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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 09:24

Souvenirs, souvenirs

Il nous reste nos chansons…

Jan THIRION : John et Yoko sont dans un hosto.

Malgré la limitation de la vitesse à 80 km/h, limitation respectée puisqu’elle roule légèrement en deçà, Billie Holiday décède dans un accident de voiture. Elle était au volant et n’a pu éviter un autobus (Macron ?) qui arrivait dans l’autre sens. Résultat, deux morts, elle et sa fille Janis Joplin qui était auprès d’elle. Les deux autres enfants, placés à l’arrière, John Lennon et Yoko Ono s’en sortent mais non sans dommages corporels.

Pour Luis Mariano, le père putatif et adoptif des deux garçons, John Lennon et Yoko Ono, un petit Vietnamien de douze ans n’en paraissant que huit et qui vient d’être adopté, c’est une brisure, une fracture, une amputation familiale. John a eu la jambe brisée, et se déplace en fauteuil, tandis que Yoko est devenu paraplégique, sans grand espoir de pouvoir remarcher un jour. Il a échappé à une mine dans son pays natal, mais pas à son destin.

Donc les deux garçons sont soignés à l’hôpital Raymond Poincaré AP HP de Garches où ils bénéficient également de la scolarité. John peut déambuler tranquillement d’un bâtiment à l’autre, en empruntant les souterrains. Il rencontre de temps en temps Yoko accompagné en permanence de son panda, une peluche-sac fétiche.

Mais cet hôpital est particulier, puisque aussi bien personnel soignant que patients possèdent des patronymes d’artistes de variétés, dont certains avouons-le, sont oubliés des mémoires. Car cette histoire se déroule en 1968, et l’on y retrouve des personnages du nom d’Aznavour, Mike Brant, Maurice Chevalier, Marcel Amont, Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Annie Cordy, Buffy Sainte-Marie et combien d’autres dont Jim Morrison et son homme de main Tini Young (vous vous souveniez de la petite protégée d’Henri Salvador ?).

Dans une ambiance surréaliste, le lecteur accompagne John dans divers épisodes qui ne manquent pas de sel. Ainsi alors qu’il emprunte les sous-sols comme à son habitude pour rejoindre son bâtiment, John est abordé par Franck Sinatra qui lui demande s’il sait jouer à la belote. John, qui n’y connait rien affirme que oui. Franck Sinatra est le caïd de l’étage, et leurs deux adversaires seront Dario Moreno, cul-de-jatte sourd-muet, et l’obèse Yvan Rebroff. Quant à John il remplace au pied levé un dénommé Jacques Brel parti le matin même en croisière aux îles Scalpel et Bistouri. Contre toute attente, John gagne puis il participera à un tournoi de Poker. C’est là qu’il se rend compte qu’il possède un don, par exemple celui de voir les cartes de ses adversaires. Ainsi s’enchaînent les épisodes d’un séjour mouvementé, et un début de liaison avec Sylvie Vartan, puis avec Françoise Hardy. Leur copine France Gall étant prise (façon de parler) par ailleurs. Sans oublier des concerts par un groupe issu du sérail hospitalier et John Lennon lisant L’écume des jours, son livre de chevet.

Mais l’univers hospitalier n’est pas rose, ou blanc, puisque certains mandarins s’activent et que les électrochocs sont distribués à volonté ; que d’étranges animaux, chiens, rats, ou autres, John n’arrive pas à cerner leur morphologie, se promènent en toute impunité dans les couloirs des sous-sols ; et qu’un petit train, conduit par Georges Moustaki, circule distribuant les repas, navigant vers les urgences ou direction la morgue, au gré des défaillances.

En lisant ce roman complètement farfelu et tendre, un voyage en absurdie totalement maîtrisé et à l’épilogue renversant, s’intercalent la voix petite voix et des extraits de chansons que vous ne manquerez pas de fredonner, si vous avez connu cette période bénie des dieux et des vieux.

En fin de volume, sont répertoriés les titres des chansons évoquées en interlude ainsi que les noms de leurs interprètes. Souvenirs, souvenirs de chansons pas si idiotes que ça quoique Jean-Bernard Pouy les catalogue ainsi.

 

Première édition : éditions Krakoen. Parution mars 2009. 226 pages.

Première édition : éditions Krakoen. Parution mars 2009. 226 pages.

Jan THIRION : John et Yoko sont dans un hosto. Préface Jean-Bernard Pouy. Roman numérique. Collection Noire sœur. Editions Ska. Parution 29 juin 2018. 327 pages. 4,99€.

Première édition : éditions Krakoen. Parution mars 2009. 226 pages.

ISBN : 9791023407280

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26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 11:11

Lorsque Wells redescend sur Terre et nous propose un roman social humoristique !

Herbert-George WELLS : L’histoire de M. Polly

Le nom de H.-G. Wells fait immédiatement penser à quelques titres de romans, d’anticipation ou de fantastiques, célèbres tels que La Guerre des mondes, L’homme invisible ou encore L’île du docteur Moreau.

Pourtant il ne faudrait pas réduire la production littéraire du célèbre romancier britannique à ces quelques exemples, car bon nombre de ses écrits, souvent considérés comme des romans sociaux à l’humour toujours présent mais discret, valent largement le détour.

Ainsi cette Histoire de M. Polly est un regard porté sur les mœurs sociales et économiques du début du XXe siècle à travers l’histoire d’un homme, M. Polly, un homme insouciant, naïf, lymphatique et sympathique qui accumule les déboires.

Au moment où le lecteur fait la connaissance de M. Polly, Alfred de son prénom, celui-ci est assis sur une barrière, une jambe pendante, et il fulmine, expectorant des vitupérations dans un vocabulaire qui lui est particulier. Il digère mal et attribue ses embarras gastriques à la terre entière et en particulier à sa femme Myriam et à la faillite de sa boutique qui se profile.

C’est le moment pour le scripteur de revenir en arrière et de développer la jeunesse de M. Polly, ses années d’école puis de pension à la mort de sa mère, celles comme apprenti puis commis dans des différentes boutiques de confection dans le Sussex puis à Londres, les quelques jeunes garçons avec lesquels il s’était lié d’amitié, le décès de son père chez le cousin Johnson qui l’avait recueilli et la connaissance d’une partie de la famille dont il n’avait jamais entendu parler. Notamment les trois sœurs Larkins dont il s’amourache plus ou moins, tandis qu’elles n’attendent qu’un mot de sa part, puis son mariage plus tard avec l’une d’elles, Miriam. Entre temps il avait quitté son emploi à Londres et grâce à un héritage paternel auquel il ne s’attendait et qui était conséquent, l’installation, un peu malgré lui, dans une boutique à Fishbourne, puis la faillite qui lui pend au nez.

Il n’a que trente-sept ans et demi, est marié, mal, depuis quinze ans, et il décide de jeter son bonnet, en l’occurrence sa casquette qu’il pensait avoir perdue alors qu’elle était tout simplement dans sa poche, par-dessus les moulins et de se suicider après avoir mis le feu à sa boutique.

Tout ne se déroule pas tout à fait tel qu’il l’avait imaginé et ses voisins, avec lesquels il était en froid, vont le traiter comme un homme courageux. Mais pour lui, c’est trop tard, et plaquant tout, sa femme et ses ruines, il part à l’aventure et se retrouvera comme homme de main dans une auberge. D’autres aventures lui sont promises, particulièrement mouvementées, au cours desquelles il se sublimera sans vraiment le savoir et le vouloir.

 

Ce roman humoristique un peu dans l’esprit de Jérôme K. Jérôme (souvenez-vous de Trois hommes dans un bateau) et de quelques autres, permet de mettre en scène M. Polly dans des événements marquants de son existence, notamment l’enterrement de son père, épisode triste normalement, mais d’autres péripéties qui amènent le sourire sur le visage du lecteur alors que les situations ne s’y prêtent guère pourtant.

Il s’agit de décrire le parcours d’un homme, banal, et de réaliser une étude de mœurs avec une bonhommie particulièrement réjouissante.

Entré à six ans à l’école communale, sorti à quatorze de la pension particulière, M. Polly se trouvait au bout de ce temps, dans un état d’esprit comparable à celui où serait un malheureux patient, opéré de l’appendicite par un jeune apprenti boucher, rempli de bonne volonté et de décision, mais aussi surmené que mal payé, et qui aurait été remplacé, avant la fin de l’opération, par un aide maladroit, plein d’excellents principes, mais adonné à la boisson – ce qui revient à dire que l’esprit de M. Polly présentait le plus complet désarroi.

M. Polly passe son temps dans sa boutique à lire, occupation digne d’intérêt d’autant qu’il achète les volumes, dont souvent manquent les couvertures ou certains tomes, dans des brocantes. Mais cela ne lui apporte guère, surtout lors d’un entretien d’embauche.

Celui qui passe son temps à forger des phrases bizarres et des épithètes faites de mots écorchés ; celui qui pour la vie d’est qu’un bloc aurifère dans lequel de rares veines de joie inactive figurent tout le précieux métal; celui qui, par goût, lit Boccace, Rabelais et Shakespeare, et pour qui, arriviste stentorien et junior gandin sont les termes exprimant l’opprobre le plus amer ; - celui-là n’est pas appelé à un grand avenir, dans les conditions actuelles du commerce.

Le commerce, justement, n’est pas sa tasse de thé, il s’en ouvre au cousin Johnson lors du décès de son père.

Ma foi, j’avoue que le commerce ne me sourit qu’à moitié, déclara M. Polly, trop de bluff et de chiqué là-dedans pour ma façon de voir.

Quant à son union avec Miriam, à peine marié, son esprit balance entre deux sentiments :

M. Polly était absolument incapable de démêler si son cœur débordait de tendresses anticipées ou de déplorables regrets.

Un roman qui s’avère une véritable récréation bénéfique engendrant de la bonne humeur dans un contexte social et littéraire, parfois, procréant la morosité.

 

Herbert-George WELLS : L’histoire de M. Polly (The history of Mr. Polly – 1910. Traduction de l'anglais par Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz). Folio N° 1014. Editions Gallimard. Parution 10 mars 1978. 350 pages. 8,30€.

ISBN : 978-2070370146.

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25 juillet 2018 3 25 /07 /juillet /2018 07:16

Coucher avec une autre personne que son conjoint, ce n'est pas la tromper, mais bénéficier d'une

formation permanente.

Philippe GEORGET : Méfaits d'hiver.

Il parait, selon les magazines féminins bien informés, que le nombre de cocus est en courbe ascendante, une inflation galopante, et si cette propension à aller voir chez les autres si c'est mieux que chez soi, était réservée de tout temps aux hommes, les femmes de nos jours n'hésitent à suivre ce précepte : changement d'herbage réjouit les veaux.

Pourtant l'équation Deux plus un = un gros paquet d'emmerdes, tarabuste Sebag qui d'un seul coup (sic !) est confronté à ce problème.

Ce qui le chagrinait depuis un certain temps, ce qu'il supputait vient d'être confirmé, à quelques jours de Noël. Un drôle de cadeau parvenu sous forme de SMS dans le téléphone de sa femme. Claire le trompe. Pourtant, elle l'affirme avec conviction, elle l'aime toujours. D'ailleurs c'est terminé, son amant ayant été muté de l'autre côté des Pyrénées. Un accident de parcours.

Est-ce le fait d'apprendre son cocufiage qui déclenche une réaction en chaine, nul ne saurait le dire. Pourtant c'est bien ce qui se produit.

 

Un homme tue sa femme alors qu'elle venait de terminer une partie de billard avec son amant dans une chambre d'hôtel. L'homme est parti le premier et le mari trompé s'est engouffré dans le nid d'amour abattant sa femme, qui fumait sa dernière cigarette, avec une carabine. Puis il repart dans la nature.

Appréhendé, il ne nie pas, toutefois ses déclarations jettent un trouble dans l'esprit de Molina, de Ménard et de Sebag. Si le meurtre ne fait aucun doute, ils se rendent compte que le mari bafoué avait été prévenu. Or, idée lumineuse, en vérifiant les vidéos des caméras de surveillance placées un peu partout dans Perpignan, il ne pouvait être sur place au moment où l'a déclaré.

Et comme une contagion qui se répand insidieusement, un autre couple va être séparé à cause d'un vol plané par une fenêtre. Mais cette fois, c'est le mari trompé qui se tue en passant par dessus la rambarde. Volontairement.

Un troisième larron ne trouve rien de mieux que de prendre sa femme en otage, précisant à tous ceux qui regardent le spectacle de la rue, qu'il va brûler sa maison, et eux avec par la même occasion. Il ne fait pas dans le détail. Sebag, habile négociateur, parvient à le raisonner, mais ce n'est pas une thérapie pour le policier rongé par la jalousie.

 

Tout autant roman policier que roman sentimental et étude de mœurs, Méfaits d'hiver comporte plusieurs étages de lecture.

Roman policier, bien évidemment puisque meurtre il y a et incitation au meurtre. Et donc enquête avec plusieurs policiers sur le terrain, tâtonnant, conjecturant, soupçonnant, et empruntant de mauvaises directions, persuadés détenir le coupable ou présumé coupable et avoir compris ses motivations.

Roman d'amour ou sentimental, car outre Sebag ce sont tous les protagonistes impliqués qui sont visés par cette fracture du cœur. Ce n'est pas parce que leurs femmes ne les aiment plus qu'elles vont goûter ailleurs si l'herbe est plus tendre. D'un côté l'amour existe toujours, plus ou moins fort il est vrai, les années passant, mais il est présent. De l'autre côté il y a la recherche d'une forme de tendresse, de complicité amicale qui n'est plus aussi prégnante. Le besoin d'une amitiés amoureuse.

Enfin étude de mœurs déclinée par Julie, nouvellement arrivée et qui participe activement à cette enquête. Elle va faire équipe avec Sebag plus particulièrement, selon les besoins et les approches professionnelles des uns et des autres, mais possédant un autre regard qui lui permet de prendre cette enquête sous un angle différent. De plus elle est amie avec Marina, une kiné qui a effectué des études de psychologie, section sexologie.

Sebag va apprendre ou découvrir un pan sociétal sur l'évolution de la sexualité féminine et de son émancipation par rapport à l'homme, le mâle, dominant. La femme devait rester confinée chez elle tandis que l'homme pouvait sans vergogne aller butiner ailleurs. D'ailleurs, l'expression Rangez vos poules je lâche mon coq, édictée par une mère fière de son fils nous montre combien l'homme pouvait tout se permettre tandis que la femme n'avait pas le droit de lever même les yeux sur un individu de sexe masculin. En général car des cas particuliers nous montrent que la femme pouvait également se montrer avide d'expériences nouvelles.

Autant que je m'en souvienne, le plaisir masculin [...] c'est un petit spasme et puis s'en va. Alors que chez nous (la femme), c'est une vague, une tempête, parfois un raz-de-marée. La jouissance féminine a longtemps fait peur, aux hommes et aux femmes également. C'est pour ça qu'on l'a tant réprimée.

Un peu plus loin :

Nous ne connaissons pas qu'un seul plaisir, ni même deux seulement comme on le pense trop souvent, mais des dizaines de variétés de plaisir. Certains comparent le corps d'une femme à un calendrier de l'Avent avec une multitude de fenêtres qui ne demandent qu'à s'ouvrir.

Mais ce n'est uniquement cela qui pousse un homme ou une femme à tromper son partenaire, seulement c'est la face visible de l'iceberg matrimonial.

 

Je ne voudrais pas m'immiscer dans la vie privée de l'auteur, mais il se dégage de ce roman comme une relation d'authenticité dans cette histoire.

 

Le personnage de Julie, lieutenant de police, le lecteur assidu l'a déjà rencontré dans Le paradoxe du cerf-volant. Philippe Georget tisse sa toile en imbriquant les différents personnages de ses romans pour en constituer une saga.

Philippe GEORGET : Méfaits d'hiver. Collection Thriller. Editions Pocket. Parution 12 juillet 2018. 512 pages. 8,10€.

Première édition : Collection Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 15 septembre 2015. 352 pages. 19,50€.

ISBN : 978-2-2662-6969-8

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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 08:41

Certains viennent se ressourcer en Corrèze tandis que d’autres quittent ce département pour faire de la politique !

Marie WILHELM : Aller simple Paris-Corrèze.

Quinquagénaire émargeant à l’Education Nationale, Vincent Farges se prend de bec avec l’un de ses élèves qui se montre particulièrement irrespectueux et provocateur. L’ado le nargue, mais à cinquante ans, et il ne les parait pas, Vincent Farges possède de beaux restes, ayant pratiqué la boxe française et les activités physiques à la ferme de ses parents en Corrèze.

L’inévitable arrive et il faut que le directeur interrompe le carnage. Farges est mis en retraite anticipée. Un moyen de le calmer pense le rectorat. Toutefois dans la tête de Farges, ça mouline. La mort bien des années auparavant de son fils Grégoire puis la désertion de sa femme partie se consoler ailleurs. Alors, il ne lui reste qu’une solution, revenir sur ses terres natales, direction Meymac, joli petit village où il devrait pouvoir se ressourcer et recouvrer une certaine sérénité.

Il s’installe à l’hôtel, le seul de la commune, et recherche une maison à acheter dans les environs. Cela fait quinze jours qu’il traîne lorsqu’il est abordé par une vieille dame qui lui reproche de les éviter tous, elle son ancienne institutrice, et ses anciens condisciples qui furent également ses amis.

Suite au décès de sa femme honteusement attaquée par un vil crabe, le commissaire Savigny est désemparé. Durant huit jours il traîne sous les ponts de Paris, ne se lavant pas et se nourrissant à peine. Mais son patron veille et il lui intime d’aller se ressourcer ailleurs, le mettant d’office en congés, et de penser à l’avenir de ses deux gamins, des jumeaux, âgés d’une dizaine d’années.

Comme sa femme était originaire du Limousin, direction Meymac avec ses deux loupiots et installation à l’hôtel.

Pendant ce temps Vincent Farges déambule dans la cité qui s’ouvre sur le Parc Naturel Régional de Millevaches, et il aperçoit dans une ruelle une jeune femme désirant forcer la porte d’une maisonnette. Elle est accompagnée d’une jeune fille, sa sœur, et d’un bambin, son fils d’un an. Son mari, qui vient de se faire renvoyer de l’entreprise de transports où il travaillait, est d’un naturel colérique, et pour bien faire comprendre à ses interlocuteurs qu’il a raison, use de ses poings sans vergogne et sans barguigner. La douce figure d’Anna en témoigne par des bleus qui font tache.

Anna Lestrade n’est guère estimée dans la bourgade, étant mariée avec un homme n’ayant pas bonne réputation. De plus elle est la fille du notaire mais les relations familiales sont très distendues. Vincent Farges prodigue ses conseils à Anna, et accepte de coucher chez elle, en tout bien tout honneur, ce qui n’est pas du goût du mari. Lequel n’hésite pas à employer la manière forte.

Seulement l’homme est enlevé, et démarre alors une affaire dans laquelle Anna sera compromise et Vincent, décidé à l’aider, trouvera de l’aide inattendue et officieuse en la personne du commissaire Savigny et auprès du commandant de gendarmerie qui ne se prend pas pour un agent de sécurité élyséen.

 

Dans un style sobre, limpide, plaisant, Marie Wilhelm nous concocte un suspense rural qui nous change agréablement des histoires mettant en scène des truanderies banlieusardes.

Les personnages, dont certains pour ne pas dire la plupart, sont des cabossés de la vie, s’intègrent parfaitement dans le rôle qui leur est dévolu, même les jumeaux ou le bambin. Si Albert, le mari d’Anna, n’est pas le personnage sympathique par excellence, les autres protagonistes ne se montrent pas toujours non plus sous un jour favorable, à cause de ces petits préjugés qui font florès dans les campagnes repliées sur elles-mêmes. Souvent à cause de ragots, de colportages, de racontars, d’incompréhensions, de malentendus, comme dans le cas d’Anna qui est mise à l’écart pour des raisons indépendantes de sa volonté.

Mais ce n’est pas parce que ce roman est fortement implanté dans le terroir qu’il faut croire que l’histoire se réduit à une intrigue plan-plan. L’auteur sait mettre en valeur ses personnages et insérer dans ses dialogues des situations actuelles qui ne sont guère favorables à l’épanouissement de la population. Les normes édictées par Bruxelles pèsent sur les esprits.

Ça, je vous jure, qu’est-ce qu’ils nous emmerdent avec leurs normes ! y’a plus que ça qui compte, les normes. Heureusement, dans ma partie, on n’est pas trop touché. Mais les paysans, alors eux, ils sont en première ligne. Vous savez qu’ils n’ont plus le droit de vendre leurs fromages sur les marchés s’ils n’ont pas un étal réfrigéré ? Vous savez combien ça coûte, un étal réfrigéré ?

Ailleurs, ce sont les priorités policières qui sont battues en brèche, il faut aller dans le sens du poil de l’opinion publique :

Les directives gouvernementales du moment donnaient la priorité au spectaculaire : surveillance ostentatoire des routes, patrouilles fréquentes dans certains quartiers dits à risques, sauvetages à la James Bond si possible filmés. Avec l’intensification des actions classifiées terroristes en France et dans toute l’Europe, il fallait donner au public le sentiment que tout était mis en œuvre pour renforcer la sécurité.

Un excellent livre de détente mais qui n’oublie pas de remettre quelques pendules à l’heure.

 

Marie WILHELM : Aller simple Paris-Corrèze. Collection Le Geste noir N°101. Editions La Geste. Parution le 16 mars 2018. 312pages. 13,90€.

ISBN : 979-1035301453

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 11:22

Rap qui leurre ?

Fred CHEREAU : Rap Killer.

Le Mab est un nettoyeur de tags. Après les avoir traqués au Polaroïd il efface avec opiniâtreté et à longueur de journées des graffitis rebadigeonnés sur les murs aussitôt après son passage.

Une de ces traces de l’art moderne le laisse perplexe - NTX. Que veut dire ce sigle accrocheur dessiné à la peinture fluo ?

Est-ce la promotion d’un nouveau groupe de rap qui fait la joie des disc-jockeys et autres animateurs de radios-libres ?

Dans la banlieue nord de Paris ainsi que dans le métro, Zonards et Zoulous se défoulent, agressant les supporters de football. La drogue change de main, un cadavre parfois se prend pour une fleur rouge dans un terrain vague.

 

Résolument moderne, écrit au rythme rapide et saccadé du Rap, ce roman nous entraîne dans les dédales des banlieues à la suite d’un laveur de graffitis et d’une journaliste qui n’a pas froid aux yeux.

Le mot angoisse n’a de sens que durant les trente dernières pages qui engendrent à son paroxysme ce sentiment de crainte et de panique. La trame joue sur l’inquiétude, sur la peur, mais pas plus que dans un thriller normalement constitué.

Il y manque l’atmosphère, matière première qui procure ce frisson dans le dos et fait le charme d’un véritable roman fantastique ou angoissant. Quant au football, il n’est qu’un prétexte parmi tant d’autres, mais l’on sait que les chercheurs de castagne prennent de plus en plus les compétitions sportives, le football en particulier, pour échanger points de vue et horions.

Cette collection qui se voulait un nouvel avatar de la célèbre collection Angoisse des années 1960/1970, n’aura vécu que le temps de neuf numéros, un échec rapidement entériné.

 

A l’époque le Fleuve Noir se cherchait de nouvelles collections susceptibles d’attirer de nouveaux lecteurs. Las, nombreuses furent celles qui périclitèrent au bout de six ou neuf mois, un an au maximum. Mais le tort des éditeurs est de ne pas laisser le temps à ces collections et à leurs romans de s’imposer. Si Le Fleuve Noir, Gallimard pour la Série Noire, la Librairie des Champs-Elysées pour le Masque Jaune, avaient baissé les bras lors de la parution de leurs premiers ouvrages, tout une vitrine de la littérature populaire française aurait été brisée, la boutique à peine ouverte.

Fred CHEREAU : Rap Killer. Collection Angoisses N°1. Editions Fleuve Noir. Parution Juin 1993. 222 pages.

ISBN : 2-265-04904-2  

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 12:30

On ne mène pas Mary Lester en bateau comme ça !

Jean FAILLER : Ça ne s’est pas passé comme ça

En ce 2 novembre, ce n’est pour aller faire du tourisme que le commandant Mary Lester s’est rendu à Roscoff, afin de prodiguer ses conseils à un ami, maire d’une petite localité proche de la cité portuaire.

Mais c’est avec le maire de Roscoff qu’elle déjeune, son ami étant indisponible. Elle est accompagnée naturellement du capitaine Fortin, Jipi pour les intimes dont elle fait partie, qui lui sert de chauffeur, mais se sustente copieusement à une autre table.

Le maire de Roscoff a des ennuis avec des dockers et comme les municipales approchent il aimerait que son mandat soit renouvelé une troisième fois. Mais il a un sérieux concurrent en la personne d’un Parisien, avocat fiscaliste.

Mary assiste sur le parking du port à une scène peu banale. Deux gros tracteurs urbains, des 4X4, bloquent une petite voiture anglaise, genre pot de yaourt, empêchant sa propriétaire de se dégager de son emplacement. Les dockers sont assis à la terrasse du café, non loin de Fortin, et sont extrêmement réjouis par la tournure de l’affaire. D’autant que la propriétaire du véhicule vient se plaindre auprès du maire. La gendarmerie de Roscoff est alertée mais les pandores ne veulent pas se mêler de ce qui ne les regarde pas, arguant du fait que la brave sexagénaire n’avait pas à se garer à un endroit qui était privé.

Alors Mary demande, par téléphone, à Fortin d’amuser les dockers en leur offrant à boire, les tournées s’enchaînant, puis elle demande à Dieumadi, un gendarme de Saint-Pol-de-Léon, de venir constater l’état d’ébriété des dockers lorsqu’ils vont reprendre leurs véhicules. Aussitôt dit, aussitôt fait. Mary filme la scène entre les contrevenants et les gendarmes sous les ordres de Dieumadi puis elle raccompagne madame Chapelain chez elle.

Madame Chapelain est une bourgeoise hautaine, préférant vivre à Paris plutôt qu’à Roscoff, et elle se montre désagréable envers le petit personnel. La photo d’un yacht magnifique attire l’attention de Mary, mais madame Chapelain n’a cure de ce bateau qui appartient à son mari.

Le lendemain, Mary apprend que le corps de cette femme a été retrouvé flottant dans les eaux du port du Bloscon, près du yacht de son mari. Les gendarmes, sous la houlette du commandant Bottineau, concluent à un accident, ce qui étonne fort Mary qui pense à un meurtre. En effet, elle ne croit pas à la thèse selon laquelle Madame Chapelain, la femme de l’avocat fiscaliste, se serait rendu sur le yacht afin de procéder un nettoyage, occupation à laquelle elle ne sacrifie jamais chez elle, de plus un soir de novembre, la nuit tombée.

Elle rentre à Quimper en compagnie de Fortin, mais un autre accident est à déplorer, une noyade inopportune à ses yeux, car là encore elle relève des éléments contradictoires. Le commandant Bottineau classe l’affaire, pis, les dockers sont relâchés sans que quoi que ce soit soit retenu à leur encontre.

Elle prévient son patron, le commissaire Fabien, ainsi que la juge Laurier, dont les bureaux sont situés non loin du commissariat de Quimper. Malgré leurs réticences, elle parvient à convaincre ses deux interlocuteurs de lui confier l’enquête malgré que celle-ci relève normalement de la gendarmerie. Et elle enchaînera les voyages entre Quimper et Roscoff, ayant à sa disposition Fortin et Gertrude, une autre policière, louant même une petite maison sur place afin d’avoir les coudées libres.

 

Une intrigue apparemment simple, et qui l’est, un suspense jamais démenti, et Jean Failler réussit une nouvelle fois à embringuer le lecteur dans une histoire qui ne traîne guère en longueur malgré les 500 pages ou presque de ce volume double.

Car Jean Failler en vieux loup de mer de l’écriture possède un sens de la narration infaillible. Des dialogues dans lesquels Mary Lester se montre intraitable, rouée, se jouant de la casuistique et se montrant plus jésuite que les jésuites. Elle sait se montrer inébranlable quand il faut, accordant parfois à ses interlocuteurs un avantage de façade, démontrant avec un certain cynisme qu’elle a raison, et retournant à son avantage leurs péroraisons.

Et Jean Failler use en même temps d’une astuce, celle de narrer à plusieurs reprises un épisode, avec toutefois quelques divergences, quelques différences, recherchées, selon que Mary Lester s’adresse à son commissaire, à la juge Laurier, au commandant Bottineau, afin d’obtenir gain de cause en laissant croire qu’elle fait amende honorable ou qu’elle se plie à leurs desideratas.

Le tout est empreint d’un humour subtil, sarcastique, caustique, bon enfant, selon les épisodes et les situations, tout en gardant un esprit pragmatique, cartésien, dans le développement de l’intrigue et la résolution logique de l’énigme. Evidemment, Jean Failler ne peut, parfois, éviter les petites moqueries envers ces faux Bretons, qui viennent investir un territoire longtemps dédaigné mais dont ils veulent se servir à des fins électorales. Ce qui fut durant un certain temps un slogan : Le bon sens près de chez vous. Et du bon sens Jean Failler, mais pouvait-on en douter, en possède, et il s’en sert avec le clin d’œil ironique de celui qui sait envers celui qui se croit.

 

Jean FAILLER : Ça ne s’est pas passé comme ça. Collection Mary Lester N° 48 et 49. Editions du Palémon. Parution le 20 avril 2018. Tome 1 : 288 pages. Tome 2 : 304 pages. 10,00€ chaque volume.

ISBN : 978-2372605212

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 13:39

Eugène Sue, et moi je transpire !

Eugène SUE : Kernok le pirate.

Si Eugène Sue est surtout connu pour Les mystères de Paris et Le juif errant, il ne faut non plus oublier ses courts romans avec lesquels il a débuté sa courte carrière de romancier. En effet il est décédé en 1857, à l’âge de cinquante-trois ans.

Kernok le pirate, est le premier, et court roman publié dans la revue La Mode, en trois livraisons hebdomadaires, à partir du 13 mars 1830. Suivront d’autres courts romans dont El Gitano et Atar-Gull. Une mise en train avant d’aborder les romans sociaux dont l’imposant Mystères du peuple ou Histoire d’une famille de prolétaires à travers les âges, œuvre de longue haleine qui sera publiée de 1849 jusqu’en 1857 dont un jugement rendu par le tribunal de Paris du 25 septembre de la même année ordonnait la destruction des clichés et la suppression de l’ouvrage Les Mystères du peuple, par Eugène Sue, de tous les exemplaires saisis et de tous ceux qui pourront l’être, et en ordonne l’entière suppression (Revue Le Rocambole N°28/29, Relectures d’Eugène Sue, Automne-hiver 2004).

Kernok le pirate est un roman d’action, d’aventures maritimes, dans lequel la violence, surtout initiée par le héros, est présente quasiment de bout en bout. Court mais efficace, ce roman est empreint d’un humour noir, féroce, que l’on retrouvera par la suite dans certains romans de Paul Féval dont La fabrique de crimes.

Sur les conseils de sa femme Mélie, une jeune et jolie métisse, Kernok se présente dans la cabane d’un écorcheur (un cacou) qui vit avec sa femme Ivonne, sorcière, et leur fils, un simplet. Ils sont quelque peu naufrageurs également.

Ivonne connaît le parcours de Kernok, depuis son enfance comme mousse jusqu’à ce qu’il prenne le commandement de L’Epervier, un fier navire. D’après une légende, mais en général elles possèdent un fond de vérité, il aurait aidé le capitaine du navire à passer par-dessus bord. Donc la sorcière connait les antécédents de Kernok, mais ce qu’elle prédit n’est pas du goût du pirate. Elle voit Mélie en sang et lui affirme qu’il n’a plus que treize jours à vivre.

Nous retrouvons Kernok à bord de son bâtiment louvoyant entre les vagues, se montrant odieux envers ses hommes et plus particulièrement le mousse Grain-de-Sel. Zeli, le second, n’est pas en reste pour asséner les coups de garcettes, histoire de bien faire comprendre au mousse, et aux autres, que le maître à bord c’est d’abord Kernok, puis lui.

Arraisonner un navire est chose aisée pour les pirates, mais ensuite, il faut digérer les libations consécutives à la victoire sur l’ennemi. Ensuite c’est un navire anglais qui ose se frotter à L’Epervier, et les dégâts se comptent aussi bien en hommes qu’en matériel. Les millions de piastres arrachées de haute lutte lors du premier abordage vont trouver un emploi qui n’était pas prévu à l’origine. Et Monsieur Durand, le chirurgien-charpentier-canonnier de l’Epervier ne sait plus où donner de la tête et des mains.

 

Oh ! que j'ai admirablement conçu les corsaires, les aventuriers, les vies d'opposition : et là je me disais : la vie, c'est du courage, de bonnes carabines, l'art de se diriger en pleine mer et la haine de l'homme (de l'Anglais par exemple). Oh ! trente gaillards qui s'entendraient et mettraient bas les principes comme M. Kernok ! (Journal La silhouette – 1830

M. Eugène Sue a donné dans La Mode la ravissante marine de Kernok, révélant avec modestie un talent frais et gracieux qui grandira car il est jeune, très jeune (Journal Le Voleur ; 10 janvier 1831)

Quel est cet écrivain qui se montre si enthousiaste envers ce roman du jeune et prometteur Eugène Sue ? Tout simplement Honoré de Balzac qui ne tarit pas d’éloges envers son confrère.

Ce roman maritime et d’aventures, limite fantastique, est plein de bruit et de fureur, de violences, et montre la condition dans lesquels les marins étaient traités à l’époque, et surtout la vie difficile vécue par les mousses. Pourtant, tel Grain-de-Sel, ceux-ci subissaient leur sort sans vraiment en vouloir à leurs capitaines, car ils savaient que sous la férule se cachait, parfois, un avenir qui les entrainait vers une vie d’hommes capables d’affronter tous les éléments.

Sue entreprend, dès ce roman, une analyse profonde de la superficialité du jugement social et de l’Eglise qui a perdu le sens du langage et de ses principes.

Eugène SUE : Kernok le pirate. Poche Classique. Editions De Borée. Parution le 16 mai 2014. 144 pages. 5,90€.

ISBN : 978-2812911217

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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 09:19

Alix, au pays des mers, veille…

Alix KAROL : En tout bien toute horreur & Assassin pour tout le monde.

Les éditions French Pulp entreprennent la réédition des romans d’Alix Karol, alias Patrice Dard, romans qui furent publié dans les années 1970 dans la défunte collection Espionnage du Fleuve Noir. Mais plus que des romans d’espionnage, ce sont parfois des reportages, souvent humoristiques, sur une époque qui par certains aspects n’a pas beaucoup changée, comme on pourra le lire dans le deuxième roman de ce volume double.

 

En tout bien toute horreur :

Ce premier épisode d’Alix Karol, surnommé Karolus depuis ses années de lycée, trente ans, les yeux bleus, propriétaire d’un restaurant sis à La Queue en Yvelines nommé La Pommeraie, nous met tout de suite dans l’ambiance. Ceci ne vous rappelle-t-il rien, chers amis lecteurs et fins connaisseurs ?

Sans m’étendre sur la trame de l’intrigue, je veux nonobstant parler d’un second personnage, récurrent, Bis. Bis de son prénom originel Karolus, est natif des Pays-Bas. Karol et Bis forme un curieux couple œuvrant dans la pseudo divination, la télépathie, se produisant dans des cabarets partout dans le monde. Pour ce faire, Bis est appelée Karola et est travesti en femme, ce qui d’ailleurs lui sied bien sans avoir pour autant des penchants homosexuels. Dans ce premier épisode, lors d’une attraction, Karolus, qui pratique également la prestidigitation, subtilise le cigare d’un spectateur et lui en fournit un autre, empoisonné. L’homme décède. Rentré à la Pommeraie Karolus apprend que son chien Plouk a été assassiné. 4Le numéro de duettistes auquel il se livre (pas le chien, mais Karolus) en compagnie de Bis n’est qu’une façade. En réalité ils sont tous deux membres d’une organisation mondiale, la S.S.T.M : Service Secret du Tiers Monde, dirigée par l’Inca, chargée d’organiser une forme de résistance envers les pays du bloc sino-russo-américano-européen. C’est dire qu’ils ne manquent pas de travail.

Une jeune fille serait retenue à l’ambassade de Suède au Brésil et les deux compères sont chargés de la délivrer. Seulement ils sont confrontés à la CIA et doivent déjouer les embûches dont certains représentants de cette organisation ne manquent de leur tendre. Volées de plomb à l’appui. Voilà pour l’intrigue. Mais attachons-nous aussi à la corrélation entre Dard père et Alix Karol.

Quelques passages glanés au hasard nous entraînent dans un début de réponse à la question précédemment posée, voir plus haut, je ne sais plus où exactement :

Des fois t’as des gonzesses pas plus épaisses qu’une seringue qu’ont l’entrée de service large comme la Place de la Concorde.

Moins humoristique mais tout autant révélateur :

C’est fou ce qu’on se console vite de la misère des autres.

Deux facettes, et ce ne sont pas les seules (je ne vous parle pas des scènes d’amour ou de copulation qui n’ont rien à voir dans mon propos) qui démontrent déjà un certain mimétisme, une osmose parentale dans l’écriture. Mais ceci n’est que le premier ouvrage publié et gageons que d’autres surprises nous attendent. Avançons dans nos investigations.

Ah, j’allais oublier. Deux notes en bas de pages, seulement, mais ce n’est qu’un début, supposons-le.

 

Intéressons-nous maintenant au second opus de ce volume et deuxième roman de la série Alix Karol.

Assassin pour tout le monde commence fort, très fort.

Nous retrouvons notre héros dans le métro, en train de palper une jeune femme puis lui mettre la main sous la jupe. Une erreur de sa part, tant pis il recommence ailleurs jusqu’à ce qu’il se fasse arrêter par des policiers et emmener dans une geôle. En réalité c’était une manigance, plutôt vicieuse, pour être en contact avec un détenu fiché. Seulement, l’homme se fait abattre par un troisième individu qui n’attend pas la sentence judiciaire en se tuant.

Un coup d’épée dans l’eau, mais nonobstant ce contretemps, Alix Karol se rend dans la piaule estudiantine de l’homme dont il voulait recueillir des informations. Il découvre quelques informations, noms et adresses de comparses, et se rend à un meeting d’athlétisme. Et rebelote, le sportif qu’il voulait interroger est abattu par une balle de revolver au moment où le départ était donné pour un cent mètres qu’il ne courra plus jamais.

Alix est abordé par une jeune fille qui le trouve beau, et qui n’y va pas par quatre chemins pour l’inviter dans sa couche. Elle propose même que Bis, dont nous avons fait la connaissance ci-dessus, soit de la partie car elle a une copine qui pourrait lui servir de partenaire. Autant cette sportive est belle, autant la copine est moche. Mais cela ne veut rien dire car au lit, souvent les réactions épidermiques sont inversement proportionnelles à la beauté. Bref, tout se passerait bien si une anicroche venait interférer entre les draps.

Agent de la SSTM, tout comme son ami Bis, Alix Karol doit démanteler un groupuscule terroriste qui contrecarre les plans d’une organisation palestinienne. Reformant le duo Karolus et Karolo, cette fois Bis n’est pas dans les vêtements d’une femme, les deux compères doivent se rendre près de Tozeur, dans une oasis qui doit accueillir entre autres le colonel Kadhafi. Ils vont amuser la galerie dans un spectacle de transmission de pensée digne de Mir et Miroska, pour ceux qui s’en souviennent, mais façon Pierre Dac et Francis Blanche dans le Sâr Rabindranath Duval. Puis ils devront affronter mille dangers en traversant un chott, une ancienne mer qui ressemble un peu au lac salé.

Plus une histoire de terrorisme que d’espionnage, Assassin pour tout le monde s’emberlificote un peu dans l’intrigue, donnant l’impression de passer du coq à l’âne. L’histoire est quelque peu décousue, mais c’est surtout pour l’auteur de mettre en scène des épisodes parfois farfelus, parfois angoissants. Les scènes de sexe ne manquent pas, c’était l’originalité de l’époque avec l’abolition de la censure et les films érotico-pornographiques qui n’étaient pas encore classés X.

Les divergences entre Palestiniens et Israéliens, dont la fameuse guerre des Six jours laisse alors des traces, et l’attentat des Jeux Olympiques de 1972, à Munich, attentat aux cours duquel onze athlètes de l’équipe d’Israël ont été assassinés par des membres de l’organisation palestinienne Septembre Noir, est évoqué dans le roman.

Si l’humour y est présent, c’est un humour de façade, car le sujet traité est grave. D’ailleurs les fameuses petites notes en bas de page sont absentes. Le directeur de la SSTM met les points sur les I en précisant que si Septembre Noir est en cause, il ne s’agit pas du fond du problème. C’est une alliance entre la SSTM et Septembre Noir qui est envisagée, mais comme l’un des interlocuteurs le précise :

J’ai dit que nous voulions sauver les Palestiniens ! hurle-t-il. Je n’ai jamais dit que nous voulions massacrer les juifs.

Un roman d’actualité un peu étonnant comparé aux autres ouvrages signés à l’époque Alix Karol mais qui joue avec les nerfs. Il ne s’agit pas d’un épisode de la Guerre Froide, qui opposait principalement le bloc russe au bloc occidental, mais bien une histoire de terrorisme dont les tenants et aboutissants sont mal définis. Mais à l’époque, c’était jouer avec le feu, que de donner une préférence à une nation par rapport à une autre, par rapport aux Palestiniens et aux Israéliens.

 

A lire aussi mon article sur la convergence d’écriture entre Frédéric Dard Patrice Dard et alias Alix Karol :

 

En tout bien toute horreur : Collection Espionnage N°1082. 1973.

En tout bien toute horreur : Collection Espionnage N°1082. 1973.

Assassin pour tout le monde : Collection Espionnage N°1093. 1974.

Assassin pour tout le monde : Collection Espionnage N°1093. 1974.

Alix KAROL : En tout bien toute horreur & Assassin pour tout le monde. Collection Espionnage. Editions French Pulp. Parution le 12 juillet 2018.

ISBN : 979-1025103753

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16 juillet 2018 1 16 /07 /juillet /2018 13:44

Nous sommes tous un peu concernés (en un mot) !

Eric FOUASSIER : Parano.

Surtout lorsqu’il s’agit de son ordinateur. Un ami qui vous veut du bien parait-il, mais qui peut devenir un ennemi implacable.

Depuis le départ en fanfare, avec fracas et claquements de porte de Léa, sa copine, sa femme, sa moitié avec son caractère entier, le narrateur ressent une peur devant son écran et ses relations avec Internet ne sont plus les mêmes.

Pourtant que de voyages virtuels a-t-il effectué via ce procédé, mais la déchirure avec Léa l’a déchiré et depuis il a peur. Tout jeune, il était déjà virophobe, mais c’est devenu une véritable obsession. Les virus informatiques le traquent. Sa boite mails accueille des messages qu’il n’ose pas ouvrir.

Il est traqué, il le ressent au plus profond de lui-même. Jusque dans le bar où il déguste un double cognac, ça lui permet de croire qu’il n’est pas seul à boire, il est entouré de personnages qui le scrutent à travers des fentes découpées dans leurs journaux tenus devant eux comme des paravents.

D’autres messages, dont le sujet est titré en anglais, lui parviennent, mais il ne les ouvre pas. Il les balance directement à la corbeille. Des messages intempestifs, dont il n’a cure mais qui lui bouleversent le ciboulot.

 

C’est l’histoire d’un mec, vous, moi, qui est harcelé par des messages électroniques, alors qu’il n’a rien demandé. Une intrusion pernicieuse qui lui chamboule les neurones alors que le départ précipité de Léa lui reste en travers de la gorge, des sens. Y bout le mec ! D’ailleurs il jette dans un sac poubelle la collection de volatiles nocturnes en porcelaine (je crois) de Léa. C’est pas chouette ce qu’il a fait !

Qui de nous n’a jamais vitupéré contre ces messages qui viennent polluer votre écran, votre vie, vous promettant le bonheur et plus ? Eric Fouassier grossit peut-être le trait, peut-être, mais avouez que parfois il y a de quoi être énervé et d’avoir envie de prendre son ordi et de le jeter contre le mur afin de tuer les virus et autres bactéries, microbes, qui vous empoisonnent.

Un humour féroce et noir pour une nouvelle qui reflète en certains points la réalité.

 

Du même auteur dans la même collection :

Eric FOUASSIER : Parano. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 11 novembre 2015. 10 pages. 1,49€.

ISBN : 9791023404234

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 08:45

Découvrez un Paris qui ne figure pas sur les guides touristiques !

Pierre PEVEL : Les Enchantements d’Ambremer.

Paris 24 juillet 1909.

Si d’un coup de baguette magique vous étiez transporté cent dix ans en arrière, vous ne manqueriez pas d’être étonné. Paris n’est pas tout à fait la capitale que vous connaissez, mais comme une transposition avec sa Tout Eiffel en bois, ses animaux féériques, ses gargouilles en pierre volant comme d’improbables oiseaux, ses chats ailés parlant, ses farfadets, ses arbres philosophes et sa ligne de métro qui relie deux mondes.

Car la conjonction de deux planètes se frôlant a redistribué les cartes célestes. L’Outre-Monde, en passant très près de la Terre, lui a communiqué ses pouvoirs, sa féérie, sa magie, permettant à quelques personnes de passer d’un monde à un autre.

Louis Denizart Hyppolite Griffont est un mage, appartenant au Cercle de Cyan, un club regroupant quelques magiciens de son acabit. Et de par sa fonction et son statut de magicien, il est amené à s’occuper d’affaires dévolues en général à des détectives. C’est ainsi qu’un directeur d’un cercle de jeu privé requiert ses services, sur la recommandation d’un ami commun, car il est intrigué par la chance insolente d’un joueur, un certain Jérôme Sébrier, parrainé par un homme du monde introduit dans les plus hautes sphères et appointé au Quai d’Orsay dans des fonctions mal définies.

Son amie Cécile de Brescieux, mage elle-même mais qui ne possède pas les mêmes pouvoirs appartenant à un autre Cercle, lui demande de retirer un ouvrage à la Bibliothèque royale d’Ambremer, la capitale d’Outre-Monde. Il s’agit de la Chronique familiale des La Tour-Fonval.

Ses deux missions vont amener Griffont à retrouver sur son chemin Isabel de Saint-Gil, une aventurière et fée déchue, qui revient de Saint-Pétersbourg. En digne émule d’Arsène Lupin, elle a dérobé quelques pièces précieuses et elle est poursuivie par des Russes implacables.

Ensemble, les voilà lancés dans des aventures trépidantes qui laisseront des traces, et des cadavres. Des objets enchantés sont au cœur de ces péripéties, objet convoités par la Reine Noire désirant se venger de sa sœur jumelle, la Reine des Fées, préfigurant la lutte du Mal contre le Bien, une série d’épisodes qui pourraient être néfastes au lien établi entre l’Outre-Monde et notre univers.

 

Le lecteur retrouve au détour des pages des personnages dont le nom ne lui sera pas indifférent. Ainsi l’inspecteur Farroux, à rapprocher avec Florimond Faroux, policier qui apparait dans de nombreuses enquêtes de Nestor Nurma, ou encore, les inspecteurs Pujol et Terrasson ainsi que le commissaire Valentin, tous trois rattachés aux brigades mobiles dites Brigades du Tigre, un feuilleton télévisé des années 1970 et 1980.

On pense également à des auteurs comme Alexandre Dumas, Michel Zévaco, Gaston Leroux, pour la verve, l’imagination, les dialogues, les côtés parfois farfelus de certaines scènes, et un petit côté Lewis Carroll également pour l’aspect merveilleux.

Et si comme moi, parfois en lisant un roman où la magie tenait un rôle prépondérant, vous vous demandiez pourquoi ces êtres dotés de ce don magique pouvaient réaliser certaines performances et pas d’autres, l’auteur nous explique les différences fondamentales entre magie instinctive, magie innée et magie initiatique. Et donc pourquoi ceux qui possèdent l’un de ces dons sont parfois impuissants dans certaines occasions.

 

Il y a toujours une femme, souligna la baronne. Et, comme par hasard, elle a toujours le mauvais rôle.

 

Le Livre de Poche N°27008. Parution mars 2007. 352 pages.

Le Livre de Poche N°27008. Parution mars 2007. 352 pages.

Editions Bragelonne. Parution mai 2015. 384 pages.

Editions Bragelonne. Parution mai 2015. 384 pages.

Folio SF N°571. Suivi de Magicis in mobile. Parution 9 mars 2017. 8,30€.

Folio SF N°571. Suivi de Magicis in mobile. Parution 9 mars 2017. 8,30€.

Pierre PEVEL : Les Enchantements d’Ambremer. Première édition : Le Pré au Clerc. Parution mai 2003. 348 pages.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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