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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 15:56

Bon anniversaire à Alain Demouzon né un 13 juillet !

demouzon

Alain Demouzon est né le vendredi 13 juillet 1945 à Lagny-sur-Marne, à une trentaine de kilomètres à l’est de Paris. Ses parents sont commerçants en fournitures agricoles. La famille paternelle est d’origine meusienne : des cultivateurs. La famille maternelle vient du Limousin : des maçons, et toujours aussi un peu paysans, de père en fils. Alain est l’aîné de quatre enfants.

Scolarité à Lagny, à l’école communale Paul-Bert, puis au pensionnat Saint-Laurent, jusqu’à la classe de première. C’est à Meaux qu’il fera sa philo, à l’école Sainte-Marie où Pierre Véry fut élève et dont les souvenirs lui permirent d’écrire ces deux beaux romans d’enfance et de nostalgie que sont Les Disparus de Saint-Agil et Les Anciens de Saint-Loup. Après un baccalauréat, obtenu en 1965, Alain Demouzon s’inscrit à la Sorbonne, tout en étant pion d’internat puis d’externat à Sainte-Marie, pendant cinq ans. En 1969, il obtient une maîtrise de Lettres modernes, avec un mémoire final sur «Le temps et la durée dans les Contes cruels et Nouveaux contes cruels de Villiers de l’Isle-Adam». Après une année d’enseignement, il profite de son service militaire au ministère de la Défense nationale — où il a été affecté comme secrétaire d’état-major —, pour passer une licence en sciences de l’éducation. Il s’installe définitivement à Paris, dans le 13e arrondissement. Son ami Alain Étévé le fait alors entrer à Cinéquanon, la maison de production du comédien et réalisateur Jean Yanne, dont il devient l’un des assistants. Sur le tournage du film Les Chinois à Paris, il rencontre Brigitte Paquot, habilleuse et costumière, qui vient de la Comédie française, et avec qui il se marie en mars 1974. Ils auront trois enfants : Barthélemy, Émilie et Clémence. (Biographie extraite du site de l’auteur http://www.alain-demouzon.fr/

 

Pensais-tu tout jeune devenir écrivain et comment as-tu débuté ?

Ne sachant trop quoi faire après mon licenciement « d’un commun accord » de la maison de production de Jean Yanne où je travaillais à l’époque (fin 1973), je me suis dit : « et si je tentais d’écrire un livre ? » J’en ai fait un, puis deux, bientôt trois. « Et si je tentais de gagner ma vie de cette façon ? » C’est ce que j’ai fait, et réussi. Avec trois enfants et une femme intermittente du spectacle, ce n’était pas évident. Tout jeune, non, je ne savais pas ce que j’allais bien pouvoir faire – et je ne le sais toujours pas, d’ailleurs.

 

Demouzon1As-tu eu du mal à placer tes premiers ouvrages ?

Flammarion était le huitième éditeur chez qui j’étais allé déposer mon tapuscrit. Toutes les collections policières bien connues avaient refusé mon ours : La Série Noire, le Fleuve Noir, Le Masque (voir leur étonnant et détonnant rapport de lecture, sur le site http://www.alain-demouzon.fr/) et aussi Sueurs Froides (Denoël), d’autres encore. Malgré tout, j’ai été édité assez vite. Pratiquement un an après mon premier essai. Maintenant, le délai est plus long, même en étant bien calé chez un éditeur à grande notoriété. Il faut dire que pendant longtemps j’ai recommencé un bouquin dès que le précédent était terminé.

 

Tu as bénéficié dès tes premières publications chez Flammarion d’une collection personnelle. Un handicap ou une reconnaissance de ton talent ?

Henri Flammarion m’avait proposé d’écrire trois polars par an, en me donnant les demouzon2moyens de vivre de ma plume. La maison ne publiait alors pas de romans policiers. On a habillé mes livres d’une manière identifiable qui donnait en effet l’impression d’une collection. Avec le recul, je peux dire que cet éditeur m’a sacrément aidé.

 

Tes romans dès le départ ne se coulaient pas dans un moule particulier, mais tu explorais toutes les facettes de la littérature policière. Un besoin de visiter tous les genres ?

L’envie d’apprendre et de tenter, de visiter, en effet, de fouiner. Ne pas s’ennuyer, non plus. Tous mes romans du début montrent que je n’avais surtout pas envie de m’enfermer dans la déclinaison d’un personnage. Et c’est finalement comme ça que tout se termine !... J’aurais aimé pouvoir écrire comme certains cinéastes filment : un polar, une comédie sentimentale, un film de pirates, un drame social… Mais les étiquetages de la librairie sont plus rigoureux et indécollables que ceux du cinématographe.

 

Après ton départ de chez Flammarion, tu as été publié chez de nombreux éditeurs. Une expérience enrichissante ?

Pas financièrement, en tout cas. J’avais perdu une mensualisation honorable et n’en ai jamais retrouvé l’équivalent. « Sur le plan humain », comme on dit, j’ai rencontré d’autres gens, bien sûr. Mais, des gens, on en rencontre toujours – et ça n’est pas obligatoirement agréable. Je suis très casanier, y compris avec les maisons d’édition. La stratégie du changement n’a jamais été la mienne. C’est bien souvent le hasard qui a décidé de ces migrations. Quand on vous refuse à un endroit, il est normal d’aller tenter sa chance ailleurs. Néanmoins, toutes ces balades ont été bonnes.

 

demouzon3Parmi ta bibliographie, j’ai particulièrement aimé le recueil de nouvelles La Petite Sauteuse publié chez Seghers. Es-tu un fin gourmet et un cuisinier averti ? Pourrais-tu envisager l’écriture d’un second recueil dans cette veine ?

Refusée par quatre « conseillers littéraires » successifs de chez Flammarion — qui se sont efforcés de me convaincre que ce livre ne méritait pas d’être publié, La Petite Sauteuse a décidé de mon départ de la maison. Paul Fournel l’a accueilli chez Seghers, en 1989. Le livre a aussitôt décroché un prix littéraire (celui de « littérature gourmande »). En 2003, Fayard a édité le recueil intégral. Ma femme se plaint parfois que je ne cuisine plus comme autrefois. Elle devrait se méfier, tout de même… J’étais plutôt bon aux fourneaux. J’aime être à table, mais me satisfais du quotidien dans la simplicité. Aucune envie de remettre le tablier pour un éventuel « Retour de la Petite Sauteuse ». Il me suffit que l’une des « recettes » ait encore été jouée à Caen, tout récemment (décembre 2009). Ces textes « impubliables » ont souvent séduit les comédiens des lectures spectacles.

 

Parmi l’un de tes personnages récurrents, le commissaire Melchior. Avais-tu une amourmelchiorpréférence particulière pour lui ? Pourquoi avoir laissé le lecteur dans le doute à la fin du dernier ouvrage le concernant Un amour de Melchior ?

Melchior m’a occupé et préoccupé pendant presque quinze ans. Sans provocation éditoriale, je ne me serais pas lancé dans la reprise d’un personnage, ce n’est pas mon truc. Au moment où il se confirmait que ce « héros » – que les rares critiques qui en rendaient compte signalaient comme « original et attachant » – n’aurait pas de vrai succès, et comme il me fallait un an et demi ou deux pour écrire chaque nouvel épisode, j’ai décidé de me dispenser d’une septième « saison ». Dans ma version d’origine, Melchior était incinéré au Père-Lachaise. Florence, son dernier « amour », se mariait peu après avec un autre flic rencontré ce jour-là au cimetière… J’aimais beaucoup cette fin vacharde, mais des groupies m’ont supplié d’être moins impitoyable. Des confrères amicaux m’ont rappelé qu’il est toujours bon de prévoir une possible résurrection. Mais j’avais vraiment besoin de faire basculer radicalement la pierre du tombeau…

 

Lors de l’un de nos précédents échanges par mail, tu semblais désabusé sur la prolongation de ta carrière dans la littérature policière. Pourquoi ?

Liquider Melchior et son auteur en même temps me paraissait réjouissant. Au printemps 2007, j’ai terminé Un amour de Melchior et n’ai rien remis en route depuis – sauf, un peu plus tard, Les Faubourgs d’Armentières, un récit de mémoire familiale que je pensais d’abord à usage interne (le cercle de famille) mais que Fayard publiera en février 2010. J’ai décidé de ne plus aller dans les salons du polar – où je me montrais déjà assez peu – et j’ai même prévenu 813 que je ne renouvelais pas mon adhésion. Pourquoi prétendre « adhérer » alors qu’on n’adhère plus au discours ambiant ?… Une coupure radicale avec le polar m’a paru indispensable, d’une soudaine évidence. J’ai eu besoin de ça. Sans savoir si c’est définitif ou pas. J’ai commencé en 1974 et j’en ai marre. Répondre à tes questions, cher Paul Maugendre, est une entorse méritoire à mes résolutions !

 

DemouzonbisTu es à l’origine de la création de l’association « 813, Les Amis de la Littérature Policière » avec Michel Lebrun, Pierre Lebedel et Jacques Baudou. Comment a évolué le bébé selon toi ?

Le bébé a grandi dans l’air du temps et moi « j’ai vieilli », comme disait Zazie en sortant du métro. L’association est toujours là, près de trente ans plus tard. Cette bonne santé montre que sa création n’était pas conjoncturelle et inutile, comme on me l’a persiflé à l’époque. On peut être fier de ça. À l’époque, justement, le polar n’était pas grand-chose dans les médias. Alors, on a commencé à lui donner des prétentions qui se sont puissamment développées depuis, jusqu’à devenir ce courant mainstream qui feint de se croire encore marginal et rebelle. Le polar est à l’évidence en train de devenir la littérature conventionnelle de notre temps. Au début, tous les auteurs polars ont adhéré à 813 et ce sont des écrivains qui l’ont tenu à bout de bras. Maintenant, les auteurs ne sont plus très nombreux. Ce sont les lecteurs qui tiennent les rênes, et comme leur goût est essentiellement tourné vers l’anglo-américain, c’est de peu de bénéfice pour ceux qui, hélas, écrivent encore en français.

 

Quels sont tes regrets ?

Il faudra que j’y réfléchisse. La vie apporte, la vie emporte ; que la vie ne reste pas à la porte…

 

Parmi ta production, quel est le roman que tu préfères ?

Aïe ! deuxième mauvaise pioche ! Je passe… Heu, il y a quelque temps, en cherchant une référence dans Melchior et les Innocents, je me suis surpris à relire presque tout le livre, avec l’étrange sentiment que c’était peut-être là un de mes meilleurs romans – selon mes propres critères, bien sûr (qui n’ont rien à voir avec la cruauté morbide et ensanglantée des parcours actuels qui réussissent). Olivier Nora avait bien failli ne pas l’éditer. C’est un parfait anti-polar, peut-être… En tout cas, ce ne fut pas un succès, ce qui ne fut pas pour moi une surprise. L’écriture est une aventure, et l’aventure, c’est se mettre en danger. Malheureusement, bien souvent, le risque ne paye pas et la persévérance est inutile.

 

Quels sont tes projets ? 

Ranger ma chambre. 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 13:05

Jacques du blog Un Polar m’ayant aimablement proposé de participer à un entretien croisé avec l’auteur du roman Les Soldats de papiers édité chez Albin Michel, voici le résultat de nos cogitations ainsi que les réponses de Marc Charuel :

CHARUEL-marc.jpg 

J. Marc Charuel, comment vous présenteriez-vous aux lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

MC –Comme un auteur venu au roman sur le tard. Mon premier livre qui date de 1991 était un document politique. Le second, en 1993, également. Puis il y a eu un essai en 1998. Je pensais à cette époque ne jamais écrire à nouveau. Surtout pas des romans. Non pas parce que le genre ne m’intéressait pas, mais parce que je n’étais pas sûr de pouvoir mener à bien une histoire qui retienne l’attention d’un lecteur. D’autre part, je m’étais impliqué à nouveau dans la photo après des années au cours desquelles mes boîtiers étaient restés dans un placard. Cela me prenait beaucoup de temps et m’en laissait au final assez peu pour me remettre à écrire. Et puis, un jour de 2006, une lecture m’a redonné l’envie de m’asseoir à mon ordinateur. C’était étrange, car il ne s’agissait pas d’un chef d’œuvre, j’en lisais à l’époque qui me procuraient beaucoup de plaisir sans pour autant susciter l’envie, mais ce livre a manifestement ouvert une porte. Je me souviens très bien m’être dit : « J’ai envie de cela. » C’était vraiment étonnant, car il s’agissait d’un thriller et que je n’étais naturellement pas porté sur cette littérature. Mais je n’avais pas quitté les quelque 1500 pages de cette trilogie, et quoique certains esprits chagrins ont pu dire sur Millenium (il s’agissait en l’occurrence de l’œuvre de Stieg Larsson), je lui dois beaucoup. Depuis, j’ai avalé des dizaines d’autres thrillers et certains m’ont plu autrement plus que Millenium. Reste que c’est celui-ci qui a créé l’étincelle.

 

J. Comment écrivez-vous ? Etes-vous un écrivain méthodique et organisé, qui se fixe des horaires stricts et s'y tient, ou au contraire quelqu'un qui écrit au gré de son inspiration ?

MC- Plutôt très méthodique. J’aime écrire le matin en temps ordinaire, et le soir en vacances. Le matin, je travaille environ deux heures. Le soir : trois ou quatre heures. Mais il y a des jours où l’inspiration n’est pas au rendez-vous. Je n’insiste pas. Je referme l’ordinateur et me plonge dans un livre.

 

J. Aviez-vous préparé un plan détaillé de l'histoire, jusqu'au découpage en chapitres, avant de commencer l'écriture ? Ou bien avez-vous laissé une part à l'improvisation ? Pour les caractéristiques de vos personnages, vous inspirez-vous de personnes que vous avez réellement rencontrées ?

MC- J’ai toujours écrit avec un synopsis rigoureux. Même pour les documents politiques. Dans le cas des romans, le plan est encore plus détaillé. Tout est préparé : les lieux de l’action, les personnages… Jusqu’à présent, j’emmène les lecteurs dans des endroits et des situations que je connais bien. Quant aux personnages, je m’inspire en général de gens croisés au hasard de mes reportages. Même dans les sujets tirés d’un fait divers comme dans Les soldats de papier, ce qui ne veut pas dire que ces personnages ont réellement appartenu à l’histoire en question. Mais ils ont accroché mon regard à un moment donné et je les fait revivre dans des scénarios auxquels ils sont en réalité totalement étrangers.

 

P. Votre roman, outre l'énigme concernant les disparitions de militaires, est un peu une diatribe envers l'institution militaire, sa propension à se retrancher comme l'escargot dans sa coquille. Mais à l'origine était-ce votre propos ou vouliez-vous revenir sur l'affaire des disparus de Mourmelon ?

MC- Non, j’ai simplement imaginé une histoire très inspirée de l’affaire des disparus de Mourmelon. Il n’y a aucune attaque contre l’institution militaire. C’est une poignée de crétins qui ont permis à ce fait divers de s’étaler sur une dizaine d’années. Tous les militaires que je connais et que j’apprécie ont été bouleversés par ce drame.

 

P. Vous connaissez le camp de Saint-Cyr Coëtquidan en compulsant des coetquidan-jpg.jpgouvrages, des documents, en vous rendant sur place, ou parce qu'effectivement vous avez été membre de la Grande Muette à Saint-Cyr ?

MC- J’ai effectué une partie de mon service militaire comme élève officier de réserve à Coëtquidan. Puis, j’y suis retourné quand il s’est agi d’écrire le roman pour vérifier ce que ma mémoire avait retenu du décor. Mais seulement du décor, puisque les faits véritables se sont produits ailleurs.

 

P. Comment a été perçu votre roman auprès des autorités militaires, principalement auprès des gradés de Coëtquidan ?

MC- Cela ne vous étonnera pas : je crois savoir que le livre n’a pas été particulièrement apprécié. Les gens sont parfois frileux et il n’y a aucune raison que les militaires échappent à cette règle. La vraie question serait de savoir comment j’aurais, moi, réagi à leur place. Et je serais bien embarrassé pour répondre.

 

J. Vous avez fait du personnage de Geoffroy de la Roche, le narrateur, un personnage complexe et tourmenté par le drame de la disparition de son frère. Comment l'avez-vous construit ? A-t-il évolué dans le courant de l'écriture du roman, ou bien aviez-vous fixé dès le départ l'essentiel de ses traits de caractères ?

MC- Je voulais qu’il soit sombre. Au diapason de l’histoire. Comme je vous l’ai dit, je construis un scénario précis avant de me mettre à la rédaction de l’ouvrage. Reste qu’il faut ensuite remplir les cases. C’est là que les personnages s’incarnent. Je les dégrossis. Ils prennent du volume. Mais pour l’essentiel, je sais exactement où ils vont.

 

P. Les relations entre La Roche et Selma me paraissent un peu trop « idylliques ». Auriez-vous pu traiter ceci d'une manière différente ?

MC- Bien sûr, cela aurait pu être davantage merveilleux. Ils auraient pu se marier et avoir beaucoup d’enfants… Non, je crois que ce type de rencontre et de relation n’aura pas été du tout idyllique. On est plutôt en plein roman noir où tout, même l’amour, est maudit.

 

P. Le personnage de Raskovic est particulièrement pervers. Ses supérieurs auraient-ils pu l'annihiler auparavant, dans la réalité, au lieu de le laisser continuer à se conduire comme il le fait ?

MC- Je vous renvoie à la véritable histoire : celle de l’adjudant Chanal. Entre 1978 et 1988, jamais ses supérieurs ne sont intervenus. Il aura fallu un coup de chance extraordinaire pour que deux gendarmes l’arrêtent. Sans leur intervention, il n’y aurait peut-être jamais eu d’affaire des disparus de Mourmelon, simplement parce que Chanal aurait pu continuer sa dérive meurtrière jusqu’à  l’âge de la retraite…

 

P. Tout le mosoldatsnde s'écrase devant Dumoulin et Raskovic, même les autorités. Le trait n'est-il pas un peu forcé ? De même les femmes, surtout les prostituées, sont montrées sous un jour guère reluisant. Avez-vous pris l'extrême dans l'étude de caractères ?

MC- J’ai connu à l’armée des sous-officiers qui s’imposaient par leur violence auprès de leurs autorités. Le trait est peut-être gros, mais pas grossier. Quant aux filles de ce roman, je vous garantis qu’elles ne sont pas caricaturales. J’en ai souvent croisé de bien pires dans certaines villes de garnison. Je n’allais pas mettre en scène des caractères faibles. Pas dans ce type de récit. Quel intérêt cela aurait-il eu ?

 

J. Comment avez-vous construit le personnage du tueur (que je ne nommerai pas pour ceux qui n'ont pas encore lu le roman) ? Avez-vous utilisé les rapports psychiatriques sur l'adjudant-chef Chanal publiés sur le Net ? Dans quelle mesure celui-ci vous a-t-il inspiré, et dans quelle mesure vous en êtes-vous détaché ?

MC- J’ai à plusieurs reprises parlé avec un psychiatre qui travaille avec des détenus condamnés à de longues peines. Il m’a beaucoup appris sur les mentalités de ses « clients ». J’ai aussi pas mal consulté les travaux de Stéphane Bourgoin, le spécialiste français des serial killers. Mais je me suis également servi d’interviews que j’avais personnellement réalisées il y a une vingtaine d’années au cours d’un reportage très long effectué dans diverses centrales comme Clairvaux, Lannemezan, Poissy, etc. Et je me suis inspiré bien sûr des rapports psychiatriques concernant Chanal. J’ai brodé, aussi. C'est-à-dire que j’ai utilisé ma liberté de romancier. En aucun cas, je ne voulais faire un document romancé. Donc, fort de toutes ces informations, j’ai ensuite laissé évoluer mes propres personnages.

 

J. Comment avez-vous articulé la documentation, que j'imagine importante, entre l’histoire vraie des  disparus de Mourmelon et votre histoire ? Y a-t-il des parties de l’histoire de Mourmelon que vous avez délibérément occulté, par exemple en pensant aux familles ?

MC- J’ai lu ce que je pouvais sur l’affaire de Mourmelon, puis j’ai imaginé cette autre histoire, dépaysée à Coëtquidan. En essayant de m’écarter autant que possible du véritable fait divers. Mon livre en est inspiré. Rien de plus. De toute manière, l’histoire réelle est beaucoup trop complexe pour permettre d’en tirer un livre percutant. Je m’étais fixé dès le début de fabriquer un peu un huis clos. Quant aux familles, je n’ai pas cherché à les préserver de quoique ce soit, puisqu’on ne sait malheureusement rien sur ce qui est advenu de leurs fils, sauf à être sûr qu’ils ont été assassinés. Dans mon livre, tous les détails sordides sont empruntés à d’autres histoires.

 

J. Dans l'histoire des disparus de Mourmelon, le fiasco de la justice est assez stupéfiant. Aviez-vous imaginé, au départ du livre, d'intégrer cette dimension au roman ?

MC- Non. Trop compliqué. Et encore une fois, je ne voulais pas écrire un roman vérité. Reste qu’il n’est pas faux de parler de fiasco de la Justice. En fait, Mourmelon restera, je crois, le plus gros scandale militaro-politico-judiciaire contemporain. 

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 16:21

 CONTRUCCI-71a97.jpg

Vous avez été journaliste. Est-ce pour cela que votre héros est lui-même journaliste, et vous reconnaissez-vous en lui ?

Oui et non. Raoul Signoret a beaucoup plus de dons et de vertus que moi ! L’avantage de la fiction est qu’on peut doter son personnage préféré de toutes les qualités qu’on aurait aimé soi-même avoir. D’autre part, c’est un héros de feuilleton – car toute la série des “ Nouveaux Mystères de Marseille ” est un hommage à ces romanciers populaires qui avaient le chic pour trousser des histoires palpitantes propres à donner envie d’acheter le journal du lendemain pour connaître la suite. Ces techniques pour “ accrocher  ” donnent au genre une allure, un tempo particuliers qui me plaisent en tant que lecteur et que je tente de retrouver dans mes propres productions. Quant au personnage central lui-même, tant qu’à faire, autant de doter de qualités – jeunesse, beauté, courage, générosité,- qui sont celles des héros de feuilletons, cela met en relief par contraste la noirceur, la cruauté, l’immoralité des “ méchants ” auxquels il s’affronte. 

 

Raoul Signoret est à la fois Rouletabille et Nestor Burma. En effet comme le héros de Léo Malet qui dans Les nouveaux Mystères de Paris enquêtait à chaque fois dans un quartier différent de Paris sans empiéter sur les autres. Les parcours de Raoul Signoret sont un peu semblables dans la ville de Marseille et ses environs. Un hasard, un hommage ?

Certainement pas un hasard. Bien sûr, j’ai pensé à Léo Malet et c’est un  clin d’œil admiratif que j’ai voulu lui faire en reprenant son projet à mon compte et en le “ marseillisant ”. contrucci5.jpgQuand nous avons décidé, Laurent Laffont, mon éditeur, et moi, de bâtir une série à partir du premier tome (L’énigme de La Blancarde) qui dans mon esprit, au départ, devait rester unique, nous avons établi une sorte de “ cahier des charges ” : des héros récurrents (Raoul, son épouse Cécile, le commissaire Baruteau, son oncle, c’est à dire la “ tribu ” familiale, bientôt grossie des enfants (Adèle et Thomas) qui tous jouent un rôle plus ou moins important durant l’enquête, auxquels s’agrègent des “ seconds rôles ” propres à chaque épisode. Et puis, Marseille s’y prêtant, nous avons pensé à situer chaque intrigue dans un quartier différent de la ville, ce qui permettrait d’en souligner la diversité. Au cours de sa longue histoire, la cité s’est bâtie en absorbant peu à peu la couronne de villages ruraux qui la cernaient. Ces “ villages ” sont aujourd’hui devenus des quartiers, mais beaucoup ont gardé leur spécificité en dépit d’une certaine uniformisation imposée par la vie “ moderne ”. Un Marseillais ne dira jamais : “ je suis du 9è arrondissement ou du 5è ou du 16è ”, mais “  de Mazargues, ” “  de La Plaine ” “ de l’Estaque ”, son quartier natal.

Je signale donc à propos aux amateurs que Marseille étant constituée de 111 quartiers, il me reste 103 volumes à écrire. À raison d’un par an, je me demande si un jour où l’autre je ne vais pas avoir des problèmes de finition.

 

Etes-vous obligé d’effectuer de longues recherches puisque les affaires évoquées dans vos romans ont véritablement existées. Mais l’épilogue est différent et vous proposez des conclusions, des meurtriers différents que ceux qui ont été arrêtés, lorsqu’ils l’ont été ?

Oui, il y a un très gros travail préparatoire, car j’ai la prétention de vouloir donner à mes fictions une assise historique solide. Comme la série se situe à la Belle Époque, je suis soumis à un travail qui se rapproche de celui de l’historien, dans la mesure où je restitue une ambiance,contrucci3 un décor, un mode de vie, une société qui n’existent plus. Donc,  avant de penser à l’intrigue proprement dite, je décide qu’elle va se dérouler à telle date, entre tel mois et tel mois, puis je commence par lire systématiquement la presse quotidienne correspondante aux dates retenues, afin de voir quelles étaient les préoccupations de mes concitoyens, les événements qui les avaient marqués. Je m’en sers ensuite pour nourrir leurs dialogues, leurs préoccupations, etc. Certains événements ou faits divers locaux me fournissent même des péripéties que je reprends dans ma fiction ou que je prête à mes personnages.

Cela dit, si quelques fois je pars d’un fait divers réel ou d’un personnage ayant existé, ce n’est qu’un tremplin. Tout le reste est inventé. Le seul épisode qui suive la réalité historique au plus près est le premier (L’énigme de La Blancarde) qui reprend une affaire judiciaire jamais élucidée et propose une solution romanesque, (puisqu’on n’a jamais su le fin mot de l’histoire, comme dans  L’affaire Dominici ou L’affaire Villemin), mais vraisemblable. À partir du second (La faute de l’abbé Richaud) c’est un personnage réel qui inspire une fiction totale. Je me suis abrité à l’ombre de grands anciens : Flaubert n’a rien fait d’autre avec Madame Bovary et Stendhal avec Julien Sorel.

Pour en revenir à mes modestes productions, le dernier paru : Le vampire de la rue des Pistoles est typique de ma méthode. Le personnage du guérisseur-fou est historiquement attesté. Arnaud (c’était son vrai nom) a été retrouvé une nuit enveloppé dans un drap devant l’hospice de la Charité, ouvert du pubis au sternum et soigneusement recousu au point de surjet, un morceau du foie emporté. Mais on n’a jamais su qui l’avait mis dans cet état et pourquoi. Il y avait la place - dans l’interrogation que suscite cette scène de grand guignol - pour imaginer les 400 pages suivantes…

 

Dans vos romans vous faites des incursions dans le domaine social de l’époque. Ainsi dans L’énigme de la Blancarde, vous fustigez le sort des prostituées, des infirmières, le rôle de la justice. Dans Les Diaboliques me semble-t-il vous mettez en doute les “ bienfaits ” de la colonisation, dans Le guet-apens de Piscatoris la religion et l’athéisme s’affrontent, enfin dans votre dernier ouvrage Le vampire de la rue des Pistoles, ce sont le racisme, l’ostracisme qui sont mis en cause. Dernière précision, ce n’est pas l’auteur qui parle mais les personnages qui s’affrontent verbalement. Vous teniez à vous effacer ?

Puisque j’ai la prétention de donner une couleur historique à mes intrigues policières, je les situe dans leur contexte social, politique, humain. Si je donne l’impression de m’effacer, c’est parce que je ne confonds pas roman et thèse. C’est avant tout une histoire que je raconte à de grands enfants. Il faut se garder de pontifier et de démontrer. Ce serait la meilleure façon de “ plomber ” le roman.

 

contrucci4Ces intrigues se passent au début des années 1900 et rien ne semble avoir changé. C’est pour cela que vous démontrez que tout reste à faire malgré les multiples promesses électorales ?

Je ne vous le fais pas dire.

 

Avant d’écrire des romans policiers historiques vous aviez déjà été publié. Pouvez-vous nous parler de cette production dans laquelle Marseille est toujours plus ou moins présente.

Avant la série des “ Mystères ”, commencée en 2002, outre des recueils de chroniques et des ouvrages historiques, j’ai publié quatre “ romans romanesques. ” Comme par hasard ils ont tous Marseille pour décor. Car j’ai toujours eu le souci de ne parler que de ce que je connais bien. Outre que j’ai toujours voulu “ vivre et travailler au pays ” comme disait un slogan de 68. Le premier est de 1981, il s’intitule “ Pris au piège ” (c’est déjà un polar et le héros est déjà un journaliste (piégé). Il a fait l’objet en 92 d’un téléfilm de Michel Favart, diffusé  par France 2 avec Jean-Michel Dupuis et Didier Flamant. Le second “ Comme un cheval fourbu ” paru en 84 a été repris en poche chez L’Écailler du Sud, le troisième, Un jour tu verras, a fait l’objet d’une réédition (sept 2009) dans la collection Archipoche. Je ne désespère pas de faire rééditer un jour La cathédrale engloutie, un roman auquel je tiens d’autant plus que - grâce à l’indifférence des éditions Grasset - il est passé inaperçu. Pour ceux que tout ça intéresserait je conseille de se rapporter à mon site personnel, où tout est détaillé.

 Site personnel :
http://jeancontrucci.free.fr/

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 06:37

lebrun

Michel Lebrun est décédé le 20 juin 1996, et j’ai pensé qu’il  était juste de lui rendre un petit hommage. Michel Lebrun n'était pas qu'un écrivain, un scénariste, un traducteur ou un historien du polar. C'était également un formidable conteur qui savait, comme au temps des veillées devant la cheminée, tenir en haleine ses interlocuteurs. Cet aspect d u personnage est peut-être passé un peu trop sous l'éteignoir, aussi je vous propose de le découvrir lors d'un entretien que j'ai eu avec lui fin 1985 et dont vous apprendrez dans quelles conditions à la fin de cet article.

 

Michel Lebrun vous êtes l'auteur d'un Almanach puis d'un guide absolument unique en France, le guide Lebrun du Polar, dont la 7ème édition, version 86 vient de paraître. Ce guide nous allons en parler mais auparavant, dans la série des questions rituelles, comment êtes-vous entré en littérature ?

Mon entrée dans la littérature s'est passée par la petite porte, c'est à dire celle des petites annonces, plus exactement des offres d'emploi de France-Soir. A l'époque, j'étais, faut-il vous le rappeler, j'étais très misérable, au sens hugolien du terme, c'est à dire que j'étais pratiquement dans la misère. Je faisais des tas de petits métiers pour essayer de subsister, et j’étais à ce moment précis garçon de café dans un bistrot à Sucy-en-Brie, une banlieue assez proche de Paris. C'est à douze kilomètres de Paris à vol d'oiseau mais à l'époque c'était aussi éloigné que le fin fond de l'Afrique Noire. Du centre de Paris pour arriver à cette petite banlieue il me fallait prendre des métros, un petit train, un autocar et le voyage durait plusieurs heures. C'était vraiment idyllique comme endroit. Je précise que ça se passait en 1952 ou 53. Donc je servais toute la journée des coups de rouge et des pastis à des ivrognes de 1ère catégorie. Je dis bien 1ère catégorie parce que c'est la catégorie élémentaire des ivrognes, des gens qui ne sont pas très intéressants. Les ivrognes de catégorie 2 et 3 entrent dans la catégorie des grands alcooliques et sont parfois beaucoup plus marrants et ont un délire plus intéressant. Quoiqu'il en soit, je m'emmerdais profondément à servir puis à rincer des verres et à écouter tous les jours des conversations toujours pareilles avec des gens toujours les mêmes et je cherchais désespérément un autre boulot. Donc je lisais avec assiduité‚ lLebrun-Polar2.jpg es offres d'emploi de France-Soir. J'ai trouvé une petite annonce ainsi rédigée : Editeur cherche romans noirs, téléphoner à tel numéro. J'ai aussitôt téléphoné. Des romans noirs, je savais ce que c'était parce que je passais mes moments de loisirs à en lire - c'était la grande période de la Série Noire - et j'engouffrais absolument tout ce qui ce produisait dans le genre. Donc le roman noir ça voulait dire quelque chose pour moi. Je téléphone au gars qui me dit : "bon, ben, écoutez, un roman noir il faut que ce soit tapé à la machine, que ça fasse 150 feuillets..." Et moi ce qui m'intéressait avant tout, c'était combien il payait. Alors on me dit, à l'époque, on vous paye un manuscrit 60000 francs. C'étaient des francs anciens de 1952. C'était un petit peu plus que le minimum vital de l'époque. Et pour moi ce n'était pas beaucoup d'argent mais ça représentait un moyen, une bouée de sauvetage, un moyen de sortir de ma condition de garçon de café. Bien. Lors donc, j'ai emprunté une machine à écrire à un copain, et j'ai tapé le soir, après mon travail. Je montais dans ma chambre - j'habitais au dessus du bistrot - et j'ai tapé mon premier roman noir en une dizaine de soirées, à peu près. Mon premier roman était un pastiche de roman noir américain, ça se passait à Hollywood et ça s'intitulait "Hollywood confidentiel". Voilà exactement mon entrée dans la littérature, ça été absolument sans préméditation. Je n'avais jamais eu envie de devenir écrivain, je ne savais pas du tout si je savais écrire et surtout si j'aurais été capable d'aligner les 150 feuillets indispensables, et à cette occasion je me suis prouvé que je pouvais avoir la patience et l'assiduité nécessaires pour aligner ces 150 pages. Alors là je fais une petite incidente : il y a énormément de gens qui ont de bonnes idées, qui ont envie d'écrire, qui brûlent d'écrire des romans noirs, ou des romans blancs, ou des romans roses, ou des romans tout court, et qui s'arrêtent au bout du premier chapitre ou de dix ou quinze pages parce qu'ils se rendent compte que c'est très astreignant, que c'est vraiment une corvée. Il faut beaucoup d'assiduité et beaucoup de patience. Moi j'avais sinon le talent du moins l'assiduité. Alors c'est comme ça que ça a commencé. Mon premier roman n'a pas été bien entendu accepté tout de suite, il a fait le tour de toutes les maisons d'édition de l'époque, à commencer par la Série Noire... Il est allé au Fleuve Noir, où on m'a fait un contrat d'ailleurs qui n'a jamais donné de suite immédiate, et en attendant les réponses des éditeurs, pendant que mon manuscrit se baladait, faisait du porte à porte, moi j'écrivais sur ma lancée un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième, puis un cinquième, puis un sixième roman, que j'envoyais scrupuleusement aux éditeurs, et c'était l'espèce de tourbillon de la mort. Ces romans tournaient, passaient d'un éditeur à l'autre, et me revenaient inlassablement dans mon petit bistrot à Sucy en Brie, refusé, refusé, refusé ... Alors un jour, cela avait pris à peu près six mois, un jour je me suis dit, ça fait six bouquins que j'écris, tous refusés, je suis toujours en train de servir un coup de rouge à mes ivrognes de base, alors je fais une dernière tentative chez le seul éditeur que j'ai pas vu encore. J'avais relevé l'adresse de l'éditeur sur des petits bouquins assez merdiques que j'avais acheté chez le bouquiniste de La Varenne, et j'envoie un énorme paquet, six manuscrits d'un coup à l'éditeur en question. Qui était, ne riez pas, les Editions du Condor, rue des Moulins, à Paris. Alors, j'ouvre une petite incidente tout de suite, la rue des Moulins était une rue célèbre avant la guerre, jusqu'en 44, 45, pour ses bordels. Il n'y avait que des bordels. Et mon éditeur s'était installé dans un ancien claque fermé par Marthe Richard. Alors, bon, les six manuscrits expédiés comme une bouteille à la mer, je rentre chez moi. Le lendemain, je reçois un coup de téléphone de l'éditeur en question, les Editions du Condor, "J'ai reçu vos six manuscrits, pouvez-vous passer me voir le plus vite possible". Bon, qu'est-ce que je fais, je cours, je ferme mon bistrot, je cours, je prends l'autocar, le train, le métro, etc., etc., j'en passe et des meilleurs, j'arrive chez le gus, très impressionné par l'aspect baroque de cette boutique d'éditeur qui était un ancien claque, je le répète, hâtivement transformé et badigeonné, et je tombe sur un individu assez bizarre d'aspect, disons qui portait toujours dans son bureau son pardessus et son chapeau, de façon à pouvoir s'enfuir très vite quand un créancier ou un huissier débarquait. Alors ce gars, je le vois, très timide, très humble... Je lui pose la question, "lequel de ces six manuscrits comptez-vous publier ?" Et le type me répond : "Tous les six". Stupeur de ma part. Je lui dis, "mais enfin, vous avez eu le temps de lire les six manuscrits depuis avant-hier que je vous les ai postés ?" Il me dit : "Je n'en ai lu aucun, et ça ne m'intéresse pas du tout de les lire, mais je publie en ce moment un bouquin par jour, il faut alimenter l'imprimeur qui attend avec le marchand de papier, etc., etc. ... Je perds de l'argent quand je ne publie pas de bouquins. Donc je vous prends vos six bouquins". Alors je dois dire, et je termine l'anecdote ici, je dois dire que, pour un jeune auteur débutant c'était à la fois un grand espoir qui naissait, et simultanément une leçon extraordinaire qui m'a appris à ne pas avoir la grosse tête et à ne jamais l'avoir. Parce que mes bouquins, on ne les prenait pas pour un quelconque talent qui aurait pu exister mais tout simplement pour des raisons d'infrastructure éditoriale.


Quels sont les auteurs qui vous ont le plus influencé, auteurs de romans Lebrun3 policiers ou non ?

Ça c'est très facile. Les auteurs qui m'ont influencé, ce ne sont pas au départ des auteurs de polars ou de romans policiers. J'avais lu bien sûr étant gosse des Fantômas, des petits fascicules qui me tombaient sous la main, des petits romans à 65 centimes publiés chez Ferenczi ou autre, mais ma véritable découverte de la vraie littérature a été Marcel Aymé. Que j'ai dû lire à l'âge de 14 ou 15 ans, et qui m'a vraiment enchanté, par son imaginaire, par sa façon d'écrire, par la poésie et l'humour qui se dégageaient de ses livres. Enfin l… je parle du "Passe-muraille", de "La Jument verte", de tous les autres Marcel Aymé‚ que je me suis évidemment procuré dans la foulée. Bien. Les Marcel Aymé - je fais encore une petite incidente, je suis un individu frustre et inculte, j'ai jamais fait d'études, j'ai aucun diplôme, même pas mon certificat d'études primaire, ce qui je crois est assez rare pour un écrivain, et j'ai procédé pour mes choix de lecture à la façon d'un autodidacte complet, c'est à dire que les livres de Marcel Aymé que j'avais lu, et que j'avais tous lu, tous achetés, étaient tous publiés sous la célèbre couverture blanche des éditions Gallimard. Ces livres m'avaient plu, et je me suis mis à lire tout naturellement tous les bouquins publiés chez Gallimard. Alors tous les bouquins publiés chez Gallimard, ça veut dire, surtout à l'‚poque, c'était l'immédiate après-guerre, Gallimard publiait tous les grands romanciers américains. Alors c'est comme ça que dans la foulée, après Marcel Aymé, j'ai découvert Hemingway, Steinbeck, Faulkner, Dos Passos, Caldwell, et bien entendu Horace Mac Coy, "On achève bien les chevaux", qui étaient donc publiés sous la couverture blanche. Alors vous voyez que d'une façon absolument et rigoureusement logique, en partant de Marcel Aymé je débouchais dans la Série Noire. Parce que après Mac Coy je suis tombé automatiquement sur les autres, c'est à dire Chandler, c'est à dire les premiers Don Tracy, c'est à dire les Peter Cheney et les James Hadley Chase que publiait la Série Noire toujours chez Gallimard. C'est à dire que voilà, j'avais procédé‚ exactement à la façon de l'autodidacte dont parle Jean Paul Sartre dans "Les chemins de la liberté" qui entrant pour la première fois de sa vie dans une bibliothèque, prend les livres, à commencer par l'auteur dont le nom commence par un A et se propose de tout lire jusqu'à la lettre Z. Bon, bien moi j'ai procédé exactement de la même façon. Et je crois que Sartre n'était pas vraiment la moitié d'un imbécile d'avoir décrit ce personnage d'autodidacte. Il avait dû fréquenter des mecs comme moi. Alors après, évidemment j'avais lu beaucoup de choses de chez Gallimard, presque tout le fond Gallimard et André Gide, je suis passé à d'autres auteurs et à d'autres éditeurs. Parmi mes influences, si vous voulez, il y a tous les humoristes, il y a Cami que je vous conseille de découvrir un jour et qui était un humoriste complètement fou des années 30, qui était à la foi dessinateur et qui avait un imaginaire flamboyant, qui précédait un peu Pierre Dac et dont l'humour est complètement absurde, qui m'a beaucoup marqué et qui a marqué également mon confrère Pierre Siniac je dois dire. Alors ça c'est pour, disons l'imaginaire. Et pour l'écriture, un auteur que j'ai lu beaucoup plus tard et qui est tout simplement Paul Léautaud. Paul Léautaud qui n'a écrit pratiquement dans toute sa vie qui fut longue qu'un journal littéraire qui était également son journal intime, qui n'était pas destiné à la publication, et dans lequel il donne des règles d'écriture que j'essaie de perpétuer à ma manière dans mes romans policiers. Alors ces réponses sont évidemment beaucoup plus longues qu'elles ne le devraient. Je pense que vous allez en couper beaucoup mais c'est le fin fond de la vérité. Léautaud préconisait la formule suivante pour écrire. Sujet, verbe, complément. Le moins d'adverbes possible, et le moins d'adjectifs qualificatifs possible. A partir de ce moment là, la phrase est dégraissée, les mots disent exactement ce qu'ils veulent dire et la lecture coule d'un seul trait.


Vous avez exercé dans divers domaines : romancier, livres policiers ou d'espionnage, vous avez été également scénariste et dialoguiste, critique. Dans lequel de ces domaines vous êtes vous senti le plus exalté, le plus frustré ?

Là la réponse va être très courte. Je suis exalté quand j'écris des romans. Parce que je suis tout seul. C'est vraiment un plaisir solitaire. J'ai personne pour intervenir dans mon travail et je suis le seul responsable du produit fini. Je dis bien "produit fini" entre guillemets, parce que je ne considère pas du tout un livre comme un produit comme les autres. Bien. Le ... Comment dire ... Le domaine dans lequel je suis le plus frustré, c'est évidement le scénario de cinéma parce que tout le monde intervient à tout moment dans mon travail. Ça je suppose que tous les scénaristes vous feront la même réponse. Le producteur vous fait changer un truc, parce que sa petite amie va jouer brusquement dans le film; un acteur rend son rôle au dernier moment, il faut tout rapetasser aux dimensions d'un autre acteur qui va le remplacer; etc.   . etc.   Les impératifs commerciaux font que vous devez rajouter une poursuite en voiture au milieu d'une action intimiste et que vous devez rajouter une scène de cul au milieu (rires) d'un suspense à couper le souffle. Alors donc là le travail d'auteur se transforme en travail d'équipe, c'est parfois intéressant, parfois amusant, mais c'est perpétuellement frustrant parce que il est très très rare de pouvoir faire gagner ses propres idées.


Lebrun-2.jpg Vous êtes critique littéraire. Comment réagissez-vous à la lecture des autres critiques concernant vos propres ouvrages ?

Premièrement je ne suis pas vraiment critique littéraire. Je suis plutôt chroniqueur et historien du roman policier que critique. Bon, je donne mes appréciations sur les livres dont je parle dans l'Année du Polar, tous les ans, bien obligé, c'est un guide comme le Michelin ou le Gault et Millau, je suis obligé de donner des notes. Mais ce n'est pas ça qui m'intéresse, la critique je n'y crois pas beaucoup. Bon, alors maintenant, si d'aucun pensent que je fais quand même œuvre de critique, je répondrais que je suis probablement l'un des rares critiques qui soit critiquable, qui joue le jeu à cent pour cent. C'est à dire que, étant critique, je publie néanmoins des romans qui vont tomber sous le coup des autres critiques. Alors là on m'a reproché... des auteurs m'ont reproché... d'être juge et partie. "Ouais, t'es écrivain, tu ne devrais pas juger les autres écrivains, etc. qu'est-ce que ça veut dire, les loups ne se mangent pas entre eux, etc.." Bien moi je considère que je suis du bâtiment et que je suis mieux placé que quiconque pour estimer le travail de mes confrères. En tout cas j'évite de critiquer en trois lignes comme le font la plupart des journalistes un roman qui a demandé souvent plusieurs mois d'efforts à son auteur. Alors j'ai toujours lutté contre ces espèces de petites rubriques critiques qui n'en sont pas. Je trouve lamentable, grossier de la part des journaux, d'expédier en deux trois lignes désinvoltes l'œuvre de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Voilà. Alors donc je ne me considère pas comme critique et quand il m'arrive d'être critiqué, et quand il m'arrive de me faire éreinter, ça m'arrive parce que je ne plais pas à tout le monde, j'ai une certaine façon d'écrire qui évidemment plaît à certains, heureusement parce que ce sont mes lecteurs et qu'ils me font vivre depuis bientôt 30 ans... mais il m'arrive de me faire éreinter et je prends ça très bien, c'est à dire que je me mets à la place du gars qui a lu le bouquin et qui ne l'a pas aimé. Bon, il a droit de le dire. Très bien. Cela dit, il y a la façon de le dire aussi. Alors vous savez, dans les petits fanzines, souvent faits par les jeunes gens qui se lancent dans la critique, alors on lit des choses lapidaires, des expressions lapidaires du genre : "Ce livre est à lire absolument" " A lire toute affaire cessante" "Ce livre est infecte, à brûler" etc. etc.. Bon, ça je ne considère pas que c'est de la critique, je considère que c'est de l'acné juvénile. Hein ! Je crois qu'il faut, quand on critique un livre, il faut dire le comment du pourquoi, il faut expliciter ses jugements. Bon, c'était ma position de critique, si tant est que je sois critique, je le répète.


Vous êtes pataphysicien, membre de l'Oulipopo, Ouvroir de Littérature Potentielle Policière. En quoi consistent ces fonctions ?

Je crois que la pataphysique, ce n'est pas vraiment une fonction, ce n'est pas un diplôme universitaire ... La pataphysique, c'est une tournure d'esprit et je crois que d'Alfred Jarry, l'inventeur de la pataphysique, … Boris Vian et Raymond Queneau qui furent deux gens éminents du Collège de pataphysique, ces noms parlent suffisamment pour expliquer ce qu'est la pataphysique. C'est à dire une façon humoristique de considérer les choses sérieuses, et une façon très sérieuse de considérer les choses sans importance. En ce qui concerne l'Oulipopo, il a été fondé en 1974 par François Le Lyonnais qui était lui-même l'un des co-fondateurs de l'Oulipo, Ouvroir de Littérature Potentielle, auquel ont appartenu outre nom que ceux déjà cités, Georges Pérec. L'Oulipopo se propose, c'est un projet gigantesque de longue haleine, se propose de recenser toutes les combinatoires existantes du roman policier. Une fois que toutes les combinatoires, c'est à dire toutes les techniques du roman policier, auront été recensées, eh bien l'Oulipopo à ce moment là, connaissant celles qui existent, aura à chercher et trouver de nouvelles structures. C'est bien entendu un travail qui demandera plusieurs siècles. Et d'ailleurs les membres de l'Oulipopo ne sont pas pressés.


lebrun-polar.jpg Apparemment vous délaissez l'écriture de romans policiers pour concocter annuellement le Guide du Polar. D'abord comment vous est venue cette idée de créer l'Almanach ? Comment s'effectue le travail d'analyse critique de tous les livres présentés dans ce Guide ?

En ce qui concerne l'Almanach du Crime, devenu l'Année du Polar, et qui en est aujourd'hui à sa 7ème année, l'idée m'en est venue il y a très très longtemps, dans les années 60, alors que écrivain de romans policiers moi-même je m'intéressais beaucoup à mes confrères, et je cherchais sans arrêt des documents, des notices bio-bibliographiques sur certains auteurs américains que j'aimais. Je me suis rendu compte à ce moment-là qu'il n'existait rien du tout sur eux, qu'aucun dictionnaire n'en parlait, alors que les dictionnaires sont remplis de noms d'écrivains disparus et oubliés, mais qui eurent quelque importance à leur époque. Je dus me rendre à la triste évidence que les auteurs de polars étaient les soldats inconnus de la littérature. Et je me suis mis alors en tête, puisqu'il n'existait aucun dictionnaire les concernant, de faire moi-même ce dictionnaire. Et me voilà donc depuis 1960 à peu près commençant par écrire à droite et à gauche, me renseigner sur les auteurs, d'établir des fiches bibliographiques et biographiques, etc.   Et une dizaine, une quinzaine d'années plus tard, je me suis retrouvé en possession d'un matériel énorme qui bien entendu était impubliable sous la forme d'une encyclopédie, cela aurait fait l'équivalent de 10 gros Robert, et c'était évidemment impubliable sur le plan commercial, inenvisageable par n'importe quel éditeur. Alors je me suis demandé comment utiliser cette énorme banque de données, d'une façon amusante, et c'est là que j'ai eu l'idée de l'Almanach du Crime. Le 1er Almanach du Crime qui est resté dans mes tiroirs et qui a été refusé par tous les éditeurs a fini par être publié en 1979, il portait si je ne m'abuse le millésime 80, 1980 et il a été publié depuis, je dois dire, tous les ans avec une certaine régularité, chez des éditeurs différents parce que l'opération n'est pas rentable surtout pour de petits éditeurs.


Ce document est devenu indispensable à tous les amateurs de romans policiers. Tellement indispensable qu'ils n'osent penser à une non-continuation de sa parution. Pourtant vous avez eu plusieurs fois des problèmes d'éditeurs. Qu'en est-il maintenant ?

Je vais tout de suite vous rassurer et inquiéter en même temps quelques personnes. L'avenir de ce livre est assuré aux éditions Ramsay où j'ai signé un contrat de longue durée, c'est à dire que tous les ans, jusqu'à ce que je me lasse ou que je me fatigue de ce travail énorme, l'Année du Polar continuera à paraître contre vents et marées. Et alors là je vais faire une petite incidente, c'est à dire que ce livre qui a eu des débuts difficiles dans des petites maisons, de petits tirages sans publicité, etc. a démarré‚ je crois à 1500 exemplaires la première année et depuis le chiffre des exemplaires vendus n'a fait qu'augmenter et je crois que maintenant nous tournons autour de 5000 exemplaires, ce qui pour un livre de ce type, c'est à dire hautement spécialisé, est je crois une réussite, et ça prouve en tout cas que je suis en prise directe avec 5000 fanatiques avertis du roman policier. Alors question numéro 7 accessoire, comment s'effectue le travail d'analyse critique de tous les livres présentés dans ce guide ? Eh bien très simplement. Je me procure tous les livres qui paraissent, du moins j'essaie, les éditeurs m'en envoient beaucoup en service de presse et je les lis au fur et à mesure et je fais une petite fiche qui est, et j'insiste bien là dessus, une fiche qui n'est pas exactement une fiche critique mais qui est une fiche informative dont le but est de donner au lecteur les éléments indispensables pour faire lui-même son choix dans les romans policiers qu'il va acheter dans l'année. Voilà, j'insiste bien sur le fait que ce n'est pas de la critique et je n'en veux pour preuve que ce livre ne parait qu'une fois par an et les comptes sont arrêtés le 31 août de chaque année et quand il m'arrive de massacrer certains livres de certains de mes bons confrères que j'aime bien, ça ne peut en aucun cas leur faire du tort étant donné que ces livres sont parus entre un an et trois mois plus tôt, c'est à dire qu'ils ont déjà vécu leur carrière commerciale. Je ne peux donc pas intervenir en mal sur la carrière des livres contrairement aux critiques qui paraissent dans la presse régulièrement ou au coup par coup, en temps utile. En revanche je crois que je peux me donner ce satisfecit, il m'arrive de faire vendre certains bouquins pour lesquels je suis très enthousiaste et qui ont pu échapper à l'amateur, et le plus souvent à l'amateur de province parce que les livres hélas, ne sont pas distribués dans toutes les librairies, et ça c'est une autre histoire, c'est un problème économique de l'édition.


Revenons à l'homme privé, à l'homme public. Quelles sont les qualités que vous appréciez le plus dans la vie, chez les autres, et les défauts que vous abhorrez le plus ?

Alors ma foi, les qualités, mes qualités préférées sont la franchise et le sens de l'amitié. J'ajouterai le sens de la fête dans tous les sens du terme. Quant aux défauts que je déteste le plus, eh bien ma foi, ce sont les sournois. J'accepte le mensonge, attention, mais je déteste les faux-culs, et je n'aime pas beaucoup non plus les donneurs de conseils, les gens qui font de la morale et qui essayent de faire le bonheur des gens malgré eux. Ça je déteste. J'ai toujours détesté, c'est une véritable allergie. Dès qu'on essaye de me donner un conseil ou qu'on me donne une leçon, de m'apprendre mon métier, je me rétracte, c'est une des caractéristiques de ma nature profonde. Donc je n'aime pas beaucoup aussi ceux que j'appelle les radins, ceux qui manquent de générosité dans tous les sens du terme. J'aime bien les gens généreux et je pense appartenir à la bande des gens généreux. C'est peut-être de l'inconscience, c'est vrai.


Dans quelle situation vous sentez-vous le plus gêné, évidemment à part de répondre aux questions ?

Dans quelle situation je me sens le plus gêné ? Ben ça m'arrive tout le temps d'être gêné. J'ai 55 ans et j'ai toujours été extrêmement timide. Je sais que ça ne se voit pas, je me soigne continuellement, et je suis toujours très gêné, ça me parait franchement épouvantable de me trouver dans une réunion où tout le monde se connaît et où je ne connais personne. Alors là c'est terrible, je ne sais absolument pas quoi dire aux gens, je suis incapable de me présenter, et finalement j'aimerai bien me glisser dans un trou de souris. Voilà. Bien vous voyez, ce n'est pas très roboratif, c'est le contraire d'un héros de polar, en quelque sorte. Disons que je manque de confiance en moi sur le plan personnel et humain.


Vous avez pratiqué l'humour dans vos romans les plus noirs. Qu'en est-il dans la vie courante et quelle est votre philosophie ?

Ah ! ah ! ah ! L'humour! Ecoutez, l'humour je crois que c'est comme la pataphysique, ça ne s'apprend pas. C'est une chose qu'on a ou qu'on n'a pas. C'est comme les maladies endémiques, c'est comme l'asthme par exemple... L'humour disons que c'était ma première vocation, je voulais faire du dessin humoristique, j'ai été un ami de Pierre Dac, qui m'a beaucoup influencé quand j'étais jeune, ensuite j'ai très bien connu Francis Blanche qui lui même était un grand ami de Pierre Dac, vous voyez la bande se reconstituait par affinité élective et ensuite il m'est arrivé de traduire des livres de Woody Allen, et même de Groucho Marx. Alors voyez, je pense que cet état d'esprit, et l'humour fait partie de ma nature et ça m'a permis peut-être de ne jamais me prendre trop au sérieux. Particulièrement dans les interviews même si on me pose des questions très sérieuses, très profondes, ce qui est votre cas mon cher ami. Alors petite annexe sur ma philosophie. Ma philosophie, c'est la tolérance, ma devise, enfin l'une de mes devises, c'est vivre et laisser vivre... Et ne jamais se prendre au sérieux... Même si parfois (rires) on me prend pour le Pape du roman policier, je peux vous garantir que je ne serais jamais sérieux comme un Pape. Une autre petite devise qui me revient à la tête brusquement, c'est un mot de Montesquieu "La gravité est le bonheur des imbéciles". Tirez vos conclusions vous-même.


Auriez-vous une petite anecdote littéraire ou cinématographique à raconter ?

Ma foi, j'en ai beaucoup, mais là vous m'excusez, je suis un petit peu fatigué, je vous raconterai cela une autre fois. Mais sachez que mes aventures cinématographiques feront l'objet d'un gros volume de mes mémoires qui sont actuellement en préparation. Il y aura un volume sur le cinéma, un volume sur ma carrière à la télévision, un volume sur le music-hall, parce que figurez-vous que j'ai fait aussi un peu de music-hall dans ma vie, et bien entendu un volume sur le roman policier et peut-être même deux ou trois volumes sur ma vie sexuelle.


Avez-vous un roman en gestation et dans l'affirmative, peut-on en connaître la trame ?

Un roman en gestation ? J'en ai plusieurs, mais dans l'immédiat j'ai un livre qui va paraître au mois de mai prochain aux éditions Jean Claude Lattès, qui sera un gros roman sur le festival de Cannes, et qui aura le festival de Cannes pour unité de lieu, de temps et d'action, c'est à dire que le livre se déroulera en douze jours pendant le festival de Cannes. Le livre paraît au mois de mai puisque le festival de Cannes tous les ans se situe au moi de mai, et il s'intitule, admirez ce titre judicieux, "Les rendez-vous de Cannes". Dans l'immédiat j'ai un téléfilm qui est prêt à sortir sur Antenne 2, qui est fini de tourner et qu'on a présenté en avant-première au festival de Reims, et qui s'intitule "Appelez-moi Foucks" avec Luc Mérinda dans le rôle vedette et ce téléfilm est mis en scène par un excellent réalisateur, Jacques Besnard qui a abandonné provisoirement le cinéma pour la télévision à l'occasion de ce film. C'est bien entendu une histoire semi policière et surtout comédie qui se situe dans le monde des voleurs de tableaux. Enfin, dernier projet, et ça c'est vraiment un projet puisque je vais commencer ce livre demain matin, vous voyez que c'est un scoop, c'est un livre que je destine à la collection Flamme et qui s'intitule "Souvenirs de Florence". Alors là aussi, il y a un jeu de mot, c'est l'héroïne qui s'appelle Florence, et qui rêve depuis très longtemps d'aller visiter en Italie la ville de Florence. Florence ira-t-elle à Florence ? Et pour terminer sur une petite devinette, savez-vous quelle est la différence entre Florence et Bécon-les-Bruyères ? Eh bien c'est qu'il y a des dames qui s'appellent Florence mais qu'il n'y en a pas qui s'appellent Bécon les Bruyères... (Rires) Merci de votre attention.

 

Certains reprocheront, à juste titre, le manque de suivi dans cet entretien, le manque de punch, de répondant, cette impression de décousu. Il faut avouer, à ma décharge, que cette interview fut réalisée dans des conditions bizarres. Je débutais comme animateur dans une petite station radio de province, proposant deux fois par mois une émission sur le roman policier, émission qui enregistra un succès d’estime surtout grâce aux plages musicales de jazz que je proposais. Nous ne disposions pas de grands moyens et je réalisais mes entretiens avec auteur par courrier. Je leur envoyais un questionnaire et une cassette audio. L'auteur devait se débrouiller pour répondre à mes interrogations, quelquefois naïves, j'en conviens, et au retour de la cassette, j'intercalais mes questions dans le plus pur amateurisme. Le tout était entrecoupé de musiques jazz et blues, ce qui tranchait avec les autres émissions principalement destinées aux collégiens et étudiants, et qui permettait de drainer une tranche d'auditeurs souvent frustrés ou en manque de ce genre musical qui colle si bien au roman noir. Mais pour Michel Lebrun, qui fut le premier auteur que j'interviewais de cette manière, j'avais choisi également comme intermèdes des chansons interprétées par Jacques Dutronc, qui pensais-je, collait au personnage avec des textes à l'humour parfois grinçant, réaliste, plein de bon sens, tout comme Michel Lebrun l'a fait au cours de ses réponses. Nous ne nous connaissions pas à l'époque. J'avais côtoyé‚ Michel Lebrun à Reims durant les festivals du cinéma et de la littérature policière, nous avions eu l'occasion d'échanger quelques propos, mais cela n'allait pas bien loin. Quoique, ne connaissant personne, j'avais été étonné par la faculté de Michel Lebrun de mettre à l'aise ses interlocuteurs, racontant anecdotes sur anecdotes, ne se prenant pas au sérieux, et surtout en se montrant abordable envers tout un chacun. J'étais novice et il s'est gentiment permis de me chambrer au cours de cet entretien à deux ou trois reprises. Depuis nous étions devenus amis et j'ai suivi quelques-uns de ses préceptes, de ses conseils, dans la présentation des ouvrages par exemple.

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 11:10

Suite et fin de l'entretien avec Hervé Jaouen dont vous pouvez retrouver le début ICI

 

Les relations entre banquiers, assureurs, coopératives, et autres intervenants ne sont plus ce qu'elles étaient. Crois-tu que ce roman s'inscrira comme celui d'un visionnaire ou celui d'un homme de bon sens que suivront d'autres hommes que l'agriculture intensive débecte ?

Roman visionnaire ? Tout ce que je raconte à propos du modèle agricole breton, jaouen8l’association Eau et Rivières de Bretagne, dont je suis adhérent depuis très longtemps, le dénonçait il y a vingt ans déjà. Annonçait, il y a vingt ans, le taux de nitrates et de pesticides que l’on trouve aujourd’hui dans les cours d’eau. En revanche, j’ai la faiblesse, ou la vanité, de croire que mon bouquin a ouvert les yeux à certains. Je sais qu’il a été abondamment commenté. Je sais que des esprits obtus y ont vu une sorte de trahison : pensez donc, casser l’image idyllique du bocage breton ! Il n’empêche que ce livre est tombé à point nommé, je crois. Un roman, c’est autre chose que des articles de journaux ou des essais savants. C’est une façon de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. C’est un miroir que l’on tend aux responsables et dans lequel ils sont obligés de se regarder. Dans lequel ils savent que les lecteurs les regardent et les voient tels qu’ils sont. Hasard ou influence non mesurable de mon livre ? Depuis sa parution, les structures de “ reconquête de la qualité de l’eau ” se multiplient. Les consommateurs se tournent vers le bio. Les exploitants agricoles adoptent un profil bas. Les plus intelligents changent de méthodes. Les lois tendent à être appliquées. Exemple : l’hiver dernier, suite à un décret, la plupart des terres qu’autrefois on laissait nues après l’ensilage des maïs, ont été semées en graminées, de manière à éviter le ruissellement. Autre exemple, événement considérable : en 2000, pour la première fois dans l’histoire du monde agricole breton, le préfet du Finistère a envoyé la gendarmerie saisir et expédier à l’abattoir des centaines de porcs en excédent (par rapport aux autorisations de 1994) dans un élevage qui jusque-là se foutait des contrôles, mises en demeure et amendes symboliques. A sa parutionQue ma terre demeure n’était donc pas un roman visionnaire mais d’anticipation. De légère anticipation.

 

Tu as des passions, comme tout un chacun. La pêche, l'Irlande, entre autres. C'est ainsi que tu en parles dans certains de tes romans, mais sans forcer la dose. Est-ce difficile de se canaliser ?

Un écrivain a besoin d'un décor, pour ses intrigues. Ses propres passions peuvent appartenir à ce décor. Ce n'est pas difficile de se canaliser dans la mesure où ce sont les idées qui viennent à moi et non l’inverse. Je veux dire par là que je ne me dis pas tiens je suis pêcheur à la ligne, trouvons un moyen d’utiliser la chose dans un bouquin. Par exemple, pour Histoire d'ombres, qui se passe dans le milieu de la pêche à la mouche, c'est un séjour de pêche au bord du Doubs, ainsi que des personnages que j'ai rencontrés, qui m'ont donné l’idée du livre. Je ne suis pas allé à la pêche au bord du Doubs pour chercher une idée. De même pour l'Irlande et Connemara Queen. Je ne suis pas allé voir des courses de lévriers pour en faire l'arrière-plan d’une intrigue. C'est parce que je connaissais l'Irlande que Tito Topin, un jour, m'a demandé un synopsis pour une collection de téléfilms sur le thème du jeu. Lesdits téléfilms n'ayant pas vu le jour, j'ai écrit un roman à partir du synopsis. Et, le gag, c'est que depuis 1990 le roman n'a pratiquement jamais cessé d'être sous option pour le cinéma.

 

Pourquoi n’as-tu jamais utilisé de personnages récurrents ?

J’ai l’impression que cela m’aurait ennuyé. Comme on peut le voir, j’ai toujours essayé d’écrire un livre différent et parfois très différent pour ne pas dire aux antipodes du précédent, à chaque fois. Je crois qu’un personnage récurrent m’aurait privé de cette liberté. Et j’ai toujours eu peur d’entrer dans un système. C’est pourquoi, d’ailleurs, je me suis toujours arrangé pour ne pas être obligé d’écrire pour gagner ma vie.

 

Tu préfères, je crois, l’appellation roman noir à celle de littérature policière. Pourquoi ? 

Vaste débat ! Nous autres, les initiés, savons faire la différence entre roman à énigme, thriller, roman criminel et roman noir. Pas le grand public, ni les journalistes, souvent, non plus. C'est pourquoi j'aime bien parler de roman noir. On voit les sourcils se froncer... Une occasion pour moi d’expliquer qu’on ne peut pas mettre dans le même panier les chefs-d’œuvre du... roman noir, SAS, et, par exemple, ces petits polars à énigme qu'on voit fleurir en Bretagne, où il y a très peu d’énigme et d’interminables descriptions dans le style brochures d'offices du tourisme. Ai-je raison ? Ai-je tort ? Mystère. En tout cas, je vois un avantage à pinailler : amener des gens qui rejettent en bloc la littérature policière à s’apercevoir qu’ils ont lu, et aimé, des romans noirs, des polars sans le savoir.

 

jaouen7Te sens-tu toujours intégré dans la famille des polardeux ou as-tu intégré celle des romanciers Fédéralistes.

Je me sens toujours de la famille des polardeux, même si nos liens se sont un peu distendus. Par manque de temps, je ne fréquente plus guère les manifestations autour du polar. Je ne fréquente d'ailleurs pas plus les fêtes du livre, hormis quelques endroits où j'ai mes habitudes (Saint-Malo, Le Mans). Mon petit problème, sans doute, c'est que je navigue sur tous les genres. J'écrirai encore du roman noir j’ai un beau sujet en tête depuis plusieurs années), mais pour l'instant j’ai envie d'écrire autre chose. En fait, c'est la notion de plaisir qui prédomine. J'écris ce qui me plaît au moment où ça me plaît. Et peu importe que ce soit du polar, du roman ou des notes de voyage. Il en va de même pour mes lectures.

 

Tu es directeur de collection aux éditions Ouest-France. Comment concilies-tu tes deux activités ?

Facilement, pour plusieurs raisons. D'abord, parce que la collection de littérature générale - Latitude Ouest - que j'ai convaincu les éditions Ouest-France de créer publie peu d'ouvrages. Trois, quatre voire cinq par an. Ensuite, parce que la plupart des manuscrits parviennent à Rennes où ils font l'objet d'un premier tri et que seuls les plus intéressants me sont adressés, qui s'ajoutent à ceux que je reçois directement. En tout, ça me fait une vingtaine de manuscrits à lire par an.

J'ai un peu plus de mal à concilier une autre de mes activités : la chronique hebdomadaire que je donne chaque lundi - mes croquis du lundi - au Télégramme de Brest. Une sacrée discipline. Il m'arrive de donner mon papier à l'heure limite, le dimanche après-midi. Mais j'aime ça, et c'est très lu. Les gens m'en parlent souvent, dans la semaine.

 

As-tu participé à l’écriture de scénarios ?

Oui. J'ai participé à J'adaptation de certains de mes romans, comme conseiller à l'adaptation: La mariée rouge, Le crime du syndicat (qui n'a jamais été tourné), Histoire d'ombres. J'ai participé à l'aventure des premiers Navarro. Il m'est arrivé de vendre des sujets sans vouloir les développer, soit parce que je n'avais pas le temps, soit parce que ça ne m'intéressait pas vraiment. Depuis trois ou quatre ans je suis sollicité pour des scénarios originaux. C'est comme ça que j'ai écrit un téléfilm, Gardiens de la mer, pilote d’une éventuelle série, qui a été tourné en automne 2000 et qu'on devrait voir en 2002 sur France3. Le producteur vient de me commander un deuxième épisode. Un autre de mes scénars va être tourné en mai prochain, toujours pour France3, par Serge Meynard. Ce scénario est de la même eau que Crédit-Bonheur, tourné par Luc Béraud d’après Les Endetteurs. J'y exploite mes connaissances économico-financières. Je travaille en ce moment sur un autre sujet qui, si tout se passe bien, sera tourné en 2003.

 

Comment écris-tu ? T'astreins-tu à écrire régulièrement, quotidiennement ? Accouches-tu dans la douleur ? Travailles-tu plus que lorsque tu étais employé de banque ? Appliques-tu à toi-même les 35 heures et qu’est-ce que tu en penses ?

Je suis discipliné. J'ai des horaires de fonctionnaire : 8 heures 30, midi, 13 heures, 17 heures, cinq jours sur sept. Avec très souvent des heures supplémentaires, après dîner, le samedi et le dimanche matin. Il y a des jours avec et des jours sans. Même les jours sans je m'astreins à bosser car j’ai remarqué qu'il en sort toujours quelque chose, ne serait-ce qu'une demi-page. Accoucher dans la douleur ? Pas vraiment. Plutôt que de douleur je préfère parler de fatigue. Il y a des pages qui tirent plus sur le bonhomme que d'autres. Le pire, ce sont les moments de doute. Se demander si on ne fait pas fausse route, si on arrivera au bout du livre. Par bonheur, ces moments-là ne durent jamais très longtemps. Le meilleur moyen de les évacuer c'est de bosser. Et je bosse, effectivement plus que lorsque j'étais employé de banque. Mais tu connais la différence entre travail contraint et travail non contraint. Ecrire n'est pas vraiment un travail, comme tous les métiers de la création. Tu te fais plaisir en même temps. Or, il est difficile de se faire plaisir en exerçant le métier d'employé de banque. Employés de banque qui sont aujourd'hui aux 35 heures. Qu'est-ce que j'en pense ? Que tout ça me paraît bien loin, que je ne suis pas sûr que tout le monde les veuille (pour jouir des loisirs que ça laisse encore faut-il en avoir les moyens) et qu'on se passerait bien des coups de téléphone intempestifs le samedi et le dimanche, à la maison. Ma femme est une sorte de DRH dans une clinique où elle gère un effectif de 200 personnes. Depuis qu'elle a mis en place les 35 heures, elle en fait 50 ou 60 et a quelque chose comme six mois de congés et RTT à récupérer, qu'elle ne peut pas récupérer. Le bonheur des uns, etc.

 

L'Irlande est comme une seconde patrie puisque tu as publié des ouvrages de jaouen13découvertes, des sortes de mémoire. Es-tu traduit là-bas ?

Ma femme et moi adorons l'Irlande - la dernière terre habitable d'Europe, comme le dit si bien Michel Déon - et on serait bien allés y habiter si ça n'avait pas posé un tas de problèmes : le boulot de ma femme, la scolarité des gosses, mes parents âgés, etc. On a trouvé un moyen terme : on y va le plus souvent possible. Ce qui m'a amené à écrire des notes de voyage, Journal d’Irlande, Chroniques irlandaises et La cocaïne des tourbières que les éditions Ouest-France viennent de reprendre en poche. Je dois dire que cette trilogie a fait autant pour ma notoriété que mes polars, en donnant de moi une autre image, ce que je voulais, d'ailleurs. Quant à être traduit en anglais, c'est presque impossible. Le monde anglophone a une telle production qu'il n'a guère besoin de nous, auteurs continentaux. Ça a toujours été ainsi, malgré les efforts développés par les éditeurs français ou les institutions françaises à l'étranger. Connemara Queen a été traduit en anglais, par une étudiante anglaise dans le cadre d'une maîtrise de traductologie. J'ai fait lire la traduction à un agent anglais et à un agent américain. Ils l'ont trouvée bonne, voire excellente, côté américain. Malgré cela, ils n'ont pas pu la placer. Pourquoi ? Parce que, m'a dit l'agent américain en question, la plupart des éditeurs n'achètent pas un livre mais un auteur. Auteur qui doit être présent, dont on doit pouvoir vendre l'image. Heureusement que nous n'en sommes pas encore là, en France.

 

La cocaïne des tourbières, dont je précise qu’il s’agit d’une titre à double sens, puisqu’il peut aussi bien signifier que l’Irlande est une drogue et que les gaz qui se dégagent des tourbières produisent des effets similaires à cet alcaloïde, est un agréable patchwork de souvenirs, d’impressions, de petits faits divers, sur la pêche bien entendu mais également sur le mode de vie des Irlandais. Te promènes-tu toujours avec un petit carnet pour noter au fur et à mesure ces chroniques, même si après coup elles ne se semblent pas intéressantes à retranscrire ? Les touristes français ne se montrent guère à leur avantage. Un problème de civisme ? En France bon nombre de nos concitoyens reprochent aux touristes britanniques de ne pas s’adapter ne serait-ce qu’à notre langue et de ne pas faire d’efforts. Le ressens-tu comme tel et fais-tu des comparaisons entre l’attitude des Français à l’étranger et des étrangers (touristes) en France ?

Peu après L’Adieu aux îles j’ai écrit la première mouture de Journal d’Irlande. Toujours avec dans l’idée de brouiller les pistes, de m’éloigner du polar, pour mieux y revenir un peu plus tard avec Coup de chaleur, Histoires d’ombres, Hôpital souterrain, entre autres. Certains lecteurs ont été déconcertés, mais la plupart ont compris très vite que je tenais à ma liberté d’inspiration, que je ne me cantonnerais pas dans un genre. Michel Lebrun, dans sa préface à Toutes les couleurs du noir, a merveilleusement exprimé cela en me qualifiant de " Monsieur Plus… écrivain doué de diversité… grand pervers qui se complaît à défier l’analyse, refuser les étiquettes, affiner sans cesse un talent original…romancier ou missile à têtes multiples… " Rien n’aurait pu me faire plus plaisir, surtout venant de Michel Lebrun. Quand j’ai lu ça, j’ai su que c’en était fini pour moi du débat, intérieur ou extérieur, entre littérature blanche/noire (tiens, à propos, le blanc et le noir sous les deux couleurs du drapeau breton !), polar/pas polar, continuons d’écrire, point.

La cocaïne des tourbières est le troisième et le dernier volume de ma trilogie irlandaise. D’ailleurs, pour que je ne sois pas tenté de continuer, les trois bouquins viennent de paraître en poche. Et sous coffret. Une façon bien "physique" de montrer qu’ils forment un tout définitif. Ils sont bouclés à l’intérieur de ce coffret. L’année dernière, pour la première fois, en Irlande je n’avais pas un carnet dans la poche. Oui, pendant quelque vingt ans, j’ai pris des notes. Mais peu. Je l’explique dans un avant-propos, aux Chroniques je crois. Je n’ai noté, pour écrire ces trois livres, que des choses dont il me serait difficile de me souvenir exactement – par exemple des jeux de mots et des histoires drôles, des métaphores ou des images qu’on est incapable de retrouver après. Il se trouve que ma mémoire ne m’a jamais fait défaut, au moment de rédiger. Au contraire, l’Irlande exerce une telle influence sur moi que quelques mots notés ont toujours suffi à me remettre en mémoire toute une scène, d’une ou de plusieurs pages. Je crois qu’il y a un mot en psychologie, pour traduire ce phénomène, mais il ne me revient pas, à la minute présente. Mystérieux, en tout cas.

Tu me trouves un peu méchant avec les touristes français ? C’est vrai qu’en Irlande je les fuis, comme d’autres me fuient, sans doute. Les amoureux de l’Irlande ne veulent pas partager. C’est vrai aussi que certains Français, pas les amoureux, se comportent très mal, en Irlande ou ailleurs. La réciproque est-elle vrai ? Franchement je n’en sais rien. Je ne fréquente guère les touristes étrangers en Bretagne. Je les fuis, aussi, en partant… en Irlande une partie de l’été, ou bien en faisant du bateau pendant les week-ends. Tout ce que je peux dire c’est que nous avons des amis allemands, que nous voyons tous les ans, parce qu’ils louent une maison pas loin de chez nous. Des gens absolument charmants, qui font un réel effort pour s’adapter. En une dizaine de séjours ils ont appris le français.

 

Quels sont les auteurs qui t'ont fait découvrir le roman noir ?

Je crois avoir presque tout lu de ce qu'on appelle les classiques : Chandler, Hammett, MacCoy, Cain, Chase, etc.  Parmi les livres déterminants : Eva, de Chase; Le chant de l'alligator, de Harry Whittington; Le facteur sonne toujours deux fois, de Cain. La lecture de Simenon - ses romans “ durs ” plus que les Maigret - a eu également beaucoup d'influence sur moi. Dans la littérature blanche, mais pas si blanche que ça, Steinbeck, Caldwell, Faulkner m'ont aussi donné envie d'écrire.

 

Es-tu devenu un notable, un édile chez toi, un personnage de référence, que l'on salue dans la rue, aimé de sa concierge ?

J'ai vraiment été un édile : conseiller municipal. J'ai tenu trois ans, au bout desquels j'ai démissionné. Quand on a vécu ça de l'intérieur, on se rend compte que la plupart des conseils municipaux manquent totalement d'imagination. Personnage de référence ? C'est sûr qu'en province il est assez facile de le devenir, quand on a acquis une certaine notoriété. Par rapport à quelqu'un qui habite Paris, c'est un avantage. Un effet multiplicateur de la notoriété, au moins dans ta province. Invité à tous les pince-fesses, les coquetailes, les rubans à couper, les dîners en ville, les jurys littéraires, les jurys de cinéma. On s'en lasse. Il faut sélectionner, sinon on se fait vite bouffer. C'est tout un art, parce qu'il ne faut pas avoir l'air de snober les gens, tout en préservant sa propre tranquillité. Il y a des expériences intéressantes, qu'un écrivain ne peut pas refuser : rencontrer Mitterrand (et s'étonner qu'il ait lu plusieurs de tes bouquins, à croire qu'il avait révisé ma bio avant la rencontre), dîner avec Chirac qui, lui, n'avait rien lu de moi... La rue, c'est autre chose. Ma femme a pratiquement renoncé à venir en ville (Quimper) avec moi le samedi matin. Quand elle vient, on compte les poignées de main aux mètres parcourus et au temps mis à les parcourir. Cinquante mètres en une demi-heure. Impressionnant. Sympa, toujours. Sauf que ma chère épouse envisage de m'acheter une perruque et des moustaches afin qu'on puisse faire nos courses tranquillement. Suis-je aimé de ma concierge ? J'ai deux concierges, dans ma campagne : un setter anglais et un coq qui descend des oies du capitole. Dès qu'il entend ou voit quelque chose, il chante avant que le chien aboie. Le setter m'aime, le coq me déteste. Il me vole dans les plumes quand je pique les œufs de ses poules.

 

La couverture du deuxième volume des chroniques irlandaises est la reproduction d’un tableau signé Hervé Jaouen. Une autre de tes passions ?

La peinture n’est pas vraiment une passion. Une détente. Gamin, j’aurais voulu aller aux Beaux-Arts, à le petite école du jeudi. Plus tard, au début de ma vie d’adulte, j’ai fréquenté des peintres. Ils m’ont appris quelques trucs qui me permettent de faire un peu d’huile et d’aquarelle. Des trucs sans aucun génie, mais honnêtes, jolis. Je les offre aux amis, à la famille. Mais ça fait bien trois ans que je n’ai pas touché un pinceau. Plus le temps.

 

jaouen12Les Ciels de la baie d’Audierne sont un peu le prolongement de l’affaire d’Outreau à travers les affres d’une famille. Tu en donnes ta vision personnelle, convaincante. Cette affaire t’avait-elle outrée à ce point pour en faire un roman ?

Comme tout un chacun, je suivais cette affaire dans la presse. Le jour où j’ai entendu dire, au journal de 13 heures, lors du premier procès, que la principale accusatrice venait d’avouer qu’elle avait menti, j’ai été bouleversé. J’ai pensé à tous ces gens en tôle depuis près de trois ans. Et, tout de suite, dans l’après-midi, j’ai pensé aux enfants de ces innocents accusés à tort. J’ai pensé : si le même truc m’arrivait, comment mes filles le supporteraient-elles ? J’ai donc eu très vite l’idée de m’inspirer de cette affaire pour écrire un roman, mais d’un point de vue qui n’avait jamais été abordé : celui des enfants des accusés, doublement victimes de la justice, doublement innocents et condamnés, à l’école, dans la rue, à l’infamie. J’ai situé l’affaire en Bretagne, dans des coins idylliques, pour appliquer la loi des contrastes : l’erreur judiciaire n’en devenait que plus horrible. J’ai inventé des ressorts dramatiques et à ma grande surprise, au moment des auditions par la commission parlementaire (j’ai tout regardé), je me suis aperçu que ma fiction rejoignait la réalité. C’est un livre que j’ai écrit très vite, d’un trait, comme on pousse un cri de répulsion.

J’ai toujours été passionné, et épouvanté, dans le polar, par les histoires de faux coupable. Mon premier polar pour la jeunesse, Le Monstre du lac noir, chez Syros, est une histoire de faux coupable, écrit du point de vue… d’une petite fille.

Le gouvernement Fillon semble reculer aujourd’hui, sur la suppression du juge d’instruction. Je pense qu’il faut le garder. Mais je m’étonne qu’aucune commission n’ait pensé à cette chose simple qui permettrait d’éviter les dérives d’un juge tout-puissant dans le secret de son bureau : que la mise en examen soit publique, en présence de la presse et des avocats. Le juge y réfléchirait à deux fois avant d’expédier des gens qui crient leur innocence en tôle, souvent dans le seul but de les faire craquer.

 

Ta passion pour l’Irlande tu la livres dans Suite irlandaise. Une récréation dans ta production.

Entre l’Irlande et nous (ma femme et moi), c’est une très vieille histoire d’amour, un ménage à trois. Il faut dire que ma femme a du sang irlandais… Nous allons en Irlande tous les ans, et parfois plusieurs fois par an, depuis 1976. Et je publie des notes de voyage depuis 1984. Suite irlandaise est en fait le quatrième volume, après Journal d’Irlande, Chroniques irlandaises et La Cocaïne des tourbières. C’est en effet une récréation. Ces quatre livres, je les ai écrits en automne et en hiver, à partir de notes prises sur place. A chaque fois je plaisantais, pendant l’écriture : « je passe l’hiver en Irlande… » Je crois que l’écrivain voyageur écrit la plupart du temps ses notes de voyage au retour, pour revoir. C’est un réel bonheur que de retourner en arrière, d’autant que le tamis de la mémoire ne retient que le meilleur.

 

Dans Les Filles de Roz-Kelenn puis dans Ceux de Ker-Askol ce sont des romans jaouen14noirs qui ancrés dans la Bretagne profonde nous font revivre une époque révolue. As-tu emprunté les personnages que tu décrits les traits de personnes ayant existé ? Y aura-t-il une suite ?

A l’origine de tout roman il y a une réalité. Pour Les Filles de Roz-Kelenn, par exemple, le début m’a été m’inspiré par ma grand-mère maternelle (Jabel dans le livre) née dans une cabane, orpheline à cinq ans, et qui a survécu en mendiant de ferme en ferme jusqu’à ce qu’elle ait l’âge de travailler. Elle avait plusieurs frères et sœurs. Dans le roman, je ne lui donne qu’une sœur, Maï-Yann, dont je raconte la vie dans Ceux de Ker-Askol. Pour elle, j’ai mélangé et romancé le destin de deux de mes tantes paternelles, l’une qui est devenue bonne sœur contre son gré, l’autre qui, victime d’un mariage arrangé, a épousé un hermaphrodite et a fini ses jours à l’asile de Morlaix. Ensuite, bien sûr, à partir de la réalité, j’emprunte ici et là (histoires qui m’ont été racontées), de façon à renforcer la singularité des personnages et de leur destin. Au besoin, j’invente des rebondissements dramatiques, mais toujours en respectant la réalité du milieu que je décris, et que j’ai connu. C’est, au fond, le fameux « mentir-vrai » d’Aragon.

Une suite ?  Je viens de la terminer et le roman paraîtra en octobre 2010, probablement sous le titre Joséphine et les Marins. En fait, mon ambition est d’écrire un ensemble de romans qui, réunis, seraient l’histoire d’une vaste famille bretonne au 20ème siècle. Dans Joséphine et les Marins, nous revenons à la fin du 19ème siècle. La mère de Jabel et Maï-Yann avait deux demi-frères, placés dans des familles d’accueil. L’un, Donatien, chez des paysans du bocage niortais, l’autre, Joseph, chez des gens du Cap-Sizun. Joseph deviendra marin de la Royale, aura quatre filles, dont l’aînée s’appelle Joséphine, et qui rêveront d’épouser un marin comme leur père. Ici aussi, j’utilise au départ une « matière » que je connais. Il se trouve que mon grand-père maternel avait un demi-frère, placé tout petit dans une famille d’accueil du Cap-Sizun. Devenu marin d’Etat, il a épousé une fille du Cap… J’ai eu la chance, quand j’étais gosse, d’aller plusieurs fois passer une partie des grandes vacances chez eux… Bord de mer, la côte sauvage et quasiment déserte à l’époque, des traditions maintenues… Le vieux tonton me racontait ses campagnes. Il avait fait les Dardanelles ! Sur le vaisselier, au lieu d’assiettes, trônaient des étuis d’obus qu’il avait sculptés et gravés à bord de cuirassés, en mer Noire… Dans mon roman, ces étuis d’obus trônent comme des icônes vénérées par les quatre filles, qui connaissent le récit des Dardanelles par cœur et ne s’en lassent pas. C’est un merveilleux détail signifiant que je n’aurais pas pu inventer.

Voilà pour la réalité. Ensuite, comme le roman est essentiellement écrit du point de vue de Joséphine, j’attribue à cette dernière des bribes du destin d’autres femmes pour lui donner une vie très romanesque. Par exemple, à un moment donné, à la fin des années 30, elle va travailler à Paris chez des Juifs du Sentier, qu’elle accompagne ensuite, pendant l’exode, dans le Midi où ils échappent par miracle à la Gestapo et à la police de Vichy. Eh bien, cette portion de destin appartient à l’une des tantes de mon épouse…

On peut dire aussi que je me nourris de mes connaissances de cet univers particulier qu’est la Marine nationale. Dans mon enfance et mon adolescence, outre mes vacances dans le Cap-Sizun, j’ai baigné dans cette ambiance. Mon frère, de neuf ans plus âgé que moi, était mataf. Il a fait une bonne partie de sa carrière dans les sous-marins et dans le roman il y a… un sous-marinier. J’ai été aussi aidé, pour les détails, par un membre de la famille qui était capitaine de vaisseau.

Finalement, j’ai eu beaucoup de chance. En me réservant une jeunesse aussi riche de rencontres dans des milieux très divers (la ruralité profonde bretonnante, le milieu ouvrier, les camarades syndiqués à la CGT de mon père cheminot, la banque, la Royale, etc.), les dieux me préparaient à devenir romancier, faut croire. J’ai de quoi nourrir pas mal d’ouvrages…

Dans le quatrième volume de cette série de romans je raconterai, toujours selon le même principe du « mentir-vrai », le destin singulier des descendants de Ceux de Ker-Askol. Après le Cap-Sizun et l’Armor, la Bretagne de la mer, nous reviendrons en Argoat, la Bretagne de la terre, à travers une intrigue qui aura quelque chose sinon d’un polar du moins d’un vrai roman noir. Je l’ai en tête. Comme disait je ne sais plus quel écrivain : mon livre est terminé, il ne me reste plus qu’à l’écrire…

 

jaouen17Dans ton prochain roman à paraître chez Diabase en juin, et intitulé Aux armes zécolos, tu ancres l’action en Bretagne avec en toile de fond la pollution. Toujours ton amour pour le saumon, la pêche, et ton combat ou ta colère contre un modernisme forcené d’une agriculture intensive ?

Ma hargne contre l’agriculture intensive ne date pas d’hier. Je l’ai déjà exprimée à plusieurs reprises, dans des chroniques données au Télégramme, dans des courts textes piquants publiés par Eau et Rivières de Bretagne, dans des romans comme Que ma terre demeure.

J’habite la campagne et je suis pêcheur à la ligne. J’ai vu, à partir de la fin des années 60, abattre les talus pour remembrer. J’ai vu les champs de choux et de betteraves être remplacés par le maïs après la moisson duquel la terre est nue comme une cour cimentée. Plus une mauvaise herbe, plus une fourmi… Les conséquences de ces traitements, on les connaissait. Eau et Rivières de Bretagne donnait déjà, à la fin des années 70, les taux de nitrates et de pesticides qu’on aurait vingt ans plus tard. Peu importait, il fallait produire, et les zécolos on les prenait pour de doux rêveurs. De même que les pêcheurs à la ligne qui ont été les premiers à observer les conséquences de la pollution. Terrible diminution des truites dans les rivières, disparition des insectes dont se nourrissent les truites… Il y a encore une quinzaine d’années, au-dessus des rivières où je pêche, je voyais des myriades d’insectes spécifiques. Plus la queue d’un.

La diminution du saumon dans les rivières bretonnes n’est pas seulement due à la pollution : pêche en mer et en estuaires, règlementations absurdes… Mais c’est une réalité. En Irlande aussi, d’ailleurs, où c’était encore l’abondance dans les années 90.   

Pour en revenir à Aux armes zécolos… Ce livre exprime tout cela, une fois de plus, mais sous une forme qui peut-être touchera plus les esprits : la fable humoristique, et on sait que les fables ont une morale à méditer. Ceci dit, je crois que le combat ne sera jamais gagné. Le personnage du grand-père, dans le bouquin, désespéré de n’avoir plus un saumon à pêcher, c’est moi, sauf que je ne menace pas de me pendre en haut d’un chêne, j’écris… Il faudrait des mesures drastiques pour retrouver une eau de qualité en Bretagne. On en est loin, quand aujourd’hui on continue cette nouvelle mode de cultiver aberrante : pour éviter de charruer deux fois les champs (et donc économiser du carburant), on traite l’herbe plutôt que de l’enfouir. En avril/mai, on voit des parcelles de dix et vingt hectares jaunes comme de la paille… Assez souvent au bord de rivières ou de ruisseaux. Alors, les discours sur la réduction de l’utilisation des pesticides, c’est du pipeau. Pareil pour les élevages de cochons, qui continuent de grandir. (Cet ouvrage est paru chez Diabase)

 

Et si l’on parlait d’une autre activité qui reste annexe : la traduction. Tu as traduit un roman de Liam O’Flaherty, l’assassin. Dans quelles conditions cette annexe à ton travail de romancier s’est-il produit ? Dans La cocaïne des tourbières tu cites d’autres ouvrages écrits par des Irlandais. Pourquoi ne les traduits-tu pas ?

L’anglais m’a toujours passionné. Après le lycée, où de mon temps on t’apprenait grande-blasket.pngsurtout la grammaire, mais pas à parler, j’ai essayé d’améliorer mon niveau. J’ai beaucoup appris sur le tas, en Irlande, dans les pubs et à la pêche. J’ai aussi pris des cours particuliers, écouté la BBC, lus des romans dans le texte. Quand on est écrivain, je crois que tout ça mène un jour à l‘envie de traduire. Cette envie, je l’ai eue quand l’Irlandais John McGahern m’a donné le manuscrit, qu’il venait de terminer, de son roman Amongst Women (Entre toutes les femmes). Mais il avait déjà un excellent traducteur. Quelques années plus tard, j’ai acheté chez un bouquiniste canadien The Assassin, de Liam O’Flaherty, un bouquin de lui que je ne connaissais pas et que j’ai trouvé génial. J’en ai parlé à François Guérif, qui en a parlé à Joëlle Losfeld, qui a acheté les droits et m’a confié la traduction. Pourquoi je ne traduis pas plus ? Par manque de temps. J’ai trop de fers au feu et, pour l’instant, encore beaucoup de livres à écrire. Mais je me suis offert ce plaisir récemment : je viens de terminer la traduction, à paraître en avril dans la collection que je dirige aux éditions Ouest-France, d’un récit écrit par un anglo-irlandais, Guy St John Williams, un bouquin plein d’humour dont le titre français sera Les Robinsons du Connemara. Ceci dit, je connais mes limites. Je serais incapable de traduire Henry James, par exemple. J’ai sous le coude deux ou trois autres livres qui me conviendraient, dont un recueil de nouvelles de Bernard MacLaverty, qu’une de mes filles, qui a fait une maîtrise de traductologie (hé ! les gènes, certainement), a traduit en partie. Il suffirait de terminer. Entre la traduction et l’écriture, je crois qu’il y a la même différence qu’entre concevoir des mots croisés et les faire. La souffrance n’est pas la même. Je vais te confier un truc, Paul. Comment je me vois dans mes vieux jours, quand je n’aurai plus d’inspiration mais que je ne serai pas gâteux au point de ne plus pouvoir restituer l’esprit d’un texte : traduction et aquarelle. Entre deux parties de pêche en Irlande, évidemment.

(Depuis cet entretien, Hervé Jaouen a traduit un autre ouvrage : Lettres de la Grande Blasket d'Elisabeth O'Sullivan paru aux éditions Dialogues).


Quel est le défaut que tu détestes le plus ?

L'intolérance, qui en détermine beaucoup d'autres.

 

La qualité que tu aimes le plus chez les autres ?

La tolérance.

 

Crois-tu posséder cette qualité ?

Hélas non. Je suis très intolérant à l'égard de l'intolérance.

 

Une grande partie de cet entretien a déjà été publié dans la revue 813 en 2002, mais depuis Hervé Jaouen a écrit d’autres ouvrages dont il était bon d’évoquer la genèse. Vous pouvez également retrouver Hervé Jaouen sur son site 

 

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 08:09

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La collection Engrenage, crée à l’initiative d’Alex Varoux, éditée chez Jean Goujon, reste comme l’une des collections phares de la fin des années 70, début 80. De jeunes auteurs prometteurs se trouvaient encadrés par des romanciers dont la réputation n’était plus à faire. Certains de ces jeunes débutants sont passés depuis à la trappe, d’autres comme Hervé Jaouen, qui depuis a creusé son trou dans la mine inépuisable du roman noir, sont devenus des valeurs sûres de l’édition. Avant de procéder à l’entretien de celui qui n’est plus considéré comme l’auteur d’un roman qui fit couler beaucoup d’encre, La Mariée rouge, mais a su s’affirmer et élargir sa palette, voici quelques éléments biographiques qu’il a bien voulu nous confier.

Hervé Jaouen est né le 18 novembre 1946 à Quimper dans un foyer modeste. Boursier, il fait ses études au lycée La Tour d'Auvergne de Quimper. C'est en seconde et en première qu’il commence à écrire et reçois de sérieux encouragements de la part d'éditeurs et d'écrivains parmi lesquels le jeune romancier Jean-Edern Hallier. Destiné à des études de lettres, le hasard le conduit à faire des études de droit et d'économie et à commencer une carrière dans la banque. A 24 ans, il devient chef d'agence, puis à temps partiel professeur d'économie, détaché par l'établissement qui l'emploie, au Centre de Formation de la Profession bancaire. Peu de temps après, il découvre le roman noir américain et c'est sous cette influence qu’il se remet à écrire. En 1979, il inaugure une toute nouvelle collection de polars, “ Engrenage ”, avec La Mariée rouge. Ce roman, d'une grande violence, lui vaut une reconnaissance immédiate auprès d'un large public, et il est considéré par le Magazine littéraire comme “ un des prophètes les plus doués du néopolar et un des plus originaux romanciers français ”. Dans les années qui suivent il est reconnu comme un des maîtres du roman noir français. A partir de 1983 il ne travaille plus qu'à mi-temps à la banque (qu’il quittera quelques années plus tard) et élargit sa palette. L'Adieu aux îles (1986), dont une partie de l'intrigue se déroule à Saint-Pierre-et-Miquelon, le consacre comme écrivain tout court et non plus seulement comme un auteur de polars. Amoureux de l'Irlande où il se rend plusieurs fois par an, il lui consacre de nombreux livres, dont récemment (avril 2000) La Cocaïne des tourbières, suite de Journal d’Irlande et de Chroniques irlandaises, un recueil auquel Libération accorde le “ mérite de trouver sa place auprès du Journal irlandais d'Heinrich Bôll ”. Il préface et traduit L'Assassin de Liam O'Flaherty. C'est encore l'Irlande et plus particulièrement le monde des courses de lévriers qu’il fait vivre dans son roman Connemara Queen. Dans Le Cahier noir (Gallimard Jeunesse), il propose à son héros, un jeune Français, de résoudre le mystère attaché à l'île de Balor, au nord-ouest du Donegal.

Hervé Jaouen a obtenu de nombreux prix dont le prix du Suspense pour Quai de la Fosse et le Grand Prix de littérature policière pour Hôpital souterrain qui a pour cadre l'île de Jersey. L'Allumeuse d'étoiles lui permet d'ajouter son nom au palmarès prestigieux du Prix Populiste où l'on note les noms de Jules Romains, Henri Troyat, Jean-Paul Sartre, Louis Guilloux, Bernard Clavel, André Stil, René Fallet, Christiane Rochefort, et de bien d'autres auteurs réputés. Plusieurs de ses ouvrages ont été traduits dans différentes langues. Cinq de ses romans ont été adaptés à la télévision : Le monstre du lac Noir dans le cadre d'émissions pour la jeunesse, La Mariée rouge par Jean-Pierre Bastid, Histoire d'ombres par Denys Granier-Deferre, Les Endetteurs (sous le titre Crédit-Bonheur) par Luc Béraud, Hôpital souterrain par Serge Meynard.

Voici dirais-je pour la présentation officielle, et avant de passer à l’entretien proprement dit je voudrais signaler que La Mariée rouge entame de nouvelles noces sous le label des éditions de La Chapelle ainsi que La Chasse au merle et Pleure pas sur ton biniou (réédition de La petite fille et le pêcheur). D’autres romans suivront mais procédons maintenant à l’entretien proprement dit, réalisé, modernisme oblige par mails.

 

Ton premier roman, La mariée rouge, a débuté la collection Engrenage chez jaouen2Jean Goujon. Comment as-tu appris le démarrage de cette collection ?

J'ai eu beaucoup de chance. Potache, j'avais commis deux romans, refusés par tous les éditeurs, ce qui m'avait décidé à ne plus toucher ma machine à écrire. Pendant les années suivantes, absorbé par des études de droit et d'économie, je n'ai plus écrit une ligne. Et puis j'ai découvert, tardivement, le roman noir américain. Une révélation. Qui m'a inspiré, quelques années plus tard, cette Mariée rouge. Je l'ai adressé à la Série Noire, où j'ai eu affaire à Soulat et Mounier. Ils ne l'ont ni refusé, ni accepté, et m'ont demandé de passer les voir. J'ai rencontré Mounier à plusieurs reprises. On allait boire un pot au bistrot d’à côté, Mounier me répétait qu'il se demandait si la Série Noire était prête à publier un tel bouquin, voulait attendre. Cette situation a duré entre six mois et un an. Et puis un beau jour, je lis une annonce dans Le Monde des Livres : Alex Varoux recherchait des manuscrits de romans policiers actuels (l'adjectif a fait tilt) pour le lancement d'une nouvelle collection. Je lui ai adressé mon manuscrit, quelques jours après il l'acceptait et, au moment du lancement de la collection, décidait de le publier en numéro un.

 

Ce roman a eu une carrière exceptionnelle pour un premier roman puisqu'il a été réédité à plusieurs reprises. L'as-tu retravaillé ou l'as-tu laissé tel quel lors de ces différentes rééditions ?

Au départ, Alex Varoux m'a conseillé de faire quelques retouches et de rajouter un chapitre. Ensuite, lors des différentes rééditions, à part peut-être la correction de quelques fautes ici et là, il a été publié tel quel. Je crois que c'est ce qu'il faut faire. Un bouquin naît d’une époque, d’un contexte social, d’un état d'esprit de l'auteur, il ne faut plus y toucher. Et tant pis si vingt ans après quelques faiblesses apparaissent. Elles appartiennent au livre. Et j’ajouterai qu’Hélène Amalric l’a inclus dans son recensement des 100 polars incontournables publiés depuis la création du genre dans son ouvrage édité chez Librio.

 

C'est un autre de tes romans, Quai de la fosse, qui a été choisi pour débuter la nouvelle collection Engrenage au Fleuve Noir. T'y attendais-tu ?

Non. D'autant que la carrière de ce roman a très mal démarré. Alex Varoux l'a détesté. Ça m'a complètement déconcerté. J'avais l'impression d'avoir mieux travaillé et voilà qu'on me refusait le texte. J'ai adressé des photocopies à Michel Lebrun et François Guérif pour avoir leur avis. Ils ne comprenaient pas non plus le refus de Varoux. Environ six mois plus tard, Caroline Camara est venue codiriger la collection. Elle avait appris que j'avais un manuscrit en souffrance, m'a appelé, a lu, a accepté le bouquin et c'est elle qui a convaincu le Fleuve Noir de me publier en numéro un de cette nouvelle version de la collection. Nouvelle chance, encore, puisque le Fleuve a beaucoup communiqué pour relancer la collection. Le succès a été assez foudroyant. Avant même d'avoir le prix du Suspense 1982, le livre s'est vendu à 38 000 exemplaires. Vraiment. Pas du baratin d'éditeur. Le Fleuve m'a payé les droits sur 38 000. En plus, le livre a été acheté par un club du livre, puis traduit en allemand et publié dans une collection de poche assez prestigieuse outre-Rhin, je crois. On a là l’illustration des splendeurs et misères de l'écriture.

 

Les titres s’enchaînent, la carrière s’annonce prometteuse, pourtant un de tes romans est édité dans la collection Spécial Police sous le pseudonyme de Michaël Ennis. Pourquoi avoir changé de nom ?

J’avais écrit ce bouquin pour Engrenage. Caroline Camara l’a jugé un peu faible, trop classique (et elle avait raison), par rapport à mes livres précédents. Patrick Siry m’a proposé de le prendre en Spécial Police et d’un commun accord on a décidé que je le signerai d’un pseudonyme pour qu’il n’y ait as de confusion entre ma production néopolar et une éventuelle future carrière de Mikael Ennis en Spécial Police. Carrière qui s’est arrêtée là. J’ai eu envie d’écrire autre chose.

 

Tu as écrit deux romans de SF sous le pseudonyme de Michael Clifden. Pourquoi ne pas avoir renouvelé l'expérience ? (Petit aparté du scripteur de cet entretien : Ennis et Clifden sont les noms de deux villages irlandais. Logique, non !)

La genèse de ces deux romans est marrante. Rappelons qu'à l'époque la collection Anticipation du Fleuve marchait très fort. Un jour Patrick Siry m'appelle pour me dire que certains auteurs n'avaient pas rendu leur copie et que le Fleuve allait manquer. Il me demande d'en écrire. Je lui dis que je n'y connaissais absolument rien (et c'est toujours vrai). Il me répond, bah, c'est comme un polar, sauf que ça se passe dans le futur. Il m'en adresse une vingtaine et je me dis ma foi, pourquoi pas, ça paiera toujours mes vacances en Irlande. J'écris le premier en 9 jours, il est publié, se vend à 22 000 exemplaires. En écrivant le second, j'ai été pris de remords. C'était trop facile, presque indécent. J'ai tué mes personnages. Et j'ai reçu des lettres de lecteurs désespérés.

 

jaouen4Tu as écrit aussi un roman érotique Les douze chambres de Monsieur Hannibal. Est-ce un seul essai comme pour la SF ?

Oui. Je l’ai écrit pour me faire plaisir, et faire plaisir aux lecteurs, du moins j’espère. J'avais le sujet dans mes tiroirs depuis plus de dix ans. C'est l’histoire, vraie, d'un couple marié vers 1920 et qui n’a jamais pu consommer parce que la dame avait un hymen réfractaire. Le mari, peintre amateur, passa toute sa vie à compenser le défaut d’union charnelle en peignant son épouse, à tous les âges. Des dizaines et des dizaines de tableaux. Belle histoire, non ? Qu'on pouvait traiter de différentes manières, à partir de la question cruciale : avaient-ils eu néanmoins une vie sexuelle ? J'ai choisi le roman érotique pour répondre à cette question. Impossible de dire aujourd'hui' si j'en écrirai un autre un jour.

 

Ta profession de banquier, tu l'as décrite, ainsi que ton militantisme syndical.jaouen10 Cela t'a-t-il attiré des inimitiés ?

Là on n'est plus dans la recherche d'un décor mais dans le domaine de la dénonciation. J'ai effectivement, à trois reprises, utilisé mon expérience de la banque pour dénoncer un système qui écrase l'individu. On retrouve ici le volet “ social ” du roman noir. Le premier, Le crime du syndicat, m'a valu l’inimitié de quelques petits esprits. Je veux parler de mon directeur du personnel et de cadres minables qui se sont sentis visés, certains à juste titre, d’ailleurs. Ils ont essayé de me dégommer, de provoquer la faute professionnelle, sans succès. A un plus haut niveau, les gens ont semblé avoir plus d’humour et être plus tolérants. Ou intrigués. Peu de temps après avoir publié Les Endetteurs - je n'étais plus à la banque - un samedi soir j'ai reçu un coup de fil du président d’une des plus grandes banques françaises. Il venait de terminer mon livre et se déclarait extrêmement troublé. Il voulait savoir si je m’étais vraiment inspiré d’une réalité. Plutôt positif, non, qu’un bouquin ait amené un grand financier à réfléchir sur les méthodes utilisées par ses troupes ? Cela dit, ça n’a rien changé.

 

Décris-tu certains de tes avatars de voyage comme le club de vacances en Turquie dans L'Allumeuse d'étoiles ?

Ça peut arriver. Mais dans le cas de L'Allumeuse d'étoiles, c'était prémédité. Pour la deuxième partie du livre j'avais besoin de quelque chose de bien craignos. J'ai donc examiné différentes brochures de tours opérateurs et choisi le club de vacances qui me semblait le pire. Et j’ai gagné. L’endroit était tel que je l’ai décrit dans le roman. Un véritable enfer. Je n’aurais pas pu mieux tomber... sur le plan recherche de décor. Séjour de vacances, c’est autre chose. Ceci dit, même en enfer on peut trouver son petit coin de paradis. Je l’ai également mis dans le roman : un petit bistrot, à l'extérieur du camp, où nous avons passé toutes nos soirées.

 

Pour quels bébés vont ta préférence : écriture, thème...

J’ai une préférence pour les deux bébés dont l'accouchement a été le plus difficile. Le fils du facteur américain, publié par Olivier Cohen chez Payot, m’a demandé un gros travail d’écriture. Mal récompensé puisque sur le plan commercial ça a été un bide. Mais bon, je ne regrette rien. Ce livre existe et peut-être que dans quelques années il sera redécouvert. Le thème me semblait porteur, expressif de notre époque : un cadre de banque, Martin, prend une année sabbatique pour construire un mur autour de chez lui... et finit par s'enfermer à l'intérieur de ce mur. Une métaphore de l’écrivain, aussi, sans doute. Le problème, c’est la construction en abîme. En fait, il y a deux Martin : l’un qui vit réellement, l’autre qui s'enferme dans sa tête. Le lecteur ne sait plus très bien qui est qui. C'était voulu, bien entendu, mais ça a découragé plus d'un lecteur. Le bouche à oreille a été très défavorable. Le deuxième bébé, c'est L'Adieu aux îles, également édité par Olivier Cohen, mais chez Mazarine. Gros travail d’écriture, aussi, sur un thème très roman noir : à petit feu, la destruction d’une femme formidable par un salaud qui va la mener au suicide. Là, j’ai été mieux récompensé. Ce bouquin m’a valu d'être invité à Apostrophes et a été très vite épuisé. Il est aujourd'hui disponible en Folio. Anecdote signifiante à propos de l’effet Apostrophes : le lundi matin mon directeur, à la banque, m'a convoqué dans son bureau pour ... me faire dédicacer un certain nombre de mes polars dont il ne m'avait jamais dit un mot auparavant. Invité par Pivot, j'étais devenu quelqu’un d’honorable !

 

A propos de bébés, tu as écrit des ouvrages pour la jeunesse. Est-ce plus difficile que des romans pour adultes ?

Oui, c’est plus difficile. Je suis très humble face aux auteurs “ jeunesse ”. A tel point que lorsque Perigot m'a demandé de participer à l'aventure Souris Noire chez Syros, j'ai d'abord dit non. Je ne voyais pas du tout comment on pouvait écrire pour des 7/8 ans. La plus jeune de mes filles, qui avait cet âge-là, m'a poussé à accepter. J'ai donc écrit Le monstre du lac Noir, depuis un best-seller des écoles primaires. Ensuite, à chaque fois que j'ai écrit pour la jeunesse, ça a été à la suite de sollicitations qui sont venues à point nommé. Mes filles grandissaient, j'avais des sujets à observer... Syros, encore, pour Souris Noire Plus. Gallimard, pour la collection Page Blanche. Là, il se trouve que j'avais un projet dans mes tiroirs, que je pouvais traiter en “ adulte ”. Je l'ai adapté pour cette collection, ce que je ne regrette pas, car Le Cahier noir est devenu un best-seller des collèges que Gallimard ne cesse de réimprimer. Mon dernier, Mamie-Mémoire, chez Gallimard, aussi, c'est autre chose. C'est un bouquin que j'ai écrit pour Denoël, qui l'a accepté tout de suite. Là-dessus, Denoël a changé de patron et le successeur n'en a pas voulu. Je l'ai donc donné à Jean-Philippe Arrou-Vignod, qui l'a publié avec enthousiasme. Rien à regretter là non plus. Le bouquin marche très fort en jeunesse et il est lu par de nombreuses “ grandes personnes ”. Preuve que la frontière est étroite, aujourd'hui, entre la littérature pour ados et la littérature “ adulte ”. En outre Mamie Mémoire a été adapté au théâtre par le Théâtre des Chimères de Biarritz, en français, espagnol et basque, avec succès. On en est à la 100ème représentation de l'adaptation en français et le livre a été traduit en une dizaine de langues.

Pour revenir à la difficulté, oui, c'est plus délicat à écrire, parce que tu ne peux pas te “ lâcher ” complètement. Il s'agit de respecter ton jeune lectorat. Lui permettre de s'identifier sans brider son imaginaire. Ne pas lui donner de la soupe à lire mais ne pas aller trop loin dans l'écriture. Rester accessible. Quand ça marche c'est formidable. Remarque, ce public-là est impitoyable. C'est avec la même franchise que les gamins te disent qu'ils ont adoré ton bouquin aussi bien quels te disent franco qu'ils l'ont trouvé nul.

 

Dans Combien je vous doigt, le récit pourrait être assimilé à une parabole et les personnages sont symbolisés nominativement par des animaux. Comment c’est passé le travail avec le dessinateur ?

Ce livre est né " à l’envers ", par le siège, si l’on peut dire. Les dessins ont précédéjaouen6 le texte. A la suite d’une succession de hasards. Hasard que Frédérique Guillard, des éditions Nathan, ait fait ses études à Quimper, qu’elle connaisse mes livres et qu’elle ait envie de travailler avec moi. Hasard encore, elle reçoit d’un tout jeune homme, Hugues Micol, ces très belles aquarelles accompagnées d’un court texte “ première lecture ” qui ne peut pas convenir. Elle m’envoie les dessins, me demande s’ils m’inspirent, c’est le cas, et voilà. J’ai bâti cette parabole, ce petit roman noir dont les enseignants peuvent faire tirer la morale à leurs élèves tout en les distrayant, à partir des personnages-animaux inventés par Hugues Micol. Une fois le texte écrit, il a réalisé quelques dessins supplémentaires. On est tous les deux très fiers du résultat.

 

Dans Singes d’homme tu reprends des personnages et le thème de La chasse au merle. Ce roman t a t-il marqué au point de le retravailler pour des adolescents ?

Ce livre est la suite logique de ma collaboration avec Frédérique Guillard. Elle voulait absolument que je lui écrive un Lune Noire et je n’avais pas ni le temps ni le désir d’écrire un inédit. Je lui ai proposé de réaliser une adaptation “ jeunesse ” de La chasse au merle. Pourquoi ce livre ? Parce qu’il me semblait le plus adapté à ce genre d’exercice. En outre, à tort ou à raison, j’estime qu’une réflexion, sinon une morale, doit se dégager d’un livre pour la jeunesse. Ici, j’essaie de faire comprendre aux jeunes lecteurs que le racisme ne date d’hier et que le problème des " banlieues " existait déjà dans les esprits, à la périphérie des villes, il y a quarante ans.

 

L’adieu aux îles marque un tournant dans ta carrière, tout comme Le fils du facteur américain. Le narrateur se conduit un peu en caméra qui regarde les évènements se dérouler sans devenir le personnage principal. L’accent est mis sur la lente déchéance morale d’une femme harcelée par son mari. Et elle essaie de s’en sortir en se remémorant son enfance à Saint Pierre et Miquelon. As-tu visité ce territoire d’outre-mer ou as-tu construit ton décor à partir de documents ? Il s’agit d’une exploration intimiste vue de l’extérieur, et as-tu pris un modèle pour écrire ce roman ? Insidieusement ce roman se tourne déjà vers ce que l’on appelle la littérature générale ou blanche, quoique possédant toujours un fond noir. Un livre ambitieux comme par exemple celui de David Goodis La blonde au coin de la rue qui se démarquait de sa production noire et policière. Le besoin déjà de se dépêtrer d’un carcan, d’une étiquette, ou de démontrer d’autres possibilités ?

Oui, ce livre marque un vrai tournant dans ma carrière. Et si je l’ai écrit, c’est grâce à Olivier Cohen. A l’époque (1984/85), il dirigeait les éditions Mazarine, une espèce de “ laboratoire de recherche ” que lui avait confié Claude Durand, P-D.G de Fayard. Olivier Cohen, que je ne connaissais pas, suivait ma production et peu après la parution du Crime du syndicat, il m’a téléphoné pour me dire qu’il me sentait capable d’écrire " autre chose ", des livres qui ne soient pas des romans noirs, plus ambitieux sur le plan de l’écriture. Son coup de fil tombait doublement à pic. D’une part, oui, je commençais déjà à ressentir le danger d’être étiqueté “ polardeux ”, d’être rejeté au-delà d’une frontière où, je le constatais, du moins en province, était qualifié “ d’écrivain ” ou se prétendait tel le moindre plumitif publié à compte d’auteur. Désagréable, non seulement pour l’ego – il a vieilli depuis – mais encore pour tous les grands auteurs de romans noirs que j’admire. D’autre part, effectivement, j’avais en projet de mêler dans un roman une expérience douloureuse et le passé familial de ma femme. L’expérience douloureuse : j’ai assisté, sans bien le comprendre, d’où de terribles remords, à la plongée dans la dépression, à la descente aux enfers d’une femme merveilleuse détruite par un salaud. J’avais envie de décrire ça et l’idée m’était venue de donner à cette femme, pour faire contraste avec son présent dégueulasse, un passé idyllique à Saint-Pierre-et-Miquelon où le père de ma femme est né dans une famille d’ascendance irlandaise. Je n’y suis pas allé – nous irons un jour –, je me suis contenté d’interviewer, longuement, la tante de mon épouse. Avec succès, semble-t-il, car à Saint-Pierre les gens se sont demandés quel type ayant vécu dans l’île se dissimulait sous le pseudonyme de Jaouen. Revenons à Olivier Cohen. Revenons au projet. Je savais qu’il me faudrait au moins un an pour écrire un tel bouquin. Et je n’avais pas les moyens de consacrer une année à l’écriture d’un livre. Ces moyens, après la rédaction de trois au quatre pages d’argument, Olivier Cohen me les a donnés. Les éditions Mazarine m’ont mensualisé pendant un an. Il y avait là quelque chose de mirifique. J’ai écrit tranquillement, comme je l’ai déjà dit Pivot m’a invité à Apostrophes, cet Adieu aux îles a été un succès pour Olivier Cohen comme pour moi. Et le bouquin est aujourd’hui encore en librairie, dans la collection Folio. Finalement, je me dis que depuis mes débuts j’ai toujours eu beaucoup de chance : coups de fil au bon moment, sollicitations qui coïncident avec mes propres désirs…Je dois être né sous une bonne étoile.

 

jaouen8Le thème central de Que ma terre demeure, et au delà du roman noir d'Anna qui est à la recherche sinon d'une identité du moins d'un point d'ancrage et de ses désarrois, m'a profondément marqué. Il s'agit d'un réquisitoire san concession d'une forme d'agriculture qui ne répond qu'au seul critère de rentabilité. S'agissait-il au départ d'un roman noir axé sur Anna ou d'une violente diatribe sur le modernisme agricole, modernisme que tu condamnes au même titre que José Bové, mais avec ta plume ?

A l’origine de ce roman il y a un synopsis de téléfilm que m’avait commandé, il y a environ 5 ans, un producteur intrigué par ce qu’il lisait dans la presse à propos des problèmes de pollution en Bretagne. On lui avait dit que j’étais le seul à pouvoir écrire quelque chose là-dessus. On s’est entendus tout de suite car moi aussi, j’avais envie de parler de ce problème. J’ai écrit le gros synopsis de ce qui devait être le " feuilleton de l’été ", en quatre, voire six épisodes de 90 mn. Forcément, outre la dénonciation du productivisme agricole et du “ tout cochon ”, il a fallu glisser pas mal d’ingrédients télé-feuilletonnesques. Le producteur n’a pas réussi à monter l’affaire. Trop polémique pour TF1, trop terroir pour F2, histoire jugée trop proche d’autres histoires pour F3. Prudent comme à mon habitude, je m’étais garanti la propriété du sujet, avec l’intention d’en faire un roman, plus tard, au cas où le téléfilm ne se ferait pas. Début 1999, nouvelle sollicitation du hasard. Jeannine Balland, une dame fort charmante que je ne connaissais pas, m’appelle pour me demander si ça m’intéressait d’écrire un roman dans sa collection "Terres de France" aux Presses de la Cité. Pourquoi pas, puisque j’avais le sujet ? On traite et je me mets à écrire le livre plus tôt que prévu. J’en suis d’autant plus heureux que je vais pouvoir me débarrasser du " gras " télévisuel et y mettre beaucoup plus de mes propres sentiments.

 

L'hommage que tu rends à ta famille et au monde agricole est-il le seul enjeu dans ce roman ?

Depuis longtemps j’avais envie d’utiliser mes souvenirs d’une enfance partagée entre la ville et la campagne. La ville où mes parents, anciens journaliers agricoles, étaient installés. La campagne où la majorité de mes oncles et tantes étaient restés fermiers. Presque tous les week-ends, mes parents allaient donner un coup de main aux uns et aux autres. J'ai donc connu tout ce qu’un petit garçon de la campagne peut connaître. En outre, bien que citadins, mes parents sont demeurés des " terriens ", d’autant que derrière chez nous il y avait une ferme (époque où la ville commençait d’avaler la campagne, c’est le décor de La chasse au merle) jaouen9où mon père, cheminot, allait échanger des journées de travail (coupe du bois sur les talus, aide aux moissons) contre des journées de cheval, un cheval nommé Baptiste dont il avait besoin de temps en temps, pour charroyer de la terre, rentrer son cidre et son bois.

J’habite en pleine campagne. Je suis resté très attaché à la terre, et en particulier par deux liens : la pêche et la chasse qui m’ont permis de constater au fil des années les effets destructeurs du modèle agricole breton. En trente ans, exit les truites et les saumons, exit les perdrix, les bécassines et les lièvres. A la place, de la terre épuisée et de l’eau polluée par les élevages porcins (3 millions de Bretons, 12 millions de cochons officiels plus sans doute 1 ou 2 millions de clandestins se partagent 8% du territoire français). Mon but, tu l’as bien senti, était dans ce roman de dénoncer cette dérive. Plus généralement, tu constateras que j’aime bien dénoncer dans mes livres. Je suis à l’aise quand j’écris contre. Contre l’armée, contre la banque, contre le surendettement, contre la connerie humaine. Sache que dans cette dénonciation j’ai retenu ma plume. J’avais réuni un volumineux dossier de documents sur la pollution. J’en ai utilisé un millième. Parce qu’il ne s’agissait pas d’écrire un essai. Il s’agissait de faire passer un message de manière rusée. Dans un roman. D’où la recherche d’une intrigue qui tire vers le roman noir, comment s’en étonner, de ma part ? Une intrigue simple, “ tragique ”, “ western ”, qui fonctionne depuis la nuit des temps : combat du bien contre le mal (mais je me suis gardé de sombrer dans le manichéisme), faible contre fort, pauvre contre nanti. En n’ayant pas peur des symboles : entre la ferme du puissant et celle de la jeune veuve, un ravin au fond duquel coule une rivière – symbole déjà présent dans Le Fossé où au lieu d’un ravin c’est une quatre-voies urbaine qui sépare les beaux quartiers des banlieues à problèmes. Comme toi, comme nous tous amateurs de polars, je suis persuadé que le roman noir est le meilleur vecteur de la dénonciation. C’est un truisme de le dire à propos des premiers romans noirs américains, auxquels on peut associer, entre autres, non seulement les romans de Steinbeck et de Caldwell, mais aussi ceux de Zola. Il semble que j’aie réussi ce roman. Sans doute à cause de mon enfance. De mes grands-parents, pauvres métayers, des deux côtés. La chair des personnages, je l’avais en moi. Pour résumer, on pourrait donc dire de Que ma terre demeure que c’est un roman où l’auteur de romans noirs exerce un art qu’il a appris à maîtriser, et dans lequel l’écologiste s’avance masqué.

A suivre...

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 08:09

Le 26 mai 2011 Pierre-Alain Mesplède nous quittait. Un entretien en forme d'hommage.

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Les amateurs de littérature policière, qui comme moi ont fréquenté les salons et festivals comme Reims, Grenoble, Saint-Nazaire, Le Mans, se souviendront de Pierre-Alain comme de quelqu’un de charmant, jovial, convivial, consensuel (mais c’est une marque de fabrique des Mesplède), fin conteur, disert dans la narration d’anecdotes, de son rire, de ses interprétations musicales comme sa chanson fétiche Volver, de ses imitations de Jacques Dufilho. Pierre-Alain, né le 12 octobre 1943 à Rochefort-sur-Mer, s’est éteint le 26 mai, d’un cancer. Nous avions toujours plaisir à nous rencontrer, même si ces dernières années, nous ne nous voyons plus guère, mais nous communiquions toutefois par téléphone de temps à autre. En modeste hommage je vous propose un entretien réalisé au Mans en 1995 lors de la parution de son premier roman : Les trottoirs de Belgrano, qui fut adapté au cinéma par Jean-Pierre Mocky en 2005 sous le titre de Grabuge. D’autres titres suivirent que je vous présente ici, mais nos conversations, nos confidences, notre amitié, je me les réserves, par pudeur et en mémoire de Pierre-Alain. Je me permets juste de vous proposer un entretien qu’il m’avait accordé au Mans en 1995, publié dans la Tête en Noire en n°58 et que je vous propose ci-dessous.

 

trottoirs-Belgrano.jpgPierre-Alain nous entraîne dans des lieux inusités pour un roman noir, celui du tango. Le titre de son livre "Les trottoirs de Belgrano" (Série Noire N° 2393).


- Comme tout entretien qui se respecte nous débuterons par une petite biographie, du genre qui est Pierre-Alain Mesplède, où va-t-il, que fait-il, etc ...:

- Je suis né le 12 octobre 1943. J'insiste sur la date du 12 octobre parce que, pour ceux qui ne le savent pas, il y a quelques 500 ans c'était la découverte de l'Amérique. C'est un jour férié dans tous les pays de langue espagnole, aussi j'étais prédestiné à m'intéresser à tout ce qui a trait à l'Amérique du sud, à la langue espagnole, etc. Je pense que c'est important dans une vie. Je ne me suis pas intéressé qu'à l'Espagne. J'ai fait un parcours classique et je suis inspecteur des impôts.

- Ton héros travaille au ministère de l'Intérieur et plus principalement dans le service des cartes de séjour. As-tu eu des contacts avec ce service ou est-ce inopiné ?

- Non, je n'ai pas eu de contact. En fait je voulais écrire, ce que j'ai donc fait, mais je me sentais mal à l'aise pour décrire un flic. Et si un flic intervient, c'est incidemment et pas du tout dans le cadre de son fonctionnement technique, parce que je ne sais pas comment cela se passe. J'ai donc créé un personnage qui n'a rien à voir mais qui possède assez de liens avec le ministère de l'Intérieur pour que le flic le considère comme un collègue et lui fasse confiance. C'est donc un petit plaisir que je me suis fait mais également une nécessité parce que je ne me voyais pas raconter des bêtises sur la procédure et des choses comme ça.

- C'est un faux flic mais il reste le personnage principal. Il devient enquêteur, en marge peut-être, mais il est l'enquêteur primordial ?

- Oui... Mais disons que les évènements qui lui arrivent ou les personnages qu'il rencontre ne sont pas forcément compatibles avec la vie d'un flic dans le cadre de son métier. Pour diverses raisons. Il se met en vacances, il se débrouille, il a des horaires fous et il peut se balader un peu partout. Alors qu'un flic dans le cadre de son enquête ... J'imagine comme tout le monde qu'il a un rythme d'enfer - d'ailleurs le mien fonctionne au café, il ne dort pas, il est toujours appelé parce qu'il n'a pas que cette affaire à régler. Donc cela me donnait la facilité de laisser mon héros se balader, de faire une sorte de quête. De plus il désire quitter l'administration car cela ne lui plaît plus du tout, il veut s'installer ailleurs, être dans un milieu plus convivial. Dans un restaurant par exemple car il aime les contacts. C'est donc une personne de contacts et de boissons, l'un n'étant pas étranger à l'autre, et ça permet, ce qui était mon envie, de décrire ce qui se passe dans la vie. Parce que dans un polar, ou dans la vie, un quidam ne débute pas son enquête un quart d'heure après s'être levé et ne la résout pas un quart d'heure avant de se coucher. Il a un trajet, il rencontre des gens, des familiers, la sœur ou la copine viennent le voir, etc., et c'est tout ça qui est intéressant. Il ne se consacre pas uniquement à l'enquête et mon idée de base était de le voir évoluer dans un décor normal.

 - Est-ce un livre intimiste ?

 - Hum ... Question délicate ... Intimiste, je ne sais pas. C'est à dire que,PAM2-copie-1.jpg si je comprends bien la question un livre intimiste fait appel à l'intimité de celui qui l'a écrit, effectivement c'est un livre qui peut se ranger dans cette catégorie. Les gens qui me connaissent savent évidemment que le personnage est très inspiré de moi. Les faits que j'ai racontés, sauf les meurtres qui sont totalement inventés de même que les trafics, sont des faits que j'ai rencontrés tous les jours à l'époque. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, je n'ai pas beaucoup d'imagination, mais pas mal de mémoire et de sens de l'observation. Donc j'ai décrit ou je me suis inspiré de ce que je connaissais. En ce sens on peut dire en effet que c'est un livre intimiste. Il sort vraiment de moi, ce n'est pas une invention totale.

 - En lisant ce livre, on ne peut s'empêcher de penser que ce roman est daté. Je m'explique. Un passage évoque une élection présidentielle et tu mets en scène Lajoinie. Cette histoire ne se passe donc pas en 95 mais en 88. Ce livre a-t-il traîné dans des tiroirs et n'aurait-il pas du être actualisé ?

  - Oui. En fait cela fait deux questions, même trois. La première, effectivement, ce livre est daté. Il est daté parce que je l'ai écrit en 88, au moment des présidentielles. Je voudrais ajouter qu'il existe d'autres références. A un certain moment quelqu'un parle des 20 ans du 13 mai. Tout le monde ne le sait pas, mais ceux qui ont vécu ces événements les situeront aisément. Donc je l'ai écrit à l'époque et en ce sens il est daté. Ensuite, c'est vrai qu'il a traîné dans un tiroir parce qu'au départ je n'ai pas écrit pour être publié mais pour me faire plaisir et pour quelques copains qui avaient vécu dans les mêmes milieux que moi. Je ne croyais pas du tout à la possibilité d'une publication et encore moins en Série Noire. Et puis un jour, grâce à la lecture chaleureuse et positive de Jean-Bernard Pouy, il faut le dire, je me suis posé la question s'il fallait le réactualiser. Or ça me paraissait totalement impossible, car sept ans après, les gens qui sortent tranquillement, prennent une mousse à la terrasse des cafés, se promènent, vivent, dépensent pas mal d'argent ... ce n'est plus le cas. Il y en a encore, mais l'époque a changé, pour des raisons que tout le monde connaît. Et cette espèce de convivialité, de joie de vivre, existe quand même encore, il ne faut pas le nier, mais ce n'est plus pareil. Et je ne me voyais pas refaire un autre bouquin ou le réécrire alors j'ai laissé tel quel.

 - Pourquoi avoir occulté la date en ce cas ?

 - Parce qu'à l'époque où je l'ai écrit, je n'en sentais pas le besoin. Et je pensais que les références étaient assez nombreuses pour ne pas le dater ou cela ne m'a pas effleuré. J'aurais pu mettre en exergue "j'ai écrit ce livre un jour de ... " ou comme certains "écrit à Paris le ...". Je n'y ai pas pensé, tout simplement.

PAM3.jpg - Tu as parlé de Jean-Bernard Pouy. Je suis content d'ouvrir une parenthèse pour signaler tout le travail effectué par J.-B. Il pourrait se contenter de son statut d'auteur. Or il aide non seulement à la découverte de jeunes auteurs mais il apporte sa caution aux maisons d'éditions débutantes, en leur proposant des manuscrits. Les éditions de l'Atalante, Clô, Canaille, Baleine, la Loupiote, etc. C'est une certaine forme de courage, de désintéressement. Fermez la parenthèse. Revenons à toi. Le fait de s'appeler Mesplède a-t-il été un handicap, ou au contraire ...?

  - Question complexe ! Cela peut être un handicap à un moment donné parce que lorsqu'on a la chance comme je l'ai d'être le frère de Claude Mesplède, qui est assez connu dans le milieu du polar, je ne dis pas qu'on se sent sûr mais on se sent un peu à côté. Je n'ai pas de complexes vis à vis de lui.

- Quand tu dis on se sent sûr (censure). En un mot ou en deux ?

- En un seul mot (rires). Mais il vrai que lorsqu'on est le frère de Claude Mesplède, on a aussi la chance de participer depuis une dizaine d'années sous l'égide de 813, association de polar bien connue, à des festivals, à des rencontres, avec tout un tas d'auteurs, somptueux, sympathiques, pas grosses têtes, du genre Jean-Bernard Pouy, Tonino Benacquista, Didier Daeninckx, Robin Cook, etc... C'est à dire qu'on rencontre des gens qui sont comme vous et moi et qui ont le talent et qui publient. Et on se dit, dans le fond, peut-être que je peux écrire aussi. C'est comme ça que cela s'est passé. En fait on se dit que l'on peut écrire, mais ce n'est pas forcément valable. Et c'est pour ça que le bouquin est resté dans un tiroir jusqu'à ce que par un concours de circonstances, je sois amené à le faire lire.

- Ce roman aurait-il pu être publié dans une autre collection et possèdes-tu d'autres manuscrits ?

 - Je pense qu'en effet il aurait pu être publié ailleurs qu'à la Série Noire, parce qu'il a été montré à une maison d'édition, je ne dirai pas le nom ça n'a pas d'importance, qui l'a lu et qui était prêt à me le prendre. Seulement j'avais déjà l'accord de la Série Noire. Donc peut-être n'ai-je pas tapé aux bonnes portes... En plus naviguant tellement dans la Série Noire, admiratif des autres, je ne pensais pas être susceptible d'être publié à la fameuse SN. Donc je n'ai même pas osé, c'est aussi bête que ça. Par contre c'est vrai que depuis septembre 94, quand J.-B. m'a dit "ton bouquin est bon, je pense qu'il peut être publié", évidemment je me suis remis à écrire. Et j'en ai fait un autre qui est en lecture. On trouvera peut-être que j'ai refait le même, que j'ai pêché par facilité ou qu'il est meilleur, c'est à l'éditeur de le dire. Je n'en sais rien. J'avais écrit avant "Les trottoirs de Belgrano" un bouquin qui se passait à l'époque de Jeanne d'Arc avec toujours le même complexe de ne pas écrire dans l'époque contemporaine que je connaissais mal et on me l'a relu récemment après qu'il soit lui aussi resté dans le purgatoire de mes tiroirs pendant pas mal d'années et en pensant que Denoël cherchait ce genre de roman historique, de la guerre de Cent ans ou autre... Il est en lecture depuis un mois, je n'ai pas de réponse, et là aussi on me dira peut-être qu'il n'est pas bon. Mais je suis relancé, à nouveau je suis motivé.

 - Cela incite-t-il vraiment à vouloir continuer ?

 - Ah oui ! Parce que, quel que soit l'éditeur, je pense qu'on est toujours PAM-copie-1.jpgtrès content d'être publié. Ce n'est pas simplement la joie de voir son nom sur une couverture, c'est le plaisir de voir que des personnes qui sont des professionnels font confiance à ce que vous avez écrit et risquent du pognon sur vous. Donc c'est un critère. Ce n'est pas payer soi-même pour être édité tout seul et le diffuser à sa famille. C'est un sentiment d'orgueil car être publié pour un premier bouquin à la Série Noire... Je suis fier... C'est un critère car en général ils ne publient pas n'importe quoi. Bien sûr il y a des bons, des moins bons... Mais je suis fier et je me sens conforté.

- Au début de notre entretien j'ai parlé de roman intimiste. Il me semble que dans un premier roman, comme "Les trottoirs de Belgrano" qui existe ou a existé aux Halles, on a tendance à inclure ce qu'on a vécu. Dans un deuxième, un troisième roman, s'implique-t-on autant ? Le démarquage entre l'écrivain et le narrateur devient-il plus net ?

 - "Les Trottoirs ..." en fait est le deuxième roman, avant j'avais écrit le Jeanne d'Arc. Juste pour le situer, comme le fait mon frère pour les "Années Série Noire", en fonction de son écriture et non de sa parution. Pour le deuxième polar qui est en lecture, c'est certainement encore plus intimiste parce que c'est l'histoire d'un inspecteur des impôts qui enquête dans une direction spécialisée et c'est ce que je vis tous les jours. Bien entendu romancé, et pas avec les vrais noms, parce que je me ferais descendre. Peut-être pas par les truands que je décris mais par l'administration, et je n'ai pas le droit. Mais c'est sans doute encore plus intimiste. Sur ma personnalité, j'en mets surement moins, c'est vrai parce que je ne suis pas le héros. Tandis que dans le premier, on peut se dire qu'il y a trop de moi, que l'on me retrouve dans la vie de tous les jours, avec ce que j'aime. C'est sans doute un défaut qui peut plaire en même temps, du moins de la part de mes intimes.

 -Il est plus facile de se transposer dans un livre et de donner une image de soi, mais par la suite, ne dévie-t-on pas ?

 - C'est bien pour cela que dans le deuxième polar je décris un milieu que je connais, où je travaille, car comme je l'ai déjà dit, je ne sais pas trop inventer. Je décris ce que je connais, et le personnage Pierre-Alain Mesplède n'est juste qu'en introduction, après il disparaît. C'est une autre personne, ce n'est plus moi. Je n'écris pas mes mémoires. Ou alors un jour j'écrirais un bouquin comme Picouly, mais je ne suis pas certain d'en posséder le talent.

 - Que représente pour toi le tango, qui est un peu suranné, et l'Amérique du Sud, puisque si tu te places au premier plan dans le roman, ce sont les points de départ de l'intrigue et qu'ils fournissent l'ambiance.

 - Comme l'on dit classiquement, je vous remercie de m'avoir posé cette question. Effectivement le tango tient une grande place et c'était le but de mon bouquin. Et contrairement à quelques affirmations que je viens d'entendre et que j'ai relevées, premièrement ce n'est pas une question de mode. Concernant la motivation profonde, c'est qu'à un moment donné, j'étais pratiquement tous les soirs aux Trottoirs de Belgrano, qui s'appellent en réalité les Trottoirs de Buenos Aires - j'ai déformé le nom pour des questions juridiques. Je connaissais tous les chanteurs, les danseurs, on parlait argentin, on parle toujours, et à un moment donné c'était une véritable passion. Et le tango, affirmation erronée, et tu le sais bien, n'est pas suranné. Le tango c'est une musique que je comparerais au blues, au jazz, et qui est une musique très ancienne en perpétuelle création. Ce n'est pas archéologique... Evidemment on écoute avec plaisir les vieilles chansons de Gardel comme on écoute celles de Fréhel, mais contrairement à la chanson réaliste où il n'y pratiquement plus de créations et qui correspondait à une époque, le tango est très évolutif. Du temps de Péron, existait le tango politique. Lorsqu'il y a eu des grèves, on a écrit des tangos sur les grèves... Tu sais, on dit des Mexicains qu'ils descendent des Aztèques, des Péruviens qu'ils descendent des Incas et des Argentins qu'ils descendent du bateau. C'est à dire qu'ils venaient de tous les pays d'Europe. Une immigration en provenance de l'Europe Centrale, de l'Italie, de l'Espagne, de l'Aveyron, comme mon arrière grand-oncle. Et ces gens là, en arrivant en Argentine, ont été coupés de leurs racines. Et ils ont reconstruit un monde ensemble, très composite et basé pour beaucoup sur la nostalgie, sur le manque de travail, sur les amours faciles. Ils ont dansé d'abord le tango dans les bordels, entre hommes. Sans effets pervers, parce que c'était comme ça. Ils attendaient les nanas et il fallait bien s'occuper entre temps. Et donc le tango c'est une évolution complète, totale et qui dure depuis toujours. Il y a eu Gardel, Piazzola, et ça continue. Quand on commence à connaître, et quand on connaît on aime, le tango, on se vexe un petit peu de l'idée fausse que les gens se font du tango réduit à uniquement une danse de bals populaires, de fin de soirées de premières communions ou de mariages. Le vrai tango c'est tout de même autre chose et c'était une envie de dire ce qu'est réellement le tango. 

PAM4-copie-2-Justement dans ma chronique de la Tête en Noir N° 57, j'avais écris : le tango est aux Argentins ce que le blues est aux Noirs américains. Penses-tu que cette formule est exacte et s'applique aux Argentins ?

- A certains oui, car il n'y a pas que le tango en Argentine. Il existe plein de danses issues de l'Europe centrale qui sont des sortes de polkas et de mazurkas mitigées de rythmes indigènes. Mais le tango c'est effectivement Buenos Aires qui représente une grande partie de l'Argentine et puis comme a dit un grand écrivain argentin dont j'oublie toujours le nom "Le tango c'est une idée triste qui se danse". C'est une belle définition qui correspond bien, quoique le tango ne soit pas toujours triste. Certains sont pleins de dérision et d'humour, mais ce n'est pas la généralité. Pour revenir au blues, je pense à un blues des années 60 et principalement à une chanson qui dit "fait moi une paillasse dans ta maison et je coucherai là et quand tu reviendras je serais là". Dans le tango argentin, c'est le même genre de paroles. Exemple "je t'aimai, tu es partie, tu m'as trahie, mais je t'aime toujours". Ce sont des paroles écrites par des hommes mais depuis une vingtaine d'années des femmes écrivent des chansons et cela relativise un peu ce machisme des cinquante premières années du tango.

 - Bertolucci a évoqué dans "Un tango à Paris" le tango d'une façon dramatique. Le tango comme le blues est une source d'inspiration et une manifestation musicale populaire...

 - Oui mais ce qui me plaît dans le tango, comme dans le jazz et le blues, en dehors des rythmes qui sont fascinants, syncopés et des voix qui sont assez exceptionnelles, c'est une musique vivante. Populaire et vivante. En France, on a de très bonnes musiques, mais il n'y a pas de courant. C'est une musique qui existe toujours, au cœur des gens. Par exemple on se promène dans Buenos Aires - malheureusement je n'y suis jamais allé mais j'ai vu beaucoup de reportages - dans les rues les gens chantent le tango, il y a des boîtes spécialisées, que les Argentins ne fréquentent pas trop pour des raisons financières, mais bon c'est toujours très vivant.

 - En effet ce roman est une ode au tango et tout ce qui peut se passer, sans vouloir déflorer l'intrigue, le trafic de cartes de séjour et la drogue, ne sont que prétextes ?

 - Oui, très franchement oui. Mon idée au départ était de me faire plaisir et de faire plaisir à quelques personnes et j'ai décrit un milieu que j'aimais. Et puis à un moment donné, je me suis dit c'est facile mais il faudrait trouver un lien entre tout ça, expliquer pourquoi le gars se balade. Donc j'ai inventé ces histoires policières et il est vrai que selon la lecture que l'on en a, on y croit ou on n'y croit pas. On se mélange dans les meurtres et les motivations, parce qu’il y a divers meurtres - il faut quand même ça dans un polar -. Mais les motivations ne sont pas toujours les mêmes, ce ne sont pas les mêmes personnes, mais en effet sans aller au-delà, c'est un prétexte que j'ai essayé de rendre le plus vraisemblable possible. Avec les conseils aussi, il faut l'avouer, de Patrick Raynal. J'avais mis une histoire de drogue pas possible et Raynal m'a dit " sur la dope si tu n'apportes rien, ce n'est pas la peine de continuer là-dessus, tout le monde a écrit. Par contre tu as une idée originale, continue-la." Donc j'ai essayé, évidemment, d'avoir une histoire la plus logique possible, et je crois qu'elle se tient, mais il est vrai que c'est un prétexte pour parler de cette lente pérégrination du héros autour d'un tas de personnages dans Paris, dans le 17ème que j'habite et que j'aime, et qui est un petit village.

 - Le personnage tel qu'il est présenté est sympathique mais il ne pourra pas être récurrent.

 - Non. Cela me parait assez difficile. J'ai un grand ami, un grand écrivain de polar, Martin Brett. Quand je lui ai annoncé que ce bouquin allait être publié, il m'a dit " Tu sais, les lecteurs aiment beaucoup retrouver un héros". Malheureusement, on ne sait pourquoi, le lecteur tout du moins, le héros on ne le retrouve pas. Mais on retrouvera l'inspecteur Lancret, peut-être.

 - Quels sont tes projets ?

 - J'ai un roman en cours de lecture, et il est vrai que quand on est dans l'enthousiasme comme moi d'avoir eu une publication, on n'est pas très sûr du deuxième. On est très sûr de vouloir l'écrire, de pouvoir l'écrire, mais on se laisse peut-être guider par la facilité, se dire j'ai un style qui a plu. Mon idée était, non pas de faire une série pour ça il faudrait que ce soit publié, mais comme mon premier personnage ne peut pas être réutilisé pour diverses raisons, de mettre en avant l'inspecteur qui avait un rôle secondaire. Il devient un petit peu le héros du deuxième bouquin, pas totalement. Et dans le troisième, qui est à peine pensé, l'inspecteur vient en première place, tant dans son actualité de 95 que dans sa jeunesse des années 60. C'est en gestation ...

 - Pourquoi ne pas avoir choisi un pseudonyme ?

 - Ah, ah. C'est gentil comme question. D'abord parce que, lorsqu'on écrit... non quand on écrit on s'en fout, on ne met pas son nom sur son ordinateur... mais à partir du moment où on donne son manuscrit à une maison d'édition, la plus grande joie c'est d'être publié et connu. Nous avons rencontré, il y a quelques mois, au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, Paco Ignacio Taïbo Secundo. Quand son père lui a dit : "Tu ne vas pas écrire sous ton nom !" il a dit "Si, c'est mon nom, je le garde !" Et avec mon frère il nous a surnommé Mesplède 1er et Mesplède 2ème. C'est mon nom et j'en suis fier. Le nom de Mesplède est connu, pourquoi ne pas le faire connaître davantage. Et puis mon frère n'est pas jaloux, au contraire, il est très content.

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 17:04

 

 Gilles-Vidal.jpeg

À l’occasion de la sortie de votre nouveau roman Mémoire morte aux éditions Asgard, il me semble qu’une petite conversation en toute décontraction s’impose. D’abord un petit tour d’horizon sur vos différentes activités. Vous avez été libraire, éditeur en créant les Éditions de l’Incertain, littérateur et plus spécifiquement romancier, lecteur-correcteur.

Votre parcours professionnel a toujours été axé sur le domaine du livre ?

Oui, presque. Déjà, la lecture était ma passion tout gamin, et elle m’a poussé à écrire très tôt, des poèmes, puis des nouvelles – mais bon, tous les auteurs vous disent ça. Puis, lors de ma vingtaine, après avoir travaillé un temps dans le spectacle, et publié mon premier roman à 24 ans, j’ai appris le travail de libraire, chez feue la librairie Fahrenheit 451, rue Linné, dans le 5e (tenue par Alain Heurtier), puis à la Terrasse de Gutenberg, dans le 12e (tenue elle, par Michèle Ferradou). J’ai ensuite créé ma propre librairie, avenue Ledru-Rollin, La Grande fenêtre (un petit hommage à Chandler), où je vendais des livres d’occasion – avec un gros département polar. C’est dans ce cadre que j’ai monté d’abord les éditions Le vent noir (avec la publication d’une plaquette de René Belletto, Le temps mort), puis les éditions L’Incertain… Mais j’ai aussi travaillé pour une coopérative d’achat de livres pour bibliothèques !


Passer de libraire à éditeur a été une démarche très usitée au xixe siècle et plus rarement de nos jours. Une opportunité ou un besoin de tenter autre chose ?

Oui, d’ailleurs, beaucoup d’éditeurs étaient libraires à l’époque… Le plus bel exemple de réussite de nos jours est Le dilettante. La librairie ne me suffisait plus, en fait, je commençais à m’y ennuyer, et l’édition m’attirait irrésistiblement. Une fois revendue ma librairie, je me suis consacré à cette activité.


Les éditions de l’Incertain ont publié des auteurs aujourd’hui reconnus. Mais cela n’a pas pour autant été un garant de longévité. Pourquoi ? Si vous avez une réponse bien évidemment.

Avec mon compère Grégoire Forbin, qui s’est joint à moi à ce moment-là, nous avons surtout eu la malchance de subir deux faillites de distributeurs qui ont anéanti tout notre travail en ne nous payant pas des mois et des mois de (très) bonnes ventes. Et comme nous n’avions pas de trésorerie… Mais je ne regrette rien. Le passé est le passé, il faut regarder devant.


portes-de-l-ombreOn vous retrouve comme directeur de collection au Fleuve Noir avec en charge la collection « Nuit Grave » qui s’adressait plus particulièrement à un lectorat jeune. On y retrouve quelques auteurs connus dont Sholby qui fut publié chez Méréal. Puis ailleurs.

C’est Natalie Beunat qui m’a fait rencontrer Christian Garraud, le directeur de Fleuve Noir à l’époque, et ce dernier m’a alors proposé la collection. C’était vraiment novateur : des livres courts avec des textes en forme de coups de poing, des auteurs venant de différents horizons, un petit prix public et des couvertures qui mettaient en avant de jeunes illustrateurs. Comme d’autres collections du Fleuve, elle s’est éteinte suite à une nouvelle orientation éditoriale de l’éditeur. Auparavant, je m’étais occupé de la collection « Tombeau », chez le Castor Astral, des hommages à des auteurs ou musiciens disparus (je veux en passant rendre hommage à Jean-Yves Reuzeau, l’éditeur constant de Thomas Transtromer, qui vient de récolter les fruits de son travail avec le Nobel de littérature décerné au Suédois). Après « Nuit grave », je me suis occupé de la « Bartavelle noire », publiant, je pense, de bons petits polars avec comme auteurs des Jean-Jacques Reboux, Olivier Mau, Sergueï Dounovetz, Jean-Pierre Andrevon…


Vous êtes maintenant lecteur-correcteur, un métier de l’ombre, indispensable de l’édition, mais qui tend à disparaître si l’on se réfère aux nombres de coquilles que les lecteurs déplorent dans bon nombre d’ouvrages. Les éditeurs se fient-ils plus au correcteur d’orthographe informatique qu’à l’œil humain ?

Cela fait une quinzaine d’années que je suis correcteur, un travail qui me passionne. Il est certain que la qualité intérieure des livres se dégrade d’année en année… Déjà, les petits éditeurs n’ont pas les moyens de se payer de correcteur – c’est compréhensible et bien entendu pardonnable… Mais qu’au moins, ces petits éditeurs aient quelques notions d’orthographe, de règles de typographie et de syntaxe, et corrigent eux-mêmes les livres qu’ils publient (tant pis si ce n’est pas parfait) ! Ce n’est malheureusement pas le cas. Le problème, c’est que n’importe qui peut s’improviser éditeur de nos jours… ce qui n’est pas compliqué, avec la PAO, et l’édition en ligne…


Vous êtes un littérateur, et plus particulièrement un romancier. À cause de vos multiples occupations, écrivez-vous en dilettante ?

Écrire a toujours été ma principale (pré)occupation, celle qui me donne le plus de joie. Mais il faut bien faire bouillir la marmite, alors, à moins d’être rentier comme Proust, ou vendeur de best-sellers comme Marc Lévy, il me faut travailler… J’écris donc, effectivement, lors de mes périodes de loisirs.


Si j’ai écrit que vous êtes un littérateur, c’est bien parce que vous touchez à tous les domaines de la littérature. En particulier vous avez écrit des ouvrages sur le football, notamment un almanach paru chez Méréal en 1997 avec la complicité de Jean-Yves Reuzeau. Un sport qui vous attire plus particulièrement ?

Oui, j’ai tout d’abord écrit de la littérature dite « blanche » (toutes ces étiquettestapie.jpg ne veulent rien dire)… Autrement, j’adore le football depuis tout gamin. Comme la plupart des gamins d’ailleurs, j’ai tapé dans un ballon et joué des matchs. Et je suis un grand fan de l’OM depuis l’âge de 15 ans. Écrire sur le football a été un grand plaisir ! Comme pour Tous fous de foot aussi, que j’ai publié chez L’Archipel, en 2006.


L’on se souvient du passage de Bernard Tapie dans les arcanes footballistiques, or, avec Emmanuel Loi, vous avez écrit en 1997 Pour ou contre Bernard Tapie ? (Le Castor Astral). Réécririez-vous ce livre aujourd’hui et prendriez-vous partie ?

Tapie était en prison à ce moment-là, et avec Emmanuel Loi, nous avons eu l’idée de ce petit pamphlet où nous proposions des arguments pour et contre le grand bateleur (il n’y avait pas Internet à l’époque et on s’échangeait les textes par fax !). Cela dit, au regard de ce qu’est devenu le personnage, je ne le réécrirais pas…


chat.jpgVous écrivez également des ouvrages pour les enfants, mais peu. Vous semblez plus attiré par les chats, animaux auxquels vous avez consacré plusieurs publications : Le chat et ses mystères, Almanach littéraire du chat, Sacré chat… En possédez-vous un, ou plusieurs, préférant les félidés à l’être humain ?

Je n’ai publié qu’un seul livre pour enfants Marie-Lulu la tortue, et c’était pour ma fille… Pour les chats, c’est une vieille passion. J’ai eu trois chats dans ma vie, un dans ma jeunesse, puis deux en même temps, durant près de 18 ans. Le chat est le compagnon par excellence de l’écrivain. Quand le dernier, Plume, est mort, j’ai eu un immense chagrin, heureusement atténué par la naissance de ma fille un mois auparavant… Cela dit, bien que Jean Cocteau ait écrit que « la supériorité des chats sur les chiens est qu’il n’existe pas de chat policier », je dois dire que j’ai une chienne westie depuis quatre ans (sur l’insistance de ma femme), que j’adore… Le chien a des qualités que le chat n’a pas, et vice versa. Donc, acte.


Entre Sombres héros paru en 2008 chez Atelier de presse, et les deux ouvrages parus coup sur coup cette année, Les portes de l’ombre aux éditions Coups de tête, et Mémoire morte chez Asgard, une certaine latence a eu lieu. Pourquoi ? Une forme d’inappétence pour l’écriture, un ras-le-bol, un manque d’inspiration ?

Non, pas du tout. Les deux romans sont importants en terme de nombre de signes, et il m’a donc fallu pas mal de temps pour les écrire, surtout que j’ai beaucoup de travail alimentaire par ailleurs. Et puis, je les ai réécrits plusieurs fois, j’ai essayé de les rendre les meilleurs possible. Ensuite, il y a les éditeurs idoines à trouver : cela devient de plus en plus difficile, même pour un auteur ayant pas mal publié…


Avez-vous un roman en préparation ?

Je suis déjà en train d’achever un livre qui paraîtra en avril 2012 chez Le Papillon rouge éditeur qui a pour titre Histoires vraies à Paris. 25 histoires donc de personnages connus ou méconnus de la capitale à travers l’Histoire. Je les ai traitées comme je l’aurais fait pour des nouvelles de fiction. Autrement, j’ai en effet démarré un nouveau roman noir (polar, thriller ?), je vais m’y mettre à fond très bientôt.


Aimeriez-vous retenter l’aventure de l’édition en fondant une nouvelle maison ?

Non, je ne pense pas, j’ai déjà donné ! Trop de contingences, d’angoisses, de soucis… Et puis ça empêche d’écrire !


Que pensez-vous du livre numérique ?

Quand j’étais libraire, j’avais des visiteurs fidèles avec qui j’avais nombre d’affinités, de longues discussions. Certains personnages du quartier venaient me consulter, c’était marrant, j’avais l’impression d’être plus qu’un libraire, une sorte de confesseur des fois – d’ailleurs certains sont devenus des amis, même très proches, que je vois encore aujourd’hui. Tout cela pour dire que si le livre numérique prend en Europe les dimensions qu’il a actuellement aux États-Unis, et même pire, j’ai bien peur que dans un proche/moyen avenir les trois quarts de nos librairies disparaissent : ce serait très grave. Cependant, je pense que les livres demeureront toujours, quoi qu’il advienne, car rien ne remplacera jamais un vrai livre, les gens aimant toucher le papier, le sentir, soupeser l’objet… Moi, j’ai toujours vécu entouré de bouquins, je ne me vois pas changer. Maintenant, mon dernier roman est en vente aussi en version numérique. On ne peut pas y couper… Wait and see.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 13:43

 brice-tarvel.jpg


De son vrai nom Jean Pol Laselle, Sarkel/Tarvel est né à Reims le 05 août 1946 où il réside toujours. Autodidacte, passionné de littérature populaire il publie très jeune des nouvelles fantastiques ou de science-fiction dans des revues spécialisées dont L’Aube enclavée, L’Impossible, Horizons du Fantastique, Le citron hallucinogène, Le Fulmar, Creepy, Nécronomicon. Il passe d’un genre à l’autre et s’adresse à des catégories de lecteurs de touts genres en écrivant pour la jeunesse chez Okapi ou pour la presse féminine (Nous Deux). Il utilise divers pseudonymes abordant l’énigme policière, le conte pour enfants, des histoires sentimentales et des récits d’aventures sous les pseudonymes de François Dargny, Réal Deham, Roseline Joncel, Nicolas Olsagne, Jean Vorn, Laurent Galmor, François Barrol.

Il collabore également à des anthologies pour les éditions Marabout et Kesselring.

De 77 à 81 il travaille pour les éditions Fleurus écrivant, pour les hebdomadaires Djin et Fripounet, des biographies, des reportages, des nouvelles, un roman d’aventures à épisodes. Il collabore avec des dessinateurs comme Bourgeon, Juillard, Bordes, Sanahujas, d’Orange, Gloesener et bien d’autres pour des scénarios de BD qui vont du western au récit de sport en passant par l’aventure réelle ou fictive. Pour Djin il créera avec Sanahujas le personnage de Renaud Delmont – un jeune auto-stoppeur détective – et celui de Chloé – une navigatrice solitaire qui se voit confrontée à de stupéfiantes aventures. En 88, sous le pseudonyme de Luc Norin il écrit le scénario du Savoir-aimer (devenu L’Amour clés en main chez Soleil Production) avec son ami dessinateur Aouamri, puis en 90, sous le nom de Brice Tarvel, L’écume du diable en collaboration avec Edouard Aidans aux éditions du Vaisseau d’argent.

C’est également le début de sa collaboration avec les éditions Fleuve Noir pour des romans d’épouvante et de science-fiction. Il entame une série d’aventures avec Arnaud Stolognan comme héros récurrent mais la collection Aventures et mystères est rapidement abandonnée et son troisième roman, Destination cauchemar, reste dans les tiroirs. En 94 il écrit le scénario de La Cjhair et le souffre (Soleil Productions) avec Aouamri comme dessinateur, premier tome de la série fantastico-moyenâgeuse Mortepierre, suivi de deux autres titres, puis en 95 pour les éditions Cœur de Loup il renoue avec le récit destiné pour la jeunesse.

Le premier épisode de Boogy et Rana, L’étang qui rétrécissait, album animalier dessiné par Fabien Rypert, obtient l’Alph’Art Jeunesse pour les 7-8 ans à Angoulême en 97. En 98 avec le dessinateur Didier Pagot il lance la série Les Robinsons d’outre-monde (Ed. Cœur de Loup) et avec Peter Nielsen, Les Traîne-Ténèbres une série d’héroïc-fantasy pour Soleil Production, tout en écrivant sous le pseudonyme de Brice Tarvel des livres pour enfants. Il a également écrit la préface du recueil La peau de l’orage de Pierre Pelot (Bibliothèque du Fantastique- Editions Fleuve Noir).

Préciser que le fantastique est son plat principal d’après les recettes de Jean Ray, recettes qu’il adapte à sa sauce en les améliorant, serait superflu. Car comme pour tout littérateur, il peut y avoir une part d’influence de la part de tel ou tel auteur prestigieux, mais sans le talent, le plat est indigeste. Nous n’avons pas avec Brice Tarvel/François Sarkel droit à la nouvelle cuisine qui laisse sur sa faim, deux trois touches de couleurs sur une assiette quasiment vide, mais à des plats roboratifs, élaborés avec amour, dans la tradition rustique et pétillante, qui dégagent ce fumet susceptible d’ouvrir votre appétit même si vous croyez être rassasiés.

Pour tous renseignements complémentaires ou supplémentaires vous pouvez bien évidemment vous rendre sur le site de  Rivière Blanche, le voyage est gratuit, ainsi que sur le blog de Brice Tarvel.

 Voir mes chroniques sur  Destination Cauchemar (François Sarkel) et Les dossiers secrets d’Harry Dickson (Brice Tarvel).

 

Extrait de bibliographie :

François Sarkeltarvel.gif


Editions Fleuve Noir

Collection Angoisses

7 - Silence rouge


Anticipation

1745 - Dépression


Aventures et Mystères

3 - La vallée truquée

6 - Les chasseurs de chimères


Editions Rivière Blanchetarvel2.gif

Collection Blanche N°2038

Destination cauchemar.


Vaugirard

Collection Gore N° 117

La chair sous les ongles.


Sous le pseudo de Brice Tarvel


Editions Malpertuis Collection Absinthes, éthers, opiums N°7.

Les dossiers secrets de Harry Dickson (tomes 1, 2 et 3).

Editions Lokomodo

Dépressions.(réédition de Fleuve Noir)

  

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 12:33

baudouin chailleyNé en novembre 1939, Baudouin Chailley (son vrai nom) possède un goût immodéré des voyages, ce qui l’a fait surnommer “ le mal assis ”. Sa première expédition importante a été le passage clandestin de la ligne de démarcation sur les épaules de sa mère. En 1948 il atterrit à bord d’un vieux Junker à Gao et passe deux ans dans les boucles du Niger. Ensuite il vit à Niamey (Niger), Fort-Lamy (Tchad) ou encore Dakar (Sénégal). A quinze ans il a déjà traversé le Hoggar, assisté à la construction d’une piste transsaharienne, failli mourir de soif sur celle de Bidon V et il chasse seul dans la brousse. C’est vers cette époque qu’il éprouve un violent besoin d’écrire. Le retour en France lui fait ressentir comme une aliénation de la liberté. Plus de Jeep, de pirogue, de chasse. A la place des versions latines et des devoirs de maths. L’année du bac, il “ gribouille ” son premier livre personnel, et destiné à le rester. Il découvre la chute libre puis c’est le service militaire. Il pense pouvoir enfin courir les océans en étant dans l’infanterie de marine. Mais bien qu’instructeur commando, il ne connaît que l’Algérie.

L’assistance technique lui permet de découvrir la Martinique, la Guadeloupe et il passe deux ans en Guyane où le besoin d’écrire le tenaille toujours. Son premier manuscrit est accepté au Fleuve Noir. De retour de Guyane il entre dans un organisme officiel de renseignement.

Après un bref passage à l’Arabesque en 1965 pour un roman coécrit avec Henry legay1.jpgTrémesaigues (Boum sur Khartoum) sous le pseudonyme de H.B. Treilley, il entre au Fleuve Noir en 1966 et fournit des romans dans les collections l’Aventurier, Feu ou Anticipation sous les noms de Piet Legay et Guy Lespig puis plus tard pour la collection Secret Défense sous son véritable patronyme de Baudouin Chailley. Après l’arrêt de la collection Feu du Fleuve Noir il signe pour la collection Guerre des éditions du Gerfaut sous les pseudonymes de Baldwin Wolf, Igor Ivanov ou Guy Jacquelin, revenant au Fleuve Noir dans la collection Anticipation, enchainant les titres conjointement pour ces deux éditeurs. Pour l’éditeur écrivain Henri Trémesaigues, dans les années 1977/1978, il va signer des ouvrages sous l’alias de Pat Marcy chez Promidifa et Baudelaire dans les collections War, ex Warsex et S.O.S ainsi que pour des romans isolés chez d’autres éditeurs ou des collections spécifiques.

Mais il a signé aussi, sous des pseudonymes plus américanisés : aux Presses Noires espionnage deux romans publiés sous le nom de Henry Lewis en 1967 et 1968, Chassé-croisé au Caire et Piège au Caire, et chez André Martel dans la collection le Crabe espionnage sous le pseudo de H.B. Perkins : Requins entre eux. Chassé-croisé au Caire sera réédité toujours sous le nom de Henry Lewis aux éditions Transworld Publications dans la collection la Cible noire puis dans la collection Le Jaguar rouge chez France Sud Publications (des maisons d’édition créées par Trémesaigues) tandis que Les requins entre eux sera réédité dans la collection espionnage de la série Roman Noirs Franco Américains sous le pseudo de H.T. Perkins puis sous le nom de Duke Grant aux Presses d’Outre-mer sous le titre Pas de fleurs pour l’espion. Aux éditions Bastille il signera sous le nom de B. Hilley Les marrons du feu en 1974. La nébuleuse Trémesaigues mérite un coup de projecteur puisque Baudouin Chailley a bien connu cet éditeur écrivain et déclare : Vous me parler d’un Trémesaigues qui dit avoir dirigé les éditions de l’Arabesque. Méfiez-vous : ce Trémesaigues là je le connais parfaitement ayant écrit mon tout premier roman avec lui. Boum sur Khartoum. En fait il n’était rien à l’Arabesque mais cherchait à se créer un pool de jeunes auteurs qui écrivaient les romans dont il ne faisait que le scénario. 50% chacun pour les droits naturellement. J’ai démarré avec lui, j’ai écrit neuf romans dont 8 ont été « refusés » par l’Arabesque. Du moins suis-je assez naïf pour croire ce qu’il disait. C’est ainsi que des romanciers comme Roger Maury et Roger Vilatimo écriront pour Trémesaigues et seront publiés sous divers pseudonymes dans les collections et maisons d’éditions dirigées par Trémesaigues. Et les alias de Henry Lewis et H.T. Perkins fleuriront sous les différents labels dirigés par Trémesaigues. En 1994 sous le pseudonyme commun de Pierre Lucas il publie chez Vaugirard deux romans dans la série Police des Mœurs.

Mais il a également écrit deux gros romans sortant du format poche La nuit du squale dans la collection Grands Succès au Fleuve Noir en 1984 et Nouméa ville ouverte chez Stock en 1989. Il précise : Le problème avec le roman de poche et celui du Grand Roman est le suivant pour l’auteur : un roman de poche s’écrit en deux mois. Il est pris ou refusé. Le risque est donc limité. Le Grand Roman demande un travail d’un an, un an et demi sans aucune assurance qu’il plaise. Vous me direz le plaisir d’écrire est toujours le plaisir d’écrire…m’enfin si l’œuvre est publiée ce n’est pas plus mal non plus ! En cas d’échec c’est donc plus d’une année d’efforts de stérilisée. Voilà pourquoi je préférais le roman de poche.

Ces dernières années il était directeur de clinique dans le Gard. Actuellement en retraite, il vit en Nouvelle Calédonie et a trouvé un nouvel éditeur.

Legay2.jpgSes voyages et pérégrinations aventureuses et professionnelles lui ont offert matière à de très nombreux romans et l’écriture de romans de guerre provient d’expériences personnelles. Les thèmes de ses ouvrages ne sont pas le fruit de longues recherches, les idées venant spontanément à l’esprit, en élaborant d’abord l’intrigue et puisant dans une documentation accumulée au cours des années. Dans ses romans de guerre il préfère mettre l’accent sur les moments de crise par lesquels doivent passer les personnages afin de réaliser leur destin. Concernant ses romans fournit à la collection Anticipation il déclarait en 1980 pour la revue Fantascienza : Je ne me suis pas forgé de système d’écriture. Je pense qu’en fait un auteur honnête ne peut en aucun cas faire une sorte de cocktail en mélangeant un peu d’érotisme, un peu de violence, un peu de scientifique, le tout à la sauce action, nappé d’un peu de suspense et arrosé d’un zeste d’extra-terrestre.

Ses romans, particulièrement ceux édités au Fleuve Noir ont été abondamment réédités à l’étranger, en Belgique, au Brésil, en Italie, en Espagne, en Roumanie, en Suède, en Finlande…

Sources diverses dont une correspondance obligeamment fournie par mon ami Pierre Turpin. Le lecteur pourra consulter avec profit le site de Richard D. Nolane : Le monde du Fleuve Noir.

Depuis quelques années il revient en force aux éditions Rivière Blanche qui ont déjà publié : Ultime frontière, Radiations, Enigma, Le silence des abysses et L'énigme du Rorkal.
Editions Fleuve Noir
Anticipation

771 - Démonia, planète maudite

795 - Le Sursis d'Hypnos

829 - Les Sphères de l'oubli

Legay3.jpg

859 - Les Pétrifiés d'Altaïr

881 - Véga IV

894 - Les Passagers du temps

911 - L'Exilé de l'infini

921 - Projet Phoenix

961 - Le Maître des cerveaux

975 - Transfert psi

 

1011 - Le Défi génétique

1025 - L'Ultime test

 

1039 - L'Etrange maléfice

1048 - Obsession temporelle

1061 - Le Mystère Varga

1068 - Echec aux Ro'has

 

1112 - Au nom de l'espèce

 

1138 - Hypothèse “Gamma”

1150 - Un Monde si noir

1168 - Elle s'appelait Loan

1179 - Une Peau si bleue!

1196 - Perpetuum

1212 - Anticorps 107

1223 - Ce coeur dans la glace...

1241 - Dimension quatre!

1277 - Génération Satan

1295 - L'Autre race...Legay4.jpg

1306 - Psy-connection

1335 - Les Décervelés

1373 - Viol génétique

1508 - Ultime solution

1520 - Mortel contact

1539 - Les Portes de l'enfer

1558 - Le Dernier témoin

1579 - Cette vérité qui tue

1606 - Aqualud!

1625 - Survival

1648 - L'Enfer des Homassiens

1665 - Dernière chance: humanité

1679 - Genesis II

1689 - Shandoah

1700 - Egrégore

1715 - Le Rire du clone

1726 - O Gamesh, prince des ténèbres

1744 - Vous avez dit “humain”!

1756 - Emergency!

1774 - Le Profanateur

1799 - Le Temps de l'effroi

1814 - Le Temps des lumières

1826 - Le Temps des révélations

1860 - L'Enigme du Squalus

1876 - Révélations interdites

1878 - Le Gouffre du volcan céleste

1888 - La Mandragore

1914 - Rawâhlpurgis

1950 - Shaan !

 Legay5.jpg

Aventurier 

141 - Carnage à Cayenne

143 - Les Requins meurent à Cayenne

146 - Voir Cayenne et pourrir

148 - Castagne au Kasaï

153 - Krause prend la barre

166 - Gros pépins pour Clémentine

172 - Une Tornade nommée Krause

175 - Descente aux enfers pour Krause

179 - Erreur, monsieur Krause

191 - Mort sous la lagune

196 - Corde raide pour Krause

201 - Krause nage entre deux eaux

Feu

40 - Commando 44

52 - Banzaï sur Iwo-Jima

63 - Les Anges aux ailes rouges

69 - Soixante hommes par minute

72 - Ils étaient seize

83 - Les Desesperados de Provence

87 - Tornade sur Tobrouk

95 - Durer jusqu'au convoi

104 - Décrochage à l'aubeLegay6.jpg

116 - Aller simple pour Arnhem

125 - Saboteurs sur la Norvège

136 - Réseau Altaïr

143 - Martyr en Malaisie

153 - La faute du sergent Hoare

158 - Enfer chez les dieux

162 - Corps à corps en Corée

170 - La filière

180 - Survie impossible

187 - Opération “ Superflash ”

195 - Le dernier blockaus

202 - Situation rouge

207 - L'enfer par moins quinze

215 - Security-check

219 - R comme Roméo

225 - Klaus, mon frère ...

234 - La rizière sans retour

241 - Réseaux pièges

Sous le pseudonyme de Guy Lespig  :

Collection Feu  :

99  : La septième jonque

107  : Moi… un lâche !

123  : Le treizième pilote

148  : Cap sur l’enfer

211  : Contact perdu

 

Editions Gerfaut ; collection Guerre :

Sous le pseudo d’Igor Ivanov

294  - La sueur et le sang

318 – Feldpolizei

329 - Ton nom sera maudit leLegay7.jpg

344 – La Loi des otages

398 – Katiouschas

408 – Bloquez Mourmansk

412 – Plus jamais cela

 

Sous le pseudo de Guy Jacquelin

326 – La dernière balle

367 – La nuit du dragon

415 – Portés disparus

427 – Le sacrifice du Méo

439 – Par le fer et le feu

 

Sous le pseudo de Baldwin Wolf

289 – La neige rouge du Taskaia

298 – Flammes sur la steppe

311 – Le ciel et l’enfer

322 – Les requins de la nuit

332 – Je survivrai

335 – Trahison sur ordre

350 – L’enfer par -20

377 – La chienne de Mourmansk

387 – Aller simple pour l’enfer

393 – Le glas sonne à midi

404 – Même le diable

420 – Traîtres ou héros

435 – La rage de survivre

448 – La loi du sang

 Legay8.jpg

Sous le nom de Baudoin Chailley

Fleuve Noir

Collection Secret Défense

1 - Rush sur Faya  

2 - Les possédés de Bagdad  

3 - Kanaky, point zéro  

4 - Préludes infernaux  

5 - La trace du scorpion  

6 - Dossier styx  

7 - Bagdad ! mortel contact  

8 - Raison d’état  

9 - Scud !

 

Stock

Nouméa, ville ouverte

 

Sous le pseudo de Pat Marcy

Editions Promodifa

War

28 - Transfert en Enfer,  

S.O.S.

21 - Dum-Dum Party  

23 - Ah Zaïre ! Ah Zaïre ! Ah !,  

27 - Coup bas à Koubbah 

 

 

  

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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