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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 06:10

Le crime du golf ?

Jean-Paul NOZIERE : La maison des pendus.

Jardinier au golf du Val des sources, Tonio aime aussi pratiquer, hors saison, le braconnage en compagnie de son chien Loupiot.

Ce jour de la fin mars, il découvre dans la cabane de chasse située non lion du golf son responsable Victor, surnommé Tété, mort assis sur un banc, tenant son arme, un Merkel de grande valeur. Une balle en plein cœur, et son chien Dakar a lui aussi reçu une balle mortelle. Un suicide apparemment, d’autant qu’une feuille déposée non loin précise que Tété s’est donné volontairement la mort. Quelque chose cloche toutefois, car ce n’est pas avec une carabine que l’on peut se tuer. Alors, n’écoutant que son courage, relatif, Tonio appelle les forces de l’ordre de Sponge, la ville proche, avec le portable de Tété.

Le décor est mis en place, il ne reste plus qu’à remonter le temps et découvrir les différents personnages qui gravitent dans cette histoire pleine de secrets et de rebondissements.

 

Tonio est donc jardinier au golf du Val des sources en compagnie de Maxime, Joseph et Marie, surnommée Marie-couche-toi là, justement pour sa propension à partager le lit de ses collègues, contre rétribution. Faut pas abuser non plus. Ils sont sous les ordres de Victor, dit Tété, et ils ressentent parfois une certaine acrimonie à son encontre. Etre dirigés par un Noir, un Sénégalais pensent-ils avec raison, sinon pourquoi aurait-il appelé son chien, un magnifique griffon Khortals, Dakar, ne leur convient guère. Ils ne disent pas Noir entre eux, mais nègre ou négro, ce qui démontre leur ressentiment. D’autant qu’il habite seul une demeure de prestige toutefois entachée par un sombre drame. Les anciens propriétaires ont été retrouvés pendus, suicidés probablement.

Tonio et ses collègues pensent que la richesse parfois ostentatoire de Victor provient d’un trésor qui fut caché dans la maison. Or cet argent ils aimeraient bien en voir la couleur.

Seulement, le directeur du golf embauche sur recommandation Marcus, un prêtre défroqué qui depuis quelques années était novice dans un couvent proche. Et comme si cela ne suffisait pas, s’ajoute au personnel la belle Lucie qui s’occupera de l’accueil et qui écoute à longueur de journée des chansons des années 1960 et 1970. Des rengaines sirupeuses dont elle fait profiter son entourage. Et Victor s’entiche de ces deux nouvelles recrues, leur proposant d’habiter dans des chambres, elles sont nombreuses, de sa demeure, au lieu de vivre dans des mobile-home comme les autres employés.

Tous ces personnages possèdent leurs secrets, leurs failles, qu’ils gardent jalousement par devers eux. Une coupure de presse provenant d’un journal sénégalais dévoile quelque peu le passé de Victor. Il n’était pas, selon le journaliste, jardinier dans un golf de ce pays africain, mais simple caddy. Et il serait mêlé à une sombre affaire, ce qui l’aurait obligé à se réfugier en France.

 

Deux parties composent ce roman, après la présentation et la découverte du cadavre. Deux parties qui sont l’avant et l’après de ce suicide, ou meurtre maquillé en suicide. Et le lecteur apprend peu à peu les origines, les secrets, les tensions, les rapprochements entre deux clans, tout ce qui va amener au drame. Ensuite ce sont les démarches effectuées par un policier de Sponge concernant la fin brutale de Victor. Et sa frustration lorsqu’il se voit destitué de l’enquête, alors qu’il est persuadé tenir un fil dans cet embrouillamini. Ce sont également les déambulations et le devenir des employés du golf qui sont narrés.

On pénètre peu à peu dans l’esprit des personnages, qui se dévoilent soit par leurs actions au cours du récit, soit par des retours dans le passé. Mais à petites doses, afin d’entretenir le suspense pour une intrigue dont l’épilogue est moral, ou presque.

La religion est évoquée, non seulement parce que Marcus est un moine ou plutôt un novice défroqué, mais parce qu’elle est un ingrédient du comportement de certains protagonistes. Une sorte d’envie et de besoin s’exprimant également sous une forme de rejet.

Un roman tendre et dur à la fois, qui permet à Jean-Paul Nozière d’affirmer tout son talent de conteur, sortant des sentiers battus, avec des personnages atypiques et pourtant si proches, le reflet de l’humain dans ce qu’il a de meilleur et de pire.

 

Jean-Paul NOZIERE : La maison des pendus. Collection Polar. Editions French Pulp. Parution le 13 septembre 2018. 416 pages. 18,00€.

ISBN : 979-1025103807

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 13:31

Une variante d’histoire d’O et de 50 nuances de Grey… mais en plus léger !

Véronique POLLET : Blind date et la suite.

Dans sa poche, une enveloppe noire. A l’intérieur un carton, noir lui aussi, et juste ce mot écrit en lettres d’argent : Tout.

Cette femme qui détient ce message énigmatique, pour le lecteur, mais pas pour elle car elle sait ce que ce Tout signifie, cette femme est une magnifique représentante du plaisir.

Hiératique dans sa pose et sa démarche, et un regard hautain sur le monde. Elle fait partie de la race des vainqueurs, avec un visage froid et dur, et des yeux verts de chat sauvage. Et n’a qu’un seul but : gagner.

Gagner quoi ? La reconnaissance peut-être, de son client éventuellement. Car cette femme anonyme s’engouffre dans un hôtel de luxe, donne son nom à la réception, et reçoit sans barguigner une lourde clé. Mais elle ne se précipite pas, elle attend nonchalamment installée dans un fauteuil du hall, dégustant en connaisseuse un whisky sans glaçon.

Puis elle se rend à la chambre 222, accompagnée jusqu’à l’étage par le groom. Spirou peut-être ? Peu importe. Elle est attendue par un homme dont elle ne peut apercevoir la silhouette. Juste la voix.

Puis la séance débute… mais là permettez-moi de vous quitter sur la pointe des pieds et de vous laisser continuer la lecture de cette nouvelle érotique mais très douce, très imagée, très caressante parfois. Tout se déroule dans le noir, je vous incite à laisser travailler votre esprit afin de mieux imaginer ce qui va suivre.

 

Cette femme anonyme, on la retrouve dans deux autres nouvelles, For your eyes only, dans laquelle elle se dévoile comme dominatrice, fouettante, câline, adepte des menottes sans être une représentante des forces de l’ordre, et dans Sweet memories, une projection dans l’avenir puisqu’elle réside dans un hôtel afin de reprendre du poil de la bête. Elle est amaigrie, et ses fils lui ont conseillé de suivre une cure. Dans cette résidence fin de siècle, d’un autre siècle, elle s’installe dans la salle à manger se laissant aller à se remémorer ses souvenirs de dominatrice. Son regard est attiré un pensionnaire encore viril, une attirance réciproque, et elle retrouve un peu de force et de fierté…

 

Trois histoires qui se suivent et ne se ressemblent pas sauf par cette atmosphère de soumission et de domination, de sexe feutré, de douceur dans le propos. Un éloge de la femme qui ne subit pas, sauf peut-être dans ses envies, ses besoins, ses plaisirs.

Véronique POLLET : Blind date et la suite.
Véronique POLLET : Blind date et la suite.

Véronique POLLET : Blind date et la suite. Nouvelles numériques. Collection Culissime. Editions SKA. Parution le 1er octobre 2015. 1,99€ chaque.

Blind date. ISBN : 9791023404432

For your eyes only. ISBN : 9791023404562

Sweet memories. ISBN : 9791023404913

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 06:43

Envoyer une lettre coquine c’est bien, en recevoir, c’est mieux !

Théophile GAUTIER : Bellissime. Lettre à la présidente.

Dans cette lettre, datée du 19 octobre 1850, Théophile Gautier s’adresse à la Présidente. Une missive écrite à Rome et relatant son voyage en Suisse d’abord puis dans différentes villes de la péninsule italienne.

La Présidente, est une charmante femme qui servit de modèle à des sculpteurs et des artistes peintres, recevant de nombreux écrivains, compositeurs ou statuaires à sa table ou dans son salon. Elle se montre à l’égal de ses hôtes et selon Ernest Feydeau (Souvenirs intimes de Théophile Gautier) elle se montrait supérieure aux autres femmes, d’abord en ce qu’elle était mieux faite, ensuite, parce que, contrairement aux habitudes des personnes de son sexe, elle n’exigeait point qu’on lui fit la cour, et permettait aux hommes de parler devant elle des choses les plus sérieuses et les plus abstraites.

Ce courrier débute ainsi : Cette lettre ordurière, destinée à remplacer les saloperies dominicales, s’est bien fait attendre ; mais c’est la faute de l’ordure et non de l’auteur. Un peu plus loin, il continue en ces termes : J’ai le grand regret de ne pouvoir vous envoyer que des cochonneries breneuses et peu spermatiques. Une façon quelque peu familière d’écrire à une jeune femme qui n’est point offusquée et peut-être en redemande.

Villon et Rabelais sont présents au-dessus de l’épaule de l’écrivain, et peut-être lui soufflent-il quelques expressions, tournures de phrases qui font les délices d’un amateur égrillard. Gautier s’attache plus à décrire les personnes du sexe, comme il était de bon goût à l’époque de dire lorsque l’on parlait de femmes, que les monuments et curiosités touristiques des villes dans lesquelles il musarde en compagnie de Louis. Je ne prélèverai que deux exemples, juste de quoi vous émoustiller et vous inciter à découvrir le texte en son entier.

A Genève, le gouvernement vous recommande, à la porte de la ville, devoir ci-derrière ; ce qui est beaucoup dans une ville protestante, où, pour humilier les catholiques, et leur montrer qu’ils ne sont que des païens sensuels, les femmes se rabotent le cul et les tétons avec la varlope de la modestie, selon la méthode américaine.

Une image qui traduit l’antagonisme entre l’austérité, affichée, des mœurs des pratiquants de la religion dite réformée, et la joyeuse paillardise dont les moines bedonnants et à la mine réjouie pouvaient se prévaloir.

Au contraire, l’auteur s’extasie devant les rotondités des Romaines, débordantes de chair. Une description qui ne manque pas de saveur et l’on se prend à rêver devant L’histoire de la mère de Beatrice Cenci, à qui l’on ne pouvait couper la tête, parce que ses tétons, gros come des bombes, l’empêchaient d’appuyer son cou sur le billot...

Théophile Gautier et son compagnon de voyage ne résistent pas aux bonnes fortunes qui leur sont prodiguées en cours de route, et cela est relaté d’une manière peu académique.

 

La préface signée André Lacaille est fort intéressante, notamment en ce qui concerne le style et les écrits de certains écrivains de l’époque, respectables et honorés, piedestalisés, quasiment panthéonisés, qui n’hésitaient pas à se fourvoyer dans des écrits gaulois, grivois, érotiques, voire plus. Je me permettrai juste de relever ce qui me semble une petite erreur. Il est écrit : il a 24 ans en 1830 lorsqu’il effectue sa première incursion (à sa passion italienne). Il voyage en compagnie de Louis de Cormenin, fils du fameux pamphlétaire du règne de Louis-Philippe. Or, à ma connaissance, Théophile Gautier est né le 31 août 1811. Et sans prendre de calculette, je puis affirmer que notre ami Théophile n’a dans ce cas que 19 ans, ce qui est plus logique par rapport au texte, à la forme de naïveté qui s’en dégage, et surtout à l’approche que l’auteur de la missive professes à l’encontre des femmes. Mais si ce voyage s’effectue en 1830, comment se fait-il que cette lettre soit datée du 19 octobre 1850 ! Les mystères des prosateurs qui peut-être ne se relisent pas ou qui cherchent à égarer le lecteur dans ce qui n’est après tout qu’un document privé.

A moins que ceci ne soit qu’un aimable pastiche…

 

Théophile GAUTIER : Bellissime. Lettre à la présidente. Préface d’André Lacaille. Collection Perle rose. Editions Ska. Parution 01 novembre 2017. 3,99€.

ISBN : 9791023406559

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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 07:10

C’est ce que l’on appelle le Cœur de Lion ? Pas la peine d’en faire un fromage… Quoi que !

Poul ANDERSON : Trois cœurs, trois lions

Exilé aux Etats-Unis, Holger Carlsen, d’origine danoise, après ses études est devenu un ingénieur-mécanicien satisfaisant. Mais côté physique, c’est un véritable géant, timide avec les femmes, et bon compagnon. La guerre est déclarée par les Nazis et il quitte son travail pour rejoindre la mère patrie placée sous le joug de l’envahisseur Teuton.

C’est ainsi qu’il retourne dans son pays et s’engage dans la Résistance. Fin 1943 il se rend sur le détroit afin de faire sortir un homme dont les compétences sont requises par les Alliés. Les Résistants sont pourchassés par la Gestapo, la bataille fait rage sur la plage, les explosions fusent de partout et Holger blessé s’évanouit.

Lorsqu’il se réveille, il est allongé dans une forêt et un cours d’eau proche lui permet de nettoyer la blessure qu’il a à la tête. Il est nu et ne reconnait pas l’endroit où il se trouve. Soudain un cheval surgit, un magnifique étalon noir, dont le nom est gravé sur le mors, Papillon. Dans le paquetage derrière la selle, il découvre une cote de mailles et d’autres vêtements de toile ou de soie, des armes blanches et un écu constitué d’un placage léger d’acier sur une armature de bois. Au début il pense reconnaitre dessinés sur ce bouclier les armes du Danemark, mais en réalité ce sont trois cœurs et trois lions qui sont représentés.

L’animal semble l’avoir adopté et Holger parcourt la nature, la faim commençant à le tenailler. Il aperçoit un cottage de bois et d’argile, toque à la porte et est accueilli par une vieille femme qui se présente comme Mère Gerda. Ce n’est pas le plus étonnant car elle s’exprime dans une langue inconnue et il lui répond dans la même langue.

Débute alors une étonnante aventure. Mère Garda, sorcière de son état, le soigne, le nourrit et l’héberge puis lui propose un compagnon de route, Hughi le Nain, pour se rendre jusqu’en Faërie, près du seigneur Alféric. Ils chevauchent durant de longues heures car Hughi veut lui présenter une étrange créature. Il s’agit d’Alianora la métamorphe, l’enfant-cygne, qui selon les circonstances vole tel un oiseau ou se transforme en jeune fille vêtue de plumes dont le ramage se rapporte à son plumage, c’est-à-dire juvénile et magnifique.

En cours de route Holger rencontre quelques animaux et individus qui tentent d’entraver son chemin. Notamment un cavalier en armure, mais lorsque l’homme est abattu et à terre, il s’avère qu’il est en présence d’une enveloppe vide. Au pays de Faërie, dont les habitants se nomment les Pharisiens, il est accueilli comme un hôte de marque par le Duc Alféric. Il est choyé, et de nombreuses femmes se pâment devant lui. Il est fort courtisé par une splendide créature qui se prénomme Morgane. Mais lorsqu’il la dédaigne, elle se montre particulièrement vindicative.

Ce royaume, ce Monde du Milieu est peuplé également de gnomes et d’animaux mythologiques.

Holger s’échappe de Faërie car il pressent qu’il doit accomplir une mission, et il reprend la route, malgré les pièges dressés devant lui par Alféric et surtout Morgane. Toujours accompagné d’Alianora et de Hughi le nain, il devra affronter moult dangers, combattre un dragon, puis un géant à qui il doit poser des énigmes ainsi qu’un loup-garou. Les sbires d’Alféric sont à ses trousses, mais Helgor possède une dague dont la lame est en magnésium. De plus ses agresseurs sont allergiques au fer. Sur sa route il trouvera également Carahus le Sarrazin dont il ne sait au départ s’il peut lui faire confiance ou s’en méfier.

 

Holger joue le rôle d’un chien dans un jeu de quilles, dans cette guerre décrétée par le Chaos contre la Loi. Ingénieur agnostique il se réfère pourtant à la religion chrétienne afin de combattre le Mal, le Chaos.

Trois cœurs, trois lions est la narration de la bataille éternelle entre la magie blanche et la magie noire dans une atmosphère imprégnée des légendes arthuriennes et danoises placée dans un espace postcarolingien et médiéval, avec quelques clins d’œil, notamment à Shakespeare puisque Holger est à l’origine un bébé trouvé gisant dans une cour à Elseneur.

Véritable épopée d’heroïc-fantasy, ce roman endiablé au rythme soutenu, ne souffre d’aucune comparaison avec d’autres ouvrages publiés ultérieurement. Ceux-ci semblent le plus souvent fades après la lecture de Trois cœurs, trois lions. En effet Poul Anderson privilégie l’action à des réflexions pseudo psychologiques et le lecteur se trouve entraîné - à l’insu de son plein gré ? - dans une épopée mouvementée, héroïque, qui ne manque pas d’humour.

Le seul point d’achoppement que pourrait ressentir le lecteur réside dans cette interrogation : comment va se clore cette intrigue qui débute dans un épisode guerrier réel ? Mais Poul Anderson s’en sort avec une pirouette habile, même si certaines questions restent en suspens.

 

Poul ANDERSON : Trois cœurs, trois lions (Three Hearts and Three Lions – 1961. Traduction Jean-Daniel Brèque). Collection Aventures fantastiques N°10. Editions Garancière. Parution mars 1986. 288 pages.

ISBN : 2-7340-0135-7

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 05:29

Hommage, non national, à René Pétillon,

décédé le 30 septembre 2018.

PETILLON : Folle ambiance.

Le père de Jack Palmer ne se contente pas d'écrire des bandes dessinées, il s'amuse à brocarder joyeusement l'actualité, à donner sa vision ironique d'évènements qui nous préoccupent tous plus ou moins, dans lesquels nous nous sentons concernés à un degré ou à un autre.

Il privilégie les phylactères, jouant avec les légendes dans un registre mordant, accompagnés de dessins épurés. Il égratigne là où ça démange, que ce soit en établissant un état des lieux ou effectuant un bilan spirituel ou de santé, s'intéressant aux médias et leurs remous, surtout télévisuels, ou aux affaires, de Tapie à Tibéri en passant par l'ARC, croyant aux politiques, suivant à la trace Chirac, visitant les paradis étrangers et corse.

 

Quel rapport avec le roman noir ou policier me direz-vous. Tout simplement parce que de nombreux écrivains puisent dans cet inépuisable vivier que Pétillon restitue graphiquement. Là où les romanciers, disons engagés, dénoncent les malversations, les magouilles, les avatars de la vie politique, les enrobant dans une intrigue, Pétillon les croque sur le vif dans un style dépouillé.

 

Cet article date d’octobre 1996, et est paru dans divers supports, papier ou radio, mais par respect pour l’auteur qui m’avait dédicacé cet ouvrage, j’ai préféré le laisser en l’état.

Mais vingt-deux ans après sa parution, on peut se rendre compte que les partis, les hommes, se sont succédé, mais que le résultat est toujours le même, malgré des réflexions parfois fracassantes. Certains dessins pourraient servir de nos jours, suffit juste de changer l’intitulé ou le nom des personnages.

Juste quelques dessins extraits de ce recueil suffiront, me semble-t-il, à restituer l’ambiance.

 

PETILLON : Folle ambiance.
PETILLON : Folle ambiance.
PETILLON : Folle ambiance.
PETILLON : Folle ambiance.
Salon du Livre 2010

Salon du Livre 2010

PETILLON : Folle ambiance. Sélection de dessins parus dans le Canard Enchaîné. Edition Denoël. Parution 15 octobre 1996. 194 pages.

ISBN : 978-2207245064.

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5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 06:31

Faut rigoler, faut rigoler, avant que le ciel nous tombe sur la tête…

Jonathan CARROLL : Le pays du fou rire

L’enfance de Thomas Abbey a été marquée par un livre. Pas bercée, marquée !

Un livre pour enfant qui encore aujourd’hui le fait rêver. Son titre : Le pays du fou rire. Son auteur : Marshall France.

Et lorsque Thomas découvre une œuvre de Marshall France qu’il ne possède pas, il se sent submergé par une irrépressible envie de l’acquérir, quel qu’en soit le prix.

Mais Thomas caresse aussi un projet grandiose. Pouvoir un jour écrire la biographie de Marshall France, ce qui jusqu’alors n’a pu être réalisé malgré les tentatives de nombreux autres fanatiques comme lui.

Il fait la connaissance de Saxony, une admiratrice fervente comme lui, dans une librairie qui recèle un exemplaire d’un livre que tous deux convoitent. Thomas et Saxony, en dépit de nombreux différents, décident d’enquêter dans e village où Marshall France a écrit la plupart de son œuvre.

Un petit village niché dans le Sud profond des Etats-Unis, et dont les habitants accueillent les deux jeunes gens avec sympathie et même les encouragent à mener à bien leur projet.

Ce qui ne manque pas de surprendre Thomas et sa compagne qui avaient été mis en garde contre la difficulté de pouvoir réaliser une telle entreprise.

Au bout de quelques jours, imperceptiblement l’atmosphère change. Des faits étranges se déroulent, comme si Thomas était de l’autre côté du miroir.

 

Ce n’est pas Alice au pays des merveilles. La loufoquerie n’est pas poussée comme dans le roman de Lewis Carroll, mais Jonathan Carroll en digne successeur de son presque homonyme entraîne le lecteur vers le merveilleux, l’étrange, en distillant le suspense à doses progressives.

Et le lecteur ne manquera pas de s’identifier, s’il est un lecteur compulsif désirant connaitre toute l’œuvre d’un auteur qu’il apprécie, le lecteur ne manquera pas de se reconnaître en Thomas. La recherche de livres rares est une chasse qui exige de la persévérance et parfois oblige à se surpasser dans la quête.

Jonathan CARROLL : Le pays du fou rire (The Land of Laughs – 1980. Traduction de Iawa Tate). Collection Science-fiction N°2450. Editions J’Ai Lu. Parution septembre 1988. 320 pages.

ISBN : 2-277-22450-2

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 05:25

Pose les deux pieds en canard
C'est la chenille qui se prépare
En voitur' les voyageurs
La chenill' part toujours à l'heure

Giova SELLY : Gaufres, manèges et pommes d’amour.

C’est l’effervescence sur la place du village. Les forains sont arrivés et montent les attractions pour la plus grande joie des badauds. C’est dans cette ambiance laborieuse mais joyeuse que Vanessa et ses parents, qui possèdent le manège très prisé de la Chenille, vont s’installer pour quelques jours.

Vanessa, quatorze ans, est pressée de retrouver sa cousine Sandrine dont la mère tient un stand de gaufres et autres sucreries. Mais la profession de forain, c’est comme une grande famille qui se retrouve selon les pérégrinations des uns et des autres, selon les villes où ils se produisent. Tout le monde connait Vanessa, et certains n’hésitent pas à lui dire qu’elle va retrouver Christophe.

Christophe, elle l’avait oublié. Pas assez mature pour elle, trop peu hardi. D’ailleurs lorsqu’elle le retrouve, il est en train de jouer seul aux échecs au lieu de monter dans les haubans pour aider son père. Elle n’a peur de rien, n’a pas froid aux yeux, et le démontre lorsque l’occasion requiert ses services.

Le lendemain, alors qu’elle est chargée de l’approvisionnement dans une grande surface, et qu’elle stationne au rayon des disques, elle aperçoit un ado subtiliser un CD, le cachant sous ses vêtements. Elle pense lui sauver la mise en payant à sa place l’objet à la caisse, mais Emilien, tel est le nom du chapardeur, rejoint ses copains, légèrement en colère. Il devait passer un test afin d’intégrer une bande de la cité.

Le soir, cette même bande rôde auprès des manèges et Emilien saute dans une nacelle de la Chenille alors qu’elle se met en route. Vanessa n’écoutant que son courage et une grande part d’inconscience le rejoint et s’assied près de lui, réclamant l’argent du ticket. Emilien ne peut que s’exécuter mais Vanessa est troublée par ce beau jeune homme qui ose braver les dangers. Quant à Emilien, il est en colère car il vient de louper une fois de plus le test d’entrée dans la confrérie des petits voyous de la cité.

Dans cette ambiance festive, Vanessa va se trouver au cœur d’une bagarre entre deux bandes de jeunes, toujours prêts à en découdre, et contrairement à l’idée qu’elle s’en faisait Christophe va se lancer à sa rescousse, puisant son courage pour voler au secours de sa belle, même si celle-ci le dédaignait et se moquait de lui.

 

Un regard porté sur les voyous des cités qui défient la morale, jusque dans les petites villes, et le courage d’une gamine qui tombe amoureuse, du moins elle le croit, tel est le sujet de ce court roman destiné aux adolescents et préadolescents à partir de dix ans.

Un regard porté sur la jeunesse actuelle mais sans violence par Giova Selly avec une certaine tendresse, mais sans concession. L’histoire décrite pourrait se passer chez vous, mais elle est édulcorée car souvent la violence et les dégâts en résultant sont beaucoup brutaux, s’accompagnant de dégradations.

C’est également un mini-documentaire sur le travail des forains vu de l’intérieur. Juste une approche, mais intéressante pour les gamins qui ne connaissent pas l’envers du décor.

Bref, une histoire gentillette à mettre sous tous les yeux et qui aborde des problèmes de société, sans vouloir être moralisateur, avec réalisme.

 

Giova SELLY : Gaufres, manèges et pommes d’amour. Collection Toi + Moi = Cœur N°702. Editions Pocket Junior. Parution 1er février 2001. 120 pages.

ISBN : 978-2266104289

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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 06:12

Juste une mise au point

Sur les plus belles pages de ma vie…

Elie-Marcel GAILLARD : Ponson du Terrail. Biographie de l’auteur du Rocambole.

L’honnêteté intellectuelle est de vérifier les sources d’une affirmation, d’une rumeur, avant de continuer à propager ce qui n’est que l’expression d’un dépit et d’une jalousie à l’encontre d’un auteur.

Ainsi depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles, est attribuée à Pierre Alexis de Ponson du Terrail cette phrase qui a fait le tour du monde et dont se servent encore quelques chroniqueurs afin de se faire mousser en laissant croire qu’ils ont lu l’œuvre du créateur du Rocambole et qu’ils sont les premiers à avoir relevé cette anomalie :

Elle avait les mains froides comme celles d'un serpent.

Cette citation apocryphe ne figure pas dans Rocambole, comme certains le laissent croire, mais est due à Robert Robert-Mitchell, homme politique et journaliste.

La véritable phrase écrite par Ponson du Terrail est celle-ci :

Cette femme avait la main froide comme le corps d’une couleuvre.

Ce qui est non seulement totalement différent mais démontre que la jalousie des uns et des autres peut être non seulement préjudiciable mais se perpétrer sans que personne y trouve à redire. Enfin, si, quelques-uns quand même qui doutaient de cette origine suspecte et Elie-Marcel Gaillard, dans cette biographie, dément catégoriquement tout ce qui est colporté, et redonne quelques citations à leurs véritables auteurs. Et parmi toutes les citations imputées à Ponson du Terrail, bon nombre sont apocryphes. On ne prête qu’aux riches…

Non seulement le mot Rocambolesque est passé dans l’usage courant, parfois à tort et à travers, mais une autre expression est à l’origine d’un courant littéraire, car l’appellation de roman de cape et d’épée a été utilisée par la suite de la parution en 1856 de son roman La cape et l’épée pour certains romans historiques.

Après avoir dressé l’arbre généalogique, remontant jusqu’en 1575, et raconté la jeunesse de Pierre Alexis de Ponson, né le 8 juillet 1829 à Montmaur (Hautes-Alpes) qui ne deviendra de Terrail que pour les besoins littéraires, accolant au nom de son père celui de sa mère, ses relations avec ses grands-parents maternels qui l’ont en partie élevé, son enfance dans la maison familiale de Simiane la Rotonde (Basses-Alpes devenues Alpes de Haute Provence), les différents établissements scolaires fréquentés à Apt notamment puis à Marseille, Elie-Marcel Gaillard nous invite à suivre le jeune homme à Paris où il débarque à l’âge de 18 ans, à la veille de la révolution de 1848, jusqu’à ses débuts littéraires dans de petites revues puis chez Emile Girardin, dans ses diverses publications. Sans oublier son passage dans l’usine d’Alexandre Dumas durant un an environ, en compagnie d’Octave Feuillet, Gérard de Nerval et quelques autres, puis l’arrêt de cette collaboration, la condition d’écrivain anonyme ne lui convenant pas.

Car déjà tout jeune, Pierre-Alexis se nourrissait de la lecture des livres entreposés dans la bibliothèque de son grand-père, et défrayant la famille qui est composée depuis des siècles de notaires et de gens de biens, il a décidé de faire des romans. Et de 1851 jusqu’à sa mort en 1871, date de son décès alors qu’il n’avait que 41 ans, le romancier populaire noircira des centaines de milliers de pages, devenant célèbre et populaire. Ses écrits sont publiés aussitôt rédigés sur les différents supports qui le paient grassement. Et il lui arrive de travailler sur cinq romans à la fois, passant d’un pupitre à un autre, prosateur infatigable. Il avoue qu’il n’a jamais lu ses romans n’apportant que quelques corrections lors de la rédaction.

Cette facilité à produire, cette imagination sans défaut, son sens de l’intrigue n’est pas sans produire d’effets néfastes sur ces relations avec ses confrères, et avec des journalistes-écrivains manqués. L’envie, la jalousie, l’ombrage ressenti, se traduisent par des dénigrements sur son origine, son nom, ses écrits, engendrant des citations apocryphes.

Heureusement Ponson du Terrail ne possède pas que des détracteurs, il a aussi des amis parmi ses relations, et surtout des millions de lecteurs qui attendent impatiemment la suite des feuilletons qu’il produit à la chaîne. Il se réserve dans la journée un temps pour l’écriture et après avoir fourni aux divers journaux qui le publient, il aime se rendre dans des cafés afin de regarder les passants, de se promener dans les beaux quartiers ou les quartiers sensibles, afin de récolter des images, des impressions, des situations, des échanges verbaux qu’il restitue ensuite dans ses ouvrages. Et puis, serait-il devenue secrétaire de la Société des gens de lettres crée par Georges Sand, Victor Hugo, Balzac, Dumas et Louis Dunoyer, puis vice Président, si ses écrits éraient si mauvais que certains le prétendent ?

 

Elie-Marcel Gaillard revient sur tous ces épisodes, l’altération du nom lors de la transcription par des clercs sur les registres de l’état-civil qui lui occasionneront des démêlés juridiques et dont se serviront ses détracteurs, ses réussites, les conflits avec ses confères, des insinuations auxquelles Ponson du Terrail ne prêtait guère attention sauf en quelques occasions, et bien d’autres événements qui sont décrits ici avec preuves à l’appui.

L’auteur de cette biographie aborde également les côtés historiques, politiques, sociologiques mieux faire comprendre l’époque et ce succès phénoménal.

Petite remarque en passant, qui ne manquera pas d’interpeler bon nombre de lecteurs de cet article, des lecteurs qui sont dépendants de la Poste :

Dès que le réseau des chemins de fer le permet, le courrier est acheminé par des trains express, qui comportent d’ailleurs un bureau de poste ambulant ouvert au public. On trouve des boîtes aux lettres partout, aux carrefours des chemins de campagne, dans les gares. Enfin, les tarifs uniformisés sont très raisonnables. A Paris, en 1867, les boîtes aux lettres des quartiers et des carrefours sont levées sept fois par jour. Il y a sept distributions, et « seulement » cinq le dimanche. Une lettre postée à huit heures du soir en province est distribuée à Paris le lendemain matin à dix heures.

Ceci ne souffre d’aucun commentaire, mais on pourra simplement dire, c’était mieux avant. Mais le modernisme est passé par là et surtout les restrictions budgétaires. Ce n’est pas le seul domaine dans lequel on peut enregistrer une régression.

 

L’auteur de cette biographie n’a pas ménagé sa peine, se plongeant dans divers documents, archives et correspondances de Ponson du Terrail avec sa sœur Hortense qui avait laissé ses mémoires, des archives communales et départementales, d’ouvrages imprimés du vivant et après le décès de Ponson alors que celui-ci ne pouvait plus contester les affirmations et extrapolations, et des divers journaux de l’époque.

Une somme de travail impressionnante, et un livre agrémenté de documents photographiques, de documents et de Une de journaux, d’un arbre généalogique et d’une bibliographie partielle s’étalant de 1851 à 1880 pour des ouvrages posthumes, avec les différentes éditions et rééditions. Un ouvrage remarquable qui malheureusement n’est plus disponible chez l’éditeur. Mais avec un peu de chance….

Elie-Marcel GAILLARD : Ponson du Terrail. Biographie de l’auteur du Rocambole. Editions A. Barthélémy. Parution le 1er octobre 2001. 208 pages.

ISBN : 978-2879231167

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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 09:36

Vous connaissez les TOC, troubles obsessionnels compulsifs, mais connaissez-vous les TOS ?

Jan THIRION : A fond les manettes.

Il s’agit tout simplement d’une pulsion qui oblige l’individu atteint de ce trouble de se masturber. Ce qui se nomme Trouble Obsessionnel Sexuel.

Peut-être vous-même ressentez-vous ce besoin, mais ne me dites rien, ceci fait partie de votre vie privée, et intéressons-nous plutôt à Clochette, un des personnages de cette nouvelle humoristique et érotique de Jan Thirion qui savait narrer une histoire libertine sans pour autant choquer la pudeur de ses lecteurs.

Alors que Clochette inspecte d’un doigt habile son entrejambe, elle sent une odeur de brûlé. Ce n’est juste que le rôti qui prend ses aises dans le four. Et le téléphone qui se met à sonner. L’hôpital l’informe que son beau-père vient d’être amener en urgence. Elle a beau appeler Willy son mari, mais personne ne répond. Elle le découvre dans la réserve de l’abri-antiatomique en train de mélanger de la confiture dans un pot à l’aide de son outil destiné à la reproduction et placé entre ses jambes depuis sa naissance.

Car tout autant que Clochette, Willy son compagnon est un adepte des plaisirs solitaires (tiens, tiens, Clochette et Willy, clin d’œil à Willy et Colette ?) ce qui les a rapproché. Leur union est satisfaisante et ils s’entendent comme larrons en foire pour leurs débordements manuels.

Willy se rend immédiatement à l’hôpital, non sans avoir hésité sur le choix de la voiture qu’il va emprunter. Féru d’automobile, comme son père et le père de Clochette, il possède quelques voitures de sport magnifiques mais il se décide finalement pour un véhicule banal. De toute façon la vitesse en ville est limitée à 5 km/heure, ce qui fait qu’il aurait aussi vite fait d’aller à pied. Les véhicules prioritaires ont droit à un effarant 8 km/heure. Et Jan Thirion l’avait écrit bien avant les annonces officielles sur les réductions de vitesse.

 

Dans ce texte gaulois, non réfractaire, Jan Thirion se déchaîne, accumulant les situations les plus baroques, les plus loufoques, les plus démesurées, les unes que les autres.

Joyeusement égrillard, A fond les manettes est totalement délirant, et l’on ne croit pas une seule seconde à toutes les péripéties que nous narre Jan Thirion. Il laisse son imagination vagabonder pour évoquer des situations abracadabrantesques mais sous son propos, certains actes, qui ne sont pas manqués, sont réels, comme peuvent en témoigner quelques infirmiers et infirmières qui ont été confrontés, parfois, à des cas quasiment semblables. On n’arrête pas le progrès en termes d’objets sexuels de substitution.

A lire en prenant du recul…

 

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2017/04/jan-thirion-la-compil.html

Jan THIRION : A fond les manettes. Nouvelle numérique. Collection Culissime. Editions SKA. Parution le 20 juin 2013. 20 pages environ. 1,99€.

ISBN : 9791023401905

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30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 06:38

T'as voulu voir Vesoul
Et on a vu Vesoul,

Stéphane MOURET : Tanagra.

Les paroles de cette chanson de Jacques Brel se sont incrustées dans la tête de Roger (prononcez Rodjeur !) puis de Marcellin, deux membres de la TAN Compagnie.

Et ce n’est pas par hasard s’ils fredonnent cette rengaine. Ils ont été envoyés en mission dans cette ville de la Haute-Saône car un incident a été enregistré, a même fait l’objet d’un article dans le journal local.

Une jeune femme se complait à parcourir les rues de l’accueillante cité dans le plus simple appareil, danse, se baigne nue dans la rivière, souriante, aguicheuse, s’exhibant devant les badauds ébaubis, et pas uniquement les adolescents, et s’enfuyant lorsque la maréchaussée est envoyée sur place. Cela les change les braves pandores qui préfèrent cette tâche à celle de débusquer voyous, cambrioleurs, lanceurs de projectiles en tous genres.

D’après leurs renseignements, et sur la foi des témoignages, nul doute pour les envoyés de la TAN compagnie qu’il s’agit d’une Tanagra, ces statuettes qui datent de quelques siècles avant J.C. et découvertes en Grèce. Et justement le musée Georges-Garret, installé dans un ancien couvent des Ursulines, possède outre de très nombreux tableaux et sculptures signés Jean-Léon Gerôme, un tanagra de belle facture et qui est représenté en couverture.

Mais Roger a disparu et Marcellin visite ce musée, découvrant la statuette qui ressemble fort à la nymphe qui met les Vésuliens en émoi (et moi aussi !). Alors qu’il déambule, il est abordé par une charmante jeune femme qui lui fournit, sans qu’il ait besoin de le demander (il existe encore des personnes serviables même si elles ont tendance à s’immiscer un peu trop) l’origine de Tanagra et lui explique les symboles des tableaux tel un maître de conférence.

Il est rejoint par Teddy qui lui aussi a son rôle à jouer, car chaque membre de la TAN Compagnie possède sa partition, une association qui comporte des Démineurs, des Chasseurs, des Cafouilleurs. Marcellin s’extasie devant le Tanagra, mais un détail dans un tableau l’interloque. C’est ce que l’on pourrait appeler un tableau vivant. Sa mission va durer quelques jours et il prend, de même que Teddy une chambre dans un hôtel renommé de la cité. Mais il sacrifie à la bonne chère et à la chair, car Anaïs ne se montre pas uniquement une guide très documentée, mais experte également en langue. Elle est notamment professeur de latin.

 

Pollice Verso

Pollice Verso

Ce court roman charmant est tout autant didactique que fantastique et l’intrigue s’insère avec habileté dans la pédagogie. Le lecteur, qui comme moi, ne connaissait pas Jean-Léon Gérôme, découvrira un peintre et un sculpteur d’inspiration classique, un représentant de l’art académique alors que l’impressionnisme détrônait toutes formes d’art pictural.

Le lecteur averti avait déjà eu l’occasion d’apprécier le style de Stéphane Mourret, en collaboration avec son ami Jérôme Sorre, dans des romans ou nouvelles de fort belle facture. Une imagination sans limite et une narration parfois poétique et travaillée, pour un fantastique que l’on peut qualifier de classique. Un peu à la façon de ces vieux maîtres que furent Rosny Aîné, Sheridan Le Fanu, et quelques autres, qui écrivaient avec joliesse. Mais l’on ne peut s’empêcher de penser au Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde et au Portrait du mal de Masterton, sans que pour autant ce roman soit une parodie de l’un ou de l’autre. Il s’agit bien d’une œuvre personnelle permettant de découvrir un artiste, une ville, et une intrigue judicieusement ficelée.

 

Stéphane MOURET : Tanagra.

Stéphane MOURET : Tanagra. Collection LoKhaLe N°7. Editions de La Clef d’Argent. Parution le 9 septembre 2018. 122 pages.

ISBN : 979-1090662506

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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