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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 08:38

bramiDe son vrai nom Claude Brami, Julien Sauvage est né le 20 décembre 1948 à Tunis. Il débute au Fleuve Noir en 1973, à l’âge de 25 ans, avec un roman, La Lune du fou, dont le thème sous-jacent est l’amitié entre deux hommes, dans Lune-du-fou.jpgla veine de Une souris et des hommes de Steinbeck. L’histoire de l’évasion de deux prisonniers, Griffin le colosse blanc et Hayes le Noir, d’un pénitencier des Etats-Unis puis leur errance sur la route jusqu’à New-York où Hayes essaye de retrouver pourquoi et comment il est tombé entre les mains de la justice. Hayes le débrouillard et Griffin qui joue le rôle de l’idiot, ou plutôt de la brute, l’inverse de l’image stéréotypée du Noir, être frustre et pauvre d'esprit traînant aux basques d’un Blanc démerdard. Ensuite Julien Sauvage va créer le personnage de Bruno Campana plus connu sous le surnom du Condottière, un aventurier. Parallèlement il écrit des romans d’espionnage avec pour héros Nicolas Rone. Dans Le jeu du Scorpion Rone doit aider un groupe de rebelles marocains à se débarrasser d’un encombrant chef de la police, qui cumule les fonctions de responsable de la Sûreté militaire et des Services de renseignement. Rone s’apercevra un peu tard qu’il est manipulé et le pivot central d’une vaste machination.

Parallèlement il écrit sous le nom de Christopher Diable pour les éditions Denoël dont un roman au titre à rallonge, La plus longue course diable.jpgd’Abraham Coles, chauffeur de taxi, qui a obtenu le grand prix de littérature policière en 1977. Depuis, il écrit sous son nom de Claude Brami des ouvrages de littérature générale et semble avoir abandonné le genre policier.

Sauvage/Brami a découvert le plaisir d’écrire lors de cours de géographie qu’il détestait, couchant sur le papier des aventures imaginaires tandis que son prof pensait qu’il avait devant lui un élève studieux. Après deux années de faculté de pharmacie puis autant en psychique chimie, Sauvage décide d’opter pour l’écriture espérant parvenir à concevoir un héros à la Alexandre Dumas, lui qui dès l’âge de cinq ans dévorait des romans de chevalerie et d’aventures. Passionné de peinture moderne, de bandes dessinées, de jazz et sports de combat et de ping-pong, Sauvage garde un amour immodéré pour le soleil, la mer et les plages de sable blanc, reliquats de son enfance passée à Tunis.

EspionnageCondottiere.jpg

1282 - Le Jeu du scorpion

1299 - Le Tueur d'Amsterdam

1352 - Coup pourri

 

Spécial Police

1013 - La Lune du fou

1033 - Portes closes

1084 - Le Condottiere

1115 - Le Condottiere et la blonde qui pleurait

1191 - Le Condottiere et le chasseur de scalps

1348 - Le Condottiere et le tueur au monocle

 

Autres publications sous le nom de Christopher Diable : Une affaire très personnelle (Crime Club, Denoël, 1973), La petite demoiselle au chewing-gum (Crime Club, Denoël, 1974), La plus longue course d’Abraham Cole, Chauffeur de taxi (Sueur Froide, Denoël, 1977).

Sous celui de Claude Brami : Chez Denoël : Le garçon sur la colline (1980; Prix des Libraires 1981); La danse d’amour du vieux corbeau (1983); La grande sœur (1986). Chez Gallimard : Parfums des étés perdus (1990) Mon amie d’enfance (1994); La chance des débutants (1997).

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 14:35

giova-selly.jpg


Giova Selly est née à Lyon le 15 septembre 1934 et se nomme en réalité Giova Lavalle. Après une maîtrise de philo et d’ethnologie tâte au théâtre lyrique, au cabaret, à la télévision, au cinéma puis s’éloigne de la carrière de chanteuse pour écrire.

Elle accumule les nouvelles sentimentales dans les magazines (plus de 1000 pour Bonnes soirées, Nous Deux ou encore Confidences, soit pour des textes inédits soit pour du rewriting sous son nom de Giova Lavalle, et les pseudos possibles de Laurence Edmée ou Véronica Baldi) et aborde les romans historiques, parce qu’elle adore l’histoire et s’y sens plus libre dans la construction de l’histoire, et policiers, aimant tout aussi bien le polar, le roman noir ou encore le suspens, parce qu’elle aime tout ce qui est humour et psychologie.

Poussée par son mari quand elle a quitté le théâtre, elle s’est tournée vers l’historique (Chère Elise) et comme elle était éditée au Fleuve Noir, l’envie lui est venue tout naturellement de se porter vers le roman policier, entre 1976 et 1984. Elle se tourne lors de la disparition de la collection Spécial Police vers ses premières amours, les romans historiques et les romans sentimentaux. Ainsi en collaboration avec Robert Morcet elle signe deux ouvrages chez Ergo Press ; rédige les scénarii de films de formation, le texte de la visite/spectacle du château de Duras ainsi que des articles de tourisme, de courts ouvrages sur des sujets variés comme Les Clippers, l’astrologie chinoise, les fruits, des guides, sur Londres et San Francisco, sur minitel des textes sur les champignons et cosigne des documents comme Prostitution ; portes ouvertes chez Carrousel-Fleuve Noir (1986) avec Claude Godfryd, ou Mal du dos, la solution avec E. Lemoine, kinésithérapeute.

Chez Albin Michel elle signe Youssouf le cavalier du désert , en 1990, un recueil de nouvelles (Suspens, 1995 chez Regards et lectures) et depuis le début des années 2000 des romans sentimentaux pour adolescents dans la collection “ Toi + moi = cœur ” chez Pocket jeunesse (Gaufres, manèges et pommes d’amour, 2001 ; L’amour sans trucage, 2002 ; Welcome, l’amour, 2003 ; Confidences d’un été, 2004).

Maintenant elle est directrice artistique du Théacanto à Paris et écrit et met en scène des pièces de théâtre et des comédies musicales : Du swing en coulisse, O.K on s’fait la Malle, Paris sur scène, notamment.

 

Bibliographie

 

Spécial Police:

1229 : Piège à la une ; 1418 : Trois cloches pour un joyeux Noël ; 1470 : En noir et en couleurs ; 1503 : Le Spectacle est à l'entracte ; 1515 : Des Morts sans importance ; 1548 : Attention la bête!; 1603 : La Chasse au petit salé ; 1771 : Cache-cadavre ; 1857 : Requiem pour un tricheur

Grands romans

Chère Elise, 1969 ; Un empereur pour Elise, 1970

Grands Succès

Les lauriers de la liberté, 1976 ; L’Oriental, 1977 ; Les dieux familiers, 1982 ; Le temps d’ailleurs, 1983 

Les drames de l’histoire

N° 7 : Chouans de Touraine (1992) ; N° 10 : La veuve de Belgrade (1993)

 

Autres publications : Yousouf, le cavalier du désert (Albin Michel – 1990, réédition revue de L’Oriental) ; Gaufres, manèges et pomme d’amour (Pocket jeunesse 2001, Pocket junior N° 702) ; L’amour sans trucage ((Pocket jeunesse 2002, Pocket junior N° 780) ; Welcome l’amour  (Pocket jeunesse 2003, Pocket junior N° 838) ; Confidences d’un été (Pocket jeunesse 2004, Pocket junior N° 1018) ; Rencontre au pays Kmer (J’ai Lu 2005, Escale romance 7521). en collaboration avec Robert Morcet : Balafres, 1986 ; Cavale, 1986 (Ergo press, collection Triangle noir).

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 08:53

Alain-page.jpg

 

 

 L’écume des nuits  est sous-titré Roman. Ne serait-ce plutôt une autobiographie romanesque ?

écumeIl s’agit effectivement d’une autobiographie mais d’une autobiographie particulière. Toute autobiographie a deux filtres : celui qu’impose le temps qui passe (la mémoire plus ou moins fidèle) et celui du choix inévitable à faire (si l’on a bonne mémoire) entre l’essentiel et l’accessoire. Dès l’instant où l’on doit faire un tri, l’objectivité s’éloigne et l’on se retrouve à mettre en forme un certain nombre d’éléments qui disent la vérité sans dire toute la vérité. Au fil des ans, mon écriture a été essentiellement romanesque, aussi certain choix et certaine sublimation du réel m’ont fait penser qu’il était plus honnête de sous-titrer, Roman, ce texte qui n’a gardé qu’un peu plus de la moitié de ce qui avait été écrit à l’origine sur ces quatre années. Mais même sublimés, les événements vécus, les rencontres effectuées, sont bien le reflet de certaine réalité.

Avez-vous côtoyé tous les artistes qui évoluent dans L’écume et quel souvenir en gardez-vous ?

Oui. Il y avait aussi bien d’autres personnalités : Camus, Vaillant, Queneau, Astruc, Gélin, Corbassière, notamment. Marlène Dietrich et Charlton Heston y sont même passés. Mais j’ai tenu à ne mettre en situation que ceux avec lesquels j’avais eu des d’échanges. Ado de seize-dix-sept ans, ma timidité de provincial m’empêchait, à l’inverse d’un Radiguet (le neveu de Raymond) d’aller facilement vers les autres. Néanmoins, j’ai eu la chance d’être pris en sympathie par Boris Vian qu’il m’arrivait d’accompagner dans des soirées ou chez lui. Avec Jean Marais, la relation était différente. J’aimais le regard qu’il posait sur la faune du Tabou, cette distance ironique de celui auquel le milieu en a fait baver. On était au bar, comme deux voyeurs et on commentait… Et puis, il y eu cette inoubliable visite chez madame Colette… Cette époque de la Libération s’est traduite, durant ces quatre années si particulières, par une… liberté retrouvée, sans vraies limites, sans hiérarchie, sans souci du lendemain. On dit qu’on ne vit pas de l’air du temps, je crois que durant ces années-là, on a vraiment vécu de l’air du temps de cette liberté reconquise au quotidien… L’heure était à la fête, à la fiesta, comme disait Sartre, peu présent au Tabou mais assez amateur de ces soirées où la fiesta précisément était de rigueur… Au Tabou nous étions au coude à coude, dans une familiarité de copains et chacun pouvait parler à chacun, quel que soit l’âge, quelle que soit la notoriété… Cocteau, habitué à surfer sur les générations, n’avait-il pas dit : une génération, ce sont des gens qui s’aiment et qui n’ont pas le même âge. Les filles se voulaient nos égales, l’amour aussi se voulait libre… Il y avait beaucoup d’insouciance, de la folie et une espèce de créativité latente pas toujours bien canalisée. Il fallait absolument effacer cinq années de peur, cinq années de silence… Revivre, quoi. Nous nous y sommes appliqués.

N’êtes vous pas agacé par le fait que, à chaque fois que l’on cite le nom d’Alain Page, références sont faites à La Piscine et à Tchao Pantin, ou est-ce un argumentaire de vente ?

C’est très, très, très énervant. Gonflant même. La France quialainpage2.jpg adore se subdiviser en provinces, régions, départements, communes, va jusqu’au bout de sa logique et enferme aussi les individus dans un tas de petites boîtes étiquetées dont il leur est interdit de sortir sous peine de subir la haine des autres étiquetés. Je n’ai pas écrit de polar depuis près de trente ans, à l’exception de Tchao Pantin et de Sang d’Enfer, que je considère plutôt comme des romans assez noirs. Il n’en reste pas moins que lorsque je sors un livre, Je suis rien ou L’Ecume des nuits, on me pose l’éternelle question : c’est un polar ? Très agaçant. Alors, je ne veux surtout pas que l’on s’en serve comme argumentaire de vente. Il y aurait d’ailleurs tromperie dans la mesure où L’Écume n’est pas un polar. J’assume tout ce que j’ai écrit mais je ne veux surtout pas en être prisonnier. J’ai d’ailleurs refusé une bande qui le mentionnerait.

Ces deux romans, scénarisés et ayant eu un énorme succès au cinéma tendent à occulter toute votre production au Fleuve Noir. Des regrets, un passé qui n’est plus que souvenir ?

Je ne suis pas un nostalgique et l’Ecume des nuits a été écrit sans nostalgie car, comme je m’en explique dans ce roman, j’ai découvert très tôt l’importance du moment, de l’instant. Survivre à des bombardements donne une autre notion du temps. Une bombe est toujours susceptible de vous rattraper. Alors vivons pleinement l’instant qui précède sa chute éventuelle. Je m’y emploie depuis cette époque. Je n’ai donc pas non plus de nostalgie par rapport à mon passé Fleuve Noir. Quelques pages dans un album photo. C’est bien un album photo, c’est une mémoire mais je ne vois pas l’utilité de l’ouvrir régulièrement. En tant qu’ancien photographe, seule m’intéresse la photo que je vais prendre… J’ai aussi fait beaucoup d’autres choses, radio, café-théâtre, scénarios de cinéma ou de télé, mise en scène. C’est bien de savoir remettre les compteurs à zéro, non ?

Selon Espionnage Magazine (N° 7 daté de 1960), il est précisé qu’à trente ans vous aviez déjà trente livres à votre actif. L’imagination est inépuisable ?

alainpage1.jpgSi je tiens compte des quatre romans que j’ai écrits à l’Arabesque sous le nom d’Alain Ray, ajoutés à ceux du Fleuve, j’arrive, en 1960, à 37 titres publiés. Plus deux ou trois autres, non publiés. Cela depuis la rentrée de 1956. Cela donne environ un roman par mois sur un peu moins de quatre ans. Après, je me suis calmé en passant à un rythme de 6 par an, trois Spécial-Police, trois Espionnage. Il faut dire, que depuis 1958, j’écrivais aussi, entre deux romans, des dramatiques pour la radio, Europe 1 ou France-Inter. Alors, l’imagination, elle, a intérêt à répondre : présent. Heureusement, il n’y a pas que l’imagination, il y a aussi la vie, sous toutes ses formes. Elle est inépuisable, la vie, elle offre le spectacle, sans cesse renouvelé, de la matière humaine qui s’agite, gesticule, se démène. Les différents métiers que j’ai faits avant d’être publié et de vivre de ma plume, m’ont emmené dans des milieux très divers et amené à faire des rencontres utiles sinon essentielles. La lecture est la base, le socle indispensable mais les universités d’un écrivain, c’est aussi la rue. La vie est une bizarre alchimie qui vous fait parfois cadeau, au petit matin, d’une belle histoire dont vous vous emparez, vous, l’éponge.

Vous avez collaboré dans les diverses collections du Fleuve Noir. Spécial Police, L’Aventurier et Espionnage. Espionnage est fort prisée à l’époque, et Calone un agent qui ne ressemblait pas vraiment à ceux décrits par vos confrères. Par volonté de vous démarquer, par volonté de casser un moule ?

Dans l’idéal, il faudrait, pour écrire des romans d’espionnage, alainpage4.jpgêtre un technicien apolitique. Le problème du roman d’espionnage est qu’il doit impérativement suivre l’actualité. Si votre héros est français, il est donc tributaire de la politique de son pays. Dans ces années-là, les auteurs de romans d’espionnage étaient plutôt à droite, ce qui ne leur posait pas de problème puisque les gouvernements de l’époque étaient de droite. Mais si on ne l’était pas, de droite ? Il fallait prendre des tangentes. J’ai voulu que mon héros, Nicolas Calone, soit quelque peu atypique, contestataire quelque part, ce qui l’amenait à prendre des initiatives pas toujours bien comprises de la hiérarchie. Heureusement, il appartenait à un service imaginaire (SDGE. Service de Documentation Géographique et Economique) dirigé par Georges-Henri Costes, Raminagrobis pervers qui avait mal accepté (comme l’auteur) que les différents services de renseignements soit rattachés, après 58, sous l’impulsion de Michel Debré, aux services du Premier Ministre. Je fais de la prospective active, je me projette, je travaille pour l’avenir (de la France) disait Costes. Il essayait de ne pas trop chausser les godillots d’un pouvoir dont il ne cautionnait pas forcément toutes les options. D’où des agents atypiques comme Calone, indépendant et séducteur, aux initiatives parfois limite. Il y avait donc bien pour moi une volonté de me démarquer de mes confrères et d’échapper à toute robotisation, toute complaisance.

Pour la collection Spécial Police vous aviez créé les personnages de Cordier, qui ont été repris pour une série de téléfilms avec notamment Pierre Mondy. Avez-vous collaboré à l’écriture des scénarios, y avait-il des aventures inédites ?

Cordier et sa famille ne sortent pas de la collection policière du alainpage3Fleuve mais sont une création purement télévisuelle à la suite de la demande d’une chaîne, en l’occurrence TF1, qui cherchait une nouvelle idée de série de polar. J’ai écrit ce qu’on appelle une bible, proposant les personnages que l’on connaît, défini la “ philosophie ” de la série, ses caractéristiques principales et donné de brefs aperçus de quelques thèmes. Mon propos, à l’origine, était d’opposer à travers leurs fonctions, un père et un fils, le père, commissaire de police, ayant le pouvoir d’un père sur un fils et le fils, jeune juge d’instruction, le pouvoir d’un juge sur un flic. Opposer l’expérience parfois limite du flic de terrain à celle, psychorigide, d’un jeune juge, frais émoulu de l’Ecole de la Magistrature. J’ai lu, à cette occasion, tout le code de Procédure pénale pour étayer techniquement les éventuels affrontements père-fils. Mais TF1 est une chaîne consensuelle qui aime la famille… J’ai écrit les trois premiers épisodes pour mettre la série sur les rails. J’ai signé l’un d’entre eux, Alain Ray, car j’avais trouvé la réalisation nulle… J’avais, par contrat, la possibilité d’écrire tous les épisodes, je m’en suis tenu à trois après des affrontements musclés avec TF1 à propos de la fameuse “ philosophie ” de la série. Il y a eu près de 70 épisodes, écrits par différents auteurs. Cette série, bien consensuelle, a eu un succès incroyable avec, certains soirs, plus de 10 millions de téléspectateurs et des parts de marché qui dépassaient les 40%. La famille Cordier était très appréciée. Comment renier des enfants qui vous ont permis d’écrire les romans que vous vouliez en toute quiétude financière…

Vous avez également réalisé des films dont Taxi Boy ? Un travail totalement différent de celui d’écrivain. Est-ce toujours compatible ?

alainpage6.jpgMes rapports à l’image, c’est une vieille histoire d’amour et de haine. Je suis d’une génération qui est née sous le cinéma parlant et sous le signe de la BD. Il était donc normal que les deux me fascinent. Malheureusement, à l’inverse de Jacques Demy, Nantais comme moi, je n’ai pas eu la chance de posséder, enfant, la moindre caméra, 8 ou 9,5 et je n’ai pu faire des courts-métrages que plus tard. J’ai donc commencé par dessiner. Croquis pris sur le vif, essais de BD, tentatives hasardeuses de la maîtrise de l’espace et de la couleur (maudite aquarelle) il m’a fallu finir par convenir que mon avenir se trouvait ailleurs. La photo est venue pour combler en partie ma frustration mais le cinéma restait ma cible. Malheureusement, les producteurs n’aiment pas que les gens qui écrivent s’emparent d’une caméra. Je préfère, a même dit l’un d’eux, très connu, un mauvais metteur en scène à un metteur en scène que je ne connais pas. C’est un choix. Avec le mauvais metteur en scène, il est certain d’avoir un mauvais film, avec l’autre il avait une chance sur deux d’en avoir un bon… La Piscine, malgré son succès phénoménal, ne m’a pas permis de passer à l’acte. Il a fallu un autre succès phénoménal, Tchao Pantin, pour que puisse me retrouver dans la galère du tournage d’un film. Et encore galère est un mot aimable, l’expression d’une pensée très édulcorée. Je ne revendique pas ce film, je ne m’y suis pas reconnu. Ont suivi quelques années de forcing pour monter un autre film mais les producteurs avaient le pouce pointé vers le bas. De toute manière, le pouvoir réel était dans les chaînes de télévision qui, avec leur logique télévisuelle, privilégient les scénars consensuels pour ménagères de moins de cinquante ans, version France profonde, de préférence rurale. Aussi est-ce avec une joie sans nom que je suis revenu à l’écriture romanesque en écrivant d’abord Je suis rien avant d’en arriver à L’écume des Nuits. L’écriture d’un scénario peut se révéler frustrante dans la mesure où elle n’est qu’un stade intermédiaire avant l’écriture définitive que sont la mise en scène et le montage (important, le montage) D’où le désir, voire le besoin, d’aller parfois jusqu’au bout de cette forme d’écriture. Le roman est une écriture aboutie où, en outre, l’auteur peut maîtriser les différentes composantes, même si parfois les personnages se rebellent. C’est d’ailleurs à ça qu’on reconnaît qu’ils existent vraiment. Et si l’on cesse d’être le deus ex machina, on n’en reste pas moins maître de son œuvre, sans souci des contingences financières et du regard de médiocres décideurs, émasculateurs de projets. Il n’en reste pas moins qu’un auteur qui adapte son roman doit savoir le violer (dans le sens ouvrir, pénétrer pour l’aménager) s’il veut en faire une belle œuvre. Mais tous les écrivains ne savent pas se faire mal pour faire bien…

Votre premier ouvrage publié était un recueil de poèmes : Fumées. Besoin d’adolescent ?

Besoin d’écrire, de s’exprimer, besoin de se tester, de savoir aussi si ce qu’on a écrit est tarte voire débile. Alors on cherche d’abord à se rassurer en montrant la chose à son entourage, copines, potes, avant de se lancer dans le vide en faisant lire l’œuvre par un pro. Le plus dur ? Faire la part de la gentillesse, de la complaisance, de l’hypocrisie dans l’encens de la critique. Après ? Il faut cesser de se prendre pour un poète. Ça vient le jour où on cesse de s’écouter écrire. Mais il ne faut pas jeter l’ado avec l’eau des rimes afin de garder le même plaisir d’écrire, de chercher une saveur nouvelle aux mots, une musique différente au phrases, cesser, quoi, de se faire plaisir avec la phrase qu’on trouve géniale chaque fois qu’on la relit : c’est justement celle-là qu’il faut couper.

Vos premiers romans ont été publié chez L’Arabesque collection Espionnage sous le nom d’Alain Ray. Certains avancent que vous avez utilisé le pseudonyme d’Henri Dalbret. Qu’en est-il exactement ?

Je n’ai jamais signé Henri Dalbret. En dehors d’Henri d’Albret, roi de Navarre au XVIe siècle, j’ignore tout d’Henri Dalbret. Le seul autre pseudonyme que j’ai utilisé est bien celui d’Alain Ray. Un premier roman d’espionnage, Punch au Pétrole, m’avait été refusé par le Fleuve car être publié dans la collection Espionnage du Fleuve, aux tirages déjà conséquents, exigeait une certaine ancienneté chez l’éditeur, ancienneté que je n’avais pas. Aussi ai-je fait publier ce roman à l’Arabesque à laquelle j’ai fourni, dans la foulée, trois autres romans. Les autres titres à l’Arabesque, sous le même pseudo, ne sont pas de moi mais de Michel CARNAL, un vieil ami auquel j’ai “ prêté ” ce pseudo à l’époque. Pour la petite histoire, j’ai écrit la série de l’Ombre, collection l’Aventurier, à la suite d’un deal avec mon éditeur. Je lui écrivais cette série et, en échange, il me prenait des romans d’espionnage. D’où les 37, écrits en moins de quatre ans…

Pensez-vous écrire une suite à L’écume des nuits ?

La chose est prévue. Il s’agirait de couvrir les années 50 jusqu’en alainpage5.jpg1958. Années charnière qui voient la fin d’une civilisation rurale en France bien que la civilisation industrielle ait commencé dès le XIXe siècle. En fait, ce qui commence à apparaître peu à peu dans ces années-là, c’est cette société de consommation qui, dans le cadre des Trente Glorieuses, débouchera 10 ans plus tard sur sa contestation en mai 68. Ces années cinquante où la consommation était encore timide, où les Français profitaient de l’expansion économique sans en subir la pression, étaient encore des années aimables. On pouvait trouver du travail sans aucune difficulté, je l’ai expérimenté à travers les différents métiers que j’ai pu faire alors. Un confort nécessaire se développait. On pouvait l’espérer suffisant. C’était compter sans les industriels qui surent, à travers la pub, transformer le désir en besoin. On en subit encore les conséquences en vendant des mots, des slogans, en lieu et place de produits dont certains ne sauraient d’ailleurs se vendre autrement tant ils sont superflus voire inutiles. Et ne pas oublier que ces années ont été aussi celles de la guerre d’Indochine et de la guerre d’Algérie, celles de la fin de la IVe République (séquelle de la civilisation rurale) celles du début de l’émancipation des femmes, de la banalisation du divorce et de bien d’autres choses encore. Vieilleries pour les générations d’aujourd’hui dont la mémoire se refuse à intégrer ce qui a fait ce qu’ils sont.

 

Lire également mon article sur la collection L'Aventurier.

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 09:15

En 1988 j'ai eu le privilège de pouvoir correspondre avec Gilles Manceron, le neveu de Geneviève Manceron, journaliste, romancière et collaboratrice de Frédéric Ditis pour les collections Détective-club et La Chouette.

Je livre ici la réponse qu'il m'avait envoyée le 9 mai 1988.

 

 

001.jpg


Monsieur,

Je vais essayer de répondre à vos questions à l'aide des éléments que j'ai pu rassembler. Ma tante Geneviève Manceron, qui vit maintenant dans une maison de retraite à Groslay, dans le Val d'Oise, ne garde plus de souvenirs précis et mes réponses vous paraîtront certaines lacunaires sur son activité de journaliste et d'écrivain.

Geneviève Manceron est née en effet à Cherbourg, le 7 avril 1906. Mais elle n'est pas Normande de souche. Son père, Henry Manceron était officier de Marine et avait été nommé en février 1906 à la Majorité Générale du port de Cherbourg. Sa mère, grecque de Turquie, était venue en France pour épouser ce jeune officier de Marine. Ils s'étaient installés à leur arrivée à Cherbourg, au 24, rue Victor Hugo, dans une maison meublée de 7 pièces où elle est née - indique un carnet tenu par sa mère - Un samedi veille des Rameaux. Sa famille paternelle comprenant deux autres générations d'officiers de Marine était quant à elle fixée à Lorient.

Geneviève Manceron a bien peu vécu à Cherbourg : le 15 février 1907, son père a été nommé à Brest où elle a résidé jusqu'à septembre 1908. Ensuite, son père a été affecté au commandement d'un torpilleur de la flottille de la Manche qui relâchait à Dunkerque et Cherbourg... mais la famille s'est installée près de Dunkerque, où elle est restée jusqu'en 1910, puis, en raison d'une nouvelle nomination, s'est établie près de Toulon jusqu'à la fin de la guerre de 14. En 1920 la famille est allée à Berlin - Henry Manceron faisant partie de la Commission d'armistice - puis est venue vivre à Paris, Geneviève faisant ses études à Sainte-Croix de Neuilly, puis commençant une licence de lettres à la Sorbonne.

Elle entre au journal Optima en 1928, puis travaille chez Hachette de janvier 1930 à janvier 1931. Elle fait ensuite un séjour comme gouvernante en Tunisie (octobre 193 à août 1932) puis passe six semaines à Deauville. En 1933 elle reprend des études de littérature comparée à la Sorbonne puis fait un séjour en Angleterre à nouveau comme gouvernante. En octobre 1934, elle entre comme rédactrice au journal l'Ordre puis collabore à Marianne.

En mai 1939, Geneviève Manceron entre comme professeur au château de la Guette, près de La Bourboule, dans un internat accueillant des enfants juifs austro-allemands recueillis par la Baronne de Rothschild. Pendant toute la durée de la guerre elle s'occupe de ces enfants qu'elle s'efforce de répartir dans des familles (certains survivront d'autres seront déportés, elle se souvient de l'un d'entre eux, revenu de déportation qu'elle a vu mourir à l'hôpital à Paris en lui disant Geneviève pas de boniments). Elle participe également à la Résistance.

A la Libération, elle entre au journal Ce soir où elle en particulier avec Louis Aragon; elle est proche du Parti Communiste mais n'y adhère pas. Elle y assure différents reportages, en particulier des comptes-rendus judiciaires et couvre en particulier le procès de Charles Mauras. Elle travaille ensuite au journal Paris-Presse où elle dirige le service politique étrangère, puis, au début des années 50, elle quitte le journalisme pour travailler dans l'édition. Elle devient lectrice au Détective-club puis collabore avec Frédéric Ditis et écrit les romans policiers et d'espionnage que l'on sait. Comme journaliste, elle se passionnait notamment pour les faits divers et les affaires criminelles (sa bibliothèque contenait un grand nombre d'ouvrages de criminologie); il faut peut-être voir là le lien chez elle entre plus jeune que Geneviève Manceron et Michel Averlant - restée elle-même célibataire et sans enfants - elle a noué avec lui à la fin des années 50 une forte relation d'amitié, l'aidant à apprendre les métiers de l'édition et l'incitant à écrire lui-même.

Je puis vous confirmer votre information sur le livre signé Claude Chevalon. Claude Manceron est né à Paris le 5 février 1923.

... j'ajoute qu'elle était la filleule de Victor Segalen, ami de son père Henry Manceron: la relation de Segalen avec Henry Manceron est le sujet du livre Trahison fidèle que j'ai fait paraître aux éditions du Seuil en 1985, il comprend, outre les lettres des deux amis, une lettre de Segalen à Geneviève Manceron.

Croyez...

 

Certains spécialistes de la littérature populaire avancent comme pseudonyme possible de Geneviève Manceron celui de John Baynes. Gilles Manceron n'a ni infirmé ni confirmé cette assertion. La consultation auprès de la BNF n'a rien donné.

Geneviève Manceron a travaillé jusqu'à sa retraite comme directrice littéraire dans le sein des éditions J'ai Lu. Elle est décédée à Groslay, dans le Val d'Oise, le 17 juillet 1994.

Liste des romans sous le nom de Geneviève Manceron :

Collection La Chouette :

 

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La Biche.N° 36 (1956). Réédité chez J'ai Lu policier N° 10 (1964).

Pauvres petites crevettes. N° 54 (1957). Réédité chez J'ai Lu policier N° 44.

La Puce à l'oreille.N° 66 (1957).

Anguille sous roche. N°96 (1958).

Les Brebis tonduesN° 134 (1959). Réédité chez J'ai Lu policier N° 26

 

Liste des romans sous le nom de Bruno Bax :

Collection La Chouette:

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H et le dossier 136. N° 2 (1955)

H et l'opération corrector. N°6 (1955)

H et l'espionne ingénue. N° 10 (1955)

H et la bouée baladeuse. N° 16 (1956)

H et le sous-marin volé. N° 20 (1956)

H et la petite Irlandaise. N° 24 (1956)

H et l'opération Manchot. N° 32 (1956)

H contre le réseau Baleine. N°46 ( 1957)

H et le Hollandais volant. N° 59 (1957)

H et l'opération Fado. N° 77 ( 1957)

H et la dangereuse Africaine. N° 100 (1958)

H et l'opération mer libre. N° 114 (1959)

H et le dossier rouge. N° 123 (1959)

H et l'accusée de Varsovie. N° 148 (1959)

 

Collection Jean Bruce Espionnage. Presses de la Cité

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Un coup de H. N° 27 ( 1959)

Aurore mortelle. N° 42 (1959)

Office de mort. N° 54 (1959

La bête fauve. N° 65 (1959)

 

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 12:03

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Roger Valuet, plus connu sous le pseudonyme de Roger Vilard, est né à Coupelle-Vieille, près d’Arras, le 4 juin 1921 et est décédé le 24 octobre 2004 à Nice. Si la plus grande partie de sa production a été publiée par le Fleuve Noir, il est l’auteur également de quelques ouvrages sous les pseudonymes de Richard Valet pour la collection Un Mystère aux Presses de la Cité et sous celui de René Vaire pour la collection Top Secret chez Atlantic, selon les maisons d’éditions qui acceptaient ses manuscrits, ainsi que sous son propre nom pour des ouvrages spécialisés.

valuet2.jpgIl fréquente le lycée à Arras, ville qu’il a habité pendant quarante cinq ans, se montrant un élève turbulent. Ce qui lui vaut d’être expulsé mais sera réintégré à la demande de l’un de ses professeurs du nom de Guy Mollet (Guy Mollet fut président du conseil, ancienne appellation du Premier ministre, du 1er février 1956 au 13 juin 1957). Comme beaucoup d’écrivains il débute par écrire des poèmes, dont une plaquette préfacée par Pierre MacOrlan puis deux recueils édités par l’Imprimerie centrale de l’Artois : D’amour et d’ombre en 1947 et Embruns en 1949.

Ses premiers romans dits populaires sont édités aux éditions valuet3.jpgde la Porte Saint-Martin et bizarrement ce seront des romans d’espionnage, genre qu’il ne reprendra pas lorsqu’il intégrera le Fleuve Noir. Il écrit donc sous son nom de Roger Valuet six ouvrages qui seront publiés de 1952 à 1954 dans la collection Guerre Secrète. Une collection qui sera alimentée par deux auteurs seulement, lui et Jean-Pierre Conty. Deux de ces titres seront piratés et réédités chez Thill : Traqué à Berlin qui deviendra Brelan de morts en 1956 sous le pseudo de Sam Donovan alias utilisé par Jacques Dubessy chez le même auteur, lequel Dubessy est plus connu sous l’alias de Slim Harrisson. Le second ouvrage, La mort à l’affût sera rebaptisé Les morts sont discrets en 1956 signé Kenneth Milardy et connaitra une nouvelle publication aux éditions Baudelaire en 1963 sous le titre de Le voyageur invisible signé Mark Halbran, des éditions pirates dont il ignorait l’existence avant de l’apprendre incidemment par les ethnologues de la littérature populaire que sont Jean-Paul Gomel, Paul J. Hauswald et Claude Herbulot de la revue Rocambole.

valuet-1-copie-1.jpgIl écrit également Pilotes de la mort et Evadés de l’enfer (Prix Charles Valois en 1954, décerné par la Société des gens de lettres) aux éditions André Martel pour la collection Reportages et récits en 1954. Parallèlement il publie aux Presses de la Cité Coup d’œil sur la philatélie en deux volumes et intégrera la collection Un Mystère sous le nom de Richard Valet pour trois titres entre 1957 et 1959 et fournira sous le pseudo de René Vaire trois romans aux éditions Atlantic, collection Top Secret durant les mêmes années.

Retiré à Nice il sacrifiait à sa passion tenant une boutique proposant timbres lithographie, miniatures et expertises de collection ainsi que… ses propres romans qu’il dédicaçait volontiers. A l’un de nos trois mousquetaires du Rocambole il déclarait en août 2003 que pour lui l’écriture c’était bien fini : Celui-ci sera mon dernier et le dernier a bien fini par arriver. A Claude Herbulot il avait jadis confié : Si j’ai cessé un temps d’écrire, c’est surtout par lassitude ; j’avais le sentiment de devenir un fonctionnaire de la plume et c’est mauvais. L’article continue par cette réflexion pertinente :

On se rendit compte qu’un romancier, tirant à une moyenne de plus de cinquante mille exemplaires pendant trois décennies, traduit en plusieurs langues et produisant plusieurs romans remarquables, pouvait cependant facilement être noyé dans la masse et glisser rapidement dans l’oubli. Et dans la solitude. Car aux temps épiques du Fleuve Noir naissaient et se cimentaient aussi de solides amitiés, comme celle qui liait Roger Valuet à Jean Libert, Frédéric Dard, André Boulay, André Carpouzis et André Duquesne. Et notre romancier de narrer quelques anecdotes, souvent drôles, parfois poignantes, qu’il serait trop long d’expliquer ici. Eloges pour les œuvres de ses confrères (Dard, Libert, Duquesne), pour la direction littéraire de François Richard ; des éclaircissements sur le fonctionnement du Fleuve Noir. Et lui là-dedans ? Oh, moi, vous savez, au Fleuve Noir je n’étais qu’un petit. Modestie ou lucidité ? On lui cita quelques titres particulièrement appréciés comme Echec et Meurtre, Le bateau des nuits blanches, Au second temps de la mort… lui faisant remarquer que ses romans couvraient tous les genres de récits policiers, dans des tons allant de l’intimisme à la truculence la plus féroce, et parfois dans des styles d’écriture différents. Au point qu’on avait même l’impression que, par exemple, « N’allez pas chez Barclay » avait été écrit par André Lay, ou tel autre par Peter Randa. Vous ne croyez pas si bien dire, fit-il en manifestant un plaisir évident et un peu espiègle. S’il ne se souvenait pas forcément de quoi retournaient certains de ses romans, il avait davantage gardé en mémoire ses personnages, souvent extrapolés de personnes réelles dont le physique ou le comportement l’avaient inspirés. Quand Carla chantait serait donc quand même un roman à clés, contrairement à ce qu’en disait l’avertissement aux lecteurs ? Le romancier plissa les paupières, sourire entendu. Roger Valuet n’avait pas oublié le montant de ses tirages. Le total dépasse les quatre millions d’exemplaires vendus. « Journal d’un tueur » a fait le meilleur score, et de loin ; il y eut des retirages et même des rééditions. Pourquoi celui-ci a-t-il crevé le plafond et pas un autre ? Je n’en sais rien. C’est un mystère. Pourquoi n’a-t-il pas persisté dans le roman d’espionnage, genre fétiche de ses débuts ? Au Fleuve Noir, je n’aurais pas pu rivaliser avec les ténors du genre.

Roger Vilard interrompt sa carrière d’écrivain entre 1973 et abattez1983, mais le plaisir d’écrire l’oblige à reprendre du service, et la collection Spécial Police l’accueille à nouveau, sans problème malgré le changement de direction, jusqu’en 1986. La collection Spécial Police sera sabordée et il offrira un dernier roman pour la collection Crime Fleuve Noir : Abattez vos dames en avril 1992. Concernant le roman écrit ou coécrit avec André Duquesne/Peter Randa il s’agit de Le ciel pour linceul (S.P. N°828). Mais il a également aidé Raymond Vanier, l’un des pionniers de l’aéropostale moins connu que Mermoz et Saint-Exupéry mais qui figure sur un timbre commémoratif en compagnie de Didier Daurat, à écrire ses mémoires Tout pour la ligne paru chez Loubatières. Autres particularités concernant Roger Vilard/Richard Valuet : il a été directeur de la société littéraire les Rosati d’Artois, succédant à Robespierre et Lazare Carnot et a touché à la chanson en compagnie de Paul Misraki, gagnant un concours à la télévision devant plus de mille concurrents. « L’assassin s’il vous plait » a été adapté dans la série télévisée Le triplé gagnant avec comme interprètes Raymond Pellegrin, Darry Cowl, en 1990 dans une réalisation de Bernard Villiot.

Cet article n’aurait pu être écrit sans une correspondance avec l’auteur, le bulletin Fleuve Noir information n°10 d’octobre 1965 et les révélations du Rocambole n° 42.

 

Spécial Police

219 : Colère noirevilard.jpg

230 : La Mort qu'on voit danser

236 : Des Anges pour l'enfer

252 : Tout ce qui brille

261 : Ça se mange froid

266 : Touquet, impair et manque

283 : Fais ta valise, Fromer

294 : Un Cercueil de roche

306 : Ultimatum

315 : Echec et meurtre

322 : Mort à Malarija

331 : Dis-moi qui tuer

345 : Tel un aveugle

369 : Le Sorcier

380 : Pas le temps d'enterrer

394 : Léda et le pigeon

415 : Les Requins

425 : Le Troisième larron

436 : Celle qu'on n'attendait pas

451 : Quand Carla chantait

465 : En attendant l'aube

476 : Rayé des vivants

489 : Peau-rouge

506 : Chasse-neige

522 : Le Bout du monde

538 : La Mort en tubes

551 : Péril en la demeure

566 : Sous l'œil des vautoursvilard2.jpg

586 : Le Bateau des nuits blanches

609 : Une Ile pour mourir

622 : La Dernière séquence

633 : N'allez pas chez Barlay

648 : J'ai vu mourir Fargo

666 : Piège pour un dahu

691 : Journal d'un tueur. Réédition collection Polar 50 N°17

715 : On mourait à Cacico

727 : Chantages en chaîne

752 : La Peau du personnage

777 : Quand saignent les pierres

802 : Du fric à l'Indienne

828 : Le Ciel pour linceul

837 : Sur un air de viol

944 : Des Truands et des mômes

1011 : Au second temps de la mort

1807 : On ne plume pas un ange

1827 : Ne tuez pas le pékinois

1856 : Prêtre-moi ton visage

1870 : Bosphore, mon ange

1898 : Dites-le avec des tueurs

1908 : Broie du noir, mon ange

1921 : L'Assassin, s'il vous plaît

1926 : Je vous le donne en sang

1963 : Requiem pour troisième âge

2014 : Meurtre en double face

Crime Fleuve Noir :

24 : Abattez vos dames.

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:29

Recent-sourire.jpg 

Pourriez-vous vous présenter ? 

Je suis né le 27 mars 1934 à Lausanne et ai suivi des études à la fois littéraires et scientifiques. J’obtiens le Prix de poésie de l’Association des Ecrivains Vaudois à 15 ans et demi. 

Au même moment, révolté par un article sur la jeunesse, j’envoie une réponse cinglante qui me vaut d’être engagé à raison d’un papier (tribune libre ou conte) par mois ! Je ne cesserai plus, dès lors, d’être journaliste même en faisant d’autres métiers simultanément. 

J’ai découvert le roman policier grâce au coiffeur de sa mère, monsieur Wagner, qui a eu l’idée de donner à lire à ses clientes non pas des magazines mais des romans et qui a constitué pour cela une bibliothèque de prêt. Avec toute la collection du Masque, tout Arsène Lupin, Rouletabille, etc. Tout cela gratuitement, pour moi, à partir de l’âge de 10 ans. 

A noter, détail sans relation avec le polar : dans l’immeuble voisin de celui du coiffeur vit une dame, Mme Blanche Derval. Dans Nadja, André Breton cite le nom de cette comédienne qui l’a profondément marqué et dont il ne sait pas ce qu’elle est devenue. Elle est là, à Lausanne où elle donne des cours de théâtre. En particulier à Jean-Marc Bory – un camarade de classe et future vedette d’un film de Cayatte et du film Les Amants, de Louis Malle avec Jeanne Moreau - et à Nelly Borgeaud - camarade de classe de ma sœur et vedette de nombreuses pièces de théâtre à Paris. Parmi mes autres camarades, il faut citer Jacques Chessex, futur écrivain vaudois et Prix Goncourt. 

Né au XXe siècle, je m’intéresse aux arts de mon siècle : la littérature (rencontre avec Blaise Cendrars, essai sur l’écrivain suisse C.-F. Ramuz, etc.), le cinéma, l’art abstrait, le roman policier et le jazz (je suis l’un des créateurs du Jazz Club de Lausanne, fais du violon, de la batterie, du trombone, de la contrebasse, de l’harmonie, des chansons et entre à la SACEM avec Charles Aznavour comme parrain), donne de nombreuses conférences dans la banlieue sud et est de Paris sur l’histoire du jazz, du blues et du gospel, et dirige pendant un peu plus de deux ans l’orchestre de jazz du théâtre de Villejuif dans les années 60). 

Prestidigitateur pendant un peu plus de deux ans, je passe quatre ans au service de presse d’Universal Film à Paris (mes collègues sont Claude Chabrol à la 20th Century Fox, Bertrand Tavernier chez Melville, etc.). Je participe à la promotion, avec les réalisateurs et acteurs, de la Soif du Mal (Orson Welles), Spartacus (Stanley Kubrick), Stella (Melina Mercouri), de westerns (avec en particulier ceux d’Anthony Mann), de comédies (dont plusieurs de Blake Edwards… Rencontres avec Cary Grant, Rock Hudson, Tony Curtis, Doris Day, etc.). 

Je deviens rédacteur en chef d’un magazine de cinéma en décembre 61 puis directeur de la rédaction d’un ensemble de magazines féminins. 

Je redeviens pigiste et travaille simultanément pour Planète (Louis Pauwels et Jacques Bergier), Age Tendre et Tête de Bois (en particulier les deux grands dossiers sur l’histoire du rock et le western), etc.  

Avec trois copains, Luc Geslin (ex-photographe de cinéma formé à l’écriture), Jean-Claude Guilbert (futur écrivain, journaliste, aventurier, ami de Hugo Pratt, l’auteur de Corto Maltese) et Bernard Rapp (télévision et cinéma), je suis engagé pour une nouvelle aventure en décembre 1969 : Maurice Renault, le directeur de Mystère Magazine, version française du mensuel américain Ellery Queen’s Mystery Magazine, est souffrant depuis deux ans. Les ventes du magazine s’en ressentent.

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Sur les conseils de Jacques Bergier, les éditions Opta engagent donc le quatuor d’amis pour redresser la barre. Très vite, Bernard Rapp et Jean-Claude Guilbert vont être pris par d’autres occupations. Luc Geslin prend alors la rédaction en chef (qui se limite essentiellement à choisir les nouvelles et à les faire traduire si nécessaire) tandis que moi-même, le seul des quatre à avoir une vraie culture polar (merci M. Wagner) anime le magazine : interviews (plus de 40 dont Simenon, Japrisot, Léo Malet, Patricia Highsmith, Eric Ambler, San Antonio, Pierre Boileau, Thomas Narcejac, G.J.Arnaud, Michel Lebrun, Exbrayat, Brice Pelman, Manchette, ADG, etc., etc.), fiches techniques sur des auteurs ou des personnages, nombreux échos sur l’actualité du polar, etc. Tant d’occupations nécessitent des pseudonymes comme Julien Moret, Jeff Palmedo et autres Kurt Färber ! 

Mystère Magazine retrouve donc son souffle. Malheureusement, Daniel Domange, directeur des éditions Opta, se tue dans un accident d’avion en 1971. Les éditions Opta vont alors souffrir de mauvaises directions qui provoquent finalement leur liquidation. Avec Luc Geslin j’essaie de relancer un Magazine du Mystère puis un nouveau Mystère Magazine avec changement de format, mais en vain. Il manque un service de distribution professionnel. 

Je travaille alors comme lecteur pour une grande maison d’éditions et « nègre » avant de participer à la création du grand magazine de nature Terre Sauvage restant plus de quinze ans en tant que conseiller scientifique, grand reporter, et responsable de l’actualité avant une retraite méritée à la fin de l’an 2000. 

Je continue alors comme « nègre », journaliste occasionnel et anime chaque début d’année l’édition du Prix Mystère de la Critique créé en 1972. Et je suis devenu depuis membre du jury du Grand Prix de Littérature policière. 

Auriez-vous des anecdotes concernant votre passage à Mystère Magazine ?

Lorsque j’ai commencé ma série d’interviews pour Mystère Magazine, je faisais des fiches techniques signées de mon nom. J’ai donc décidé d’utiliser l’un de mes pseudonymes, Julien Moret pour ces entretiens. C’est à ce moment que Luc Geslin m’a demandé : Est-ce que je peux les cosigner avec toi car dans mon rôle de sélectionneur de nouvelles, ma signature n’apparaît nulle part et c’est ennuyeux pour l’obtention de la carte de presse…  

Et c’est ainsi que Luc a cosigné ces interviews. Il a assisté à quelques-unes, les plus prestigieuses comme Simenon ou Patricia Highsmith mais sans jamais intervenir dans la conduite du dialogue et dans sa réécriture. J’avais alors un magnéto Toshiba autoreverse qui permettait un enregistrement de deux heures suivi automatiquement d’un autre enregistrement de deux heures, sans manipulation. Cette fonction me fut précieuse avec Frédéric Dard qui n’aimait guère qu’on enregistre sa voix. Le magnéto fut planqué au sommet d’une armoire et Frédéric finit par l’oublier. D’où la spontanéité de ses réponses. 

L’enregistrement de Georges Simenon fut à mon sens un grand bide… car l’auteur de Maigret annonçait quelques jours plus tard à un autre journaliste qu’il cessait d’écrire (des romans). Un scoop raté mais il faut dire que j’avais trouvé le personnage infiniment déplaisant ! Seule consolation, le rendez-vous avait lieu à Epalinges, au-dessus de Lausanne. Or toute ma famille est originaire de ce lieu. Ce fut quelque part un peu un retour aux sources ! 

Autre anecdote. A la fin de 1970, je voulais m’entretenir avec un écrivain pour lequel j’avais une grande admiration : Stanislas-André Steeman. C’est à ce moment qu’intervint Maurice-Bernard Endrèbe en indiquant que ce serait bien d’interviewer d’abord Léo Malet, lequel Léo était alors dans une situation financière difficile. Un peu de publicité rédactionnelle ne lui ferait pas de mal. Ce fut donc le cas. Mais hélas le texte consacré à Léo Malet fut suivi d’un autre beaucoup plus court, l’annonce du décès de Stanislas-André Steeman.  

Lorsque nous nous sommes rencontrés en 1998, je crois, vous m’aviez confié que vous aviez travaillé comme nègre, notamment pour un auteur du Fleuve Noir, pour cinq ou six romans. Seulement vous ne pouviez m’en dire plus car l’auteur en question était toujours vivant ? Pourriez-vous m’en dire plus aujourd’hui ?

Aux éditions OPTA, pour Mystère-Magazine et pour Espionnage (entre autres !), il est vrai que j’ai utilisé beaucoup de pseudonymes, Julien Moret, Georges Chimère, Monica Lice, Kurt Färber, Jeff Palmedo, etc. Tous ont une petite ou une grande histoire. Mais il faut dire aussi que ces deux magazines n’étaient pas les seuls organes de presse pour lesquels je travaillais. J’étais alors un peu boulimique de travail. Et j’avais aussi commencé, simultanément, une carrière de nègre, d’abord pour un auteur du Fleuve Noir (mais comment s’appelait-il donc, celui-là… !!!), puis pour  un ex-ennemi public n° Un… Suivirent une comédienne, un devin, un spéléologue, etc. A l’époque, le travail de nègre était mal reconnu. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. 

Comment a été-créé Le Prix Mystère de la critique ? Etait-ce pour pallier un manque, pour honorer une forme de la littérature policière ?

En 1971, travaillant au mensuel Mystère Magazine, je découvre qu’il existe alors 60 000 prix annuels pour les poètes. Et très peu pour les auteurs de romans policiers, sinon des prix attachés à des maisons d’édition (le Grand Prix du roman d’aventure au Masque, les Palmes d’Or du roman d’espionnage au Fleuve Noir, le prix du Quai des Orfèvres chez Fayard, etc.), à part le déjà mythique Grand Prix de Littérature policière créé par Maurice-Bernard Endrèbe. 

Il y a donc place pour un autre prix indépendant de toute influence éditoriale ou financière. Et, pour moi, l’idée du jury s’impose aussitôt : grâce à Mystère Magazine, je fréquente les rares critiques ayant la possibilité de parler de romans policiers, lesquels ne sont pas très en vogue dans les milieux littéraires, par snobisme ou ignorance. Le Prix Mystère de la Critique naît donc de cette réalité.

Au début comment était composé le jury ? Etait-ce uniquement des critiques professionnels issus de la presse écrite ? Combien étaient-ils ?

Le premier jury compte huit personnes ayant des rubriques régulières. Dont MM. Boileau et Narcejac, Maurice-Bernard Endrèbe et Michel Lebrun. Trois critiques se sont récusés : le Genevois François Fosca (auteur en 1937 de Histoire et technique du roman policier) pour raisons de santé, Jacques Sadoul et Francis Lacassin pour raisons professionnelles. 

En 1973, les critiques sont au nombre de onze, avec en particulier l’arrivée de Noëlle Loriot (Laurence Oriol) et Jean-Claude Zylberstein. 

Ce nombre ne cessera de grandir (34 en 2013 dont trois Suisses et un Belge) grâce à la reconnaissance littéraire du polar dans tous les milieux de la société et à la création de dizaine d’autres prix.

Aujourd’hui avec l’arrivée de nouveaux médias la donne a changé. Des chroniqueurs possédant un blog sont incorporés. Un changement salutaire ?

Aujourd’hui, modernité oblige, les membres du jury du Prix Mystère de la Critique ne sont plus seulement des journalistes de la presse écrite. La radio, la télévision et les blogs d’Internet ont modifié les critères de leur choix. Ce qui a le mérite de donner encore plus de poids et de popularité à ce prix. Et de le rajeunir. 

Pour un juré, il lui suffit de communiquer la liste des dix meilleurs romans, français ou étrangers, qu’il a le plus appréciés durant l’année écoulée, des romans parus pour la première fois en français durant cette année écoulée. Certains, selon leurs goûts, proposent essentiellement des romans français, d’autres des étrangers. Ainsi naît un équilibre salutaire. 

Avoir de nombreux jurés offre plus d’un avantage même si cela occasionne une bureaucratie et un dépouillement plus lourds : un critique qui veut favoriser le roman d’un de ses copains va citer ce roman dans sa liste. Si le roman est bon, il sera sans doute cité par d’autres jurés ; s’il est mauvais, il n’aura qu’une voix sans importance. D’autre part, étant donné le nombre de romans inédits qui paraissent chaque année (actuellement autour de 1500 !!), un critique ne peut tout lire (environ 200 pour ma part) et il va découvrir d’autres ouvrages grâce au choix de collègues ayant parfois des goûts différents.  

Le prix est-il seulement honorifique ?

Depuis sa création, le Prix Mystère de la Critique est resté honorifique. Certes, on pourrait trouver un organisme public ou une société privée capable de financer une récompense sonnante et trébuchante pour le(s) lauréat(s) mais cela risquerait de se faire au nom de l’indépendance des résultats. 

Il me semble qu’à l’origine le prix était destiné à un roman dit de mystère, d’où son nom. Or depuis quelques années la préférence va aux romans noirs. Qu’en pensez-vous ?

Si ce prix a commencé à récompenser des romans de facture plutôt classique (suspense, roman d’énigme), sans doute parce qu’ils étaient les meilleurs à l’époque, le roman noir (français et américain) est vite intervenu dans le choix des critiques. 

Au départ, le Prix entendait récompenser un roman français, un roman étranger, un recueil de nouvelles ainsi qu’un roman d’espionnage. Il a vite fallu se limiter aux romans français et étrangers sous peine d’éparpillement n’intéressant plus la presse et la publication des résultats. 

Il m’arrive, après le dépouillement, d’être surpris par le choix final de l’ensemble des jurés. Voire… ne pas être d’accord avec ce choix (c’est rare mais cela m’est arrivé au moins deux fois). Mais cela fait partie des surprises du Prix Mystère.

Autrefois les noms des récipiendaires n’était connu que lors de la remise des prix. Aujourd’hui, avec Internet, les résultats sont proclamés bien avant la remise officielle. Est-ce normal ?

Aujourd’hui, les noms des récipiendaires sont connus avant la remise officielle du prix, remise qui se fait depuis plusieurs années à la Bilipo (Bibliothèque des Littératures policières), à Paris (merci à Catherine Chauchard, Alain Regnault et Samuel Schwiegelhofer). Ce n’est pas très grave et les indiscrétions se font vite du côté des attachées de presse, des éditeurs voire des critiques eux-mêmes. Notre monde est à la communication rapide et cela donne l’occasion de faire parler plusieurs fois du Prix Mystère. 

Le Prix Mystère de la Critique a-t-il encore de longues années devant lui ?

Quel est son avenir ? 

De la même manière que le Grand Prix de Littérature policière a survécu et fort bien à la disparition de Maurice-Bernard Endrèbe, je pense que le Prix Mystère survivra à la mienne (79 ans en 2013 !)… 

Je crois que le polar a tout à y gagner ! 

Et comme on ne peut terminer un entretien sans la question rituelle : quels sont vos projets ? je vous la pose.

A bientôt quatre-vingts ans, il est temps que je mette un peu d’ordre dans mes écrits. Je suis donc en train de revoir toutes les interviews réalisées pour Mystère-Magazine, le Magazine du Mystère, plus quelques autres, afin d’en faire un gros volume. Mais cela exige un immense travail car il faut tout réactualiser, rechercher ceux qui ont eu la chance de survivre, préciser certaine descendance cinématographique pour leurs personnages, etc. 

Et je découvre toujours avec un plaisir insondable l’évolution du roman policier devenu polar, ce que me permettent mes fonctions de créateur du Prix Mystère de la Critique et de membre du jury du prestigieux Grand Prix de Littérature policière.

 

Un album photos de Georges Rieben autour du monde :

 

Sur les chemins de G(rande) R(andonnée) !


 Birmanie.jpg

Promenade sur l'eau en Birmanie

 

Bresil-Iguacu.JPGau Brésil Iguaçu

 

Chiens-de-tr-JPGMaître chien de traîneaux !

 

Volcan-Chili.JPGEn arrière-plan un volcan chilien

 

rieben.jpgGeorges Rieben n'a pas peur de se mouiller !

 

Philippe-Clay-copie-1.JPG

Derrière la moustache tenue par deux doigts : Philippe Clay

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 09:17

Bon anniversaire à Philippe Ward né le 13 juillet 1958.

 

philippe_ward.jpg

 

Philippe Ward est né à Bordeaux le 13 Juillet 1958. Il a rejoint l’Ariège, la patrie de ses ancêtres en 1982 et depuis il habite Pamiers. Derrière ce pseudonyme se cache un fan et un collectionneur de tout ce qui touche à la littérature de l’imaginaire. Sa bibliothèque comporte plus de 10 000 ouvrages qui témoignent de cette passion.

Outre le fait d’écrire, Philippe Ward a commis une monumentale bibliographie d’un de ses auteurs fétiches : H.P. Lovecraft.  Son premier roman, Artahe, est paru en 1997, il raconte l’histoire du Dieu-Ours dans un petit village des Pyrénées.

Irrintzina, thriller fantastique se déroulant dans le milieu basque est son deuxième roman, édité en 1999 aux éditions Naturellement et réédité en 2009 chez itamatxi sous le titre Mascarades.

En 2000, Ce roman a reçu le Prix Masterton du meilleur roman fantastique et le prix Ozone des lecteurs de SF Magazine.

En 2001 sort Le Chant de Montségur aux éditions Cylibris, coécrit avec Sylvie Miller. Depuis 2005, il dirige la collection Rivière Blanche aux Editions Black Coat Press. Il a en outre trouvé le temps de publier en 2007 un roman policier Meurtre à Aimé Giral chez Mare Nostrum. 

Il continue sa collaboration avec Sylvie Miller pour deux ouvrages humoristico-fantastique avec les deux volumes consacrés à Lasser, détective privé des dieux : Lasser, un privé sur le Nil et Lasser, mariage à l’égyptienne, tous deux publiés aux éditions Critic.

Sans oublier La fontaine de Jouvence, hommage à André Caroff, en 2005, et 16 rue du repos en 2009 chez Rivière Blanche.

En collaboration avec François Darnaudet et Gildas Girodeau le début d’une saga : Le glaive de justice toujours chez Rivière blanche.

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 07:41

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Plus connu sous son véritable patronyme de René Escudié, auteur dramatique, il écrit surtout des romans, des contes et des nouvelles pour les enfants et les adolescents, anime des ateliers d’écriture et participe à des formations d’animateurs et d’enseignants aux pratiques de l’écriture. Il est né le 24 octobre 1941 à Clermont-Ferrand.

Une correspondance personnelle avec l’auteur révèle un peu plus l’auteur : « Je me suis mis à écrire un roman policier à cause de ma maman. Ma mère était un caractère fort et je ne le suis pas moins. Nous avons passé notre vie, jusqu’à sa disparition, à discuter de tout et de rien, l’un ou l’une prenant toujours le contre-pied de l’autre. Quand j’ai décidé de quitter une profession commerciale somme toute honorable pour un emploi de veilleur de nuit dans une station-service, elle n’a rien dit. Elle s’attendait à quelque chose de ce genre depuis qu’à sept ans j’avais décidé de devenir écrivain. Et je pense qu’elle a été satisfaite et peut-être fière de mes premières créations théâtrales. Mais quelque chose la titillait : l’argent. Née fille de fonctionnaire et femme de fonctionnaire, elle avait toujours désiré pour ses enfants la sécurité de l’emploi et la sûreté du traitement. Or les maigres droits d’auteur et la bourse éthique qui me fut alors accordée ne me permettaient pas de quitter mes pompes. Elle commença donc alors à me dire qu’il vaudrait peut-être mieux que j’écrive des choses moins hermétiques mais plus rentables, du boulevard par exemple ou du roman policier. Et moi, je lui rétorquais que ce n’étaient là que propos bourgeois et que j’étais en train de construire une Oeûûûvre ! Et que de toute manière, boulevard et policier étaient des genres trop faciles et que ça ne m’intéressait pas. Jusqu’au jour où maman trouva la réponse magique : Tu dis ça, mais peut-être qu’il faut du talent… Je rentrai chez moi, enfilai deux feuilles séparées par un carbone sur le rouleau de mon amour de petite Olivetti Valentine et commençai à taper. Neuf jours après, je pris une des deux piles de feuilles, la collai et y mis une couverture sur laquelle j’inscrivis ce qui était ma conviction profonde : MINABLES STORY plus un pseudonyme tiré du surnom que me donnait ma grand-mère juste un peu américanisé, le «r’né » devenant Lernay précédé d’un Virgil clin d’œil personnel. Puis je pris une enveloppe et y inscrivis l’adresse du Fleuve Noir. Quinze jours, après je recevais un contrat. Un mois plus tard, un chèque dont je me mis à compter les zéros à plusieurs reprises. Et quelque temps plus tard d’autres qui me permirent d’avoir l’apport personnel à l’achat de ma maison. Ma mère avait raison.

Que s’était-il passé ? D’après ce que j’ai appris plus tard de la bouche de François Richard, directeur littéraire du Fleuve Noir que j’avais invité à la première de ma pièce Gigogne au TEP (où Minables Story fraîchement imprimé trônait dans le décor de Cueco) : Le manuscrit arriva un matin au Fleuve Noir. La fille de Patrick Siry (lui aussi directeur littéraire) avait rendez-vous avec son père, celui-ci étant occupé elle commença à lire Minables Story qu’elle avait emprunté sur le bureau de la secrétaire. Au bout de quelques pas, elle se dit : voilà un sujet pour mon oncle. Son oncle était Georges Roitfeld, producteur de cinéma. Elle prit le téléphone et lui raconta le sujet et Roitfeld dit qu’il l’intéressait pour le réalisateur Raoul André qui était en perte de vitesse. Il prit donc une option sur les droits et le Fleuve Noir s’empressa bien sûr de le publier. Le film ne se fit pas, mais pendant près de deux ans, les chèques arrivèrent régulièrement. Ma mère avait raison… »

Que dire de plus que ce que René Escudié m’écrivit au mois de juillet 2003 ? Qu’il apprécie les feuilletonistes du XIXème siècle. Autre petite anecdote : Il lit n’importe quoi, n’importe qui, étant un lecteur absolu. « Quand j’étais enfant, ma mère se réjouissait que le papier hygiénique ne fut pas imprimé. Nous n’avions qu’un WC ».

 

Voir ma chronique de Minables Story

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 06:12

Lorsque le Poulpe jette l'encre... ou l'ancre !

 

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Bonjour, je me présente : Gabriel Lecouvreur, né le 22 mars 1960 dans le 11ème arrondissement parisien. Ne vous attendez pas à des révélations fracassantes, style j’ai couché avec la copine d’un ministre (quoique…) ou, je suis le conseiller occulte du président de la République. Non, je ne suis qu’un personnage simple, comme vous, et si je vis des aventures qu’un certain nombre d’historiens ont désiré coucher sur le papier, c’est bien à cause d’un état d’esprit anarchisant libertaire qui m’entraîne à combattre tout ce qui se rapproche d’idées fascisantes. En fait j’interviens à chaque fois que l’équilibre fragile entre les puissants et les autres est trop gravement ou scandaleusement menacé. Je ne suis pas un Robin des Bois moderne, un Thierry la Fronde ou un Arsène Lupin, même si je pratique comme ce dernier quelques ponctions sur ceux que je combats. Des types pas très recommandables entre nous. Je ne reprocherais pas à mes hagiographes de dévoiler une partie de mes pérégrinations, tout juste d’affubler leurs récits de titres aux calembours pour le moins douteux. Mais bon, faut bien que genèse se passe.

poulpe2.jpgMes parents sont décédés dans un accident de voiture alors que je n’avais que 5 ans. Mon père était imprimeur avec Pedro, et ma maman était enceinte d’une petite sœur. Peut-être est-ce pour cela que je passe les caprices de Chéryl avec ses peluches roses. J’ai été élevé par Tonton Emile et Tata Marie-Claude, des quincailliers installés dans le rue Sedaine à Paris, décédés eux aussi et qui m’ont légué un héritage m’ayant permis d’adopter un style de vie assez particulier. La plupart du temps je crèche en hôtel, ce qui me simplifie la vie en ce qui concerne les impôts, et grâce aux bons soins de Pedro (déjà cité mais j’y reviendrai), je change comme bon me semble d’identité. Ce brave homme me fournit des armes, quoique je répugne à m’en servir, lorsque le besoin se fait pressant. Ce n’est pas parce que j’ai de longs bras que je suis à l’abri de tout. Et lorsque je dis de longs bras, ce n’est pas pour me vanter ou laisser planer le doute que j’ai le bras long. D’où le surnom dont j’ai été affublé du Poulpe.

Au fait j’ai oublié de me décrire physiquement. J’eusse aimé que cela restât secret, afin de me protéger de trublions auxquels je mène la vie dure, mais comme de plus en plus souvent des “ clients ” viennent me relancer chez mes amis Gérard et Maria, tenanciers d’un bar restaurant à l’enseigne du Pied de porc à la Sainte-Scolasse, je ne vois pas pourquoi je demeurerais un ectoplasme. Je suis donc un individu longiligne de grande taille puisque mon chef, dont l’attribut capillaire change souvent de couleur (au point d’avoir la boulle à zéro dans l’ouvrage de Roger Dadoun : Allah recherche l’autan perdu…), culmine à près de deux mètres. Enfin, côté sportif, cela fait bien sur les cartes de visite, j’ai joué comme deuxième ligne dans l’équipe de rugby du PUC. Points particuliers : je ne fume pas et je suis allergique aux roses. Par contre je suis un grand consommateur de bière, refusant d’un geste énergique le vin et autres viles boissons. Ma préférence se porte vers les cervoises, étrangères de préférence, mais je ne dédaigne pas les productions locales françaises, si elles en valent la peine. Sinon je me résigne à ingurgiter le tout venant. Par exemple, lorsque mes papilles desséchées réclament un liquide bienfaisant, que j’ai les crocs en quelque sorte, je m’enfile une Maître qu’enterre. N’allez pas croire pour autant que je coince la bulle. Mais entrons dans le vif du sujet comme disait Casanova.

Puisque j’ai évoqué Pedro, Cheryl, Gérard et Maria, permettez-moi poulpe3.jpgde vous les présenter en quelques traits. Chéryl, c’est ma copine à moi, coiffeuse de son état, dont le salon est sis rue Popincourt. Elle est mon repos du guerrier, mon repos tout court. On se connaît depuis l’école primaire, un bail. Elle est devenue mon amante dans la cour de récréation de l’établissement scolaire de la rue Saint-Bernard. Je n’en dirai pas plus sur nos relations charnelles, ceci ne vous regarde pas, mais nous avons toujours plaisir à nous retrouver, même si parfois elle me fait la gueule au retour de mes escapades. Nous ne sommes pas mariés, aussi ne peut-on pas nous taxer de lacérer le contrat. Ce qui ne nous empêche pas de profiter de bonnes occasions, première main ou plus, lorsque les circonstances se présentent. De toute façon, croyez bien que nos historiographes ne se privent pas pour nous inventer quelques croustillantes relations épidermiques, ne serait-ce que pour vendre leur prose. Au début, Chéryl c’était un peu ma consigne rivée, gardant chez elle des affaires top secret. Mais au fur et à mesure de ma notoriété grandissante, de mon sens inné de l’aventure et de me foutre dans des coups pas possibles, elle s’est muée en ange gardien, arrivant tel le cavalier masqué à ma rescousse, me sortant de la mouise, toujours avec le sourire vindicatif (si, ça existe, je la connais mieux que vous quand même !). Et les retrouvailles… dans sa chambre rose (mon allergie ne s’étend pas à la peinture, heureusement, car éternuer dans les moments critiques équivaudrait à une éjaculation précoce, ce dont tous les partenaires se passent volontiers même s’ils sont pressés) vaut tous les romans de Barbara Cartland reliés en cuir doré à l’or fin. Bon je ne m’étendrai pas plus sur Chéryl, bien que l’envie m’en manque et passons au voisinage amical.

poulpe4.jpgGérard et Maria. Ah, ceux là, si vous les connaissiez ! De purs amis et comme dirait mon amie Béatrice, ça ne vaut pas que dalle (excusez les écarts du scripteur de cette notule, mais la fantaisie verbale est son plaisir personnel, un peu sa masturbation spirituelle). Lui est bougon, elle est maternelle. Mais entre nous pas de fioritures, l’amitié ne se pèse pas en pintes de bières. D’ailleurs, la plupart du temps, mes petites enquêtes, je les découvre chez eux. En buvant mon café matutinal, et en lisant le Parisien Libéré (de quoi ?) ou Libération. Là aussi les retrouvailles, c’est parfois la soupe à la grimace. Faut dire que côté épistolaire, je ne me foule guère, envoyant par ci, par là des cartes postales des régions que je traverse, alors forcément Gérard il me fait la gueule et Maria prend ma tête entre ses seins, ce qui ma foi n’est pas désagréable, mais ils rangent vite leur rancune au fond du tiroir-caisse, à tel point que parfois mes aventures, je les dois à mes bistrotiers, surtout Gérard qui s’amuse à surligner, à entourer les entrefilets de faits divers susceptibles de me sortir de ma léthargie et enfourcher ma Norton 750 Commando, un engin récupéré chez Pedro, abandonnée par un petit cousin de celui-ci parti précipitamment après s’être vengé d’un commissaire qui avait violé sa sœur, au cousin pas à Pedro, de toute façon la famille, c’est la famille, et je ne sais pas quand je vais terminer ma phrase, je ne m’appelle pas Marcel Proust, d’abord ce n’est pas mon auteur préféré, suite au paragraphe suivant.

Pedro, c’était le pote de mon père, et c’est le mien, même si poulpe5.jpgparfois nous ne sommes pas d’accord sur certains points de détail. Par exemple sur nos liquides préférés. Lui préfère le vin et veut absolument me convaincre que cette boisson est la panacée de tous nos maux. Ce serait plutôt l’irascibilité de tous nos mots. Ce qui ne l’empêche pas de me fournir en papiers d’identité bidons lorsque le besoin s’en fait sentir ou en arme à feu, des bricoles dont je sais la provenance illégale mais sûre. Et puis, faut dire que j’ai effectué une enquête pour son compte, pas pour le plaisir, mais par reconnaissance, par amitié. Allons, ne jouons pas dans la cour de l’émotion, je me dois de démontrer que je suis un dur sous une carapace de tendre. Ou le contraire. Pedro, c’est un ancien de la colonne Durruti, est ex résistant, et a accroché, sous un fauteuil à la “ Emmanuelle ”, un portrait de Puig Antich, martyr anarchiste sous Franco. C’est peut-être lui qui inconsciemment m’a donné le goût de pourfendre les représentants de l’hydre nouvelle version. J’aime, outre la bière, fouiller dans les failles et les désordres apparents du quotidien, cherchant dans les faits divers la maladie de notre monde, une gangrène qui se propagerait si dans solitaires comme moi n’essayaient d’y mettre bon ordre. Et malheureusement le quotidien est placé sous la houlette d’un borgne qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et engendre racisme, ségrégationnisme, totalitarisme, en un mot fascisme. Je ne vais pas m’étendre sur une profession de foi qui fait de moi un personnage libre, curieux, témoin d’une époque, libertaire, épris d’une justice qui n’aurait pas les yeux bandés que d’un côté.

poulpe6.jpgJe pourrais vous parler de Vlad, le serveur roumain qui travaille pour le compte de Maria et Gérard, ancien médecin réfugié politique, de Léon, le vieux berger allemand qui, épileptique, a des problèmes d’arrière-train et d’optique. D’où la locution courante “ c’est pas la vue mais c’est l’odeur ”. Je m’en voudrais d’oublier dans ce cheptel humain qui gravite autour de moi le vilain petit canard, le mouton noir, l’homme qui se focalise sur mes “ exploits ” alors qu’il ferait mieux d’aller voir ailleurs si j’y suis. Vergeat, l’ignoble Vergeat, qui émarge aux Renseignements Généraux et qui essaie vainement de me coincer dans ses rets. Le pauvre, il n’a pas compris que j’arriverai toujours à me cacher derrière des flots d’encre, quoi que l’ordinateur a de plus en plus pris la relève du stylo. Bon, et puis à sa décharge, je dois avouer que, parfois, il lui est arrivé de m’aider dans mes enquêtes, de me donner un petit coup de main. Ce qui l’enrage en réalité, c’est que je n’ai pas de patron sur le dos, comme lui, que je n’ai de comptes à rendre à personne, sinon à ma conscience, et que je n’oublie pas de me servir au passage afin de me défrayer pour pallier aux frais “ professionnels ” inhérents à mes déplacements. Et puis, j’ai une autre passion qui me coûte cher. Je possède un vieux Polikarpov à hélices, type I-16, un chasseur monoplace qui a fait la guerre d’Espagne, un engin surnommé La Mosca par les Républicains et La Rata par les fascistes. Je l’ai découvert par hasard dans une grange espagnole en 1990, à une vingtaine de kilomètres de Lérida, alors que je venais d’essuyer une bagarre avec des éleveurs de toros hargneux. Raymond me le retape sur l’aérodrome de Moisselles, mais il ne le fait pas gratuitement. Et puis les pièces de rechange ne se trouvent pas sur le catalogue Manufrance.

C’est pas le tout, mais de discuter comme ça avec vous, ça me poulpe7.jpgdonne soif. Je me prendrais bien une petite mousse, histoire de m’humecter les papilles (de la nation me souffle mon correcteur). Brune, blonde ou rousse, je ne fais pas de différence, pourvu qu’elle soit buvable, pas comme la plupart de notre production nationale. Je pourrais vous citer parmi mes préférences la Hoegaarden blanche ou Schaapskooi trappist que j’ai dégustées en compagnie d’Olivier Thibault lorsque je lui ai narré mon aventure intitulée “ Les pieds de la dame aux clebs ”, la Krone ou la Starobrano avec Michel Chevron dans “ J’irai faire Kafka sur vos tombes ”, la Kwak avec Bertrand Delcourt dans “ Les sectes mercenaires ”, la Oscuras, une bière brune mexicaine que m’a fait connaître Gérard Delteil dans “ Chili incarné ”, la Tsin tao proposée par Roger Martin dans “ Le G.A.L. l’égoût ”, la Rinck et la San Miguel avec François Joly dans “ Chicagone ”… Mais je sens que les émanations de cette liqueur des Dieux vous monte à la tête, alors passons à autre chose.

Mes tribulations m’entraînent en province, et même à l’étranger. J’ai visité Le Havre, Lyon, Angoulême, Montmédy, Pau, Valence, Castagnède, Toulouse, et leurs environs. Parfois je change quelque peu le nom des localités où j’exerce mon apostolat comme dans l’histoire narrée par Jean-Jacques Reboux dans “ La cerise sur le gâteux ”. Ainsi il a rebaptisé sa commune Charançon le plomb. Il ne manque pas d’humour, mais tout un chacun aura compris où je me trouvais pour dénouer les fils de l’intrigue. Je ne rechigne pas non plus de me promener en dehors de nos frontières. C’est ainsi que pour la bonne cause (toujours), je me suis retrouvé à Assiout et le Caire en Egypte, et à Riyadh en Arabie Saoudite sous la férule de Roger Dadoun dans “ Allah recherche l’autan perdu ”, à La Paz en Bolivie, à Mexico et à Las Condes au Chili grâce à Gérard Delteil. Egalement à Manchester dans une aventure évoquée par mon père spirituel, Jean-Bernard Pouy, mais cette pérégrination n’a pas encore été racontée. Peut-être un jour saurez-vous ce que je suis allé faire dans cette ville située au nord de la perfide Albion. Mais il me faut bien garder quelques petits secrets de temps à autre.

C’est comme pour mes différentes identités. Mes historiographes se font un malin plaisir de les dévoiler. Alors à chaque fois je me dois de changer de nom et cela va de Henri Wajman, chercheur au CNRS ou Jérôme Le Prieur sous la plume de J.-B. Pouy dans “ La petite écuyère a cafté ”, à Gabriel Lardoise dans “ Quand les poulpes auront des dents ” de Pierre Barachant, en passant par l’inspecteur Calmar ou Gabriel Van Poulpen dans “ Arrêtez le carrelage ” de Patrick Raynal, Charles Pulpowski par Bertrand Delcourt, j’en passe et des meilleurs. Franchement on se demande parfois s’ils ont du respect pour l’homme dont ils traitent les aventures. Il n’y a que Roger Martin qui m’a donné des pseudonymes que je suis fier de porter : Jack Eden, référence à Martin Eden de Jack London, ou encore Brice Pelman, auteur de romans policiers.

poulpe8.jpgTiens en parlant de ça, je vous ai dit tout à l’heure que mes lectures étaient éclectiques. Jugez-en par vous même. Cela va d’un recueil de haïku de Matsuo Bashô à “ Joujou sur le caillou ” de A.D.G. en passant par “ Le Bossu ” de Paul Féval, “ Le sang noir ” de Louis Guilloux, “ Le verdict ” de Kafka, “ Les Aphorismes ” de Liechtenberger, “ Martin Eden ” de Jack London, “ Le Nécronomicon ” de H.P. Lovecraft, “ Kiss Tomorrow Goodbye ” de Horace Mac Coy, “ Contes et légendes du Val d’Artemise ” de Mylène Kramer, “ Cahiers de tout et de rien ” de Macedonio Fernandez, les œuvres de Calaferte, “ Sublimes paroles et idioties ” de Nasr Eddinhodja, sans oublier les ouvrages d’auteurs inventés par de petits plaisantins. Mais j’arrête là, la liste est loin d’être close et vous pourrez tout à loisir parfaire votre culture en lisant les romans que m’ont consacré des auteurs célèbres ou en devenir. J’ai été adapté en bandes dessinées et également en film. Je n’en tire pas pour autant gloire et morgue. C’est mon destin, celui que je me suis tracé. Et ceux qui auront lu ces lignes, s’ils pensent que je raisonne parfois comme un adolescent attardé, que je me montre frivole, volage dans mes pensées, dans cette présentation, c’est parce qu’il me faut décompresser entre deux aventures. La lutte est dure, longue, sans fin. De nouvelles preuves nous sont assénées tous les jours. Je suis un homme normal, avec mes convictions. Il m’arrive de tuer, sans plaisir, et de me demander si je ne rejoins pas ce faisant la cohorte de ceux que je combats. Je ne suis pas un vengeur masqué, simplement quelqu’un qui, s’il n’a pas vécu la dernière guerre, s’il n’a pas connu les atrocités commises au nom de je ne sais quel prophète idiot, raciste, intégriste, intolérant, a retenu les leçons du passé. Ce dont tout le monde ne peut s’enorgueillir.


Au fait, à part la bière, je n’ingurgite guère autre chose, sauf dans des cas désespérés, et vraiment pour faire plaisir à des amis.

Mais savez-vous pourquoi je ne bois jamais d’eau ?

Parce que l’eau triche.

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 08:03

Hommage à Robert Gaillard décédé le 19 avril 1975 à Nice.

 

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Né le 8 avril 1909 à Saintes (17). Issu d’un père architecte, Théodore Gaillard, et d’une mère dont les noms et prénoms sont tout un symbole : Stella Nouveau. Après des études à l’école communale puis au lycée Jean-Baptiste Say à Paris. Il s’oriente à l’origine vers l’Ecole des Arts et Métiers puis bifurque vers la physique, la chimie et l’histoire naturelle et devient assistant du professeur Pezard. L’entomologie et la biologie resteront ses domaines de prédilections. En 1927 il entame une carrière de journaliste à “ La Presse ”, puis il collabore à diverses publications dont “ Le Quotidien ”, “ L’Echo d’Alger ”, “ Paris-Midi ”, “ L’ami du peuple ”, “ Le Journal ”, “ Comoedia ”, ou encore “ Aujourd’hui ” qu’il représentera aux journées d’Inter-France des 10, 11 et 12 Octobre 1942, une Agence de Presse qui regroupait 215 journaux.

Pacifiste et anarchisant il collaborera également en 1958 à la revue créée par Louis Lecoin en 1947 ; “ Défense de l’homme ”. En1934 il se marie avec Paule Vignal, artiste peintre née le 27 juin 1910 à Périgueux. De cette union naîtront deux enfants, Patrick et Michel. Il est attaché au cabinet de Georges Mendel de 1936 à 1939 et devient aussi le collaborateur de Ludovic Frossard. Mobilisé il est fait prisonnier en 1940. Rapatrié en 1942, il publie un hommage aux morts, aux blessés et aux prisonniers de la guerre 39-40, dont le cadre est le stalag dans lequel il a vécu : Les liens de la chaîne. Il s’engage dans les Forces Françaises Libres et obtiendra la médaille de la Résistance Polonaise. Après avoir vécu un certain nombre d’années à Paris Il se retire à Vence dans une villa qu’il construit de ses mains. Vence dont il fut conseiller municipal de 1939 à sa mort.

Vers les années 45, il vit un certain temps en Haïti. Pendant plus de vingt ans il collectionnera tout ce qui se rapporte à ce pays, amassant une documentation qu’il considérait comme unique et, pour une large part, inédite en Europe. Grand voyageur, il visite l’Espagne, le Portugal, la Suisse, l’Italie, l’Angleterre, la Yougoslavie, la Grèce, la Bulgarie, la Suède, l’Amérique du Sud, les Caraïbes et les Etats-Unis. Des pérégrinations contées dans 40 000 kms d’aventures dans lequel il nous invite à parcourir le Vénézuéla, la Colombie, la Bolivie, le Brésil, Panama, Costa-Rica, le Nicaragua, le Salvador, le Honduras, le Mexique, Trinadad, la Barbade, la Martinique, la Guadeloupe Haïti, Saint Domingue et Cuba. Il séjourne également au Pérou vivant dans une communauté indienne sur les contreforts de la Cordillière des Andes.

gaillard3.jpgIl fréquente assidûment les bibliothèques afin de trouver de nombreux renseignements dont notamment sur Marie Bonnard et son amant Jacques du Parquet dont il tirera Marie des Isles en trois volumes. Une histoire romancée de la Martinique issue de faits historiques authentiques. Cette œuvre sera diffusée à la Radio et, qualifiée de roman océan, sera un véritable best-seller souvent réédité. Il écrit aussi une mini saga sur Catalina de Erauso plus connue sous le nom de Monja Alfarez (la nonne lieutenant) également surnonnée La vierge de Fer ainsi que La Conquérante, titres de deux de ses ouvrages. En 1950 Maurice de Canonge adapte son roman “ L’homme de la Jamaïque ”. En 1954 le Prix de l’Académie française lui est décerné pour Christobal Colomb (Les Dieux sont revenus). En 1972 le Prix Alexandre Dumas couronne les trois premiers romans d’une tétralogie retraçant l’histoire de Toussaint Louverture : la révolution de Saint Domingue, la victoire des Noirs, l’abolition de l’esclavage et la liberté. Il s’agit de La Volupté et la Haine, La luxure du matin, Désir et Liberté, La Chair et la Cendre. Membre de l’académie des Sciences d’Outre-mer, de la Société des Auteurs Dramatiques, de la SACEM, de la Société des Gens de Lettre, de la Fédération Internationale des Sociétés Scientifiques, il est aussi nommé Chevalier de la Légion d’honneur, Chevalier des Arts et Lettres. Il est l’auteur d’essai dont “ La pédagogie, de Montaigne à Jean-Jacques Rousseau ”, “ Aventures entre deux infinis ”, “ Un fossile vivant, le scorpion ”, “ Le roman de l’espace ” et d’une biographie sur Alexandre Dumas. Il obtient le prix Théophraste Renaudot pour “ Les liens de chaînes ” et est plusieurs fois lauréat de l’Académie Française.

gaillard4.jpgSon œuvre est traduite en quarante cinq langues. Marie des Isles a été encensé par les critiques qui voyaient en Robert Gaillard un nouveau Stevenson ou Joseph Conrad. La gazette de Lausanne annonçait “ Une énorme chanson de geste en prose… ”, La Bataille “ Le romancier de Marie de Isles, poète de lourdes passions, nouveau Blaise Cendrars … ”, La Gazette des Lettres “ Nouvel Alexandre Dumas, Robert Gaillard retrace son histoire sur n rythme tantôt voluptueux, tantôt trépidant… ” une comparaison confirmée dans L’Epoque “ Le ton allègre des récits de Dumas. ”. Raymond Dumay écrivait “ Robert Gaillard est devenu un de ces grands vivants d’autrefois, auxquels nulle science n’était étrangère. ” tandis que Nice-Matin soulignait “ Un magistral tableau des Antilles et, peut-être, la plus grande épopée d’aventures et d’amour qu’ait donnée à ce jour le roman français… ”.

Un critique de France Hebdo a écrit, concernant les premiers romans de Robert Gaillard dont Louisiane et Le grand mirage “ Robert Gaillard, s’il a l’imagination du romancier d’aventures, a aussi les scrupules de l’historien et du reporter consciencieux. ”

La saga de Marie des Isles reste son œuvre majeure, constamment rééditée aussi bien en format poche (Presses Pocket ou J’ai Lu) que dans des collections grand format (Presses de la Cité, France Loisirs...) avait été précédemment éditée aux éditions André Martel. Marie des Isles a été adapté au cinéma par Georges Combret et Pierre Mandru, dans une réalisation de Georges Combret, interprété par Belinda Lee, Alain Saury, Dario Moreno, Magali Noel, et Folco Lulli en autres.

gaillard6.jpgLes aventures de Jacques Mervel nous entraînent dans un monde maritime dont l’action est souvent placée aux Caraïbes, et pourraient faire penser à un feuilleton télévisé célèbre au début des années soixante : les aventures du capitaine Troy, un marin qui résolvait pas mal de problèmes en Polynésie. L’attrait de l’exotisme, le réalisme des sujets traités, le fond historique de la trame, une pointe d’érotisme, une écriture et un talent indéniable de conteur contribuèrent pour beaucoup au succès de ces romans et Robert Gaillard fut l’un des piliers de la collection Grands Romans.

Ces éléments biographiques proviennent de diverses sources dont la Revue de Saintonge et d’Aunis, Paris Presse l’Intransigeant, Larousse Mensuel, Combat, Gazette des lettres, Le Monde, Bibliographie de la Littérature française…

 


Grands Romans


L'Archipel des voluptés

Pour tout l'or du monde

Où souffle la colère

Perverse Nemorosa

Les Fruits de la violence

Le Miel de la haine

Royaume de la nuit

Les Mariés de l'exil

Marie des Isles (1)

Marie des Isles (2)

Gentilshommes d'aventures

Marie Galante (1)

Marie Galante (2)

Le Chevalier de Bruslart

Capitaine Le Fort (1)

Capitaine Le Fort (2)

Plus amère que la mort

L'Héritier des Isles

Sortilège indien

Le Sang brûlant (Le grand mirage T-1)

L'Ouest sauvage (Le grand mirage T-2)

D'amour et de haine

40.000 km d'aventures (1)

40.000 km d'aventures (2)

La Forêt des dévora

Ni l'or ni la grandeur...

Placer Malédiction

Gentleman des tropiques

L'Homme de la Jamaïque

L'Homme aux mains de cuir

Sang indien

Le Roi du rhum

La Dame de Porto Rico

Paladin des îles

La Perle noire

Sirènes du Pacifique

Meurtre exotique

Port châtiment

L'Orchidée blanche

Le Rendez-vous de Valparaiso

Mourir dans les Andes

La vierge de fer (Catalina T-1)

La Conquérante (Catalina T-2)

Vagabonds de la jungle

Au pied du soleil

Le Châtelain de la Pivardière

Les Conjurés de Managua

Blanc comme neige

La Corde de sable

Guayaquil de mes amours

Anako de Panama

La Cucaracha

Le Sang du Tigre

La Fille de l'Aiglon

Vicky (réédition de Martel)

La Sultane de Jolo

Cyclone sur la Jamaïque

La Muraille d'émeraude

La Volupté et la haine

La Luxure du matin

Désir et liberté

La chair et la cendre


Grands Succès :


Où souffle la colère

Moissons charnelles

Royaume de la nuit

Les fruits de la violence

Les plaisirs insolites

Le miel de la haine

La rage des hommes

La perle noire

La forêt les dévora

Marie des Isles (2 vol)

Marie Galante (2 vol)

Capitaine Lefort (2 vol)

L'héritier des Isles

La sultane de Jollo

Le roi du rhum

Le grand mirage rééd. des éditions Dumas 1947.

Les mariés de l'exil

La corde de sable

Pour tout l'or du monde

Au pied du soleil


Autres publication


L’automne d’un  faune

L’ombre dans la forêt

Le château de sable

La fleur de l’âge

Le dernier naufragé de l’île Robinson

Les liens de chaînes (Prix Th. Renaudot)

L’aventure portugaise (S.I.E.P.)

Sortilèges des mers du Sud (S.I.E.P.)

Sténia ou l’aventure macédonienne (S.P.L.E.)

Sacramento (S.I.E.P.)

L’Andalouse (S.I.E.P.)

Aux fontaines de la mort (Dumas)

Le secret de l’or noir (Dumas)

Louisiane (Dumas)

La nuit péruvienne (Dumas

Le grand mirage (Dumas)

La pédagogie de Montaigne à Jean-Jacques Rousseau (Essai)

Saint Jean-Jacques (Rousseau et Mme de Wrens, essai)

Mes évasions (Dumas)

Les liens de chaîne (ouvrage de luxe illustré par Jacques Lechantre ; éditions Colbert)

Mes Evasions (6 lithographies de Yves Brayer ; S.P.L.E.)

Poste de secours (nouvelles avec 6 lithographies de J. Lechantre ; éditions Gründ)

Sortilèges des mers du Sud (éditions universelles)


 

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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