évoquée, à cause de la présence de Patrick Casey, un Irlandais étudiant la cérémonie du thé et disciple du Grand Maître. D’ailleurs, l’ambassadeur affirme, preuves à l’appui, recevoir des lettres anonymes de menaces. Kimura et Noguchi rivalisent pour dénicher l’information la plus précieuse.

Noguchi présente à Otani une ancienne servante enceinte du Grand Maître ; ce dernier ne dédaignait pas les bonnes fortunes, ayant même séduit sa belle-sœur, la femme du gouverneur. Otani apprend qu’avant son mariage, la femme du Grand Maître a eu pour amant Fujiwara et que de leur liaison est né un fils, neuf mois environ après la cérémonie nuptiale. C’est l’actuel successeur du Grand Maître. Les présomptions contre Casey s’effondrent, malgré une mise en scène orchestrée par Sakamoto qui crée de toutes pièces des preuves prétendument accablantes. Casey est arrêté et Otani enquête sur les liens entre Sakamoto et Fujiwara : le premier a été sous les ordres du second pendant la guerre.

 

Outre l’enquête proprement dite, le lecteur prendra plaisir à cette histoire dans laquelle deux cultures s’affrontent : l’orientale, courtoise, aimable et ancrée dans la tradition ; l’occidentale, brouillonne, vive et encline à imposer ses propres goûts.

Cet antagonisme est représenté par l’affrontement moral douloureux ressenti par Otani au contact de Rosie Winchmore qui bouscule, sans vraiment s’en rendre compte, son mode de vie. Il a fait la connaissance de Rosie à Londres chez sa fille, un voyage programmé en épilogue du Neuvième Netsuké (1991) ; la jeune fille étant venue étudier au Japon, il l’a invitée à passer quelques jours chez lui.

Mais la Britannique débarque avec ses aliments biologiques, elle préconise le riz brun au lieu de riz blanc : une hérésie ! Elle choque Otani par son impudeur, elle sort presque nue de la salle de bains, elle met à sécher ses petites culottes dans la pièce réservée aux ablutions et couche avec Casey oubliant son petit ami resté à Londres.

Cependant l’Occident et l’Orient se rejoignent lorsque la chair est titillée : les amours ancillaires et adultérines ne sont l’apanage d’aucune époque ni d’aucun continent.

James MELVILLE: Mortelle cérémonie (Death Ceremony - 1985 Traduction de l'anglais par Gilles Berton). Première publication Editions Philippe Picquier. 1992. Réédition Collection Grands Détectives N°2370. Editions 10/18. 1993.

ISBN : 9782264017840

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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