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3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 05:49

Ce n’est pas ce que l’on appelle la petite mort !

Ruth RENDELL : Douces morts violentes

Ruth Rendell avait l’habitude d’écrire des drames psychologiques à l’atmosphère dense, aux personnages souvent frustres, complexés, pathologiques, mais qui jamais, ou rarement, ont atteint l’intensité qui règne dans ce court roman, ou longue nouvelle, comme on veut.

Intensité d’écriture, intensité des sentiments, crescendo dans l’intensité d’action, tout concourt à en faire une des meilleures productions de Ruth Rendell.

 

Perturbée par la mort de sa mère, Elvira, quinze ans, tient son journal. Perturbation mais également soulagement. Et son journal est le récit de ses relations sentimentales avec Spinny, sa jeune sœur, mais surtout avec son père.

Spinny l’agace parfois, par sa puérilité, ses angoisses nocturnes, son comportement trop terre à terre. Quant aux sentiments qu’Elvira manifeste envers son père, ils sont ambigus mais secrets.

Elle vit en communion spirituelle avec cet homme bien fait de sa personne, distingué mais austère. Austérité entretenue par ses fonctions d’enseignant et d’homme d’église.

Elle lui voue un amour beaucoup trop fort pour être uniquement filial. Et lorsque le père décide de se remarier, pour Elvira, c’est plus qu’une déception, une amère désillusion, une cruelle souffrance. Personne ne peut lui prendre son père, cet être qu’elle adore et partage avec parcimonie avec sa sœur Spinny.

Un jour, c’est le drame. Deux semaines avant la date fixée pour la cérémonie, Mary Leonard, puisque tel est le nom de l’intruse, chute d’un échafaudage, lors de la visite guidée de la cathédrale. Accident ? Meurtre ?

 

Récit d’une crise d’adolescence relatée par celle qui la subit, qui la vit, Douces morts violentes est d’un pathétisme poignant et l’on ne peut que plaindre Elvira dans ses sentiments exacerbés malgré parfois ses propos quelque peu pédants.

Ruth Rendell, dans ce livre, atteint à l’apogée de son art et de ses préoccupations qui la poussent à écrire. Elle excelle dans la description, dans l’analyse du comportement féminin, avec tout ce qui en découle d’angoisse, de souffrance, de persécution, de névrose, délaissant un peu la trame du roman policier pour se consacrer à une littérature, une forme d’écriture plus élaborée et en même plus dépouillée.

Réédition Le Livre de poche no 6645. 1991

Réédition Le Livre de poche no 6645. 1991

Ruth RENDELL : Douces morts violentes (Heartstones – 1987. Traduction Solange Lecomte). Première édition : Editions Belfond. Parution 18 mars 1988. 130 pages.

Réédition Le Livre de poche no 6645. 1991

ISBN : 978-2714421081

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 06:12

C’était avant la guerre des étoiles !

Paul FRENCH : La bataille des astres

La nouvelle fusée Atlas, de conception ultramoderne, est prête à décoller en direction de Cérès. Prévu sans pilote et sans équipage, l’astronef est pourvu d’un robot qui le dirigera jusqu’à destination. Et cet astronef doit surveiller et enregistrer les agissements des Pirates de l’Espace qui tentent de s’approprier les planètes, satellites et astéroïdes alentour.

Sur la Lune, d’où elle doit s’élancer, les derniers préparatifs sont surveillés par les savants Hector Conway et Augustus Henree, tous deux membres du Comité directeur du Conseil des Sciences. Mais ils sont inquiets. Ils redoutent de la part de David Starr, dit Lucky pour sa capacité à se dépêtrer de tous les dangers, une initiative personnelle. Par exemple d’agir seul contre le consulat de Sirius. Normalement John Bigman Jones, surnommé ainsi à cause de sa petite taille, doit surveiller l’intrépide astronaute.

Ils ont raison, car pendant que Bigman détourne l’attention des gardes dans la Base interplanétaire, David Starr s’infiltre dans la fusée. Il sait que les Pirates de l’Espace vont tenter de s’en emparer et il attend tranquillement que ceux-ci se manifestent.

Effectivement, entre Mars et Jupiter, dans une zone où les astéroïdes pullulent, le plus grand d’entre eux étant Cérès, David Starr aperçoit par un hublot un navire de l’espace s’approcher. Bientôt des tremblements secouent la carlingue et il en déduit que les nacelles de sauvetage viennent d’être décrochées. Et au bout d’un moment un pirate s’introduit dans l’habitacle. L’homme est fort étonné de découvrir David Starr, persuadé qu’il était de s’emparer d’un astronef vide.

Débarrassé de son scaphandre, Anton, le responsable des Pirates, et quelques autres dont Dingo, un bagarreur, se demandent ce que fait Starr dans cet engin interplanétaire. Armé de son déflagrateur Starr, qui prétend se nommer Williams, invente une fable pour expliquer sa présence. Il déclare être indépendant, rechercher l’aventure et vouloir se joindre aux hommes des astéroïdes.

Anton, accompagné de ses hommes et de David Starr, inspecte la fusée qui parait inoffensive. Mais lorsqu’ils entrent dans la salle de bain, luxueuse, ils se rendent compte que l’engin est truffé d’explosifs. Starr-Williams est médusé, apparemment, et pour prouver sa bonne foi, il accepte de se battre en duel dans l’espace contre Dingo.

Il gagne et est déposé sur un petit astéroïde sur lequel vit un ermite du nom de Erm. L’homme réside sur ce bout de caillou depuis près de quinze ans, selon ses dires, et il s’est aménagé dans un souterrain un abri plutôt confortable, vivant de conserves et de produits lyophilisés. Le plus étonnant étant la bibliothèque dont les étagères sont pleines de livres-filmés.

Ce ne sont que les débuts de cette aventure périlleuse et Bigman se montrera un allié précieux dans certaines circonstances dans lesquelles David Starr jouera sa vie.

 

Dans ce roman pour la jeunesse à la Jules Verne, Paul French alias Isaac Asimov marie action et descriptions scientifiques, astrologiques et physiques. Mais avec sérieux, car il s’agit bien d’un roman de science-fiction et non de fantastique. Par exemple, les astéroïdes, les planètes, sont dénombrés, nommés, et il explique même comment se repérer dans la galaxie, à la façon des navigateurs en pleine mer, mais les points permettant de se localiser étant bien différents, et devant prendre en compte plusieurs paramètres.

L’auteur revient également sur la jeunesse de David Starr et sur l’accident qui a coûté plus de vingt ans auparavant la vie de ses parents, astronautes eux aussi et disparus dans des conditions plus ou moins mystérieuses.

Ce roman date de 1953 et Isaac Asimov émet des thèses et hypothèses qui sont loin d’être farfelues. Soixante-cinq ans ont passé depuis cette publication, et si effectivement l’Homme est allé sur la Lune, les progrès dans le domaine de la conquête de l’espace sont loin d’être ceux que décrits. Mais avant que la première fusée soit lancée, avec un animal à bord comme être vivant, en 1957, Isaac Asimov voyait déjà grand, mais il n’était pas le seul.

L’Opéra de l’espace, ou Space-opéra, était l’un des thèmes privilégiés en science-fiction. Mais il n’y pas de petits hommes verts sur Mars, dans ce roman. Les Martiens sont évoqués, mais vivent dans des abris souterrains, ne se mélangeant pas, et ils ont sûrement raison, aux humains qui ont colonisé la plupart des planètes solaires.

 

Paul FRENCH : La bataille des astres (Lucky Starr and the pirates of the asteroid – 1953. Traduction de Henri PACQUET). Collection Captain W.E. Johns n° 106. Editions Presses de la Cité. Parution 11 décembre 1954. 192 pages.

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 05:42

Alice, ton pays aux merveilles n'existe plus…

Alice au pluriel. Recueil de 14 nouvelles concocté par Corinne Chollat.

Distillant le fantastique et le traditionnel, revisitant quelques romans célèbres, s’ancrant dans le banal quotidien ou jouant sur l’épilogue à rebond, ce recueil est un véritable patchwork dont le thème récurrent est le prénom féminin d’Alice, sauf le texte de Maupassant où l’héroïne préserve son identité.

Et comme dans tout patchwork, le bon et le moins bon se côtoient. Soit dans le choix de l’idée, soit dans son exploitation, le thème étant trop élastique pour exiger une cohérence. Pourtant l’idée était intéressante et les auteurs pressentis en général des habitués de la littérature dite de genre. Mais l’un ne compense pas l’autre.

L’on pourra regretter l’absence d’introduction de la part de la compilatrice ainsi que d’un dictionnaire des auteurs, même si certains d’entre eux n’ont guère besoin de présentation.

 

Serge Quadruppani : Alice à Palerme. Un écrivain de polars se lance sur les traces d’Alice, une jeune femme connue quelques jours plus tôt. Il pense la retrouver sous les traits d’une adolescente. Le frère d’icelle l’abat, le prenant pour un pédophile, avec un revolver qu’il reconnaît comme la propriété d’Alice.

 

Pascal Garnier : Lyon, “ La Tête d’or ”. Mariée depuis quatre ans, Alice annonce à sa famille qu’elle est enceinte. Un mensonge. La mère d’Alice reprochait à sa fille d’être stérile tout en lui brossant un tableau noir de l’accouchement. A la faveur d’un mouvement de foule dans un zoo, Alice s’empare d’un landau et du bébé.

 

Marie-Claire Boucault : Dead line, Alicia. Une gitane annonce à Alicia que selon sa ligne de vie, elle devrait mourir dans un avenir proche. Très proche. Elle devrait même être décédée, mais peut-être s’est-elle trompée. Alicia est rassurée mais le lendemain elle apprend que dans la clinique où elle a subi une opération bénigne les instruments chirurgicaux n’ont pas été stérilisés et qu’elle est atteinte d’une maladie mortelle.

 

Frédéric H. Fajardie : Adieu Alice, adieu sweatheart. Dans les années 1720, un naufragé est sauvé par un gorille femelle. Lorsque le capitaine d’un bateau veut le prendre à son bord, le naufragé refuse, préférant rester avec celle qu’il a baptisé Alice.

 

Philippe Cariou : Cache-cache. Une mère et son fils jouent à cache-cache dans leur appartement. Mais le fils n’est-il que le fruit de l’imagination de la femme ?

 

Jules Sion : La stratégie du homard. La rupture entre Alice et L.C. est consommée par une claque assenée avec force par l’homme. Alice est affalée contre le mur, ensanglantée. Alice avait une sœur jumelle perdue dans sa jeunesse et élevée une araignée noire. Quelques jours plus tard L.C. retourne chez Alice. Une jeune femme le reçoit, ressemblant étrangement à Alice, et portant le même prénom. Elle est brune et l’araignée représentée sur un tableau dans l’appartement a disparu.

 

Jean-François Merle : Nous nous connaissons maintenant de longue date. Le narrateur a kidnappé une gamine. Il espère obtenir une rançon conséquente. Mais cette supposée gosse de riche n’est que la fille de la femme de ménage et n’a pas de père. Le ravisseur se propose pour remplacer le géniteur.

 

Jacques Vallet : Une vraie femme. Alice a vingt trois ans, est sculpteur et vierge. Entre Julien, quadragénaire malingre, et elle, c’est le coup de foudre. Julien est marié et persuade Alice de rencontrer sa femme. L’épouse se moque de l’amante. Alice avoue au commissaire avoir tué et découpé la mère et l’enfant afin de démontrer qu’elle était une vraie femme.

 

Joseph Bialot : Le mille-pattes, la belle-mère et quatre cents chevaux. Chris a retapé un camion afin de participer au 24 heures du Mans. Alice chargée de surveiller le véhicule s’endort dans la cabine. Lorsqu’elle se réveille un inconnu conduit l’engin et le charge de caisses suspectes. Grâce à la C.B. et l’entraide entre routiers (sympas), tout rentre dans l’ordre et Chris peut participer à la course.

 

Roland C. Wagner : L’autre Alice. Alice est étudiante, l’autre Alice aussi. L’une est sage et réservée, l’autre son contraire. Lors d’une boum organisée chez Alice 1, l’ami d’Alice 2, Manu, se shoote et reste sur le carreau. Panique générale et Alice 1 se retrouve seule. Elle ne peut se débarrasser du cadavre. Le lendemain matin, Manu est sorti de son coma. Cet événement permet à Alice 1 de rayer son double.

 

Alexandre Dumal : Alice au pays des Vermeils. Lui est S.D.F., un mode de vie qu’il a choisi. Célia vient de quitter son amant. Ils font connaissance sur une plage. Un ivrogne les invective et meurt poignardé dans la rixe qui les oppose. Les deux compagnons décident de prendre la fuite. La gare est cernée par les policiers et le S.D.F. apprend en lisant les journaux que Célia, Alice en réalité, vient de tuer la doyenne de l’humanité, une euthanasie pratiquée sur sa trisaïeule.

 

Dorothée Letessier : Et que je ne vous revoie plus. Après quelques années d’absence, Alice déboule dans le foyer de Thomas et d’Anne-Laure, qui fut sa meilleure amie. Elle accuse Thomas de l’avoir violée cinq ans auparavant. Anne-Laure décide de quitter l’appartement conjugal en compagnie d’Alice. Sur le trottoir un pot de fleurs rencontre accidentellement la tête d’Alice. Selon l’enquête qui s’ensuit, Alice passait par hasard.

 

Thomas Lescure : La main de Lewis dans la culotte d’Alice. Charles Dodgson, alias Lewis Carroll, est invité à déjeuner chez les parents d’Alice. Sir Edgar, procureur de la Reine, ne prend pas de gants pour insinuer qu’entre Alice et Lewis…. D’ailleurs une robe appartenant à Alice est découverte près de l’étang, ainsi qu’un appareil photo, propriété de Lewis. Alice survient, habillée de pied en cap, chassant les inquiétudes de ses parents. Dans l’intimité Alice se montre nettement plus audacieuse que son âge ne le laisserait supposer.

 

Guy de Maupassant : La chevelure. Le narrateur prend connaissance d’un cahier écrit par un aliéné : celui-ci a découvert dans le tiroir secret d’un meuble une chevelure appartenant à une morte anonyme. Il est devenu fol amoureux de cette inconnue.

 

Alice au pluriel. Recueil de 14 nouvelles concocté par Corinne Chollat. Collection Fleuve Noir crime N°44. Editions Fleuve Noir ? Parution le 8 juin 1998. 254 pages.

ISBN : 978-2265063938

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 05:25

A ne pas confondre avec le roman éponyme de John Dickson Carr !

André STAR : La chambre ardente.

Afin de préserver l’avenir de son usine de tanneries située à Clermont-Ferrand, Alfred Nauliac a accepté la demande en mariage de sa fille par le baron Darcourt.

Il a préservé son entreprise de la faillite mais sa fille Micheline en a subi les conséquences de plein fouet de même que le jeune Alain Corbières. Corbières et Micheline se voyaient tous les jours car ils travaillaient quasiment ensemble, lui comme ingénieur aux Tanneries de Haute-Auvergne, elle comme dactylo près de son père.

Mais maintenant la donne a changé. Micheline est devenue la baronne Darcourt et vit dans un château non loin de Saint-Flour, entourée de quelques domestiques. Parfois Corbières vient lui rendre visite, lui déclarant sa flamme, mais en pure perte. Micheline veut rester fidèle à son mari, même si elle ne l’aime pas. D’ailleurs elle possède sa chambre particulière dans une aile du château. Quant au baron, il se rend régulièrement à Paris où il rencontre des femmes au lit accueillant, des théâtreuses principalement.

D’ailleurs ce jour-là Darcourt était parti se promener en voiture en compagnie de son chauffeur, ce pourquoi Corbières en avait profité. Mais il faut bien se faire une raison, Corbières doit quitter la belle Micheline, qui n’est pas en train, à la demande expresse de celle-ci. Tous deux ont le cœur gros, et si Corbières s’éloigne, ce n’est pas très loin.

Justement Darcourt arrive dans le parc à bord de sa torpédo, suivi par une limousine. Il a rencontré, par hasard, Chantal Romandes, talentueuse artiste selon lui, et Gaston Perlys, son partenaire- danseur. Chantal fut la maîtresse de Darcourt avant son mariage, et rien ne dit qu’elle ne le soit plus, malgré Perlys. Tout ce petit monde va manger et coucher au château. Et comme le père de Micheline, Alfred Nauliac, vient rendre visite, à l’improviste, à sa fille, cela fait un invité de plus. Plus on est de fous, plus on rit !

Quoique, dans la nuit, Darcourt est retrouvé grièvement blessé. Il parvient tout juste à marmonner quelques mots : on m’a poussé ! Puis il décède. Qui l’a poussé, qui l’a tué ? Darcourt décède de ses blessures.

 

Il ne s’agit pas vraiment d’une enquête policière car la police ne sera pas convoquée. Mais un coupable existe quand même. Mais qui ? Evidemment les soupçons pourraient se porter sur Corbières, mais d’autres présumés fautifs sont en lice.

Roman d’amour qui se clôt par un décès, telle est cette histoire qui malgré tout est charmante, tendre et émouvante. Vendre sa fille à un riche capitaliste n’est guère moral, pourtant c’est ce qui arrivait, et se produit encore, lorsque des enjeux financiers et commerciaux se dressent devant des entrepreneurs acculés par des problèmes d’argent.

Heureusement, tout ceci se finit bien, et la morale est sauve. Nous sommes loin des romans violents, vulgaires, amoraux qui sont le lot de notre littérature actuelle. Il ne faut pas se cacher, tout ceci relève de la réalité, mais c’est la façon de décrire cet état de fait qui est primordial. L’élégance dans les descriptions et les dialogues qui sont une marque de fabrique des auteurs du début XXe siècle et que l’on ne retrouve pas de nos jours.

Quant à cette Chambre ardente, elle est loin de ce que pourriez imaginer. Il s’agit d’un tribunal d’exception qui était en cours aux XVIe et XVIIe siècles, mais adapté dans ce récit sous une forme moins spécifique et royale.

A noter qu’en exergue de ce court roman, figurent deux citations extraites de la correspondance entre Alfred De Musset et George Sand, et réciproquement, datant de mai 1833.

Mais au fait qui était André Star ? Un des nombreux pseudonymes de Max-André Dazergues, le maître de bien des romanciers, à commencer par Frédéric Dard.

André STAR : La chambre ardente. Collection Le Roman du dimanche N°67. Librairie contemporaine. Editions J. Tallandier. Parution décembre 1932. 32 pages.

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24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 04:22

Donne-moi ta main et prends la mienne, l’école est finie…

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons au village englouti.

Et c’est ainsi qu’en ce début du mois d’août, les six Compagnons ont décidé de voyager jusqu’au lac de Maubrac où ils ont loué un gîte rural. Ah les vacances en Auvergne ! Ils en rêvaient, ils l’ont fait.

En réalité, le lac de Maubrac est un lac artificiel car une quinzaine d’années auparavant, un barrage a été construit, engloutissant le village de Maubrac-le-vieux. Seulement, lorsque nos six compagnons, Tidou et son chien-loup Kafi qu’il transporte dans une remorque accrochée à l’avant de son vélomoteur, La Guille, Gnafron, Le Tondu ainsi surnommé à cause de son crâne tonsuré à la suite d’une maladie, Bistèque le cuistot, et j’ai gardé le meilleur pour la fin de cette recension, la belle Mady, arrivent au bord du lac, c’est pour se rendre compte qu’il ne s’agit que d’une étendue marécageuse où ne reste qu’un semblant d’eau.

Le lac est vidé afin de permettre des réparations sur le barrage, des fissures ayant été détectées. Pas de pêche, pas de baignade au programme, il ne leur reste plus qu’à visiter la région. Mais auparavant il faut procéder à leur installation dans le gîte. Ils sont reçus quasiment les bras ouverts par leurs logeurs qui tiennent également un hôtel restaurant où ils pourront, pour une somme modique, prendre leurs repas, si le cœur et surtout le ventre leur en dit. Ce qu’ils ne manquent pas de faire, et comme de plus la popote est bonne, même si elle est rustique, ils y auront souvent recours.

Il n’y a guère de clients dans l’auberge. Deux hommes qui, selon l’hôtesse, sont géologues, et sont déjà venus l’année passée. Ils effectuent des recherches et des pointages sur la baisse des eaux et l’ancien village qui a été détruit et dont il ne subsiste que des ruines.

L’hôtelier leur narre la construction du barrage, le village sous les eaux, l’implantation des habitants dans Maubrac-le-haut, et surtout leur parle de Gambadou, qui aurait perdu la raison en même temps que sa maison. Depuis il vit dans son gourbi qu’il a construit de bric et de broc. Il a été élevé par son oncle et sa tante, qui étaient très riches et ont perdu la vie dans un accident quelques jours avant l’évacuation du village.

Une semaine plus tard, les six compagnons aperçoivent un individu boîteux s’avançant vers les terres découvertes par le lac. Il trébuche dans une mare et manque se noyer. Heureusement les six camarades se portent à son secours. Il s’agit de Gambadou qui se confie à ses jeunes sauveurs. Il est à la recherche d’un trésor que ses oncles et tantes auraient caché avant de mourir. Mais il a beau chercher il ne trouve rien. Pourtant un message codé désigne l’endroit où celui-ci aurait été enfoui.

Ce trésor semble intéresser d’autres personnes, car un message incitant les six compagnons à stopper leur aide à Gambadou leur est transmis. Gambadou lui-même n’est pas à l’abri d’une agression.

 

Une nouvelle aventure pour les six adolescents qui ne manque pas de charme mais est un peu naïve dans sa construction et dans les relations entre les personnages.

En effet, Gambadou le solitaire, le boîteux qui se méfie de tout et de tous, se confie sans réserve à Mady et ses compagnons. Comme ça, parce qu’ils lui ont sauvé la vie. Il leur montre le message qu’il a recopié de mémoire, une sorte de poème qu’il leur faut déchiffrer.

Ceux qui en ont après Gambadou ne sont guère nombreux. Un campeur irascible, et d’autres pensionnaires, outre les deux géologues déjà cités, arrivent à l’hôtel, invoquant diverses raisons pour justifier leur présence. Mais Kafi est là pour les aider dans leurs recherches, sauf pour décrypter le message codé. C’est un enseignant de Saint-Flour, ville située à une trentaine de kilomètres, qui leur fournira une piste. Le seul point véritablement intéressant dans cette histoire destinée aux jeunes adolescents.

Toutefois, l’épisode du barrage et la transhumance des habitants retiennent l’attention mais ne sont guère développés, l’auteur ne devant pas dépasser probablement une pagination exigée par la maison d’édition.

Et l’on se prend à rêver devant l’attitude de ces garçons et fille, et oui Mady est la seule représentante du sexe féminin avec cinq garçons, attitude courtoise et amicale qui ne dégénère jamais. Des amis soudés, voyageant seuls, sachant se débrouiller dans toutes les situations, n’étant pas empotés. Il me semble que de nos jours, peu de gamins de leur âge se montreraient aussi soudés et bienfaisants. Mais n’est-ce qu’une impression de vieux gaulois réfractaire !

 

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons au village englouti. Illustrations de Robert Bressy. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution 11 juillet 1977. 190 pages. Nombreuses rééditions.

ISBN : 2010024877

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 13:18

Ne méprisez pas les collections sentimentales : elles recèlent souvent des perles policières !

Joséphine TEY : Retour au bercail

Surtout lorsque les informations déposées sur certains sites, genre Wikipédia, ou les notules rédigées dans des encyclopédies de référence s’avèrent erronées. Ainsi, concernant ce roman, sur Wiki, le rédacteur de la notule spécifie que ce roman, En trompe l’œil dans la collection Panique N°6, chez Gallimard en 1963, a été réédité dans une traduction tronquée sous le titre Retour au bercail, Paris, Éditions Mondiales, coll. « Intimité » no398, 1979.

Une vérification s’imposait et comme je possède les deux versions, celle de la collection Intimité et celle du Masque, qui est une reprise de la version de la collection Panique, il ne subsiste aucun doute. C’est bien la version Intimité qui n’est pas tronquée ! Quant au Dilipo, le résumé précise que Simon vient d’hériter du domaine de ses parents, ce qui est justement le contraire car s’il avait hérité, l’histoire n’aurait plus lieu d’être. En réalité il est en passe d’hériter !

Juste pour la bonne bouche, avant de présenter l’intrigue, deux extraits prélevé dans la première page du livre version Masque/Panique :

Non, mais sérieusement, lequel était le plus intelligent ? Insista-t-elle, car elle n’abandonnait jamais son idée. Noé ou Ulysse ?

Ulysse, affirma son frère sans lever les yeux de son journal.

Ruth demanda à son tour :

Dis donc, Simon, fêter ses vingt et un ans, ça doit faire un peu comme un mariage, non ?

Non, à tout prendre, c’est mieux que de se marier.

Ah, tu trouves ?

Le soir de sa majorité, on peut danser aussi tard qu’on veut. Pas le soir de son mariage.

 

Voyons maintenant la version Intimité :

Dis, Tantie ? Reprit Jane qui ne se décourageait jamais. Quelle histoire préfères-tu, celle de Noé ou celle d’Ulysse ?

Puis, comme sa tante ne répondait pas, elle se tourna vers Simon, son frère aîné.

Et toi, Simon ?

Celle d’Ulysse, répondit le jeune homme sans lever les yeux de son journal.

Il n’y a que Simon, pensa Tantie, pour pouvoir répondre à une question, tout en continuant à parcourir la liste des chevaux engagés dans le Grand Prix et à manger sa soupe.

Pourquoi préfères-tu Ulysse ? Questionna Jane.

Parce qu’il buvait moins que Noé, répondit tranquillement Simon, qui ajouta aussitôt : C’est curieux, je ne trouve pas le nom de Firelight dans cette liste ?

Dans le fond, murmura pensivement Ruth, devenir majeur, c’est presqu’aussi important que de se marier !

Beaucoup plus ! s’exclama son frère en riant. Une fois majeur, on peut faire ce que l’on veut, tandis qu’une fois marié, c’est est fini.

 

Edifiant, non ?! Comme quoi, il faut se méfier des à-priori et des informations qui se révèlent erronées.

 

Mais revenons à notre intrigue :

Depuis huit ans, Tantie Béatrice élève Simon, Nelly et les jumelles de dix ans, Jane et Ruth. Dans quelques semaines, Simon sera majeur et il héritera de ses parents décédés huit ans auparavant dans un accident d’avion. Il héritera seul du domaine des Ashby selon la loi anglaise. Et Tantie Béatrice se fait du souci. Que deviendront le domaine Lachett, Nelly et ses deux sœurs. Elle ne pense guère à elle, malgré le dévouement qu’elle a prodigué durant ces huit années.

Soudain, sans que rien le laissa présager, Patrick, le frère jumeau de Simon et considéré comme l’aîné refait son apparition. Il avait disparu bien des années auparavant, laissant juste un mot dans lequel il déclarait : Désolé, mais je ne peux plus continuer à vivre ainsi. Ne m’en veuillez pas. Patrick. Ce petit mot avait été retrouvé près de ses vêtements, et tout le monde avait conclu à un suicide, près d’une falaise.

Or Patrick refait surface et c’est lui qui va hériter du domaine. Mais il s’agit d’un faux, d’un sosie, du nom de Rick Farrar, enfant abandonné à sa naissance, élevé dans un orphelinat puis une pension, et enfin ayant parcouru la France et les Etats-Unis, travaillant également sur des navires effectuant la liaison entre l’Europe et l’Amérique.

Rick, de retour des USA, déambulait dans Londres lorsqu’il avait été abordé dans la rue par un jeune homme, un acteur natif des environs de Westover, la grande ville portuaire près de laquelle est sis le domaine de ses parents et celui des Ashby. C’est dire s’il connait bien la famille Ashby et grâce à la ressemblance frappante entre Patrick et Rick, il imagine aussitôt faire passer l’un pour l’autre. Malgré les réticences premières de Rick Farrar, durant quelques petites semaines il va « éduquer » son protégé, lui offrant de nombreux souvenirs, lui expliquant tout ce qu’il devra connaître afin de se comporter en tant que Patrick sans fausse note. Contre rémunération bien sûr, car son statut d’acteur de seconds rôles ne lui fournit guère de subsides.

Rick débarque donc au domaine au grand étonnement de Tantie Béatrice et de ses sœurs, et de son frère naturellement. Pour Simon, il s’agit d’un intrus venu le spolier. Si tout le monde se tient sur la réserve, Rick, qui se fait appeler ainsi prétextant un diminutif de Patrick, tient son rôle à la perfection d’autant qu’il possède de sérieux atouts dans sa manche. Outre qu’il connait parfaitement le domaine, les lieux et les habitants de la région, grâce aux conseils avisés d’Alec son mentor, il est un amoureux des chevaux.

En effet lors de son séjour aux USA, il a travaillé dans un élevage équin. Et donc il n’est pas dépaysé au domaine de Lachett qui est réputé comme centre équestre, accumulant les succès, selon les années dans les divers concours hippiques auxquels participent Nelly et Simon.

 

Dès le début du roman, le lecteur sait qu’il va lire une histoire d’imposture. Et il est le témoin privilégié, assistant aux coups bas concoctés par Simon à l’encontre de ce frère arrivé inopinément et qui va lui souffler son héritage. Il partage également les interrogations, les réserves de la famille Ashby et de leurs amis.

Mais cette intrigue prenant sa source dans une fausse gémellité se mue en enquête de la part de Rick. Patrick est-il vraiment décédé, d’un accident ou d’un suicide, s’est-il enfui, tout autant de questions qui le turlupinent tout en essayant de s’attirer les bonnes grâces de ses proches. Parfois il se demande s’il ne s’est pas embarqué dans une histoire qui pourrait causer sa perte, mais en même temps il désire rester, car outre cette enquête qu’il compte bien mener à bon terme, il se prend d’une amitié amoureuse envers sa prétendue sœur Nelly. Un drame cornélien et comment cela va-t-il se terminer ?

Un roman d’énigme et de suspense psychologique particulièrement prenant, surtout dans la version Intimité.

 

Quant à cette collection Intimité, ainsi que celles de Nous Deux et Modes de Paris qui paraissaient dans les années 1950à 1970, il serait bon de vérifier si les publications sont véritablement tronquées ou non par rapport à d’autres éditions antérieures ou postérieures

Première parution : sous le titre En trompe-l'œil. Collection Panique no6. Editions Gallimard. Parution 1963.

Première parution : sous le titre En trompe-l'œil. Collection Panique no6. Editions Gallimard. Parution 1963.

Réédition Le Masque no2137. Librairie des Champs-Élysées. Parution 16 juin 1993. Traduction de Denise Rousset. 224 pages.

Réédition Le Masque no2137. Librairie des Champs-Élysées. Parution 16 juin 1993. Traduction de Denise Rousset. 224 pages.

Joséphine TEY : Retour au bercail (Brat Farrar ou Come and Kill me – 1949. Traduction de A.M. Jarriges). Collection Intimité N°398. Les éditions Mondiales. Parution 12 octobre 1979.

ISBN : 270742398X

Première parution : sous le titre En trompe-l'œil. Collection Panique no6. Editions Gallimard. Parution 1963.

Réédition Le Masque no2137. Librairie des Champs-Élysées. Parution 16 juin 1993. Traduction de Denise Rousset. 224 pages.

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 06:49

Donc, si je comprends bien, il y en a un premier ?

Pierre Mac ORLAN : Le tueur N°2.

Comme bon nombre de ses confrères romanciers, Gaston Leroux, Georges Simenon et bien d’autres qui avaient débuté leurs carrière dans le journalisme, Pierre Mac Orlan se muait à l’occasion en reporter pour des médias papier. Des reportages d’inspiration diverse et parfois l’affaire qu’il couvrait pouvait donner lieu à un roman.

Le tueur N°2 en est un exemple significatif même si l’intrigue déborde largement du cadre du reportage. En prenant quelques éléments d’une histoire qui s’est réellement déroulée, Mac Orlan construit une histoire qui s’intègre parfaitement dans l’esprit des romans policiers et noirs de l’époque, c’est-à-dire 1935.

Amputé d’une jambe suite à une blessure sur l’Yser provoquée par la Première guerre mondiale, qui n’était pas encore ainsi dénommée à l’époque, Miele Vermeulen ne travaille pas moins comme jardinier dans les environs de Zeebrugge et Knokke-sur-mer. Il vient justement d’être embauché par Mademoiselle Gertrude Gal, une comédienne, qui vient d’arriver en résidence dans une belle villa de style normand.

Lorsqu’il arrive dans le hall, l’effervescence règne. Les malles et les valises encombrent le passage. Une odeur nauséabonde de rat crevé s’échappe de l’une d’elle. Après ouverture, constatation est faite qu’il s’agit d’un cadavre en décomposition qui a été placé dans ce coffre de voyage. Aussitôt Mademoiselle Gertrude Gal fait prévenir immédiatement les policiers de Knokke, tout en constatant que cette malle ne fait pas partie de ses bagages. Un supplément qui n’est pas du tout de son goût et surtout de son odorat. Dernière précision, il s’agit du corps nu d’une femme sans tête.

 

Quelques jours auparavant, à la gare de Victoria Station à Londres, un employé des chemins de fer britanniques a découvert une grande valise suspecte oubliée à la consigne depuis une dizaine de jours. Ce bagage dégageait une odeur suspecte et à l’intérieur étaient nichés les quatre membres d’un corps humain, enveloppés dans un journal. Bertie O’brien, de Scotland Yard est immédiatement prévenu, et son attention est attirée par un article et une photo figurant sur ce journal.

Une certaine Jenny Lowland, de Londres, est recherchée pour un héritage. Or cette femme, le sergent Prince la connait. Il s’agit de Joan Burlington, ancienne girl et capitaine d’une troupe de danseuses, et probablement une proxénète ( ?), ou prostituée. Ne reste plus donc à rechercher l’ami de cette femme démembrée.

 

L’affaire des cadavres de Londres et de Knokke en Belgique se recoupent et le détective O’Brien va être amené, lui est ses adjoints à enquêter de concert avec les policiers belges, se déplaçant sans relâche à Londres, à Brighton, et dans les environs de Knokke et avec des ramifications françaises. L’ami de Joan Burlington est retrouvé, mais pour autant l’affaire n’est pas résolue. S’il avoue le meurtre de Joan Burlington, le cadavre londonien n’est pas celui de la jeune femme. Peut-être celui de Knokke. Mais il réfute avoir un second meurtre sur les bras. Dans ce cas un autre tueur serait dans la nature.

 

Un roman dans lequel Pierre Mac Orlan déploie sa palette de conteur, en proposant une intrigue à double facette, avec des phrases courtes, parfois lapidaires, du moins au début du récit. Ensuite, il devient plus prolixe et son sens poétique s’exprime davantage.

Une véritable machination dans laquelle les policiers, le détective Bertie O’Brien en tête, en perd un peu la sienne, et le lecteur également. Mais ses adjoints ne sont pas des bras cassés, et s’ils sont obligés de marcher sur des œufs, leur cerveau est intact.

Un roman intéressant, qui pourrait être le reflet de l’actualité, les progrès scientifiques n’étant toutefois pas encore autant évolués que de nos jours, ce qui donne du charme à la lecture.

Pierre Mac ORLAN : Le tueur N°2. Préface de Francis Lacassin. Collection L’Imaginaire N°264. Editions Gallimard. Parution 10 octobre 1991. 238 pages.

Première parution : Collection Police Sélection N°7. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution 1935.

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 05:23

Sur le parking des anges

Plus rien ne les dérange

La folie les mélange

C'est la nuit qui les change…

Jean-Pierre ANDREVON : Le parking mystérieux.

Un banal parking bitumé, entouré de tours et de barres d’immeubles, des édifices décrépits aussitôt érigés, et pourtant pour Fabien, c’est un parking bien particulier.

Fabien n’a qu’une petite douzaine d’années, et à cause de son asthme qui le perturbe trop souvent, il est malingre. Il marche la tête baissée, et ce jour-là, revenant de l’école, il découvre une griffe. Mais pas n’importe quelle griffe. Une griffe énorme, grosse comme un couteau ou une serpe. Il la range délicatement dans son sac et franchit la porte de la tour où il habite en compagnie de sa mère Christelle, shampouineuse.

Trois gamins, des adolescents ou en passe de l’être, telle Chafia qui, à douze ans, est déjà bien proportionnée devant et derrière, et les deux grands qui ne manquent pas de se moquer de lui, l’interpellent lui parlant en verlan. Mais peu lui chaut, il a hâte de rentrer chez lui, et en attendant sa mère, il examine sa griffe. Ce n’est pas la première fois qu’il découvre un tel objet incongru sur ce parking, mais là il s’agit d’une pièce de choix, d’une pièce unique dont il aimerait bien connaitre l’origine.

Comme souvent depuis quelques temps, Fabien va manger seul, Cristelle ayant rendez-vous avec un ami. Elle est divorcée et le père est parti un beau ( ?) jour en claquant la porte.

La nuit Fabien entend des bruits bizarres dans l’escalier, des Vroupp, des Rrraaac, des Flaaatchhh, comme si une animal pesant descendait l’escalier. Et il aperçoit derrière les vitres de sa fenêtre une libellule immense, d’au moins un mètre d’envergure.

Un matin, grand remue-ménage sur le parking. Un homme vitupère, sa voiture a été écrasée, comme si un météorite était tombé dessus. Pourtant rien aux alentours. Et Fabien distingue sur le bitume une sorte de décaissement circulaire. Pas très profond, mais quand même, il le sent sous ses pieds.

De quoi l’asphyxier et d’ailleurs ceci ne manque pas de se produire. Il a beau utiliser son dilatateur, rien n’y fait et son professeur inquiet lui ordonne de rentrer chez lui. Sa mère inquiète demande au toubib de passer et Fabien est quelque peu soulagé, mais cela n’est que temporaire. Au bas de l’escalier un vieux monsieur en fauteuil roulant lui demande de pousser son « carrosse » dans la cage de l’ascenseur. L’homme, d’origine étrangère, ne vit dans l’immeuble que depuis quelques mois, et il occupe seul le quatorzième étage de la tour. Fabien est invité à lui rendre visite, une visite qui sera fructueuse pour ses bronches et son appétit de découvertes.

 

Ce court roman destiné aux adolescents à partir de douze ans, est plus qu’une simple fantaisie fantastique dans un univers onirique.

En effet, outre les démêlés de Fabien avec sa maladie, et sa solitude quelques soirs par semaine, sa mère préférant se rendre au restaurant avec un ami qu’il ne connait pas, un message est inclus dans l’intrigue.

Si les gamins de la cité se conduisent en petits voyous pas très méchants sauf par la parole, si une gamine est déjà une véritable bombe à retardement, ce sont les deux personnages clés qui gravitent dans cette histoire qui sont importants, outre Fabien.

D’abord l’homme à la voiture écrasée, qui se révèlera être un chasseur raciste ayant traqué, et abattu, des animaux en Afrique, et l’homme au fauteuil roulant qui prône la conservation de la nature, faune et flore africaines. Un antagonisme qui ne peut que dégénérer. Et pour bien faire passer ce message, rien de mieux que d’y intégrer une dose de fantastique dont on se demande s’il s’agit d’un élément réel ou d’images virtuelles nées dans l’esprit de Fabien. Car le lendemain de la découverte de la griffe, il ne reste plus que de la poussière dans son sac.

Fabien est un gamin solitaire, par force, timide, réservé, et dont l’imagination débordante peut lui jouer des tours. Mais est-ce seulement son imagination qui l’entraîne dans cette aventure ?

Et il faut se méfier, car Jean-Pierre Andrevon possède l’art de faire monter le suspense et de l’entretenir avec simplicité tout en laissant le champ libre à toutes les possibilités.

 

Jean-Pierre ANDREVON : Le parking mystérieux. Illustrations couverture et intérieur : Siro. Collection Les Fantastiques. Editions Magnard Jeunesse. Parution le 5 juin 1997. 112 pages.

Réédition Editions Seine. Collection Maxi Poche Jeunesse. Parution le 4 janvier 2009.

ISBN : 978-2210977488

 

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 05:01

Crieur de journaux, un métier d’avenir ?

Oui, si l’on traverse la rue !

André GILLOIS : 125 rue Montmartre.

L’agitation règne au 125 rue Montmartre, comme plusieurs fois par jour. C’est l’un des dépôts des Messageries de la Presse Parisienne, et les vendeurs se pressent afin de récupérer les lots de France-Soir, Paris-Presse, Le Monde, qu’ils vont vendre dans les rues.

Chacun d’eux possède son endroit particulier et Pascal propose aux automobilistes ses éditions toutes fraîches sorties des imprimeries, à un feu rouge près du Pont de l’Alma.

Ce jour-là, Mémène, la gérante du dépôt s’inquiète. Pascal n’est pas à l’heure du rendez-vous de la distribution. Secrètement elle l’aime bien son Pascal, un garçon large d’épaule, secret, peut-être timide, solitaire aussi. Enfin il arrive, et prend le double de sa charge habituelle. Elle est étonnée, mais lui tend quand même les journaux.

Secret, Pascal l’est. Il ne fréquente pas les autres vendeurs de rue, et ne se confie jamais sur son passé. Pourtant un évènement l’a obligé à sortir de sa réserve naturelle. Alors qu’il se reposait sous une pile du pont de l’Alma, il a aperçu un homme prêt à se jeter dans la Seine. Il intercepte rapidement le candidat au suicide et bientôt les deux hommes se mettent à discuter. Ou plutôt, Pascal écoute l’histoire de Didier.

Didier est marié, mais sa femme, la mère de celle-ci et son frère, n’en avaient qu’à son argent et à sa ferme dans le Lot. Il narre à Pascal comment il a connu cette suceuse d’argent et sa décision de se jeter à l’eau, alors que sa femme et ses complices envisageaient de le placer dans un asile. Pascal ressent envers cet homme perdu comme un début d’amitié, et c’est pour cette raison qu’il lui propose de vendre des journaux, en lui fournissant les ficelles du métier. Et les voilà tous deux présentant leurs journaux aux automobilistes.

Seulement, Georges, un photographe de presse qui déambule en compagnie de son amie Albertine, remarque les deux hommes. Et entre deux baisers et deux photos, Georges prend des clichés de ces vendeurs de rue. Car il est toujours à l’affût d’une photo et d’un sujet de reportage.

Didier va loger chez Pascal tandis le beau ténébreux se réfugie chez Mémène, dont le mari alcoolique tient un hôtel qui sert parfois aux amoureux, ou autres, en manque de tendresse. Et comme Pascal et Mémène elle-même ressentent un vide dans leur existence, nous refermerons discrètement la porte de la chambre qui les accueille.

Le lendemain, Didier est lâché dans la nature avec ses journaux, mais Georges l’aperçoit qui les glisse dans une bouche d’égout. Il est interloqué. Un épisode parmi d’autres dans sa vie de photographe. Néanmoins il le suit.

Didier demande à Pascal de l’accompagner jusque chez sa femme qui habite à Passy, et de récupérer de l’argent. Pascal se laisse embobiner et se glisse dans le parc d’une belle demeure. Il s’empare des billets glissés dans le tiroir d’un secrétaire mais lorsqu’il veut ressortir, le portillon donnant sur la rue est fermé à clé. Il se fait assommer par des policiers qui viennent d’arriver sur les lieux et il est arrêté. Seulement dans la maison un homme est mort, le mari de la fameuse femme selon elle. Or il ne s’agit pas de Didier, au grand étonnement de Pascal. Pascal narre ses mésaventures au commissaire Dodelot qui prend l’enquête en mains.

Le commissaire Dodelot ressent immédiatement une forme d’antipathie à l’encontre de Catherine Barachet qui se tamponne les yeux secs à l’aide d’un mouchoir, afin de faire croire qu’elle est attristée.

 

Il faut peu de choses pour compliquer une affaire et également peu d’éléments pour la résoudre. Il suffit de mettre en place les bons témoins et analyser les situations. Une intrigue classique, bien enlevée, avec peu de personnages, et dont les figures marquantes sont Pascal, Didier et celle qui est considérée comme la femme de Didier, sans oublier Georges qui sera quelque peu le déclencheur, normal pour un photographe.

Naturellement tout tourne autour de Catherine, puisque Didier prétend qu’elle est à l’origine de sa déchéance et de sa fuite, de son envie de suicide. Une machination bien huilée, un piège fomenté avec machiavélisme, mais il existe toujours un grain de sable pour enrayer tout le mécanisme.

Didier en réalité est un être faible, soumis et amoureux :

Elle avait été séduite par sa soumission comme d’autres femmes le sont par les hommes qui les dominent. Et Didier qui cherchait une maîtresse au sens exact du terme, avait trouvé en elle l’autorité un peu froide qu’exerçait sa mère quand il était petit.

Un roman d’époque dans lequel évolue un commissaire bon enfant, situé dans le Paris des années 1950 et qui permet, entre autres, de mieux connaître la profession de vendeurs de journaux, profession exercée par des individus placés en marge de la société, pour diverses raisons. Des hommes principalement qui subsistent grâce à la vente à la criée de journaux dont ils ne tirent pas grand bénéfice.

Ainsi, pour un journal qui coûtait vingt francs, le vendeur percevait la somme de six francs.

Tu gagnes six francs par journal. Tu en vends facilement cinquante, au début. Avec ça tu bouffes si tu ne bois pas trop. Mais tu n’as pas une gueule à boire. Est-ce que tu as de quoi acheter les premiers ? Sinon tu laisses n’importe quoi en gages.

Car la plupart du temps les vendeurs avançaient l’argent pour pouvoir proposer leurs journaux. De nos jours, cette profession est obsolète, comme bien d’autres.

 

Le récit ne manque pas d’humour comme peuvent le démontrer les exemples ci-dessous :

Tu n’embrasses pas mal, dit-elle, quand tu ne penses pas à ce que tu fais.

Ce n’est pas pour dire, marmonna Pascal qui souffrait de la tête, mais ils ne volent pas leur nom, les cognes.

 

Le commissaire se nomme Dodelot. Est-ce un hommage à Francis Didelot, grand auteur de romans policiers de cette époque ? Et, ce qui n’a rien à voir, le juge d’instruction s’appelle Faverolle, ce qui est peut-être un hommage anticipé à un ami blogueur.

 

André GILLOIS : 125 rue Montmartre.

 

Ce roman, Prix du Quai des Orfèvres 1958, a été adapté au cinéma par Gilles Grangier en 1959. Sur un scénario de Jacques Robert, André Gillois et Gilles Grangier, les dialogues étant signés Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux : Lino Ventura, Andréa Parisy, Robert Hirsch,  Dora Doll, Jean Desailly, Alfred Adam, Lucien Raimbourg.

André GILLOIS : 125 rue Montmartre. Collection Le Point d’interrogation. Editions Hachette. Parution 4e trimestre 1958. 192 pages.

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13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 05:19

Les hommes de lettres de la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle vus par l’auteur de la Guerre du feu.

J.-H. ROSNY Aîné : Portraits et souvenirs.

En effet, Joseph-Henry Boëx, plus connu sous le pseudonyme de Rosny Aîné, n’est pas seulement l’auteur de romans de science-fiction et d’aventures préhistoriques, mais également un témoin de son temps. Et dans ses portraits, il nous présente quelques figures marquantes de l’actualité littéraire qu’il fut amené à côtoyer et à apprécier, ou pas, pour diverses raisons.

Robert Borel-Rosny, son petit-fils, qui se maria avec Raymonde Jardé, laquelle fut la secrétaire de l’écrivain, nous présente l’homme de lettres dans une notice biographique qui se lit comme une nouvelle, tant le style est fluide tout autant que poétique, avec cette marque d’affection que l’on réserve à un membre de sa famille que l’on vénère. Mais avec un peu d’emphase aussi.

Né à Bruxelles le 17 février 1856, d’un père français de Lille, et d’une mère flamande d’origine hispano-hollandaise, le jeune Rosny, patronyme qui deviendra son nom de plume, vit ses premières années à Laeken, dans la banlieue bruxelloise, avec sa mère veuve et ses frères et sœurs. A l’école il se distingue par ses capacités intellectuelles, mathématiques et lettres, mais sa passion ce sont les pigeons. Il faut gagner sa vie, et malgré avoir déjà écrit un roman, une pièce de théâtre, des vers et des contes, écrits qui furent brûlés par sa mère, ce fatras d’écriture encombrant les tiroirs, il devient garçon de bureau mais il s’ennuie. Ce monde l’étouffe et il décide de partir pour Londres où il fera ses premières armes littéraires, quelques-unes de ses nouvelles remportant un vif succès.

Mais il sait que s’il veut conquérir le monde, c’est à Paris qu’il doit se rendre, avec femme et enfants, décision prise en 1884. Il a écrit Nell Horn de l’Armée du Salut dans la capitale britannique, et présente en 1886 son manuscrit un peu au hasard, car il ne connait personne, à un petit éditeur de la rue Drouot. L’homme veut bien tenter l’expérience, et quinze jours plus tard son manuscrit est accepté et huit jours après le contrat est signé. Il se plie au jeu, qui est un peu comme un pensum, des dédicaces, et il reçoit un billet émanant du Maître de la Maison d’Auteuil, Edmond de Goncourt, en date du 29 octobre 1886.

Indépendamment de l’intérêt des détails londoniens, une chose me charme chez vous : c’est l’effort du style, c’est l’aspiration artiste.

Une petite phrase qui lui fait chaud au cœur d’autant qu’il est convié le mercredi entre une heure et cinq heure afin de causer avec plaisir du livre paru et de ceux qu’il a en tête.

Rosny vient de mettre un pied dans le cénacle littéraire et il fera la connaissance des grands noms de l’époque et un an plus tard, en 1887, il intégrera la fameuse Académie Goncourt, aux côtés d’Alphonse Daudet, de Flaubert, de Maupassant, de Veuillot, de Barbey d’Aurevilly, de Banville… Académie qui n’est alors qu’un cercle littéraire. La véritable académie Goncourt ne récompensera un roman qu’en 1903 et le prix sera attribué à un roman de science-fiction, Force ennemie, écrit par un romancier franco-américain d’expression française John Antoine Nau.

Rosny Aîné décède le 15 février 1940, après une longue vie consacrée à la littérature sous toutes ses formes, écrits, conférences et autres. Et en 1945, Robert Kalinoswski qui prendra avec sa femme le nom de plume de Robert Borel-Rosny compilera les témoignages de son grand-père sur les littérateurs qu’il fut à même de connaître, de côtoyer et d’apprécier même si parfois, l’auteur du Félin appose quelques coups de griffes.

 

En treize chapitres, Rosny aîné propose sa vision sur de très nombreux confrères qui l’ont accompagné, peu ou prou, durant sa carrière de prosateur. Le premier chapitre, intitulé Roderies, est tout autant une promenade littéraire, géographique, qu’un retour sur ses débuts d’écrivain et familiaux. Son repaire où il s’est installé près du boulevard Barbès, des pages que ne manqueront pas de savourer ceux qui ont vécu ou même tout simplement déambulé dans ce quartier, avec la rue Championnet qui était encore neuve, et non loin Montmartre et ses cabarets. Et plus au nord, Saint Ouen et Saint Denis.

Puis ses promenades sur le Boul’Mich’ où il croise Verlaine et Alexandre Dumas fils. Lisons quelles réflexions ces rencontres imprègnent son esprit :

Je poussais souvent jusqu’au quarter Latin ; J’ai vu passer Verlaine au long du Boul’Mich’, dans son paletot miteux, son écharpe au col, boîteux, laid et vulgaire, je l’ai aperçu devant une absinthe et, malgré ma volonté d’admiration, je ne voyais qu’un vieillot vieillissant.

Alexandre Dumas fils, au rebours, m’a presque charmé, et Dieu sait que j’avais pour l’écrivain une estime plutôt médiocre.

Puis les chapitres s’enchainent, avec La maison d’Auteuil, le grenier transformé en musée. C’est en juin 1933 que Rosny rédige en partie ses souvenirs et il établit le catalogue des écrivains qui fréquentaient le cénacle des frères Goncourt. Se succèdent ou se croisent Alphonse Daudet, surnommé le Cheik, mais aussi Raffaelli le peintre, Caraguel le logicien, et combien d’autres, appréciés ou non.

A propos de Zola, voici ce qu’en écrit Rosny :

Parmi les morts, Zola… Aussi gras alors qu’il sera maigre bientôt, triste, désabusé, un pli d’amertume à la commissure des lèvres, le front beau et spacieux, le visage quelconque. Son succès ne l’égayait pas, il lui arrivait même de dire « On ne me lit pas ». Par quoi il entendait qu’on le lisait mal.

Un regard d’entomologiste qui continue son exploration dans les autres chapitres, entrecoupés d’une impressionnante iconographie, gravures, photographies, et nous livre des figures célèbres ou oubliées déclinés ainsi : Raoul Ponchon, Jean Lorrain et Octave Mirbeau, Le père Hugo, L’ange gardien d’Anatole France, Une soirée chez Proust, Willy, Avec Paul Adam, Jean de Bonnefon, pour finir enfin avec La Société des Gens de lettres.

Une rétrospective littéraire qui ne pourrait qu’intéresser tous ceux qui, férus de littérature, quelque soit le genre qu’ils apprécient, désirent en connaître un peu plus sur l’époque et ceux qui gravitaient sur la Planète des Lettres.

J.-H. ROSNY Aîné : Portraits et souvenirs. Notice biographique de Robert Borel-Rosny. Edité par la Compagnie Française des Arts Graphiques. Parution 1er trimestre 1946. 112 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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