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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 04:54

Donnez, donnez moi, Donnez, do-donnez, Dieu vous le rendra?

Howard ENGEL : Un privé dans les Algonquins

Aux Etats-Unis, les églises fleurissent comme des pissenlits au printemps dans un pré.

Il suffit d’avoir du bagout, une connaissance assez poussée des Ecritures, placer au bon moment une citation, être la victime consentante d’une vision, se sentir investi d’une mission, et vous voilà paré pour créer votre église.

La voix chargée d’émotion et de courroux, la diatribe aisée et virulente à l’encontre des pêcheurs, l’œil de velours hypnotiseur, tels son les atouts indispensables pour s’instaurer prédicateur. Il ne reste plus qu’à trouver les âmes en peine avides de salut et de les pressurer pour engranger quelques milliers, que dis-je, quelques millions de dollars.

Norbert E. Patten, fondateur de « L’Eglise Fondamentale » est dans une mauvaise passe. La Cour Suprême des Etats-Unis veut fourrer son nez dans le statut légal de cette église au sujet des impôts, et certaines personnes de son entourage commencent à déserter le bateau qui prend l’eau. Ils tentent de récupérer leur mise augmentée des intérêts : une modique somme d’argent qui s’élève à quatre cents millions de dollars.

Patten s’est réfugié au Canada, dans le Parc des Algonquins, sur les bords d’un lac, et Benny Copperman, détective privé juif, est chargé de le surveiller, et de l’empêcher de jouer les filles de l’air. Un petit boulot tranquille en apparence pour Benny qui va pouvoir allier les joies de la nature, la pêche par exemple, aux servitudes de son métier d’enquêteur.

Mais Benny ne se sent guère l’âme rurale et écologiste, lui qui a toujours vécu en ville. Heureusement l’opportunité lui est donnée de sauver la vie à Patten et par conséquent de faire la connaissance du prédicateur en fuite. Les journées sont assez relaxes : parties d’échecs ou de pêche, soirées dans une grange aménagée en compagnie de voisins aspirant au calme et à une semi-solitude. Mais le décès, non accidentel, d’Anéas, un guide indien, rompt la bonne entente qui régnait entre les divers personnages gravitant autour du motel.

 

Howard Engel a créé le personnage d’un détective privé sympathique et pour une fois sans problème, ce qui nous change de la profusion d’enquêteurs affligés d’une tare quelconque indispensable à leur renommée littéraire.

A part être juif et donc d’avoir des problèmes de conscience, d’effectuer ses enquêtes démuni d’armes à feu, d’apprécier modérément la campagne et de cuire ses œufs durs pendant trois quart d’heure, Benny Cooperman est un homme normal, un détective que l’on retrouvera avec plaisir.

 

Howard ENGEL : Un privé dans les Algonquins (Murder see the light – 1989. Traduction de Yves Manciet). Collection Fenêtre sur nuit. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 278 pages.

ISBN : 9782268011271

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 05:06

Tout a une fin !

Agnès LAURENT : L’ultime rendez-vous.

Lorsqu’elle a aperçu l’automobile de luxe se garer dans la cour de la ferme familiale, Rose-Hélène, dix-huit ans, est fascinée par l’un des deux hommes qui se trouvaient dans le véhicule.

Alors que l’un est grand et fort, élégant, l’autre est chétif, assez laid, tenant contre lui un porte-documents de cuir noir. L’homme élégant n’est autre qu’Alban de Civray, le grand romancier, accompagné de son secrétaire et collaborateur Karl Spencer.

Alban de Civray, qui se montrera par la suite Alban si faux, est en manque d’inspiration, du moins c’est ce qu’il prétend, et lorsqu’il a aperçu l’habitation et surtout la jeune fille qui était derrière la fenêtre, il a senti qu’il venait de rencontrer son destin. Il lui demande se sortir et de s’allonger sur l’herbe, et de se raconter. Rose-Hélène parle de tout et de rien et il semble subjugué. Il la rencontre à nouveau par trois fois, les parents sont fiers qu’un si bel homme s’intéresse à leur fille qui vient tout juste de fêter son anniversaire. Et peu après c’est la marche nuptiale. Mais attention à la marche !

Car Alban de Civray se révèle despotique, et Rose-Hélène, toujours sous le charme, devient sa chose, son esclave, sa poupée, son automate qu’il débranche selon son bon vouloir.

Un jour Pierre demande à être reçu par le romancier. Il est dessinateur et désirerait illustrer les romans d’Alban de Civray. Rose-Hélène et Pierre se reconnaissent. Ils étaient amis lorsqu’ils étaient plus jeunes. Leurs chemins ont divergé et c’est par hasard qu’ils se retrouvent. Mais entre Pierre et Rose-Hélène, se noue un début de passion. Alban se montre agréable auprès du dessinateur, mais il ne manque d’envoyer des piques à sa jeune femme.

Alors qu’elle n’a que vingt-et-un ans, Rose-Hélène devient veuve. Albin de Civray décède dans un accident de chemin de fer. Son secrétaire qui l’accompagnait a la vie sauve, mais il subit une sorte de perte de mémoire. La dépouille de l’écrivain, surtout son visage, sont en tellement mal en point, qu’il est difficile de l’identifier. Un linge blanc entoure sa tête et elle n’a pas le droit de le soulever. Seule la bague qui orne un de ses mains atteste qu’il s’agit de son époux.

Seulement, des phénomènes étranges se produisent lorsque Rose-Hélène s’introduit dans le bureau de travail. Bureau dans lequel elle n’avait jamais mis les pieds. Un disque se met à jouer l’air musical préféré d’Alban et elle croit apercevoir un fantôme. D’autres manifestations induisent la jeune veuve à croire que son mari n’est pas décédé et qu’il se joue d’elle. Elle décide de se terrer dans la maison de campagne qu’il possédait en Normandie, mais là aussi, des faits angoissants alertent Rose-Hélène qui pense devenir folle. Heureusement elle a en Pierre un ami fiable.

 

Ce roman, écrit à la première personne, repose sur l’angoisse latente qui monte en puissance, complétée par ces étranges manifestations qui induisent une présence fantômatique, et confinent à provoquer une ambiance, une atmosphère fantastique.

L’intrigue est habilement menée et le lecteur, tout comme l’héroïne malheureuse du roman, est mené par le bout du nez, ou des yeux, jusqu’à la conclusion finale. Il ressent les affres de Rose-Hélène, les partage, voudrait prendre la jeune femme sous son aile, l’aider dans ses recherches. Son ami Pierre est là pour lui remonter le moral, l’aider dans ses démarches, dans son enquête, dans ses montées d’angoisse. Mais Pierre est-il vraiment l’ami passionné qu’il prétend être ou ne joue-t-il pas un double jeu ? A moins que ce soit le secrétaire, remis de ses émotions, qui se montrerait comme la doublure de l’écrivain. Alban, qui ne serait peut-être pas décédé dans des circonstances dramatiques, jouerait-il les fantômes dans l’unique but de perturber mentalement Rose-Hélène ?

Sous le pseudonyme d’Agnès Laurent se cachait Hélène (demi-prénom de l’héroïne !) Simart, qui écrivit de très nombreux romans sentimentaux. Selon la fiche Wiki qui lui est consacrée, Hélène Simart est née le 15 octobre 1918 et serait décédée en 1984. Mais d’après le site Décès en France, elle serait décédée le 1er mai 2013 :

Voir également la fiche concernant Agnès Laurent ici :

Agnès LAURENT : L’ultime rendez-vous. Collection Angoisse N°188. Editions Fleuve Noir. Parution 4ème trimestre 1970. 240 pages.

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 04:58

Elles jouent aux quatre coins ?

J.B. LIVINGSTONE : Quatre femmes pour un meurtre.

Malgré tous ses efforts, l’inspecteur-chef Higgins n’arrive pas à déguster une retraite heureuse et amplement méritée. Si ce n’est pas le Yard qui le consulte, c’est un ami qui requiert ses services en faisant jouer la corde sensible.

Watson B. Petticott, l’une des têtes pensantes de la Banque d’Angleterre, demande à Higgins de vérifier une information : Archibald Stanley, l’un des financiers les plus puissants de la planète, serait mort assassiné. Une rumeur qui met en péril et en émoi tout le système bancaire et boursier.

Higgins accepte cette mission d’autant que Barbara Stanley, la fille du milliardaire, lui a écrit par deux fois, implorant presque sa venue. Le domaine d’Archibald Stanley est une immense propriété dans laquelle il est extrêmement difficile d’entrer, surtout si l’on est un homme. A part Stanley, n’y vivent que des femmes. Même le chef de la sécurité est une représentante du sexe dit faible.

Stanley a été abattu dans son bureau de quatre balles de revolver, le jour de son anniversaire. Mais une formidable volonté et une constitution solide lui permettent de survivre à cette tentative d’assassinat. Cependant il est plongé dans un état comateux.

Qui de Victoria, sa mère, d’Emily, sa femme, de Barbara, sa fille, ou de Laurie Warner, sa maîtresse, a osé tirer sur le milliardaire ? Quel en est le mobile ?

Enquête complexe pour Higgins, assisté de l’inévitable Scott Marlow, superintendant de son état. Complexe mais non dénuée d’embûches, pour ne pas dire de danger.

Cloîtré dans un immense domaine, Stanley ne voit sa femme Emily qu’une fois par an, lors de son anniversaire. Le reste du temps elle vit dans une villa de style colonial à l’intérieur du domaine.

Victoria, la mère de Stanley, passe son existence dans une ferme africaine, entourée de marigots où sommeillent des crocodiles. En pleine Angleterre ? Mais si, c’est possible !

Laurie Warner se contente d’être l’amante, et Barbara, la fille, entre deux cours à Oxford, s’applique à prendre la relève paternelle.

Entre ces quatre femmes, l’ambiance est plus que tendue. Un jour ça pète. Le jour où Stanley sort du coma, il se refuse à dire qui a tiré sur lui. Mais le sait-il vraiment ?

Retirer une enquête à Higgins lorsqu’on l’a presque forcé, obligé à s’y atteler, c’est tenter de reprendre à un chien affamé un os à moelle. Higgins fouille, écoute, inscrit sur son petit carnet noir, réfléchit, enquête à gauche et à droite. Une bien vilaine affaire dont l’origine remonte à quelques vingt-cinq ans en arrière, lorsque Stanley a fait la connaissance de celle qui allait devenir sa femme, en Afrique Centrale, alors que leurs pères respectifs s’entretuaient lors d’une chasse au lion.

 

J.B. Livingstone, avec ce seizième roman, reste fidèle à sa ligne de conduite : facture classique teintée d’exotisme relatif, et un final dans lequel les quatre suspects sont tour à tour inculpés et blanchis.

Mais J.B. Livingstone s’amuse et prend le roman policier comme une récréation, tout en démontant les recettes de vieux maîtres ou en inventant de nouvelles possibilités.

Rigueur et pointe de fantastique pour pimenter une recette éprouvée mais remise au goût du jour.

J.B. LIVINGSTONE : Quatre femmes pour un meurtre. Collection Les dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution octobre 1990. 242 pages.

ISBN : 9782268010489

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8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 05:12

Dommage que la quatrième de couverture en dévoile un peu trop!

M.A. RAYJEAN : Le sang et la chair.

Il fait froid et pourtant Auguste Corvac, dit Guste, et son compère Julien Chaumet transpirent. Ils sont en train de creuser la tombe du père Jerrin qui est décédé contre toute attente. A soixante-dix sept ans, il était encore solide, mais la mort a ses raisons que la raison ignore.

Pour se donner du courage, les deux hommes se désaltèrent en buvant au goulot du bon rouge de chez eux, des côteaux du Vivarais. La tombe est prête, deux mètres de profondeur, et le cercueil pourra reposer à l’aise sur sa couche de terre.

Le lendemain, Auguste s’aperçoit que la fosse a été violée et que le cadavre a disparu emportant avec lui son cercueil. Comme Auguste déguste un peu trop de vin local, il ne peut s’empêcher de parler et le lendemain, les pandores sont au courant de cet incident de parcours du cadavre. Ils font procéder à une vérification, le paletot de bois est revenu dans sa douillette fosse.

Seulement, d’autres villageois sont victimes d’accidents inopinés. On commence à se poser des questions, car de plus en plus les macchabés sont jeunes, et habitués aux travaux qu’ils effectuaient lors des accidents.

Le docteur Vessec est appelé au chevet des mourants comateux et leur injecte un liquide, soi-disant pour les stimuler. Rien n’y fait, et le curé a du travail sur l’autel.

Un journaliste qui émarge à un canard parisien, L’Echo-Noir, un magazine qui ne publie que des trucs bizarres, s’installe à l’un des deux hôtels-restaurants-bars du village. Il passait par hasard, paraît-il, et la rumeur lui étant venue aux oreilles, sa main l’a démangé de rédiger un papier sur ces événements qui occupent les esprits.

Nous donnons à grignoter à nos lecteurs des histoires de tables qui tournent, de maisons hantées, de gens possédés… Vous voyez le genre ? Mais nous essayons, dans la mesure du possible, de donner une explication logique, scientifique, à ces événements.

Effectivement, une explication logique se dessine, notamment lorsqu’une femme est retrouvée morte dans la neige, en dehors du chemin qu’elle devait parcourir pour rentrer chez elle. Certains l’ont vue divagant auparavant comme un zombie.

Henri Gil, le journaliste, prend cette affaire au sérieux et il enquête en compagnie de Julien Chaumet, plus jeune et surtout plus sobre que son ami Auguste. L’aide-fossoyeur lui avoue avoir une nuit voulu éclaircir ces mystérieuses disparitions et s’être endormi contre le mur du cimetière. L’hypothèse d’une hypnose est avancée.

 

La lecture de ce roman est quelque peu gâchée par la quatrième de couverture un peu trop explicite.

Le médecin, par petits coups, accentue cette incision, place des écarteurs. Il fend littéralement en deux le thorax. Les chairs apparaissent, molles, flasques, baignées de sang. Vessec farfouille avec une sorte de frénésie, de volupté, dans ces entrailles glacées...

Une scie grince affreusement sur les os. Ce bruit énervant perce littéralement les oreilles et peut être est-il plus éprouvant pour les nerfs que les hurlements démoniaques. Il rend fou !

Rugge scie les côtes comme il scie des rondins. Son outil est beaucoup plus fin, voilà tout, mieux adapté. Il scie comme un boucher dépouillant un bœuf, avec un ricanement perpétuel, horrible...

Mais la fin est assez étonnante et réserve quelques surprises. Heureusement.

Tous les lieux cités par M.-A. Rayjean existent réellement et les habitants deviennent à leur insu des personnages de roman. Sauf quelques-uns qui sont totalement issus de l’imagination de l’auteur lequel nous offre un bon roman de suspense et d’angoisse.

L’atmosphère est légèrement fantastique, mais pourtant tout est cartésien, ou presque. L’auteur joue surtout sur la montée de l’angoisse et ce roman préfigure ce qui sera développé plus tard dans des romans composant la collection Gore. Mais seulement dans quelques passages, significatifs certes, mais qui n’encombrent pas le récit. Et qui justifient l’extrait placé en quatrième de couverture.

M.A. RAYJEAN : Le sang et la chair. Collection Angoisse N°178. Editions Fleuve Noir. Parution 1er trimestre 1970. 240 pages.

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 05:07

Un bunker, l’idéal pour se confiner ?

Georges-Jean ARNAUD : Bunker-parano.

Trente ans, divorcée, au chômage depuis quelques années, Alice s’est réfugiée dans l’alcool, principalement le cognac.

Pour survivre et payer son liquide favori elle se prostitue à l’occasion. Un employé de la mairie lui offre de reprendre son ancien métier, assistante sociale, et de s’installer dans un immeuble promis à la démolition dans le cadre de la rénovation du quartier.

Peu de temps auparavant un couple s’est suicidé par peur de l’expulsion et un journaliste qui a couvert l’affaire a été licencié. Elle doit se renseigner sur les locataires, armés, qui amassent les provisions comme s’ils devaient tenir un long siège. A aucun moment la maison est vide.

Arbas, un cadre au chômage, fixe les règles de vie, les sorties des autres locataires. Alice, aidée par le journaliste qui va s’installer chez elle, enquête, perquisitionne, intriguée par le comportement de ses voisins et découvre des anomalies comme le logement vide dont les pièces ont été redistribuées.

 

Outre le problème immobilier, ce sont les difficultés d’intégration et le racisme qui sont évoqués dans ce roman qui baigne dans une atmosphère d’angoisse permanente et feutrée.

Et l’on retrouve dans ce roman l’un des thèmes chers à G.-J. Arnaud, celui de l’immeuble, où vivent des habitants solitaires ou en délicatesse avec leur entourage, dont l’un des plus représentatif est Le coucou.

Cet ouvrage a été réédité dans la collection Crime N°7 au Fleuve Noir en 1991

Cet ouvrage a été réédité dans la collection Crime N°7 au Fleuve Noir en 1991

Réédité chez Zulma en 1998.

Réédité chez Zulma en 1998.

Nous n’oublierons pas Georges-Jean Arnaud, décédé le 20 avril 2020, quelques semaines après l’hommage à lui et à ses romans dans la revue Rocambole 88/89.

Georges-Jean ARNAUD : Bunker-parano. Collection Spécial Police N°1743. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1982. 192 pages.

ISBN : 2265020427.

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6 janvier 2021 3 06 /01 /janvier /2021 05:29

Hommage à Claude Bolling, décédé le 30 décembre 2020.

Claude BOLLING et Jean-Pierre DAUBRESSE. Bolling Story.

Le Magnifique, Borsalino & Co, Flic Story, Trois hommes à abattre, La ballade des Dalton, Les Brigades du Tigre, autant de musiques de film et de dessins animés ou de séries télévisées qui trottinent dans les oreilles sans être pour cela cinéphile. Autant de morceaux composés et interprétés par Claude Bolling et qui sont indissociables des films précités, à se demander si ce sont les airs qui ont forgé les succès cinématographiques, ou le contraire.

Né à Cannes le 10 avril 1930, son père y tenait un hôtel, le jeune Claude Bolling, son vrai nom, commença son éducation musicale à l’instigation de sa grand-mère maternelle. Pourtant il avait une prédisposition naturelle pour le dessin et l’assemblage de maquettes dont il construisait les pièces.

A douze ans, le jeune Claude « infligeait à tous les claviers qui [lui] passaient sous la main, au grand étonnement des adultes devant le petit garçon qui jouait du jazz » son interprétation de Saint-Louis Blues, empruntée à un pianiste en vogue à l’époque, Charlie Kunz, grand pontife des pianos bar.

Jusqu’au jour où l’un de ses proches lui dit : « Tu sais, le jazz ce n’est pas ça. Le VRAI jazz, c’est Fats Waller ». Pourtant, c’est entendant sur un phonographe à manivelle un 78 tour de Duke Ellington, Black and Tan Fantasy et Créole Love Call datant de 1927, qu’il ressentit ses premiers émois de futur musicien et compositeur. Duke Ellington qui après être un mythe devint son modèle et son maître.

C’est en remarquant une affiche annonçant le Tournoi des amateurs du Hot Club de France que le destin va basculer. Il n’a que quatorze ans, compose un peu et dispose déjà de solides connaissances musicales. Charles Delaunay qui l’entend interpréter un morceau de sa composition, décide de le programmer, et c’est devant un public enthousiaste qu’il obtient un franc succès et les encouragements du jury.

Comme il ne maîtrise pas complètement les subtilités des accords de septième, il est recalé au concours d’entrée à la SACEM. Claude travaille avec opiniâtreté et l’année d’après il remporte ce tournoi des amateurs du H.C.F. devant des candidats adultes dont Eddy Barclay, repasse le concours d’entré à la SACEM et en devient à quinze ans le plus jeune sociétaire.

Mais, infatigable, il ne s’arrête pas là. Il participe à des jam-sessions avec les vedettes de l’époque, les frères Fol, Claude Abadie, Claude Luter et Boris Vian. Pendant un certain temps il fait partie du groupe de Claude Luter, mais bientôt leurs chemins se séparent, pour incompatibilité musicale, ce qui ne les a pas empêchés de conserver une solide amitié.

Lorsque des pianistes prestigieux se produisent à Paris, Claude se renseigne auprès d’eux afin de s’imprégner de leurs techniques musicales. C’est ainsi qu’il s’améliore au contact de Errol Gardner, de Willy « the Lion » Smith et quelques autres, tout en gardant une préférence pour Duke Ellington.

Tout s’enchaîne très vite. Disques qu’il enregistre dans différentes formations en trio ou en grand orchestre, accompagnant des musiciens renommés : Guy Lafitte, Albert Nicholas, Roy Elridge, Lionel Hampton, Bill Coleman, Cat Anderson et même Coleman Hawkins, composant de très nombreuses musiques de film, et la création d’un groupe devenu mythique de la fin des années 60 début 70, Les Parisiennes.

Seulement comme Claude Bolling accompagne aussi des chanteurs de variété, dans des salles comme L’Alhambra, salle aujourd’hui disparue, Zizi Jeanmaire, Petula Clark, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Dario Moreno, puis plus tard Brigitte Bardot, qu’il sacrifie à la mode en enregistrant des disques de Madison ou de Bossa Nova, du classique aussi avec le Jazz Gang Amadeus Mozart (l’Air de Chérubin extrait des Noces de Figaro ou le Rondo de la Marche Turque, La petite sonate de nuit…), en véritable touche-à-touche virtuose, il est rejeté par certains puristes du Jazz qui le considèrent en dehors du sérail.

Je ne voudrais pas trop déflorer ce livre de souvenirs, vous laissant le plaisir de la découverte, mais je tiens toutefois à remarquer que Claude Bolling est l’un des rares musiciens qui garde sa sympathie à Milton « Mezz » Mezzrow, clarinettiste décrié par l’intelligentsia jazzistique, apportant un éclairage sur les quelques couacs lors de ses prestations en sa fin de carrière.

Un livre intéressant à tous points de vue et qui mérite de figurer en bonne place près de vos disques favoris.

Claude BOLLING et Jean-Pierre DAUBRESSE. Bolling Story. Avant-propos d’Alain Delon. Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. Parution janvier 2008. 334 pages.

ISBN : 9782753802728

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 04:27

Hommage à Robert Hossein, décédé le 31 décembre 2020.

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le sang est plus épais que l’eau.

La liberté des uns passe par le sacrifice des autres, même si au bout de ce sacrifice la mort est au-rendez-vous.

Les volontaires sont nombreux et il faut choisir, sélectionner ceux qui iront à l’abattoir en vertu de critères bien établis. Pas forcément de cœur mais parce que la survie d’un réseau de résistants et de l’incognito de son chef dépend de la force d’âme de ceux qui ont osé se révolter contre l’occupant.

Un épisode tragique, parmi tant d’autres, qui s’est déroulé durant la Seconde Guerre Mondiale, à la veille du Débarquement, dans un petit village normand, et mettant en scène des acteurs qui ne sont que des figurants, mais dont le rôle sera primordial pour reconquérir une liberté bafouée.

Un épisode qui restera marqué à jamais dans la mémoire des auteurs et des lecteurs de ce roman, roman qui est également le récit de l’abnégation des combattants de l’ombre.

 

Le sang est plus épais que l’eau est paru en 1962 dans la défunte collection Espionnage du Fleuve Noir.

Un choix anachronique puisque ce roman se démarquait totalement de la production de l’époque. D’ailleurs il ne s’agit pas vraiment d’espionnage, même si les résistants le pratiquaient selon leurs faibles moyens. Pas vraiment policier non plus, dans le sens communément appliqué à ce genre.

Suspense certainement, mais surtout hommage et témoignage envers tous ceux qui se sont dévoués et ont offert leur corps pour la France. Tout un symbole puisque, lorsque ce livre a été édité, le mur de Berlin venait d’être érigé, et au moment de sa réédition, ce même mur tombait au nom de la liberté.

Un roman injustement englouti dans les oubliettes littéraires et dont l’exhumation ne peut-être que bénéfique. A mettre entre tous les mains.

 

Le point de départ est une idée de Robert Hossein et non de Frédéric Dard : des résistants sont capturés par les Allemands qui menacent de tous les fusiller s’ils ne dénoncent pas leur chef. Dans ce huis-clos, chacun sera mis devant ses responsabilités. Frédéric Dard écrit le roman qui sera publié au Fleuve Noir en 1962 avec la co-signature de Robert Hossein, qui est déjà un ami de longue date. Il écrira ensuite la pièce de théâtre qui prendra pour titre Les six hommes en question et qui sera créée au Théâtre Antoine le 6 mars 1963 dans une mise en scène de Robert Hossein. Une dramatique télévisée s’inspirant de ce livre et de la pièce de théâtre sera réalisée en 1971-72 par Abder Isker.

Une nouvelle adaptation théâtrale verra le jour en 1989 sous le titre Dans la nuit la liberté avec une mise en scène, on s’en serait douté, de Robert Hossein.
Enfin, un téléfilm français réalisé par Henri Helman sortira en 2009 sous le titre La saison des immortelles pour le festival de la fiction TV de la Rochelle. Ce téléfilm sera diffusé le 1er juin 2010 sur France 3 pour le grand public. (Source : https://www.toutdard.fr/book/1375/)

 

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le sang est plus épais que l’eau.
Réédition Hors collection. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1989. 204 pages.

Réédition Hors collection. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1989. 204 pages.

Frédéric DARD et Robert HOSSEIN : Le sang est plus épais que l’eau. Collection Espionnage N°330. Editions Fleuve Noir. Parution 2ème trimestre 1962. 224 pages.

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 05:40

Il portait des culottes, des bottes de moto,

un blouson de cuir noir…

Serge SEGURET : Le cri de l'asphalte.

Nous sommes en 2034. Les individus sont programmés mais Chuck, informaticien, ne répond pas aux normes. Une anomalie s'est glissée dans son programme éducatif et depuis il pense en marge de la société.

Les Automobiles ont laissé la place à des mobiles, des voitures électriques guidées par des rails, comme les tramways. Seulement Chuck s'amuse à jouer à "sauterail", et évidemment il ne perçoit pas la prime de ponctualité, car il arrive tous les jours quelques minutes en retard à son travail. D'autant qu'il est fasciné par un "scoter", un conducteur de "scot", la nouvelle génération de scooters réservée aux livreurs de "Hams, de "Pidézas" et de "Pliurgents".

Quant aux motos, elles existent encore, mais conduites par les parias. La moto n’est pas interdite, mais la production est prohibée. Car en cette période où l'écologie règne en maître absolue, ces engins qui roulent à l'essence dégagent une fumée nocive pour la santé du citoyen.

Chuck, donc, est fasciné par les scooters et plus particulièrement par l'un d'eux qu'il a surnommé le Voltigeur à cause de son habileté à se faufiler entre les mobiles, les chevauchant, exécutant pirouettes et sauts périlleux. A la faveur d'une panne électrique, Chuck fait la connaissance de son "héros" qui l'invite à monter sur son engin et à participer dans sa tournée de distribution de Hams puis à venir manger chez lui. Pour Chuck c'est la révélation. Le Voltigeur remet en état une moto mythique et Chuck quitte son emploi. De toute façon, les cops, des délinquants reclassés comme flics, ont perquisitionné chez lui. Adieu le travail et vive l'aventure.

Ce premier roman de Serge Séguret, paru dans Moto-Revue, et qui constitue une saga (suivront dans la même collection La cité des motards et Hors piste, est un hommage aux motards, et dans le même temps une amusante diatribe envers les écologistes intégristes, les purs et durs, les intransigeants.

Les bonnes intentions dégénèrent parfois en carcan, et s'il faut placer des bornes, elles ne doivent pas être toutefois trop rigides.

Chronique rédigée en avril 1997.

Serge SEGURET : Le cri de l'asphalte. Cycle premier - Chuck Shakelton. Couverture de ZAPHOD Prod.Collection SF Zone Rouge N°4. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1997. 224 pages.

ISBN : 2-265-06076-3

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 05:07

Dans le temps on prenait un vermifuge…

Brian LUMLEY : Le seigneur des vers.

Lire un livre, un recueil de nouvelles de Lumley, c’est un peu replonger dans son enfance, se retremper dans l’atmosphère bizarre, envoûtante, fantastique de ces contes pour adolescents qui jonglaient avec les dieux, les diables, les vieux grimoires, la magie énigmatique toujours à la limite des rêves ou de l’inconscience éthylique.

C’est faire une cure de jouvence rafraîchissante qui nous libère un peu de la production de fantastique, d’épouvante, de terreur moderne qui puise ses inspirations plus volontiers dans le sang et l’horreur que dans la poésie, le délire onirique.

Né l’année de la disparition de Lovecraft, en 1937, Brian Lumley s’est inspiré profondément du Maître de Providence, du moins dans ses débuts, et on retrouve dans ses ouvrages des personnages issus de l’imagination féconde du célèbre créateur de Cthulhu.

Des cinq nouvelles présentées, deux longues et trois courtes dont une inédite même en anglais, il est difficile d’en détacher une, de dire je préfère celle-ci ou celle-là. Parce que toutes sont remarquables et différentes.

Dans la première nouvelle, qui donne d’ailleurs son titre au recueil, Le seigneur des vers, nous retrouvons Titus Crow, le détective de l’occulte dont les aventures sont parues dans la collection Super-Fiction chez Albin Michel. Quel plaisir de le suivre dans cette bibliothèque de l’étrange, chez un personnage non moins étrange qui verse généreusement un vin capiteux.

Que dire de Tante Hester qui joua avec les sentiments et l’enveloppe corporelle de son frère jumeau.

Laissez-vous entraîner dans le grand nord Canadien, et avec le météorologiste David Lawton, comme nous le conseillait un chanteur des années 1960, Ecoute mon ami, écoute dans le vent…, dans Né des vents.

Lorsque vous aurez lu Les Emaciés, en sortant le soir dans la froidure nocturne, vous poserez-vous peut-être la question de savoir pourquoi tel réverbère n’est point allumé.

Et si un jour en rentrant chez vous, vous n’êtes pas sûr de retrouver votre paysage habituel, sachez que dans d’autres mondes, la vie est peut-être meilleure… ou pire. Impossible de rentrer à la maison.

 

Sommaire :

Richard D. NOLANE : introduction

Le Seigneur des vers (Lord of the Worms). Traduction Jean-Daniel Brèque

Tante Hester (Aunt Hester). Traduction Jean-Daniel Brèque

Né des vents (Born of the Winds). Traduction Jacques Potot

Les Émaciés (The Thin People). Traduction Jean-Daniel Brèque

Impossible de rentrer à la maison (No way home). Traduction Jean-Pierre Galante

 

Brian LUMLEY : Le seigneur des vers. Recueil de nouvelles. Couverture de Nicollet. Collection Fantastique/SF/Aventure N°195. Nouvelles Editions Oswald. Parution octobre 1987. 176 pages.

ISBN : 2-7304-0451-1

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18 décembre 2020 5 18 /12 /décembre /2020 05:45

Profitez-en, les rêves ne sont pas imposables !

Jean-Marc LIGNY : Les semeurs de mirages.

Les gens ne savent plus rêver et pourtant ils ont besoin de ces évasions nocturnes.

Plusieurs sociétés se partagent ce marché florissant et Dan Tiger est un créateur de rêves. Il imagine des séquences qui alimentent les nuits de ses concitoyens à l’aide d’appareils sophistiqués.

Mais parallèlement, comme dans toute société de consommation qui se respecte, sévissent les voleurs de rêves. Des êtres en marge de la société, recherchés par la justice, et qui ne doivent leur salut que grâce à leur faculté de créer des mirages et de s’y engouffrer, damnant le pion ainsi à leurs poursuivants.

Une nuit, après de longues heures d’un travail passionnant mais épuisant, en rentrant chez lui, Dan Tiger est enlevé par les semeurs de mirages, et à son tour il devient un voleur de rêves.

 

Les semeurs de mirages, premier titre d’une série intitulée Les voleurs de rêves comportant six tomes, est un peu confus et laisse sur sa faim. Mais il ne faut pas se limiter à ce premier roman car la suite à l’évidence est prometteuse. Toutefois l’idée de départ est intéressante, à savoir comment elle sera exploitée par la suite.

C’est un peu comme nos politiciens, ils s’engagent à des jours meilleurs, nous font rêver, mais tiennent pas toujours leurs promesses.

Jean-Marc LIGNY : Les semeurs de mirages. Les voleurs de rêves 1. Collection Anticipation N°1670. Editions Fleuve Noir. Parution février 1989. 192 pages.

ISBN : 2-265-04050-9

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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