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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 13:16

Cela ne devrait pas l’empêcher de jouer au foot !

Maurice LIMAT : Le manchot.

Être frustre, Pascal est en proie à une obsession, qu'il impute à sa main. Il a des envies de trancher des têtes, une impulsion qu'il essaie de contrôler avec peine.

Il a sauvé la vie, lors d'une battue au sanglier, à monsieur Velier, le maire du village, en abattant la bête à coups de couteau. Il est devenu une gloire locale mais n'a pas pris la grosse tête pour autant. Il n'est guère instruit, désolant sa vieille institutrice. Alors il demande à monsieur Féras, le retraité lepidoptérophile qui possède également des milliers de livres, de lui en prêter. Pas des romans, non, des ouvrages instructifs, pédagogiques.

Pascal travaille à la scierie de la Plaine, mais pas comme ouvrier qualifié. C'est ce que l'on appelle une petite main, avec toujours comme unique pensée, celle de se couper la main droite avec une hache. En entendant un de ses compagnons d'atelier se vanter de ses bonnes fortunes auprès des femmes, une envie soudaine de l'occire à coups de bûches le prend. Heureusement il ne peut passer à la réalisation de ce souhait mortifère. Mais une autre idée lui traverse l'esprit en voyant la scie circulaire débiter des troncs d'arbres.

Il se coupe délibérément la main à l'aide de la scie, profitant d'un moment d'inattention du personnel. Après quelques semaines de convalescence, Pascal ne pouvant plus travailler à la scierie est employé comme jardinier chez monsieur Féras ainsi que chez les voisines du vieil homme, les dames Vaison, la mère et Corinne, sa jeune et belle-fille veuve. Corinne a vécu en Asie de longues années avec son mari et a acquis par mimétisme la particularité physique de ce continent. Pascal, malgré son handicap, effectue toutes sortes de petits boulots de jardinage chez ces particuliers, et sa main gauche devient habile et forte.

Une fin d'après-midi, alors que l'orage menace, Loulou, une gamine de dix-sept ans, et son ami Renaud, un peu plus vieux, batifolent dans une grange. Elle veut bien mais pas trop et alors qu'elle s'apprête à quitter son ami, tous deux aperçoivent une silhouette. Pour Loulou et Renaud, aucun doute, il s'agit de Pascal qui traîne dans les parages. Le jeune homme sort de la grange à la poursuite de cette silhouette mais lorsqu'il revient bredouille, c'est pour constater que Loulou est morte étranglée. Les examens médicaux concluent qu'elle a été étouffée par une seule main, la main droite.

Pascal est soupçonné mais la présomption d'innocence est rapidement avancée. Il ne peut avoir tenté à la vie de Loulou pour cause de main droite manquante. Un main qu'il croit toujours posséder, les terminaisons nerveuses le travaillant. De plus cette fameuse main n'a pas été retrouvée lors de l'incident à la scierie. Une véritable obsession qui le tenaille.

Un soir il entend Corinne crier. Aussitôt il se précipite. Quelqu'un a tenté de l'étrangler. Une main sans visage. Il possède un alibi, mais pas Renaud qui est arrêté puis relâché, faute de preuve. Puis c'est au tour de Renaud de subir une tentative d'étranglement. Là encore Pascal possède un alibi irréfutable. A sa demande il était attaché par des chaînes à la cave lorsque l'incident s'est produit.

 

La tension monte, l'angoisse est palpable et cette main qui lui fait toujours défaut mais qu'il accuse des méfaits qui se produisent. Tout tourne autour de monsieur Féras, de Corinne et sa belle-mère, de Renaud et Pascal. Et de cette main invisible comme maniée par un fil de marionnettiste, gravée comme une empreinte indélébile dans son esprit. Sans oublier le fidèle chien de Pascal, Faraud, qui le suit partout, malgré un incident au cours duquel il aurait pu perdre la vie.

A de rares exceptions près, comme la séance de batifolage dans le foin entre Loulou et Renaud, tout est narré à la première personne par Pascal. Il se décrit lui-même comme un simplet, un demeuré, n'ayant guère d'instruction même s'il en acquiert auprès de monsieur Féras. Or il s'exprime avec un vocabulaire assez riche, en légère contradiction avec ce qu'il est sensé être.

 

Réédition collection Super Luxe N°165. Editions Fleuve Noir. Parution février 1985. 192 pages.

Réédition collection Super Luxe N°165. Editions Fleuve Noir. Parution février 1985. 192 pages.

Maurice LIMAT : Le manchot. Collection Angoisse N°117. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1965. 224 pages.

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 08:11

Bon anniversaire à Sara Paretsky née le 8 juin 1947.

Sara PARETSKY : Angle mort.

L'emploi du temps de Vic Warsharwski, détective privée à Chicago, est particulièrement chargé.

Elle est menacée d'être expulsée de son bureau par ses propriétaires qui veulent abattre l'immeuble. Elle doit finir sa comptabilité pour envoyer sa feuille d'impôt. Elle doit découvrir pourquoi Lamia, une entreprise publique composée exclusivement de femmes qui devait construire un immeuble pour les sans-abris, se voit refuser les crédits bancaires dont la société a besoin. Elle doit trouver un emploi à un jeune homme, Ken, condamné à deux cents heures de travail au service de la communauté, pour avoir piraté les ordinateurs du ministre de la Défense.

Une femme accompagnée de ses trois enfants s'est réfugiée dans la cave de son immeuble. Elle tente de la raisonner mais en vain. La femme disparaît avec ses mômes. Vic contacte un employé de la municipalité afin qu'il se renseigne sur le refus de la banque. L'homme, soumis à des pressions, décline le travail. Vic participe à une soirée organisée par un professeur de droit, Fabian Messenger, en l'honneur de l'un de leurs anciens professeurs. Au cours du repas, Deirdre, femme de Fabian et membre avec Vic d'une association caritative, est particulièrement éméchée. Elle lâche quelques phrases perfides à l'encontre de certains des invités dont Alec Gantner, fils du sénateur, Blakely, président de la Gateway Bank.

Emily, la fille des hôtes, est considérée comme la bonne d'enfants, s'occupant de ses deux frères. Vic assiste à des scènes violentes au cours desquelles Fabian bat sa femme. Elle soupçonne aussi Fabian d'exercer un droit de cuissage sur sa fille. Fabian fort en colère lui conseille de s'adresser à Heccomb, responsable de Home Free, une œuvre de charité.

Le cadavre de Deirdre est retrouvé dans le bureau de Vic qui est soupçonnée du meurtre. Le disque dur de son micro-ordinateur est totalement effacé. Emily disparaît avec ses frères et Fabian accuse Vic de les cacher. Vic ne trouve aucun appui auprès des policiers dont Conrad son amant. La batte de base-ball appartenant à Fabian est retrouvée dans la chambre d'Emily, tâchée de sang. La jeune fille est accusée du meurtre de sa mère mais Vic est persuadée que le meurtrier est Fabian.

De l'eau s'infiltre dans les caves du quartier du Loop. Vic aidée de son voisin s'infiltre dans les tunnels souterrains et parvient à sauver Emily, ses frères et la jeune femme toujours accompagnée de ses enfants dont l'un décèdera peu après. Ken se fait entreprenant auprès de Vic et celle-ci lui demande de réinitialiser son ordinateur. Il récupère les fichiers de comptabilité et un message sibyllin de Deirdre. Vic est éconduite par Heccomb de Home Free mais elle s'obstine et s'introduit nuitamment dans les locaux. Elle découvre dans un classeur cinq millions de dollars. En compagnie d'un journaliste elle visite un chantier de Home Free et s'aperçoit que les ouvriers sont des Roumains en situation irrégulière. Peu après elle se sent suivi dans ses déplacements. Son bureau est visité, elle est assommée ce qui lui vaut un stage à l'hôpital.

 

Pas de temps morts dans cet ouvrage de près de quatre cent cinquante pages. Les scènes d'action défilent, Sara Paretsky ne lésinant pas sur les moyens. Elle dénonce la collusion entre les hommes d'affaires et les hommes politiques, la protection dont ils jouissent.

La police ferme l'œil, préférant accuser des innocents ne possédant pas de relations. Vic se bat contre les machos battant leurs femmes, violant leurs enfants.

Une sorte de Don Quichotte moderne face à des moulins qui ne sont pas en voie d'extinction d'après ce roman où les personnages féminins subissant les mauvais traitements leur conjoint sont légion.

Réédition Collection Points. Editions Le Seuil. Parution 15 janvier 2003. 496 pages.

Réédition Collection Points. Editions Le Seuil. Parution 15 janvier 2003. 496 pages.

Sara PARETSKY : Angle mort. (Tunnel vision – 1994. Traduction de l'anglais par Annie Hamel). Le Masque grand format. Parution 18 octobre 1995. 442 pages.

ISBN : 978-2702426043

Réédition Collection Points. Editions Le Seuil. Parution 15 janvier 2003. 496 pages.

ISBN : 978-2020542364

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 09:54

Une bonne résolution ?

Franck MORRISSET: La Résolution Andromède.

La Terre fait partie de la Confédération et ses habitants vivent en compagnie des Hittites, des Chivas et des Echidnédésius surnommés les Ratons, venus d'autres planètes.

Seulement les Terriens supportent mal cette cohabitation et des collectifs dont notamment La Terre est à vous prônent par tous les moyens le retrait de ces envahisseurs.

En cette année 2342, le lieutenant Alex Green se remet doucement de ses blessures contractées lors de l'arrestation d'un voyou, sauvant la vie de sa coéquipière Nalïn. Il pense à Chadwick, un de ses hommes aliénophobe tué peu avant, à son amie Sarah et à Cindy, une Ratonne qu'il aime bien quoiqu'il n'apprécie guère en général les extraterrestres.

Alex se plonge dans le dossier Chadwick et découvre que le policier, un être brutal, était aussi un amoureux de poésie et avait écrit un essai La résolution Andromède. Lorsqu'il veut se renseigner sur l’agresseur de Sarah, incident qui s’est déroulé quelques mois auparavant, il apprend que l'homme, David Orlovsky, serait mort en prison mais son fichier est inaccessible.

Pendant ce temps, le même Orlovsky est conditionné par Stadler et son adjoint Lamarre pour devenir un commando et combattre les envahisseurs. Orlovsky est un refoulé, un psychopathe, se prenant pour un Surhomme. Il doit mener à bien le programme Lune morte, contre projet de la Résolution Andromède qui prévoit une manifestation de sympathie envers les envahisseurs. Il tue une infirmière intérimaire puis d'autres individus, clochards, marginaux, qu'il croit être des Hittites. Nalïn annonce la disparition de l'infirmière laissant Jerry, un petit garçon atteint d'une maladie grave. Alex n'y prête pas attention. Une agression est perpétrée envers un Hittite.

Orlovsky, quoique son instructeur ne le juge pas prêt mentalement et physiquement, est convoyé sur Moon XVIII, plaque tournante de l’immigration, où il est réceptionné par Laetitia, la nièce du Consul. Laetitia, sous des dehors de fofolle, joue le jeu des extrémistes.

 

Ce roman à la trame simple mais qui est écrit d’une façon assez distordue pour mieux la compliquer, est une parabole sur un futur qui ressemble à notre monde.

Le racisme y est dénoncé, mais expliqué également. Les motivations des Terriens à rejeter les extraterrestres, soit par la manière forte, soit en les méprisant, rappellent le racisme exacerbé ou ordinaire d’aujourd’hui.

La technique narrative de Franck Morrisset est spéciale. Il utilise à profusion les italiques, interpose des personnages pour leur donner un développement plus ou moins important au fil de l’histoire, et surtout joue avec les à-côtés.

Intéressant à plus d’un titre, ce roman mi polar, mi S.F. joue avec les genres.

 

Franck MORRISSET: La Résolution Andromède. Collection SF Polar N°27. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1997. 256 pages.

ISBN : 2-265-06098-4

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 08:44

Une bande dessinée sans bulle mais qui pétille !

CHRISTOPHE : La famille Fenouillard.

Tout le monde connait La Famille Fenouillard, Le Sapeur Camenber, Le Savant Cosinus, mais qui a lu ces histoires illustrées, signées Christophe, parues en feuilletons à la fin du XIXe siècle ?

La Famille Fenouillard, qui à l’origine s’intitulait la famille Cornouillet, figure pour la première fois dans le Journal de la jeunesse, le 12 février 1889 puis dans Le Petit Français illustré. Elle est même considérée comme la première bande dessinée française, sans bulle mais avec le texte sous les vignettes.

Cette série était destinée aux jeunes, mais les adultes pourront se replonger, s’ils trouvent ce livre dans les différentes versions qui lui ont succédé, en se délectant des aventures et mésaventures pédagogiques et farfelues d’Agénor Fenouillard, bonnetier à Saint-Rémy-sur-Deule (Somme inférieure), de sa femme Léocadie, coincée aux entournures mais qui mène son mari par le bout du nez, et ses deux filles, niaises, Artémise et Cunégonde.

Un soir, madame Fenouillard décide de sortir du train-train quotidien et propose que dès le lendemain ils partent tous en voyage. A la gare, M. Fenouillard s’enquiert de l’heure de départ du premier train pour Bruxelles, ce qui nous amène à constater que l’amabilité des cheminots à cette époque n’était pas usurpée, comme l’on peut se rendre compte sur la vignette ci-dessous qui nous offre un aperçu du talent de dessinateur et de rédacteur de Christophe :

CHRISTOPHE : La famille Fenouillard.

Une attitude qui a bien évolué depuis, mais ce n’est qu’un aparté.

Nous suivons donc la Famille Fenouillard dans des pérégrinations mouvementées, aventureuses, périlleuses, burlesques, qui vont les mener à Paris, le Mont-Saint-Michel, au Havre. Dans la ville portuaire, désirant visiter un navire, ils se retrouveront malgré eux en Amérique et comme madame Fenouillard ne veut pas renouveler l’expérience maritime, ils traverseront le continent pour passer en Asie via le détroit de Béring, sur une plaque de glace, et subiront bien d’autres avanies avant de regagner leur foyer.

En cours de route ils feront la connaissance du docteur Guy Mauve, qu’ils retrouveront sur leur chemin à plusieurs reprises.

 

Jeux de mots, calembours, antiphrases, situations burlesques se suivent en un rythme effréné dans cet ouvrage à tendance plus ou moins pédagogique, mais véritablement écrit dans un but de distraire les lecteurs.

Cela pourrait sembler un peu désuet de nos jours, quelque peu suranné, tant la bande dessinée a évolué, tant au point de vue graphisme que rédactionnel, mais cela apporte un témoignage, une vision sur une époque, sur les mœurs et le comportement des différents protagonistes, sur les vêtements et les technologies.

L’étonnement de la Famille Fenouillard pourrait être comparé au nôtre dans certaines circonstances et leur approche d’un monde qu’elle découvre. Ainsi lorsqu’ils sont au Japon, ils sont interloqués, un peu par manque de culture, par la synthèse entre traditions et modernisme, un mélange culturel et une adaptation à un mode de vie qui allient le folklore, les coutumes et l’intégration à une époque moderne.

 

Le pseudonyme de Christophe n’a pas été choisi au hasard puisque de son véritable patronyme l’auteur s’appelait Georges Collomb !

CHRISTOPHE : La famille Fenouillard. Bibliothèque du Petit Français. Librairie Armand Colin. Parution 1927. 272 pages.

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 08:09

Attention dessous !!!

Elton G. RANNE : Chute libre.

Une jeune femme éplorée, du nom de Missy, requiert les services d’Ange Gabriel, un détective, pour retrouver son mari. Elle a déjà fait les démarches nécessaires auprès de la police, mais en vain. Mike le fugueur s’est illustré quelques années auparavant dans le domaine de la boxe, avec à son actif un parcours fort honorable.

Comme une enquête n’arrive jamais seule, le lieutenant Pete O’Maley, ami de Gabriel, lui demande de s’intéresser à une autre affaire. Neil Collins, alors qu’ils étaient étudiants, l’avait pris comme tête de Turc, lui fauchant sa petite amie. Depuis, Collins ne s’est pas arrangé, devenant un sous-fifre de la mafia tandis qu’O’Maley a suivi les traces de son père en devenant policier.

Après quelques frasques à New-York, Collins est actuellement en tôle, inculpé dans une affaire de meurtre et condamné à mort. Son passage sur la chaise électrique est imminent. O’Maley demande à Gabriel de reprendre l’enquête depuis le début.

 

Heureux mariage entre anticipation "angélique" et roman noir, ce livre se veut sans prétention et tient plus que ses promesses. Deux enquêtes menées tambour battant, une histoire en incrustation sans compter les démêlés amoureux de Gabriel l'ange et Cruelle la démone tel est le sommaire de ce roman véritable plaisir de lecture bon enfant.

Dans un style rapide, enlevé, humoristique, nos deux auteurs jouent avec subtilité avec les arcanes du polar et de la science fiction et confrontent habilement l’antagonisme Bien/Mal mais sans barrières rigides.

Ils dénoncent non seulement la peine de mort mais surtout le voyeurisme du public qui se délecte à ce spectacle morbide. Des réflexions sociologiques empreintes de bon sens et humanistes. Ce qui n'empêche pas une grosse dose d'humour.

Le personnage de Gabriel, tenaillé par son passé d’archange, avec ses doutes envers les choix d’un Dieu qu’il ose critiquer, est plus que sympathique. Ses amours interdites avec Cruelle, la démone, leurs rendez-vous en fraude, défiant le temps et leurs maîtres respectifs, ajoutent un petit piment qui n’apporte rien à l’histoire, pouvant faire croire à un bouche-trou, mais fait de cet archange quelqu’un de profondément humain.

 

Le personnage d’Ange Gabriel a été créé par Franck Morrisset dans Ange et la mort et ce n’est pas le seul échange qui a été opéré entre les auteurs. Quant à Elton G. Ranne, c’est le pseudonyme d’Anne et Gérard Guéro qui signent également romans, BD et jeux de rôles sous l’alias de… Ange !

 

Elton G. RANNE : Chute libre. Collection SF Polar N°20. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1997. 224 pages.

ISBN : 2-265-06319-3

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 14:10

Mais l’Ange est immortel…

Franck MORRISSET : L'Ange et la Mort.

En l'an de grâce 2044, le 4 mars pour être précis, A. Gabriel, détective amateur, est contacté par son ami le flic O'Malley qui lui demande de participer à un coup de main contre des importateurs de Z33, une drogue particulièrement nocive.

Le même jour, un inconnu le joint par son système de visiophone et le met au défi. Il avoue avoir trucidé une dizaine de prostituées, allégation confirmée par O'Malley peu après. Gabriel n'est pas un détective privé ordinaire. Il ne court pas les enquêtes pour l'argent. C'est un esthète qui préférerait regarder les lumières de San Francisco, assis sur le toit de son immeuble. Seulement les démêlés de sa conscience, sa vision de la justice et de la morale judéo-chrétienne investie par un maître dont il a contesté les faiblesses, les actes, les renoncements, le libre arbitre, l'obligent à se pencher sur les avatars de ses concitoyens.

 

Franck Morrisset, dont on avait lu avec un certain plaisir le précédent roman, Alice qui dormait, confirme ses dispositions pour intégrer Polar et SF, dans cette histoire de tueur en série, fort bien documentée, et les affres de la conscience d'un personnage atypique. Il utilise les ingrédients du roman noir, urbanité pourrie, drogue, etc. pour y faire évoluer un détective qui sans être manichéen n'en joue pas moins avec le feu du Bien et du Mal.

 Un ouvrage découpé en cinq livres qui reprennent en exergue le poème de Baudelaire : Réversibilité. Humour et psychologie sont au rendez-vous dans ce roman dont la transposition SF ne sert qu'à mieux mettre en scène une histoire quasi classique de privé.

Franck MORRISSET : L'Ange et la Mort. Collection Anticipation Polar SF N°1996. Editions Fleuve Noir. Parution novembre 1996. 224 pages.

ISBN : 2-265-05712-6

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 07:30

Il jouait du piano debout…

Anthony BUCKERIDGE : Bennett et son piano.

Comme pour Bennett et la roue folle, le titre de ce roman n’est pas tout à fait conforme au titre originel, Jennings as usual, qui aurait dû se traduire par Bennett, comme d’habitude, Jennings étant le patronyme britannique du jeune héros de cette série. En effet le piano ne figure que dans certains chapitres alors que l’idée principale réside dans les initiatives, souvent catastrophiques, du garçonnet dans ce pensionnat de Linbury.

Parmi les distractions extrascolaires proposées aux soixante-dix pensionnaires du collège, le bricolage arrive en bonne tête avec la construction de modèles réduits et le jardinage. Et Bennett s’est mis en tête de construire un téléphone artisanal afin de pouvoir communiquer avec ses amis, et plus particulièrement avec Mortimer.

A l’aide de deux boites en métal, fournies aimablement par l’un des professeurs, et un bout de ficelle, il confectionne son téléphone et ça maaarche ! Mieux que les inventions de Gaston Lagaffe !

Tout comme Gaston Lagaffe, Bennett enchaîne les bévues, et parfois ses propos prêtent également à des interprétations ambigües, plus particulièrement de la part de M. Wilkinson, l’un de leurs professeurs. Et les situations souvent burlesques se suivent comme les chenilles processionnaires, au détriment de Bennett, de ses camarades ou des professeurs.

 

Les malentendus sont nombreux entre les divers protagonistes, ce qui n’est pas étonnant lorsque l’on ne permet pas à l’enfant d’aller jusqu’au bout de ses explications, qu’on l’interrompt alors qu’il n’a pas fini de raconter ce qui vient d’arriver, ce qu’il souhaite faire ou à quel problème il est confronté. Un problème qui n’est pas irrésoluble à condition qu’il s’exprime en toute confiance.

Malgré le texte de la quatrième de couverture qui affirme qu’il y a un éclat de rire à chaque page, ce roman est plaisant à lire même si l’on ne rit pas tout le temps, des fois à peine sourire devant les mésaventures de Bennett. De même, il est écrit « Attendez un peu de l’entendre interpréter au piano, d’une manière tout à fait inattendue, un célèbre menuet de Beethoven !... Bon, pour l’entendre, il faudrait que ce soit un livre audio, mais on l’imagine très bien, accumulant quelques fausses notes, ou ne suivant pas le rythme, sauf… quand ayant une mission à effectuer en urgence, il laisse son ami Mortimer dans la salle de musique, seul, le remplacer en alimentant un électrophone diffusant le fameux morceau musical.

Une aimable récréation entre des romans noirs parfois déprimants et il est bon de se changer les idées, à l’aide de romans humoristiques et de se replonger dans des lectures de son enfance.

 

Anthony BUCKERIDGE : Bennett et son piano. (Jennings as usual – 1959. Texte français d’Olivier Séchan). Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Première parution 1971.

ISBN : 978-2010007743

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 08:18

Un atelier d’écriture particulier !

Michel AMELIN : Le secret de Jessica.

Afin de se laver l’esprit de la flopée des romans noirs emmagasinés depuis quelques temps, quoi de mieux qu’un bon petit roman destiné aux adolescents mais que les adultes qui ne veulent pas vieillir lisent avec une certaine délectation, pour ne pas dire une délectation certaine.

Jessica, quatorze ans, est amoureuse. Cela arrive souvent à cet âge là, mais pas que. Donc elle est amoureuse de Kevin, un beau blond aux yeux verts, seulement elle n’est pas dans sa classe et ensuite, il préfère la compagnie de Pauline Turk, une grosse qui bénéficie de ses faveurs, car elle lit, beaucoup, comme lui. Tandis que Jessica, Radis de son nom, préfère d’autres divertissements, principalement rester devant la télévision à se gaver de vidéo.

Les vacances de Pâques, période synonyme d’activités proposées par la Maison des jeunes de Saint-Nazaire, arrivent et Jessica va s’inscrire à un atelier écriture, elle qui déteste ce genre de palliatif aux grasses matinées. Il est bon de s’occuper, c’est bon pour l’esprit, mais de là à s’inscrire à un atelier d’écriture, faut être masochiste ou amoureuse.

Et c’est bien pour cette dernière raison qu’elle s’y inscrit. Kevin doit participer à ce stage, de même que Pauline. Va falloir supporter.

Et le jour dit, Jessica se présente au lieu dit mais se retrouve seule. Les autres participants prévus sont atteint d’une épidémie de gastro-entérite, sauf Pauline qui est en Bretagne chez sa grand-mère. Comme l’écrivain pressenti est déjà là, n’ayant pu être prévenu (à l’avance comme disent les commentateurs qui n’ont pas des pléonasmes !) Jessica va l’avoir pour elle toute seule. Elle se retrouve sous les feux des projecteurs, personne à l’horizon pour lui sauver la mise.

Heureusement elle a lu un livre pour cette occasion. Un bouquin conseillé par Kevin, un pavé de trois cents pages. Maline, Jessica a lu le début puis la fin. Et elle en a extirpé un résumé (j’en connais d’autres qui font pareil, mais je ne les dénoncerai pas !) qu’elle présente à Alex Michelon, l’auteur théoriquement en résidence.

Seulement, ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que cet auteur lui demande ce qu’elle a pensé de certains épisodes qui se déroulent au milieu du récit. Piégée Jessica ! Une romancière britannique qu’il connait fort bien et dont il décline les avatars familiaux avec sa tripotée de gamins. Il lui propose même de lui écrire, l’aidant dans sa rédaction. La journée se termine avec la remise de quelques ouvrages.

Troublée, Jessica reprend le livre parcouru et se demande comment il se fait que l’auteur(e) dédie cet ouvrage aux gains qu’elle n’a pas eu… Y’a un truc et cela la turlupine, jusqu’à ce qu’elle en parle à Kevin remit de ses émotions gastriques.

 

C’est frais, c’est reposant, c’est véridique pour certaines scènes, bref un moment de détente fort bien venu, mais en même temps, une histoire pédagogique pour nos jeunes lecteurs. Car si l’adulte se doute de ce qu’il va arriver, et encore, nos chères têtes blondes (Kevin) ou brunes (Jessica) ou de Turc (Pauline), vont découvrir des dessous auxquels ils ne sont pas toujours confrontés. Quand j’écris dessous, je pense naturellement aux dessous de la littérature, évidemment.

Cet aspect pédagogique est développé en volume de volume sous formes d’annexes, une démarche intéressante que tout le monde ne lira pas forcément. Mais il reste néanmoins que ce petit livre (par le nombre de pages) est vivifiant, empli d’humour. Un humour qui m’a fait songer à Jérôme K. Jérôme (pour ceux qui l’ignoreraient l’auteur de Trois hommes et un chien dans un bateau) et à P. G. Wodehouse, le créateur de Jeeves, summum de l’humour britannique (british pour ceux qui se piquent d’anglicismes).

Michel AMELIN : Le secret de Jessica. Collection Cascade. Rageot éditeur. Parution juillet 1997. 130 pages.

ISBN : 978-2700223637

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 13:48

Retour sur le 5 mai 1988.

Gilbert PICARD : L’affaire d’Ouvéa.

Fin avril, début mai 1988, l’opinion publique est alertée.

Tout d’abord sous le choc, elle sera bientôt irritée par les relations d’une affaire qui mettra aux prises les ténors de la vie politique, le tout savamment entretenu par des médias en quête de sensationnel et qui se délectent de controverses. Quelle joie pour les journalistes d’en rajouter en mettant de l’huile sur le feu.

Entre deux tours de scrutin, en pleine campagne présidentielle, quel plaisir d’étaler au grand jour un scandale et de le nourrir. Cette triste affaire fait les choux gras des hommes politiques, enfin pas tous ! Alors que pendant ce temps des hommes, des femmes pleurent leurs morts.

Il s’agit de la prise d’otages et de la délivrance par ceux-ci par les hommes du GIGN, dans cette île perdue, loin de la métropole, et qui a pour nom Ouvéa, nom de la Nouvelle-Calédonie.

Gilbert Picard est un écrivain, un romancier mais aussi un journaliste intègre, comme devraient l’être les journalistes. Du moins je le suppose. Il ne cherche point à tirer profit d’un scandale, d’une bavure, mais bien de remettre les choses à leur place et de rendre hommage à ceux qui ont été en première ligne, dans tous les sens du terme.

Après avoir été exposés aux coups des machettes et des fusils d’indépendantistes surexcités, ils sont pris en ligne de mire de ceux qui sont restés bien peinards dans leurs bureaux, les charentaises aux pieds, mais qui n’hésitaient pas à alerter l’opinion publique afin de bénéficier d’un racolage payant traduit en bulletins de vote.

Gilbert Picard analyse, commente, dissèque les tenants et aboutissants de cette affaire avec un esprit critique lucide en tentant d’appréhender la vérité au plus près.

Bizarrement, la presse dans son ensemble n’a pas parlé de ce récit documentaire. Aurait-il été dérangeant ? La déontologie journalistique n’était-elle plus ce qu’elle aurait dû être, ce qu’elle devrait toujours être ? Il est vrai que signaler la parution d’un ouvrage, surtout s’il dérange un peu et fait le point sur une vérité bafouée, fait moins vendre d’exemplaires de journaux que dénoncer des bavures, même si les dites bavures sont grossies ou déformées.

Or Gilbert Picard fait revivre, heure par heure, le déroulement exact de l’Opération Victor, en posant quelques (bonnes ?) questions. Pourquoi la prise d’otages a-t-elle été montée pendant la campagne présidentielle ? Que s’est-il réellement passé dans la cuvette de Gossanah quand les forces spéciales ont donné l’assaut ? Quel a été le rôle du capitaine Legorgu promu commandant dès son retour en métropole ? Pourquoi son rapport a-t-il été communiqué à la presse alors qu’il était classé Secret-défense ? Mais il cet ouvrage livre bien d’autres faits passés inaperçus à l’époque par la grande majorité de l’opinion publique.

Gilbert PICARD : L’affaire d’Ouvéa. Document. Editions du Rocher. Parution septembre 1988. 154 pages.

ISBN : 9782268007045.

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 08:16

Mais moi je suis seul…

G. ELTON RANNE : Double jeu.

Alors que Dan Campbell et Spencer Goren, deux détectives en un, ont une fois de plus des problèmes de trésorerie, Mary Blackenship leur propose d'enquêter sur une probable filature dont elle serait la victime.

Or Mary n'est autre que la fille unique du directeur général de la Cryogenic Inc., une société chargée de cryogéniser des personnes désirant ressusciter quelques années, voire quelques siècles plus tard.

A dix neuf ans Mary se conduit comme une révoltée, délaissant ses études, s'habillant en punkette, et nos deux héros ne sont pas loin de la considérer comme une gamine trop choyée par la vie, prenant ses désirs pour des réalités, un peu paranoïaque sur les bords. D'ailleurs c'est ce que pense sa psychologue puisque Mary est assaillie parfois par des souvenirs d'enfance qu'elle ne peut avoir vécu.

Toutefois toute rentrée d'argent n'étant pas à négliger, les deux détectives lui implantent une micro caméra afin de repérer d'éventuels poursuivants. Rien de bien positif jusqu'au jour où la gamine se fait enlever en pleine rue. Spencer et Dan résoudront cette affaire dont les motivations s'inscrivent dans une banalité mercantile avec l'aide de leur ami l'inspecteur Franck Dye qui ne s'embarrasse guère de préjugés lorsqu'il désire arriver à ses fins.

 

Le côté SF n'est qu'un alibi, l'action se passe en 2148, et une actualité récente dont l'héroïne était une brebis, n'est que les prémices de ce que pourraient subir d'autres personnes telles que Mary, si la déontologie médicale et scientifique n'y mettait bon ordre.

Au delà de l'enquête, qui se déroule comme tout bon polar qui se respecte, ce sont les dérives scientifiques qui sont mises en cause et la façon de procéder de la part d'individus attirés par l'appât du gain.

Quant au syndrome de Janus, dont sont affublés nos deux complices en détection, cela pourrait expliquer les agissements de quidams qui se transforment de Docteur Jekill en mister Hyde et ne peuvent donner d'explications à leurs méfaits. A noter que Spencer Goren et Dan Campbell ont déjà vécu une aventure dans Alice qui dormait sous la plume de Franck Morisset.

 

G. ELTON RANNE : Double jeu. Collection SF Polar N°3. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1997. 256 pages.

ISBN : 2-265-05889-0

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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