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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 11:13

Hommage à Pierre Véry, décédé le 12 octobre 1960.

Pierre VERY : M. Marcel des pompes funèbres.

Nous sommes tous guettés un jour ou l’autre par ce que d’aucuns appellent la Grande faucheuse. Tous ! Eh oui, même les croque-morts.

D’ailleurs il le savait bien Octave Lamédée qui avait passé sa vie à travailler avec des morts. Ses derniers jours sont arrivés et après quelques heures de râles et d’agonie, il s’éteint en riant doucement.

Comme s’il venait de jouer un bon tour à sa famille, à ses amis venus l’assister pendant ses derniers moments. Ce que l’on pourrait qualifier d’humour noir.

Jusque là, rien que de très banal, sauf que Bernard Hilairet, son ami, un brocanteur, décède lui aussi dans la force de l’âge. Farce macabre qu’il joue lui aussi puisqu’il meurt assassiné.

Maître Prosper Lepicq, un avocat perpétuellement en quête d’affaires afin de regonfler un portefeuille désespérément vide, averti anonymement de ce crime, se réjouit.

Il a faim, et cette petite enquête qui se profile à l’horizon, avec à la clé un client, non seulement va pouvoir lui permettre peut-être de mettre du beurre dans les épinards, mais de plus s’acheter les épinards.

 

M. Marcel des pompes funèbres est l’une des sept aventures consacrées à Prosper Lepicq, écrites entre 1934 et 1937 par Pierre Véry.

Des six autres romans qui le mettent en scène on retiendra surtout Meurtre au Quai des orfèvres, L’assassinat du Père Noël et Les disparus de Saint-Agil, qui eurent l’honneur d’être adaptés au cinéma.

Le rêve de Pierre Véry était de rénover la littérature policière en la rendant poétique et humoristique, avec des personnages qui ne sont plus des pantins au service d’une énigme à résoudre mais des êtres humains en lutte avec leur vérité.

Et même si ces romans paraissent aujourd’hui gentiment désuets, vieillots, c’est avec plaisir qu’on les lit et les relit.

 

Autre édition : Editions de Flore. Parution 1949.

Autre édition : Editions de Flore. Parution 1949.

Pierre VERY : M. Marcel des pompes funèbres. Collection Le Masque jaune N°2009. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 21 mai 1990. 158 pages.

Première édition : Gallimard. Parution 1934

Autre édition : Editions de Flore. Parution 1949.

Réédition : Le Sycomore. Parution le 10 octobre 1996

ISBN : 978-2702420430

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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 06:51

Scandale dans la famille !

Annie ERNAUX : La honte.

En juin 1952, la petite Annie a douze ans. Elle assiste désemparée à un incident qui va la marquer à tout jamais et auquel peu d'enfants, heureusement, sont les témoins : son père désirant supprimer sa mère dans un accès d'exaspération.

Une photo rescapée de son enfance où elle pose en compagnie de son père lors d'un voyage à Lourdes fait ressurgir les images de cette année 1952 et immédiatement remontent à la surface les petits faits marquants que seule une enfant peut ressentir et emmagasiner au plus profond de soi, sans vouloir vraiment s'en délivrer et qui pèsent sur toute une existence.

 

Annie Ernaux avec pudeur renoue avec le passé, celui d'une génération qui a connu les années d'après-guerre alors que tout était régi par les à-priori, les quand dira-t-on, que le monde commençait au bout du quartier, que l'esprit était obnubilé par la transformation du corps, que l'eau chaude sur l'évier n'était réservé qu'à une élite, que les plus démunis étaient rangés dans la catégorie des "économiquement faibles".

Elle dévoile et se délivre d'un pan de son adolescence, narre avec simplicité ce basculement, ce "dessillement" qui l'amène à ranger les gens en catégories, les pauvres d'un côté, les nantis de l'autre, les faux-bourgeois en forme de traits d'union, comme les arbitres de la société qui n'était pas encore de consommation.

Une biographie dans laquelle pourront se reconnaître bon nombre de lecteurs nés pendant ou juste après la seconde guerre mondiale, parce qu'ils ont connus eux aussi cette période semi léthargique, découvrant peu à peu ce modernisme dont nous sommes aujourd'hui plus ou moins esclaves.

Réédition Folio N°3154. Parution 2 février 1999. 142 pages. 4,85€. ISBN : 978-2070407156

Réédition Folio N°3154. Parution 2 février 1999. 142 pages. 4,85€. ISBN : 978-2070407156

Annie ERNAUX : La honte. Collection La Blanche. Editions Gallimard. Parution 25 février 1997. 132 pages. 12,50€.

ISBN : 978-2070747870

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 05:53

C’est mieux pour ne pas avoir froid aux pieds !

René FREGNI : On ne s’endort jamais seul.

Antoine est veuf et élève seul sa fille Marie, sept ans, adorable petit ange qu’il va chercher à l’école tous les soirs, à cinq heures précises, quelque soit l’issue de la partie de pétanque à laquelle il participe quotidiennement.

Une boule un peu folâtre, qui décide d’aller se cacher dans un égout, et pour une fois le voilà en retard. Marie n’est pas là. Affolé il navigue entre l’école et l’appartement, et vice versa, en vain. Tout cela pour apprendre par des témoins qu’elle serait montée à bord d’une voiture sur l’invitation d’une femme habillée de noir.

Il lui faut se rendre à l’évidence, Marie a été kidnappée. Mais aucune demande de rançon ne lui parvient. Marie est-elle encore vivante ? Il passe ses jours et ses nuits à parcourir Marseille, il use sa santé, ayant plus confiance en lui qu’en la police. Grâce à Carole, l’institutrice, à Jacky Costello alias Cristal, un truand récemment sorti de prison et de Tania la Pute bleue, il entrevoit le petit morceau de ficelle dépassant de la pelote qu’il lui faudra dérouler pour arriver à l’antre du Minotaure.

 

La quête d’un père à la recherche de sa fille enlevée, assassinée peut-être, servant de cobaye à des dégénérés, des pervers, l’amitié qui unit deux hommes dont un voyou au grand cœur, l’aide apportée par une prostituée qui a gardé son âme de fleur bleue, avec Marseille pour toile de fond, tels sont les ingrédients de ce roman qui oscille entre le noir absolu, et le misérabilisme fin XIXème siècle.

Une errance que le lecteur ne voudrait en aucun cas partager.

Parfois dur, très dur, parfois un peu passéiste dans l’évocation du code d’honneur des truands, ce livre vaut surtout par la narration de la douleur du père face à la disparition d’une fille qu’il chérit plus que tout au monde. Avec une vision personnelle et différente de Marseille face à ses confrères qui mettent en scène le port phocéen, qu’il s’agisse de Jean-Claude Izzo, Philippe Carrèse ou Jean-Paul Delfino.

 

Réédition éditions Folio. Parution 14 mars 2002. 172 pages.

Réédition éditions Folio. Parution 14 mars 2002. 172 pages.

René FREGNI : On ne s’endort jamais seul. Editions Denoël. Parution 4 avril 2000. 174 pages.

ISBN : 978-2207250952

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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 05:23

Comment faire le tour du monde avec en poche vingt-cinq centimes ? A méditer par nos hommes politiques au lieu de faire les poches des retraités !

Paul D’IVOI et Henri CHABRILLAT : Les cinq sous de Lavarède.

C’est ce que doit réaliser Armand Lavarède, trente cinq ans, journaliste ayant également poursuivi des études de médecine et scientifiques mais homme dépensier, possédant des dettes un peu partout.

Surtout avec monsieur Bouvreuil, qui pratique l’usure en plus de ses différentes occupations de banquier et financier, agent d’affaires. L’homme, peu sympathique, qui a racheté les quittances de loyer, veut bien passer l’éponge sur ses dettes, des loyers en retard, si Lavarède accepte d’épouser sa fille, la triste et sèche Pénélope. Ce que refuse catégoriquement Lavarède qui ne veut en aucun cas se mettre un boulet à la cheville.

Il est convoqué chez un notaire qui lui signifie qu’il est le légataire universel de son cousin Richard, qui s’était installé en Angleterre, pour un héritage s’élevant à quatre millions environ, et composé de maisons et propriétés, de rentes, d’actions et d’obligations. Mais pour percevoir ce pactole, il devra faire le tour de monde avec seulement vingt-cinq centimes en poche. Et pour vérifier si notre voyageur, qui accepte les clauses du testament, ne triche pas, il sera accompagné par sir Murlyton et sa fille Aurett, les voisins de cousin Richard en Angleterre. Autant Pénélope est moche, autant miss Aurett est belle à ravir. Mais nous ne sommes pas là pour digresser sur les avantages physiques de celle qui va suivre, en compagnie de son père ne l’oublions pas, les tribulations de Lavarède qui devront durer un an, jour pour jour. Rendez-vous est pris donc pour le 25 mars 1892, avant la fermeture des bureaux.

Première étape gare d’Orléans, direction Bordeaux, puis correspondance avec un transatlantique qui va rallier l’Amérique. En gare, comme il connait un sous-chef, il promet à celui-ci une forte somme d’argent s’il parvient à toucher l’héritage. L’homme accepte sans difficulté et Lavarède se niche dans une caisse à piano sur laquelle est apposée la mention Panama. Dans le même train voyagent sir Murlyton et sa fille Aurett, ainsi que l’oiseau de mauvais augure du nom de Bouvreuil, qui doit également effectuer le voyage, étant le président du syndicat des porteurs d’actions du Panama. La conversation s’engage et Bouvreuil sait à présent que Lavarède doit se trouver à bord d’une caisse, miss Aurett l’ayant aperçu.

Heureusement la jeune fille parvient à avertir Lavarède, niché dans sa caisse, et celui-ci a le temps de s’extirper avant que Bouvreuil exige des employés que le caisson soit ouvert. Mais point de Lavarède à l’intérieur au grand dam de l’homme d’affaires.

Nous suivons Lavarède à bord du paquebot qui va le transporter gratuitement jusqu’au Panama, avec à ses trousses Bouvreuil et en compagnie ou suivi de loin, voire parfois protégé par sir Murlyton et sa fille. Surtout sa fille.

Première escale en Martinique, puis arrivée au Panama, qui à l’époque faisait partie de la Colombie, via La Guaira, le port de Caracas au Venezuela. Un nouveau personnage entre alors en scène, don José Miraflorès y Courramazas, un aventurier qui s’accoquine avec Bouvreuil. Puis tout ce petit monde gagne le Costa-Rica à dos de mulets ou de cheval pour les plus chanceux. A la faveur d’une révolution Lavarède se trouve propulsé comme le nouveau président de la république costaricienne. Mais il est bientôt destitué à cause d’une nouvelle révolution et départ pour la Californie où les voyageurs passent quelques temps à Frisco dans le quartier chinois. Ensuite embarquement pour les îles Sandwich, toujours sans payer, car Lavarède trouve une nouvelle astuce pour voyager à bord d’un navire. Il se fait passer pour mort et enfermer dans un cercueil à la place d’un Chinois, membre d’une franc-maçonnerie chinoise.

Tout ce petit monde parviendra en Chine en aérostat, puis la traversée du Tibet verra notre voyageur désigné comme un nouveau dieu.

Les avatars continuent jusqu’à l’arrivée en Europe puis à Londres où Lavarède arrive pile à l’heure, en compagnie de sir Murlyton, qui s’est pris d’affection pour ce compagnon aventureux, et de miss Aurett qui ressent un sentiment nettement plus amoureux.

 

Ce roman a été publié pour la première fois en 1894, mais l’on ne pourra s’empêcher de penser au Tour du monde en 80 jours de Jules Verne, roman publié en 1873. En effet Les cinq sous de Lavarède propose un tour du monde avec retour au lieu de départ à une date fixée par contrat, et les différents moyens de transports employés, par terre, par mer, par air, possèdent un air de ressemblance avec l’un des plus célèbres romans de son prédécesseur qui signait les Voyages Extraordinaires, tandis que la série des voyages imaginés par Paul d’Ivoi se nommait les Voyages excentriques.

L’intrigue et la narration des Cinq sous de Lavarède sont nettement plus enlevés, plus rapides, plus passionnants, moins pédagogiques même si le lecteur voyage beaucoup et sans véritables temps morts. Un roman d’action, d’aventures, dont les épisodes sont parfois rocambolesques, humoristiques, avec ce petit côté ludique, qui ne peut qu’engendrer le plaisir de lire et inciter à se plonger dans d’autres ouvrages du même genre et en déborder pour découvrir d’autres styles, d’autres catégories.

Même si parfois on se rend compte qu’on est en face d’aventures débridées, pas toujours crédibles, on se laisse emporter par ce périple au long cours. Un classique de la littérature qui a été adapté aussi bien en bandes dessinées qu’au cinéma, justement par ce côté grandiloquent dans les situations diverses dans lesquelles notre héros, et ses compagnons de voyage sont entraînés. Sans oublier le cas de Bouvreuil qui suit à la trace ou voyage de concert avec Lavarède et à qui il arrive de nombreuses avanies. Mais chacun des personnages de ce roman est lui aussi confronté à des situations périlleuses ou amusantes, et l’enchainement des divers épisodes oblige le lecteur à poursuivre son chemin sans avoir envie de s’arrêter.

Vous pouvez télécharger gratuitement cet ouvrage, sous la forme numérique que vous souhaitez en cliquant sur le lien ci-dessous :

Paul D’IVOI et Henri CHABRILLAT : Les cinq sous de Lavarède. Collection Mille Soleils d’or. Editions Gallimard. Parution septembre 1980. 450 pages.

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 05:29

Hommage, non national, à René Pétillon,

décédé le 30 septembre 2018.

PETILLON : Folle ambiance.

Le père de Jack Palmer ne se contente pas d'écrire des bandes dessinées, il s'amuse à brocarder joyeusement l'actualité, à donner sa vision ironique d'évènements qui nous préoccupent tous plus ou moins, dans lesquels nous nous sentons concernés à un degré ou à un autre.

Il privilégie les phylactères, jouant avec les légendes dans un registre mordant, accompagnés de dessins épurés. Il égratigne là où ça démange, que ce soit en établissant un état des lieux ou effectuant un bilan spirituel ou de santé, s'intéressant aux médias et leurs remous, surtout télévisuels, ou aux affaires, de Tapie à Tibéri en passant par l'ARC, croyant aux politiques, suivant à la trace Chirac, visitant les paradis étrangers et corse.

 

Quel rapport avec le roman noir ou policier me direz-vous. Tout simplement parce que de nombreux écrivains puisent dans cet inépuisable vivier que Pétillon restitue graphiquement. Là où les romanciers, disons engagés, dénoncent les malversations, les magouilles, les avatars de la vie politique, les enrobant dans une intrigue, Pétillon les croque sur le vif dans un style dépouillé.

 

Cet article date d’octobre 1996, et est paru dans divers supports, papier ou radio, mais par respect pour l’auteur qui m’avait dédicacé cet ouvrage, j’ai préféré le laisser en l’état.

Mais vingt-deux ans après sa parution, on peut se rendre compte que les partis, les hommes, se sont succédé, mais que le résultat est toujours le même, malgré des réflexions parfois fracassantes. Certains dessins pourraient servir de nos jours, suffit juste de changer l’intitulé ou le nom des personnages.

Juste quelques dessins extraits de ce recueil suffiront, me semble-t-il, à restituer l’ambiance.

 

PETILLON : Folle ambiance.
PETILLON : Folle ambiance.
PETILLON : Folle ambiance.
PETILLON : Folle ambiance.
Salon du Livre 2010

Salon du Livre 2010

PETILLON : Folle ambiance. Sélection de dessins parus dans le Canard Enchaîné. Edition Denoël. Parution 15 octobre 1996. 194 pages.

ISBN : 978-2207245064.

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5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 06:31

Faut rigoler, faut rigoler, avant que le ciel nous tombe sur la tête…

Jonathan CARROLL : Le pays du fou rire

L’enfance de Thomas Abbey a été marquée par un livre. Pas bercée, marquée !

Un livre pour enfant qui encore aujourd’hui le fait rêver. Son titre : Le pays du fou rire. Son auteur : Marshall France.

Et lorsque Thomas découvre une œuvre de Marshall France qu’il ne possède pas, il se sent submergé par une irrépressible envie de l’acquérir, quel qu’en soit le prix.

Mais Thomas caresse aussi un projet grandiose. Pouvoir un jour écrire la biographie de Marshall France, ce qui jusqu’alors n’a pu être réalisé malgré les tentatives de nombreux autres fanatiques comme lui.

Il fait la connaissance de Saxony, une admiratrice fervente comme lui, dans une librairie qui recèle un exemplaire d’un livre que tous deux convoitent. Thomas et Saxony, en dépit de nombreux différents, décident d’enquêter dans e village où Marshall France a écrit la plupart de son œuvre.

Un petit village niché dans le Sud profond des Etats-Unis, et dont les habitants accueillent les deux jeunes gens avec sympathie et même les encouragent à mener à bien leur projet.

Ce qui ne manque pas de surprendre Thomas et sa compagne qui avaient été mis en garde contre la difficulté de pouvoir réaliser une telle entreprise.

Au bout de quelques jours, imperceptiblement l’atmosphère change. Des faits étranges se déroulent, comme si Thomas était de l’autre côté du miroir.

 

Ce n’est pas Alice au pays des merveilles. La loufoquerie n’est pas poussée comme dans le roman de Lewis Carroll, mais Jonathan Carroll en digne successeur de son presque homonyme entraîne le lecteur vers le merveilleux, l’étrange, en distillant le suspense à doses progressives.

Et le lecteur ne manquera pas de s’identifier, s’il est un lecteur compulsif désirant connaitre toute l’œuvre d’un auteur qu’il apprécie, le lecteur ne manquera pas de se reconnaître en Thomas. La recherche de livres rares est une chasse qui exige de la persévérance et parfois oblige à se surpasser dans la quête.

Jonathan CARROLL : Le pays du fou rire (The Land of Laughs – 1980. Traduction de Iawa Tate). Collection Science-fiction N°2450. Editions J’Ai Lu. Parution septembre 1988. 320 pages.

ISBN : 2-277-22450-2

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 05:25

Pose les deux pieds en canard
C'est la chenille qui se prépare
En voitur' les voyageurs
La chenill' part toujours à l'heure

Giova SELLY : Gaufres, manèges et pommes d’amour.

C’est l’effervescence sur la place du village. Les forains sont arrivés et montent les attractions pour la plus grande joie des badauds. C’est dans cette ambiance laborieuse mais joyeuse que Vanessa et ses parents, qui possèdent le manège très prisé de la Chenille, vont s’installer pour quelques jours.

Vanessa, quatorze ans, est pressée de retrouver sa cousine Sandrine dont la mère tient un stand de gaufres et autres sucreries. Mais la profession de forain, c’est comme une grande famille qui se retrouve selon les pérégrinations des uns et des autres, selon les villes où ils se produisent. Tout le monde connait Vanessa, et certains n’hésitent pas à lui dire qu’elle va retrouver Christophe.

Christophe, elle l’avait oublié. Pas assez mature pour elle, trop peu hardi. D’ailleurs lorsqu’elle le retrouve, il est en train de jouer seul aux échecs au lieu de monter dans les haubans pour aider son père. Elle n’a peur de rien, n’a pas froid aux yeux, et le démontre lorsque l’occasion requiert ses services.

Le lendemain, alors qu’elle est chargée de l’approvisionnement dans une grande surface, et qu’elle stationne au rayon des disques, elle aperçoit un ado subtiliser un CD, le cachant sous ses vêtements. Elle pense lui sauver la mise en payant à sa place l’objet à la caisse, mais Emilien, tel est le nom du chapardeur, rejoint ses copains, légèrement en colère. Il devait passer un test afin d’intégrer une bande de la cité.

Le soir, cette même bande rôde auprès des manèges et Emilien saute dans une nacelle de la Chenille alors qu’elle se met en route. Vanessa n’écoutant que son courage et une grande part d’inconscience le rejoint et s’assied près de lui, réclamant l’argent du ticket. Emilien ne peut que s’exécuter mais Vanessa est troublée par ce beau jeune homme qui ose braver les dangers. Quant à Emilien, il est en colère car il vient de louper une fois de plus le test d’entrée dans la confrérie des petits voyous de la cité.

Dans cette ambiance festive, Vanessa va se trouver au cœur d’une bagarre entre deux bandes de jeunes, toujours prêts à en découdre, et contrairement à l’idée qu’elle s’en faisait Christophe va se lancer à sa rescousse, puisant son courage pour voler au secours de sa belle, même si celle-ci le dédaignait et se moquait de lui.

 

Un regard porté sur les voyous des cités qui défient la morale, jusque dans les petites villes, et le courage d’une gamine qui tombe amoureuse, du moins elle le croit, tel est le sujet de ce court roman destiné aux adolescents et préadolescents à partir de dix ans.

Un regard porté sur la jeunesse actuelle mais sans violence par Giova Selly avec une certaine tendresse, mais sans concession. L’histoire décrite pourrait se passer chez vous, mais elle est édulcorée car souvent la violence et les dégâts en résultant sont beaucoup brutaux, s’accompagnant de dégradations.

C’est également un mini-documentaire sur le travail des forains vu de l’intérieur. Juste une approche, mais intéressante pour les gamins qui ne connaissent pas l’envers du décor.

Bref, une histoire gentillette à mettre sous tous les yeux et qui aborde des problèmes de société, sans vouloir être moralisateur, avec réalisme.

 

Giova SELLY : Gaufres, manèges et pommes d’amour. Collection Toi + Moi = Cœur N°702. Editions Pocket Junior. Parution 1er février 2001. 120 pages.

ISBN : 978-2266104289

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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 06:12

Juste une mise au point

Sur les plus belles pages de ma vie…

Elie-Marcel GAILLARD : Ponson du Terrail. Biographie de l’auteur du Rocambole.

L’honnêteté intellectuelle est de vérifier les sources d’une affirmation, d’une rumeur, avant de continuer à propager ce qui n’est que l’expression d’un dépit et d’une jalousie à l’encontre d’un auteur.

Ainsi depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles, est attribuée à Pierre Alexis de Ponson du Terrail cette phrase qui a fait le tour du monde et dont se servent encore quelques chroniqueurs afin de se faire mousser en laissant croire qu’ils ont lu l’œuvre du créateur du Rocambole et qu’ils sont les premiers à avoir relevé cette anomalie :

Elle avait les mains froides comme celles d'un serpent.

Cette citation apocryphe ne figure pas dans Rocambole, comme certains le laissent croire, mais est due à Robert Robert-Mitchell, homme politique et journaliste.

La véritable phrase écrite par Ponson du Terrail est celle-ci :

Cette femme avait la main froide comme le corps d’une couleuvre.

Ce qui est non seulement totalement différent mais démontre que la jalousie des uns et des autres peut être non seulement préjudiciable mais se perpétrer sans que personne y trouve à redire. Enfin, si, quelques-uns quand même qui doutaient de cette origine suspecte et Elie-Marcel Gaillard, dans cette biographie, dément catégoriquement tout ce qui est colporté, et redonne quelques citations à leurs véritables auteurs. Et parmi toutes les citations imputées à Ponson du Terrail, bon nombre sont apocryphes. On ne prête qu’aux riches…

Non seulement le mot Rocambolesque est passé dans l’usage courant, parfois à tort et à travers, mais une autre expression est à l’origine d’un courant littéraire, car l’appellation de roman de cape et d’épée a été utilisée par la suite de la parution en 1856 de son roman La cape et l’épée pour certains romans historiques.

Après avoir dressé l’arbre généalogique, remontant jusqu’en 1575, et raconté la jeunesse de Pierre Alexis de Ponson, né le 8 juillet 1829 à Montmaur (Hautes-Alpes) qui ne deviendra de Terrail que pour les besoins littéraires, accolant au nom de son père celui de sa mère, ses relations avec ses grands-parents maternels qui l’ont en partie élevé, son enfance dans la maison familiale de Simiane la Rotonde (Basses-Alpes devenues Alpes de Haute Provence), les différents établissements scolaires fréquentés à Apt notamment puis à Marseille, Elie-Marcel Gaillard nous invite à suivre le jeune homme à Paris où il débarque à l’âge de 18 ans, à la veille de la révolution de 1848, jusqu’à ses débuts littéraires dans de petites revues puis chez Emile Girardin, dans ses diverses publications. Sans oublier son passage dans l’usine d’Alexandre Dumas durant un an environ, en compagnie d’Octave Feuillet, Gérard de Nerval et quelques autres, puis l’arrêt de cette collaboration, la condition d’écrivain anonyme ne lui convenant pas.

Car déjà tout jeune, Pierre-Alexis se nourrissait de la lecture des livres entreposés dans la bibliothèque de son grand-père, et défrayant la famille qui est composée depuis des siècles de notaires et de gens de biens, il a décidé de faire des romans. Et de 1851 jusqu’à sa mort en 1871, date de son décès alors qu’il n’avait que 41 ans, le romancier populaire noircira des centaines de milliers de pages, devenant célèbre et populaire. Ses écrits sont publiés aussitôt rédigés sur les différents supports qui le paient grassement. Et il lui arrive de travailler sur cinq romans à la fois, passant d’un pupitre à un autre, prosateur infatigable. Il avoue qu’il n’a jamais lu ses romans n’apportant que quelques corrections lors de la rédaction.

Cette facilité à produire, cette imagination sans défaut, son sens de l’intrigue n’est pas sans produire d’effets néfastes sur ces relations avec ses confrères, et avec des journalistes-écrivains manqués. L’envie, la jalousie, l’ombrage ressenti, se traduisent par des dénigrements sur son origine, son nom, ses écrits, engendrant des citations apocryphes.

Heureusement Ponson du Terrail ne possède pas que des détracteurs, il a aussi des amis parmi ses relations, et surtout des millions de lecteurs qui attendent impatiemment la suite des feuilletons qu’il produit à la chaîne. Il se réserve dans la journée un temps pour l’écriture et après avoir fourni aux divers journaux qui le publient, il aime se rendre dans des cafés afin de regarder les passants, de se promener dans les beaux quartiers ou les quartiers sensibles, afin de récolter des images, des impressions, des situations, des échanges verbaux qu’il restitue ensuite dans ses ouvrages. Et puis, serait-il devenue secrétaire de la Société des gens de lettres crée par Georges Sand, Victor Hugo, Balzac, Dumas et Louis Dunoyer, puis vice Président, si ses écrits éraient si mauvais que certains le prétendent ?

 

Elie-Marcel Gaillard revient sur tous ces épisodes, l’altération du nom lors de la transcription par des clercs sur les registres de l’état-civil qui lui occasionneront des démêlés juridiques et dont se serviront ses détracteurs, ses réussites, les conflits avec ses confères, des insinuations auxquelles Ponson du Terrail ne prêtait guère attention sauf en quelques occasions, et bien d’autres événements qui sont décrits ici avec preuves à l’appui.

L’auteur de cette biographie aborde également les côtés historiques, politiques, sociologiques mieux faire comprendre l’époque et ce succès phénoménal.

Petite remarque en passant, qui ne manquera pas d’interpeler bon nombre de lecteurs de cet article, des lecteurs qui sont dépendants de la Poste :

Dès que le réseau des chemins de fer le permet, le courrier est acheminé par des trains express, qui comportent d’ailleurs un bureau de poste ambulant ouvert au public. On trouve des boîtes aux lettres partout, aux carrefours des chemins de campagne, dans les gares. Enfin, les tarifs uniformisés sont très raisonnables. A Paris, en 1867, les boîtes aux lettres des quartiers et des carrefours sont levées sept fois par jour. Il y a sept distributions, et « seulement » cinq le dimanche. Une lettre postée à huit heures du soir en province est distribuée à Paris le lendemain matin à dix heures.

Ceci ne souffre d’aucun commentaire, mais on pourra simplement dire, c’était mieux avant. Mais le modernisme est passé par là et surtout les restrictions budgétaires. Ce n’est pas le seul domaine dans lequel on peut enregistrer une régression.

 

L’auteur de cette biographie n’a pas ménagé sa peine, se plongeant dans divers documents, archives et correspondances de Ponson du Terrail avec sa sœur Hortense qui avait laissé ses mémoires, des archives communales et départementales, d’ouvrages imprimés du vivant et après le décès de Ponson alors que celui-ci ne pouvait plus contester les affirmations et extrapolations, et des divers journaux de l’époque.

Une somme de travail impressionnante, et un livre agrémenté de documents photographiques, de documents et de Une de journaux, d’un arbre généalogique et d’une bibliographie partielle s’étalant de 1851 à 1880 pour des ouvrages posthumes, avec les différentes éditions et rééditions. Un ouvrage remarquable qui malheureusement n’est plus disponible chez l’éditeur. Mais avec un peu de chance….

Elie-Marcel GAILLARD : Ponson du Terrail. Biographie de l’auteur du Rocambole. Editions A. Barthélémy. Parution le 1er octobre 2001. 208 pages.

ISBN : 978-2879231167

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 06:47

Une histoire, deux lectures.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

Présenté comme la cent-unième aventure de Bob Morane et paru en volume en 1970 sous le numéro 101 dans la collection Pocket Marabout, cette histoire avait bénéficié d’une publication en bande dessinée entre le mois d’août 1962 et le mois de février 1963 dans le magazine Femmes d’Aujourd’hui.

Sur un scénario d’Henri Vernes, Gérald Forton assumait la partie dessins en noir et blanc. Le nom de Gérald Forton n’est pas inconnu des amateurs de bandes dessinées, car outre le fait d’être le petit-fils de Louis Forton, le créateur des Pieds Nickelés, il a publié dans de nombreux supports pour la jeunesse dont le Journal de Spirou, réalisant soixante neuf histoires de L’Oncle Paul à partir de 1952 (il a alors vingt-deux ans) mais également pour Le Journal de Tintin, Vaillant, Pilote, Pif Gadget, il participé également à d’autres aventures, cinématographiques notamment, comme scénariste-imagier pour Toy Story 1.

 

Les deux versions sont donc réunies dans ce volume mais comme il s’agit d’une publication poche, il vaut mieux posséder de très bons yeux pour en apprécier les phylactères et les lignes du scénario. Toutefois le collectionneur pourra toujours essayer de se procurer la version album parue aux éditions Deligne en 1979.

 

Il faut toujours tenir ses promesses. C’est l’amer constat qu’effectue Bill Ballantine, l’Ecossais géant roux obligé de déguster son chapeau, après toutefois une petite préparation aux oignons et à la sauce tomate, pour avoir déclaré que si lui et ses compagnons arrivaient à attraper Zourk, il mangerait son couvre-chef. Mais pourquoi et comment en est-il arrivé à cette extrémité dommageable ?

Alors qu’ils parcourent les savanes du Tanganyika afin de prendre en photos des animaux sauvages, Bob Morane et son ami Bill Ballantine se trouvent à manquer de pellicules. Ils arrivent dans un petit village, Usongo, qui possède un magasin ancêtre des grandes surfaces, modèle réduit, qui propose aussi bien des armes, des lampes tempêtes, de l’alimentation, et heureusement des pellicules photos.

Six individus qui consomment au bar se moquent des deux aventuriers et les échanges verbaux s’enveniment. Le boutiquier prévient les deux amis que le chef de bande se nomme Tholonius Zourk et est un redoutable chasseur d’éléphants. La bagarre qui s’ensuit tourne à l’avantage de Bob Morane et Bill Ballantine qui prennent une chambre à l’hôtel local.

Le lendemain ils aperçoivent Zourk et ses camarades quitter le village à bord d’un Land-Rover. Eux-mêmes reprennent la route à bord de leur GMC et en cours de route décident de prendre quelques clichés de rhinocéros et autres animaux. Ils entendent un coup de feu tiré au loin ce qui fait fuir les rhinocéros en train de batifoler. Ils se font apostropher par un jeune homme placé dans leur dos qui leur signifie rudement que la chasse est interdite. Ils plaident leur bonne foi mais devant l’injonction de leur interlocuteur de filer en laissant leurs armes, une méprise car il ne s’agit que d’une caméra spéciale que tient Bob, Bill Ballantine se rebiffe. Le jeune homme perd son chapeau et ils se rendent compte avec stupeur qu’il s’agit d’une jeune fille. Ann Kircher démontre que celle qu’il avait inconsidérément qualifiée de minette pratique les arts martiaux avec maestria.

Ann Kircher est la fille du garde-chasse local, un conservateur de gibier chargé de préserver la faune. Le malentendu est rapidement effacé, mais à nouveau des coups de feu se font entendre au loin. Les Kasongos attaquent l’habitation paternelle pense aussitôt Ann. Tout le monde en voiture, Bob Morane au volant de leur GMC et Ann à celui de son véhicule tout terrain. Effectivement, ce qu’Ann avait prédit se produit et ils arrivent à temps, quoique, apparemment, les Kasongos n’ont guère de cœur à l’ouvrage.

Mais leur aventure n’est pas finie. Si effectivement Bob Morane et Bill Ballantine parviennent à s’emparer de Zourk qui dirige les indigènes, ce qui vaut l’épisode mémorable de dégustation de chapeau, celui-ci parvient à s’échapper. Ensuite c’est au tour des deux compères d’être enfermés dans une case par les Kasongos. Grâce à un subterfuge ils s’échappent et retrouvent Ann et son père.

Ann et ses deux compagnons sont à nouveau poursuivis par les Kasongos, Zork à leur tête. Ils suivent trois éléphants, dont un semble mal en point, qui entrent dans une caverne nichée sous une cascade. La terre tremble. C’est le Viraronga, un volcan, qui se réveille, et un feu de brousse se propage.

 

La Piste de l’ivoire est un pur roman d’action et d’aventure, et cet épisode n’intègre pas, comme c’est souvent le cas, d’éléments fantastiques. Pas d’animaux fabuleux, mais la faune sauvage de la savane. Une intrigue mouvementée au cours de laquelle Bob Morane et ses compagnons risquent à plusieurs reprises leur vie, mais leur force de caractère, leur volonté, et une bonne dose de chance leur permettent de braver les éléments et les hommes. Cette histoire est également l’occasion de pointer du doigt les chasseurs d’éléphants et de rhinocéros, des pilleurs d’épaves qui n’en veulent qu’à l’ivoire, denrée fort recherchée pour diverses raisons mercantiles.

Lors de l’écriture du scénario en 1962, le Tanganyika venait d’obtenir son indépendance, le 9 décembre 1961 exactement, et à aucun moment Henri Vernes n’émet un commentaire désobligeant envers cette toute jeune nation. Tout juste s’il se permet d’affirmer que les indigènes ne souhaitaient pas être civilisés, les Pygmées principalement. Mais il reconnait, lors de la rencontre entre Bob Morane et le chef de l’état, qui n’est pas nommé, que celui-ci est un homme affable, compréhensif, désirant aider son quémandeur, se montrant en tous points courtois et diplomate.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

L’épilogue du roman diffère légèrement de celui de la bande dessinée, mais Henri Vernes a rectifié quelques détails lors du passage de la BD en roman, sans que cela soit préjudiciable pour l’un ou l’autre version.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire.

Henri VERNES & Gérald FORTON : La piste de l’ivoire. Collection Bob Morane 2030/101. Editions Ananké. Parution 4 mars 2005. 202 pages.

ISBN : 978-2874181221

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24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 06:40

Par l’auteur de Des souris et des hommes et de

A l’est d’Eden…

John STEINBECK : La grande vallée.

La grande vallée, c’est celle de Salinas, dans le comté de Monterey en Californie centrale. Si aujourd’hui cette ville de Salinas compte environ 150 000 habitants, au moment où John Steinbeck écrivit ce recueil de nouvelles, sa population était de 11 000 âmes environ.

Natif de cette ville, John Steinbeck s’est très souvent servi du décor de ce comté et de ses habitants pour ses romans dont le célèbre A l’est d’Eden qui fut adapté en film par Elia Kazan en 1955 avec à l’affiche l’immortel James Dean.

Ce Prix Nobel de Littérature 1962 s’est beaucoup inspiré de ceux que l’on appelle les petites gens, les paysans, les ouvriers, les immigrants, les humbles, les laissés pour compte, écrivant des ouvrages contestataires, voire révolutionnaires, tel que Les Raisins de la colère, roman dont il n’avait pas présagé le succès et qui fut interdit de diffusion dans certaines villes californiennes. A cause du langage utilisé mais également des idées qui y sont développées.

 

Ainsi dans La rafle, première nouvelle du recueil, deux personnages arpentent les rues de la petite ville californienne. Le plus âgé essaie de rassurer son jeune camarade qui doit prononcer un discours auprès de quelques ouvriers. Le jeune espère devenir délégué tout comme l’ancien. Il connait son discours par cœur. Lorsqu’ils arrivent dans la cabane qui sert de lieu de rendez-vous, personne n’est présent.

Les nouvelles suivantes sont plus intimistes et mettent en scène des couples. Ainsi dans Les chrysanthèmes, Elisa aime jardiner et elle soigne ses plantes, surtout ses chrysanthèmes dont elle est très fière. Elle a la main verte. Son mari lui en fait compliment et lui propose de sortir le soir, puisque c’est samedi. Il vient de vendre une trentaine de bouvillons, à un bon prix, et il doit aller les chercher dans la montagne. Elisa, restée seule, est abordée par un rémouleur-étameur qui parcourt les routes de Seattle à San Diego, en passant par Salinas. Il a emprunté un chemin de traverse, mais même s’il n’est pas sur sa route habituelle, il ne se pose pas de questions. Si, une, comment il va faire pour manger le soir même. Il propose à Elisa d’affuter ses ciseaux, ses couteaux, mais la jeune femme n’a besoin de rien. C’est un peu une récréation dans la vie d’Elisa et elle lui demande de porter des plantes à une voisine et lui offre la pièce pour avoir décabosser deux vieilles casseroles.

Dans Le harnais, nous faisons la connaissance de Peter Randall, un fermier hautement respecté du comté de Monterey. Mais sa femme Emma est malade. Une fois par an Randall part en voyage d’affaires, pour une semaine, et lorsqu’il revient Emma tombe malade durant un mois ou deux. Et puis elle décède. Randall est sonné, et il confie à Ed Chappell, son voisin, qu’il était quelqu’un de bien, sauf une semaine par an. S’il était un homme bien c’était grâce à sa femme qui malgré sa faible constitution savait le diriger. Sauf une fois par an, pendant une semaine.

Le narrateur de Johnny l’ours est le responsable du dragage des marais dans les environs de Loma. Il est hébergé dans une chambre sinistre mais passe la plupart de son temps dans une cambuse flottante, afin de diriger ses hommes. Un soir, dans un bar, il est le témoin d’un spectacle inhabituel, pour lui. Johnny l’ours, un garçon un peu niais, se met à imiter deux habitants du village. Il restitue aussi bien les voix masculines que féminines, ce qui n’est pas sans conséquence sur la quiétude villageoise. Car ce qu’il dégoise n’est autre que ce qu’il a entendu en se planquant sous les fenêtres des habitations et la vie privée est ainsi étalée en public, au grand amusement des consommateurs. Mais il arrive que Johnny l’ours dépasse les bornes.

Mary Teller aime son mari, mais plus encore l’ordre, le rangement, la disposition exacte des objets et surtout son jardin. Elle soigne ses fleurs et son mari n’a qu’à acquiescer devant le sens pratique qui anime sa jeune épouse. Elle est souvent dans son aire de jeu, plantant, enlevant à la nuit tombée limaces et escargots. Et elle se délecte à regarder les oiseaux se désaltérer, surtout une petite caille blanche. Mais elle a peur de l’intrusion d’un chat. La caille blanche, titre de cette nouvelle, est-elle le volatile qu’elle contemple ou justement elle, cette amoureuse de la faune et de la flore ?

Cette fascination pour les animaux, on la retrouve dans Le Serpent. Le jeune docteur Phillips, biologiste, possède un laboratoire à Monterey. Une maison dont une partie est érigée sur des pilotis plongeant dans les eaux de la baie. Il procède à des expériences et à des dissections. Il possède entre autres des serpents et des rats. Un soir, une femme brune vient le rejoindre dans son antre, désirant assister à l’engloutissement d’un rat par un de ses reptiles. Elle lui propose même d’acheter un de ses animaux pour son plaisir.

 

Treize nouvelles d’inspiration diverse mais toutes tournant autour de ce coin de la Californie où John Steinbeck est né, a vécu, et qui a servi de décor dans bon nombre de ces romans et nouvelles. Tendres, humoristiques parfois, émouvantes souvent, dérangeantes également, sociales la plupart du temps. Frustrantes dans certaines conditions car l’épilogue proposé incite le lecteur à poursuivre l’histoire à sa convenance, ou alors, ce même lecteur aurait aimé que cela se termine autrement. Mais c’est bien l’auteur qui décide.

Steinbeck est profondément attaché à sa terre et à ceux qui y vivent, provenant d’origines diverses. Des paysans, des migrants, des petites gens qui évoluent dans des conditions quelquefois dramatiques, se révélant les jouets du destin ou tout simplement subissant des occasions manquées, avec au bout du compte un avenir guère radieux.

A noter que parmi ces nouvelles, Le poney rouge, la plus longue d’entre elles, avait été publié quelques années auparavant comme livre pour enfant.

 

Sommaire :

La rafle

Les chrysanthèmes

Un petit déjeuner

Le harnais

Johnny l'ours

Le vigile

Le meurtre

La caille blanche

Le serpent

Fuite

Le poney rouge

Le chef

Sainte Catherine, vierge

John STEINBECK : La grande vallée. Nouvelles. (The Long Valley – 1938. Traduction Marcel Duhamel et Max Morisse). Collection Du monde entier. Editions Gallimard. Parution 9 février 1946. 280 pages.

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