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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 07:19

T'en fais pas fume, fume, fume,

Fais de la fumée sur tout ça…

Alain PARIS : Les fils du Miroir Fumant.

Au cœur de l’Empire Andin, Maître Urien, l’Erudit, et ses compagnons dont Ottar, le petit-fils d’Arno Von Hagen dont le lecteur fidèle de cette saga a pu faire la connaissance dans les premiers volumes de cette saga, se dirigent vers Cuzco. Ils laissent derrière eux le dirigeable Certitude, deuxième du nom, calciné, et quittent le Machu-Pichu où ils ont été reçus par l’Inca. Ils doivent se rendre vers les Territoires Irradiés, qui s’étendent en Amérique du Nord, à la recherche d’une explication concernant la disparition du premier dirigeable disparu cinquante ans auparavant.

Les survivants sont accompagnés, à la demande de l’Inca, de Mayta Roca, le Successeur Désigné, et de la belle Acollua, la future femme et sœur de Mayta. Mais la route est semée d’embûches et les dangers de toutes sortes ne manquent pas de surgir.

La première frayeur se présente lorsque devant traverser un torrent à l’aide d’un pont constitué de lianes, et que les premiers porteurs sont arrivés de l’autre côté du précipice, l’une des cordes végétales se rompt. Ottar, jeune et athlétique jeune homme, sauve in extremis de la chute la belle Acollua. Ce qui le met en condition d’un héros mais suscite également quelques jalousies.

Enfin, la troupe arrive à Cuzco, le Nombril du monde, et Maître Urien et ses compagnons sont hébergés par le gouverneur. Durant la nuit, Ottar est attaqué par des tueurs à la solde de membres du Vril, car malgré la chute du Reich, quelques-uns de ces fanatiques espèrent toujours reconquérir le pouvoir. Il arrive à se débarrasser de cette engeance mais sous la torture les tueurs ne veulent dévoiler le nom de leur commanditaire. Ottar pense qu’il s’agit d’un coup fourré fomenté par Mayta Roca.

Puis direction Lima où tout ce petit monde embarque pour Acapulco. En cours de route, des navires nippons tentent d’arraisonner les navires andins constitués en bottes de roseaux. La fougue des Andins et des Européens annihilent cette attaque maritime et l’épopée continue vers Technotitlan avec encore de nombreuses péripéties.

 

Un pur roman d’action dans la tradition du genre, avec traîtrises diverses, combats en tous genres, mais également le petit côté fleur bleue car entre Ottar et Acollua se dessine une histoire d’amour. Ce qui permet à l’auteur d’offrir une pause d’optimisme et de sentimentalité dans une histoire qui ne manque pas de vivacité et d’affrontements.

Une uchronie basée sur le système du Si. Et si le Troisième Reich avait mené à bien sa conquête, si la Deuxième Guerre avait été un succès pour l’Allemagne. Les siècles ont défilé depuis l’organisation de la résistance au Vril et à la Sainte-Vehme. Le monde est revenu à un âge plus ou moins médiéval, et les armes sont principalement l’arc et les armes à feu rudimentaires. Et comme les Chinois et les Asiates en général en usaient lors de combats navals, ce sont des produits connus depuis très longtemps et exportés en Europe qui servent principalement. Le naphte par exemple, mais le vitriol aussi.

Alain Paris recrée des civilisations en empruntant à celles qui existèrent, et les descriptions qu’il propose au court de son récit sont réalistes même si parfois cela tend vers le fantastique.

Roman épique, historique, d’anticipation, un régal pour qui aime l’aventure débridée, l’action, les multiples rebondissements, et une énigme policière à peine échafaudée.

 

Pour rappel les épisodes précédents sont chroniqués ci-dessous :

 

Première édition : collection Anticipation N° 1754. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1990. 192 pages. Couverture de Patrice Sanahujas.

Première édition : collection Anticipation N° 1754. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1990. 192 pages. Couverture de Patrice Sanahujas.

Alain PARIS : Les fils du Miroir Fumant. Le Monde de la Terre Creuse N°6. Collection e.Anticipations. Edition L’Ivre Book. Parution le 11 août 2018. 2,99€.

ISBN : 978-2-36892-623-9

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28 août 2018 2 28 /08 /août /2018 08:27

On la trouvait plutôt jolie, Ayaan

Elle arrivait des Somalis Ayaan

Dans un bateau plein d’émigrés

Qui venaient tous de leur plein gré…

Patrice MONTAGU-WILLIAMS : African Queens.

Mais Ayaan est plus que jolie, elle est sublime. Elle aussi a quitté sa Somalie natale, en compagnie de sa sœur Zohra, car elle n’acceptait pas l’asservissement de la femme à cause de la religion et des traditions.

Sa sœur aînée Zayane a subi une excision deux ans auparavant, et cela s’est mal terminé. Son père l’a mise à la porte, comme si c’était de sa faute. Et comme Ayaan était promise à un vieux, un mariage arrangé par son père qui ne voyait que ses intérêts, elle a décidé de fuir Mogadiscio et la guerre, et de se rendre en France, un pays d’accueil paraît-il. C’est ce qui est marqué sur les prospectus de voyages des passeurs, qui prennent cher, non seulement en argent mais également en dignité.

Leur barcasse fait naufrage comme souvent cela arrive. Heureusement Ayaan avait mis son gilet de sauvetage et après un séjour en Italie, elle débarque en France, et tout naturellement trouve asile parmi des réfugiés à Paris, quartier de la Goute d’or. Mais Zohra, sa jeune sœur, qu’est-elle devenue ?

C’est là qu’Ayaan est repérée par la Hyène, mère maquerelle, tandis que son comparse, le Scorpion, un nain surnommé ainsi à cause d’une difformité de la colonne vertébrale mais aussi parce qu’il est venimeux et cruel découvre, cachés par une Noire maigrichonne sous une couverture, deux gamins âgés de trois à quatre ans. Des jumeaux albinos dont il s’empare immédiatement. Autre personnage qui lui n’est pas présent car vivant continuellement ou presque dans sa cave Mchawi, le sorcier. Tous trois cornaqués par Papa Mungu, le patriarche dit aussi le Cheikh, qui règne en maître sur le quartier.

 

Boris Samarcande, commissaire du XVIIIe arrondissement parisien, est un quinquagénaire débonnaire, qui aime son quartier, d’ailleurs il y vit, s’en imprègne, et pour qui la notion de Mal et de Bien est assez élastique. Il habite seul avec son chat, et cela lui convient bien ainsi. Il connait les bistrotiers d’un triangle approximatif Pigalle-Montmartre-Barbès, et ne court pas auprès des petits délinquants pour faire du chiffre comme les arrivistes.

Un problème avec des réfugiés square Saint-Bernard, au nord de la Goute d’or, lui est signalé par son adjoint et ami Montoya. La responsable d’une association caritative lui apprend que quelques salopards, ayant écouté la bonne parole de Saint Sarko, désiraient nettoyer le quartier à l’aide d’un engin haute-pression. Il y a toujours des abrutis, mais il faut se méfier de ceux qui cachent leur mauvaiseté sous un air bonasse.

C’est alors que s’interpose Papa Mungu proposant de mettre à disposition des réfugiés malades, atteints de la gale, un local. Il précise qu’il est président d’une association dite Zanzibar, là où il est né, et qu’il s’occupe en priorité des migrants venant de la Corne de l’Afrique. Boris Samarcande accepte mais en se promettant d’enquêter, car il n’est pas convaincu par celui qui se déclare un saint, voire un dieu, la signification de son nom.

La vie m’a appris à me méfier des saints et des martyrs. Et plus encore, des dieux. Je suis plus à l’aise avec les voyous : eux, au moins, ils n’entendent pas de voix tombées du ciel.

Et c’est ainsi que Boris Samarcande va se trouver entraîné dans une vilaine affaire de disparitions, dans un cloaque de misère humaine. Il va faire la connaissance, par l’intermédiaire d’un ami peintre et sculpteur qui vit en face de chez lui, de Manuela, une jeune femme qui se présente comme journaliste et désirant enquêter sur le quartier. Elle est belle et ne le laisse pas indifférent, au grand dam de son chat Alphonse.

 

Plus qu’un roman, noir, African Queens est un docu-fiction terrible sur la vie des réfugiés, Somaliens ou autres, car ils sont tous logés à la même enseigne, qu’ils soient originaires de la Corne de l’Afrique ou des autres pays guettés par la famine, meurtris par les guerres et les corruptions.

Un roman brûlant d’actualité sur les conditions de départ de leur pays de migrants obligés de s’expatrier, d’échapper aux naufrages, des passeurs malhonnêtes, des trafiquants et marchands de viande fraîche, que les corps soient entiers ou découpés, à chaque individu sa destination précise, du travail difficile des bénévoles d’associations humanitaires, de tous ceux qui refusent l’arrivée de ces migrants pour des raisons idéologiques nauséeuses, d’hommes politiques qui trouvent toujours de bonnes mauvaises raisons pour refouler hors des frontières une population qui ne demande rien ou presque, juste un peu d’humanisme.

La découverte également pour ceux qui ne connaissent que par des informations de seconde main ce quartier cosmopolite attachant pour peu que l’on essaie de comprendre les habitants, de ne pas avoir peur, de n’avoir aucune appréhension, de ne pas se montrer arrogant, d’essayer de lier sinon des amitiés au moins des relations de bonne entente. Comme partout il existe des brebis galeuses, mais aussi des âmes simples, charitables, prêtes à se dévouer pour vous faire plaisir.

 

Les gestes de l’amour sont universels. C’est le seul langage que comprennent tous les hommes de la terre, où qu’ils se trouvent. S’ils l’utilisaient plus souvent pour communiquer, il y aurait certainement moins de guerres, d’attentats, de massacres. Mais allez expliquer ça aux politiciens, aux prêtres et aux généraux !

Patrice MONTAGU-WILLIAMS : African Queens. Editions Les Chemins du Hasard. Parution le 15 mars 2018. 156 pages. 15,50€.

ISBN : 979-1097547059

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27 août 2018 1 27 /08 /août /2018 09:23

Quand Christian Jacq signait J.B. Livingstone !

Christian JACQ : Le démon de Kensington.

Pauvre ex-inspecteur-chef Higgins. Pourra-t-il un jour jouir en paix d’une retraite bien méritée ?

En réalité, si Higgins se permet de tenter de résoudre le mystère de Kensington, c’est bien pour aider son ami le superintendant Scott Marlow. L’aider de ses lumières et le réconforter moralement.

Faut dire que cette histoire sent mauvais. Au propre comme au figuré.

Par une terrible nuit où le vent et la pluie font rage, un corps brûle, attaché au plus haut pignon de l’église copte de Kensington. L’examen du cadavre révèle qu’il s’agit de l’évêque Apa Shénouda. Un drame qui survient à un fort mauvais moment.

L’évêque copte était à la tête d’une délégation chargée de négocier avec les représentants de l’église anglicane de l’implantation sur le sol britannique de l’église copte. Négociations difficiles, ardues, car les deux parties en présence se montrent assez peu tolérantes, et exigeantes.

Ce crime, si crime il y a, est-il une résultante de ces tractations compliquées ? La disparition d’une statuette sacrée, réputée pour ses propriétés fécondatrices, n’est vraiment pas faite pour apaiser les esprits.

 

Higgins, muni de son sempiternel carnet noir et de son crayon à papier, enquête d’une façon classique. Minutie et patience, alliées à un don d’observation, une faculté d’analyse et une érudition remarquable ne peuvent que conduire à la résolution de l’énigme.

Ce roman, fortement influencé par la production britannique classique du roman de suspense et de détection, permet au lecteur de se plonger dans une atmosphère justement britannique, tout en découvrant une religion basée sur le christianisme et dont la magie est l’un des aspects principaux.

La magie et la superstition, le tout saupoudré d’un humour discret, une bonne recette pour écrire un roman distrayant.

Première édition : Le mystère de Kensington signé J.B. Livingstone. Collection Les dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution 1er septembre 1988.

Première édition : Le mystère de Kensington signé J.B. Livingstone. Collection Les dossiers de Scotland Yard. Editions du Rocher. Parution 1er septembre 1988.

Réédition : Editions Gérard de Villiers. Parution 10 janvier 1991. 252 pages.

Réédition : Editions Gérard de Villiers. Parution 10 janvier 1991. 252 pages.

Christian JACQ : Le démon de Kensington. Les enquêtes de l’inspecteur Higgins N°24. Editions XO Éditions - J. Éditions. Parution 20 avril 2017. 224 pages. 13,90€.

ISBN : 978-2-84563-979-9

 

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26 août 2018 7 26 /08 /août /2018 10:07

Quelques nouvelles de bon aloi !

Mark TWAIN : Plus fort que Sherlock Holmes.

Ce recueil, méconnu, de nouvelles de Mark Twain est paru en 1907, soit trois ans avant le décès du créateur de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn.

On y retrouve cet humour particulier qui est néanmoins empreint de réalisme envers la société américaine, mais également de pessimisme concernant les excès de civilisation, voire de l’immoralité érigée en morale. Et c’est tout naturellement que ses récits ont souvent pour décor le Sud des Etats-Unis, puisque l’auteur est né dans le Missouri.

La première de ces nouvelles, Plus fort que Sherlock Holmes, qui donne son titre au recueil, narre la navrante aventure d’une jeune fille riche éprise d’un jeune homme pauvre. Ceci se déroule en Virginie en 1880. Le père de la jeune fille s’oppose au mariage, qui toutefois sera célébré. Mais le lendemain, le jeune marié prend sa femme à part et lui annonce que désormais sa vie sera un enfer. Oh, il ne la battra pas, mais il la torturera moralement, psychiquement. La jeune femme ne dit rien, ne se rebelle pas, elle reste stoïque devant les affronts.

Ce qui exaspère l’homme qui un soir l’entraîne dans les bois, la bat et la laisse nue avant de s’enfuir vers un autre destin. Six ans plus tard, on retrouve cette jeune femme, mère d’un petit garçon de cinq ans prénommé Archy et qui possède des dons particuliers. Outre sa nyctalopie, Archie est munie d’un odorat lui permettant de retrouver sans coup férir des objets dissimulés par sa mère ou de pouvoir indiquer les pages d’un livre qu’elle a caressé.

Quelques années plus tard, Archy sur la demande de sa mère part à la recherche de son père afin de lui faire subir les mêmes tourments psychiques qu’elle a vécu en sa compagnie. Il le piste, parcourt le monde à sa poursuite et enfin il s’installe dans un camp de mineur de Hope Canyon. Un gamin est martyrisé par un des mineurs et lui aussi mûrit sa vengeance. Il se prétend le neveu de Sherlock Holmes qui justement arrive sur le site au moment où un meurtre, à moins que cela soit un accident, est perpétré.

L’histoire serait banale si la description du fameux détective n’entamait pas le panache du Britannique. Pourtant il démontre et analyse les faits et les mineurs ne peuvent que se louer de sa présence, mes arguments sont dénués de fondement.

 

La nouvelle suivante, Cannibalisme en voyage, comme son titre l’indique, est une histoire imprégnée d’un humour noir morbide. Deux voyageurs conversent dans un compartiment ferroviaire et l’un d’eux narre comment lui et d’autres voyageurs ont été amenés à se sustenter de leurs compagnons, leur train étant bloqué sur les voies à cause d’une tempête de neige.

 

L’homme au message pour le directeur général se déroule début février 1900, à Londres, ville dans laquelle le narrateur réside alors. Il discute avec l’une de ses connaissances, lequel vitupère envers le Département de la guerre. En effet un de ses amis vient de mettre au point une chaussure qui, il en est persuadé, serait utile aux soldats qui se trouvent dans le Sud Africain. Alors le narrateur lui demande de quelle façon l’homme s’y est pris pour vanter sa marchandise. Et il relève de nombreux points qui ont desservi le créateur. Alors il raconte l’histoire de deux gamins, l’un, Tommy, seize ans, vide les puisards sous les ordres de son père ; l’autre, Jimmy, quatorze ans, est ramoneur de son état. L’Empereur du pays dans lequel ils vivent est très malade, tout comme la plupart des soldats de son armée. Ils sont atteints de dysenterie et les médecins ne parviennent pas à enrayer cette affection contagieuse. Jimmy possède une solution mais il se demande comment faire parvenir aux oreilles de l’empereur la panacée. Alors Tommy lui offre cette solution, qui effectivement résout le problème de la communication. Une solution simple qui joue sur le bouche-à-oreille, mais sans se tromper d’intermédiaire.

 

Les Geais bleus est une aimable digression sur le comportement de cet oiseau sensé être plus intelligent que l’homme.

 

Comment j’ai tué un ours est l’histoire d’un homme, pas chasseur pour deux sous, mais qui allant ramasser des mûres dans la forêt proche de son village, se trouve nez à nez avec un plantigrade qui est tout aussi surpris que lui. Et comment, lorsqu’en rentrant au village il informe sa femme, fort marrie de constater que son mari revient bredouille, et ses amis de son exploit peu banal.

 

Un chien à l’église, cela peut sembler bizarre mais pourquoi pas, il y bien d’autres animaux dans ce genre d’édifice. Des corbeaux me souffle-t-on, mais je ne ferais pas de mauvais esprit. Tom, onze ans environ, assiste à la messe, mais il s’ennuie. Le curé est si long dans son sermon. Tom est intéressé par le manège d’une mouche mais celle-ci possède un vif désir de s’échapper alors il reporte son attention sur une boîte qu’il détient dans sa poche. Dans cette boîte, pas d’allumettes, mais un scarabée. Et naturellement, le chien qui passait par là est intrigué par le coléoptère.

 

Une victime de l’hospitalité et Les droits de la femme par Arthémus Ward complètent ce recueil. A noter que les droits de la femme met en scène des suffragettes qui revendiquent légitimement l’égalité homme-femme, mais il existe des façons de revendiquer qui ne sont pas toujours de bon goût.

 

Tout le talent de Mark Twain éclate dans ces nouvelles dans ces nouvelles différentes dans leur inspiration et leur traitement. Toutefois il existe une constante, c’est l’insertion d’une ou plusieurs histoires dans l’histoire, comme par un effet boule-de-neige. L’humour est toujours présent, même si parfois il est plus dilué, les circonstances ne se prêtant guère à rire. Mais l’ironie quelque fois mordante est efficace, et il s’agit presque de mini-reportages sur une époque révolue mais dont certains ingrédients pourraient être, et ils le sont, utilisés de nos jours.

 

Pour ceux qui possèdent une liseuse, ils peuvent toujours se rendre sur le site Ebooks libres et gratuits et télécharger gratuitement cet ouvrage.

 

Mark TWAIN : Plus fort que Sherlock Holmes. Traduction de François de Gail. Parution le 2 juin 2016. 192 pages. 12,00€.

ISBN : 9782815914840.

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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 13:01

Oh la belle bleue ! Oh la belle verte !

Oh Label rouge ! Oh Label noir !

Didier FOSSEY : Artifices.

Une fois n’est pas coutume, je vais débuter ma chronique par une scène. Pas une scène de crime, ni une scène de ménage, mais une mise en scène explicite.

Un personnage empruntant au petit matin l’escalier qui le mène de sa chambre à l’étage jusqu’au salon au rez-de-chaussée, peut contempler un désordre vestimentaire prélude à une union charnelle et copulatoire, véritable inventaire à la Prévert.

Il croisait sur les marches, un soutien-gorge, sa chemise, un pull à col roulé, son jeans, un autre pantalon, un string… Arrivé au rez-de-chaussée, il chercha son slip et le retrouva négligemment jeté sur le dossier du canapé.

Cherchez l’erreur ! Si vous ne trouvez pas, la solution est en fin d’article. Il n’y a pas d’artifice.

 

Donc procédons dans l’ordre et commençons par le début :

2013. En l’hôpital psychiatrique de Cadillac, roulez jeunesse pense Mathias qui se morfond. Il est interné pour troubles psychologiques, échappant à une prison mortifère. C’est un tueur en série mais il espère bien un jour être relaxé. Tout du moins il fait tout pour se concilier les bonnes grâces du docteur Lascard et des infirmiers. Il se montre calme, obéissant, mais évite autant faire que peut d’ingurgiter les cachets qui lui sont enfoncés dans la gorge. Au début car peu à peu devant sa bonne volonté, l’attention se relâche.

2015. Promenons-nous dans les bois, refrain connu. Ce qui moins agréable, c’est de découvrir un homme, du moins ce qu’il en reste, attaché à un arbre. Un meurtre peu banal en la forêt de Rambouillet et l’affaire est confiée à la Criminelle et plus particulièrement au commandant Boris Le Guenn et à ses hommes. Une petite équipe qui compte également dans ses rangs une femme, Nathalie, qui n’a pas froid aux yeux, mais qui n’est pas encore habituée à découvrir des cadavres dans de telles circonstances.

D’après la police scientifique, l’homme aurait subi les assauts contrôlés d’une chandelle, pour le commun des mortels tel que moi une fusée, un gros pétard qui lui serait entré dans le tronc via les gonades. Du travail de professionnel apparemment, car on ne manie pas ce genre d’engin sans un minimum de connaissance. Sans oublier qu’il faut connaître des revendeurs de cet artifice détonant. L’enquête s’avère délicate, mais au moins l’identité de cet explosé révèle qu’il habitait à Méré, petit village non loin de La Queue-lez-Yvelines. Un nom prédestiné ?

D’autant qu’un second cadavre est retrouvé ayant subi le même mode opératoire ou presque. La concordance de ce meurtre avec le précédent incite les autorités à refiler le bébé à Le Guenn, malgré le désaccord de la gendarmerie. Une spécialiste des feux d’artifices, des chandelles, une lumière dans son domaine, est embauchée comme consultante.

 

Difficile affaire qui laissera des traces chez Le Guenn, d’autant que celui-ci est affligé d’un problème familial. Mais son passé le rattrape.

En parallèle, le lecteur peut suivre les démêlés d’une gamine, qui, son pot de lait à la main, se rend à la ferme. Telle Perrette, mais elle ne rêve pas en cours de route. Elle cauchemarde, et lorsqu’elle rentre chez sa famille d’accueil, elle pleure en chemin.

 

Tout en sobriété, Didier Fossey narre cette histoire navrante d’une fillette issue de la DASS, aujourd’hui ASE c’est-à-dire Aide Sociale à l’Enfance. Mais ces gamins ne sont pas vraiment aidés par cet organisme, qui fait tout pour qu’ils ne soient pas pris en charge affectueusement par les familles d’accueil à qui ils sont confiés. Et les autres élèves, ainsi que les habitants du village, ne voient pas d’un bon œil ces orphelins issus dont on ne sait quel ventre, des étrangers à la commune, de futurs délinquants qui sait.

C’est bien ce problème sociétal que Didier Fossey met en avant, tout en restant mesuré dans ses descriptions. Il décrit avec pudeur l’enfance perturbée de cette enfant qui ne peut se plaindre.

D’autres éléments entrent également dans cette histoire, dont l’histoire de Mathias, qui grâce à des subterfuges, obtient l’autorisation de se promener dans le parc de la clinique psychiatrique.

Et c’est la conjonction de tous ces problèmes qui font de ce livre une intrigue poignante, dans lequel le passé des différents protagonistes joue un rôle primordial.

Je regrette toutefois que page 218, le prénom d’une jeune femme placé dans le cours de la narration induise le lecteur en erreur.

Mais revenons à notre énigme du début. L’avez-vous résolue ? Non ?

Reprenez la disposition des vêtements telle qu’elle est décrite dans le sens du haut vers le bas, mais en reprenant du bas vers le haut. On se déshabille comme l’on veut, selon les désirs du partenaire, et dans la précipitation des aspirations des intervenants. Mais enlever son slip avant son pantalon, cela relève de la magie, de l’illusionnisme, ou d’un tour de force digne des plus grands équilibristes. Donc, l’homme qui descend l’escalier aurait dû découvrir son slip sur une marche et son pantalon sur le canapé. Bref il s’agit d’un déshabillage à l’envers, mise en scène qui n’abuserait pas un bon détective, ou un bon policier.

A moins que Didier Fossey ait voulu embrouiller le lecteur afin de détendre l’atmosphère, petit point rose dans une grande histoire noire.

Didier FOSSEY : Artifices. Editions Flamant Noir. Parution le 18 juin 2018. 390 pages. 19,50€.

ISBN : 979-1093363455.

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 07:36

Un Basque chez les Sioux.

Joseph PEYRE : Cheval Piaffant.

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le titre de ce roman, Cheval piaffant n’est pas un étalon gambadant allègrement dans un pré ou un enclos mais le surnom qui lui a été donné par des amis Indiens.

Il s’agit de Sauveur Etchemendy, de la maison Etchemendia, né la nuit de Noël 1829 dans le petit village d’Izterbéguy sis dans la riante vallée basque de Saint-Etienne-de-Baïgorry. A douze ans, il paraît en avoir seize. C’est dire s’il est musclé, fortement charpenté et est d’humeur batailleuse. Mais sa fiancée, la blonde et tranquille Kattalin, le défend en déclarant qu’il ne se bat que pour défendre les plus faibles.

Afin de le calmer, et écoutant les conseils du curé, Kochepa, la mère de Sauveur décide de l’envoyer en haute montagne passer l’été en compagnie du troupeau familial. Une idée comme une autre car le cadet de la maison Etchemendia, voyant les béliers s’affronter, s’exerce au lancer et au lever de grosses pierres, en compagnie des autres jeunes bergers. Et il manie le bâton de berger comme d’une arme redoutable.

Et cette propension à se mêler de ce qui ne le regarde pas lui joue un mauvais tour. S’interposant dans une rixe opposant un vieux maquignon-contrebandier à des bohémiens, qui au Pays Basque ont mauvaise réputation, Sauveur laisse sur le carreau l’un des agresseurs. Mortellement blessé pense-t-il. Aussi il n’a plus qu’une échappatoire pour ne pas tomber aux mains de la maréchaussée, s’enfuir en Espagne puis gagner l’Amérique du Sud où il retrouvera quelques représentants de la communauté basque. Il réalise ainsi, plus vite qu’il pensait et dans des conditions peu avantageuses, cette idée de partir aux Amériques et gagner le pactole, ainsi que l’ont fait quelques-uns de ses ancêtres.

Il embarque comme passager clandestin sur un voilier cap-hornier, mais découvert il est obligé de gagner son voyage et sa pitance en servant d’homme toutes-mains. Toujours aussi ombrageux, il démontre sa force en boxant son voisin de hamac, exploit qui attire les compliments des autres marins et du capitaine. Toutefois Sauveur refuse la proposition de continuer le voyage sous d’autres cieux et préfère débarquer à Buenos Aires.

C’est le début des pérégrinations du Basque qui devient gaucho en Argentine, puis il fait la connaissance de compatriotes, les suivant dans leur périple jusqu’en Californie, en franchissant à dos de cheval les Andes, devenant chercheur d’or dans cet état qui vient d’adhérer à l’Union américaine (devenue les Etats-Unis), découvrant quelque pépites mais se faisant spolier à cause d’ingestion immodérée d’alcool écossais ou irlandais, lui qui n’est habitué qu’au vin rouge, devenant berger chez les Mormons, une fonction qu’il maîtrise fort bien même s’il est un peu vantard, mais le blizzard l’oblige à gagner l’Est et abandonner son emploi, puis à combattre les loups blancs, devenant le défenseur d’un vieux bison blessé. Un exercice de bravoure que peuvent observer les Sioux ébaubis et il rencontre un Cherokee, qui fait partie du campement et est né le même jour que lui, un soir de Noël. Sauveur se lie d’amitié avec quelques-uns des Indiens grâce à sa force, son courage, et son désir d’intégration mais celui de retourner au pays et de se retrouver sa fiancée Kattalin, à laquelle il pense souvent, est freiné car il n’a pas un sou vaillant en poche. Et c’est ainsi qu’il sera surnommé Cheval piaffant, à cause de sa fougue et de son courage.

 

Telle est une partie de l’histoire de Sauveur Etchemendy, vantard, hâbleur, orgueilleux, bravache, mais attachant, prompt à défendre les plus faibles contre leurs oppresseurs.

Natif du Béarn, Joseph Peyré a beaucoup écrit sur sa région et le Pays Basque, montrant les hommes et les femmes tels qu’ils sont, sans en faire l’apologie mais démontrant leur courage, leur esprit de conquête, ainsi que leur attachement au pays lorsqu’ils en sont éloignés.

L’éducation de Sauveur, c’est le curé qui la lui prodiguera, mais il ne s’agit pas de prosélytisme, seulement de lui faire connaître l’histoire de son pays et de ses ancêtres, lorsque ceux-ci parcouraient le monde et découvrant l’Amérique, Terre-Neuve, avant Christophe Colomb.

Du père de Sauveur, il n’est guère question, parce que, au Pays Basque, ce n’est pas l’homme, c’est la femme, la maîtresse de maison, qui commande réellement.

L’histoire de Sauveur, c’est celle de nombreux migrants, s’expatriant par goût de l’aventure, par obligation aussi, et sans ces migrants, bien des avancées sociales, bien des découvertes, bien des amitiés n’auraient pu n’auraient pu se réaliser. Mais en toutes circonstances, il faut raison garder, et savoir se contenter de ce que l’on possède et de ce que l’on sait faire :

Sauveur, l’or est trop cher pour nous. En Amérique comme chez nous, je m’en rends compte, notre fortune, à nous Basques, est dans la laine des brebis.

Et se méfier aussi des idées préconçues trop souvent propagées :

Les Blancs, vous êtes tous pareils. Pour vous, les Indiens sont des sauvages avides de guerre, de sang, et de supplices, alors que c’est tout le contraire. Nous ne renverserons jamais cette légende, qui nous a fait et nous fait encore tant de mal.

Une leçon donnée par le Cherokee à Sauveur qui saura en tenir compte. Malheureusement, il est, était puisque cette histoire se déroule dans les années 1850, peut-être le seul à accepter que les Indiens n’étaient pas des sauvages, des êtres non civilisés tels qu’ils furent dépeints dans bons nombres d’ouvrages et de film à la gloire du Blanc colonialiste.

 

Joseph PEYRE : Cheval Piaffant. Illustrations de Paul Durand. Collection Bibliothèque Verte N°161. Editions Hachette. Parution 2e trimestre 1960. 254 pages.

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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 08:36

Et ce n’en est pas, de la Camelote…

Et d’Avalon à Camelot. Anthologie rassemblée et présentée par Lucie Chenu.

Des centaines d’ouvrages ont été consacrés à Arthur Pendragon, plus connu sous le nom du Roi Arthur, mais également des bandes dessinées, des adaptations cinématographiques, des séries télévisées, dont dernièrement Kaamelott d’Alexandre Astier, des dessins animés dont Merlin l’Enchanteur de Walt Disney dans lequel l’affrontement entre Merlin et Madame Mim reste un classique du genre, des jeux vidéos et même une comédie musicale.

Des romans qui suivent fidèlement la légende arthurienne édictée par Chrétien de Troyes, mais beaucoup s’en détachent apportant un souffle épique, de l’humour potache, extrapolant leurs aventures dans notre ère, voire en leur proposant des anticipations dans des univers plus ou moins proches dans des contextes de science-fiction.

Les versions qui sont proposées dans ce recueil nous offrent des possibilités de retrouvailles avec les différents personnages qui composent la geste arthurienne, de les transposer dans notre époque moderne, ou à des périodes plus ou moins récentes, en les propulsant dans des avenirs qui ne sont pas forcément meilleurs. Tous les auteurs pressentis pour faire évoluer les personnages auxquels ils se sont attachés à imaginer de nouvelles aventures, ou proroger celles qu’ils ont déjà vécues, se sont immergés dans leur esprit, leur insufflant des sentiments qui n’étaient pas forcément les leurs à l’époque d’origine, tentant de les cerner et de les opposer.

 

Gudule nous ramène quelques décennies en arrière, dans un petit village breton. Un cirque vient de s’installer sur la place du village mais une mère de famille entre en trombe dans le commissariat affirmant que son fils a été enlevé. Il était allé au spectacle avec son grand-père qui à cette occasion retrouvait une joie enfantine, malgré son handicap qui l’obligeait à se déplacer en fauteuil roulant. Un humour sous-jacent irradie dans cette entame qui augure des textes suivants une panoplie intéressante.

Ainsi Rémy Gallart met en scène un jeune homme, qui vivant ailleurs dans un monde interdimensionnel dédié à la technologie, se trouve propulsé sur Terre. Il est renversé par une jeune femme qui roule à bord d’un véhicule. Elle se nomme Viviane, et il s’en doutait. Mais se doutait-il des événements qui allaient suivre ?

Yaël Assia nous incite à découvrir dans la plus pure tradition des contes, débutant sa nouvelle par Il était une fois un pays, un épisode d’Halloween. Et le petit garçon qui figure dans cet épisode se souvient qu’autrefois il fut Taliesin, poète historique et barde mythique de la littérature galloise.

Estelle Valls de Gomis place son intrigue dans le Londres de l’année 1898. Gauvain, tel est le nom du héros, s’est installé en la capitale britannique, laissant sa femme en Bretagne, et il se rend un soir sur les bords du lac de Regent’s Park. Un poisson délaissé par un pêcheur se meurt sur la berge. Il le rejette à l’eau et en reconnaissance l’animal aquatique lui offre un bijou, une sorte de croix d’argent. Puis Gauvain est attiré par le cimetière de Highgate, le décor du roman de Bram Stoker paru récemment, Dracula.

Luvan met en scène le Chevalier Noir, qui à chaque fois renait de ses cendres, ou plutôt se réincarne, sortant de l’écorce d’un arbre et affrontant divers personnages arthuriens.

Dean Whitlock, seul auteur étranger invité, confronte, au début de sa nouvelle, une jeune fille gothique et un nain, nettoyeur de toilettes. Morgane s’est invitée dans la partie réservée aux hommes afin que Rag, le nabot, l’emmène dans un endroit déterminé pour retrouver Arthur. Seul Rag peut la conduire dans des dédales souterrains, et ils récupèrent en cours de route Dreads, qui semblait les attendre et se joint à leur petit groupe.

Anne Fakhouri suit les traces de Keu, le sénéchal du roi Arthur, envoyé en mission afin de comprendre pourquoi le pays d’Escalot dépérit. Une facette inhabituelle pour ce personnage, frère nourricier d’Arthur, qui sera obligé d’abandonner son arrogance et sa morgue habituelles.

 

Souvent c’est le profil psychologique des personnages qui importe au détriment de l’action, dans des nouvelles parfois elliptiques, peut-être un peu abstruses, souvent métaphoriques, attendrissantes, mais toujours intéressantes dans leur développement.

 

 

Sommaire :

Présentation de Lucie Chenu

GUDULE : Excalibur Circus

ASSIA Yaël : Trick or Treat

FAKHOURI Anne : Ce que chuchotait l'eau

LUVAN : Le chevalier noir

GALLART : Rémy : Voyage sans retour

WHITLOCK Dean : Le sacre du nouvel an

VALLS DE GOMIS        Estelle : L'histoire du Haut-portail

LARA Léonor : Décharmé, peut-être

DOKE Sara : Fata morgana

CLUZEAU Nicolas : Une légende est née

Dictionnaire des auteurs.

Et d’Avalon à Camelot. Anthologie rassemblée et présentée par Lucie Chenu. Collection Grande Bibliothèque Arthurienne. Editions Terre de Brume. Parution le 16 mai 2012. 240 pages. 18,50€.

ISBN : 978-2843624803

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 07:35

Au moins cela fait plaisir de voir quelqu’un sourire !

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le cadavre souriant

Parti aux Etats-Unis où il a été invité pour des conférences, auréolé de la parution récente de son recueil de poèmes publié en 1881, Oscar Wilde est aussi connu pour son excentricité vestimentaire. Il débarque le 2 janvier 1882 à New-York puis il va parcourir le pays, le succès le boudant au début de sa tournée mais allant grandissant.

A Leadville, dans le Colorado, il fait la connaissance dans une situation critique pour son portefeuille d’un professionnel des jeux de cartes. Un certain Eddie Garstrang qu’il retrouvera, à la fin de son périple, dans les bagages d’un homme de théâtre français, Edmond La Grange, dont la tournée a été triomphale. Garstrang, ayant perdu aux cartes contre La Grange, est devenu son secrétaire. Et comme le vieil habilleur de l’homme de théâtre vient de décéder, ce sera Traquair, le serviteur noir américain d’Oscar, qui le remplacera.

Mais ce qui unit Oscar à La Grange, c’est la proposition que ce dernier a faite au poète. Traduire Hamlet afin que la pièce de Shakespeare soit jouée à Paris, au Théâtre La Grange. Oscar embarque fin décembre en compagnie de la troupe La Grange afin de regagner l’Angleterre puis la France. Autour de la table, Edmond La Grange, Liselotte La Grange, sa mère qui pour tout le monde est Maman et est affublée d’un détestable caniche nommé Marie-Antoinette. Richard Marais est l’homme d’affaires de la compagnie. Il est chauve, terne, sans personnalité ni point particulier sauf celui d’être atteint de surdité. Carlo Branco, descendant d’une longue lignée d’acteurs portugais, est le plus vieil ami d’Edmond et l’acteur principal. Enfin, Gabrielle de La Tourbillon, actrice trentenaire et maîtresse officielle d’Edmond qui possède le double de son âge. Juste une petite remarque comme cela en passant et qui ne prête pas à conséquence, quoi que Gabrielle soit attirée par les hommes jeunes.

Les deux enfants d’Edmond, issus d’un précédent mariage avec Alys Lenoir, décédée, les jumeaux Bernard et Agnès, vingt ans, ne sont pas présents sur le navire, mais leur rôle dans la pièce qui sera montée à Paris est déjà défini.

Si le voyage se passe bien, l’arrivée à Liverpool est mouvementée, à cause de l’humour d’Oscar Wilde, humour pas apprécié par les douaniers. Et en ouvrant la malle du poète, ils découvrent non pas des livres comme Oscar le prétend, mais de la terre et Marie-Antoinette morte étouffée. Le premier cadavre de la liste qui sera suivi par bien d’autres, et des humains cette fois, lorsque tout ce beau monde sera arrivé dans la capitale française.

C’est au commencement du mois de février 1883 (à Paris, au début du printemps ?!) que Robert Sherard, le narrateur, rencontre par hasard dans le foyer du théâtre La Grange celui qui deviendra son ami et dont il écrira les mémoires. Mémoire peut-être défaillante ou approximative comme on peut le lire, puisque février est considéré comme le début du printemps. Ne nous formalisons pas pour si peu et continuons notre lecture.

Traquair, l’habilleur de La Grange est retrouvé décédé dans une petite pièce attenante à la loge du comédien. Il se serait asphyxié au gaz. Suicide, meurtre, accident ? La Grange et ses proches décident de ne pas prévenir la maréchaussée, et le soin de procéder aux premières constations et aux formalités administratives est confié aux bons soins au docteur Ferrand ami et médecin de la troupe. Et par voie de conséquence, Robert Sherard devient l’habilleur d’Edmond La Grange, ce qui lui permet de côtoyer l’univers théâtral de l’intérieur.

 

Et cet univers, Sherard ne le dédaigne pas, au contraire. Outre son amitié avec Oscar Wilde, et ses relations privilégiées avec Gabrielle de La Tourbillon, un véritable tourbillon, il sera amené à faire la connaissance d’autres personnages, parfois hauts en couleurs, telle Sarah Bernhardt et sa ménagerie, ses fêtes, ses exigences, sa beauté, son talent.

L’auteur, via son personnage de Robert Sherard qui a réellement existé, nous entraîne dans une histoire dont Oscar Wilde est le héros. Tandis que Wilde fête ses vingt-huit ans, Sherard lui n’en a que vingt et un et il est subjugué par le poète. Et ils vont ensemble découvrir Paris, ses quartiers louches, mais également les beaux quartiers, dont Neuilly où est située la clinique psychiatrique du docteur Blanche. L’opium et autres produits illicites sont consommés avec abondance. Et surtout l’univers du théâtre, avec ses acteurs qui subissent l’ostracisme de la plupart des gens bien pensants, même si cela reste l’occupation favorite du peuple.

L’intrigue est presque mise de côté, et ne trouve une véritable résolution que dans l’épilogue, quelques années plus tard, et qui donne véritablement son sens au titre. Le récit est enchâssé en effet dans une scène se déroulant lors de la visite chez Madame Tussaud, un musée de cire antérieur à celui du Musée Grévin, avec comme protagonistes, nos deux amis et Conan Doyle. Lequel est mystifié par le sens de l’observation et de la déduction d’Oscar Wilde.

Wilde possède bien d’autres qualités dont l’humour qui parfois lui joue de bien mauvais tours. Mais il ne peut s’empêcher de manier l’ironie. Il pratique aussi les aphorismes ce qui se trouve être le sel d’une intrigue où le côté policier est quelque peu dilué mais habilement amené.

 

Pour un poète, le plagiat est véniel et le mensonge presque capital. Mentir, c’est-à-dire formuler de belles contrevérités, est le véritable but de l’art.

 

Quelle que soit sa nationalité, la presse se contente aujourd’hui de narrer avec une avidité obscène les inconduites de gens médiocres et nous rapporte avec la minutie des ignorants le détail précis et prosaïque de l’existence de personnes absolument sans intérêt.

 

L’œil est le carnet de notes du poète, et celui du détective.

 

Il y a un sujet sur lequel les hommes et les femmes sont d’accord. Ni les uns ni les autres ne font confiance aux femmes.

 

Réimpression le 19 septembre 2013, dans une nouvelle traduction de Carine Chichereau.

Réimpression le 19 septembre 2013, dans une nouvelle traduction de Carine Chichereau.

Gyles BRANDRETH : Oscar Wilde et le cadavre souriant (Oscar Wilde and the Dead Man’s Smile – 2009. Traduction de Jean-Baptiste Dupin). Collection Grands Détectives N°4412. Editions 10/18. Parution le 4 février 2010. 416 pages. 8,10€.

Réimpression le 19 septembre 2013, dans une nouvelle traduction de Carine Chichereau.

ISBN : 978-2264046512

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20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 08:31

L’une des rares professions où l’on peut lire sur son lieu de travail en toute impunité !

GUDULE : La bibliothécaire.

Les cours de français de monsieur Pennac ( !) seraient-ils si soporifiques pour que le jeune Guillaume s’endorme sur son pupitre ? D’autant qu’il se fait remarquer en ronflant bruyamment.

La réalité est tout autre. Si Guillaume est fatigué, c’est parce que depuis quelque temps, il espionne de la fenêtre de sa chambre, un appartement situé de l’autre côté de la rue. Une vieille dame écrit durant des heures et il se demande bien ce qu’elle peut rédiger.

Or un soir, alors que la vieille dame éteint sa lumière, peu après il aperçoit une jeune fille vêtue d’une cape sortir de l’immeuble et s’éloigner. Il décide la suivre et pénètre à sa suite dans la bibliothèque par une porte dérobée. Mais la lumière allumée et le bruit engendré par les appels de Guillaume alertent le gardien. Ils s’enfuient précipitamment et se retrouvent le boulevard désert.

Ils devisent tranquillement et Guillaume apprend que la jeune fille se prénomme Ida. Elle a de beaux yeux et il tombe sous le charme de cette adolescente qui paraît n’avoir qu’une quinzaine d’années. A sa grande surprise Ida lui révèle que la vieille dame, c’est elle. Elle avoue être âgée de quatre-vingt-quatre ans, avoir été bibliothécaire durant des décennies, et que son rêve était d’être romancière. Mais elle n’a jamais pu trouver le grimoire qui lui aurait permis de réaliser son souhait le plus cher.

Mais deux ou trois jours plus tard, pas de lumière chez la vieille dame. Il apprend que celle-ci vient de décéder. Il ne verra plus Ida. Aussi, armé de son seul courage et d’un canif, il entre dans l’appartement et découvre le fameux cahier. Il se met en tête alors de découvrir le grimoire en compagnie de son ami Doudou, un Noir qui ne parle pas mais s’exprime tel un rappeur, et d’ectoplasmes farceurs.

 

Dans une ambiance très fantastique, ce roman pour adolescent est un hommage aux bibliothécaires et aux documentalistes, à tous ceux et celles qui œuvrent afin que les adolescents se plongent dans la lecture et la littérature.

C’est frais, c’est charmant, c’est enjoué, et l’on aimerait être à la place de Guillaume lorsqu’Ida lui fait une bise sur la joue. Mais au-delà de cette intrigue menée rondement, ce sont les aveux d’Ida à Guillaume qui en font le support de l’histoire.

En effet, à la remarque de Guillaume qui demande pourquoi Ida a choisi de n’avoir que quinze ans lors de sa recherche du grimoire, la jeune fille répond :

Les seuls livres que j’ai négligés, lorsque j’étais bibliothécaire, ce sont ceux destinés aux jeunes. Je ne les trouvais pas intéressants. Adulte, il me manquait la fraîcheur d’âme nécessaire pour les apprécier. Ce fut sans doute mon erreur. Une erreur que je tente désespérément de réparer aujourd’hui… AVANT QU’IL SOIT TROP TARD !

Car elle n’a plus longtemps à vivre, elle en est consciente, malgré les dénégations de Guillaume.

Une réflexion qui conforte, s’il en était besoin, de lire ou relire des ouvrages pour adolescents, alors que je suis dans le même état ou presque que la vieille dame. Un plaisir de redécouverte, de se plonger dans une littérature d’évasion, policière, fantastique, de science-fiction, sans violence, sans psychologie de comptoir, sans étalage d’une érudition factice ou réelle, voire sans prise de tête avec certains auteurs pour adultes.

Gudule, alias Anne Duguël lorsqu’elle signait des romans pour adultes justement, nous fait revisiter, grâce aux personnages qu’elle invente pour accompagner Guillaume et Doudou dans leurs recherches du grimoire, nous permet de retrouver avec un émerveillement non feint, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, Poil de Carotte de Jules Renard, Gavroche de Victor Hugo ou encore le Petit Prince de Saint-Exupéry, qui vivent leurs aventures transposées dans l’univers de nos deux adolescents.

Et comme l’affirme justement le Petit Prince à une déclaration de Guillaume qui affirme détester les livres où les gens meurent :

Ce qu’il y a de bien dans les histoires, c’est qu’on peut toujours revenir en arrière.

Que veux-tu dire ?

C’est l’avantage qu’ont les livres sur la vie réelle. Dans la vie réelle, quand un drame arrive, on se dit : comme j’aimerais retourner dans le passé, profiter du bonheur d’avant ! La lecture nous donne cette possibilité : il suffit de reprendre les chapitres précédents, et on revit les moments que l’on aime chaque fois qu’on le désire.

A tous ceux qui se sentent honteux de lire ou relire des romans dits juvéniles, se sentant trop vieux pour ce genre d’exercice, qui méprisent même ceux qui le font c’est-à dire se plongent dedans avec délectation, les jugeant attardés, ce petit roman devrait les exonérer de cette pensée déshonorante et au contraire les inciter a se plonger ou replonger dans la lecture jeunesse qui souvent se montre plus enrichissante que celle pour les soi-disant intellectuels méprisants.

La Lecture doit rester un plaisir et ne pas devenir un pensum !

GUDULE : La bibliothécaire. Le Livre de Poche Jeunesse N°547. Parution novembre 2007. 192 pages.

ISBN : 978-2013224062

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19 août 2018 7 19 /08 /août /2018 11:13

Les écorchés, aurait aussi bien pu convenir comme titre.

Aline BAUDU : Les égarés.

Deux nouvelles noires au sommaire de ce mini recueil. Le sable de Djerrah et Déraillement. Deux tranches de vie, deux destins, deux histoires dans lesquels on pourrait, presque, se reconnaître, tout au moins dans la seconde.

Dans Le sable de Djerrah, le lecteur fait la connaissance de Jean, un garçon mutique qui passe son temps à fabriquer des balais à l’aide de branchages de peuplier et de genêt dans la ferme familiale. Ou alors il balaie la cour, les dépendances. Il ne parle pas de la journée.

Francette, sa jeune sœur, s’amuse à trier dans une passoire les gravillons du sable, imaginant découvrir un jour des pépites d’or. Une occupation qui dérange Jean, lequel éparpille son mamelon d’or présumé, à l’aide de son sempiternel balai qui traîne en permanence avec lui. Pendant ce temps la mère dépiaute un lapin pour le repas du midi. Jean ne peut pas voir cette opération délicate, il ne peut pas, surtout il ne veut pas.

C’était au temps où dans les salles de cinéma était projeté un film dans lequel une jeune débutante se voyait projetée sous les feux des projecteurs et des yeux concupiscents des hommes. Et Dieu… créa la femme, paraît-il. Il a aussi créé les guerres, comme celle d’Algérie, à laquelle Jean a participé comme appelé. Il y eut beaucoup d’appelés, et peu d’élus. Depuis Jean traîne ses souvenirs comme un écorché vif.

 

Déraillement, le genre d’accident au quotidien, quand un célibataire quiètement engoncé dans sa vie d’homme solitaire rencontre une jeune femme. C’est beau l’amour, quand c’est partagé. C’est envahissant aussi, quand la femme se met en tête de chambouler le train-train quotidien. D’obliger son amoureux à coucher sous la tente, ce qu’il refuse catégoriquement, à se promener à vélo, à manger des légumes plutôt que de la viande…

C’est excitant, une nouvelle vie, gérée par la femme qu’on aime, c’est énervant aussi, et des idées folles traversent la tête.

 

Plus le temps passe, plus je vieillis, plus la lecture de nouvelles me procure du plaisir. Le plaisir de découvrir des univers différents à chaque fois, des petites scènes du quotidien que l’on aurait pu vivre ou des situations que l’on a plus ou moins connues, des sensations, des sentiments, que l’on ressent par procuration.

Les pavés ne m’intéressent plus guère, les ayant connus en 1968, puis après durant des décennies, les pavés littéraires je précise. Maintenant, il me faut passer d’une histoire à une autre, le plus rapidement possible, car outre lire des intrigues différentes, de se transposer dans des ambiances et des atmosphères diverses, cela permet de découvrir de jeunes auteurs, jeunes dans l’écriture, peu importe l’âge, qui s’affirment de texte en texte et offrent des possibilités de renouvellement.

Aline Baudu est l’une de ces auteurs qui sous la houlette de Mademoiselle Ska s’exprime avec justesse, sans s’épancher dans des considérations oiseuses, mais prenant aux tripes.

Pour vous procurer cet ouvrage, une seule adresse :

Aline BAUDU : Les égarés. Deux nouvelles noires numériques. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 1er septembre 2016. 21 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023405330

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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