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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 06:49

Donc, si je comprends bien, il y en a un premier ?

Pierre Mac ORLAN : Le tueur N°2.

Comme bon nombre de ses confrères romanciers, Gaston Leroux, Georges Simenon et bien d’autres qui avaient débuté leurs carrière dans le journalisme, Pierre Mac Orlan se muait à l’occasion en reporter pour des médias papier. Des reportages d’inspiration diverse et parfois l’affaire qu’il couvrait pouvait donner lieu à un roman.

Le tueur N°2 en est un exemple significatif même si l’intrigue déborde largement du cadre du reportage. En prenant quelques éléments d’une histoire qui s’est réellement déroulée, Mac Orlan construit une histoire qui s’intègre parfaitement dans l’esprit des romans policiers et noirs de l’époque, c’est-à-dire 1935.

Amputé d’une jambe suite à une blessure sur l’Yser provoquée par la Première guerre mondiale, qui n’était pas encore ainsi dénommée à l’époque, Miele Vermeulen ne travaille pas moins comme jardinier dans les environs de Zeebrugge et Knokke-sur-mer. Il vient justement d’être embauché par Mademoiselle Gertrude Gal, une comédienne, qui vient d’arriver en résidence dans une belle villa de style normand.

Lorsqu’il arrive dans le hall, l’effervescence règne. Les malles et les valises encombrent le passage. Une odeur nauséabonde de rat crevé s’échappe de l’une d’elle. Après ouverture, constatation est faite qu’il s’agit d’un cadavre en décomposition qui a été placé dans ce coffre de voyage. Aussitôt Mademoiselle Gertrude Gal fait prévenir immédiatement les policiers de Knokke, tout en constatant que cette malle ne fait pas partie de ses bagages. Un supplément qui n’est pas du tout de son goût et surtout de son odorat. Dernière précision, il s’agit du corps nu d’une femme sans tête.

 

Quelques jours auparavant, à la gare de Victoria Station à Londres, un employé des chemins de fer britanniques a découvert une grande valise suspecte oubliée à la consigne depuis une dizaine de jours. Ce bagage dégageait une odeur suspecte et à l’intérieur étaient nichés les quatre membres d’un corps humain, enveloppés dans un journal. Bertie O’brien, de Scotland Yard est immédiatement prévenu, et son attention est attirée par un article et une photo figurant sur ce journal.

Une certaine Jenny Lowland, de Londres, est recherchée pour un héritage. Or cette femme, le sergent Prince la connait. Il s’agit de Joan Burlington, ancienne girl et capitaine d’une troupe de danseuses, et probablement une proxénète ( ?), ou prostituée. Ne reste plus donc à rechercher l’ami de cette femme démembrée.

 

L’affaire des cadavres de Londres et de Knokke en Belgique se recoupent et le détective O’Brien va être amené, lui est ses adjoints à enquêter de concert avec les policiers belges, se déplaçant sans relâche à Londres, à Brighton, et dans les environs de Knokke et avec des ramifications françaises. L’ami de Joan Burlington est retrouvé, mais pour autant l’affaire n’est pas résolue. S’il avoue le meurtre de Joan Burlington, le cadavre londonien n’est pas celui de la jeune femme. Peut-être celui de Knokke. Mais il réfute avoir un second meurtre sur les bras. Dans ce cas un autre tueur serait dans la nature.

 

Un roman dans lequel Pierre Mac Orlan déploie sa palette de conteur, en proposant une intrigue à double facette, avec des phrases courtes, parfois lapidaires, du moins au début du récit. Ensuite, il devient plus prolixe et son sens poétique s’exprime davantage.

Une véritable machination dans laquelle les policiers, le détective Bertie O’Brien en tête, en perd un peu la sienne, et le lecteur également. Mais ses adjoints ne sont pas des bras cassés, et s’ils sont obligés de marcher sur des œufs, leur cerveau est intact.

Un roman intéressant, qui pourrait être le reflet de l’actualité, les progrès scientifiques n’étant toutefois pas encore autant évolués que de nos jours, ce qui donne du charme à la lecture.

Pierre Mac ORLAN : Le tueur N°2. Préface de Francis Lacassin. Collection L’Imaginaire N°264. Editions Gallimard. Parution 10 octobre 1991. 238 pages.

Première parution : Collection Police Sélection N°7. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution 1935.

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 05:23

Sur le parking des anges

Plus rien ne les dérange

La folie les mélange

C'est la nuit qui les change…

Jean-Pierre ANDREVON : Le parking mystérieux.

Un banal parking bitumé, entouré de tours et de barres d’immeubles, des édifices décrépits aussitôt érigés, et pourtant pour Fabien, c’est un parking bien particulier.

Fabien n’a qu’une petite douzaine d’années, et à cause de son asthme qui le perturbe trop souvent, il est malingre. Il marche la tête baissée, et ce jour-là, revenant de l’école, il découvre une griffe. Mais pas n’importe quelle griffe. Une griffe énorme, grosse comme un couteau ou une serpe. Il la range délicatement dans son sac et franchit la porte de la tour où il habite en compagnie de sa mère Christelle, shampouineuse.

Trois gamins, des adolescents ou en passe de l’être, telle Chafia qui, à douze ans, est déjà bien proportionnée devant et derrière, et les deux grands qui ne manquent pas de se moquer de lui, l’interpellent lui parlant en verlan. Mais peu lui chaut, il a hâte de rentrer chez lui, et en attendant sa mère, il examine sa griffe. Ce n’est pas la première fois qu’il découvre un tel objet incongru sur ce parking, mais là il s’agit d’une pièce de choix, d’une pièce unique dont il aimerait bien connaitre l’origine.

Comme souvent depuis quelques temps, Fabien va manger seul, Cristelle ayant rendez-vous avec un ami. Elle est divorcée et le père est parti un beau ( ?) jour en claquant la porte.

La nuit Fabien entend des bruits bizarres dans l’escalier, des Vroupp, des Rrraaac, des Flaaatchhh, comme si une animal pesant descendait l’escalier. Et il aperçoit derrière les vitres de sa fenêtre une libellule immense, d’au moins un mètre d’envergure.

Un matin, grand remue-ménage sur le parking. Un homme vitupère, sa voiture a été écrasée, comme si un météorite était tombé dessus. Pourtant rien aux alentours. Et Fabien distingue sur le bitume une sorte de décaissement circulaire. Pas très profond, mais quand même, il le sent sous ses pieds.

De quoi l’asphyxier et d’ailleurs ceci ne manque pas de se produire. Il a beau utiliser son dilatateur, rien n’y fait et son professeur inquiet lui ordonne de rentrer chez lui. Sa mère inquiète demande au toubib de passer et Fabien est quelque peu soulagé, mais cela n’est que temporaire. Au bas de l’escalier un vieux monsieur en fauteuil roulant lui demande de pousser son « carrosse » dans la cage de l’ascenseur. L’homme, d’origine étrangère, ne vit dans l’immeuble que depuis quelques mois, et il occupe seul le quatorzième étage de la tour. Fabien est invité à lui rendre visite, une visite qui sera fructueuse pour ses bronches et son appétit de découvertes.

 

Ce court roman destiné aux adolescents à partir de douze ans, est plus qu’une simple fantaisie fantastique dans un univers onirique.

En effet, outre les démêlés de Fabien avec sa maladie, et sa solitude quelques soirs par semaine, sa mère préférant se rendre au restaurant avec un ami qu’il ne connait pas, un message est inclus dans l’intrigue.

Si les gamins de la cité se conduisent en petits voyous pas très méchants sauf par la parole, si une gamine est déjà une véritable bombe à retardement, ce sont les deux personnages clés qui gravitent dans cette histoire qui sont importants, outre Fabien.

D’abord l’homme à la voiture écrasée, qui se révèlera être un chasseur raciste ayant traqué, et abattu, des animaux en Afrique, et l’homme au fauteuil roulant qui prône la conservation de la nature, faune et flore africaines. Un antagonisme qui ne peut que dégénérer. Et pour bien faire passer ce message, rien de mieux que d’y intégrer une dose de fantastique dont on se demande s’il s’agit d’un élément réel ou d’images virtuelles nées dans l’esprit de Fabien. Car le lendemain de la découverte de la griffe, il ne reste plus que de la poussière dans son sac.

Fabien est un gamin solitaire, par force, timide, réservé, et dont l’imagination débordante peut lui jouer des tours. Mais est-ce seulement son imagination qui l’entraîne dans cette aventure ?

Et il faut se méfier, car Jean-Pierre Andrevon possède l’art de faire monter le suspense et de l’entretenir avec simplicité tout en laissant le champ libre à toutes les possibilités.

 

Jean-Pierre ANDREVON : Le parking mystérieux. Illustrations couverture et intérieur : Siro. Collection Les Fantastiques. Editions Magnard Jeunesse. Parution le 5 juin 1997. 112 pages.

Réédition Editions Seine. Collection Maxi Poche Jeunesse. Parution le 4 janvier 2009.

ISBN : 978-2210977488

 

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 05:01

Crieur de journaux, un métier d’avenir ?

Oui, si l’on traverse la rue !

André GILLOIS : 125 rue Montmartre.

L’agitation règne au 125 rue Montmartre, comme plusieurs fois par jour. C’est l’un des dépôts des Messageries de la Presse Parisienne, et les vendeurs se pressent afin de récupérer les lots de France-Soir, Paris-Presse, Le Monde, qu’ils vont vendre dans les rues.

Chacun d’eux possède son endroit particulier et Pascal propose aux automobilistes ses éditions toutes fraîches sorties des imprimeries, à un feu rouge près du Pont de l’Alma.

Ce jour-là, Mémène, la gérante du dépôt s’inquiète. Pascal n’est pas à l’heure du rendez-vous de la distribution. Secrètement elle l’aime bien son Pascal, un garçon large d’épaule, secret, peut-être timide, solitaire aussi. Enfin il arrive, et prend le double de sa charge habituelle. Elle est étonnée, mais lui tend quand même les journaux.

Secret, Pascal l’est. Il ne fréquente pas les autres vendeurs de rue, et ne se confie jamais sur son passé. Pourtant un évènement l’a obligé à sortir de sa réserve naturelle. Alors qu’il se reposait sous une pile du pont de l’Alma, il a aperçu un homme prêt à se jeter dans la Seine. Il intercepte rapidement le candidat au suicide et bientôt les deux hommes se mettent à discuter. Ou plutôt, Pascal écoute l’histoire de Didier.

Didier est marié, mais sa femme, la mère de celle-ci et son frère, n’en avaient qu’à son argent et à sa ferme dans le Lot. Il narre à Pascal comment il a connu cette suceuse d’argent et sa décision de se jeter à l’eau, alors que sa femme et ses complices envisageaient de le placer dans un asile. Pascal ressent envers cet homme perdu comme un début d’amitié, et c’est pour cette raison qu’il lui propose de vendre des journaux, en lui fournissant les ficelles du métier. Et les voilà tous deux présentant leurs journaux aux automobilistes.

Seulement, Georges, un photographe de presse qui déambule en compagnie de son amie Albertine, remarque les deux hommes. Et entre deux baisers et deux photos, Georges prend des clichés de ces vendeurs de rue. Car il est toujours à l’affût d’une photo et d’un sujet de reportage.

Didier va loger chez Pascal tandis le beau ténébreux se réfugie chez Mémène, dont le mari alcoolique tient un hôtel qui sert parfois aux amoureux, ou autres, en manque de tendresse. Et comme Pascal et Mémène elle-même ressentent un vide dans leur existence, nous refermerons discrètement la porte de la chambre qui les accueille.

Le lendemain, Didier est lâché dans la nature avec ses journaux, mais Georges l’aperçoit qui les glisse dans une bouche d’égout. Il est interloqué. Un épisode parmi d’autres dans sa vie de photographe. Néanmoins il le suit.

Didier demande à Pascal de l’accompagner jusque chez sa femme qui habite à Passy, et de récupérer de l’argent. Pascal se laisse embobiner et se glisse dans le parc d’une belle demeure. Il s’empare des billets glissés dans le tiroir d’un secrétaire mais lorsqu’il veut ressortir, le portillon donnant sur la rue est fermé à clé. Il se fait assommer par des policiers qui viennent d’arriver sur les lieux et il est arrêté. Seulement dans la maison un homme est mort, le mari de la fameuse femme selon elle. Or il ne s’agit pas de Didier, au grand étonnement de Pascal. Pascal narre ses mésaventures au commissaire Dodelot qui prend l’enquête en mains.

Le commissaire Dodelot ressent immédiatement une forme d’antipathie à l’encontre de Catherine Barachet qui se tamponne les yeux secs à l’aide d’un mouchoir, afin de faire croire qu’elle est attristée.

 

Il faut peu de choses pour compliquer une affaire et également peu d’éléments pour la résoudre. Il suffit de mettre en place les bons témoins et analyser les situations. Une intrigue classique, bien enlevée, avec peu de personnages, et dont les figures marquantes sont Pascal, Didier et celle qui est considérée comme la femme de Didier, sans oublier Georges qui sera quelque peu le déclencheur, normal pour un photographe.

Naturellement tout tourne autour de Catherine, puisque Didier prétend qu’elle est à l’origine de sa déchéance et de sa fuite, de son envie de suicide. Une machination bien huilée, un piège fomenté avec machiavélisme, mais il existe toujours un grain de sable pour enrayer tout le mécanisme.

Didier en réalité est un être faible, soumis et amoureux :

Elle avait été séduite par sa soumission comme d’autres femmes le sont par les hommes qui les dominent. Et Didier qui cherchait une maîtresse au sens exact du terme, avait trouvé en elle l’autorité un peu froide qu’exerçait sa mère quand il était petit.

Un roman d’époque dans lequel évolue un commissaire bon enfant, situé dans le Paris des années 1950 et qui permet, entre autres, de mieux connaître la profession de vendeurs de journaux, profession exercée par des individus placés en marge de la société, pour diverses raisons. Des hommes principalement qui subsistent grâce à la vente à la criée de journaux dont ils ne tirent pas grand bénéfice.

Ainsi, pour un journal qui coûtait vingt francs, le vendeur percevait la somme de six francs.

Tu gagnes six francs par journal. Tu en vends facilement cinquante, au début. Avec ça tu bouffes si tu ne bois pas trop. Mais tu n’as pas une gueule à boire. Est-ce que tu as de quoi acheter les premiers ? Sinon tu laisses n’importe quoi en gages.

Car la plupart du temps les vendeurs avançaient l’argent pour pouvoir proposer leurs journaux. De nos jours, cette profession est obsolète, comme bien d’autres.

 

Le récit ne manque pas d’humour comme peuvent le démontrer les exemples ci-dessous :

Tu n’embrasses pas mal, dit-elle, quand tu ne penses pas à ce que tu fais.

Ce n’est pas pour dire, marmonna Pascal qui souffrait de la tête, mais ils ne volent pas leur nom, les cognes.

 

Le commissaire se nomme Dodelot. Est-ce un hommage à Francis Didelot, grand auteur de romans policiers de cette époque ? Et, ce qui n’a rien à voir, le juge d’instruction s’appelle Faverolle, ce qui est peut-être un hommage anticipé à un ami blogueur.

 

André GILLOIS : 125 rue Montmartre.

 

Ce roman, Prix du Quai des Orfèvres 1958, a été adapté au cinéma par Gilles Grangier en 1959. Sur un scénario de Jacques Robert, André Gillois et Gilles Grangier, les dialogues étant signés Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux : Lino Ventura, Andréa Parisy, Robert Hirsch,  Dora Doll, Jean Desailly, Alfred Adam, Lucien Raimbourg.

André GILLOIS : 125 rue Montmartre. Collection Le Point d’interrogation. Editions Hachette. Parution 4e trimestre 1958. 192 pages.

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15 octobre 2018 1 15 /10 /octobre /2018 05:15

C'est la romance de Paris
Au coin des rues, elle fleurit
Ça met au cœur des amoureux
Un peu de rêve et de ciel bleu…

Nathalie TOURNILLON : Légendes et récits de Paris.

Paris, capitale de la France, Lutèce pour les Anciens, cité phare des touristes étrangers, ne possède pas un remarquable foisonnement de contes et légendes. Peut-être est-ce dû à l’attrait qu’a suscité la ville dite Lumière envers les provinciaux, attrait souvent exacerbé par le besoin de trouver du travail, un moyen d’existence que la province ne pouvait plus délivrer à ses enfants.

Paris est un véritable conglomérat et les légendes donc qui lui ont propres ne sont pas légion et prennent souvent racine dans son passé, son vécu pour parler moderne, un passé qui s’inscrit le plus souvent dans des évènements qui font partie du patrimoine historique.

Ainsi qui n’a entendu conter dans son plus jeune âge et dans les manuels scolaires, l’action de Sainte Geneviève pour contrer l’invasion des Huns, et des autres. Qui n’a encore en mémoire l’anathème proféré par Jacques de Molay, général des Templiers à l’encontre du roi Philippe Le Bel et du pape Clément V…

Qui n’a lu ou entendu parler des mésaventures des quatre fils Aymon, des amours tragiques de la tour de Nesle (histoire immortalisée par Michel Zévaco dans Buridan, le héros de la Tour de Nesle) ou celles d’Héloïse et Abélard… ou encore qui n’a vibré aux exploits de Cartouche, le Prince des voleurs et le voleur des princes ou ne s’est posé la question de connaître l’identité de l’homme au masque de velours.

Il existe aussi cette légende de l’Homme rouge des Tuileries dont nous retrouvons avec saveur l’influence dans l’excellent ouvrage de François Darnaudet : Le fantôme d’Orsay, ou encore celle du Moine bourru. Mais il existe d’autres légendes, moins connues mais tout aussi noires, frôlant le fantastique, mettant en scène la main du Diable : Le terrible secret des délicieux pâtés de la rue des Marmousets, Les pentures diaboliques de Notre-Dame, La fidélité ou encore Le puits qui parle.

Quant à La leçon du Pont-aux-ânes, aujourd’hui elle ferait vibrer d’indignation les ligues féministes. Quelques-unes ne puisent pas directement leurs racines dans les légendes profondes de Paris, mais sont des récits récents mais qui prennent toutefois leur place dans ce recueil, soit par leur imaginaire comme L’arbre de Modigliani, soit par le lieu qui les ont inspirés comme Les racontars de la Tour Eiffel.

Un livre qui n’est pas réservé aux seuls Parisiens mais que tout un chacun pourra lire avec plaisir même si certaines histoires auraient mérité un développement plus ample. Ces histoires, disons plutôt historiettes, sont précédées d’un plan de Paris avec l’emplacement de l’endroit où elles se déroulent, ainsi qu’une histoire simplifiée des origines mythiques de Paris, alias Lutèce.

Nathalie TOURNILLON : Légendes et récits de Paris.
Nathalie TOURNILLON : Légendes et récits de Paris. Collection Contes et légendes. Editions Ouest-France. Parution le 1er février 2004. 192 pages.

Réédition 22 janvier 2008.

ISBN : 978-2702888957

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14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 05:40

Si cela pouvait être vrai, je lirai longtemps encore !

André CAROFF : Mme Atomos prolonge la vie. La Saga de Madame Atomos 3.

Dans ce troisième volume consacré à la saga de Madame Atomos, nous pouvons retrouver trois histoires de la plus célèbre « héroïne » de ce prosateur qui évolua dans tous les genres et quasiment toutes les collections des Editions Fleuve Noir de la belle époque.

Au sommaire de ce numéro 3 :

Préface de Francis Saint Martin.

L'erreur de Mme. Atomos.

Mme. Atomos prolonge la vie.

Les monstres de Mme. Atomos.

L'Affaire Atomos, une nouvelle inédite de Win Scott Eckert.

Première édition : Collection Angoisse N°140. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1967. 224 pages.

Première édition : Collection Angoisse N°140. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1967. 224 pages.

Rhode Island, le plus petit état des USA, est le théâtre de phénomènes étranges depuis quelques semaines. Les enfants ne grandissent plus, ne grossissent plus, et pourtant les toubibs ne relèvent aucune maladie. Ils sont en bonne santé mais leur aspect physique est dans un état stationnaire. Les vieillards cacochymes retrouvent leur souplesse, leur agilité, leur fougue et leur vision d'antan.

Smith Beffort, qui coule des jours heureux en compagnie de sa femme Mie Azusa, ex Miss Atomos, et de son fils Bob, collectionne les entrefilets dans les journaux et il est intrigué par ces événements qui apparemment n'alertent pas les autorités du pays. Ainsi selon un court article, les hôpitaux sont vides, les pharmacies et les laboratoires au chômage.

C'est dans ce contexte qui n'en est qu'à ces prémices que le docteur Alan Soblen retrouve son ami Smith Befford. Il a participé durant un mois à une conférence à Providence. Il lui démontre son agilité et que sa myopie ne l'indispose plus pour lire le journal. Seulement au bout de quelques heures, Soblen perd ses nouvelles facultés et revient à son état normal.

Smith pense que Mme Atomos leur joue un nouveau tour à sa façon en prolongeant ainsi la vie. Car cela ne va pas sans conséquences.

Ce nouveau paradis attire bon nombre de personnes mal en point qui arrivent à Rhode Island persuadés recouvrer leur jeunesse, et c'est par milliers puis par centaines de milliers de migrants que se traduit ce nouvel exode sur une terre qui ne mesure que 66 km sur 77. Mais bientôt, sous l'afflux de cette population, le paradis va se transformer en enfer. Six mois ont passé depuis la première apparition du phénomène et en ce mois de janvier il neige abondamment, un problème climatique rédhibitoire.

 

Car le phénomène ne touche pas seulement les humains mais les animaux et les plantes qui ne vieillissent plus ni ne croissent. Smith Befford et Soblen s'en aperçoivent rapidement sur place. Smith rencontre le chef du FBI à New-York mais celui-ci n'est pas convaincu. Alors jouant le tout pour le tout Smith décide de faire intervenir la force Dragon Vert, des truands qu'il a recruté et organisé en petite armée, afin de défendre le pays en cas de récidive.

Lorsqu'il revient chez lui, Mie est affolée. Elle reçoit des appels téléphoniques anonymes. Une femme ou un homme, elle ne peut le déterminer, téléphone de cabines publiques, progressant vers leur maison. Le dernier appel, auquel Smith assiste, est édifiant. Le correspondant sait exactement ce que le couple et les policiers censés les protéger effectuent comme mouvements, et peut répéter leur conversation. Smith et ses hommes découvrent des micros et des caméras miniaturisés cachés dans leur logement. Mie et l'enfant vont être mis à l'abri dans l'Oregon, tandis que Smith et les membres du Dragon vert vont le rejoindre à Providence et s'éparpiller dans tout l'Etat, à la recherche d'installations maléfiques.

Pendant ce temps la population amalgamée sur le petit territoire en vient aux mains, et les émeutes provoquent plus de dégâts que la famine qui commence à sévir.

Effectivement l'un des groupes découvre enfouie sous terre une sorte de plaque de tôle. Elle a été repérée au manque d'absence de neige sur une petite parcelle de terre. L'herbe est verte, une anomalie dans l'immensité blanche.

Un nouveau combat s'engage entre Mme Atomos et ses sbires d'un côté et les forces du Dragon vert de Smith de l'autre. Et il semble que Mme Atomos est en passe de gagner son pari de destruction des Etats-Unis. Pour enfoncer le clou elle fait kidnapper Mie et Bob.

 

André Caroff part du postulat émis par le sociologue Philip Hauser le 28 juillet 1966, qui affirmait que la Terre compterait sept milliard quatre cents millions d'âmes en l'an 2000, alors qu'au moment où cette déclaration était annoncée il n'y avait que (!) trois milliards trois cents millions d'habitants. Cette prévision, ou extrapolation, était presque juste puisque le chiffre annoncé a été atteint en 2015, en l'an 2000 le montant de personnes vivant sur la planète s'élevant à six milliards cent-trente millions, environ.

Or le projet de Mme Atomos est de réduire à la famine la population des Etats-Unis via une explosion démographique entraînant l'éradication totale des Etats-uniens. La vie et la mort sont dans l'ordre naturel de la régulation de l'existence, et un déséquilibre conscient programmé d'un côté comme de l'autre ne peut que conduire à la disparition de tout être vivant sur la planète.

Grâce à des inventions diaboliques dont elle a le secret, Mme Atomos désire venger les morts d'Hiroshima et de Nagasaki, par tous les moyens. André Caroff vogue sur la fibre de l'anticipation tout dénonçant un système de famine programmée né dans un esprit de châtiment. Mais l'enjeu délétère de Mme Atomos pourrait sembler n'être qu'un pari mortifère que les spéculateurs et les scientifiques pourraient réaliser à plus ou moins long terme. Par exemple les légumes produits à base de fortes doses d'engrais et de semences modifiées, liées à une accumulation de pesticides, de produits phytosanitaires, contiennent moins de vitamines et de nutriments que quelques dizaines d'années auparavant et sont donc moins énergétiques et caloriques. Mais ceci est un autre problème.

 

A noter que si le choix de Rhode Island n'est pas anodin, étant le plus petit état des USA et donc plus facilement contrôlable par Mme Atomos, l'enfant le plus célèbre de la ville de Providence n'est autre que Howard Phillips Lovecraft, l'un des plus grands fantastiqueurs américains, voire mondial. En outre, le nom de Beffort, l'agent du FBI, me fait songer à Alexandre Breffort, qui avant de devenir journaliste, scénariste, homme de théâtre et écrivain, accumula les petits boulots dont celui de chauffeur de taxi pendant cinq ans, métier pratiqué par André Caroff.

 

Pour commander cet ouvrage, n'hésitez pas à vous rendre à l'adresse mise en lien ci-dessous :

 

André CAROFF : Mme Atomos prolonge la vie. La Saga de Madame Atomos 3. Collection Noire N°3. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2007. 404 pages. 25,00€.

ISBN : 978-1-932983-87-6

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13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 05:19

Les hommes de lettres de la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle vus par l’auteur de la Guerre du feu.

J.-H. ROSNY Aîné : Portraits et souvenirs.

En effet, Joseph-Henry Boëx, plus connu sous le pseudonyme de Rosny Aîné, n’est pas seulement l’auteur de romans de science-fiction et d’aventures préhistoriques, mais également un témoin de son temps. Et dans ses portraits, il nous présente quelques figures marquantes de l’actualité littéraire qu’il fut amené à côtoyer et à apprécier, ou pas, pour diverses raisons.

Robert Borel-Rosny, son petit-fils, qui se maria avec Raymonde Jardé, laquelle fut la secrétaire de l’écrivain, nous présente l’homme de lettres dans une notice biographique qui se lit comme une nouvelle, tant le style est fluide tout autant que poétique, avec cette marque d’affection que l’on réserve à un membre de sa famille que l’on vénère. Mais avec un peu d’emphase aussi.

Né à Bruxelles le 17 février 1856, d’un père français de Lille, et d’une mère flamande d’origine hispano-hollandaise, le jeune Rosny, patronyme qui deviendra son nom de plume, vit ses premières années à Laeken, dans la banlieue bruxelloise, avec sa mère veuve et ses frères et sœurs. A l’école il se distingue par ses capacités intellectuelles, mathématiques et lettres, mais sa passion ce sont les pigeons. Il faut gagner sa vie, et malgré avoir déjà écrit un roman, une pièce de théâtre, des vers et des contes, écrits qui furent brûlés par sa mère, ce fatras d’écriture encombrant les tiroirs, il devient garçon de bureau mais il s’ennuie. Ce monde l’étouffe et il décide de partir pour Londres où il fera ses premières armes littéraires, quelques-unes de ses nouvelles remportant un vif succès.

Mais il sait que s’il veut conquérir le monde, c’est à Paris qu’il doit se rendre, avec femme et enfants, décision prise en 1884. Il a écrit Nell Horn de l’Armée du Salut dans la capitale britannique, et présente en 1886 son manuscrit un peu au hasard, car il ne connait personne, à un petit éditeur de la rue Drouot. L’homme veut bien tenter l’expérience, et quinze jours plus tard son manuscrit est accepté et huit jours après le contrat est signé. Il se plie au jeu, qui est un peu comme un pensum, des dédicaces, et il reçoit un billet émanant du Maître de la Maison d’Auteuil, Edmond de Goncourt, en date du 29 octobre 1886.

Indépendamment de l’intérêt des détails londoniens, une chose me charme chez vous : c’est l’effort du style, c’est l’aspiration artiste.

Une petite phrase qui lui fait chaud au cœur d’autant qu’il est convié le mercredi entre une heure et cinq heure afin de causer avec plaisir du livre paru et de ceux qu’il a en tête.

Rosny vient de mettre un pied dans le cénacle littéraire et il fera la connaissance des grands noms de l’époque et un an plus tard, en 1887, il intégrera la fameuse Académie Goncourt, aux côtés d’Alphonse Daudet, de Flaubert, de Maupassant, de Veuillot, de Barbey d’Aurevilly, de Banville… Académie qui n’est alors qu’un cercle littéraire. La véritable académie Goncourt ne récompensera un roman qu’en 1903 et le prix sera attribué à un roman de science-fiction, Force ennemie, écrit par un romancier franco-américain d’expression française John Antoine Nau.

Rosny Aîné décède le 15 février 1940, après une longue vie consacrée à la littérature sous toutes ses formes, écrits, conférences et autres. Et en 1945, Robert Kalinoswski qui prendra avec sa femme le nom de plume de Robert Borel-Rosny compilera les témoignages de son grand-père sur les littérateurs qu’il fut à même de connaître, de côtoyer et d’apprécier même si parfois, l’auteur du Félin appose quelques coups de griffes.

 

En treize chapitres, Rosny aîné propose sa vision sur de très nombreux confrères qui l’ont accompagné, peu ou prou, durant sa carrière de prosateur. Le premier chapitre, intitulé Roderies, est tout autant une promenade littéraire, géographique, qu’un retour sur ses débuts d’écrivain et familiaux. Son repaire où il s’est installé près du boulevard Barbès, des pages que ne manqueront pas de savourer ceux qui ont vécu ou même tout simplement déambulé dans ce quartier, avec la rue Championnet qui était encore neuve, et non loin Montmartre et ses cabarets. Et plus au nord, Saint Ouen et Saint Denis.

Puis ses promenades sur le Boul’Mich’ où il croise Verlaine et Alexandre Dumas fils. Lisons quelles réflexions ces rencontres imprègnent son esprit :

Je poussais souvent jusqu’au quarter Latin ; J’ai vu passer Verlaine au long du Boul’Mich’, dans son paletot miteux, son écharpe au col, boîteux, laid et vulgaire, je l’ai aperçu devant une absinthe et, malgré ma volonté d’admiration, je ne voyais qu’un vieillot vieillissant.

Alexandre Dumas fils, au rebours, m’a presque charmé, et Dieu sait que j’avais pour l’écrivain une estime plutôt médiocre.

Puis les chapitres s’enchainent, avec La maison d’Auteuil, le grenier transformé en musée. C’est en juin 1933 que Rosny rédige en partie ses souvenirs et il établit le catalogue des écrivains qui fréquentaient le cénacle des frères Goncourt. Se succèdent ou se croisent Alphonse Daudet, surnommé le Cheik, mais aussi Raffaelli le peintre, Caraguel le logicien, et combien d’autres, appréciés ou non.

A propos de Zola, voici ce qu’en écrit Rosny :

Parmi les morts, Zola… Aussi gras alors qu’il sera maigre bientôt, triste, désabusé, un pli d’amertume à la commissure des lèvres, le front beau et spacieux, le visage quelconque. Son succès ne l’égayait pas, il lui arrivait même de dire « On ne me lit pas ». Par quoi il entendait qu’on le lisait mal.

Un regard d’entomologiste qui continue son exploration dans les autres chapitres, entrecoupés d’une impressionnante iconographie, gravures, photographies, et nous livre des figures célèbres ou oubliées déclinés ainsi : Raoul Ponchon, Jean Lorrain et Octave Mirbeau, Le père Hugo, L’ange gardien d’Anatole France, Une soirée chez Proust, Willy, Avec Paul Adam, Jean de Bonnefon, pour finir enfin avec La Société des Gens de lettres.

Une rétrospective littéraire qui ne pourrait qu’intéresser tous ceux qui, férus de littérature, quelque soit le genre qu’ils apprécient, désirent en connaître un peu plus sur l’époque et ceux qui gravitaient sur la Planète des Lettres.

J.-H. ROSNY Aîné : Portraits et souvenirs. Notice biographique de Robert Borel-Rosny. Edité par la Compagnie Française des Arts Graphiques. Parution 1er trimestre 1946. 112 pages.

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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 11:13

Hommage à Pierre Véry, décédé le 12 octobre 1960.

Pierre VERY : M. Marcel des pompes funèbres.

Nous sommes tous guettés un jour ou l’autre par ce que d’aucuns appellent la Grande faucheuse. Tous ! Eh oui, même les croque-morts.

D’ailleurs il le savait bien Octave Lamédée qui avait passé sa vie à travailler avec des morts. Ses derniers jours sont arrivés et après quelques heures de râles et d’agonie, il s’éteint en riant doucement.

Comme s’il venait de jouer un bon tour à sa famille, à ses amis venus l’assister pendant ses derniers moments. Ce que l’on pourrait qualifier d’humour noir.

Jusque là, rien que de très banal, sauf que Bernard Hilairet, son ami, un brocanteur, décède lui aussi dans la force de l’âge. Farce macabre qu’il joue lui aussi puisqu’il meurt assassiné.

Maître Prosper Lepicq, un avocat perpétuellement en quête d’affaires afin de regonfler un portefeuille désespérément vide, averti anonymement de ce crime, se réjouit.

Il a faim, et cette petite enquête qui se profile à l’horizon, avec à la clé un client, non seulement va pouvoir lui permettre peut-être de mettre du beurre dans les épinards, mais de plus s’acheter les épinards.

 

M. Marcel des pompes funèbres est l’une des sept aventures consacrées à Prosper Lepicq, écrites entre 1934 et 1937 par Pierre Véry.

Des six autres romans qui le mettent en scène on retiendra surtout Meurtre au Quai des orfèvres, L’assassinat du Père Noël et Les disparus de Saint-Agil, qui eurent l’honneur d’être adaptés au cinéma.

Le rêve de Pierre Véry était de rénover la littérature policière en la rendant poétique et humoristique, avec des personnages qui ne sont plus des pantins au service d’une énigme à résoudre mais des êtres humains en lutte avec leur vérité.

Et même si ces romans paraissent aujourd’hui gentiment désuets, vieillots, c’est avec plaisir qu’on les lit et les relit.

 

Autre édition : Editions de Flore. Parution 1949.

Autre édition : Editions de Flore. Parution 1949.

Pierre VERY : M. Marcel des pompes funèbres. Collection Le Masque jaune N°2009. Editions Librairie des Champs Elysées. Parution 21 mai 1990. 158 pages.

Première édition : Gallimard. Parution 1934

Autre édition : Editions de Flore. Parution 1949.

Réédition : Le Sycomore. Parution le 10 octobre 1996

ISBN : 978-2702420430

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12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 06:51

Scandale dans la famille !

Annie ERNAUX : La honte.

En juin 1952, la petite Annie a douze ans. Elle assiste désemparée à un incident qui va la marquer à tout jamais et auquel peu d'enfants, heureusement, sont les témoins : son père désirant supprimer sa mère dans un accès d'exaspération.

Une photo rescapée de son enfance où elle pose en compagnie de son père lors d'un voyage à Lourdes fait ressurgir les images de cette année 1952 et immédiatement remontent à la surface les petits faits marquants que seule une enfant peut ressentir et emmagasiner au plus profond de soi, sans vouloir vraiment s'en délivrer et qui pèsent sur toute une existence.

 

Annie Ernaux avec pudeur renoue avec le passé, celui d'une génération qui a connu les années d'après-guerre alors que tout était régi par les à-priori, les quand dira-t-on, que le monde commençait au bout du quartier, que l'esprit était obnubilé par la transformation du corps, que l'eau chaude sur l'évier n'était réservé qu'à une élite, que les plus démunis étaient rangés dans la catégorie des "économiquement faibles".

Elle dévoile et se délivre d'un pan de son adolescence, narre avec simplicité ce basculement, ce "dessillement" qui l'amène à ranger les gens en catégories, les pauvres d'un côté, les nantis de l'autre, les faux-bourgeois en forme de traits d'union, comme les arbitres de la société qui n'était pas encore de consommation.

Une biographie dans laquelle pourront se reconnaître bon nombre de lecteurs nés pendant ou juste après la seconde guerre mondiale, parce qu'ils ont connus eux aussi cette période semi léthargique, découvrant peu à peu ce modernisme dont nous sommes aujourd'hui plus ou moins esclaves.

Réédition Folio N°3154. Parution 2 février 1999. 142 pages. 4,85€. ISBN : 978-2070407156

Réédition Folio N°3154. Parution 2 février 1999. 142 pages. 4,85€. ISBN : 978-2070407156

Annie ERNAUX : La honte. Collection La Blanche. Editions Gallimard. Parution 25 février 1997. 132 pages. 12,50€.

ISBN : 978-2070747870

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 05:53

C’est mieux pour ne pas avoir froid aux pieds !

René FREGNI : On ne s’endort jamais seul.

Antoine est veuf et élève seul sa fille Marie, sept ans, adorable petit ange qu’il va chercher à l’école tous les soirs, à cinq heures précises, quelque soit l’issue de la partie de pétanque à laquelle il participe quotidiennement.

Une boule un peu folâtre, qui décide d’aller se cacher dans un égout, et pour une fois le voilà en retard. Marie n’est pas là. Affolé il navigue entre l’école et l’appartement, et vice versa, en vain. Tout cela pour apprendre par des témoins qu’elle serait montée à bord d’une voiture sur l’invitation d’une femme habillée de noir.

Il lui faut se rendre à l’évidence, Marie a été kidnappée. Mais aucune demande de rançon ne lui parvient. Marie est-elle encore vivante ? Il passe ses jours et ses nuits à parcourir Marseille, il use sa santé, ayant plus confiance en lui qu’en la police. Grâce à Carole, l’institutrice, à Jacky Costello alias Cristal, un truand récemment sorti de prison et de Tania la Pute bleue, il entrevoit le petit morceau de ficelle dépassant de la pelote qu’il lui faudra dérouler pour arriver à l’antre du Minotaure.

 

La quête d’un père à la recherche de sa fille enlevée, assassinée peut-être, servant de cobaye à des dégénérés, des pervers, l’amitié qui unit deux hommes dont un voyou au grand cœur, l’aide apportée par une prostituée qui a gardé son âme de fleur bleue, avec Marseille pour toile de fond, tels sont les ingrédients de ce roman qui oscille entre le noir absolu, et le misérabilisme fin XIXème siècle.

Une errance que le lecteur ne voudrait en aucun cas partager.

Parfois dur, très dur, parfois un peu passéiste dans l’évocation du code d’honneur des truands, ce livre vaut surtout par la narration de la douleur du père face à la disparition d’une fille qu’il chérit plus que tout au monde. Avec une vision personnelle et différente de Marseille face à ses confrères qui mettent en scène le port phocéen, qu’il s’agisse de Jean-Claude Izzo, Philippe Carrèse ou Jean-Paul Delfino.

 

Réédition éditions Folio. Parution 14 mars 2002. 172 pages.

Réédition éditions Folio. Parution 14 mars 2002. 172 pages.

René FREGNI : On ne s’endort jamais seul. Editions Denoël. Parution 4 avril 2000. 174 pages.

ISBN : 978-2207250952

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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 05:23

Comment faire le tour du monde avec en poche vingt-cinq centimes ? A méditer par nos hommes politiques au lieu de faire les poches des retraités !

Paul D’IVOI et Henri CHABRILLAT : Les cinq sous de Lavarède.

C’est ce que doit réaliser Armand Lavarède, trente cinq ans, journaliste ayant également poursuivi des études de médecine et scientifiques mais homme dépensier, possédant des dettes un peu partout.

Surtout avec monsieur Bouvreuil, qui pratique l’usure en plus de ses différentes occupations de banquier et financier, agent d’affaires. L’homme, peu sympathique, qui a racheté les quittances de loyer, veut bien passer l’éponge sur ses dettes, des loyers en retard, si Lavarède accepte d’épouser sa fille, la triste et sèche Pénélope. Ce que refuse catégoriquement Lavarède qui ne veut en aucun cas se mettre un boulet à la cheville.

Il est convoqué chez un notaire qui lui signifie qu’il est le légataire universel de son cousin Richard, qui s’était installé en Angleterre, pour un héritage s’élevant à quatre millions environ, et composé de maisons et propriétés, de rentes, d’actions et d’obligations. Mais pour percevoir ce pactole, il devra faire le tour de monde avec seulement vingt-cinq centimes en poche. Et pour vérifier si notre voyageur, qui accepte les clauses du testament, ne triche pas, il sera accompagné par sir Murlyton et sa fille Aurett, les voisins de cousin Richard en Angleterre. Autant Pénélope est moche, autant miss Aurett est belle à ravir. Mais nous ne sommes pas là pour digresser sur les avantages physiques de celle qui va suivre, en compagnie de son père ne l’oublions pas, les tribulations de Lavarède qui devront durer un an, jour pour jour. Rendez-vous est pris donc pour le 25 mars 1892, avant la fermeture des bureaux.

Première étape gare d’Orléans, direction Bordeaux, puis correspondance avec un transatlantique qui va rallier l’Amérique. En gare, comme il connait un sous-chef, il promet à celui-ci une forte somme d’argent s’il parvient à toucher l’héritage. L’homme accepte sans difficulté et Lavarède se niche dans une caisse à piano sur laquelle est apposée la mention Panama. Dans le même train voyagent sir Murlyton et sa fille Aurett, ainsi que l’oiseau de mauvais augure du nom de Bouvreuil, qui doit également effectuer le voyage, étant le président du syndicat des porteurs d’actions du Panama. La conversation s’engage et Bouvreuil sait à présent que Lavarède doit se trouver à bord d’une caisse, miss Aurett l’ayant aperçu.

Heureusement la jeune fille parvient à avertir Lavarède, niché dans sa caisse, et celui-ci a le temps de s’extirper avant que Bouvreuil exige des employés que le caisson soit ouvert. Mais point de Lavarède à l’intérieur au grand dam de l’homme d’affaires.

Nous suivons Lavarède à bord du paquebot qui va le transporter gratuitement jusqu’au Panama, avec à ses trousses Bouvreuil et en compagnie ou suivi de loin, voire parfois protégé par sir Murlyton et sa fille. Surtout sa fille.

Première escale en Martinique, puis arrivée au Panama, qui à l’époque faisait partie de la Colombie, via La Guaira, le port de Caracas au Venezuela. Un nouveau personnage entre alors en scène, don José Miraflorès y Courramazas, un aventurier qui s’accoquine avec Bouvreuil. Puis tout ce petit monde gagne le Costa-Rica à dos de mulets ou de cheval pour les plus chanceux. A la faveur d’une révolution Lavarède se trouve propulsé comme le nouveau président de la république costaricienne. Mais il est bientôt destitué à cause d’une nouvelle révolution et départ pour la Californie où les voyageurs passent quelques temps à Frisco dans le quartier chinois. Ensuite embarquement pour les îles Sandwich, toujours sans payer, car Lavarède trouve une nouvelle astuce pour voyager à bord d’un navire. Il se fait passer pour mort et enfermer dans un cercueil à la place d’un Chinois, membre d’une franc-maçonnerie chinoise.

Tout ce petit monde parviendra en Chine en aérostat, puis la traversée du Tibet verra notre voyageur désigné comme un nouveau dieu.

Les avatars continuent jusqu’à l’arrivée en Europe puis à Londres où Lavarède arrive pile à l’heure, en compagnie de sir Murlyton, qui s’est pris d’affection pour ce compagnon aventureux, et de miss Aurett qui ressent un sentiment nettement plus amoureux.

 

Ce roman a été publié pour la première fois en 1894, mais l’on ne pourra s’empêcher de penser au Tour du monde en 80 jours de Jules Verne, roman publié en 1873. En effet Les cinq sous de Lavarède propose un tour du monde avec retour au lieu de départ à une date fixée par contrat, et les différents moyens de transports employés, par terre, par mer, par air, possèdent un air de ressemblance avec l’un des plus célèbres romans de son prédécesseur qui signait les Voyages Extraordinaires, tandis que la série des voyages imaginés par Paul d’Ivoi se nommait les Voyages excentriques.

L’intrigue et la narration des Cinq sous de Lavarède sont nettement plus enlevés, plus rapides, plus passionnants, moins pédagogiques même si le lecteur voyage beaucoup et sans véritables temps morts. Un roman d’action, d’aventures, dont les épisodes sont parfois rocambolesques, humoristiques, avec ce petit côté ludique, qui ne peut qu’engendrer le plaisir de lire et inciter à se plonger dans d’autres ouvrages du même genre et en déborder pour découvrir d’autres styles, d’autres catégories.

Même si parfois on se rend compte qu’on est en face d’aventures débridées, pas toujours crédibles, on se laisse emporter par ce périple au long cours. Un classique de la littérature qui a été adapté aussi bien en bandes dessinées qu’au cinéma, justement par ce côté grandiloquent dans les situations diverses dans lesquelles notre héros, et ses compagnons de voyage sont entraînés. Sans oublier le cas de Bouvreuil qui suit à la trace ou voyage de concert avec Lavarède et à qui il arrive de nombreuses avanies. Mais chacun des personnages de ce roman est lui aussi confronté à des situations périlleuses ou amusantes, et l’enchainement des divers épisodes oblige le lecteur à poursuivre son chemin sans avoir envie de s’arrêter.

Vous pouvez télécharger gratuitement cet ouvrage, sous la forme numérique que vous souhaitez en cliquant sur le lien ci-dessous :

Paul D’IVOI et Henri CHABRILLAT : Les cinq sous de Lavarède. Collection Mille Soleils d’or. Editions Gallimard. Parution septembre 1980. 450 pages.

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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