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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 14:43

Dessaint.jpg

Lors de la parution aux éditions de L’incertain d’Une Pieuvre dans la tête, j’avais eu le plaisir de d’échanger une correspondance avec Pascal Dessaint afin de rédiger cet entretien qui a paru dans la revue 813 n°49 de décembre 1994. Portrait d'un écrivain au noir certain qui depuis a fait ses preuves.

 

Il paraît étrange que la naissance et la mort soient les seuls moments d’une existence dont on ne peut a priori garder aucun souvenir.

Une Pieuvre dans la tête, éditions de L'Incertain, réédition éditions Rivages, Rivages Noir N°363.

 

Pieuvre.jpgEntre ces deux extrêmes, l'homme vit, aime, souffre, combat pour un idéal, rumine une vengeance, procrée, tremble ou simplement traverse les ans comme il franchirait les rails sans regarder devant ou derrière lui. Le train de la vie le happe au détour, ne lui laisse aucune possibilité de recommencer, aucune échappatoire.

Toulouse est la proie d'un sinistre individu qui tue, dépèce, éventre, éparpille les membres de ses victimes aux quatre coins cardinaux se réservant le cœur, comme le toréador se réserve les oreilles et la queue de l'animal qu'il vient de passer au fil de l’épée.


Le commissaire Viorel Desbarrats et l'inspecteur Hugues Méliorat se dépêtrent au milieu de cette enquête, chacun perdu dans ses propres problèmes familiaux. Viorel sent son coupler se déliter sans qu'il sache vraiment pourquoi. Il aurait aimé ne pas avoir de descendance. Pourtant Sabine, son épouse, a enfanté d'un garçon. Un commissaire n'est pas poète, même plus amoureux, et il envisage avec une nostalgie sereine de tromper sa femme. Méliorat possède sa croix en la personne d'un frère à peine sorti de l'adolescence, au passé déjà lourd et qui pense entretenir dans sa tête une pieuvre aux tentacules carnivores.

 

L'enquête aurait pu n’être qu'un prétexte à mettre en scène des pieuvre.jpgpersonnages - des victimes de la vie ? - tout droit sortis d'un cerveau torturé. Mais la trame en prenant ses racines dans la mythologie se révèle tout aussi alambiquée que ces héros au quotidien que Pascal Dessaint fait évoluer avec un plaisir pervers.

Pascal Dessaint allie modernité et classicisme dans une histoire qui implique le lecteur, lequel se retrouvera peut-être dans l'un des personnages.

Un roman qui oscille entre philosophie et aventure et que tout auteur débutant rêve d'écrire, car il possède une touche particulière. Celle de l'écrivain qui jette sur le papier, comme le peintre projette sur sa toile, ses affres de la vie, sa créativité, ses doutes et peut-être sa part d'autobiographie. Sous le Noir se cache l'humour, et si l'on peut regretter que l'inspecteur Méliorat n'ait pas un prénom commençant par A, on peut penser que l'épilogue du commissaire Desbarrats n'est qu'un bon... de sortie.

Jeune, enthousiaste, sympathique, dégingandé, parfois en proie au doute, tel se présente Pascal Dessaint le Toulousain venu du Nord. Avec un premier roman (Les paupières de Lou) édité chez un “courageux petit éditeur de province”, Pascal Dessaint aborde la littérature noire tout en voulant se démarquer et faire de la littérature tout court. Suivent des nouvelles disséminées un peu partout, un recueil et un roman parus chez L'Incertain. Comme l'avenir ? Augurons que non, car il possède indéniablement une présence, un style, une envie d'écrire qui lui feraient abattre des montagnes.

 

En découvrant tes nouvelles ou tes romans, on a la certitude de lire quelque chose de différent, d'atypique. Tu incarnes l'auteur qui sort des sentiers battus.

J'aime quand tu dis que je sors des sentiers battus. Ça me confirme dans la seule intention que j'ai en écrivant : produire une littérature qui me ressemble vraiment, qu’elle soit mon intime reflet. Ce que je redoute en tout, c'est la tricherie, sous toutes ses formes. Dans la vie il convient d'être sincère, pour ne pas dire authentique, mais aux autres d'en juger... C'est peut-être pour cela que l'on dit souvent que j'écris des livres singuliers, atypiques... C'est, je crois, parce que je ne me donne aucune limite, dès lors aucune concession au genre, ni même à soi-même... Je me définis ainsi comme un intuitif et non comme un technicien, je me laisse guider par mon seul instinct - lorsque mon instinct me quittera, il sera alors temps de changer de métier...

 

Chaque auteur, consciemment ou non insère, tout au moins dans ses premiers romans, une part d'autobiographie. Cela est-il vrai pour la Pieuvre ?

Je suis en chacun des personnages, pleinement et ce n'est pas un hasard (mon intention première avant de l'écrire) que ce soit un livre sur la décomposition et la recomposition permanentes, à chaque instant au quotidien, des êtres et des âmes.

 

Es-tu ce qu'on pourrait définir comme un écorché vif ? 

Dessaint-et-Picouly.jpgPeut-être ... Torturé, sûrement... car si j'ai une qualité dans la vie, c'est bien celle de ne pas me faire de cadeau. J'aime me regarder bien droit dans le miroir, quitte à ce que ça me fasse mal, très mal... Je suis une crapule romantique.

Ce roman aborde le thème actuel du serial killer mais en même temps se réfère à la mythologie. Une alliance entre le moderne et l'ancien, l'ouverture et le classicisme, le rêve et la réalité, et en fil conducteur la famille en faille, comme une faillite.

Tout tourne autour de ce thème : Demay et ses anagrammes, Méliorat et son rêve d'étoile de mer, Viorel et ses souvenirs, Proserpine et son passé, les corps en morceaux qu'on aimerait recomposer, ce à quoi on ne parvient pas, soit dit en passant, etc. En un sens il s'agit d'un livre métaphysique avant d'être un psycho-polar, appellation que je revendique cependant. Inutile donc de préciser que j'ai mis longtemps à mijoter mon délit! L'histoire devait être l'illustration “métaphorante” de mes préoccupations métaphysiques, je marchais sur des œufs. Ainsi, pendant longtemps, je me suis accroché à du concret, j'ai creusé le mythe de Perséphone (qu'on l'appelle Proserpine dans la mythologie romaine m'arrangeait bien), - sache à ce propos que l'ultime ramification du mythe antique (Zagreus), je l'ai découverte en même temps que mon personnage! - et que ça m'a conforté alors (cette découverte m'a grisé, de la vraie magie) dans le bien-fondé de ma démarche et de l'orientation que j'avais donnée au roman. Puis je suis allé sur les lieux, j'ai agi à la manière d'un metteur en scène, repérages, graphiques, photographies, etc.

U mythe de Perséphone abordait le thème de l'inceste et j'ai décidé aussi de donner cette orientation au livre. Je voulais que ce soit une approche non conventionnelle, et je crois que ça l'est. Les rapports de Proserpine avec son père, ceux plus ambigus de Méliorat avec son frère (scène de la douche)... et quand l'épilogue règle ses comptes avec tous ces personnages, alors ça devient vertigineusement glauque.

 

Les oiseaux, le milan plus particulièrement apportent un second fil conducteur inattendu à cette histoire.

Tout simplement, je fus ornithologue de terrain pendant plus de dix ans, et je le suis encore à mes heures. Ceci explique cela, l'expérience professionnelle, toujours... Attribuer cette vocation à Desbarrats me semblait intéressant, le vol du milan reflète assez bien sa psychologie et contraste avec toute cette horreur autour de lui et puis il ne faut pas oublier une chose, le milan me permet de faire le lien entre Desbarrats et Proserpine, il fallait donc que Desbarrats soit ornithologue, je n'y coupais pas.

 

Parle-moi un peu de toi puisque tu viens d'évoquer l'une de tes expériences professionnelles.

Né à Dunkerque le 10 juillet 1964, je suis le sixième 10-jours.jpgenfant d'une famille modeste. Mon grand-père maternel était pêcheur d'Islande, mon grand-père paternel mineur, je ne les ai pas connus. A 14 ans, mon père est descendu lui aussi au fond de la mine, où il a travaillé jusqu'après la guerre. Ma mère nous a élevés : elle nous a appris l'essentiel ! Ça peut paraître bizarre, mais d'une certaine façon la littérature est entrée dans ma vie par la chanson.

Mes parents écoutaient Berthe Sylva, Damia, Mouloudji... mes frères Reggiani, Brassens, Ferré... Je pleure dans la cour du collège lorsqu'un copain m'apprend la disparition de Jacques Brel. Grâce à Brel dont je découvre alors la vie, j'apprends que “le talent, c'est d'avoir envie de faire quelque chose... ” A cette époque, mon frère Gérard est victime d'un grave accident de voiture: plus de deux ans d'hôpitaux dont de longs mois dans le coma. Traumatisme. Première confrontation avec la mort. Je deviens un enfant silencieux, pudique et secret. Je lis L'Oiseau bariolé de Jerzy Kosinski et Ravage de Barjavel. On aurait dû à ce moment-là contrôler mes lectures ! Car peut-être suis-je né alors à la littérature et que ce contexte explique dès lors mon penchant pour le noir... Mon professeur de français, Gérard Lebrun (devenu un ami et un conseiller depuis), m'encourage à écrire. Cependant, on m'oriente en seconde C car je veux devenir vétérinaire ! Si je reconnais que les mathématiques m'ont appris la discipline, et plus tard à bien structurer mes livres, ce n'est pas mon truc. J'écris des chansons pour des amis musiciens, des centaines de poèmes, publie des recueils cosignés avec mon frère Eusèbe, qui me donne le goût de jouer avec les mots, et écris mon premier roman, l’année de mon bac. Je monte à Paris pour le présenter à des éditeurs et prends mes premières claques. Le bac... Un examinateur indulgent me demande ce que je veux faire plus tard, et je lui réponds écrivain ! J'obtiens les 35 points qui me manquent pour aller à l'université, au grand dam de mes professeurs de math... Je préfère alors l'histoire aux lettres modernes. Déjà je ne conçois pas que l'on puisse à la fois enseigner les lettres et être écrivain. Bukowski était postier, c'est déjà pour moi un exemple ! Au pire des cas donc, j'enseignerai l'histoire, et l’écriture, la littérature resteront mes refuges...

Je rencontre Agnès en 84, avec qui je pars à Toulouse. Elle m’encourage, fait en sorte que je m’obstine. Sans elle je n'aurais pas écrit quatre livres, et le suivant, qui trouve enfin éditeur. Mais avant il y a l’université, où je ne suis qu'une ombre, mais où je réalise un parcours honorable. Parvenu à la fin du DEA, je parviens de moins en moins à concevoir l'idée d'écrire et d'enseigner en même temps. Je profite donc qu'on me refuse une allocation de recherche pour rompre le cordon. Je donne des conférences un moment, travaille un peu pour le CNRS, puis je vais taquiner la vie où elle se trouve. Je fais pas mal de petits boulots, dont veilleur de nuit dans un hôtel puis dans un musée, je connais le chômage, retrouve du travail de nouveau le chômage... La galère, quoi ! J'écris jour et nuit ça m'obsède, me ronge doucement, et me voilà ! Tu connais la suite... J'espère que ma démence portera ses fruits.

 

Te considères-tu comme un fonctionnaire de l’écriture ? T’installes-tu à heures régulières devant ton papier blanc ou laisses-tu courir ton stylo au fil de l'inspiration ?

Dessaint-Pouy-copie-2.jpgDepuis près d'un an j'ai adopté l'ordinateur pour une question de commodité et d'efficacité, aussi bien vis-à-vis de l’éditeur que pour moi-même. Auparavant je tapais directement à la machine à écrire et disons que côté pratique cela me permet d’avoir autant de reflets de mon texte que je le désire au fur et à mesure des corrections ou des améliorations que j'y apporte. Je dissémine mes feuillets dans l’appartement... j'ai tendu des fils - et c’est la seule manie d’auteur que je puisse revendiquer _ autour de moi et je mets à sécher mes épreuves, ce que j'appelle “ mon linge sale ”, plan de travail repérages, notes, etc.  Il me faut une dizaine de mois pour écrire un livre, et au cours de cette période effectivement je me conduis comme un fonctionnaire avec des horaires, une discipline que je m'impose. De trois à six jours par semaine, de 16h à 19h et de 21h à 3h du matin, sauf pendant les vacances. J'ai besoin d'un silence absolu, le seul bruit que j'accepte étant le ronronnement de l'ordinateur, d'un isolement total et mon bureau est fermé pour tout le monde.

Aussi bien pour mes nouvelles que je n'écris pas séparément mais dans l’intention de composer un recueil, une longue période de réflexion précède l’écriture de mes romans, et lorsque j'attaque, je sais dans quel sens je me dirige, quel sera le thème principal, quel sera le liant

 

Tu as évoqué Bukowsky- Quels sont tes auteurs de prédilection ?

Cela va de René Belletto qui sait si bien parler de Lyon - et qui m'a donné envie d'en faire autant avec Toulouse - à Selby en passant par Robin Cook, Tonino Benacquista et Marc Behm. Je me reconnais en chacun d'eux à des degrés, des stades différents mais proches. Comme Robin Cook, j'aime la rue et j'adhère entièrement à son point de vue lorsqu'il écrit qu'un auteur de romans noirs est un être qui observe la rue. Avec Les morsures de l'aube de Tonino Benacquista, je me suis identifié en partie au héros car moi-même je suis un oiseau de nuit, chauve-souris à mes heures. Marc Behm m'a fait crouler de rire avec son histoire de vampires dans La vierge de glace. Mais j'ai également mes périodes de lecture consacrées à un cycle, un auteur. Ce que j'appelle mes marées d'équinoxe. J'ai lu comme un affamé, quitte à en prendre une indigestion, tout Chandler en 86-87, tout Chester Himes en 88-89, tout Montalban en 90. Mais s'il ne fallait donner qu'un nom, ce serait Pouy parce que je suis sensible à son style qui m'émeut. C'est un Oulipien et un poète qui donne libre cours à ses pulsions et Nous avons brûlé une sainte pour moi est un pur prodige. Il ne faudrait pas croire que ma liste est limitative, je réponds sans me tourner vers ma bibliothèque, mais les auteurs que j'ai cités sont sans conteste ceux qui me fascinent et forment mon Panthéon personnel.

 

*****

 

Inquiet, Pascal Dessaint l'est par nature, et cet entretien, il me l'a donné sans réticence mais avec ce petit quelque chose qu'on appelle pudeur. Il ne sait s'il a su trouver les mots pour exprimer ce qu'il ressent dans la vie, dans l'écriture, dans son accostage à cette terre inconnue et pleine de richesse qu'on nomme littérature. Il est perfectionniste et en lui est ancrée cette peur de décevoir, mais pour autant il ne veut pas simuler. Il parle volontiers de Toulouse sa ville d'adoption, la connaissant mieux que bon nombre d’autochtones. Il est enthousiaste et désire partager ses moments de joie avec conviction. Et peut-être vous révèlera-t-il un jour comment se faire un peu d'argent de poche quand on est veilleur de nuit dans un hôtel.


La dernière photo représentant Pascal Dessaint et Jean-Bernard Pouy en compagnie de l'Oncle Paul est de Joe G. Pinelli.


Vous pouvez retrouver Pascal Dessaint sur son site et la présentation de quelques romans chez Black Novel.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 06:54

 

Il s'est éteint comme il a vécu, dans la discrétion, début novembre 1997. Et surtout n'allez pas chercher son nom dans les divers dictionnaires, histoire ou panorama du roman policier, il n'y figure pas. Si vous compulsez "L'histoire du roman policier" de Jean Bourdier, Lay2.jpgparu en septembre 1966 chez De Fallois, "Les Maîtres du roman policer de Robert Deleuze publié par Bordas en 1991, "Le Panorama du Polar français contemporain" de Maurice Périsset édité en 1986 aux éditions de l'Instant, Le Polar de Denis Fernandez Recatala, MA éditions 1986, ou encore "Le roman noir français" de Jean-Paul Schweighaeuser, Presses Universitaires de France en 1984, vous ne lirez pas une seule fois le nom d'André Lay. Il n'apparaît qu'une fois dans "Le roman criminel" de Stefano Benvenuti, Giani Rizzoni et Michel Lebrun (L'Atalante - 1982). C'est mieux que rien. Seul "Le guide du polar" sous-titré "histoire du roman policier français", signé par Michel Lebrun et Jean Paul Schweighaeuser, édité par Syros en 1987, lui consacre une notule de quelques lignes, précisant qu'au nombre de volumes il dépassait, à l'époque dans cette collection, Peter Randa (décédé en 1979) et San Antonio. Cet article a été écrit pour la revue 813, en hommage à André Lay et depuis, heureusement, le DILIPO de Claude Mesplède a également réparé cet oubli.

Et pourtant ! Pendant un plus de trente ans, avec près de 140 romans à son actif, André Lay a été une figure marquante de la collection Spécial Police et un pur produit Fleuve Noir. Avec l'arrêt de celle-ci en 1987, il prendra sa retraite, bon gré, mal gré. Une restructuration qui l'obligera à garder dans ses tiroirs trois manuscrits. Il n'aura dérogé que deux fois à Spécial Police, la première en écrivant en 1956, l'année de ses débuts, un roman d'espionnage (Les étoiles s'éteignent) pour la collection du même nom sous le numéro 98. La seconde en prenant le pseudonyme d'A. B. St. Maur pour écrire Haute voltige (éd. Atlantic).


De son véritable nom André Boulay, André Lay est né le 26 mai 1924 à Saint Maur dans le Val de Marne. Fils de boucher, il a travaillé de 17 à 19 ans dans une usine d'abattage du côté d'Aubervilliers. Une profession et un lieu qui ignoraient tout autant la souffrance animale qu'humaine. A l'instar de son confrère en littérature policière, Gilles-Maurice Dumoulin, c'était un fan de Trénet et il écrivit et composa près de cinq cents chansons fantaisistes. Puis il devint apprenti-menuisier près de Nemours, fabriquant des cercueils et enterrant lui-même les morts. A la libération, changement de registre. Il entre comme rédacteur au ministère de la Guerre, qui devint plus tard ministère de la Défense Nationale. Une sinécure qui lui permet de revenir à ses premières amours et d'écrire plus de deux mille poèmes de trente lignes en deux ans. La revue à laquelle il les vendait interrompant sa parution, il cesse d'écrire. Et il redevient boucher. Comme le virus de l'écriture le démange, il s'attelle à la rédaction de romans policiers. L'après-midi. Le matin étant réservé à son étalage de boucherie qu'il promène sur les marchés de Saint Maur et de la Varenne. Un étonnant partage du temps qui fait dire à ses clientes qu'il est boucher le matin et assassin l'après-midi. Devant le succès de ses ventes et sa production abondante, il ne se consacrera bientôt plus qu'au seul métier d'écrivain.


Dans la préface d'un volume publié par le Cercle Européen du Livre en 1971 et rééditant trois de ses romans : De vice à trépas (SP N°536), Cette mort qui nous guette (SP N°514) et L'oraison du plus fort (SP N°584), Boileau-Narcejac écrivent : "Avoir publié quelque cinquante romans en quinze ans est loin d'être, en notre temps de production littéraire accélérée, quelque chose d'exceptionnel, et nombreux sont les confrères d'André Lay qui ont égalé et même dépassé cette performance. Sans vouloir en rien diminuer leur mérite, nous soulignerons cependant que ces prolifiques auteurs jouissent quasiment tous du précieux privilège de pouvoir se consacrer à leur profession d'écrivain.

André Lay, lui, exerce un second métier. Et qui suffirait largement à remplir les journées d'un autre homme. Non seulement il tient la plume, mais un couteau. Levé à cinq heures du matin, il se partage entre les Halles et les marchés de la banlieue parisienne. C'est en découpant beefsteaks et escalopes qu'il construit ses romans et durant des heures les plus souvent dérobées au 88.jpgsommeil qu'il les écrit. A une époque où tant de gens répugnent à l'effort (tout en se révoltant contre un sort inclément), cet exemple d'énergie et de ténacité valait d'être cité. Quant aux qualités du romancier, qualités qui, après lui avoir depuis longtemps acquis un vaste public, attirent aujourd'hui sur André Lay la profitable attention des producteurs de films, nous laissons au lecteur du présent recueil l'agrément de les découvrir ou les redécouvrir. Tout dernièrement, André Lay nous confiait son intention de "lâcher la boucherie", le cumul excédant aujourd'hui ses forces. Mais il s'empressa d'ajouter que, quels que soient les promesses ou les arguments qu'on pourrait lui prodiguer, il n'écrirait pas, pour autant, une ligne de plus par mois, afin que ne risquât pas de devenir un pensum ce qui, pour les autres comme pour lui-même, doit demeurer un plaisir. Cet exemple aussi valait d'être cité".

 

 


Son premier roman, "Le Diable est au fond du sac" (SP N° 88 - 1956) ressemble à l'univers des romanciers noirs américains. La ville est anonyme, même si l'on sait qu'il s'agit de Paris, et le héros se conduit un peu en imbécile, gardant par-devers lui des informations et des objets, se refusant de les communiquer au policier. Expert en automobiles, Devers est dépêché par son patron sur les lieux d'un accident mettant en cause deux véhicules. Arrivé sur place il apprend que la conductrice d'une des autos a été transportée à l'hôpital, les occupants de l'autre engin s'étant enfuis. Judith, la blessée, lui demande de récupérer un sac. Il découvre dans le réticule des diamants qu'il empoche. Coincé entre policiers et truands, il pense pouvoir mener sa barque seul, et lorsqu'il sera aux abois, il se retrouvera avec sur le dos quelques meurtres. Il est emprisonné, malgré ses dénégations, et promis à l'échafaud. L'épilogue joue avec les nerfs. Au moment où l'on pense qu'il va enfin pouvoir s'en sortir, le couperet est déjà tombé.

Son dernier roman "Les bonnes intentions" (SP n° 2067 - 1987) lui aussi emprunte à la facture classique : Vincent Tavernier, est un quadragénaire célibataire heureux. Son commerce marche bien, secondé efficacement par Suzanne, sa vendeuse. Il possède pavillon, yacht, mène une vie facile. Un matin, glissée parmi les prospectus publicitaires, il reçoit une lettre émanant d'une jeune femme qu'il a connu un an auparavant. Souvenirs et nostalgie se bousculent et il décide de la rejoindre près de Toulon où elle tient un magasin de parfumerie avec sa cousine Béatrice. Lorsqu'il arrive sur place, il apprend le décès de la je224.jpgune femme dans un accident de la circulation. Accident ? Hum ! Certains faits viennent infirmer cette version et il décide d'aller à la recherche d'une vérité qui peut faire mal.

C'est dans l'écriture de ses romans noirs qu'André Lay s'est montré le plus convaincant. Il n'a pu toutefois échapper à une mode de personnages récurrents, à la limite de la parodie. C'est ainsi qu'il mettra en scène le commissaire Vallespi, dans une série de dix-neufs tribulations loufoques et contera les aventures de Helmet Straders et du shérif Garrett dans vingt et un romans. Malgré le peu de cas suscité auprès des critiques par son œuvre, André Lay est un “ petit maître ” de la littérature policière, dont les ouvrages tiennent la route, le but principal, faire passer un bon moment au lecteur, étant atteint.

 

Florilège critique :

Panique à fleur de peau (Spécial Police N° 224): la première partie du roman est bonne, mais la seconde traîne et la chute finale ne constitue pas à vrai dire une surprise (I. Maslowski. M.M. 152; septembre 1960).

La meilleure des références restant toutefois l'Almanach de Michel Lebrun, je ne peux résister au plaisir de vous proposer quelques-unes des appréciations dont Michel Lebrun avait le secret :

Assassin chéri (Spécial Police N°1460 - 1979): Avec une rare économie de moyens, sans effets spectaculaires, Lay réussit à provoquer, par la simplicité même du récit, une tension grandissante. C'est un entracte heureux, et un bon bouquin. (Almanach du crime 1980)

Meurtre en pantoufles (SP 1527 - 1979) : André Lay, de temps à autre, s'offre un entracte dans sa série "Shérif" et revient au roman noir de ses débuts. Il devrait le faire plus souvent. (ADC 1981)

La bonté du diable (SP 1555 - 1980) : Excellent roman, bâti en flash-back,  et doté d'une chute particulièrement savoureuse  pour les amateurs de fins amorales. (Idem)

De soufre et d'encens (SP 1877 - 1984) : Une fois de plus les vieux pro da1997.jpgment le pion aux "bruyantes starlettes du néo-polar" - comme les a qualifiés Manchettes - et je ne changerai pas mon bidon de Lay contre deux barils de Fajardie. (Année du Polar - 1985)

Appelle-moi shérif (SP 1933 - 1985) : André Lay, utilisant sa facilité naturelle, donne à son public ce qu'il attend : des divertissements pas compliqués, écrits d'une plume alerte et paillarde. (AdP 1986)

Un enfer glacé (SP 1997 - 1986) : André Lay, vieux routier, connaît toutes les ruses du polar, et réussit à nous surprendre  au moment précis où nous nous y attendons... mais autrement. Et la chute, pour être dure, n'en est pas moins superbe (AdP 1987).

Je me garderai bien d'émettre, en conclusion, un jugement quel qu'il soit, sur la vie et l'œuvre d'André Lay, ne l'ayant connu qu'à travers son œuvre. Et puis d'autres le font tellement "mieux", recherchant dans la vie d'autrui le crapaud qui peut dénaturer le diamant. Aussi je me contenterai de signaler cette petite curiosité à l'égard des collectionneurs : le numéro 316 de la collection Spécial Police, titré "La mort en douce" possède deux auteurs : en couverture figure le nom d'André Lay. En page 6, le véritable auteur est démasqué : Alain Page. A vos bouquinistes !

Et naturellement vous pouvez découvrir un peu plus les romans d'André Lay chez Action-Supense.

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 17:06

Cet entretien a été réalisé en 1988 à Cherbourg et a paru dans la Revue 813 N° 25 d’octobre 1988.

 

Decoin.jpg


Oncle Paul : L’écriture d’un roman policier est-elle une nouvelle vocation.

Didier Decoin : Meurtre à l’anglaise est mon premier roman policier, et je ne pense pas que ce soit le dernier, parce que j’ai pris infiniment de plaisir à l’écrire. D’ailleurs, chose assez rare chez les auteurs, j’ai conçu moi-même la couverture de ce roman, car je voulais qu’il soit bien clair que Meurtre à l’anglaise était un roman policier. Vous savez que ça part d’un jeu et que le Mercure de France a créé une collection qui s’appelle Crime Parfait et propose à des écrivains littéraires normaux, si je puis dire, de faire leur premier livre policier à l’intérieur de cette collection. Beaucoup se sont prêtés au jeu parce que finalement beaucoup de romanciers traditionnels ont en eux l’envie de commettre un policier, mais il faut pouvoir le faire sans abdiquer son propre style, sa façon d’écrire. Et le Mercure de France demande aux écrivains de ne pas mettre un autre vêtement que le leur. Il s’agit d’avoir une intrigue policière, mais d’écrire comme on a l’habitude d’écrire, sans se trahir. On y met le même soin, le même temps, le même labeur, et il faut que l’on reconnaisse la patte de l’écrivain.

 

Le roman policier est un genre à part. Comment peut-on se reconvertir sans se trahir malgré tout ? Existe-t-il une technique du roman policier ?

Oui, il y a une technique qui est intéressante dans la mesure où c’est rigoureusement le contraire de ce qui se passe dans un roman « classique ». Dans un roman classique, vous partez de X personnages, et ces personnages vont vivre vers l’aboutissement de leur destin, que l’auteur connait plus ou moins bien mais qu’il découvre surtout au fur et à mesure avec les personnages, et vous allez vers un éclaircissement de plus en plus grand, parce que vous essayez de faire comprendre au lecteur qui est qui, pourquoi M. X fait ceci, Mme Y fait cela, et vous partez du début. Tandis que dans le roman policier, l’attitude est complètement renversée. Vous partez de la fin, vous partez de Qui a tué ? Pourquoi on a tué ? Où a-t-on tué, Et qui a été tué ? Et vous remontez le fleuve vers la source en cachant de plus en plus la vérité au lecteur parce que sinon il trouverait dès la première page. Si vous voulez, c’est ramer à contre-courant, c’est une toute autre technique. Moi, j’ai toujours eu l’impression, en étant auteur de romans « classiques » d’être une sorte de bateau qui descend un fleuve large, ample, majestueux, avec quelque fois des rapides, mais qui file vers l’embouchure du fleuve. Alors que là, j’ai eu l’impression de vraiment remonter un torrent tumultueux, et c’est la démarche complètement inverse. Et c’est ça qui est tout à fait passionnant. Bon, je ne vais pas me consacrer à la littérature policière, loin de là, mais ce n’est pas le dernier !

 

Les rapports de l’auteur avec ses personnages dans un roman policier ont-ils une démarche heuristique comme on le voit de plus en plus dans un roman normal ?

Decoin2.jpgDans le roman policier, vous êtes au courant de tout. Je veux dire que vous ne pouvez pas écrire un roman policier si vous ne savez pas tout des personnages. En fait écrire le roman consiste à fermer des tiroirs, à déguiser les personnages, au fur et à mesure. Ce qui est passionnant, c’est que dès la première page vous savez ce que sera la dernière ligne, ce qui n’est pas le cas du roman normal. En fait il faut connaitre la fin de l’histoire et les surprises consistent à mettre des masques aux personnages. Je parle là du roman policier… D’ailleurs ce roman s’appelle Meurtre à l’anglaise pour une raison précise, sans être une parodie ou un pastiche, c’est pour s’approcher d’une certaine école de littérature policière qui est partie avec Conan Doyle et qui aboutit à Agatha Christie et qui est si vous le voulez l’école de l’énigme. C'est-à-dire que le roman policier n’est plus simplement un festival sanguinolent. Le meurtre est un petit peu plus de l’assassinat considéré comme un des beaux arts, et mon roman policier s’apparente plus au jeu de société que de l’œuvre littéraire pure. On joue avec le lecteur, on joue à tromper le lecteur, tout en lui donnant tous les indices. Si vous regardez la quatrième de couverture, trois boules billard sont représentées, il est clair, enfin il est clair pour moi, que ces trois boules de billard ne sont pas là par hasard. Elles sont l’un des indices qui permettent de trouver la solution de l’énigme et en fait, toutes les cinq, six pages, il y a un indice qui permet d’avancer jusqu’au moment où, avant moi, le lecteur doit pouvoir dire : « J’ai trouvé, voilà ce qu’il s’est passé ! ».

 

Le lecteur est-il réellement capable de trouver la solution de l’énigme ?

Il n’y a pas ce que faisait cette chère Agatha Christie, qui m’a parfois rendu fou, et qui est : Hercule Poirot va au bureau de poste, revient avec un télégramme, se lisse les moustaches, et dit : Ah, ah, ah, j’ai trouvé la solution, c’est dans le télégramme ! ». Et comme elle ne vous dit pas ce qui est dans le télégramme, vous ne pouvez pas trouver la solution. Moi, je crois que j’ai donné au lecteur la possibilité de trouver. Je connais deux ou trois personnes, des femmes d’ailleurs, des lectrices qui ont trouvé sans grosse difficulté la solution. Moi, ce qui m’a follement amusé dans les bouquins d’Agatha Christie, c’était de trouver. D’ailleurs si je vous montrais mes bouquins d’Agatha, ils sont tous annotés dans la marge : « Attention, Poirot dit ça, ça doit vouloir dire que… etc., etc. ».

 

A travers la littérature policière, l’auteur est-il plus près de son lecteur que dans le roman habituel ?

Il y a une proximité qui est différente. Elle est bonne votre question,decoin il est difficile d’y répondre ! Quand j’écris un livre traditionnel, il est vrai que je pense à l’impact qu’il va avoir sur le lecteur, j’essaie de dire quelque chose au lecteur. Mais c’est « sérieux ». Tandis que dans le roman policier, j’ai l’impression d’une partie de campagne, j’ai vraiment l’impression d’avoir invité le lecteur à jouer avec moi. D’ailleurs il y a un truc formidable, quand on a des amis, c’est de les inviter un soir de tempête, dans une maison un peu isolée, au coin d’un bon feu de bois, et de jouer à l’assassin. C’est un jeu formidable ! C’est ce que j’aime dans le roman policier. Les Séries Noires ne sont pas tout à fait « my nice cup of tea » parce qu’il n’y a pas d’énigme. Il n’y a pas le jeu. On vous met en face d’un certain nombre de vérités. Obligé !... Être Sherlock Holmes, c’est quand même une jouissance merveilleuse, être Hercule Poirot, être Miss Marple, fabuleux personnages… (soupir). Et je crois que j’ai écrit un petit peu ce livre-là parce qu’au fond de moi, j’avais la frustration de ne plus avoir d’Agatha Christie à lire, puisque la chère lady Agatha est défunte. Effectivement, si vous prenez ce livre, il est jaune orangé comme les couvertures d’Agatha, et cette couverture qui représente un cottage, un manoir anglais au sommet d’une lande, une nuit avec des nuées étirées par le vent, et des petites fenêtres éclairées, donne tout de suite l’atmosphère du livre. On a envie d’entrer et de prendre une tasse de thé, mais en même temps on se demande ce qui se passe à l’intérieur, derrière ces fenêtres dont certaines sont sombres.

 

Envisagez-vous l’adaptation de Meurtre à l’anglaise en film, puisque vous-même êtes scénariste ?

Avant de me décider à faire un ouvrage pour le Mercure de France, cette histoire était un scénario de film que j’avais l’intention de tourner moi-même, et pour des tas de raisons, j’ai dû y renoncer. Mais j’aimais trop l’histoire pour la laisser traîner dans un tiroir en attendant des jours meilleurs pour le cinéma français. Donc, pour ne pas qu’elle soit perdu et pour lui donner une vie publique vraie, je me suis dis que j’allais en faire ce livre. Alors évidemment le scénario a été considérablement modifié, car un film et un livre ne sont pas la même chose, mais il est très possible qu’un jour Meurtre à l’anglaise devienne un film, de cinéma ou de télévision.

 

Un peu pédant, non ?

Nous l’avons compris, Didier Decoin n’apprécie que les romans d’énigmes classiques à l’anglaise, et c’est son droit. Mais je ne crois pas qu’il ait recommencé l’aventure, car réflexion faite, c’est quand même du boulot de trouver quelque chose qui se tienne et surtout de se renouveler.

 

Compléments d’info :

La collection Crime parfait du Mercure de France (à ne pas confondre avec Crime Parfait ? de l’Arabesque) a publié à la fin des années 80 et jusqu’en 1994 :

 

La peau de César de René Barjavel

La rondelle de Pierre Bourgeade

Le jardin des délices de Camille Bourniquel

Le faiseur de morts de Guy des Cars

Mort d’un poète de Michel Del Castillo

L’angle mort Recueil collectif

Le retour de Barbe-bleue de Paul Guth

Plutôt deux fois qu’un de Pascal Lainé

L’or de Baal de Jean Lartéguy

Le dérapage de Gilles Perrault

La soutane rouge de Roger Peyrefitte

La position de Philidor de René-Victor Pilhes

Les amis de monsieur Paul de Suzanne Prou

Le Président de Jean Raspail

Le vicomte épinglé de Pierre-Jean Remy

L’erreur de Cecil Saint-Laurent

La jeune fille Tong de Ya Ding

 

Il y a du bon et surtout du moins bon dans cette collection et il est amusant de noter que Paul Guth s’est essayé à cette discipline alors qu’il avait craché sur la littérature policière. D’ailleurs le dessinateur s’est amusé à dévoiler la solution en quatrième de couverture. Bien fait !

Pierre-Jean Remy avait déjà publié des romans policiers sous le pseudonyme de Raymond Marlot dans la collection Crime-Club chez Denoël en 1971 et 1972.

Quant à L’erreur de Cecil Saint-Laurent, agrémenté d’une préface de Jacques Laurent de l’Académie Française s’il vous plait, comme s’il existait des lecteurs qui ignoraient encore que le deux ne faisaient qu’un, il s’agit ni plus ni moins de la révision d’un roman signé… J.C. Laurent : Ne touchez pas à la hache ! paru en 1950 dans la collection Œdipe. Comme quoi, rien ne se perd…

 

Entretien réalisé avec l’amicale complicité de Serge Mauger (Ouest France Cherbourg) et de Fabrice Constanzoux (La Manche Livre Cherbourg).

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 14:37

vic1.jpg

La collection Espiomatic-Infrarouge, nom officiel de la collection dans laquelle sont publiés les Vic Saint-Val fut surnommée aussi Vic Saint-Val par ses lecteurs, tant il est vrai que l’auteur-héros marqua de son empreinte cette série référence qui se démarqua dès le début des autres collections publiées à l’époque par le Fleuve Noir. Les premiers numéros, qui ne comportaient pas de nom d’auteur mais celui du héros, étaient habillés d’une couverture gris-métallisée, signée Jarry; dans un style que l’on retrouvera chez par exemple la collection de Poche Science-fiction d’Albin Michel paraissant vers le même période. Un homme, dont la silhouette empruntait un peu à James Bond, dans une attitude de défense ou d’attaque, figurait en noir. Le titre ressortant en lettres vives de couleur. Bientôt des silhouettes féminines sexy rejoignaient ce héros et à partir du numéro 16, il est fait appel aux couvertures photographiques en couleur. Le nom de l’auteur apparaît sur la tranche du livre.

Au numéro 17, arrivée d’un nouvel auteur et d’une nouvelle série, Le Conch par Jacques Blois qui s’illustrait déjà dans la collection l’Aventurier. Marc Bréhal, alias Dan Dastier, puis Daïeb Flash pseudo d’André Caroff, et Fred Noro mettant en scène Zac dont les aventures ne sont que le prolongement d’une série publiée chez Hervé Hixe, rejoindront l’écurie Espiomatic.

Lancée en 1971, sur un seul nom auteur, Vic Saint-Val, poursuivra sa course et finira par les aventures du même. Au départ les publicités mentionnaient comme auteurs de la série Gilles Morris-Dumoulin et Patrice Dard assisté du protagoniste des aventures. En fait la majorité sinon la totalité des romans signés ainsi sont bien de Gilles Morris-Dumoulin qui s’explique ainsi : “Havas, qui assurait la promotion de la nouvelle collection, avait fait un sondage. Il en ressortait, d’après eux, que les lecteurs des 70/80 ne voulaient plus de filles ni de gaudrioles, mais du sérieux, du documenté, de l’instructif ! J’ai réécrit le tome 1 selon ces critères. Mais dès le tome 3, ou 4, les représentants du Fleuve, sur le terrain, ont fait remonter une tendance différente ! Et j’ai du réécrire les tomes suivants, faits d’avance, pour y réincorporer tout ce qu’on avait sucré ! On a travaillé de concert, avec Patrice, pendant quelque temps. Puis il a bifurqué vers d’autres projets. Notamment l’écriture de bouquins sous le pseudo d’Alix Karol. On s’est séparés, et Vic m’est officiellement retombé dessus, entièrement, complètement. ”

Dans  Le forçat de l’Underwood, Gille-Maurice Dumoulin explique pourquoi et comment cette collaboration a tourné court. Patrice Dard à qui était confiée la mission du travail de documentation était au départ de cette coopération un jeune homme d’environ vingt-cinq ans. Il n’est pas passionné par le travail à lui confié.

Il faut dire, en outre, que le travail de documentation auquel il (Patrice Dard) il s’est engagé, en foi de quoi j’ai accepté notre association, ne le passionne pas. Or, Vic Saint-Val exige des informations scientifiques et géographiques très étendues. Que d’après les termes de notre accord, il doit rechercher, en fonction du scénario préalablement mis au point, pendant que je transpire sur la rédaction proprement dite. Dès la première année, le système « grippe » dangereusement. Il achèevra de se bloquer au cours de la troisième année, à l’occasion d’un nouveau déménagement. Frédéric Dard, dont son livre Je le Jure (Stock) apporte d’autres éléments sur ce partenariat littéraire avorté, traitant son fils de chien fou.

En ce qui concerne les autres auteurs de la collection, G.M. Dumoulin est assez sévère. “ Parmi les erreurs qui ont écourté la carrière de Vic Saint-Val, la plus grave a été de convertir la Série en Collection, avec V.S.V. comme Locomotive, en y accrochant des Wagons trop lourds à traîner. Des quatre séries intercalées entre les V.S.V., après le numéro 16 :

L’une était franchement exécrable,

L’autre, quoique bien écrite, ne sortait pas des sentiers battus de l’espionnage le plus classique,

La troisième, également bien écrite, était tout simplement anodine,

Et dans une volumineuse thèse de doctorat consacrée à “ l’idéologie dans le roman d’espionnage ”, un certain Eric Neveu a qualifié la quatrième de pâle copie de Vic Saint-Val.

Nouvelle dans sa conception, la locomotive Vic Saint-Val aurait poursuivi son chemin, et roulerait peut-être encore si elle était restée haut-le-pied, seule sur ses propres rails.

En ce qui concerne la série Vic Saint-Val proprement dite, vic2.jpgG.M. Dumoulin la définit ainsi : “ Les aventures de Vic Saint-Val constituent un plaidoyer en 64 volumes pour la protection de l’environnement, la sauvegarde de la planète, les droits de l’homme et autres chevaux de bataille fort exploités aujourd’hui par les hommes politiques, mais qui dans les années 70/80, étaient encore pratiquement d’avant-garde. Soigneusement documentées dans tous les domaines, elles présentent, sous une forme “ gaudriolesque ” pimentée d’humour noir et d’érotisme, des sujets comportant de nombreux aspects de “ vulgarisation scientifique, avec une “ chute ” toujours fondée sur des faits réels et poussant jusqu’au bout de ses conséquences possibles l’une des grandes préoccupations de notre époque. Contrairement à la science-fiction, c’est de l’Anticipation de demain ou d’après-demain, pas de l’an 20.000. C’est tout ce qui risque de nous tomber sur ou de nous sauter à la gueule, si personne ne s’en occupe ! Parmi ces sujets, en vrac : la pluie noire (Vic Saint-Val annonce la couleur), la mer pourrie (Pitié pour la Terre), le trafic d’organes (Vic Saint-Val vise la tête), l’hégémonie des multinationales (Le plus dur reste à faire)…

 

Les principaux personnages récurrents

Vic Saint-Val : écrivant à la première personne, il se décrit peu physiquement, et seulement par incidentes. Grand, costaud, polyglotte et rompu à tous les sports, il possède une formation scientifique omnidisciplinaire non moins solide que son sens de l’humour qui lui permet, en toutes circonstances, de raisonner et d’agir en fonction des faiblesses et aberrations inhérentes à « la connerie grandiose d’un monde en folie ».

Snaky : 1m60 pour 60 kilos d’acier caoutchouc, alliage exclusif. Né sous un chapiteau, d’un couple de gens du voyage, contorsionniste, acrobate, funambule, jongleur, voltigeur, lanceurs de couteaux (et autres objets) des deux mains, etc. Il sait faire tout ce qui se fait sur la piste d’un cirque, plus des tas d’autres choses inédites. Signe particulier : grâce à telle ou telle de ses facultés insoupçonnées, c’est lui qui, fréquemment, sort l’équipe du pétrin, volant ainsi la vedette à Vic Saint-Val (comme Bérurier à San-Antonio). Avant de contribuer à la clarté des explications finales, lorsqu’elles sont nécessaires, en protestant : Tu veux me redire ça en français du certif ?

Grete Von Glück : surnommée Lorelei et généralement appelée Lore, c’est la blonde amie de V.S.V. , experte en arts martiaux et virtuose du pilotage aérien.

Von Glück : plus communément appelé Von tout court ; père de Lorelei, amoureux de ses ordinateurs et toujours bronzé… à la lampe U.V. puisque, totalement hypocondriaque, il n’émerge que très rarement de son domaine d’élection, le siège central du WISP ou World Institue of Statistics for Peace (Institut Mondial de Statistiques pour la Paix).

 

vic3.jpgPour écrire les aventures de Vic Saint-Val et apporter des éléments crédibles aux nombreuses pérégrinations du héros, Gilles Maurice Dumoulin lisait de très nombreux ouvrages et magazines techniques et scientifiques, aidé en cela par sa connaissance d’une demi-douzaine de langues étrangères. Mais il a également suivi des cours en Sorbonne, dès la parution des premiers volumes en série. Il a découvert à cette occasion que pas mal de conférenciers l’avaient déjà lu et approuvé, en ce sens qu’ils n’ont jamais relevé dans ses ouvrages, ni incitations malsaines, ni hérésies scientifiques. Parmi ceux-ci, Jean Hamburger (le père de Michel Berger), aujourd’hui disparu. Mais également Yves Pélicier, directeur du centre psychothérapeutique de l’hôpital Necker, Rémi Chauvin, Albert Jacquard et Pierre Piganiol, fondateur de la D.G.R.S.T. (Direction Générale de la Recherche Scientifique et Technique) sous De Gaulle.

Il est évident qu’au cours des trois dernières décennies, l’actualité a évolué et que les technologies évoluant encore plus vite, les évocations, heureusement rares et non techniques, des ordinateurs peuvent donner une sensation de légère désuétude.

Dans Le Forçat de l’Underwood, Gilles-Maurice Dumoulin apporte d’autres précisions concernant la campagne publicitaire précédent le lancement de la série des Vic Saint-Val. Par exemple qu’un certain Edgar Sanday, auteur de trois ou quatre romans policiers, homme politique connu sous le nom d’Edgar Faure, aurait été l’une des chevilles maitresses de cette entreprise littéraire, annonce qui s’est dégonflée rapidement. Puis les avatars qui découlèrent de la remise du Prix des Palmes du roman d’espionnage en 1971 pour Vic Saint-Val en Enfer, prix qui était décerné uniquement à des auteurs du Fleuve Noirs.

Le pseudonyme Vic Saint-Val, qui est le fait de l’éditeur et non de l’auteur, est une habile transposition – incontestable- de Valentin Saint Vic créé à l’Arabesque dans la série Baroud. A noter que dans le film LE Magnifique, l’acteur Jean-Paul Belmondo incarne, dans des aventures rocambolesques, un agent secret français nommé Bob Saint-Clar.

Cet article a été écrit grâce à un courrier échangé avec l’auteur ainsi qu’à diverses sources fournies par Gilles-Maurice Dumoulin.

Quatre autres Vic Saint-Val sont publiés après l’arrêt de la collection dans Anticipation : Kamikazement vôtre (N°1269) ; Survivre ensemble (N°1287); Un avenir sur commande (N°1301); Un pied sur Terre (N°1445).

 

Pour découvrir quelques aventures de Vic Saint-Val, je vous propose de diriger le curseur de votre souris chez Action-Suspense.

 

1 - Vic St Val s'en occupe [1/71]

2 - Vic St Val Sur un volcan [1/71]

3 - Vic St Val sans visa [2/71]

4 - Vic St Val dore la pilule [3/71]

5 - Vic St Val en enfer [3/71] Palme d'or du roman d'Espionnage 1971

6 - Vic St Val sur orbite [1/72]vic4.jpg

7 - Vic St Val en chute libre [1/72]

8 - Vic St Val vise la tête [1/72]

9 - Vic St Val annonce la couleur [3/72]

10 - Vic St Val contre Vic St Val [3/72]

11 - Vic St Val rend la monnaie [3/72]

12 - Vic St Val va à dame [1/73]

13 - Vic St Val entre deux eaux [1/73]

14 - Vic St Val donne le feu vert [2/73]

15 - Vic St Val brûle les étapes [3/73]

16 - Vic Saint Val : Quitte ou double [3/73]

18 - Vic Saint Val : Non stop [4/73] 

20 - Vic Saint Val : Vic Saint/Val sous pression [1/74] 

22 - Vic Saint Val : Vic St Val en direct [1/74] 

24 - Vic Saint Val : Vic St Val à fond de cale [2/74] 

26 - Vic Saint Val : Vic St Val période fauve [3/74] 

29 - Vic Saint Val : Vic St Val tous azimuts [4/74] 

32 - Vic Saint Val : Vic St Val ... place aux jeunes [4/74] 

34 - Vic Saint Val : Vic St Val vole dans les plumes [1/75]  vicSt-Val-Patrice-Dard-Vic-Tous-Azimuts-Livre-581666586_ML.jpg

38 - Vic Saint Val : Vic St Val force la dose [1/75] 

42 - Vic Saint Val : Vic St Val cousu main [2/75] 

46 - Vic Saint Val : Vic St Val au finish [3/75] 

48 - Vic Saint Val : Vic St Val tranche dans le vif [3/75] 

52 - Vic Saint Val : Vic St Val taille adulte [4/75]  

54 - Vic Saint Val : Vic St Val priez porno [4/75] 

56 - Vic Saint Val : Salut la Mecque [1/76]  

60 - Vic Saint Val : Vic St Val circuit Dracula [1/76]  

62 - Vic Saint Val : Aux algues, citoyens ! [2/76] 

63 - Vic Saint Val : La ruée vers Lore [2/76] 

68 - Vic Saint Val : Envoûtements sur commande [3/76]  

70 - Vic Saint Val : Le complexe de Frankenstein [3/76] 

75 - Vic Saint Val : Nostradamus au pouvoir ! [4/76] 

77 - Vic Saint Val : Monstres à volonté [1/77] 

79 - Vic Saint Val : Jusque-là, ça va ! [1/77] 

81 - Vic Saint Val : Société de compromission [1/77]  

82 - Vic Saint Val : Un méchant coup de vieux ! [2/77] 

84 - Vic Saint Val : Pitié pour la Terre ! [2/77] 

85 - Vic Saint Val : Course au suicide [3/77] 

86 - Vic Saint Val : Nous sommes tous des cobayes [4/77]  Vic-St-Val-Quitte-Ou-Double-Livre-629434502_ML.jpg

87 - Vic Saint Val : Le fer dans la plaie [4/77] 

88 - Vic Saint Val : Violence sans visage [4/77]  

89 - Vic Saint Val : Equilibre de la terreur [1/78] 

90 - Vic Saint Val : Partage en frères [1/78]  

91 - Vic Saint Val : Bienheureux les doux ... [2/78] 

92 - Vic Saint Val : La tête au carré [2/78] 

93 - Vic Saint Val : La crainte du gendarme [3/78] 

94 - Vic Saint Val : Massacre en sourdine [3/78]  

95 - Vic Saint Val : Debout, les morts [4/78] 

96 - Vic Saint Val : La boule à zéro [4/78] 

97 - Vic Saint Val : Des lendemains qui hantent [1/79] 

98 - Vic Saint Val : Matraquage [1/79] 

99 - Vic Saint Val : Le plus dur reste à faire [2/79]  

100 - Vic Saint Val : Casseurs, sachez casser ! [3/79] 

101 - Vic Saint Val : Exécution sur mesure [4/79]  

102 - Vic Saint Val : Camouflage express [4/79] 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 14:44

Lebrun-copie-1.jpg

 

Sur mon ancien blog, Mystère Jazz, j’avais publié un entretien réalisé en 1985 et diffusé sur une radio libre. En octobre 1989, j’ai eu le plaisir de converser à nouveau avec Michel Lebrun dans le train noir qui nous menait vers Grenoble et sa troisième et ultime édition du festival du roman et du film policiers.

Tandis que certains festoyaient joyeusement au bar, lecteurs sous le charme d'auteurs diserts, d'autres travaillaient, engrangeant les souvenirs sur cassettes. Ainsi, dans le compartiment réservé à la presse, j'ai interviewé, entre autrelebrun4.jpgs, Michel Lebrun, foisonnant d'anecdotes, à la faconde jamais démentie, toujours accessible, disponible quel que soit son interlocuteur, même le plus obscur chroniqueur de province. Son dernier inédit, "Souvenirs de Florence", paru aux éditions Flamme/J'ai Lu, remontait à 1987. La même année, paraissait le dernier volume de l'Année du Polar (Editions Ramsay), devenue la bible des amateurs du roman policier, et le Guide du Polar écrit en collaboration avec Jean Paul Schweighaeuser (Syros). 1987 toujours, Michel Lebrun obtenait Le Grand Prix Paul Féval de Littérature Populaire pour l'ensemble de son œuvre et son action en faveur du roman policier. Depuis, plus rien. Ses fidèles étaient en début de manque, ce qui m'amena à lui poser cette première question :


Que devient Michel Lebrun, celui qui a été surnommé le Pape du Polar, une étiquette qui colle peut-être un peu trop à la peau maintenant ?

Après neuf ou dix ans d'imprégnation totale en milieu polar, c'est à dire à force de lire tout ce qui paraît, d'assister à un maximum de manifestations et de festivals, d'écrire un maximum de choses sur le polar dont l'Année du Polar que j'ai faite pendant neuf ans, je me suis trouvé soudain en train de sortir de mon apnée. Vous voyez c'était comme dans le Grand Bleu, j'étais sous couv001.jpgl'eau depuis neuf ans et tout d'un coup, hop, le monde extérieur me réapparaît et je trouve qu'il a du charme aussi. Alors bon, je ne veux pas brûler ce que j'ai adoré, et que j'adore toujours, c'est à dire le polar, mais pour l'instant je prends un petit peu de vacances, je me mets en disponibilité, du moins en ce qui concerne mon livre l'Année du Polar. En ce moment même nous sommes dans le train noir qui nous emmène à Grenoble; Grenoble où va se dérouler outre le 11ème festival du roman et du film policiers, va se tenir également la grande assemblée générale de l'association 813 dont je suis membre fondateur et, pour vous dire que je n'oublie pas complètement le polar, je viens donc pour la deuxième fois poser ma candidature au bureau de l'association 813. Parce que j'estime qu'il faut couv002.jpgquand même garder un œil vigilant sur les amateurs, ce que j'appelle les amateurs de base du roman policier. Alors là, si vous le permettez je vais faire une petite parenthèse en forme de précision. L'association 813 qui je crois a neuf ans d'âge maintenant, peut-être même un peu plus, non elle entre dans sa douzième année, l'association 813 est l'association des Amis de la Littérature Policière et j'ai l'impression que depuis ses débuts, l'appellation première a un petit peu dévié. C'est devenu, me semble-t-il, au fil des années davantage une association de spécialistes, c'est à dire d'auteurs, d'éditeurs, de traducteurs, que d'amateurs au sens propre du terme, c'est à dire de gens qui aiment le roman policier. Et c'est là dessus que je voudrais insister, et si, il ne faut évidemment pas anticiper l'avenir, si après demain je suis élu au bureau 813, je vais m'efforcer de rétablir un contact et un dialogue avec ceux que j'appelle les adhérents de base, les gens qui ne sont pas tous connus, les gens qui ne sont pas médiatiques, les gens qui ne sont pas des stars, mais qui sont quand même le public, les acheteurs de livres qui nous font vivre tous, nous les auteurs, les éditeurs, les traducteurs de romans policiers. Bon, vous me demandiez au début, vous me posiez une petite question, que devient Michel Lebrun, et crac là-dessus j'ai enchaîné sur un 33 tours microsillon qui dure depuis dix minutes. Alors, s'il vous plaît ne me posez pas d'autres questions (Rires).


Je trouve que l'avenir de 813 de toute façon est presque entre les mains des adhérents dits de base qui se trouvent impliqués comme moi. Au départ je n'étais qu'un adhérent de base et je me suis trouvé, pas une vocation de journaliste, mais enfin j'essaie de promouvoir le roman policier. Et si cela se trouve il n'y aura plus qu'un appareil critique à l'intérieur du bureau. Vous avez parlé de l'almanach du crime. Le trait est-il tiré définitivement sur l'almanach ?

couv003.jpgAbsolument pas. Il s'est trouvé que je me préparais à écrire mon dixième almanach du crime, Année du Polar chez Ramsay, quand les éditions Ramsay ont changé de direction. Bon je ne vais pas m'étendre sur un fait divers de société, vous savez que cela a fait la une de tous les journaux pendant quelque temps, tout ça a été très médiatisé, bon, résultat des courses, les éditions Ramsay ayant changé de direction, maintenant c'est madame Régine Deforges qui s'en occupe, et madame Régine Deforges ne s'intéresse pas forcément au roman policier et à fortiori à l'Année du Polar. Il va de soi que je me suis trouvé par hasard, par la force des choses sans éditeur et c'est à ce moment là que je me suis dit "Tiens, c'est peut-être le moment de sortir de mon apnée, puisque les circonstances me forcent un peu la main. Je ne suis pas responsable de ce qui arrive mais je vais essayer d'en profiter". Voilà exactement. Alors pour parler d'avenir, j'ai toujours le projet de refaire l'Année du Polar ou l'almanach du crime mais je ne veux plus le faire dans les conditions de forcing que j'ai assumé pendant neuf ans, c'est à dire m'astreignant à sortir le bouquin tous les ans, à la même période, ce qui veut dire que pendant neuf ans je n'ai pas pris une seule fois de vacances d'été, moi qui adore la mer et le soleil, et j'étais resté coincé dans ma bibliothèque. Je referai ce bouquin, je trouverai une formule nouvelle, peut-être que je ne le ferai pas tous les ans, peut-être tous les deux ou trois ans, peut-être sera-t-il plus gros, avec une formule un peu différente, mais je continuerai de le faire parce que le polar, comme je le disais tout à l'heure, le polar c'est ma vie.


La partie critique étant un peu délaissée pour laisser la place à la présentation d'auteurs, de thèmes ...? 

Oui évidemment. La dernière formule de l'Année du Polar, c'est un peu les éditions Ramsay qui me l'avaient suggérée, pas imposée, parce couv010.jpgque leur idée était de faire le guide Michelin du Polar. Alors ça s'est appel‚ l'Année du Polar ou guide de Michel Lebrun, presque le guide Michelin euphoniquement. C'était un gadget, c'était amusant mais je crois qu'il y a mieux à faire, c'est à dire en élargissant le débat. On ne peut pas faire que des notules critiques et des petits résumés de quelques lignes qui d'ailleurs sont insuffisants sur tous les bouquins qui paraissent. Je crois qu'il faut élargir le débat. Effectivement, moi ce que j'aime c'est faire des grands dossiers. D'ailleurs il y en avait un de prévu, et il est toujours prévu, sur le chemin de fer dans le roman policier. C'est un dossier, je vous le signale, inépuisable sur lequel on peut faire un bouquin de cinq-cents pages, rien que sur ce thème là. Et ça ce sont des choses qui sont intéressantes car les historiens du futur, les archivistes, lorsqu'ils voudront faire des études sur tel ou tel sujet, ils pourront se replonger dans ces livres encyclopédiques et thématiques.


D'autant que l'appareil critique devient caduc au bout de quelques années.

Exactement, l'appareil critique devient caduc mais maintenant avec le recul je me rends compte que ces bouquins, ne serait-ce que par leur nomenclature, sont des ouvrages de référence assez utiles. Et si vous me permettez une minute de mégalomanie intense, quasi schizophrénique, je vais dire une chose que je ne répèterai plus jamais, c'est que dans cent ans d'ici, la plupart des romans policiers dont je parle dans l'année du polar auront disparu corps et biens, la seule trace qui restera, ce sera mes petites notules. C'était la minute de mégalomanie satisfaite (rires).


Michel Lebrun, votre dernier roman c'est "Souvenirs de Florence". Depuis, pas grand chose, à part quelques traductions?

Dans ma vie, j'ai constaté qu'il y avait des périodes que je qualifierai de bibliques. Oui, alors évidemment, faut préciser pour vos auditeurs, que je parle avec un peu d'ironie ou un certain humour. Biblique, il faut le mettre entre parenthèses. Je m'explique. J'ai toujours connu, après sept ans de vaches grasses, sept ans de vaches maigres, et ainsi de suite. couv011.jpgAlors ne parlons pas de vaches grasses ou de vaches maigres, disons simplement qu'il y a des changements d'orientation qui interviennent à peu près tous les sept ans, selon le cycle biologique du renouvellement des cellules d'un corps humain. Disons que je suis entré depuis quelques années, depuis deux ou trois ans, dans un cycle de traduction, parce que les choses ont fait qu'on m'a apporté des traductions à faire de livres que je trouvais intéressants, comme les romans de John Irving par exemple. Je ne vois pas au nom de quoi j'aurais refusé de traduire ces bouquins qui sont passionnants, et maintenant, j'ai des traductions à faire pour un an ou deux, mais j'accomplis probablement une mutation. Je viens de commencer à écrire mes mémoires, et les mémoires de la vie d'un auteur de polars, ça peut sembler comme ça, vu de l'extérieur, de prime abord, rien de bien intéressant. Qu'est-ce que c'est qu'un couv009auteur de polars ? C'est un monsieur qui est assis le cul sur une chaise toute la journée et qui tape à la machine, et à priori il n'y a pas de quoi faire des mémoires sensationnelles. Seulement mon métier d'auteur de polars m'a permis de faire beaucoup de cinéma à une certaine époque, les films d'aventures que je faisais dans les années soixante m'ont permis de faire pratiquement le tour du monde, et même plusieurs fois. J'ai connu ensuite les débuts de la télévision, et la période héroïque des tournages en direct, ou plutôt des émissions en direct, que l'on ne pouvait pas filmer ou magnétoscoper, et il y a comme ça dans ma vie toutes sortes de choses qui sont je crois assez rigolotes. Et je suis en train de redécouvrir, en me plongeant dans mes mémoires... Bon ne me demandez pas où ça va paraître et si ça va paraître, ça je n'en sais rien, j'écris ça pour moi pour l'instant... Mais les amateurs de polars évidemment ne seront pas frustrés puisque dans mes mémoires je raconte absolument toutes les histoires des éditeurs que j'ai rencontrés, parce que là aussi il y a une période far-west sur le plan de l'édition, qui était absolument comique et cocasse, et je raconte au passage mes petites recettes pour écrire des romans. Alors vous voyez, tout ça c'est un projet complètement diffus, pour l'instant c'est comme une grande valise dans laquelle j'entasse des souvenirs, en vrac, sans les trier, et puis ma foi, après je rouvrirai la valise, je ferai le tri, et je publierai, je l'espère, un bouquin intéressant. En tout cas amusant.


Vous avez parlé de cinéma, de films d'aventures. Vous avez collaboré je crois, surtout pour des Paul Kenny, peut-être à des Jean Bruce. D'ailleurs dans le numéro de la revue Polar qui vous a été consacré, on vous voit en train de vous amuser avec Jean Bruce. Etait-ce un bon copain?

Ah! Jean Bruce, c'était un homme extraordinaire, en ce sens qu'il était d'une couv005.jpgmodestie et d'une timidité quasi maladives. Pour un homme qui avait à l'époque les plus forts tirages de la littérature populaire, c'était un homme absolument charmant, qui voulait - nous étions très amis - qui voulait absolument, insidieusement - il savait que je n'aimais pas beaucoup le roman d'espionnage, je le lui avais dit - mais il s'était promis de m'y amener, il s'était promis de me le faire aimer, et à chaque fois que je le voyais, il me disait : " Alors Lebrun, alors il y a une place à prendre, quand est-ce que tu viens ?" Alors je lui répondais toujours, "Oui, Jean, laquelle veux-tu que je prenne, la tienne ?" et il me disait "Non, quand même pas ", et finalement je suis resté sur mes positions, et lui sur les siennes et quand il nous a quitté, très très jeune puisqu'il est mort dans un accident ayant à peine dépassé la quarantaine... Mais c'était Jean Bruce... Bon indépendamment du fait qu'il travaillait dans un genre que je n'appréciais pas beaucoup, je suis obligé de reconnaître que c'était un très grand professionnel et que Gérard de Villiers aujourd'hui doit à peu près tout à Jean Bruce. Si Jean Bruce n'avait pas existé, n'avait pas créé en 1950 OSS 117, jamais Gérard de Villiers, vingt ans plus tard, n'aurait pu écrire SAS. Jean Bruce avait défriché un terrain, que De Villiers ensuite a pu ensemencer fructueusement.


Pour ne pas quitter tout à fait Jean Bruce... Jean Bruce était un copain, il fera partie des mémoires de Michel Lebrun, mais y aura-t-il également des coups de griffes ?

Oh là là !! Il y aura tout un chapitre sur la MDL. La MDL, ce n'est pas une secte secrète, c'est la malédiction des Lebrun. Alors ça, je ne peux pas raconter au micro parce que c'est trop impressionnant, mais sachez que, moi qui suis le plus pacifique des hommes, qui suis à la limite trop bon, trop bonne poire, je me suis fait trop exploité dans ma vie, quand la mesure est comble, je peux jeter un mauvais sort sur les gens. Et alors, ça, j'ai eu plusieurs expériences comme ça qui m'ont fait tellement pecouv012-copie-1.jpgur que j'essaie de réfréner cette espèce de don que j'ai, qui est une chose absolument effrayante, c'est une chose que j'ai en moi et qui ne demande qu'à sortir. Vous voyez, c'est un petit peu comme dans Alien, le type a l'air complètement normal de l'extérieur, et puis tout d'un coup, schlac, du sang partout, on ne sait pas ce qui s'est passé. Et bien moi, c'est un petit peu ça, sauf que je ne frappe pas directement sur les gens quand je leur en veux, j'écris leur nom sur un petit bout de papier, j'ai comme ça chez moi une petite liste noire qui est affichée sur l'un de mes murs, et de temps en temps je raye une nom sur la liste. Alors ça veut dire ou que je suis réconcilié avec le type, ou qu'il est mort. Alors (rires) évidemment ne me demandez pas la liste noire de Lebrun, mais sachez qu'elle existe et d'ailleurs hors micro je pourrais vous raconter la véritable histoire, et là les auditeurs vont être encore plus frustrés ...


Du bon usage du traité de sorcellerie. Michel Lebrun, "Un revolver, c'est comme un portefeuille" qui vient d'être réédité au Masque, un livre de 1971, c'est l'humour. Il y a l'histoire, mais c'est l'humour qui prédomine. Les livres de maintenant, c'est noir, c'est politiquement engagé... Ne vous font-ils pas barber ?

couv008.jpgAh écoutez, moi de toute façon je suis un individu d'un autre âge, je déteste la politique et les politiciens. Et je vais même vous dire une chose que vous pouvez croire ou non, je ne comprends rien au Bébête show. Je ne sais même pas à quoi les marionnettes font allusion et à qui elles ressemblent. C'est vous dire à quel point, je suis détaché, éloigné du débat politique. Alors il va de soi que, quand je vois aujourd'hui mes jeunes confrères, particulièrement les jeunes auteurs français du roman noir, ils récusent d'ailleurs l'appellation roman policier, parce qu'il y a le mot policier dedans, que ça les fait penser à flic, etc, etc, très bien, ça je veux bien, mais que dans leurs bouquins, tout d'un coup, ils me fassent trois ou quatre pages de brûlot politique ou de militantisme anti-ceci ou anti-cela, moi ça me casse les pieds. Et je trouve que le message, on a le droit d'avoir un message, il doit être subliminal, il doit être sous-jacent. A partir du moment où on écrit en lettres de feu Attention Message, là je commence à décrocher de l'histoire que l'on me raconte. Alors il va de soi que je ne me fasse pas passer pour un vieux réactionnaire, il va de soi que je suis farouchement anti-lepéniste, parce que ça je sais quand même de quoi je parle, je suis farouchement contre les racismes, de quelque forme qu'ils soient, ça vraiment je m'élèverai toujours là-dessus, mais, quand nous écrivons nous autres les auteurs de romans policiers, c'est avant tout pour nous faire plaisir, et deuxièmement c'est pour faire plaisir à notre lecteur. Et pour le divertir et précisément lui faire oublier ses emmerdements. Alors, voilà un exemple que je reprends toujours : il y a quelques années existait une collection excellente dirigée par mon ami Alex Varoux qui s'appelait Engrenage, et un jour - Engrenage c'était le roman noir à la française - il y a eu un bouquin, qui était peut-être très intéressant, qui s'appelait "Chômeur Blues", et alors j'ouvre le bouquin, c'était un type qui est chassé de son travail, il devient chômeur, il devient clochard, il est prêt à tout pour ne pas être dans la merde, etc... Et à ce moment là je dis "Voyons, qui va lire ce bouquin ? Qui va acheter ce bouquin ? C'est peut-être un chômeur jeté de son emploi, que sa femme vient de quitter, il est triste, il se dit, tiens pour oublier mes emmerdements, je vais lire un polar. Il ouvre le polar, et il lit quoi ? l'histoire d'un chômeur qui est triste. Bref il s'ennuie". Non ce n'est pas ça... Il veut lire le type quelque chose d'amusant, ou il veut lire un drame policier qui se passe chez les riches. Comme dans les films d'Hitchcock, il faut que les femmes soient blondes et bien habillées, sexy. Il faut qu'il y ait un téléphone rose, il faut qu'il y ait une Cadillac décapotable. Et là dedans on peut mettre, on doit mettre du rêve, de l'humour...

 

La conversation s'est continuée ainsi pendant encore quelques minutes à bâtons rompus, oubliant de remettre une cassette vierge dans le magnéto. A l'issue de l'assemblée générale, houleuse mais ceci est une autre histoire, Michel Lebrun fut élu président de l'association pendant trois ans. Il ne put, ou ne voulut, réaliser tous ses projets. Cependant il collabora activement à la renaissance de la revue Polar, fit paraître un roman-récit intitulé Rue de la soif chez Seghers, jubilatoires et grisantes déambulations, fournit des extraits de ses souvenirs pour "Les années Série Noire (tome 2)" de Claude Mesplède aux éditions Encrage, et pour la revue Nouvelles Nuits N°11, spécial Rivages Noir, éditions Clô, sans oublier quelques rééditions de bon aloi chez Rivages (L'autoroute et Géant) ainsi que la concrétisation d'un de ses rêves, figurer au catalogue de la Série Noire avec la réédition de "Loubard et Pécuchet", roman burlesque dont il avait le secret. Une entrée dans la mythique collection qui arrivait un peu tard me confiait-il au téléphone, quelques semaines avant son départ pour le Paradis des écrivains, rejoignant ses amis et confrères pour le grand Sabbat littéraire.

 

Vous pouvez découvrir la chronique du roman En attendant l'été de Michel Lebrun sur Action-Suspense

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 07:48

Jacques Sadoul aura consacré sa vie à la littérature populaire. Il est décédé le 18 janvier.

 

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Né le 8 décembre 1934 à Agen, son premier roman est édité en 1960 aux éditions du Scorpion sous le titre La Passion selon Satan qui n’est vendu qu’à 92 exemplaires. Il sera réédité chez Jean-Pauvert en 1978 même connaitra à peu près le même sort. Jacques Sadoul devient rédacteur en chef de Mystère Magazine et de Hitchcock Magazine entre 1964 et 1968 et est directeur du Club sadoul-tresor-alchimiste-copie-1.jpgdu Livre d’Anticipation et du Club du Livre Policier de 1965 à 1968. En 1968 il est recruté par Frédéric Ditis comme directeur littéraire puis devient directeur éditorial. Il effectue un gros travail de promotion de la Science-fiction, créant une collection spécifique ainsi qu’une autre collection devenue mythique : L’Aventure mystérieuse, collection dans laquelle il publie quelques ouvrages devenus culte comme Le trésor de Rennes le Château de Gérard de Sède, et quelques ouvrages signés de son nom comme Le trésor des alchimistes.

 

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Grand amateur de Pulps, ces revues petits formats imprimées sur du mauvais papier

, il compile des anthologies intitulées : Les Meilleurs Récits de Amazing Stories (1974), Les Meilleurs Récits de Astounding Stories – période 34/37 (1974), Les Meilleurs Récits de Weird Tales Tome 1 – période 25/32 (19

75) Les Meilleurs Récits de Weird Tales Tome 2 – période 33/37 (1975) Les Meilleurs Récits de Planet Stories (1975) Les Meilleurs Récits de Wonder Stories (1976) Les Meilleurs Récits de Unknown (1976) Les Meilleurs Récits de Famous Fantastic Mysteries (1977) Les Meilleurs Récits de Startling Stories (1977)…

Il rédige également un dictionnaire de la SF et ainsi qu’un autre consacré à la Bande dessinée. Et une anthologie de la littérature policière, publ

iée chez Ramsay en 1980.

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sadoul histoire sf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toutes ces activités ne lui suffisant pas, il écrits des romans policiers et des romans d’inspiration fantastiquecomme Le Cycle du domaine de R (trois titres) ou Baron-Samedi.

En 2006, les éditions Bragelonne publie un récit de mémoires, C’est dans la poche : mémoires, confidences d’éditeur. Retiré dans son agenais natal depuis quelques années, il continuait ses travaux d’écriture et dernièrement les éditions Rivière Blanche ont publié Le Jaguar Rouge.

 

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Mais le mieux, afin de rendre hommage à ce grand monsieur de la littérature populaire, est d’établir un florilège de ses romans, en espérant que ces titres seront réimprimés pour l’occasion.

 

Sadoul-3-morts.jpgTrois morts au soleil. Editions du Rocher, 1986. Réédition J’ai Lu Policier. 1988.

Pour la jeune commissaire Ledayon, Muriel de son prénom, nouvellement installée à Marseille, l’affaire qui lui échoit semble compliquée à souhait.

Sylvain Pridat, photographe à Cassis, est abattu d’une balle de revolver. Si seulement elle pouvait trouver un motif à ce meurtre ! Peut-être une histoire de photos, un trafic quelconque ?

Mais après le photographe, c’est un croupier puis un agent immobilier qui décèdent de la même façon.

Les soupçons de Muriel se portent d’abord sur Solange Destain, jeune femme entretenue par les deux dernières victimes, et qui avait eu des relations avec la première. Puis c’est sur Magali Chamin, la femme du croupier, que les suspicions de Muriel se focalisent. Soupçons alimentés par tout un faisceau de présomptions, de probabilités, de possibilités matérielles. Surtout que Magali est la reine du mensonge. Mais de preuves formelles, point !

Ce roman de Jacques Sadoul, qui obtint le Grand Prix de Littérature Policière en 1986, est un roman que le lecteur lit avec jubilation et délectation. En effet, le lecteur suit l’enquête de Muriel, assiste à ses tâtonnements, ses erreurs, ses amours aussi en passant, alors que dès la première page l’identité du coupable est dévoilée. Dévoilée, enfin presque, puisqu’il ne manque que le nom. Et le lecteur voudrait bien la guider la pauvrette.

Construit un peu comme un livre-tiroir, un livre gigogne, ce roman nous réserve un épilogue digne en tout point des maîtres de la littérature policière.

 

Le mort et l’astrologue. Editions du Rocher, 1987. Réédition J’ai Lusadoul-astrologue2.jpg Policier. 1990.

Etre astrologue ce n’est pas être devin. Un astrologue ne lit pas l’avenir dans le marc de café, dans les boules de cristal, ou dans les tarots, mais à partir de données précises il calcule l’influence des astres selon leur position dans le ciel. Il ne prédit pas mais peu prévoir tout au plus les périodes fastes ou néfastes de l’existence d’un être humain.

C’est bien pourquoi le professeur Astral n’avait pu prévoir ou prédire le décès par balle dans la tête de Marc Manceau, un jeune homme de vingt-huit ans et client occasionnel. Un décès qui ressemble à un suicide mais pourrait bien être un assassinat.

Georges Knutens, journaliste indépendant, projette d’écrire un article sur l’astrologie. Il requiert les services de son ami le professeur Astral pour lui éclairer la lanterne et participer à des séances afin de se faire une opinion, et relever quelques anecdotes. S’il n’est guère convaincu par les prestations de l’astrologue, le taxant d’user plus de la psychologie que d’une quelconque autre science pseudo divinatoire, il va toutefois se trouver impliqué dans le décès de Marc Manceau.

Knutens en effet succombe au coup de foudre lorsque Claire vient consulter le professeur. Claire, la petite amie de Marc Manceau, ou tout au moins l’une de ses petites amies, car si Claire semble sage et réservée, Marc Manceau entretenait des relations avec une certaine dénommée Zsa-Zsa, effeuilleuse dans le quartier chaud de Pigalle.

Entre ces personnages, la jolie Martine, véritable feu-follet de dix-neuf printemps, qui veut goûter à la vie à pleines dents et aidera inconsciemment Knutens dans on enquête.

Par le biais de l’enquête policière menée en dilettante, l’éclectique Jacques Sadoul nous entraîne dans les coulisses de l’astrologie d’une façon fort sympathique et attrayante. Ce qui aurait pu être rébarbatif sous la plume de quelques uns de nos romanciers devient passionnant sous celle de Jacques Sadoul car, et c’est tout à son honneur, l’auteur sait très bien intéresser le lecteur sans l’ennuyer.

 

Sadoul-doctor-jazz.jpgDoctor Jazz. Editions Presses de la Renaissance, 1989. Réédition J’ai Lu Policier N° 3008. 1991.

Carol Evans, redoutable agent de la CIA, surnommée la Tueuse, a repris du service malgré une bavure lors de sa précédente mission. Cette fois elle est chargée d’enquêter en Louisiane, plus précisément à La Nouvelle-Orléans, afin de démanteler une filière de la drogue.

Pour cette mission un collaborateur lui est imposé, mais Carol est une solitaire, aussi l’on ne retrouvera Bud Hawks qu’épisodiquement. Comme bien souvent, une affaire peut en cacher une autre, et en fait de trafic de drogue, Carol Evans va tomber sur un étrange marché de cassettes-vidéo. Des « Snuffmovies ».

Des petits films d’amateurs dans lesquels les figurants, l’on ne peut guère parler de vedettes, les figurants disais-je, sont torturés, mis à mort, sans aucun trucage. Du vécu, du réel, voilà ce qu’il faut maintenant pour assouvir les bas instincts de quelques névrosés. Faut avouer que du temps où les exécutions, les pendaisons, écartèlements et autres joyeusetés, étaient réalisés en place publique, la foule avide et frissonnante de plaisir assistait à ce genre de spectacle en plein air. Autres temps, autres mœurs. Mais toujours le même attrait morbide.

L’enquête, ou plutôt les enquêtes de Carol vont amener celle-ci à être le témoin du meurtre d’un avocat en vue de La Nouvelle-Orléans, et ce dans de troublantes conditions. Les trois affaires, drogue, trafic de vidéocassettes spéciales et meurtre d’un personnage haut placé sont étroitement liées.

Jacques Sadoul a écrit un roman qui est surtout le prétexte à découvrir un des hauts lieux du Jazz et à voyager dans La Nouvelle-Orléans et les bayous, en empruntant les rues qui ont fourni les titres à quelques classiques du Jazz : Basin street, Canal street, Pontchartrain…

Un roman qui aurait pu être proposé aux lecteurs accompagné d’une compilation de ces interprétations inoubliables.

 

Les 7 masques. Editions Albin Michel 1996.

L'on dit couramment "La réalité dépasse la fiction". Mieux encore, sadoul 7 masqueslorsque l'on veut étaler sa culture, on peut se référer à Renan en citant cette phrase "La vérité est, quoiqu'on en dise, supérieure à toutes les fictions".

Victor Clairval n'est pas un grand écrivain mais au moins il a été reconnu par quelques uns de ses pairs puisqu'il a obtenu des prix littéraires pour des ouvrages qui ne se sont pratiquement pas vendus. Alors il s'est décidé à concocter un roman populaire dans la lignée d'Eugène Sue, Souvestre et Allain, Gaston Leroux et les autres. Un roman qui fait rêver et non pas s'endormir. Le problème, c'est que ce qu'il a imaginé se produit, quasiment dans les mêmes conditions, et qu'il se trouve plongé au cœur du mystère qu'il vient d'inventer. Lui le père tranquille, le pantouflard. De quoi devenir dingue.

Une sombre histoire dans laquelle évoluent des mystérieux personnages affublés de masques, chacun d'une couleur différente, une détective rousse et superbe, ce qui ne gâche rien, une maîtresse exotique, un dacoït, un chat qui disparaît et réapparait de façon inexplicable, pimentée par des courses-poursuites dans les catacombes ou les tunnels du métro parisien. Jacques Sadoul s'est amusé à utiliser les poncifs d'un certain type de romans populaire, en les aménageant au goût du jour, pour écrire un livre qui nous propulse d'une manière magique vers notre enfance. Mais il n'oublie pas pour autant les fantasmes des adultes. Un roman bourré de références qui ravira les amateurs et donnera peut-être envie aux autres de se plonger dans le roman d'aventures rocambolesques.

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 17:09

 

Né le 28 mars 1933 à Paris (XIIème) Daniel Piret effectue des études dites normales et se considère comme bon nombre d’auteurs dont la vocation première était peut-être l’écriture mais qui pour des raisons familiales et financières ont été obligés de se tourner vers une occupation plus rémunératrice. Ses études secondaires, il les effectue dans divers établissements de la banlieue parisienne, établissements qui “ le libèrent rapidement, ne l’appréciant sans doute pas à sa juste valeur ” (FNI 98 – 1973).

Déjà il possède un caractère épris d’indépendance, état d’esprit qu’il impute à son signe astrologique Le Bélier, et se considère comme un fonceur qui supporte mal l’autoritarisme hiérarchique, et par voie de conséquence se révèle comme un subordonné que l’on pourrait qualifier d’insubordonné. Cette indépendance, Daniel Piret l’a concrétisé à dix-neuf ans, en se mariant et en débutant dans la représentation. Quelques années plus tard, il se met à son compte, activité qu’il cesse en 1972 pour travailler comme vendeur dans un grand magasin. 1972, c’est également l’année de parution de son premier roman au Fleuve Noir.

piret2.jpgSi Daniel Piret a commencé très jeune à écrire, des contes de fées et de poèmes, c’est en 1968 qu’il s’est tourné vers l’anticipation puis à la rédaction d’un ouvrage traitant de philosophie et de religion. Ses violons d’Ingres étant le dessin, la sculpture sur bois et bien sûr la lecture, avec des préférences pour les ouvrages de religion, de philosophie, d’ésotérisme, bien entendu la science-fiction, la science tout court avec la biologie, l’astronomie, et tout ce qui est relatif à l’écologie et l’évolution. Sans oublier l’occultisme, la paléontologie et l’histoire de l’univers. Son livre de chevet est la Bible, (un des nombreux points communs qu’il partage avec Jimmy Guieu. Jimmy Guieu, qui est l’un de ses auteurs préférés en science-fiction, avec Robert Clauzel, Maurice Limat, Gabriel Jan, et en littérature générale Henri Troyat et Hélène Carrère d’Encausse), ce qui l’a amené à apprendre l’hébreu, suite peut-être aussi à un voyage en Terre Sainte, en 1969 et dont il est revenu enthousiasmé.

Atteint durant un temps de bougeotte, il a visité en caravane la Yougoslavie, la Suisse, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne, la Hollande puis il s’est calmé et depuis préfère le calme de la campagne périgourdine. Il avoue qu’il est très pessimiste en ce qui concerne l’avenir de l’espèce humaine, considérant que la science qui devrait le servir, l’opprime chaque jour davantage, et il rejette la société actuelle en ce qu’elle a d’inhumain. Il reste persuadé que si l’homme ne change pas il court à sa perte. Il s’élève contre toute forme d’oppression et de racisme, ne reconnaissant qu’une seule race : l’humaine.

En 1979 il dirige une collection chez un éditeur de province, les éditions Garry, où il publie des romans de ces confrères refusés par le Fleuve Noir. C’est ainsi que l’on retrouve sous pseudonyme Gabriel Jan, Robert Clauzel ou lui-même sous le nom de Red Ilan. Certains de ces ouvrages ont été traduits en Espagne et La mort des Dieux est même paru en feuilleton dans le journal d’Israël à Tel-Aviv.

  

Collection Anticipation du Fleuve Noir

490 : Année 500 000piret3.jpg

525 : Les Deux soleils de Canaé

554 : Les Egarés du temps

575 : Les Disques de Biem-Kara

595 : Le Maître de Phallaté

604 : Les Fils de l'Atlantide

621 : Naître ou ne pas naître

640 : Ahouvati le Kobek

649 : Le Grand passage

668 : Le Tell de la puissance

680 : Le Onzième satellite

687 : Les Egrégores

702 : Sakkara

711 : Les Survivants de Miderabi

721 : Vae victis!

727 : La Dernière mort

739 : Le Rescapé de Gaurisankar

754 : Le Manuscrit

761 : Sogol

781 : Xurantar

804 : La Mort des dieux

813 : L'Ile des Bahalim

825 : Les Dévoreurs d'âmesredilan

848 : L'Ancêtre d'Irskaa

861 : Interférence

878 : Le Navire-planète

947 : N'Ooma

983 : Strontium 90

1113 : Sloma de l'Abianta

1119 : Les Envoyés de Méga

1140 : Prométhée

1201 : La 666e planète

1233 : Le Fils de Prométhée

1278 : La Parole

 

Editions Gary

Cholom (1979) 

Diaspora cosmique (1979) 

Péril végétal (1979) 

La Sphère des templiers (1979) piret4.jpg

Univers Alpha (1980) 

 

Editions Rivière Blanche, collection Blanche :

2049 : Projet espoir suivi de Crépuscule des idoles (voir chronique)

2060 : Les enfants de la lumière (voir chronique)

2070 : Stase onirique

2080 : La saga des Ibars suivi de Le domaine

2094 : Aliens en Périgord suivi de Les ancêtres de l’humanité. (Voir chronique)

 

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 15:35

Hommage à Fred Kassak décédé le 12 avril 2018.

Un grand monsieur nous quitte !

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Entre 1957 et 1971, Fred Kassak aura signé onze romans, sous son nom ou sous les alias de Pierre Civry et Jean Céric. C’est peu, trop peu. Pourtant cet auteur reste, à juste titre, valeur de référence, notamment pour son ami Michel Lebrun, tant pour la complexité de ses intrigues, son ton humoristique, que pour ses « trouvailles » criminologiques.

Mais qui est Fred Kassak ?

De son véritable patronyme Pierre Humblot, il est né le 4 mars 1928 à Paris, d’une père haut-fonctionnaire et d’une mère au foyer. Son envie d’écrire date de sa prime enfance et il compose moult poèmes et nouvelles dans un registre romantique et fantastique. Comme bien des littéraires qui trouvent grâce et encouragement auprès de leurs professeurs de lettres, il est fâché avec les mathématiques et par voie de conséquence avec ceux qui enseignent cette matière.

kassak4.jpgSon goût pour la littérature policière s’est révélé pendant l’exode. Une villa des bords de la Loire, près de Saumur, accueille la famille Humblot, refuge bénéfique pour le jeune Pierre puisqu’il découvre dans le grenier une collection complète du Masque, qu’il dévore pendant que la bataille fait rage. Le meurtre de Roger Ackroyd reste l’un des romans ayant marqué notre auteur en herbe.

Dévorer des livres, c’est bien, mais ça ne nourrit pas son homme. En 1941, soir après soir, il compose un romans « à clef » ayant pour cadre le lycée et pour protagonistes principaux les professeurs eux-mêmes. Le lendemain, à la récréation, il en fait profiter auditivement un groupe de fidèles, groupe qui croît de jour en jour. Acte qui s’avère profitable et nourricier puisque ses auditeurs paient sa prestation sous forme de biscuits vitaminés.

Après la guerre, il travaille successivement au Touring Club de France, vend des machines à écrire et est même guide bilingue au Musée Grévin (l’un des rares guides ne sachant parler qu’une seule langue !) et fait la connaissance de Michel Lebrun.

Mais le virus de l’écriture le tenaille, et après avoir écrit une pièce de théâtre (Juanito, qui n’obtient qu’un relatif succès d’estime), kassak5.jpgil décide de se consacrer à la littérature. Mais ses ambitions ne sont plus celles de son enfance (à dix ans   il proclame son intention non seulement de devenir écrivain mais aussi d’être le Dickens français), aussi il se rabat sur le roman policier. La mode étant au roman d’espionnage, il en écrit deux, publiés par les éditions de l’Arabesque qui créent peu après la collection Crime Parfait, collection qui voit les débuts de Pierre Siniac.

Pierre Humblot devient Fred Kassak (Kassak étant le nom de jeune fille de sa mère) : … Fred Kassak n’est pas très joli et sonne comme un sac de noix, mais je me console en pensant que l’éditeur aurait pu choisir sur ma liste : Peter Van Bold ou Charlie Jinx !

Parallèlement il est secrétaire de René Wheeler, scénariste-réalisateur, puis rédacteur d’un journal d’assurances. Considéré comme écrivain non-salarié, il travaille depuis plus de vingt ans pour la Radio et la télévision. Il a été le scénariste du premier numéro de la série Les Cinq dernières minutes et y a collaboré par la suite à maintes reprises.

Comme beaucoup de jeunes de sa génération, Sartre et Camus ont été ses « maîtres à penser », mais cette époque est révolue. Ses préférences littéraires restent Queneau et les Britanniques Wodehouse et Dickens. D’ailleurs certains de ses livres ont des accents dickensiens (Livre de référence et de comparaison : Les papiers posthumes du Pickwick Club). L’humour est présent d’une façon sobre, apparemment facile, excluant toute vulgarité ; c’est un humour axé sur le descriptif et les situations des personnages.

kassak1.jpgC’est après avoir écrit trois romans noirs que Kassak a découvert sa voie, et sa veine humoristique. Il se sent coincé, enfermé dans un genre, dans une production qui n’incite pas (selon lui) à la relecture ; tandis qu’en employant le ton humoristique, l’intérêt du lecteur ne se condense plus uniquement sur la chute finale, mais peut être capté par le « comique de certaines situations et la manière de les raconter ». « Dans l’humour, je me sentais dans mon élément ».

L’intrigue, la trame d’une histoire souvent lui sont inspirées par de petits faits, de petites histoires qui peuvent lui arriver. Aussi il imagine les développements possibles et comment ce petit fait aurait pu donner lieu à un crime.

« Ainsi Carambolages est directement inspiré de mon expérience au Touring Club de France qui était une mine de personnages et de situations : il y avait vraiment des Fêtes de Printemps sous une pluie battante, des défilés en costume d’époque, un doyen des campeurs, et l’organisme du T.C.F. était le même : il ne restait plus qu’à pousser les situations. Une fois l’idée au point, je faisais ma distribution : choisissant parmi mes amis et connaissances passés ou présents ceux et celles qui pouvaient le mieux incarner mes personnages fictifs. Je n’aime pas beaucoup créer de toutes pièces un personnage : c’est la réalité qui est originale, l’imagination ne reproduit que des lieux communs ».

« J’ai toujours fait des plans détaillés laissant très peu de place à l’imagination – ce qui n’est pas forcément une bonne chose. Mais je suis sujet au vertige de la feuille blanche et le plan me rassure, me permet de me lancer et de continuer. Dans un roman purement littéraire, un plan trop détaillé peut être un handicap, un frein à l’imagination. Le roman policier, lui, est un mécanisme de trop haute précision pour qu’on puisse, à mon avis, s’en passer ou s’en écarter beaucoup en cours de rédaction. L’imagination peut et doit être au pouvoir pendant le développement, la mise au point et la construction – mais après, c’est la fin de la récréation et la fantaisie ne doit plus avoir le droit de s’exprimer que par le style ».

Mais Fred Kassak est aussi un spécialiste dans le choix des kassak2.jpgarmes du crime. Par exemple la poudre de champignon vénéneux séché (Bonne vie et meurtres) ou la voix de Mireille Mathieu déclenchant une avalanche.

« Mireille Mathieu et son avalanche ont été imaginées tout spécialement et sur mesure pour Voulez-vous tuer avec moi ? où le narrateur, après s’être livré à deux tentatives de meurtres avortées : voiture sabotée et piscine électrifiée, réussissait enfin le troisième en faisant exploser à distance, par téléphone, un pavillon préalablement soumis à une fuite de gaz. Tout cela allait donc crescendo et, quand j’en suis arrivé à devoir imaginer un quatrième crime, je me suis trouvé embarrassé car, évidemment, il devait lui aussi aller crescendo : impossible de revenir au revolver ou à l’étranglement. Après l’explosion d’une maison entière, il fallait quelque chose d’encore plus spectaculaire ; une sorte de petit cataclysme : une catastrophe pouvant être provoquée puisqu’il s’agissait d’un crime, mais devant, en outre, paraître naturelle puisqu’il devait s’agir d’un crime parfait. Et quand on fait l’inventaire des catastrophes naturelles pouvant être provoquées, on en vient très vite à l’avalanche en montagne qui peut être provoquée par un cri humain. Le roman ayant des prétentions humoristiques, il fallait un cri humain contrastant avec l’aspect criminel de l’avalanche : par exemple, un chanteur d’opéra beuglant son grand air. Mais un peu démodé, l’opéra. Pourquoi pas un jeune chanteur actuel ? Et parmi les jeunes chanteurs beuglant d’amour le plus fort, un nom s’imposait aussitôt : Mireille Mathieu qui, comme vous voyez, a résulté davantage de la nécessité et de la logique que de l’imagination ».

kassak6.jpgKassak qui, depuis plusieurs années, s’était tourné vers la télévision et la radio et n’écrivait plus de romans, en prépare un actuellement. Un roman policier, précise-t-il, et non un polar : « Je ne crois pas que le roman policier ait gagné en prestige et considération en devenant… polar. Je ne vois pas en quoi cette espèce de raccourci simili-argotique à consonance désagréable peut contribuer à revaloriser un genre qu’on a trop tendance à mépriser. Je n’éprouvais nulle honte à être un auteur de romans policiers. Je suis moins fier de me retrouver… polardeux ».

 

Ce portrait a été réalisé d’après une correspondance personnelle avec Fred Kassak et a été publié dans la revue Encrage N°20 en 1988.

 

Romans

Tonnerre à Tana (L'Arabesque, coll. "Espionnage" no 46, 1957)

L'Amour en coulisse, sous le pseudonyme de Jean Céric (L'Arabesque, coll. "Parme" no 13, 1957)

Plus amer que la mort... (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 4, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Punch 2e série N°7 - 1976)

Estocade à Stockholm (L'Arabesque, coll. "Espionnage no 56, 1957)

Savant à livrer le..., sous le pseudonyme de Pierre Civry (Editions du Gerfault, coll. "Chit !" no 3, 1957)

Nocturne pour assassin (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 8, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Suspense N°8 – 1972 ; Prix mystère de la Critique 1972 ; Réédition Presses de la Cité collection Punch 2e série N°36 – 1976)

On n'enterre pas le dimanche (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 16, 1958 ; Grand Prix de littérature policière ; Réédition Presses de la Cité collection Mystère 3e série N°183 – 1972- ; Presses de la Cité collection Punch 2e série N°16 - 1976)

Carambolages (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 25, 1959 ; réédition Presses de la Cité collection Un mystère N°640  - 1962 ; Presses de la Cité collection Presses-Pocket N°758 - 1970)

Crêpe Suzette (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 33, 1959)

Une chaumière et un meurtre (Presses de la Cité, coll. "Un mystère" no 570, 1961)

Bonne vie et meurtres, novélisation de la pièce radiophonique Vocalises (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 18, 1969)

Voulez-vous tuer avec moi ?, d'après la pièce radiophonique Le Métier dans le sang (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 119, 1971)

Ces romans ont été réédités pour la plupart dans la collection Le Masque Jaune et dans l’Intégrale en deux volumes.

 

Recueils de nouvelles :

Qui a peur d'Ed Garpo ?, nouvelles (Le Masque no 2241, 1995)

On ne tue pas pour s'amuser !, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2005)

Assassins et noirs desseins, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2006)

Les fins mots de l’histoire, recueil de pensées, de curiosités diverses. Philosophie, religion, Histoire, théâtre, beaux arts, médecine, sciences humaines, musicologie, art culinaire … pour s’instruire en s’amusant (Le Léopard Masqué - 2008).

 

Romans portés à l’écran :

On n’enterre pas le dimanche, réalisé par Michel Drach n 1959. A reçu la même année le Prix Louis Deluc.

Carambolages, réalisé par Marcel Blüwal en 1962. Avec Louis de Funès, Kean-Claude Brialy, Michel Serrault.

Une chaumière et un meurtre réalisé par Pierre Chenal sous le titre L’assassin connait la musique. Avec Paul Meurisse, Maria Schell, Jacques Dufilho.

Bonne vie et meurtres réalisé par Michel Audiard en 1970 sous le titre Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas… mais elle cause ! avec Berbard Blier, Mireille Darc, Annie Girardot, Sim.

Voulez-vous tuer avec moi ? a inspiré le film de Michel Audiard tourné en 1972 Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard. Avec Jane Birkin, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Jean Carmet.

Sans oublier les romans adaptés pour la télévision, à la radio (dans la série Mystères de Pierre Billard), les dramatiques écrites pour Les Maîtres du mystère de Pierre Billard, les dramatiques écrites pour la série Les Tréteaux de la nuit de Patrice Galbeau et les épisodes de la Série télévisée Les Cinq dernières minutes (12)

 

Vous pouvez retrouver la présentation de On n'enterre pas le dimanche sur Action-Supense

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 09:33

La première partie de cet entretien avait été publiée sur Mystère Jazz le 10 janvier 2010. Elle avait suscité bon nombre d’interrogations et surtout alimenté une polémique qui commençait à nuire à Pierre Bondil. Depuis les cartes ont été redistribuées, ce qui m’a incité à la republier enrichie d’autres questions de ma part et d’autres réponses sans concession de celle de Pierre Bondil.

 

bondil5.jpg

 


Combien de traductions as-tu effectuées depuis tes débuts ?

Je n’ai pas compté depuis un certain temps et le rythme a considérablement baissé en raison de l’enfer Hammett (j’ai notamment « perdu » un recueil de nouvelles de Charles Willeford chez Rivages et un auteur canadien, non policier, David Bergen, chez Albin Michel, à cause des retards accumulés sur la traduction des cinq romans pour le Quarto Gallimard), mais au total je dirais plus de 110 romans, une vingtaine de nouvelles, trois scénarios, un pilote de dessin animé, des interviews.

 

Sur quel(s) ouvrage(s) travailles-tu actuellement ?

Actuellement je travaille uniquement sur le prochain Jack Taylor de Ken Bruen, qui devrait s’appeler « En ce sanctuaire » et paraître en octobre dans la Série Noire chez Gallimard. Et j’envisage de baisser de rythme, les trois dernières années ont été très éprouvantes. Avant, je travaillais souvent sur deux ou trois romans « en parallèle ». Par exemple, avant de passer au deuxième jet d’un roman, j’entamais le premier jet d’un autre car survient presque toujours un moment où le traducteur commence à se fatiguer de l’histoire, des tics de l’écrivain... Un passage par un autre texte permet d’oublier un peu et d’avoir une meilleure vision globale quand on reprend le texte par la suite.

 

Choisis-tu tes auteurs ou est-ce à la demande d’éditeurs ?

Bruen est une demande de l’éditeur. La série était commencée, il y bondil2avait deux romans de traduits et des problèmes : le troisième texte était si bon (et les délais de remise qu’on m’a proposés si longs) que j’ai accepté avec enthousiasme de traduire « Le Martyre des Magdalènes ». Je poursuis la série, je suis d’ailleurs allé me ressourcer une semaine du côté de Galway à la fin du mois d’août. Pour Hillerman, Roger Martin (Editions Encre à l’époque) m’avait donné deux livres à lire en me laissant maître de la décision. J’ai très vite choisi. En général, l’éditeur me propose quelque chose et j’accepte ou non. Cela dépend des délais de remise, du plaisir que j’ai à lire le livre et du cadre dans lequel il s’inscrit. Je ne ferais pas de bon travail par exemple sur un livre qui détaille à longueur de pages des arnaques financières ou des expériences liées à la drogue, deux domaines que je ne maîtrise vraiment pas et qui ne m’intéressent pas. L’important (et certains directeurs de collection le savent très bien) c’est que le traducteur aime le livre sur lequel il travaille. Si en plus le traducteur peut se permettre de refuser un texte qu’il n’aime pas et s’en voir proposer un autre par le même éditeur, et si par ailleurs il peut faire ça tout en continuant de payer son loyer, tout le monde est dans la meilleure configuration possible. C’est assez rare, hélas. J’ai personnellement beaucoup de chance à cet égard.

 

As-tu proposé des auteurs que tu avais découverts à des éditeurs ?

Il m’arrive de proposer des auteurs mais un seul titre a été publié, chez Rivages, « Il faut tuer Suki Flood » de Robert Leininger, et ce n’est pas moi qui l’ai traduit, ce qui était entendu dès le départ. Sinon, il m’arrive de lire pour aider un directeur de collection à faire son choix, mais là encore, en fin de compte, c’est lui qui décide et ce n’est pas forcément moi qui traduirai le livre (Jim Nisbet, par exemple).

 

Te renseignes-tu sur l’univers familial, social des auteurs avant de les traduire surtout si tu les découvre ?

Je ne me renseigne pas du tout sur l’auteur quand on me propose un de ses livres. Bien sûr, souvent, je sais des choses, pas seulement quand il s’agit de Conan Doyle ou de Jim Thompson (en passant par George Catlin ou J.J. Audubon pour sortir du polar), ce qui m’importe, c’est mon plaisir de lecteur, l’impression que j’en retire (oui, ça je suis capable, non ça je ne pourrais pas le faire bien), la façon dont l’auteur m’apparaît à travers son livre : déjà, il faut que je sente, derrière le texte, quelqu’un qui a quelque chose à dire, pas l’écrivaillon qui peut débiter n’importe quel roman sur n’importe quel sujet sans jamais dépasser le niveau de la distraction, ce que certains appellent, à juste titre, des pisseurs d’encre. Ni l’écrivain dont je vais avoir l’impression qu’il défend des thèses qui me hérissent. Par la suite, et souvent par échange épistolaire avec l’auteur (par mails désormais), j’en apprends davantage, mais avant tout pour résoudre des problèmes rencontrés sur le texte (civilisation, interprétations multiples etc.).

 

bondil3Je suppose que parmi tes traductions tu as des auteurs et des livres préférés ?

Des préférés, oui, bien sûr : Tony Hillerman, Charles Willeford, Jim Thompson, Christopher Cook, William Riley Burnett... plein d’autres puisqu’en général j’ai la chance de pouvoir travailler sur des textes qui me plaisent. « Le Camp des vainqueurs » de l’Australien Peter Corris (Rivages) est un livre magnifique. « Même la vue la plus perçante » de Louis Owens (d’origine en partie amérindienne) et les romans (non policiers) de David Bergen (écrivain canadien), deux auteurs publiés chez Albin Michel, sont également formidables.

 

Quel auteur ou livre que tu aurais aimé traduire et qui pour une raison ou une autre n’est pas passé entre tes mains ?

Des auteurs que je n’ai pu traduire, il y en a des tas aussi, et pas seulement dans le domaine « policier ». Mais disons Fredric Brown, Ross MacDonald, Margaret Millar, le Cain du « facteur sonne toujours deux fois », les livres de Charles Willeford que je n’ai pu faire, Ted Lewis. Une anecdote à ce sujet. Jean-Paul Gratias devait traduire un Ted Lewis et était débordé de travail. J’avais un créneau, je lui ai proposé de le remplacer. Il a accepté, François Guérif a accepté et, fou de joie, je me suis lancé dans la traduction de « Billy Rags ». Heureusement, je commence souvent avant d’avoir signé le contrat. Surtout chez Rivages où je suis en confiance. J’ai bien fait. Au bout de deux pages, j’ai compris que ce texte n’était pas pour moi, que probablement l’argot des prisons britanniques et le ton adopté par Lewis ne me convenaient pas. C’est finalement Mathilde Martin qui a traduit ce livre. Je pense que « Sévices », du même auteur, m’aurait au contraire très bien convenu. Je ne le saurai, hélas, jamais. J’aurais aussi aimé traduire le plus beau des « polars » du sud-africain Wessel Ebersohn, « La Nuit divisée ». Et beaucoup d’autres...

 

Combien de temps te faut-il pour effectuer une traduction ? Lorsque c’est terminé, tu te relis, tu reprends l’original, ou tu remets directement ton texte à l’éditeur ?

Le temps qu’il faut pour une traduction dépend bien sûr du nombre de caractères dans le livre, de sa difficulté (contexte de l’histoire, dialogues, recherches nécessaires)... tout livre a ses difficultés. Si le romancier a un style, il faut essayer de le rendre. Si l’écrivain n’en a pas et si on traduit tel quel, même sans faire du mot à mot, le texte ne tient pas, il n’y a pas de colonne vertébrale. Ça dépend aussi des activités professionnelles, familiales etc que l’on a par ailleurs. La meilleure façon de répondre est de dire que de toute façon, ce texte, je le lis au moins huit fois. Une première fois avant d’accepter de traduire. Une deuxième en faisant le premier jet, au kilomètre, très mal (on peut compter une fois de plus, même, car la plupart du temps on a l’œil sur l’écran et on suit ce que l’on « écrit »). Une troisième et une quatrième (premier jet imprimé) en relisant tout le roman en parallèle en anglais et en français pour débusquer les contre sens, les erreurs d’inattention, de fatigue, les mots oubliés ou les phrases sautées etc. Une cinquième pour la relecture globale du deuxième jet imprimé intégrant tout ce qui a été modifié dans le jet antérieur. Une sixième et dernière pour un texte pas trop dur, avec de nouvelles modifications. Une septième si le style est particulièrement difficile à rendre ou s’il n’y a pas encore assez de cohésion, si la lecture heurte. Après, le texte peut être rendu. Selon l’éditeur, il restera une relecture (la huitième, donc) d’épreuves, pour peaufiner si besoin est et prendre connaissance des modifications incorporées par des tiers, directeur de collection lui-même ou relecteurs extérieurs suivant les cas, parfois les deux. (Quand ces modifications vous sont communiquées directement lors d’une séance de travail, ce qui est trop rare, il n’y a généralement qu’une relecture d’épreuves). Après cette nouvelle remise du texte, il peut y avoir une deuxième relecture d’épreuves (j’insiste pour la faire, certains de mes collègues ne la demandent jamais) pour m’assurer que tout est impeccable, qu’il ne reste plus de typos, de répétitions non stylistiques, d’ajouts qui ne vont pas dans le bon sens etc. : c’est la dernière.

 

As-tu eu des livres sur lesquels tu achoppais pour la traduction ?bondil6.jpg

Des livres pour lesquels la traduction pose des problèmes particuliers ? Comme je l’ai dit il y a toujours des problèmes, généralement rien d’insurmontable, et j’ai relaté l’anecdote concernant « Billy Rags » de Ted Lewis. A lecture, même avec de l’expérience, on ne voit pas toujours les problèmes. Parfois on s’en invente là où il n’y en a pas : je pourrais citer l’exemple récent d’une « grande spécialiste de Hammett » me disant que la traduction de « La Clé de verre » allait être très difficile à cause de l’usage du « pig latin » (une sorte d’argot voisin du verlan) très fréquent dans le roman. En dépit de ses plus de vingt ans de travail sur l’auteur, c’est moi qui lui ai révélé, en décembre 2007, qu’il n’y avait en fait qu’un seul mot de « pig latin » dans tout le texte et qu’en plus il était transparent (comme quoi un « grand spécialiste » d’un auteur peut encore, au début du XXIème siècle, être un piètre spécialiste de son œuvre en langue originale). Je pourrais dire aussi, par exemple, que les romans (très longs) de Thomas Kelly me posent toujours beaucoup de problèmes à cause de son style et de son vocabulaire qui ne peuvent pas avoir de correspondance directe en français, cela ferait sur-écrit, très lourd, et est vraisemblablement dû au passé d’autodidacte de l’écrivain. J’y passe donc un temps infini pour décider de la manière dont il convient de s’y prendre sans gommer son travail et sans édulcorer le contenu. Je pourrais aussi à nouveau mentionner les cinq romans de Hammett qui viennent de paraître en Quarto chez Gallimard. L’éditeur ayant refusé les traductions des trois premiers romans quand ils lui ont été rendus, il a fallu tout reprendre et cela a conduit à une véritable épreuve de force entre les deux traducteurs qui défendaient deux conceptions différentes. Je peux dire qu’à l’arrivée, je suis satisfait du texte définitif à presque 100%. Mais j’ai dû batailler ferme pour imposer ma lecture de l’œuvre et du style de Dash, et cela m’a valu de nombreuses inimitiés dans le « petit » monde du polar où les langues s’activent vite, pas toujours en connaissance de cause et parfois de façon mensongère ou calomnieuse. Tous les documents concernant cette très désagréable expérience ont été déposés à la bibliothèque nationale et pourront incessamment être consultés rue de Richelieu à Paris, au département des manuscrits, dès qu’ils seront annoncés en ligne sur le site http://archivesetmanuscrits@bnf.fr. A cet égard, je suis heureux de faire figure de pionnier, ayant eu la chance de proposer ce dépôt au bon moment : notre bibliothèque nationale souhaite développer son fonds concernant la traduction moderne et ce, dans toutes les langues. S’il y a, parmi tes lecteurs, des traducteurs possédant des archives, je peux leur indiquer à quelle porte sonner...

 

Ta réponse concernant les traductions de Dash a aiguisé mon appétit. Pourrais-tu nous en dire plus ? Un directeur de collection qui refuse une traduction le fait selon quels critères ?

Pour la traduction des 5 romans de Hammett en Quarto chez Gallimard, un contrat s'étalant sur deux ans et demi (et il a fallu un avenant au contrat pour rajouter du temps puisque l'éditeur jugeait la qualité du travail insuffisante), il est devenu évident 1° que les deux traducteurs avaient des notions du travail à effectuer et des textes eux-mêmes qui étaient différentes au point de devenir inconciliables. 2° L'éditeur a refusé le travail, à juste titre, car la première traduction rendue s'éloignait trop du style de Hammett (le fameux tempo dont certains se gargarisent et ne parviennent pas à le rendre en français, rajoutant des relatifs où il n'y en a pas et en en enlevant là où il y en a, ce n'est qu'un exemple) et parce qu'elle n'avait pas, en français, la tenue nécessaire. L'éditeur a fait preuve d'un désir d'excellence qu'aucun lecteur ne lui reprochera. 3° L'autre traductrice n'ayant pas les compétences nécessaires pour se remettre en cause et s'adapter à la demande de l'éditeur, à compter du mois de juin 2008 et pendant les seize derniers mois de ce travail, j'ai pris unilatéralement la direction des opérations, imposé mon analyse et mes conceptions de traducteur de telle sorte que je peux revendiquer les choix stylistiques et lexicaux que critiques et lecteurs semblent trouver à leur goût. Les documents déposés à la BN sont la preuve de ce que j'avance.

 

bondil4Les auteurs que tu traduits sont d'origine anglo-saxonne, mais de nationalités différentes : Anglais ou plutôt Britanniques, Américains, Australiens. Leurs langues si elles proviennent d'une même source ont muté depuis des décennies. N'est-il pas trop difficile d'appréhender leurs subtilités ?

La langue est différente suivant les pays, c'est vrai, mais il existe des dictionnaires australiens (je n'en avais pas au début, je suis allé en consulter à la bibliothèque du centre culturel australien) etc... Et quand des doutes persistent, j'écris à l'auteur (Peter Corris, David Bergen, Ken Bruen). Le seul à qui je n'ai pas écrit est Wessel Ebersohn car je n'ai jamais réussi à avoir son adresse (mais je n'ai pas souvenir d'avoir rencontré d'insurmontables problèmes). Néanmoins, et pour en revenir à l'anecdote relatée concernant Ted Lewis, j'avais probablement trop travaillé sur des auteurs américains pour pouvoir me plonger dans la langue britannique en milieu carcéral...

 

Tu as traduit des romans policiers, des romans, disons généralistes, mais la science-fiction et le fantastique t'ont-ils un jour titillé ou es-tu réfractaire à ce genre littéraire ?

Si je n'ai jamais traduit de romans de science-fiction ou de romans fantastiques ce n'est nullement que je sois réfractaire au genre : question de temps, surtout, je dirais. J'ai toujours eu du travail prévu après le travail en cours et je suis allé vers ce que je préfère (littérature policière, littérature amérindienne aussi), mais si l'on m'avait proposé une traduction ou une retraduction de "Flow My Tears, the Policeman Said" de Philip K. Dick, ou de "Player Piano" de Kurt Vonnegut Jr, je ne crois pas que j'aurais refusé. J'ai aussi lu pas mal de fantastique/science fiction classique style William Hope Hodgson ou John Wyndham. Et je reste ébahi (là, je n'aurais même pas essayé, trop dur pour moi) devant la pure splendeur, en anglais, du texte de H.G. Wells "War of the Worlds".

 

N'as-tu jamais eu envie d'écrire ton propre livre ? Est-ce la bondil8peur d'écrire inconsciemment  des situations que tu aurais traduites ?

Si, j'ai écrit cinq romans (policiers) au début des années 80 (dont l'un fut finaliste du prix Fayard Noir Télérama en 1982). Mais ils devaient être si mauvais que nul éditeur n'en a voulu. 3 ou 4 nouvelles (dont une primée à Sorgues) et un livre pour enfants, en 2000, sur lequel beaucoup de gens m'ont complimenté mais que personne n'a voulu éditer. Je ne peux pas dire que je sois venu à la traduction par déception puisque j'ai commencé à traduire avant d'achever le premier de ces textes. Et sans me prendre pour l'un des meilleurs traducteurs, loin de là, je pense que je fais du meilleur travail en traduction que je ne pourrais jamais en faire en tant qu'écrivain. Néanmoins, le fait d'avoir essayé, de savoir ce que c'est que la page à noircir, l'histoire à construire, les personnages à faire vivre, les dialogues à rendre naturels, et d'être confronté à tous les choix qui font le métier d'écrivain, tout cela aide à comprendre le travail qu'il y a derrière les textes que l'on traduit et à les respecter. L'un de mes défauts de traducteur serait peut-être de trop les respecter.

 

Cet entretien a été réalisé en janvier 2010 et publié dans Mystère Jazz, ce qui eut pour conséquence de hérisser certaines personnes. Tu as même été prié de quitter l’association 813. Depuis, le temps a passé et tu reviens au bercail.

Comment as-tu « apprécié » cette mise à l’écart ?

En fait, je ne comprenais pas comment une personne qui avait des responsabilités dans l’association pouvait calomnier un membre de ladite association. J’ai donc envoyé par courriel, à chacun des membres du bureau (vice-présidente y compris, dans mon souvenir), ma lettre de démission explicitant la situation et stipulant que je souhaitais voir cette lettre de démission publiée dans la revue. J’ai eu droit à une fin de non recevoir unanime qui m’a fait l’effet d’une remontrance adressée à un gosse de sixième qui a commis un impair.

 

Cela a-t-il entaché pendant un certain temps ta profession de traducteur, t’es-tu senti rejeté par le milieu ?

bondil7Dans la mesure où les propos diffamatoires tenus contre moi ont été abondamment déversés dans les oreilles d’écrivains, de journalistes, d’éditeurs, d’attachées de presse, de traducteurs, d’organisateurs de manifestations policières, d’amis amateurs du genre policier, etc... j’ai subi un grave préjudice professionnel et financier, c’est évident. Le retard pris par le travail sur Hammett m’avait déjà fait perdre des traductions auxquelles je tenais chez Albin Michel et Rivages. Pour le reste, il me suffira de dire que depuis l’enfer Hammett et les calomnies qui l’ont suivi pendant un temps difficile à déterminer, je n’ai plus été sollicité pour la moindre traduction chez Gallimard alors que presque tout le travail concernant Hammett avait reposé sur moi et que, à l’époque, je traduisais un roman par an en Série Noire. Cherchez l’erreur.

Rejeté par le milieu, oui. Je me souviens du vernissage de l’expo Hammett à la Bilipo où nombre d’amis et de connaissances ont refusé de me regarder ou m’ont vaguement serré la main sans m’adresser la parole. J’en ai « agressé » quelques-uns (tous des garçons) en leur demandant les raisons de cette attitude, mais visiblement ils ne voulaient pas parler ou m’ont répondu qu’ils attendraient que la justice ait rendu son verdict. Ils attendent toujours, ce qui leur a peut-être fait prendre conscience qu’il ne fallait pas prêter foi à tout ce qu’on leur racontait. J’avoue n’avoir même pas essayé, auprès des filles, d’abord parce que j’ignorais encore l’ampleur du venin répandu, ensuite parce que, comme elles étaient généralement des amies de la blanche colombe, j’étais obligatoirement le vilain monsieur.

Enfin, faut-il y voir un hasard si je n’ai pas été convié à un seul festival depuis trois ans ?

J’ajoute que pour la sortie du Quarto Hammett, alors qu’il y a eu un grand nombre d’articles, d’interviews, de radios, d’invitations à paraître et à s’exprimer, j’ai en tout et pour tout participé à une seule émission de radio sur France Culture. Si Gallimard avait pratiqué une telle discrimination à l’époque, ç’aurait été au détriment de celle qui assurait la promotion de l’exposition Hammett dont elle était commissaire et de « Témoignages » paru chez Allia. Cherchez à qui le « crime » profite ! J’oubliais qu’il y a eu aussi une interview à laquelle j’ai été convié, c’est vrai, mais j’ai refusé car j’aurais été en mauvaise compagnie.

Isolé, rejeté, ne disposant d’aucune plate-forme pour dénoncer les calomnies, ma seule possibilité de m’exprimer est venue des demandes d’interviews sur internet, à commencer par la tienne, Paul, que tu as eu le courage de maintenir en dépit des pressions, alors que cette même interview a été rapidement supprimée de Bibliosurf après les mêmes pressions émanant de madame la désormais ex-vice-présidente de 813. Vous avez dit censure ?

Je me suis ensuite bagarré pour intervenir sur le forum d’Arrêt sur Images. Elle y avait été conviée, moi pas, pour participer à une émission en partie consacrée au Quarto Hammett. Avait-elle profité de ses accointances journalistiques ruequatrevingtneuvièmes ? Peu importe, grâce à Judith Henry et surtout à Daniel Scheidermann, mon intervention a par la suite été publiée (www.arretsurimages.net/forum/read.php?5,1051147,1051157, entrée du 01/04/2010).

Enfin, l’aide de la Bibliothèque Nationale a été décisive, et j’ai depuis complété les dépôts, pas uniquement liés à cette lamentable affaire, mais comprenant toute ma correspondance avec les écrivains que j’ai traduits (correspondance qu’on ne peut consulter dans l’immédiat pour des raisons légales, toutes les personnes concernées devant donner leur accord. Seule la correspondance avec Christopher Cook est consultable) et je vais prochainement déposer les étapes successives de la traduction de L’Échappée. Mais j’empiète sur ta question suivante.

 

Tu as retraduit récemment des ouvrages de Jim Thompson dont L’assassin qui est en moi et L’échappée pour les éditions Rivages. Je sais que François Guérif est très pointilleux et ne veut que des traductions intégrales. Tu as travaillé d’après quels documents ?

La nouvelle traduction intégrale de L’assassin qui est en moi est due au talentueux Jean-Paul Gratias. Nous avons tous les deux travaillé sur les textes d’origine en v.o. comme cela se passe normalement. Pour ma part, je n’ai pas regardé le texte de la traduction Gallimard avant d’avoir achevé et rendu mon travail. Ensuite, à la demande de la maison d’édition, j’ai établi un document recensant les coupes, les ajouts de tous ordres, les contre-sens, les fautes de ton et... les coquilles (clin d’œil à Jean-Paul). J’ai visionné deux fois le film de Peckinpah (Le Guet-apens), le début de L’inconnu du Nord Express et la séquence du train dans Assurance sur la mort car j’avais un problème de billets et de contrôleur dans les trains américains au milieu des années cinquante. Je me suis aussi largement ouvert de ce problème sur internet en contactant des compagnies de chemin de fer, des cheminots retraités etc., de même que j’ai contacté des fanas d’armes à feu qui m’ont répondu et éclairé avec beaucoup de sagacité et d’efficacité.

 

N’ayant pas lu ces deux romans dans leur nouvelle traduction, pourrais-tu me préciser si tu as gardé des expressions argotiques de l’époque. Car je vois mal un protagoniste s’exprimer avec des mots tels que Chelou, meuf, keuf… alors que l’action se déroule dans les années 50.

L’une des grandes surprises, quand on reprend les textes anciens bondil9(Hammett, Thompson, Burnett), c’est qu’il y a peu d’argot, davantage une langue familière, un ton, une volonté de faire s’exprimer les personnages comme ils s’exprimeraient dans la rue. En tout cas rien de semblable à l’argot parigot/série noire plaqué sur les textes. Chez Hammett, aucun terme ou juron de type religieux ou sexuel (je voudrais bien savoir dans combien de thèses et sous la plume de quels exégètes ce fait est signalé ?). Mais il y a une énorme grossièreté dans L’Introuvable, laquelle aurait été impossible quatre ans plus tôt aux États-Unis ce qui témoigne du travail de sape livré par Hammett et ses collègues contre les censures. Dans L’Échappée, le vocabulaire est incroyablement riche, d’une grande précision, d’origine germanique comme latine, la teneur stylistique de haute volée (lorsqu’il parle de ce qu’est la fuite, notamment). À ma connaissance, c’est Burnett qui a mis le plus de pig latin (deux mots dans la même phrase) dans Dark Hazard. De toute façon, et c’est cela qui importe, si l’on veut respecter le texte d’origine, on en respecte la langue. Dans les 5 romans de Hammett retraduits pour Quarto, il n’y a pas un seul terme français postérieur à la date de parution des romans aux États-Unis.

Tous les livres « vieillissent » (les lecteurs aussi, nous en sommes la preuve), ceux dans lesquels il y a de l’argot plus encore que les autres. Les lecteurs américains d’hier ne comprenaient déjà plus l’argot des années cinquante, et nous ne comprenons pas forcément celui d’aujourd’hui qui sera oublié demain. Si l’on veut éviter qu’un livre vieillisse trop vite, il faut choisir des termes argotiques qui ont perduré, qui existaient à l’époque de la parution des livres et qui sont encore identifiables comme de l’argot et compréhensibles. Et jouer sur les incorrections dans le langage oral au lieu de le saupoudrer d’imparfaits du subjonctif, d’interro-négatives irréprochables ou de passés simples qui paraissaient déjà désuets au début du XXème siècle. Sauf, bien sûr, quand un des personnages entend un mot d’argot qu’il ne comprend pas.

 

Des romans signés San-Antonio parus au début des années 50 ont été adaptés par l’auteur lors de rééditions. Par exemple, la 2CV était supprimée au profit d’un véhicule plus récent, et autres détails. Un traducteur peut-il se permettre ce tour de passe-passe alors que l’auteur est libre de le faire ?

Je suis heureux que Simenon n’ait pas atténué la portée sociologique de son œuvre par de tels tours de passe-passe.

Un traducteur peut tout se permettre s’il n’a pas d’éthique professionnelle, si l’éditeur lui demande de le faire et qu’il ne peut refuser car il doit manger, ou si nul ne lit attentivement son travail. Un mauvais traducteur rajoutera des autoroutes là où il n’y en a pas en se méprenant sur le sens du mot « highway ». Mais il ne le fera pas sciemment. Il ajoutera un étage à toutes les maisons et tous les immeubles des États-Unis pour la même raison, il y fera galoper des daims, voler des merles, pousser des cyprès ou encore, ça s’est vu ou ça a failli se voir, fera manger à son détective privé un hamburger en lieu et place d’un sandwich au rosbif froid.

Chacun son école. Pour moi, le traducteur n’a pas de liberté, il n’a que des fidélités. Sinon, il ne faut pas inscrire roman « traduit par » mais « roman adapté par » ce qui n’est pas du tout la même chose.

Certains traducteurs sont aussi adeptes de tours de passe-passe d’une probité confondante. Prenons l’exemple (toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé ne saurait être prise pour une coïncidence) de Madame A, auteure de la traduction bilingue d’une nouvelle de monsieur H. Monsieur B, lui aussi traducteur, s’élève contre la piètre qualité de cette traduction et signale quatre contre-sens commis en deux pages. Quelques temps plus tard, la même madame A édite la totalité des nouvelles de monsieur H. Or, dans ce volume, ne figure pas la nouvelle incriminée (si j’ose dire) par monsieur B. Ici, nous pouvons sortir de quelque chapeau un détective privé que nous appellerons monsieur S, et qui découvrira cette même nouvelle, traduite par un certain monsieur C, d’où auront disparu les quatre contre-sens signalés par monsieur B, mais hélas pas tous les autres, et qui portera un titre différent déjà utilisé pour une traduction de la même nouvelle parue des années auparavant. Meurtres à Chinatown redevient Crime en jaune. Circulez, il n’y a rien à voir. Bien sûr, il n’est pas interdit de conclure à la fois à un trop discret aveu d’incompétence et à la confirmation des propos tenus par monsieur B.

 

Pour quels auteurs vont ta préférence de traducteur et de lecteur ?

Je n’ai jamais traduit un roman que je n’aimais pas, sauf peut-être pour rendre service à un éditeur dans un échange de bons procédés, un renvoi d’ascenseur.

Alors, pour reprendre la liste citée plus haut, Tony Hillerman, William Riley Burnett, Jim Thompson, Charles Willeford, Chistopher Cook, Donald Westlake, Elmore Leonard ou Louis Owens ont été et sont encore, pour certains d’entre eux, des compagnons privilégiés.

Chez ceux que j’aurais voulu traduire, les noms déjà cités plus haut arriveraient en très bonne place. Après en avoir lu neuf, je tempère ce que j’avais dit sur Margaret Millar : uniquement certains romans de la fin, surtout Beyond this Point are Monsters, mais aussi Ask for me Tomorrow, voire Spider Webs (un bon roman de prétoire, intéressant, intelligent, et par moments humoristique). Pour parler d’autres langues, j’ai adoré sept des dix Sjöwall et Wahloo retravaillés par Rivages, aimé énormément les quatre Duca Lamberti de Scerbanenco, lu un Ramon Diaz-Eterovic avec grand plaisir (Les Sept Chats de Simenon), et été passionné par la description de la Chine dans certains des Qiu Xiaolong (Mort d’une héroïne rouge, Visa pour Shanghai). Chez nous, un faible pour Pascal Garnier et Marcus Malte, pour Fred Vargas, même si je n’ai pas lu les derniers, et Dominique Manotti. Beaucoup d’admiration pour L’Homme aux lèvres de saphir d’Hervé Le Corre.

Deux auteurs encore que je classerais un peu à part : William Bayer parce que c’est le seul que je parviens à lire en français sans que l’intérêt en souffre, bravo donc aussi aux traducteurs et traductrices car ils n’y sont sûrement pas étrangers.

Enfin, l’australien Peter Temple pour son roman Truth (Vérité, dont je n’ai lu que la v.o.) qui pour moi est un chef d’œuvre d’une profonde humanité et d’une très grande complexité, un très grand roman. J’aurais à la fois aimé le traduire et redouté de n’être pas assez bon pour y parvenir. Donc aimé ou détesté. Belle ambivalence finale, mon cher Paul.

 

 bondil1

 

Merci infiniment, Paul, de cette invitation. Toutes mes excuses pour avoir été aussi bavard dans mes réponses. Te voilà contraint de te livrer à un travail éditorial ! Les traducteurs sont gens qui œuvrent en solitaire dans l’ombre (il faut se méfier de ceux dont on entend trop parler, leur réputation est plus importante pour eux que les auteurs qu’ils traduisent) et quand ils ont l’occasion de parler du métier, ils sont souvent intarissables.

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 17:17

Andre_Caroff_Doc.jpg

De son vrai nom André Carpouzis, André Caroff est né le 28/02/1924 à Paris 6ème, et décédé le 13/03/2009 Paris). Autres pseudos : Daïb Flash, Rod Garraway, et Daniel Aubry pour des nouvelles publiées dans Nous Deux, Daniel Thomas pour des téléfilms, Ram Storga. Aurait écrit aussi quelques romans sous les noms maison de Paul Vence et d’Alexandre Scorgia.

Ses parents, père grec et mère auvergnate d’ascendance bretonne, d’où le pseudonyme de Caroff, furent des artistes de music-hall. Sa mère notamment dansait dans la cage aux lions, puis avec un serpent. Elle a également signé des romans d’angoisse et policiers sous le pseudo de José Michel. Les études d’André Caroff furent interrompues en 1939 par la mort de son père et le début de la Seconde Guerre mondiale. Il exerce un nombre incalculable de petits métiers : « regommeur » de pneus, peintre, décorateur, cloueur, nickeleur, estafette cycliste pour la défense passive, garçon cycliste en pharmacie, O.S. en menuiserie, détective privé. Il se marie en 1942, à l’âge de dix-huit ans, et monte un numéro de claquettes avec sa femme. Ensuite il devient régisseur de tournée et s’engage dans l’armée en 1945.

Rendu à la vie civile quelques mois plus tard, Caroff est engagé en tant que boy chantant et dansant au théâtre Mogador pour No No Nanette, fait simultanément de la radio et du cinéma de complément. Les contrats devenant rares il se retrouve des lueurs de la rampe à celles des forges à l’usine Citroën. Puis il est embauché chez Larousse comme emballeur, devient préparateur et abandonne cette place de peu d’avenir pour vendre des cravates sur les marchés de Paris et sa banlieue. De nouveau c’est l’échec et il est engagé en tant que garçon de courses à la légation de Birmanie. Le soir il joue dans Rêve de valse et Violettes impériales. En 1952 il est représentant dans une société d’organisation de bureau, mais il gagne peu et double sa paie en devenant parallèlement agent d’assurances. En 1954 une bonne place dans la représentation lui est offerte et il accède rapidement au grade de directeur commercial. Mais c’est le bagne et il plaque sa place pour celle de chauffeur de taxi, afin d’avoir le temps d’écrire et l’espoir de vivre libre un jour.

Des travaux forcés qui durent cinq ans : dix heures de taxi et quatre heures par jour devant la machine à écrire. Trois de ses manuscrits sont refusés. Epuisés, découragé, Caroff s’offre une dépression nerveuse et se repose six mois au Bazar de l’Hôtel de Ville comme second de rayon. Sa fille Catherine est née en 1956 et il n’est plus question de lézarder. En septembre 1960 il est enfin édité par le Fleuve Noir.

Françoise, sa seconde fille, naît en 1962. André Caroff est toujours chauffeur de taxi mais également écrivain. En 1965, enfin, il pourra vivre de sa plume. Il quitte Paris pour vivre à Annecy, où il deviendra président d’un club d’échec. Son abondante production couvre tous les domaines : aussi bien policier qu’espionnage, en passant par les romans d’angoisse ou d’anticipation. Certains de ses romans seront adaptés en bande dessinées chez Arédit/Artima, principalement ceux édités dans la collection Angoisse, avec comme personnage principal la fameuse et sinistre Madame Atomos. Dans la collection Espionnage, c’est Paul Bonder et Natacha Stratof qui tiennent les commandes. Caroff, comme la plupart des auteurs de romans d’espionnage, joue sur caroff3.jpgdes évènements sensés pouvoir se produire un jour : dans Bonder riposte, l’agent secret est chargé de démasquer un réseau arabe qui commet des crimes aux USA. A noter qu’en quatrième de couverture, André Caroff est représenté debout, en costume noir, tenant un revolver contre son visage et à ses côtés une jeune femme. Une photo très bondienne et le bnom de son héros pourrait donc être une référence à James Bond.

Le Battant (S.P. n° 1066) a été adapté au cinéma par et avec Alain Delon, François Périer, Anne Parillaud, Pierre Mondy. Outre les nouvelles parues dans Nous Deux, André Caroff a écrit des contes pour le Parisien Libéré et des énigmes pour Marius ainsi que 14 scénarii de téléfilm réalisés par Abder Isker dans la série Drôles d’histoires.

 

 

 

Angoisse : Hallucinations (73) ; La Barracuda (75) ; Névrose (77) ; caroff7.jpgLe dernier taxi (80) ; Clameurs (83) ; Le sang du cactus (88) ; Griffe de mort (94) ; Le médium (96) ; L'heure des morts (103) ; L'oiseau de malheur (104) ; Cruauté mentale (106) ; La sinistre Madame Atomos (109) ; Madame Atomos sème la terreur (115) ; Madame Atomos frappe à la tête (120) ; Miss Atomos (124) ; Miss Atomos contre KKK (130) ; Le retour de Madame Atomos (134) ; L'erreur de Madame Atomos (136) ; Madame Atomos prolonge la vie (140) ; Les montres de Madame Atomos (143) ; Madame Atomos crache des flammes (146) ; Madame Atomos croque le marmot (147) ; La ténébreuse Madame Atomos (152) ; Madame Atomos change de peau (156) ; Madame Atomos fait du charme (160) ; L’empreinte de Madame Atomos (169) ; Madame Atomos jette un froid (173) ; Madame Atomos cherche la petite bête (177) ; La nuit du monstre (192).


caroff2.jpgAnticipation : Le rideau de brume (457) ; La guerre des Nosiars (489) ; Les êtres du néant (513) ; La planète infernale (529) Ceux des ténèbres (553) ; L'exilé d'Akros (567) ; Le bagne de Rostos (613) ; Electronic man (833) ; Rhésus Y-2 (850) ; Les combattants de Serkos (872) ; Les sphères attaquent (950) ; Bactéries 3000 (956) ; Rod, combattant du futur (962) ; Rod, menace sur Oxima (974) : Rod, patrouille de l'espace (1026) ; Rod, Vacuum 02 (1035) ; Un autre monde (1105) ; Captif du temps (1117) ; Métal en fusion (1147) ; Terreur psy (1167) ; Le piège des sables (1175) ; L'oiseau dans le ciment (1203) ; Elimination (1237) ; Ordinator-Labyrinthus (1245) ; Simulations (1250) ; Deux pas dans le soleil (1309) ; Ordinator-Macchabées (1327) ; Ordinator-Phantastikos (1342) ; Ordinator-Erôtikos (1361) ; Ordinator-Criminalis (1378) ; Ordinator-Ocularis (1396) ; Ordinator-Craignos (1404) ; Ordinator-Rapidos (1418).


Espionnage : Visa pour Formose (529) ; Opération canal 2 (548) ;caroff.jpg Le guêpier de Genève (584) ; Un porte-clefs pour Tokyo (624) ; Le camp du serpent (651) ; Réseau contamination (680) ; Candidats à la mort (724) ; Banquet des espions (734) ; Objectif: “Elimination” (766) ; Secteur 444 (791) ; Compartiment 820 (843) ; Coulez le “Kashii Maru”! (851) ; Incognito, Mr Bonder? (885) ; Les heures sombres de Bonder (907) ; Go home, Bonder (925) ; Bonder casse la baraque (962) ; Bonder plombe le pigeon (976) ; Bonder passe au cusi (993) ; Bonder grille le stop (1017) ; Bonder en filigrane (1046) ; Bonder en solo (1067) ; Bonder et le blé chinois (1073) ; Bonder super-tueur (1110) ; Bonder et ses loups (1139) ; Bonder lève le rideau (1141) ; Bonder dénude la Madone (1149) ; Bonder en duplex (1173) ; Bonderscopie (1181) ; Bonder and Co (1206) ; Bonder crève l'écran (1225) ; Bonder riposte (1249) ; Bonder “Opération-Magie” (1258) ; Bonder et la Marie-salope (1267) ; Bonder contre Dr Astro (1292) ; Bonder “Mach 3” (1316) ; Bonder bondérise l'éclopé (1340) ; Bonder mission suicide (1357) ; Bonder et la poupée russe (1380) ; Bonder connexion 12 (1393) ; Bonder recolle les morceaux (1407) ; Bonder en péril (1430) ; Bonder dans l'engrenage (1451) ; Bonder stade zombi IV (1464) ; Les carnassiers (1473) ; Bonder top-niveau (1487) ; La technique du citron (1502) ; Merci les amis (1540) ; Bonder donne l'estocade (1544) ; Six jours de survie (1549) ; Nous savons des choses que vous ignorez (1575) ; Vous devez garder le secret (1590) ; Hier un espion est mort assassiné (1608) ; Citoyens dormez en paix tout est tranquille (1620) ; Opération homo (1633à ; Vous aurez un passeport pour Caracas (1639) ; La loi des dominos (1658) ; Préparez-vous à mourir brutalement (1680) ; La politique du crabe (1703) ; Mettez toutes les chances de votre côté (1713) ; La roue de l'écureuil (1718) ; Vous finirez comme Chung Hsin Chau (1735) ; Le complexe du lapin (1779) ; Ces chiens qui hurlent la nuit (1782) ; Nous allons limiter notre espérance de vie (1793) ; Forcing (1803) ; Terroristes (1819) ; Raptus (1823) ; Cibles (1835) ; Rapaces (1844).


Grands Romans : Les Prisonniers.


Spécial Police : L'incroyable Monsieur Beachet (324) ; caroff4.jpgLa bouche d'égout (340) ; L'embuscade (363) ; Les associés (378) ; Mort d'un libraire (395) ; Des gants pour la peau (420) ; Les insurgés (437) ; Quatre dames dans un filet (447) ; Les sournoises (464) ; Meurtres en commun (480) ; De face et de profil (513) ; L'homme qui cherchait son passé (537) ; Mort imminente (555) ; Le rendez-vous d'Annecy (578) ; Histoire de tuer (598) ; Le rat de Rio (646) ; Traquenard à Syracuse (672) ; Conduite forcée (677) ; Pour 500.000 dollars (695) ; La condamnée de Gardena (710) ; Au rendez-vous des petites heures (730) ; La Douloureuse (741) ; La mort a ses raisons (768) ; La grande castagne (799) ; Signes particuliers (831) ; Fifty fifty, Jerry ? (873) ; La gamberge (898) ; Roméo et Jerry (917) ; N'arrête pas la musique (943) ; Pour l'honneur du mitan (961) ; Les Yeux de la tête (973) ;      Touche pas à la fillette (1016) ; Les Mitrailleurs (1034) ; La Frime (1051) ; Le Battant (1066) ; Le Frangin (1094) ; Un certain Giorgio (1116) ; En mâchant mon pop-corn... (1333) ; En suivant la piste (1357) ; Te laisse pas abattre (1390) ; Mort pour mort (1439) ; Sans autre forme de procès (1519) ; Une cible dans le dos (1560) ; Opération Bégonia (1624) ; Le Battant (1780, rééd. de 1066).


Sous le pseudo de Daïb Flash : Flash sur Rome (31) ; caroff10.jpgFlash sur Berlin (35) ; Flash sur Londres (36) ; Flash sur Paris (40) ; Flash sur Amsterdam (44) ; Flash sur Luxembourg (47) ; Flash et la panthère rose (50) ; Flash sur Dublin (55) ; Flash au cœur (59) ; Flash sur Bruxelles (65) ; Flash sur Fugu (67) ; Flash otages (71) ; Flash caracoles (73) ; Flash et les femmes battues (76) ; Flash et ceux qui craquent (83).

Autres publications : sous le pseudo de Rod Garaway : Du sang dans le soleil (Force KNACK, 1. Hunter/Edimail) ; Baroudeurs-kangourous (3) ; Mambo-Traquenard (6). Sous le pseudo de Ram Storga : Vihila, la planète de la débauche (Le Python, collection Erotic fiction 3). 

 

 

Ce portrait a été réalisé grâce à une correspondance avec l’auteur.

La série des Madame Atomos a été rééditée aux éditions Rivière Blanche.

caroff9.jpg

Et vous pouvez découvrir quelques lectures d'André Caroff sur le blog de Claude Le Nocher : Action Suspense.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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