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10 septembre 2018 1 10 /09 /septembre /2018 10:04

Un plaidoyer pour les artistes qui devrait être lu par les ministres successifs de la Culture, mais pas que !

Dominique PEKO : La planète des Norchats.

Afin de coloniser la planète Soloma, des enfants, garçons et filles de huit ans, sont mis en condition dans une réplique dite Soloma Minor.

Ils étaient éduqués dans des pensions, mais le nouveau traitement qui leur est infligé leur convient parfaitement. Ils mangent, non seulement à leur faim, mais découvrent des denrées nouvelles, comme du lait frais, du beurre en motte et du pain fabriqué sur place. Ils découvrent des animaux amusants, les vaches par exemple.

Après avoir été accueillis par le directeur, Victor Samp, à l’attitude plaisante, ils sont divisés en groupe de seize et seront encadrés par deux jeunes guides. Axel et sa sœur jumelle Chrysoline sont affectés dans le groupe cornaqué par Diane et Valleran. Ils savent que leur séjour ne sera pas de tout repos, qu’ils rencontreront des difficultés, voire des déboires, mais l’âge et la volonté alliés à l’enthousiasme ont raison des montagnes dressées sur leur route. Et de plus, ils se lient d’amitié avec Lonart dont ils apprécient la gentillesse, et Marge, une gamine réservée.

C’est ainsi que trois années se déroulent avec de petits incidents à la clé. Axel s’étant approché de trop près des Rouges-fleurs reçoit du pollen dans les yeux. Un peu de pommade, et tout s’arrange. Des missions leurs sont confiées. Par exemple grimper au flanc d’escarpements rocheux afin de récupérer des œufs de Volubs, de drôles d’oiseaux, qui n’apprécient pas l’intrusion. Mais il s’agit d’œuvrer pour leur survie car ces œufs ne pèsent pas moins de deux à trois kilos, ce qui constitue un excellent repas roboratif.

Et puis il existe les Norchats, des espèces de gros chats mâtinés de pumas qui n’hésitent pas à les attaquer. Axel en fait l’expérience mais il parvient à se débarrasser de l’animal, qui n’était qu’une réplique de ce qui peut exister sur Soloma, la vraie. L’entraînement sportif est assez poussé, et Axel se rend compte que peu à peu il ne parvient pas à progresser. S’il est attiré par l’aventure, il possède d’autres centres d’intérêt. Il aime jouer de la musique, dessiner, et écrire des histoires.

Ses défaillances sportives risqueraient de lui coûter sa place sur le vol vers Soloma la vraie, au bout de cinq ans de stage. Et Victor Samp, le directeur, lui propose de démontrer ses capacités artistiques et il promet d’étudier le cas d’Axel auprès du comité de sélection.

 

Outre quelques références, dans le nom de certains des personnages relatifs à des auteurs de science-fiction célèbres, il s’agit bien d’un roman, sinon de science-fiction au moins d’anticipation. La colonisation d’une planète, entamée une douzaine d’années auparavant, est le but de cette aventure.

Mais au-delà des nombreuses péripéties rencontrées par les divers protagonistes choisis pour leurs capacités d’intégration, de bravoure, de débrouillardise, d’anticipation sur les événements, de résistance, c’est la résolution du directeur de donner sa chance à Axel, malgré son manque de performances sportives qui prime.

Il explique son choix d’intégrer Axel dans le groupe de départ, et le statut d’artiste qui est confié à l’adolescent est une revanche pour le directeur. Auparavant Victor Samp lisait beaucoup mais il a été brimé, car il fallait privilégier l’utile à l’agréable. Et il ne veut pas d’une nouvelle civilisation sans artiste malgré l’avis de l’ordinateur.

Nous allons fonder une nouvelle civilisation là-bas. Une civilisation sans artistes est-elle viable ? J’ai répondu non. L’ordinateur a dit oui, mais il est l’enfant d’une civilisation technologique où l’artiste est nié. Sa réponse n’est donc pas valable.

Et il enchérit :

Vois-tu, lorsque j’étais adolescent j’ai énormément lu, et des livres que presque personne ne lisait : des romans, des poèmes, écrits il y a un siècle ou deux ; car maintenant plus personne n’écrit. On tape sur des claviers, on fait s’animer des lettres sur un écran, on emplit des fiches, mais on n’écrit plus. Plus personne n’a l’imaginaire ouvert sur l’inutile, qui est simplement beau, mais c’est énorme, c’est l’essentiel. De nos jours l’imagination doit être rentable sinon on l’étouffe.

Il s’agit bien d’un plaidoyer, publié en 1982, pour la culture, pour le statut d’artiste, pour la musique, la peinture, l’écriture. Nul doute que nos politiciens devraient s’inspirer de ce roman pour mener une politique qui ne soit pas préjudiciable à la Culture, même si beaucoup pensent que le pragmatisme prévaut sur la rêverie.

 

Dominique PEKO : La planète des Norchats. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. Parution 15 avril 1982. 156 pages.

ISBN : 9782010087899

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9 septembre 2018 7 09 /09 /septembre /2018 13:20

Plus précieux que les chemises de l’Archiduchesse !

Jean FAILLER : Les diamants de l’Archiduc.

Ayant lu avec plaisir les dernières aventures de Mary Lester, la charmante policière du commissariat de Quimper n’hésitant pas à voyager pour résoudre les meurtres auxquels elle est confrontée par hasard ou par conviction dans toute la Bretagne, l’occasion me fut donnée de la découvrir dans l’une de ses premières enquêtes.

Dans Les diamants de l’Archiduc, on la découvre dans sa nouvelle affection comme stagiaire dans une intrigue qui frise le fantastique sans jamais y succomber. Elle est dévolue aux tâches subalternes, aux écritures, et ce n’est pas le genre de travail exaltant auquel elle s’attendait. Le commissaire Fabien est en vacances et c’est son adjoint, Bredan, qui le supplée. Il va aspire à une retraite bien méritée ( ?) et ne veut pas s’encombrer de dossiers litigieux. Elle fait équipe avec l’inspecteur Fortin dont l’occupation favorite est de lire le journal L’Equipe. Et pendant qu’il s’adonne à sa lecture, il ne fait pas de bruit.

Mary Lester redécouvre la capitale de la Cornouaille, préfecture du Finistère, et la vieille ville l’attire. Car jeunette, elle venait en vacance dans la cité préfectorale chez ses grands-parents, et elle en garde une certaine nostalgie. C’est ainsi qu’elle va faire la connaissance de L’Archiduc, qui se prénomme Bertrand, par hasard, alors qu’il quémande à la terrasse du café où elle déguste une boisson chaude, afin de recueillir quelques piécettes qu’il dépensera dans un litron de rouge. Il se fait alpaguer par les policiers, à défaut des punks qui avaient organisé un joyeux chambard, mais quelques jours plus tard elle retrouvera ce trouvère moderne.

Ils discutent et au cours de la conversation, il lui avoue connaître quelques éléments sur une affaire de vol de bijoux, vol qui s’est déroulé quelques temps auparavant, et surtout savoir que si deux des malandrins ont été arrêtés, que deux autres ont été tués et sont enterrés dans un endroit secret. Il ne veut en dire plus, l’incitant à se renseigner dans les archives du journal local.

Il lui confie également que trois ou quatre jours par mois, il est ainsi embastillé. Pourtant elle n’a pas trouvé trace de son nom, de ses interpellations, dans le registre des inculpations. C’est ainsi que Mary Lester est amenée à effectuer une enquête à rebours car si l’Archiduc est ainsi emmené en geôle, c’est pour une œuvre pie.

 

Court roman dans lequel Mary Lester est impliquée sur une affaire classée, mais qui sous son impulsion se retrouve au goût du jour, malgré le commissaire par substitution. Lors de ce vol de bijoux, une prise d’otages avait défrayée la chronique, et le fait qu’un gamin de quatre ans soit parmi les otages.

On retrouve avec plaisir Mary Lester à ses débuts et il manque quelques précisions dans cette histoire dont l’épilogue est assez abrupt. Le personnage de l’Archiduc reste dans le flou, on aurait aimé en savoir un peu plus sur son passé. Pourquoi il est devenu un clochard, et quelles sont ses motivations, même si un début de réponse est donné. En effet, dans la cellule où il est consigné trois ou quatre jours par mois, il cohabite avec un jeune homme atteint d’une forme de lycanthropie. Mais cela n’explique pas tout. On s’en contentera.

Mais le petit côté, disons humaniste, c’est le petit chien qui accompagne partout l’Archiduc. Banal, me direz-vous. Sauf que, lorsque l’éclopé de la vie est alpagué par les policiers, c’est Mary Lester qui prend soin du canidé, l’emmène au toilettage et le garde le temps de l’incarcération.

Ce roman, le deuxième de la série Mary Lester, écrit en octobre 1993 et publié en première édition aux éditions Alain Bargain, comporte quelques petites négligences de relecture, de ce que l’on pourrait qualifier d’erreurs de jeunesse de l’auteur, même s’il avait déjà atteint la cinquantaine.

Ainsi peut-on lire page 14 :

Elle s’assit et commanda un café.

Mais page suivante :

Sur le guéridon de marbre, un pot de thé fumait et il ne lui manquait qu’une pâtisserie pour se sentir vraiment heureuse.

Ah, ces garçons de café, ils sont vraiment étourdis, parfois !

 

Jean FAILLER : Les diamants de l’Archiduc. Une enquête de Mary Lester N°2. Editions du Palémon. Parution 4e trimestre 1998. 176 pages. 9,00€.

ISBN : 978-2-907572-13-2

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8 septembre 2018 6 08 /09 /septembre /2018 07:42

Le mystère du Carré potager ?

Anne PERRY : Le mystère de Callander Square.

Pour planter un arbre, il faut un arbre, un ou deux arboriculteurs, un emplacement adéquat, de la bonne terre avec si possible de l’humus et des engrais organiques.

Toutes les conditions sont réunies sauf que l’impondérable se produit lorsque l’un des arboriculteurs découvre un os. Et pas n’importe quel os ! Celui d’un être humain, d’un bébé, déposé là depuis quelques mois. C’est ce que confirme le légiste à l’inspecteur Thomas Pitt qui a été aussitôt prévenu de cette découverte macabre. Et comme un seul ne suffisait pas, un second cadavre est découvert sous le premier, mais enterré environ deux ans auparavant.

Selon les premières constatations, les nouveau-nés seraient morts naturellement même si le second présente une déformation crânienne.

En ce mois d’octobre 1883, le premier travail que se donne Pitt est de recenser les habitants de ces magnifiques demeures cossues de ce quartier huppé. Selon lui, la mère des gamins pourrait être l’une des servantes de ces familles qui, pour une raison ou une autre, aurait soit perdu ses gamins mort-nés, soit les avoir tués, afin de ne pas subir l’opprobre de ses employeurs.

Il rencontre successivement, Balantyne, un général en retraite, et sa famille composée de sa femme lady Augusta et de ses deux enfants Christina et Brandon dit Brandy, le docteur Freddy Bolsover, marié avec Sophie, Reggie Southeron, directeur de banque et sa femme Adelina, Sir Robert Carlton, qui est au gouvernement, et sa jeune épouse. Les autres sont soit absents, soit ne possèdent que des valets, donc théoriquement n’entrant pas dans le cercle de ses recherches.

Charlotte, la jeune épouse de Pitt, tout juste enceinte, décide d’aider son mari dans son enquête, et accompagnée de sa sœur Emily qui a épousé un représentant de la bonne société, va fouiner dans ce quartier. Elle se fait même embaucher par le général Balantyne, sous son nom de jeune fille, Ellyson, pour mettre à jour ses notes et ses archives dans le but de rédiger un mémoire sur les différentes guerres auxquels ont participé ses ancêtres. Comme ça elle a un pied dans la place et deux yeux sur le square.

Les investigations de Pitt sont tout juste tolérées, car un policier, même du grade d’inspecteur, est considéré comme un être inférieur, à classer parmi les valets et servantes. Pour autant ses rencontres avec les majordomes, valets, servantes, femmes de chambre ne se révèlent pas inutiles. Et si ce n’est pas lui qui découvre les dessous de certains secrets, c’est Charlotte qui en est témoin.

Ainsi Christina, la fille du général Balantyne se laisserait aller à quelques privautés avec Max, le majordome. A moins que ce soit le majordome qui obéirait aux désirs de sa jeune maîtresse. Il n’en est pas moins vrai que Christina serait enceinte, des nausées et autres petits problèmes indiquant un état dit intéressant. Il faudrait la marier avant que cela soit trop flagrant. Alan Ross serait le gendre idéal, même si deux ans auparavant il fleuretait avec Helena, laquelle depuis a disparu. Encore une énigme.

D’autres cadavres sont cachés dans des placards, et il ne s’agit pas toujours d’une image de rhétorique, tout au moins pour les cadavres.

 

De novembre 1883 à janvier 1884, le lecteur est invité à s’immiscer dans la bonne société et à découvrir les dessous pas toujours très nets de ceux qui se sentent supérieurs. Anne Perry, à l’aide de quelques cas, quelques familles, décrit la société victorienne sans concession. Et met l’accent sur la condition négative de la femme, surtout dans la société huppée constituée de nobles et bourgeois très aisés.

Ainsi Charlotte Pitt, qui a fait un mariage d’amour, alors que sa situation lui aurait permis de prétendre à mieux. Surtout pour ces parents. Et aujourd’hui, au moment où se déroule cette histoire, elle peut enfin lire les journaux.

Avant son mariage, son père lui interdisait ce genre de lecture. Comme la plupart des hommes de son rang, il jugeait cela vulgaire et totalement inconvenant pour une femme. Après tout, ce n’était qu’un salmigondis de crimes et de scandales, et de notions politiques impropres à la considération des personnes du sexe féminin, outre le fait, bien sûr, qu’elles étaient intellectuellement inaccessibles.

 

Les petites incartades des servantes sont considérées avec une certaine mansuétude de la part de certains. Ainsi Reggie Southeron pense, en dégustant son porto dont il abuse quelque peu :

Il y avait peu de distractions dans l’existence d’une servante, et tout le monde savait que les filles, surtout celles qui venaient de la campagne pour s’élever dans l’échelle sociale, ne répugnaient pas à se divertir. C’est bien connu, du moins de ceux qui menaient un certain train de vie. Mais il était fort possible que la police, qui ne valait guère mieux que les marchands ou les serviteurs eux-mêmes, voie les choses d’un tout autre œil.

 

Bien d’autres exemples sur la possible infériorité intellectuelle et sentimentale des femmes sont énoncés dans ce roman, des opinions émises par des hommes bien entendu, mais ceux-ci ne se rendent pas compte qu’ils sont les jouets de leurs fantasmes, engoncés dans leurs préjugés, et lorsqu’ils sont confrontés à la réalité, ils tombent de haut. Mais ce n’était pas encore l’époque où les femmes pouvaient revendiquer l’égalité et au moins le respect.

Anne PERRY : Le mystère de Callander Square. (Callander Square – 1980. Traduction de Roxane Azimi). Collection Grands Détectives N°2853. Première parution mai 1997. 384 pages. 7,50€. Cet ouvrage a été réimprimé à de nombreuses reprises sous différentes couvertures.

ISBN : 978-2264025845

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7 septembre 2018 5 07 /09 /septembre /2018 08:16

C’est ce que l’on appelle l’enfer ?

Jean MURELLI : Les noirs paradis.

L'esprit complètement ensuqué, Clément Bonnat se réveille dans une pièce qu'il ne connait pas. Normalement il aurait dû fêter le réveillon de Noël avec sa compagne Mariette et il est attablé parmi un véritable désordre d'assiettes, de plats, et de reliefs d'un repas copieusement arrosé.

Soudain la mémoire lui revient. La veille au soir, alors qu'il rentrait de la réception organisée pour Noël à Lorquigny par son patron - il est représentant-placier d'une marque de peinture - il aperçoit au bord de la route un homme dont la voiture a glissé dans le fossé. Il le prend à bord de son véhicule et l'accompagne chez lui à Sagemont-en-Seine. Dupré, dont la femme et les filles sont parties aux sports d'hiver, l'invite à réveillonner avec lui et Bonnat; par lâcheté, n'ose pas refuser. Dupré, entre deux verres lui a parlé d'une légende locale, un moine issu du XVe siècle qui aurait fait sa réapparition, avec cadavres à la clé.

A trois heures du matin, Dupré lui a proposé un café, et Bonnat s'est endormi sur la table. Maintenant il est six heures, et il lui faut penser à rentrer. Bonnat se rend dans la cuisine et il découvre Dupré affalé, mort, une vilaine griffure sur la nuque. Comme il n'est pas loin de Flavricourt et de Rambaud, deux patelins où il est né et a vécu, Bonnat décide de se rendre chez ses amis d'enfance, les Devolder, et de leur demander leur soutien.

En effet, lorsqu'il était gamin, il fréquentait Isoline et Joachim, son cousin qui est devenu son mari. La mère de Bonnat était bonne chez le père de Joachim, grand industriel à la tête d'une filature. Déjà Isoline était fantasque, mais il en était amoureux. Ils acceptent de dire que Bonnat avait passé la soirée avec eux, et il peut rejoindre son foyer parisien la conscience tranquille.

Mariette, sa compagne, et leurs voisins, Françoise et son mari J.B., se posaient de questions quant à sa défection au réveillon. Mentant avec aplomb, Bonnat pense s'en être tiré. D'autant qu'il traîne derrière lui dix-huit mois de cabane pour une histoire frauduleuse dont il fut la victime. Et son casier judiciaire entaché ne plaiderait pas en sa faveur s'il était soupçonné de meurtre. Seulement, il se rend compte que son calepin a disparu. Or sont consignés dessus ses nom et adresse, ceux de ses clients et une annotation de Dupré qui lui fournissait l'adresse d'un nouveau client.

Bonnat se rend à nouveau au Prieuré, le nom de la demeure de Dupré, mais aperçoit des policiers en train d'enquêter. Et parmi ceux-ci J.B. qui est inspecteur de police. Cela n'arrange pas ses affaires.

Un cycliste remet le précieux document, emballé, à sa concierge et Bonnat soupire. Pas longtemps, car l'expéditeur s'est amusé à dessiner sur une page une capuche de moine avec à l'intérieur une tête de mort.

Un nouveau meurtre similaire est perpétré dans les environs de Sagemont. Heureusement ce soir là ils étaient, lui et Mariette, invités chez leurs voisins, J.B. et Françoise, pour regarder la télévision.

 

Le début du roman commence comme une histoire à la William Irish. Un personnage qui sort d'un évanouissement, coup porté à la tête ou coma éthylique, et découvre près de lui le cadavre d'un homme qu'il ne connait pas ou depuis peu de temps. Bonnat ne cherche pas à savoir qui est le coupable, mais bien à défendre son intégrité, d'autant que son voisin policier mène l'enquête.

Donc il s'agit d'abord d'un roman d'angoisse et de suspense, ces deux ingrédients étant entretenus par la narration à la première personne.

Mais dans ce qui pourrait être une seconde partie, le thème de la sorcellerie diffuse s'installe, avec d'autres meurtres à la clé, et une ambiance relayée par les rumeurs des habitants du village. Celle d'un moine, ou de son fantôme, revenant accomplir une sorte de vengeance mais dont les motivations sont inconnues.

Le décor joue un grand rôle, celui du manoir de La Brettière, avec ses tours, ses couloirs, ses secrets, ses passages souterrains, la forêt environnante. Ainsi que ses habitants, Isoline et Joachim son mari et petit cousin. Elle est toujours pareille que dans son enfance, belle à couper le souffle, toujours aussi vive, un peu fofolle. Joachim lui n'a qu'une passion, ses serres avec ses plantes rares qu'il cultive avec amour. Sans oublier quelques personnages, peu nombreux, Juliette la servante du château, la mère de Bonnat, femme rigide qui a toujours servi le père Devolder et qui n'appréciait pas que son fils ait des relations avec les enfants du Maître.

C'était un temps où le paternalisme qui prévalait encore et Bonnat en a profité durant un certain temps. C'était le temps où la télévision se regardait entre voisins, Bonnat et Mariette par exemple étant invités à la regarder certains soirs.

 

En exergue un extrait du poème de Baudelaire, Moesta et errabunda : ... Mais les verts paradis des amours enfantines...

 

Jean MURELLI : Les noirs paradis. Collection Angoisse N°110. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1964. 224 pages.

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5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 08:06

Sur les genoux ? A dada sur mon chameau, quand il trotte…

Une production Christian JACQ !

Célestin VALOIS : Faites sauter le Pharaon.

A trente ans, Basile Espérandieu, dit tout uniment Basile, est maître de recherche détaché du Centre National de la Recherche Scientifique et correspondant de l’Académie des Sciences. Ce qui en jette. Et il émarge à un service secret, un service de renseignements fondé sur les échanges des correspondants des Cinq Académies, et dont le but est de regrouper les informations recueillies auprès de chercheurs de tous horizons. Cette émanation scientifique est indépendante des pouvoirs politiques et peut ainsi voler de ses propres ailes. La finalité étant de tisser un réseau international pour sauver le monde de la dictature. Tout un programme, une utopie que l’on ne rencontre que dans les romans. Mais néanmoins on peut rêver à son existence.

Mais Basile est distrait. Il se trompe dans les dates par exemple, dans les cartes et les digicodes pour s’introduire en toute légalité et insouciance sous la Coupole de l’Institut de France. C’est ainsi que son intrusion perturbe son chef, l’un des trois plus grands physiciens français, mais comme Basile avait terminé il vient remettre son rapport sur la mission qui lui avait été confiée, avec quelques jours d’avance.

Cette mission, qu’il avait acceptée comme Monsieur Phelps, sans quoique ce soit se détruise dans les cinq secondes, consistait en la remise d’un rapport sur les relations politiques entre l’Egypte et Israël et leur potentiel scientifique. Et pour sceller cette alliance, le président égyptien doit se rendre à Jérusalem car il a un projet qui ne fait pas que des heureux. Bref, Basile se propose de retourner en Egypte afin de peaufiner sa mission.

En attendant, il se rend de nuit dans une pharmacie homéopathique où travaille Béatrice, la jeune directrice du laboratoire homéopathique de l’officine et accessoirement sa maîtresse. Il a caché dans une armoire un vase égyptien qu’il destine à son amoureuse. Il possède la clé de la porte d’entrée, mais il n’en a pas besoin, car celle-ci est déjà ouverte. Des voleurs se sont introduits dans la boutique. Ils espèrent pouvoir s’emparer du vase d’albâtre qui émet un trait violet et des rayons rougeâtres.

Les deux hommes sont éberlués, et l’un d’eux choit tandis que l’autre parvient à s’enfuir, non sans avoir violemment percuté Basile qui se retrouve les fesses par terre. Et menotté car la police vient de faire son apparition.

Conduit au commissariat, Basile est embastillé en compagnie d’un truand, Jo le Corse, qui a fondé la Société de Défense de l’Environnement du bois de Boulogne. Une société destinée à protéger ses intérêts dans ce qui dans le temps se nommait le pain de fesses. Basile à l’aide d’un petit outil, un vulgaire trombone de bureau, ouvre les menottes de son nouvel ami qui s’était fait coffrer exprès, recherché qu’il était pour une histoire de dettes avec le Grec. J’abrège.

Basile est dédouané par l’individu assommé, car naturellement il ne possédait pas ses papiers sur lui. Une distraction de plus qui aurait pu lui être fatale. Seulement l’inspecteur Lafuge n’est pas convaincu de l’innocence de notre scientifique agent secret, et il décide, sans en informer sa hiérarchie de suivre pas à pas Basile qui fidèle à son idée va embarquer pour l’Egypte.

Mais le vase égyptien n’est pas un objet unique, un autre existe et doit être remis lors d’une cérémonie entre Begin et Sadate afin de sceller l’amitié entre les deux peuples. Seulement il contient un produit nocif qui lors de l’ouverture du vase risque de provoquer la mort de très nombreuses personnes. Une petite manipulation à découvrir dans un grimoire permet cette opération d’enlèvement d’opercule sans danger. Mais encore faut-il trouver la clé.

 

Nous suivons avec amusement les tribulations de Basile le Distrait, ainsi que divers protagonistes, dans ses déplacements et ses recherches. Un roman humoristique d’aventures qui pourrait être une aimable bluette, à la façon d’agents secrets comme l’avait si bien interprété Don Adams dans la série télévisée Max la Menace de Mel Brooks et Buck Henry à la fin des années 1960.

Mais on ne peut s’empêcher de penser également à Pierre Richard dans Le Grand blond avec une chaussure noire, un film d’Yves Robert de 1972, d’autant que Basile lui aussi est blond, et que cette couleur de cheveux est anormale en pays arabe. Surtout lorsque Basile se trouve sans chapeau dans un édifice religieux.

Les gags s’enchaînent dans la joie et la bonne humeur, sauf pour quelques participants à cette aventure mouvementée. Car en sous-main d’autres protagonistes n’apprécient pas le rapprochement envisagé entre Sadate et Begin. Des marchés juteux sont en jeu. Et quarante ans ou presque après la parution de ce roman, on peut se dire que rien n’a changé ! Et même que cela a empiré.

 

Fausener faisait partie du cercle étroit de ces hommes, inconnus du grand public, qui dirigent la marche boiteuse du monde. Il laissait le devant de la scène aux présidents pantins, aux chefs corrompus des partis politiques, à la kyrielle de gugusses qu’il manipulait à sa guise.

 

Célestin VALOIS : Faites sauter le Pharaon. Série Basile le distrait N°1. Editions Plon. Parution mai 1980. 224 pages.

ISBN : 2259006175

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4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 07:29

Des copines de Poupée de cire, poupée de son ?

Robert DARVEL : Femmes d’argile et d’osier.

Créé par George Lucas, Indiana Jones a réellement vécu mais sous une autre identité.

En effet l’explorateur et scientifique Hiram Bingham a servi de modèle pour mettre en scène ce héros populaire symbolisé par Harrison Ford qui lui a donné les traits physiques inscrits dans la mémoire des cinéphiles.

Mais Robert Darvel, dans ce roman, met en scène le véritable Hiram Bingham dans des aventures réellement vécues. Celles de la découverte du Machu Picchu dans les Andes péruviennes.

Au petit matin du 19 juillet 1911, l’expédition Yale-Pérou quitte Cuzco, la ville surnommée le Nombril du monde, pour les lointains, à la conquête de l’inconnu. Elle est composée de naturaliste, topographe, géologue et autres savants ainsi que d’assistants, d’un muletier, et en avant pour l’aventure sur l’Altiplano.

Dans la montagne, vivent de nombreuses personnes, dont Ambrocio qui dans une autre vie, pas si longtemps, était un colporteur. Mais à la suite d’un accident le voici affublé d’une jambe de substitution. Sa femme est malade, ce qui n’empêche pas l’homme de la maltraiter. Quant à Anacleto, le paysan, il est seul à apercevoir les quatre Campas, des invisibles scarifiées. Et la messagère, à peine vêtue de cuir rouge, qui dispose sur le sol des poupées d’osier habillées de minces lanières de cuir rouge.

Magdala, l’égarée d’osier, est ainsi décrite :

La jeune femme recueillit un peu de glaise tassée dans une fente de la roche et s’en frotta les mains pour les affiner de nouveau. Portée par sa coquetterie, elle inspecta son corps où son délicat vêtement de cuir rouge le laissait apparaître nu, c’est-à-dire partout sauf sous les pieds, sur les fesses, la poitrine et le visage. Elle trouva une estafilade derrière sa cuisse gauche, caressa du doigt deux tiges de son armure d’osier au fon de l’égratignure et frissonna aussitôt d’une émotion où se mêlèrent plaisir et inquiétude. Elle s’empressa de la combler avec minutie, veillant à se tenir immobile le temps que l’argile sèche et acquière son élasticité. Une fois retournée dans l’en-deçà, Magdala s’oindrait de glaise aux pigments soigneusement choisis de manière à corriger la teinte trop ocre du cataplasme. Le moment était moins à l’afféterie que de s’éperdre en griseries nouvelles.

 

Nous entrons dans le domaine du fantastique qui va jalonner le parcours de Hiram Bingham et ses compagnons dans un paysage proche de la fantasmagorie :

Un voyageur esseulé, venir s’y rafraîchir, n’aurait saisi la folle caractéristique de l’endroit qu’au terme d’une longue errance du regard. Détaillant la belle ouvrage, l’œil subitement intrigué aurait cherché en vain les abouts et les mortaises d’un assemblage architectural, la jointure des blocs d’un parapet : venelles, murs, fontaines, marches, arcs-boutants, pilastres, linteaux, terrasses, rigoles, égouts, autels et remparts, tout est ciselé d’une seule pièce, salamandre, saurien, condor, puma, rampe d’escalier, chambranle, mortier et jusqu’à la panne où glisser l’anse des cruches. Une montagne entière sculptée en une ville grandeur nature. Un chou n’offre pas plus de circonvolutions. D’un endroit vers un autre, le lacis lithophage propose un itinéraire tout sauf hasardeux.

Mais comment est arrivée Magdala dans notre monde ? Tout simplement en s’égarant hors de l’œil de la montagne. Un œil, un passage gardé, disputé par des hommes de rouille et de fers, perdus dans les brumes de l’en deçà. Mais je mets la charrue avant les bœufs, ce qui n’est pas conseillé lorsqu’on progresse dans la montagne, tout autant en descente qu’en montée.

Le lecteur a l’impression de voyager, en compagnie de Hiram Bingham et son équipe, dans un monde parallèle, qui serait pareil au nôtre mais avec des variantes que l’on n’ose appeler créatures humaines.

 

Robert Darvel pousse à l’extrême le défaut de ses qualités. A l’instar de ces romanciers du XIXe siècle, début du XXe, il privilégie l’écriture à l’intrigue. Je pense à, toutes proportions gardées, à des auteurs tels que Gustave Flaubert, Emile Zola, Anatole France et quelques autres qui oscillaient entre deux genres. Il n’a pas écrit un roman populaire mais un roman littéraire.

Les descriptions des paysages, des personnages, sont fouillés, travaillés, ralentissant quelque peu le rythme de la narration, et le lecteur lit, bercé par les mots, les phrases qui s’enchaînent comme ces alpinistes grimpant une montagne abrupte accrochés les uns aux autres, se défiant des périls, sûrs d’eux et de l’effet qu’ils produisent sur les spectateurs qui les suivent dans leurs ascensions. Robert Darvel s’érige en premier de cordée avec le pied assuré, avançant lentement mais sûrement dans son récit.

On se laisse entraîner au fil des pages, nonchalamment allongé dans ce bateau-livre qui nous emmène au gré du bon vouloir du narrateur-capitaine dans des phrases qui se catapultent parfois tels des récifs émergeant des flots tour à tour quasi immobiles ou s’écoulant en gros bouillons rafraîchissants.

On pourrait user de toutes les métaphores possibles mais il n’en reste pas moins que ce parcours se grave dans l’esprit, des phrases poétiques qui effacent parfois l’intrigue.

 

Robert DARVEL : Femmes d’argile et d’osier. Collection La Bibliothèque voltaïque. Editions Les Moutons électriques. Parution 1er mars 2018. 264 pages. 19,90€.

ISBN : 978-2361834470

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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 09:32

Femme des années 80,

Mais femme jusqu'au bout des seins,

Ayant réussi l'amalgame

De l'autorité et du charme…

Jeanne DESAUBRY : Chroniques d’Elles.

Quarante micro-fictions, quarante nouvelles déclinées comme autant d’images et recueillies dans un album que l’on feuillette avec ce plaisir trouble de s’immiscer dans l’intimité d’une femme.

Des vignettes animées allant du rose au noir, en passant par les multiples couleurs de la vie. D’une vie éphémère, d’une vie forgée de regrets ou d’espoirs, une vie simple ou embrouillée.

Des femmes, jeunes, vieilles, belles, moches, filiformes, grosses, amoureuses, frustrées, jalouses, complexées, rêveuses, pragmatiques, seules, célibataires, mères, désabusées…

Des femmes sans nom, qui traversent les pages incognito, mais que l’on connait car elles pourraient être une sœur, une fiancée, une épouse, une collègue, une inconnue rencontrée dans la rue ou au détour d’une gondole dans un supermarché et qui vous sourit, à votre grand étonnement, ou qui vous nargue, la lippe dédaigneuse.

Une femme que l’on découvre dans ses multiples tâches, au travail, rêvant de son collègue ; au jardin, préparant la terre alors que l’hiver est proche ; collectionnant les chaussures orphelines trouvées dans les rues ; rêvant et fantasmant à côté d’un collègue qui ne prête pas attention à ses désirs ; écoutant la musique d’un vieux disque retrouvé dans une caisse qu’elle déballe enfin, des années après, et les souvenirs se catapultent ; malade, enfin elle le croit, et pour ne pas se laisser avoir à l’improviste, elle s’est aménagé une trousse de secours ; seule, mari parti, comme d’habitude, grands enfants enfuis, alors elle peint, calquant sur ses toiles la nature selon la météo ; phantasmant en lisant de petites annonces coquines ; veuve, et s’accommodant fort bien de son statut ; buvant, du vin, cela lui lave l’esprit…

 

Des historiettes de mille caractères environ qui explorent toute la palette multicolore de vies parfois mises entre parenthèses ou exaltées, souriantes au dehors et grises à l’intérieur, des mignardises signées Fragonard, Bosch, Munch, Poussin, Millet et autres peintres qui décrivaient si bien, pinceau à la main, les personnages, les situations, les sensibilités, les sentiments avec un réalisme pointilleux.

Les titres de ces courtes nouvelles, qui toutes débutent par Elle…, nous ramènent incidemment à des lectures enfantines, genre Martine est au supermarché, Martine a le ventre vide, Martine est infidèle ou à ces romans pour adultes signés Colette : Claudine n’aime pas son miroir, Claudine habite Versailles, Claudine lit des petites annonces

 

Jeanne DESAUBRY : Chroniques d’Elles. Collection Mélange. SKA Editions. Parution 10 octobre 2016. 132 pages. 4,99€.

ISBN : 9791023405422

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2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 08:37

Spirou, 80 ans et tout son talent…

FRANQUIN & GREG : QRN sur Bretzelburg. Spirou et Fantasio N°18.

Né en 1938 par Rob-Vel pour le dessin, et par Blanche Dumoulin pour les textes, ce que l’on sait moins, Spirou a fêté en avril ses quatre-vingts ans. Il ne les paraît guère.

Faut dire qu’au fil des années et des différents contributeurs qui lui ont permis d’évoluer graphiquement et narrativement, le petit groom n’a pas vieilli. Il s’est même bonifié, même si l’on peut préférer les histoires dessinées de certains auteurs par rapport d’autres.

Personnellement, je professe un faible pour la période Franquin et l’apport humoristique de Greg joue un rôle majeur.

QRN sur Bretzelburg est le sixième et dernier album où les deux compères se retrouvent associés, en dépannage pour Greg car un problème éditorial oblige Franquin à appeler le scénariste en catastrophe. Mais tout ceci est expliqué dans l’article consacré à cet album ici.

 

Lorsque débute l’histoire, Spirou, le Marsupilami et Spip l’écureuil, ont les oreilles polluées par la musique tonitruante que diffusent les postes de radio de Fantasio. Mieux, ou pire, celui-ci vient d’acquérir un transistor miniaturisé de conception japonaise et il en est fier. Un faux mouvement provoqué par Spip qui mord Fantasio à la jambe dans un élan de colère justifié et le minuscule objet est envoyé en l’air, rattrapé par Marsupilami qui l’avale.

Quelques claques dans le dos n’ont jamais fait de mal à personne, sauf que le minuscule engin se trouve coincé dans le nez de Marsu. Il n’y a plus qu’à attendre que les piles s’usent afin de recouvrer la tranquillité auditive car le déluge de décibels commence à prendre sur les nerfs de nos personnages.

Un qui n’est pas content, c’est un voisin, Marcelin Switch, qui hanite la même rue et dont la passion est de naviguer sur les ondes en tant que radio-amateur. Ses réceptions sont brouillées et la faute en incombe au transistor indûment ingéré par Marsu, et si la moutarde lui monte au nez, c’est bien à cause du brouillage occasionné par le nez du marsupial.

Or Marcellin Switch était en communication avec le roi Ladislas de Bretzelburg qui se plaint d’être prisonnier en son château. Il propose à Spirou de l’emmener avec le Marsu chez un ami vétérinaire qui s’y connait aussi en radio, et pendant ce temps Fantasio va se rendre chez lui afin de réceptionner la femme de ménage. Un service en vaut un autre, sauf que Fantasio est en pyjama. Un accoutrement vestimentaire qui induit en erreur deux policiers du royaume de Bretzelburg qui kidnappent notre ami.

Naturellement Spirou et consorts alertent la police, mais devant le peu d’empressement manifesté par cette noble profession et ses représentants, ce sera direction Bretzelburg afin de délivrer Fantasio.

 

Les gags s’enchaînent dans cette histoire pas si farfelue. En effet, entre Bretzelburg, royaume dirigé par le général Schmetterling, et le Maquebasta, du prince Farfalla ministre de l’Intérieur, une sourde rivalité mine les deux pays. Et l’on pourra reconnaître, grâce à certains dessins et allusions, à des pays d’Europe Centrale. D’ailleurs l’uniforme des soldats de Bretzelburg, rappelle étrangement celui de la Wehrmacht. Il s’agit d’un épisode réel historique qui s’est déroulé quelques vingt-cinq ans avant l’écriture du scénario.

Et si les gags en tous genres ainsi que les jeux de mots foisonnent dans cette bande dessinée, il ne faut pas oublier que souvent romanciers et scénaristes s’inspirent de faits réels. Mais seuls les adultes ayant connu cette période pourront y déceler les allusions. Pour les enfants, il s’agit juste d’une bande dessinée humoristique aux dessins nets, précis, travaillés, au service d’une histoire riche en rebondissements, prêtant à sourire. Mais les adultes ne dédaigneront pas ce qui est plus profond que l’on pourrait croire.

 

Cette bande dessinée a été rééditée récemment à l’instigation de Michel-Edouard Leclerc dans un volume comprenant quatre BD d’inspiration différente, anciennes ou nouvelles dans une présentation agréable, mais uniquement vendu dans les supermarchés du groupe.

Ce volume comprend, outre cette histoire de Spirou et Fantasio :

Louca N°1 de Bruno Decquier : Coup d’envoi.

Gaston N°16 de Franquin : Gaffes, bévues et boulettes.

FRNCK N°1 de Brice Cossu et Olivier Bocquet : Le début du commencement.

Ah, j’allais oublier. Le prix, plus que compétitif : 5,00€

FRANQUIN & GREG : QRN sur Bretzelburg. Spirou et Fantasio N°18.

FRANQUIN & GREG : QRN sur Bretzelburg. Spirou et Fantasio N°18. Editions Dupuis. Parution 1er avril 1986. 64 pages. 10,95€. Version numérique : 5,99€.

ISBN : 978-2800100203

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1 septembre 2018 6 01 /09 /septembre /2018 07:28

Madame Atomos vous fera trembler : c’est une bombe !

André CAROFF : Miss Atomos. La saga de Madame Atomos tome 2.

La saga de Madame Atomos, puis de Miss Atomos est considérée, à juste titre, comme l’une des sagas les plus intéressantes de la défunte collection Angoisse du Fleuve Noir.

Et il était juste et bon que ces romans soient réédités afin de ne pas, comme tant d’autres, tomber dans l’oubli. Sous l’impulsion de quelques exégètes du genre, les éditions Rivière Blanche ont entrepris de les publiés en fort volume comprenant trois titres chaque et un appareil critique.

Ce volume N°2 comprend :

Préface de Jean-Luc Rivera

- Miss Atomos

- Miss Atomos contre KKK

- Le retour de Mme. Atomos

- The Butterfly Files (ou La jeunesse de Mme Atomos), une nouvelle inédite de Joseph Altairac & Jean-Luc Rivera

Présenter les trois romans de ce volume dans un seul article serait certes souhaitable mais prendrait trop de place et rebuterait peut-être le lecteur qui est plus habitué à lire ce genre de prose sur papier, dans une revue spécialisée. Voici donc, en guise d’entrée, Miss Atomos :

 

Je me suis empoisonnée, mais rien n'est fini, monsieur Beffort. J'ai préparé l'avenir pour cet instant.

Même si Madame Atomos est morte et enterrée, ses derniers mots résonnent encore dans l'oreille de Smith Beffort, agent du FBI qui a assisté à son enterrement en compagnie de Yosho Akamatsu, agent d'un service de police japonais.

Aussi lorsque le Singe, le patron de Beffort, lui signifie de faire sa valise et de prendre le premier avion pour Palm Beach, en Floride, et d'y séjourner durant un moins, l'agent du FBI sent un coup fourré. D'ailleurs une chambre a déjà été retenue dans un hôtel où réside déjà le docteur Soblen. Et enfin, une gente dame, du moins il le suppose, qui se présente au téléphone sous le nom de Mie Azusa, désire le voir au plus vite.

Lorsqu'il arrive à l'aéroport, Beffort trouve un docteur Soblen fatigué, aux vêtements fripés. Pas le genre de vacancier hâlé par le soleil de la Floride. Il est déjà depuis quinze jours à Palm Beach, mais il mange peu et surtout il boit. Il est vrai, comme le constate Beffort, qu'il fait une chaleur anormale dans la cité.

Soblen lui narre que primitivement il devait se rendre aux Bermudes pour quinze jours, mais qu'un changement de programme est survenu le lendemain de son inscription dans une agence de voyages. Au lieu des Bermudes il lui a été proposé Palm Beach pour une durée d'un mois. D'ailleurs il possède encore la carte de la jeune femme de l'agence qui lui a signifié que le séjour originel était annulé. Il s'agit d'une certaine Mie Azusa.

Beffort se rend rapidement compte que Soblen n'est pas le seul à subir les effets du climat. Quasiment tous les hommes de la région, sauf les nouveaux arrivants, sont sous l'emprise de l'alcool. Beffort se contente lui de jus de fruits. A l'hôtel, le réceptionniste éméché lui indique que sa chambre n'est plus celle qui lui avait été réservée mais qu'une autre est à sa disposition. C'est le chef de la police qui a hérité de la sienne, sa maison s'étant écroulée la veille. Seulement il n'a pas eu le loisir d'en profiter. Soblen le découvre étranglé.

Beffort en informe immédiatement le Singe, lequel lui confirme qu'il est en mission, le cas de Soblen l'inquiétant. Ne pouvant interroger les hommes, tous pris de boisson, Beffort décide de se renseigner auprès des femmes. Dans une boutique de l'hôtel, la vendeuse lui propose d'acheter un serpent articulé, qui se met autour du bras ou du cou. Il s'agit d'une sorte de bijou devenu à la mode et fort prisé par les représentantes du sexe féminin. Il s'agit d'un bébé crotale fossilisé par les indiens séminoles.

Mie Azusa contacte Beffort alors qu'il est encore dans son lit. Elle l'implore, lui disant qu'elle est dans l'hôtel, et surtout qu'elle n'a pas beaucoup de temps. Il n'a pas le temps de lui donner le numéro de sa chambre qu'elle est déjà là.

Elle lui indique que pour l'instant, il a devant lui Mie Azusa, mais que dans une heure elle redeviendra Miss Atomos. Elle le prouve en lui dévoilant ses seins, non dans un esprit de le charmer, mais pour lui montrer deux tatouages : Hiroshima et Nagasaki. Elle lui confie qu'un cerveau-moteur lui a été implanté dans la tête et que cet objet est relié informatiquement à un cerveau situé sur l'île Atomos, sorte de plate-forme qui peut à volonté se déplacer et se cacher sous les eaux marines. Et que lorsque son cerveau est à nouveau sous l'emprise du serveur, elle devient une tueuse. D'ailleurs, effectivement, quelques minutes plus tard, elle change subitement de caractère et sort une arme. Heureusement pour Beffort les balles ne l'atteignent pas.

D'autres agents du FBI le rejoignent tout comme le Singe et Yosho Akamatsu qui prennent cette affaire véritablement au sérieux. Des meurtres vont être perpétrés, les hommes étant incapables de se défendre à cause de leur éthylisme et les femmes deviennent la proie des colliers serpents qui les étranglent. Un vent de panique commence à envahir l'état de Floride. L'armée sera mise à contribution et les hélicoptères survoleront le ciel de Floride afin de mettre fin aux agissements mortifères de Mie Azusa, alias Miss Atomos.

 

Miss Atomos est l'égal au féminin, mais en plus scientifique, de Fu-Manchu, le célèbre tueur créé par Sax Rohmer et dont les aventures sont perpétuées par William Maynard.

Un roman d'aventures effrénées servit par une approche scientifique, à la façon de Jules Verne et de Paul d'Ivoi, mais moins encombré d'explications rigoureuses. Le côté angoisse, de même que le fantastique, est gommé au profit de la science-fiction récente.

En effet, si le premier panneau solaire ou cellule solaire n'a produit de l'électricité qu'en 1916, par Robert Millikan, suite à la découverte en 1839 de l'effet voltaïque par Alexandre Becquerel, c'est dans les années 1960 que l'énergie solaire a véritablement été utilisée par les satellites lors de la course à l'espace. Et que les panneaux solaires ont connu leur essor dans les années 1970 suite à la crise pétrolière.

André Caroff se sert donc de cette invention encore balbutiante pour en équiper des sortes de bunkers situés dans les marais des Everglades, afin d'assurer le fonctionnement de certains appareils, dont des radars, les bastions ne pouvant être reliés électriquement. Mais également influer sur les conditions climatiques.

De même l'implantation de puces électroniques dans le cerveau pouvant recevoir à distance des informations et surtout télécommander la personne qui en est munie. Ces implants n'ont été développés qu'au début des années 1960, et plus particulièrement par José Delgado, en 1963, qui parvint à stopper à l'aide d'un transmetteur-radio l'élan d'un taureau muni d'un stimoceiveur.

Donc André Caroff n'imagine pas de nouvelles inventions, de nouvelles technologies, mais développe celles qui étaient au stade embryonnaire pour en doter le cerveau maléfique de Madame Atomos ou plutôt du cerveau électronique qui régit une organisation de malfaiteurs et de tueurs transformés en robots humains.

Un roman, ou plutôt une série qui aurait pu être éditée dans la collection Anticipation sans y avoir véritablement sa place, le thème des voyages interstellaires et tout ce qui entoure ce qui est communément appelé l'opéra de l'espace (ou space-opera) prédominant à l'époque dans l’esprit de la collection.

Collection Angoisse n°124. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1965. 224 pages.

Collection Angoisse n°124. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1965. 224 pages.

Pour commander cet ouvrage, vous pouvez vous rendre à la boutique de Rivière Blanche ci-dessous

André CAROFF : Miss Atomos. La saga de Madame Atomos tome 2. Collection Noire N°2. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2006. 476 pages. 28,00€.

ISBN : 978-1-932983-76-0

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31 août 2018 5 31 /08 /août /2018 08:20

Ils roulent dans la nuit, transportent de l'essence

De l'huile ou du pétrole

Des pilots de bois, des caisses de conserve

des machines agricoles

C'est la musique de camionneur !...

Marcel E. GRANCHER : Aux 6 F…

Grâce à quelques commanditaires de Cavaillon, Paul Belverge peut enfin être seul maître à bord de son camion tout neuf, un 7 tonnes, et il va partir à la conquête du monde, enfin de Paris avec un chargement de melons.

En cours de route, alors qu’il approche des monts du Morvan, il aperçoit deux hommes en train de molester une jeune fille. Il ne se pose pas de questions, étant bagarreur dans l’âme, étant entré très jeune dans la Résistance et ayant trimballé son barda militaire en Indochine et en Algérie. Il s’interpose et grâce à quelques coups de poings bien placés il laisse les deux belliqueux sur le bitume, laissant sur l’un d’eux sa carte de visite toute neuve, et emmène à son bord Germaine, dite Maimaine.

La jeune fille se rend dans un troquet pour routiers, le Relais de l’amitié et du commerce plus connu sous l’appellation Au relais des 6 fesses. Belverge connaît l’endroit, tenu par madame Servévout et ses deux filles, Nora la brune et Lisette la blonde. Et il leur arrive à ces braves et gentes dames de dépanner le routier en manque d’affection, des chambres étant à disposition. Or Maimaine est la nièce de madame Servévout et il serait possible que le Six fesses devienne le Huit fesses.

Pierre Belverge continue sa route après s’être restauré, c’est tout, et direction Paris, les Halles. Là-bas, il lui faut trouver du fret pour ne pas redescendre à vide. Il dort dans son camion, garé au Carré Beaubourg, mais auparavant il s’engouffre rue Quincampoix, échappant aux bras des travailleuses du sexe qui tiennent absolument à lui montrer leurs appas, et démontrer leur savoir-faire. Il entre au Panier fleuri, charmant troquet tenu par Marinette Entreydon, accorte femme qui accueille avec le sourire et autres démonstrations physiques avantageuses le client. Il s’agit surtout d’un repaire d’habitués dont Belverge va faire la connaissance. Notamment de Canasson, le peintre, et Pépère la Tringlette, sexagénaire qui doit son surnom à ses besoins sexuels qui l’amènent à monter dans les chambres en compagnie d’une allongée, cinq à six fois par soirée.

Mais Belverge va subir quelques avanies, à cause d’un accident de la route notamment, être embaucher à Paris dans une petite entreprise, revoir souvent Maimaine, qui ne participe pas aux ébats de ses cousines avec les copains routiers de passage, et dont il est amoureux. Mais également retrouver sur sa route l’un des balèzes qu’il avait laissé dans les pommes sur le bitume, son chargement de melons étant complet.

Belverge est homme à principes, et il respecte Maimaine, et réciproquement. Ce qui ne l’empêche pas d’opérer à certains déchargements qui ne sont pas notifiés dans son contrat de camionneur. Par ailleurs, s’il aime la bagarre, il ne va pas au devant pour le plaisir de la castagne. C’est un homme paisible en général et qui aime faire des blagues.

 

Si ce roman est enjoué, humoristique, épicurien, voire égrillard dans certaines situations, dans certaines allusions qui prêtent à des interprétations auxquelles n’avaient pas songé les protagonistes dans leurs déclarations, c’est également un plaidoyer envers les camionneurs et leur travail ingrat.

Il faut dire qu’à cette époque, fin des années cinquante, la plupart des camionneurs travaillaient en solo. Rares étaient les grandes entreprises et en général ils étaient propriétaires d’un seul véhicule, voire deux. Alors ils devaient tout faire, trouver du fret à l’aller, au retour, rouler pendant des heures et des heures, subir les tracasseries administratives. Depuis, cela a bien changé, sauf les tracasseries et exigences administratives. De plus, la plupart du temps, ils devaient assurer seuls le chargement et le déchargement du véhicule, selon bien évidemment la marchandise transportée

A l’aide d’exemples, de rappels de textes de lois, d’entourloupes, l’auteur montre quelles furent les conditions souvent difficiles dans lesquelles les camionneurs exerçaient leur métier. Ainsi cette fameuse carte de transport crée en 1934 à l’instigation de la SNCF afin de limiter la concurrence avec les routiers.

Mais sont pointés également l’état des routes, déjà, et bien d’autres freins auxquels étaient soumis les travailleurs du bitume (je ne parle pas des travailleuses qui exerçaient dans un but humanitaire et hygiénique). En effet ils partaient chargés, de marchandises, ayant galérés pour trouver du fret, mais arrivés à destination, il était impensable de repartir à vide, sous peine de manger tout le maigre bénéfice de l’aller. Or, trouver de la marchandise pour retourner en province, pour une société, ce n’est guère difficile car elle possède son réseau d’affréteurs. Et un indépendant est obligé de se débrouiller seul ou passer pas une espèce de courtier, de mandataire, de commanditaire et surtout rouler en surcharge, dépassant parfois cinquante pour cent du maximum autorisé.

 

A noter deux passages dont la teneur ne saurait manquer de faire réagir les lecteurs :

Premièrement le jeu intitulé la Chose, qui fut présenté par Pierre Bellemare, inspiré du Smchilblick de Pierre Dac et qui devint par la suite le Tirlipot sur les ondes d’une radio périphérique puis enfin le Smchilblic à la télévision. Ce jeu décrit par Marcel Grancher dans ce roman, avec de nombreux candidats tentant de découvrir quel est l’objet secret, est quasiment repris avec des ajouts et quelques modifications par Coluche dans son sketch éponyme.

L’autre passage concerne la position des Français et de la France par rapport à la colonisation, et nul doute que ce qui est écrit ferait aujourd’hui bondir les antiracistes et ceux qui se déclarent comme tels mais n’en pensent pas moins pour ne pas se mettre en porte-à-faux. Seulement il faut considérer qu’à l’époque, les déclarations des protagonistes reflétaient la pensée de la majorité du peuple, d’autant que la guerre d’Algérie n’était pas terminée et que la plupart des pays africains venaient d’acquérir leur indépendance dans des conditions souvent avantageuses, au détriment des provinces françaises. Comme le déclarait le journaliste Jean Grandmougin sur les ondes de Radio-Luxembourg, qui était de loin en tête des radios, Le Zambèze avant la Corrèze.

Marcel E. GRANCHER : Aux 6 F… Editions Rabelais. Parution le 25 juin 1961. 256 pages.

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