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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 07:28

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Bob Morane sans oser le demander !

Rémy GALLART & Francis SAINT-MARTIN : Bob Morane, profession aventurier.

Des ouvrages sur le célèbre aventurier ont déjà été publiés, il est vrai, dont ceux de Jacques Dieu. D’ailleurs, j’aurais pu mettre en accroche dans ce cas, la Bible de Bob Morane !

Mais cet ouvrage, que je viens d’acquérir, me semble complet, ou presque. En effet édité en 2007, il ne recense ni l’ouvrage de Daniel Fano, Henri Vernes et Bob Morane, une double vie d’aventures, ni les Bob Morane qui ont été écrits depuis, souvent sous la plume de romanciers reconnus dans le domaine de la littérature d’évasion et qui se sont prêtés au jeu sous le regard bienveillant du maître et donc adoubés. Par exemple Rémy Gallart, Brice Tarvel ou encore Christophe Corthouts, qui tous à des degrés divers possèdent une osmose avec l’auteur et sa créature jamais prise en défaut de vieillissement.

Dans cet ouvrage, décliné en huit chapitres, précédés d’une introduction et suivis d’annexes, nous faisons la connaissance de Bob Morane à ces débuts puis sont répertoriés les personnages récurrents, les genres, les univers parallèles de Jean Ray et d’Henri Vernes, Ming le terrible, personnage quasi omniprésent dans la plupart des aventures fantastiques vécues par l’aventurier, les antécédents littéraires, Vernes et Cie, et enfin, la partie la plus conséquente, les résumés des deux-cent-sept romans et nouvelles qui constituent la saga de Bob Morane et de son indéfectible compagnon et ami Ecossais Bill Balantine.

Souvent, la parole est donnée à Henri Vernes, qui précise certains points concernant des contestations émises par des journalistes et des critiques, et qui sont des reprises d’entretiens publiés dans des revues ou dans des sites d’amateurs éclairés, entretien parfois peu accessibles.

Mais laissons la parole à Henri Vernes qui explique dans le chapitre consacré aux antécédents littéraires :

La part de moi-même est peut-être une part de goût. Il est évident que Bob Morane aime plus ou moins ce que j’aime. Il a peut-être une conscience proche de la mienne, mais je ne peux, dans un ouvrage destiné à la jeunesse, me lancer dans des considérations philosophiques, peut-être un peu révolutionnaires, un peu beaucoup d’ailleurs. C’est une chose que j’évite. J’évite aussi la religion, la politique. Pourtant elles m’intéressent, surtout la politique internationale dont il y a beaucoup de choses à dire, en mal d’ailleurs, mais je ne pense pas que cela intéresse le lecteur. Il est confronté à la politique, aux scandales, à toute minute de la journée, à la radio, à la télévision. J’écris une œuvre purement ludique, divertissante, et je ne vais pas plus loin. C’est destiné à faire rêver, à faire plaisir, à distraire, et pas plus.

C’était la réponse à Yves Couprie qui dans une interview postée sur son site, demandait Quelle est la part de vous-même dans Bob Morane ?

 

Depuis sa première aventure, La Vallée infernale, parue en 1953 dans le Marabout Junior N°16, Bob Morane aura fait rêver en effet des millions de lecteurs adolescents puis adultes.

Et Henri Vernes reprenait le mythe de l’aventurier qui depuis le début du XXe siècle faisait les beaux jours, voire les belles nuits de notre enfance, palliant les manques francophones de Héros invincibles. Auparavant il y avait eu les petits fascicules traduits en France et édités par Eischler, notamment les aventures de Buffalo Bill, puis en romans celles de Biggles, l’aviateur qui fit ses premières armes dans le Royal Flying Corps en 1917, pour un livre signé Captain W.E. Johns et édité pour la première fois en 1932, et servira également dans la RAF durant la seconde guerre mondiale, pour des romans de guerre, d’espionnage et policiers surtout marqué par l’action et l’aventure.

Quant au personnage de Monsieur Ming, il est naturellement à comparer au funeste et maléfique Fu-Manchu de Sax Rohmer. Mais Monsieur Ming, tout comme Miss Ylang-Ylang, et Tatiana Orloff, la nièce de Monsieur Ming, préfigurent peut-être une célèbre créature créée par André Caroff et qui vivra une douzaine d’aventures au Fleuve Noir dans la collection Angoisse, Madame Atomos. Une impression personnelle.

Bien sûr, au cours des cinquante-quatre ans d’aventures de Bob Morane, depuis ses débuts jusqu’en 2007 date de parution de cet ouvrage, si le personnage n’a guère changé, ce sont les éléments et les genres qui vont évolués. Du roman d’aventures et d’actions purs des débuts, bientôt le fantastique, la science-fiction, l’espionnage et le policier deviendront des supports indispensables au renouvellement des intrigues.

 

La partie, la plus conséquente, des résumés des romans, permet au lecteur de se plonger ou replonger dans l’atmosphère des Bob Morane et de se remémorer des histoires qu’il a lu ou non. Tout le monde n’établit pas de fiches de lectures, et puis quand bien même, retrouver un ami (car Bob Morane au fil des lectures est devenu un ami) dans ses diverses péripéties est toujours un pur bonheur. Et incite à rechercher les romans qui manquent dans sa collection, afin de se replonger avec ce plaisir ineffable de lecteur impénitent, dans les souvenirs d’une enfance qu’on croyait disparue. Souvent on entend dire, ça ne nous rajeunit pas ! Au contraire cela nous rajeunit et cela fait du bien !

 

Cet ouvrage se lit comme un roman ou au contraire se compulse au gré du lecteur. On peut passer un chapitre à un autre sans suivre forcément la chronologie. On peut piocher, revenir en arrière, s’intéresser plus à un chapitre qu’à un autre, sans que pour autant la lecture en soit perturbée.

Et si je devais émettre un regret, c’est celui de ne pas avoir acquis ce livre lors de sa sortie et seulement maintenant, à l’occasion des cent ans d’Henri Vernes. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Merci messieurs Gallart et Saint-Martin de nous avoir concocté un si bel ouvrage qui ne se démodera pas, dans lequel on pourra toujours piocher des informations, qui servira toujours de référence et de support pour de nouveaux lecteurs de Bob Morane, l’immortel aventurier.

Rémy GALLART & Francis SAINT-MARTIN : Bob Morane, profession aventurier. Collection Travaux N°51. Editions Encrage. Parution le 23 novembre 2007. 288 pages. 26,00€.

ISBN : 978-2251741437

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13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 05:19

Les hommes de lettres de la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle vus par l’auteur de la Guerre du feu.

J.-H. ROSNY Aîné : Portraits et souvenirs.

En effet, Joseph-Henry Boëx, plus connu sous le pseudonyme de Rosny Aîné, n’est pas seulement l’auteur de romans de science-fiction et d’aventures préhistoriques, mais également un témoin de son temps. Et dans ses portraits, il nous présente quelques figures marquantes de l’actualité littéraire qu’il fut amené à côtoyer et à apprécier, ou pas, pour diverses raisons.

Robert Borel-Rosny, son petit-fils, qui se maria avec Raymonde Jardé, laquelle fut la secrétaire de l’écrivain, nous présente l’homme de lettres dans une notice biographique qui se lit comme une nouvelle, tant le style est fluide tout autant que poétique, avec cette marque d’affection que l’on réserve à un membre de sa famille que l’on vénère. Mais avec un peu d’emphase aussi.

Né à Bruxelles le 17 février 1856, d’un père français de Lille, et d’une mère flamande d’origine hispano-hollandaise, le jeune Rosny, patronyme qui deviendra son nom de plume, vit ses premières années à Laeken, dans la banlieue bruxelloise, avec sa mère veuve et ses frères et sœurs. A l’école il se distingue par ses capacités intellectuelles, mathématiques et lettres, mais sa passion ce sont les pigeons. Il faut gagner sa vie, et malgré avoir déjà écrit un roman, une pièce de théâtre, des vers et des contes, écrits qui furent brûlés par sa mère, ce fatras d’écriture encombrant les tiroirs, il devient garçon de bureau mais il s’ennuie. Ce monde l’étouffe et il décide de partir pour Londres où il fera ses premières armes littéraires, quelques-unes de ses nouvelles remportant un vif succès.

Mais il sait que s’il veut conquérir le monde, c’est à Paris qu’il doit se rendre, avec femme et enfants, décision prise en 1884. Il a écrit Nell Horn de l’Armée du Salut dans la capitale britannique, et présente en 1886 son manuscrit un peu au hasard, car il ne connait personne, à un petit éditeur de la rue Drouot. L’homme veut bien tenter l’expérience, et quinze jours plus tard son manuscrit est accepté et huit jours après le contrat est signé. Il se plie au jeu, qui est un peu comme un pensum, des dédicaces, et il reçoit un billet émanant du Maître de la Maison d’Auteuil, Edmond de Goncourt, en date du 29 octobre 1886.

Indépendamment de l’intérêt des détails londoniens, une chose me charme chez vous : c’est l’effort du style, c’est l’aspiration artiste.

Une petite phrase qui lui fait chaud au cœur d’autant qu’il est convié le mercredi entre une heure et cinq heure afin de causer avec plaisir du livre paru et de ceux qu’il a en tête.

Rosny vient de mettre un pied dans le cénacle littéraire et il fera la connaissance des grands noms de l’époque et un an plus tard, en 1887, il intégrera la fameuse Académie Goncourt, aux côtés d’Alphonse Daudet, de Flaubert, de Maupassant, de Veuillot, de Barbey d’Aurevilly, de Banville… Académie qui n’est alors qu’un cercle littéraire. La véritable académie Goncourt ne récompensera un roman qu’en 1903 et le prix sera attribué à un roman de science-fiction, Force ennemie, écrit par un romancier franco-américain d’expression française John Antoine Nau.

Rosny Aîné décède le 15 février 1940, après une longue vie consacrée à la littérature sous toutes ses formes, écrits, conférences et autres. Et en 1945, Robert Kalinoswski qui prendra avec sa femme le nom de plume de Robert Borel-Rosny compilera les témoignages de son grand-père sur les littérateurs qu’il fut à même de connaître, de côtoyer et d’apprécier même si parfois, l’auteur du Félin appose quelques coups de griffes.

 

En treize chapitres, Rosny aîné propose sa vision sur de très nombreux confrères qui l’ont accompagné, peu ou prou, durant sa carrière de prosateur. Le premier chapitre, intitulé Roderies, est tout autant une promenade littéraire, géographique, qu’un retour sur ses débuts d’écrivain et familiaux. Son repaire où il s’est installé près du boulevard Barbès, des pages que ne manqueront pas de savourer ceux qui ont vécu ou même tout simplement déambulé dans ce quartier, avec la rue Championnet qui était encore neuve, et non loin Montmartre et ses cabarets. Et plus au nord, Saint Ouen et Saint Denis.

Puis ses promenades sur le Boul’Mich’ où il croise Verlaine et Alexandre Dumas fils. Lisons quelles réflexions ces rencontres imprègnent son esprit :

Je poussais souvent jusqu’au quarter Latin ; J’ai vu passer Verlaine au long du Boul’Mich’, dans son paletot miteux, son écharpe au col, boîteux, laid et vulgaire, je l’ai aperçu devant une absinthe et, malgré ma volonté d’admiration, je ne voyais qu’un vieillot vieillissant.

Alexandre Dumas fils, au rebours, m’a presque charmé, et Dieu sait que j’avais pour l’écrivain une estime plutôt médiocre.

Puis les chapitres s’enchainent, avec La maison d’Auteuil, le grenier transformé en musée. C’est en juin 1933 que Rosny rédige en partie ses souvenirs et il établit le catalogue des écrivains qui fréquentaient le cénacle des frères Goncourt. Se succèdent ou se croisent Alphonse Daudet, surnommé le Cheik, mais aussi Raffaelli le peintre, Caraguel le logicien, et combien d’autres, appréciés ou non.

A propos de Zola, voici ce qu’en écrit Rosny :

Parmi les morts, Zola… Aussi gras alors qu’il sera maigre bientôt, triste, désabusé, un pli d’amertume à la commissure des lèvres, le front beau et spacieux, le visage quelconque. Son succès ne l’égayait pas, il lui arrivait même de dire « On ne me lit pas ». Par quoi il entendait qu’on le lisait mal.

Un regard d’entomologiste qui continue son exploration dans les autres chapitres, entrecoupés d’une impressionnante iconographie, gravures, photographies, et nous livre des figures célèbres ou oubliées déclinés ainsi : Raoul Ponchon, Jean Lorrain et Octave Mirbeau, Le père Hugo, L’ange gardien d’Anatole France, Une soirée chez Proust, Willy, Avec Paul Adam, Jean de Bonnefon, pour finir enfin avec La Société des Gens de lettres.

Une rétrospective littéraire qui ne pourrait qu’intéresser tous ceux qui, férus de littérature, quelque soit le genre qu’ils apprécient, désirent en connaître un peu plus sur l’époque et ceux qui gravitaient sur la Planète des Lettres.

J.-H. ROSNY Aîné : Portraits et souvenirs. Notice biographique de Robert Borel-Rosny. Edité par la Compagnie Française des Arts Graphiques. Parution 1er trimestre 1946. 112 pages.

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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 06:12

Juste une mise au point

Sur les plus belles pages de ma vie…

Elie-Marcel GAILLARD : Ponson du Terrail. Biographie de l’auteur du Rocambole.

L’honnêteté intellectuelle est de vérifier les sources d’une affirmation, d’une rumeur, avant de continuer à propager ce qui n’est que l’expression d’un dépit et d’une jalousie à l’encontre d’un auteur.

Ainsi depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles, est attribuée à Pierre Alexis de Ponson du Terrail cette phrase qui a fait le tour du monde et dont se servent encore quelques chroniqueurs afin de se faire mousser en laissant croire qu’ils ont lu l’œuvre du créateur du Rocambole et qu’ils sont les premiers à avoir relevé cette anomalie :

Elle avait les mains froides comme celles d'un serpent.

Cette citation apocryphe ne figure pas dans Rocambole, comme certains le laissent croire, mais est due à Robert Robert-Mitchell, homme politique et journaliste.

La véritable phrase écrite par Ponson du Terrail est celle-ci :

Cette femme avait la main froide comme le corps d’une couleuvre.

Ce qui est non seulement totalement différent mais démontre que la jalousie des uns et des autres peut être non seulement préjudiciable mais se perpétrer sans que personne y trouve à redire. Enfin, si, quelques-uns quand même qui doutaient de cette origine suspecte et Elie-Marcel Gaillard, dans cette biographie, dément catégoriquement tout ce qui est colporté, et redonne quelques citations à leurs véritables auteurs. Et parmi toutes les citations imputées à Ponson du Terrail, bon nombre sont apocryphes. On ne prête qu’aux riches…

Non seulement le mot Rocambolesque est passé dans l’usage courant, parfois à tort et à travers, mais une autre expression est à l’origine d’un courant littéraire, car l’appellation de roman de cape et d’épée a été utilisée par la suite de la parution en 1856 de son roman La cape et l’épée pour certains romans historiques.

Après avoir dressé l’arbre généalogique, remontant jusqu’en 1575, et raconté la jeunesse de Pierre Alexis de Ponson, né le 8 juillet 1829 à Montmaur (Hautes-Alpes) qui ne deviendra de Terrail que pour les besoins littéraires, accolant au nom de son père celui de sa mère, ses relations avec ses grands-parents maternels qui l’ont en partie élevé, son enfance dans la maison familiale de Simiane la Rotonde (Basses-Alpes devenues Alpes de Haute Provence), les différents établissements scolaires fréquentés à Apt notamment puis à Marseille, Elie-Marcel Gaillard nous invite à suivre le jeune homme à Paris où il débarque à l’âge de 18 ans, à la veille de la révolution de 1848, jusqu’à ses débuts littéraires dans de petites revues puis chez Emile Girardin, dans ses diverses publications. Sans oublier son passage dans l’usine d’Alexandre Dumas durant un an environ, en compagnie d’Octave Feuillet, Gérard de Nerval et quelques autres, puis l’arrêt de cette collaboration, la condition d’écrivain anonyme ne lui convenant pas.

Car déjà tout jeune, Pierre-Alexis se nourrissait de la lecture des livres entreposés dans la bibliothèque de son grand-père, et défrayant la famille qui est composée depuis des siècles de notaires et de gens de biens, il a décidé de faire des romans. Et de 1851 jusqu’à sa mort en 1871, date de son décès alors qu’il n’avait que 41 ans, le romancier populaire noircira des centaines de milliers de pages, devenant célèbre et populaire. Ses écrits sont publiés aussitôt rédigés sur les différents supports qui le paient grassement. Et il lui arrive de travailler sur cinq romans à la fois, passant d’un pupitre à un autre, prosateur infatigable. Il avoue qu’il n’a jamais lu ses romans n’apportant que quelques corrections lors de la rédaction.

Cette facilité à produire, cette imagination sans défaut, son sens de l’intrigue n’est pas sans produire d’effets néfastes sur ces relations avec ses confrères, et avec des journalistes-écrivains manqués. L’envie, la jalousie, l’ombrage ressenti, se traduisent par des dénigrements sur son origine, son nom, ses écrits, engendrant des citations apocryphes.

Heureusement Ponson du Terrail ne possède pas que des détracteurs, il a aussi des amis parmi ses relations, et surtout des millions de lecteurs qui attendent impatiemment la suite des feuilletons qu’il produit à la chaîne. Il se réserve dans la journée un temps pour l’écriture et après avoir fourni aux divers journaux qui le publient, il aime se rendre dans des cafés afin de regarder les passants, de se promener dans les beaux quartiers ou les quartiers sensibles, afin de récolter des images, des impressions, des situations, des échanges verbaux qu’il restitue ensuite dans ses ouvrages. Et puis, serait-il devenue secrétaire de la Société des gens de lettres crée par Georges Sand, Victor Hugo, Balzac, Dumas et Louis Dunoyer, puis vice Président, si ses écrits éraient si mauvais que certains le prétendent ?

 

Elie-Marcel Gaillard revient sur tous ces épisodes, l’altération du nom lors de la transcription par des clercs sur les registres de l’état-civil qui lui occasionneront des démêlés juridiques et dont se serviront ses détracteurs, ses réussites, les conflits avec ses confères, des insinuations auxquelles Ponson du Terrail ne prêtait guère attention sauf en quelques occasions, et bien d’autres événements qui sont décrits ici avec preuves à l’appui.

L’auteur de cette biographie aborde également les côtés historiques, politiques, sociologiques mieux faire comprendre l’époque et ce succès phénoménal.

Petite remarque en passant, qui ne manquera pas d’interpeler bon nombre de lecteurs de cet article, des lecteurs qui sont dépendants de la Poste :

Dès que le réseau des chemins de fer le permet, le courrier est acheminé par des trains express, qui comportent d’ailleurs un bureau de poste ambulant ouvert au public. On trouve des boîtes aux lettres partout, aux carrefours des chemins de campagne, dans les gares. Enfin, les tarifs uniformisés sont très raisonnables. A Paris, en 1867, les boîtes aux lettres des quartiers et des carrefours sont levées sept fois par jour. Il y a sept distributions, et « seulement » cinq le dimanche. Une lettre postée à huit heures du soir en province est distribuée à Paris le lendemain matin à dix heures.

Ceci ne souffre d’aucun commentaire, mais on pourra simplement dire, c’était mieux avant. Mais le modernisme est passé par là et surtout les restrictions budgétaires. Ce n’est pas le seul domaine dans lequel on peut enregistrer une régression.

 

L’auteur de cette biographie n’a pas ménagé sa peine, se plongeant dans divers documents, archives et correspondances de Ponson du Terrail avec sa sœur Hortense qui avait laissé ses mémoires, des archives communales et départementales, d’ouvrages imprimés du vivant et après le décès de Ponson alors que celui-ci ne pouvait plus contester les affirmations et extrapolations, et des divers journaux de l’époque.

Une somme de travail impressionnante, et un livre agrémenté de documents photographiques, de documents et de Une de journaux, d’un arbre généalogique et d’une bibliographie partielle s’étalant de 1851 à 1880 pour des ouvrages posthumes, avec les différentes éditions et rééditions. Un ouvrage remarquable qui malheureusement n’est plus disponible chez l’éditeur. Mais avec un peu de chance….

Elie-Marcel GAILLARD : Ponson du Terrail. Biographie de l’auteur du Rocambole. Editions A. Barthélémy. Parution le 1er octobre 2001. 208 pages.

ISBN : 978-2879231167

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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 09:20

Soixante ans d’éditions populaires !

Les publications Ferenczi. Revue Le Rocambole N°82.

Les jeunes n’ont pas connu cette maison d’édition qui inonda le marché de fascicules en tous genres, policiers, fantastiques, aventures, amour, pour un petit prix jusqu’au début des années 1960.

De petits livres dont la pagination variait en fonction des collections, ainsi que des aléas éditoriaux, qui pouvaient osciller entre 16 jusqu’à 128 pages, et dont la parution était hebdomadaire. On peut encore dénicher dans les vide-greniers ces petits ouvrages, parfois bien endommagés, et que recherchent les collectionneurs et amateurs de littérature populaire ancienne. De nos jours il n’existe plus de collections populaires, à des prix abordables. Mais comme à toute règle il existe des exceptions, me faut-il signaler toutefois Les Editions du Carnoplaste, sous la sainte bénédiction de Robert Darvel, qui proposent des fascicules de 32 pages au prix gastronomique (seuls les gourmands de littérature populaire apprécieront) de 3€. Mais ceci est une autre histoire et un autre débat.

Ce nouveau numéro de la revue le Rocambole retrace cette épopée littéraire qui œuvra pour le plus grand plaisir des lecteurs prolétaires, mais posséda sa collection dite de prestige.

De l’origine de cette maison d’édition créée en 1896 par Jozsef Fischer, né en Hongrie en 1855, arrivé en France en 1879, changeant ses prénom et nom vers 1886 en Joseph Ferenczy, puis vers 1916/1947 en Ferenczi, jusqu’en 1964 avec la disparition d’Henri Ferenczi, l’un des deux fils de Joseph, les différents contributeurs proposent une étude quasi complète.

Les débuts difficiles, les maisons d’éditions concurrentes, les années de la Première Guerre Mondiale, les remous, les diverses collections, une tentative de listage des fascicules, la Seconde Guerre Mondiale, la main mise par Jean de La Hire, la transformation en Editions du Livre Moderne, puis le retour à la dénomination originelle des éditions Ferenczi et les dernières publications avec les collections Le Verrou et Feux Rouges.

Le mieux est peut-être de vous détailler le sommaire de ce dossier intéressant en tout point, comportant de très nombreuses illustrations, avec ce sentiment de frustration car on aurait aimé en savoir encore beaucoup plus :

 

Les publications Ferenczi, par Daniel Compère & Jean-François Le Deist.

Les débuts des éditions Ferenczy, par Daniel Compère.

La maison d’édition J. Ferenczi & fils, par Myriam Quéré.

Ferenczi éditeurs. Repères chronologiques, par Jean-François Le Deist.

Ferenczi et le roman policier, par Jacques Baudou.

Ferenczi, de Maurice Level à Colette, par Jean-Luc Buard.

L’aryanisation des éditions Ferenczi (1940-1942), par Marie Puren.

Henri Armangol, par François Ducos.

La gouache du rêve, par Guy Costes.

Les débuts de Ferenczy révélés, par l’assassin de Sadi Carnot, par Marcel Hutin.

Le bluff des tirages, par Pierre Lagarde.

 

Comme on peut s’en rendre compte, un dossier copieux et pourtant incomplet, car la recension des diverses collections, fascicules ou grands formats, mériterait à elle seul un volume épais de plusieurs centaines de pages. Jacques Baudou s’attache à recenser quelques-unes de ces collections. Le Roman policier, créée en 1916 perdurant jusqu’en 1923 avec un total de 206 titres, passant de 48 pages à l’origine puis à 32 pages. Sont ainsi déclinés, avec l’historique et les principaux auteurs marquants, Police & Mystère, Crime & Police et Police, Le Petit Roman Policier, Mon Roman Policier, Le Verrou et Le Fantôme, Police & Mystère nouvelle série, et enfin Feux Rouges.

Mais comme les éditions Ferenczi ont œuvré dans tous les domaines du roman populaire, fantastique, policier, science-fiction, aventure, sentimental, jeunesse, romans-cinéma, le travail à effectuer est colossal, car décliner les titres des collections sans établir un listage du contenu n’offre guère d’intérêt. En effet, parmi les très nombreux auteurs qui ont publié chez Ferenczi, certains auteurs, célèbres à leur époque comme Georges Spitzmuller, Michel Nour, Félix Léonnec, Marcel Idiers, René Poupon, rédigeant dans tous les domaines de la littérature populaire ; d’autres qui possèdent encore une petite aura auprès des anciens lecteurs, Marcel Allain, Jean de La Hire, Marcel Priollet, Albert Bonneau, H.J. Magog, tous utilisant de nombreux pseudonymes, et ceux dont on parle encore, Léon Sazie avec les rééditions de Zigomar, Maurice Limat, Ange Arbos plus connu sous le nom de Marc Agapit et surtout Georges Simenon, qui signa Jean du Perry et Christian Brulls.

Liste non exhaustive bien évidemment.

Mais les éditions Ferenczi, ne pouvaient se contenter des publications populaires et, tout comme le fit plus tard les éditions Fleuve Noir avec la collection Grands Romans, elle se lança dans une collection de romans dits littéraires, avec la collection Le Livre Moderne Illustré qui accueillit en son sein des auteurs prestigieux tels que Georges Duhamel, Francis Carco, les deux frères Rosny pour des romans individuels, Céline, François Mauriac, Gabriel Chevalier, Rachilde… Là encore, liste non exhaustive.

On ne peut passer sous silence les divers illustrateurs des couvertures des fascicules, qui furent également à l’origine du succès de cette maison d’édition, tels que Henry Armengol, Georges Vallée, Raymond Houy ou encore Georges Sogny.

 

En forme de digestif, après ce repas copieux, ce dossier est suivi de l’analyse de Les enfants de la Louve d’André Beucher par Jérôme Sorme et Le coin des pseudonymes par Patrick Ramseyer. Mais dans le dossier des éditions Ferenczi, d’autres pseudonymes sont dévoilés, ce qui est toujours intéressant pour les chercheurs de lectures anciennes. Bonne lecture !

 

 

Pour commander cet ouvrage ou pour tout simplement vous abonner, ce qui serait encore mieux :

Vous pouvez également pointer le curseur de votre souris sur le lien suivant qui offre une synthèse et quelques liens sur différentes collections des éditions Ferenczi :

Les publications Ferenczi. Revue Le Rocambole N°82. Editions AARP. Parution Avril 2018. 176 pages. 18,00€.

ISBN : 9782912349705

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 13:48

Retour sur le 5 mai 1988.

Gilbert PICARD : L’affaire d’Ouvéa.

Fin avril, début mai 1988, l’opinion publique est alertée.

Tout d’abord sous le choc, elle sera bientôt irritée par les relations d’une affaire qui mettra aux prises les ténors de la vie politique, le tout savamment entretenu par des médias en quête de sensationnel et qui se délectent de controverses. Quelle joie pour les journalistes d’en rajouter en mettant de l’huile sur le feu.

Entre deux tours de scrutin, en pleine campagne présidentielle, quel plaisir d’étaler au grand jour un scandale et de le nourrir. Cette triste affaire fait les choux gras des hommes politiques, enfin pas tous ! Alors que pendant ce temps des hommes, des femmes pleurent leurs morts.

Il s’agit de la prise d’otages et de la délivrance par ceux-ci par les hommes du GIGN, dans cette île perdue, loin de la métropole, et qui a pour nom Ouvéa, nom de la Nouvelle-Calédonie.

Gilbert Picard est un écrivain, un romancier mais aussi un journaliste intègre, comme devraient l’être les journalistes. Du moins je le suppose. Il ne cherche point à tirer profit d’un scandale, d’une bavure, mais bien de remettre les choses à leur place et de rendre hommage à ceux qui ont été en première ligne, dans tous les sens du terme.

Après avoir été exposés aux coups des machettes et des fusils d’indépendantistes surexcités, ils sont pris en ligne de mire de ceux qui sont restés bien peinards dans leurs bureaux, les charentaises aux pieds, mais qui n’hésitaient pas à alerter l’opinion publique afin de bénéficier d’un racolage payant traduit en bulletins de vote.

Gilbert Picard analyse, commente, dissèque les tenants et aboutissants de cette affaire avec un esprit critique lucide en tentant d’appréhender la vérité au plus près.

Bizarrement, la presse dans son ensemble n’a pas parlé de ce récit documentaire. Aurait-il été dérangeant ? La déontologie journalistique n’était-elle plus ce qu’elle aurait dû être, ce qu’elle devrait toujours être ? Il est vrai que signaler la parution d’un ouvrage, surtout s’il dérange un peu et fait le point sur une vérité bafouée, fait moins vendre d’exemplaires de journaux que dénoncer des bavures, même si les dites bavures sont grossies ou déformées.

Or Gilbert Picard fait revivre, heure par heure, le déroulement exact de l’Opération Victor, en posant quelques (bonnes ?) questions. Pourquoi la prise d’otages a-t-elle été montée pendant la campagne présidentielle ? Que s’est-il réellement passé dans la cuvette de Gossanah quand les forces spéciales ont donné l’assaut ? Quel a été le rôle du capitaine Legorgu promu commandant dès son retour en métropole ? Pourquoi son rapport a-t-il été communiqué à la presse alors qu’il était classé Secret-défense ? Mais il cet ouvrage livre bien d’autres faits passés inaperçus à l’époque par la grande majorité de l’opinion publique.

Gilbert PICARD : L’affaire d’Ouvéa. Document. Editions du Rocher. Parution septembre 1988. 154 pages.

ISBN : 9782268007045.

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 08:30

L’ancêtre d’un Guide pour les Nuls ?

Robert SOULAT : Mémoire pour servir à l’élévation des médiocres.

Surtout connu pour avoir succédé à Marcel Duhamel à la tête de la Série Noire, de 1977 à 1991, Robert Soulat fut aussi un prosateur, un écriveur comme il se plaisait à se définir, iconoclaste et peut-être dérangeant.

L’écriture s’avère un devoir, un besoin, un but, une passion.

Mais l’autre grande passion, dont l’écriture découle, c’est la femme. La femme qui le porte, l’élève, le soutient, l’inspire. Et en premier lieu, la Mère qui lui inculque l’amour de l’écriture.

Ce pan de la littérature qu’on appelle l’œuvre romanesque, c’est très femme. Ou plutôt, c’est très mère. La manière dont un auteur de romans caresse ses personnages, même lorsqu’il veut en faire des anti-héros, rappelle vivement l’inquiétude et la tendresse des mères.

 

Ironique, caustique, Robert Soulat l’est indéniablement mais tout autant à son sujet, quà sa propre personne, qu’envers des thèmes plus sensibles, ou légers, graves, voire tabou.

Cela va de ce qu’il pense de lui-même et de son cerveau, se propulsant ensuite vers la religion, le rapport de celle-ci avec l’argent, citant Groucho Marx, se plaçant ou plutôt se comparant aux nouveaux riches, ceux de la Rive Droite et ceux de la rive Gauche.

Il manque à mon cerveau des murs de soutènement. Et je me demande parfois comment sa toiture s’y prend pour tenir toute seule. D’où je conclus souvent que cette toiture est une illusion et que mon cerveau est dangereusement exposé aux intempéries.

Plus loin il illustre ses propos ainsi :

Mon cerveau, je le crains, ressemble fort à ces potages où le vermicelle est constitué par des lettres de l’alphabet, et on sait que ce genre d’ouvrage est illisible.

Lucide ou se moquant volontiers de lui en se rabaissant ? Non, une simple constatation d’un intellectuel sachant maîtriser ses capacités littéraires, se livrant sans complaisance, alors que nous-mêmes devrions faire parfois un état des lieux.

Sur la question de l’argent, il se montre volontiers provocateur, tout en étant réaliste.

Les Américains qui ont de l’argent le proclament et s’en vantent, ce qui manque d’élégance. Les Français qui ont de l’argent s’en défendent en public, ce qui est grotesque.

Il oppose l’histoire et la religion, posant des questions fondamentales qui semblent futiles.

Toute l’histoire officielle des Français catholiques – j’entends par là celle qui nous cause des cuisses de Marie-Antoinette et de l’odeur des pieds d’Henri IV – passe pudiquement sur les questions d’argent. L’Eglise romaine aurait, paraît-il, interdit le prêt à intérêt, combine lucrative qu’auraient aussitôt exploitée ces salauds de juifs.

Dans cette dernière phrase, l’on ressent bien ce côté provocateur, Robert Soulat empruntant l’expression de salauds de juifs à la veine populaire, et donc n’est à prendre qu’au second degré. Il montre que la jalousie, en ce qui concerne l’aspect financier, voire mercantile, appose des œillères sur le jugement de bien des personnes qui pourtant se déclarent non-racistes et non antisémites.

Et les Médiocres là-dedans ?

Je ne dissimule pas qu’à force de faire l’éloge des Médiocres, je risque de passer, aux yeux des Purs et des Durs, pour un Conservateur, au mieux, et peut-être même pour un Fasciste.

Ce pourrait être un carnet de réclamation, de pensées divagantes, mais l’auteur suit son idée, celle de se chercher, de se trouver dans un monde où il évolue comme un entomologiste, étudiant ses contemporains, un peu comme La Bruyère l’effectuait lorsqu’il écrivait ses Caractères.

Un mémoire et non des mémoires, parfois, souvent même, amusant, et qui contrairement à ce que l’on pourrait croire est nettement plus profond que toutes les vaticinations de prétendus philosophes autoproclamés.

Mais qui va donc à l’essentiel ? Et qu’est-ce que l’essentiel ? Une station-service ?

Le dérisoire au service de la goguenardise, un entretien avec son lecteur, pour peu que celui-ci daigne le suivre dans le cheminement de ses pensées, des anecdotes délivrées par-ci par là, issues de sa mère, de sa grand-mère, de ses voisins, de ses observations.

 

Robert SOULAT : Mémoire pour servir à l’élévation des médiocres. Editions de l’Atalante. Parution mai 1990. 160 pages.

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 09:34

Sazie dans le rétro !

ALFU : Léon Sazie, Zigomar et Cie.

Parmi les nombreux feuilletonistes et romanciers populaires du début du XXe siècle, Léon Sazie, qui a marqué son époque, mais comme bien d’autres, est tombé dans l’oubli, confiné dans quelques bibliothèques éclectiques et érudites.

Pourtant, son personnage de Zigomar a perduré, sinon dans les esprits, du moins dans la langue française, sous les diminutifs de Zig, Zigoto et autres déformations, tout comme Rocambole connait encore la célébrité sous l’adjectif rocambolesque. Mais il n’a pas atteint la notoriété d’un Fantômas, même si celui-ci, à l’instar des personnages célèbres, a vampirisé les noms de ses créateurs littéraires, Pierre Souvestre et Marcel Allain, et dont l’on ne compte plus les adaptations cinématographies.

Dans son ouvrage sur Léon Sazie et sa production littéraire, Alfu présente l’auteur en quelques pages mais il s’attache surtout à disséquer son œuvre, à présenter les différents personnages qu’il a mis en scène, et pas uniquement Zigomar, ce serait réducteur, et les différents thèmes qui régissent les intrigues, les décors, les événements extérieurs, le côté social emprunté à la réalité de l’époque, et bien d’autres.

Dans son introduction, qui fait pas moins de 55 pages pour un total de 350 pages que comporte l’ouvrage, il décline ces thèmes qui précisent les lieux, publics, extérieurs, discrets ou à combinaison, puis aborde les moyens de transport, avion, métro, bateau et autres, ainsi que des domaines aussi variés et divers que les sens, le tabac dont quasiment tous ses personnages sont atteints d’addiction, sur les idées répandues à l’époque, que Léon Sazie reprend sans malice et qui sont toujours d’actualité, tel le fonctionnaire « parasite budgétivore », en réalité un petit chef qui entrave le travail de ses subordonnés, ou, plus loin, la postérité des personnages principaux ou encore Zigomar contre Fantômas.

Ces précisions apportées, le gros de l’ouvrage est consacré à disséquer les romans par ordre chronologique de parution en une vingtaine pages chaque.

Le premier à être ainsi analysé et résumé est Le Pouce, qui est publié en feuilleton dans la quotidien parisien Le Journal à partir du 18 décembre 1906. C’est la première apparition de Martin-Numa, le premier Sherlock Holmes français, un policier qui sera supplanté dans le cœur des lecteurs par Zigomar, le chef redoutable de la bande des Z, traqué par Paulin Broquet, qui, à l’instar de l’inspecteur Juve avec Fantômas, traque ce bandit aux multiples facettes.

Mais outre Martin-Numa et Zigomar, qui vampirisent pratiquement l’œuvre de Léon Sazie, il ne faut pas oublier d’autres personnages, moins connus mais tout aussi attachants : le policier Mirobal, l’espion Bochemar, le bandit Tréflar, ou Cigarol l’énigmatique.

 

En érudit pointu, sourcilleux, méthodique et précis, Alfu dissèque, décortique un à un les romans de Léon Sazie, en proposant des résumés complets, citations et extraits à l’appui. Evidement, cet ouvrage ne se lit pas comme un roman, plutôt comme un dictionnaire. L’on pioche dedans, l’on picore, l’on s’imprègne de l’atmosphère et l’on ne peut qu’être impressionné par le temps et la patience qu’il a fallu pour lire, analyser, résumer, extirper les phrases chocs ou intéressantes, et rédiger ce qui représente un travail colossal.

 

L’on pourrait croire que, après avoir consulté cet ouvrage, on n’est pas obligé de lire les romans de Léon Sazie, ce qui est un peu vrai, et si l’on a assimilé les textes dus à la plume d’Alfu, on peut briller en société. Mais il n’en reste pas moins vrai que la curiosité reste la plus forte, et même si on possède tous les éléments clé en main, on désirera se plonger dans les romans de Léon Sazie. Un peu comme les feuilletons télé façon Columbo, dans lesquels le coupable est connu d’avance mais ce qui importe, c’est la le travail d’enquête effectué par l’inspecteur pour découvrir son identité.

 

Le sommaire de Léon Sazie, Zigomar et Cie se décline ainsi :

Avertissement

Introduction

Le Pouce (1906)

Martin-Numa, le plus grand détective du monde (1908)

Zigomar (1909)

La femme rousse (1910)

Peau d’anguille (1912)

Mirobal (1913)

Zigomar au service de l’Allemagne (1916)

Bochemar (1916)

Bouche-en-cœur (1917)

Tréflar (1919)

Zigomar contre Zigomar (1924)

Cigarol (1919)

Un nouveau coup de Zigomar (1938)

 

On pourra juste regretter que la bibliographie complète des œuvres de Léon Sazie ne figure pas en appendice. Il est vrai qu’avec Internet on peut accéder à cette liste, mais cela demande à s’approvisionner à plusieurs sources, alors qu’une seule eut été la bienvenue.

 

ALFU : Léon Sazie, Zigomar et Cie. Collection ectures populaires N°1. Editions Encrage. Parution le 8 décembre 2017. 350 pages. 29,00€.

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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 09:03

Abraham Lincoln, président ? Mais pas que…

Abraham LINCOLN : Le mystère Trailor

En général, je lis les préfaces avec un certain recul, car cela ne présente la plupart du temps aucun intérêt. En effet, le scripteur a plus tendance à se mettre en avant, à parler de lui plutôt que d’apporter des éléments novateurs concernant l’auteur et son texte.

Naturellement, tout le monde sait, sauf la nouvelle espèce d’ignares, comme le précise le préfacier, qui arguent du fait qu’ils n’étaient pas nés, que Lincoln fut président des Etats-Unis deux fois mais n’alla pas jusqu’au bout de son second mandat par la faute de son engouement pour le théâtre. En effet il fut assassiné dans le Théâtre Ford, et non dans une automobile comme le nom pourrait le laisser supposer, d’une balle dans la tête le 14 avril 1865. Balle tirée par un Sudiste médiocre comédien, mais qui réussit sa sortie.

Faut-il y voir une relation de cause à effet, le général Robert Lee venait de signer sa reddition à Appomattox le 9 avril, soit quelques jours auparavant. Les mois d’avril sont meurtriers comme chacun sait. Le fameux Lee sudiste qui, à la tête des Confédérés, avait combattu l’abolition de l’esclavage prônée par Lincoln. Il en reste des traces encore de nos jours. Sans oublier que Lincoln fut le premier président républicain, un nouveau parti qui venait de se créer et qui depuis a bien mal tourné. Mais nous ne referons pas l’histoire, nous ne sommes pas mandatés pour.

Revenons donc à Lincoln qui lorsqu’il écrivit ce texte était en bonne santé. Autodidacte, il apprend seul le droit et devient avocat itinérant. Et ce fameux mystère Trailor ne pouvait le laisser insensible. Il en a tiré un texte qui pourrait s’apparenter à une nouvelle criminelle ou à un article journalistique, publié le 15 avril 1846, reprenant les faits, les décortiquant, les analysant et surtout s’interrogeant sur la possibilité de la Justice de rendre un verdict à l’encontre de présumés coupables, reposant sur des témoignages aléatoires, des rumeurs, des aveux peut-être extorqués, et en l’absence de corps. Mais qu’est-ce que ce mystère Trailor ?

En ce printemps 1841, les trois frères Trailor, qui vivent séparément à Springfield, petite ville située dans l’Illinois, ou dans ses environs, se retrouvent un beau (?) jour. Puis ils partent, accompagnés d’un nommé Fischer, lequel est le voisin d’un des frères, pour une promenade en voiture. A cheval je précise. Lorsqu’ils reviennent dans la soirée, un par un, le dénommé Fischer manque à l’appel. Ils s’engagent à le rechercher le lendemain, mais leurs démarches restent vaines. Les jours suivants aussi. Les suspicions des voisins, puis des habitants, puis des journalistes font qu’ils sont soupçonnés puis accusés de meurtre, mais sans qu’aucun cadavre vienne confirmer les allégations.

Pour la suite, je vous renvoie à la préface de Claude Mesplède puisque celui-ci dévoile malicieusement l’épilogue, un système intéressant pour le lecteur qui économise du temps et peut se vanter de connaître la solution, ou presque, sans avoir lu le texte. Mais il s’agit d’un fait-divers authentique que vous connaissez peut-être déjà, même si vous n’étiez pas né à l’époque.

Le fait que le texte français soit suivi du texte original, en américain, réjouira les anglophones, ou plutôt les américanophones, qui pourront lire cet article en version originale, et par la même occasion me préciser ainsi du bienfondé de cette phrase : L'accusation fit une pose. Personnellement, je pencherais pour : L’accusation fit une pause. A moins qu’il y ait une pause pour prendre une pose photographique, par exemple. Je sais, je suis un pinailleur, sans pour cela tromper ma femme.

Quoiqu’il en soit, ce texte, débarrassé de fioritures stylistiques, pose la question fondamentale d’un jugement reposant uniquement sur des intimes convictions. Ce qui peut entraîner, et cela est arrivé à moult reprises et encore dernièrement, à emprisonner de présumés coupables alors qu’ils sont innocents.

 

Abraham LINCOLN : Le mystère Trailor (The Trailor Murder Mystery. Traduction de Franq Dilo). Préface de Claude Mesplède. Collection Noir sœur/Perle noire. Editions Ska. Parution 2 novembre 2015. 33 pages. 2,99€. Edition bilingue. Ebook.

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 13:12

Vingt ans, le bel âge paraît-il. Et pas question

d’arrêter en cours de route.

Revue Rocambole N°80 : La vérité sur le « Rocambole ».

Ce numéro 80, qui salue les vingt ans d’existence de la revue Le Rocambole, est l’opportunité rêvée de la part des rédacteurs pour faire le point sur le travail accompli et sur ce qu’il reste à défricher.

C’est-à-dire tout ou presque, car la littérature populaire est si riche, depuis sa naissance que l’on ne peut dater exactement, tant les auteurs et leurs ouvrages peuvent aussi bien être considérés du domaine populaire que du classique, que l’on sait que l’on n’en verra jamais le bout, et c’est un peu cette somme de travail qui motive les troupes rédactionnelles.

Combien de découvertes et de redécouvertes au cours de ces quatre-vingts numéros, de territoires explorés, de mises au point, d’hommages, d’envies et de passion.

Daniel Compère dans son Tour du Rocambole en 80 numéros en précise la naissance, détaille les différentes approches effectuées tout au long de ces vingt années d’existence, que ce soit dans les dossiers consacrés à un auteur, une tendance, une analyse approfondie des médias, les journaux du XIXe et début XXe siècle, les éditeurs aujourd’hui disparus qui ont contribués à mette en valeur des romanciers devenus célèbres, les thèmes romanesques ou théâtraux, le contexte dans lesquels ces romans ont été rédigés, les illustrateurs qui souvent ont joué un rôle très important pour ne pas dire primordial dans le succès de certains ouvrages, ou que ce soit dans ce que l’on pourrait appeler les annexes : les Révélations du Rocambole qui ont permis de peaufiner quelques pseudonymes, d’en dévoiler d’autres, d’en confirmer ou infirmer certains. La Malle aux docs, Le Front populaire qui est un recensement des différents événements, parutions externes, de rééditions parfois confidentielles, les Varias, la Revue des autographes, et surtout, pour moi, la présentation d’auteurs méconnus et la publication de quelques-unes de leurs nouvelles publiées dans des journaux d’époque et qui n’ont jamais été rééditées ou publiées en recueils.

Et dans cette livraison, Jean-Luc Buard nous entretient d’André Birabeau qui signa également Beauby, et nous propose trois courtes nouvelles qui relèvent bien du genre populaire, avec des fins à chute. Le tout en une narration vivante, dénuée de vulgarité ou de violence, toute en finesse, et humoristiques, voire sarcastique et ironique. La première, La Profession imprévue, met en scène un pauvre hère, un mendiant parisien, qui cherche à se suicider en se jetant d’un pont tout en essayant d’attirer l’attention d’un passant. Cette historiette m’a fait penser à Boudu sauvé des eaux, pièce de théâtre à l’origine de René Fauchois avant d’être adaptée en 1932 par Jean Renoir pour le cinéma. A la différence près que la pièce de théâtre n’a été écrite qu’en 1919 tandis que la nouvelle d’André Birabeau fut publiée en 1916. Suivent De l’assassinat considéré comme une entreprise commerciale et Souvenir.

C’est par hasard que Jean-Luc Buard a découvert cet auteur et ces textes, comme bien souvent, en épluchant les journaux, Le Rire, le Journal, Le Matin, Fantasio, et bien d’autres, pour des recherches qu’il effectuait concernant Marie Aycard et Maurice Level. Mais la découverte d’un texte, d’un auteur, fournissent au chercheur passionné des pistes nouvelles, et c’est ce travail de dépouillement que Jean-Luc Buard nous narre, via des microfilms, des publications de la BnF et de Gallica et d’autres supports. Un travail de longue haleine, qui dure depuis près de trente ans et qu’il nous livre avec rigueur. Un article intitulé La littérature invisible et les aupopos, ce qui décrypté signifie que très souvent, les auteurs, et leurs textes, qui fournissaient des contes et nouvelles, voire des romans pour les journaux, n’ont pas l’heur d’être publiés en livres, ce qui fait qu’ils restent invisibles pour la plupart des lecteurs sauf lorsque d’heureuses initiatives, comme celle du Rocambole mais également d’autres éditeurs tel La Clé d’Argent, les exhument des limbes dans lesquels ils sont restés confinés durant des décennies. Quant aux Aupopos, il s’agit tout simplement des Auteurs Populaires Potentiels, un clin d’œil à l’Oulipo et son petit frère l’Oulipopo.

Je pourrais signaler également l’article d’Alfu et Francine Delauney, les publications romanesques dans la presse samarienne, c’est-à-dire du département de la Somme. Vingt trois journaux ont été consultés, ce qui prouve la vitalité de la presse de province d’avant-guerre mais qui ont connu des fortunes diverses, un millier d’auteurs encore célèbres ou totalement méconnus de nos jours. Et il est intéressant de remarquer, d’après le tableau qui figure dans l’article que tous ces romanciers ou nouvellistes ne furent pas logés à la même enseigne. Un constat édifiant. Par exemple, en tête de liste Jules Mary figure pour 54 titres dans 10 journaux, suivi de Max du Veuzit pour 34 titres dans 7 journaux, mais que Jules Verne, pourtant marié avec une Amiénoise et s’installant dans ce département en 1872, n’aura que 12 titres publiés dans 2 journaux.

Un article riche d’enseignement à divers… titres.

Bien d’autres articles complètent cette revue mais il faut garder une part de mystère, comme les bons vieux romans-feuilletons.

J’aimerai juste signaler une dernière petite chose. 18,00 € pour 176 pages, d’accord, mais la police de caractère est très petite, un peu comme ça : Après vingt années de publication de Rocambole… Ce qui pour une police de caractère plus conséquente doit avoisiner au moins les 250 pages. Une estimation à vérifier.

A signaler également que l’adhésion simple est de 49,00€ pour 4 numéros par an, dont un numéro double, ce qui fait 3 revues en réalité mais le numéro double, comme son nom l’indique comporte le double de pages, donc pas d’arnaque.

Et vous pouvez adhérer, ce qui est fortement conseillé, en vous rendant sur le lien ci-dessous :

 

Quelques chroniques sur le Rocambole afin de vous démontrer la diversité des thèmes abordés et traités :

Revue Rocambole N°80 : La vérité sur le « Rocambole ». Ouvrage dirigé par Alfu & Daniel Compère. Un volume broché, 14 × 20 cm. Parution octobre 2017. 176 pages. 18.00 €.

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 09:46

Cette année, la revue Le Rocambole fête ses vingt ans d’existence et le numéro 80 vient de paraître.

Le Rocambole N° 13 : Gustave Aimard.

L’occasion, avant de s’attarder sur cette nouvelle livraison, pour nous pencher quelque peu sur d’anciennes publications, toujours disponible.

Un dossier consacré à Gustave Aimard (et non Jean comme certains pourraient le croire), écrivain, romancier mais surtout aventurier. C’est dire si ce qu’il a écrit n’est pas vraiment de la fiction mais des tranches de vie améliorées.

D’ailleurs les historiens de cet auteur un peu perdu de vue ne s’y trompent pas. Ils traquent au détour des pages le réel de la fiction, le vécu de l’imaginaire. Un travail en profondeur car le terrain était en friche et il leur a fallu démêler un véritable fil d’Ariane. Qu’en soient remerciés ici Thierry Chevrier, le maître d’œuvre de ce dossier mais également James Cartier.

Ce travail en profondeur n’est pas une apologie, genre tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, mais sait discerner aussi les lacunes, les ambiguïtés, les fautes de styles et même les imputations de plagiat.

Parmi les autres articles qui composent le sommaire de ce numéro je retiendrai une lettre d’un lecteur américano-russe qui a vibré à la lecture des aventures d’Angélique, Marquise des Anges. Pour beaucoup cette saga est devenue quelque peu bon enfant, mais dans les années cinquante et soixante, ce fut un véritable raz de marée, un best-seller avant la lettre, paru en feuilleton dans les journaux à grand tirage de l’époque, France-Soir par exemple, et ce fut également un succès cinématographique remis souvent à l’honneur par des rediffusions télévisées.

Le succès d’une série suscite parfois des jalousies, c’est peut-être pour cela qu’Angélique Marquise des Anges et les onze ou douze autres volumes qui constituent cette saga historique semble aujourd’hui boudée, pour ne pas dire dédaignée.

 

Ce numéro de la revue Rocambole peut être commandé chez tous les libraires, dignes de ce nom, ou directement sur le site du Rocambole.

Le Rocambole N° 13 : .Gustave Aimard. Un volume broché, 14 × 20 cm. 176 pages. Parution hiver 2000. 14.00 €.

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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