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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 04:45

Jean Ray a trouvé son successeur !

TARVEL Brice : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 2.

Harry Dickson fait toujours rêver par ses aventures policières et mi-fantastiques, et le lecteur était orphelin depuis la disparition, non pas de son créateur, mais de celui qui avait magnifié et porté à leur paroxysme les pérégrinations du célèbre détective concurrent de Sherlock Holmes.

Brice Tarvel a hérité du style, de l’imagination, du vocabulaire de Jean Ray, mais il apporte en plus ce petit quelque chose qui n’appartient qu’à lui. Une fluidité dans les descriptions et un imaginaire spécifique qui mettent en valeur ce qui ne pourrait être considéré que comme des nouvelles de bon aloi si justement sa créativité ne souffrait en rien de la comparaison. Il est dans le moule et en déborde largement car ce n’est pas un tâcheron. Il est un véritable auteur, pas toujours reconnu à sa juste valeur, mais il ne copie pas, il invente.

 

Dans ce recueil, deux nouvelles d’inspiration différente, et qui nous plonge dans l’Angleterre du premier quart du XXe siècle.

Dans La confrérie des hommes griffus, dont la couverture de Christophe Alvès nous en donne une petite idée, nous entrons dans le mythe souvent exploité mais inépuisable du savant fou.

Tom Wills est démoralisé car celle qu’il considérait comme sa petite amie vient de lui signifier qu’elle préférait un autre que lui. Ce qui arrive souvent dans la vie, mais quand même, avoir pour rival un jeune jardinier aussi boutonneux que les plantes qu’il soigne, cela met à mal l’égo. Aussi, pour se consoler Tom préfère aller au cinéma et visionner un film de Charlot.

Mais ses déambulations pédestres dans la capitale de la fière Albion l’ont épuisé et il s’endort. Il rêve, ou cauchemarde se croyant attaqué par un léopard, ou un tigre, enfin une animal similaire. Il est réveillé assez brutalement par l’ouvreuse qui fait la fermeture et se retrouve dans la rue où il se retrouve nez à nez à un individu qui l’agresse. Il se défend comme il peut face à son assaillant dont les doigts sont prolongés de griffes acérées. Il fait part de sa mésaventure à Harry Dickson qui prend cette information au sérieux, d’autant que Tom n’est pas revenu bredouille car il a choppé une casquette appartenant à son agresseur. Harry Dickson en déduit tout de suite l’identité de son propriétaire, un ancien boxeur écossais au surnom évocateur de Iron Bill.

Le superintendant Goodfield leur apprend que d’autres attaques identiques se sont déroulées dans les mêmes conditions et que les victimes sont décédées. Mais c’est un éleveur de porcs venu se défouler à Londres qui va leur apporter de précieux renseignements. Il vient d’être assailli mais a réussi à mettre son agresseur en déroute, gardant toutefois un trophée, une espèce de gantelet muni de griffes acérées. L’homme parle également d’événements étranges se déroulant non loin de chez lui, de bruits incongrus et de roulements de tambours, provenant d’un castel délabré appartenant à une certaine Belle Simpson, une maritorne énorme. Et ce que vont découvrir Harry Dickson et son élève pris en otage relève d’une diablerie machiavélique que n’aurait pu désavouer Jean Ray.

 

Dans La maison du pluvier, nous partons explorer les Fens, ce paysage marécageux du comté de Norfolk, à l’est de l’Angleterre. Et nous retrouvons cette ambiance et cette atmosphère palustres chères à l’auteur et qui prédomine dans bon nombre de ses romans.

En guise de prologue, l’action se déroule à Old Bailey, là où sont exécutés les condamnés à mort. Théobald Ferris attend avec sérénité, presque, la corde au cou, que le bourreau ouvre la trappe sous lui. A ce moment une nuée de corbeaux tournoie dans le ciel et l’un d’eux se pose sur son épaule. Parmi la populace Harry Dickson est présent et attendant qu’un événement survienne décidant le sursis. Soudain Tom Wills, son précieux élève, arrive en courant et lui fournit une preuve disculpant Théobald de la présomption de crime de sang qui lui est imputé.

Mais revenons en arrière en compagnie de l’auteur qui nous narre pourquoi et comment Théobald fut soupçonné de meurtre. Harry Dickson et son élève ont été invités à une partie de chasse par Lord James Ostler, qui possède une riche demeure dans le quartier londonien huppé de Paddington. Tout en conduisant son automobile, il narre une légende qui plane, ou plutôt qui flotte sur ce marais et dont le protagoniste n’est autre que le chevalier Hugh Pugsley, qui fit partie des glorieux combattants de la bataille d’Azincourt en 1415.

Seulement, désirant cacher une cassette emplie de pièces d’or, il s’est enfoncé dans les marais, ce qui lui fut fatal. Son cheval caparaçonné de métal s’est noyé, entraînant son cavalier avec lui. Toutefois la légende de la cassette attise les convoitises, et des meurtres sont commis par le fantôme du chevalier. C’est ainsi que le maître et l’élève font la connaissance d’un ornithologue, ou ornithophile, qui fréquente assidûment les volatiles dans leur lieu naturel et rédige quelques opuscules, ce brave Théobald Ferris que nous avons rencontré au début du récit.

Il habite avec sa femme et son fils, sans oublier son beau-père, un vieux monsieur valétudinaire, dans une cabane au cœur du marais. A l’entrée de la chaumine est érigé une sculpture, un pluvier dont le bec est disproportionné. Les deux détectives logent dans une auberge non loin or le chevalier fait encore des siennes, glissant dans les marais, vêtu de son armure, le chef couronné d’un heaume, et les soupçons se focalisent sur l’ornithologiste amateur.

 

Deux aimables historiettes qui suintent le mystère et qui intéresseront les nostalgiques de Jean Ray, d’Harry Dickson, les grands comme les petits, les vétérans de la lecture et les débutants. Et qui devraient inciter certains dont le vocabulaire est défaillant et préfèrent puiser dans les anglicismes, par snobisme ou par manque de culture, à se plonger dans un dictionnaire pour enrichir leur langage. Petite question dont la réponse ne sera pas sujette à un cadeau de ma part : Savez-vous ce qu’est une pimpesouée ?

 

Pour commander directement ce livre (et d’autres si le cœur vous en dit !) suivez le lien ci-dessous:

TARVEL Brice : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 2. Collection Absinthes, éthers, opium N°11. Editions Malpertuis. Parution le 2 novembre 2010. 126 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2-917035-15-3  

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16 juin 2019 7 16 /06 /juin /2019 06:17

Lorsque la Mécanique Quantique s'invite

dans le roman noir...

A.C. WEISBECKER : Cosmix Banditos

Pour inaugurer le nouveau look de la Série Noire, on peut dire que Patrick Raynal, qui débarquait comme le nouveau directeur de la collection, avait fait fort en éditant un roman qui a dû en déconcerter plus d'un, moi le premier.

Les adjectifs me manquent pour qualifier ce roman imprévu, hilarant, burlesque, situé entre le cours de physique et le dessin animé à la Tex Avery.

 

Le narrateur, recherché par toutes les polices d'Amérique du Nord et du Sud pour trafics d'armes et de narcotiques, pense que tout est lié au processus Sub Atomique et à la Mécanique Quantique. D'ailleurs il ne jure que par la Théorie des Particules Sub Atomiques et s'érige en professeur lorsqu'il trouve un interlocuteur sur son chemin.

Pour compagnons, il possède un chien nommé High Pocket, aux éternuements chroniques, et un serpent semi-apprivoisé qui aime se lover autour du canon brûlant d'un fusil.

De temps en temps il reçoit dans sa cabane perdue en pleine nature un bandito colombien du nom de José. Un jour José subtilise dans un aéroport les papiers d'identité de touristes américains. Dans la pochette de Tina, il découvre un diaphragme. Il envoie alors des lettres signées M. Quark, à ces malheureux Américains détroussés, leur demandant de répondre sous forme d'annonces dans un journal.

Débute alors la folle équipée en compagnie de José mais également de Jim et Robert dont la présence n'est pas clairement définie, sauf à l'épilogue. La téquila coule à flot, le champagne aussi, et les bouts de joints ne leur permettent pas toujours de joindre les deux bouts.

 

Un roman étrange dont l'histoire se chevauche dans le temps et à la trame tarabiscotée. Les notules en bas de pages sont nombreuses et l'auteur qui se cache derrière un pseudonyme que personne pour l'instant a décrypté, toutefois certaines précisions sont dévoilées dans un article que vous pouvez découvrir ici, se réfère aussi bien à Gary Joukow qu'à Albert Einstein.

Un roman à ne pas lire toutefois après un bon repas, une certaine somnolence de la part du lecteur risquant de lui empêcher d'en apprécier toutes les subtilités.

Première édition : Série Noire N°2288. Parution janvier 1992. 256 pages.

Première édition : Série Noire N°2288. Parution janvier 1992. 256 pages.

A.C. WEISBECKER : Cosmix Banditos (Cosmix Banditos - 1986. Traduction de Richard Matas). Réédition Folio Policier N°77. Nouvelle édition 13 juin 2019. 304 pages. 5,90€.

ISBN : 9782072850455

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15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 04:47

Et si le passé était devant soi ?

Mildred DAVIS : Passé décomposé

A la suite d’un incendie qui a ravagé un théâtre au cours d’une représentation, Jane Walcutt est soignée dans une clinique située à l’écart de la ville.

Elle vit dans un fauteuil roulant ayant perdu l’usage de ses jambes. Mais, plus grave, elle est devenue amnésique. Sa mémoire s’effiloche. Elle tente bien d’attraper quelques brins mais ceux-ci se dissolvent rapidement, lui glissent entre les doigts comme de la fumée.

Le docteur se montre bon et compréhensif avec elle, tout comme Zee, son infirmière.

Mais une impression diffuse de peur s’installe en elle. Peut-être parce que les autres patients relèvent plus de l’asile psychiatrique que de la maison de repos, de la maison de santé où elle est soignée.

Jane cherche à comprendre, à recomposer ce passé qui s’effrite dans sa mémoire. La visite de son fiancé ne lui fait pas battre le cœur. Elle ne ressent aucune sensation agréable à son contact. De même la présence de son tuteur n’arrive pas à éveiller en elle la moindre joie, à faire vibrer la moindre parcelle de sa mémoire en grève.

Pourtant un visiteur, dont les gestes et les paroles contredisent son apparence de bourgeois riche, ce visiteur laisse planer une menace. Elle ne doit pas recouvrer la mémoire. Elle a oublié certaines choses, certains événements ? Qu’elle ne tente surtout pas de les faire resurgir, cela pourrait lui coûter cher.

Jane sent pourtant qu’elle détient un secret, lié soit à l’incendie du théâtre soit à d’autres événements qui défrayent la chronique.

Zee, l’infirmière qui s’occupait d’elle, l’abandonne et sa remplaçante est toujours là, à la surveiller, à épier ses moindres faits et gestes, ses moindres conversations.

 

Thèmes récurrents dans l’œuvre de Mildred Davis, l’atmosphère qui peu à peu se tend, le danger multiforme, la menace imprécise mais réelle, atteignent un paroxysme poignant dans Passé décomposé.

L’héroïne est confrontée à deux périls : l’un physique clairement exposé par l’inconnu, l’autre plus moral et mental. Elle est amnésique, certes, mais quel secret renferme sa mémoire et celle-ci est-elle à jamais évanouie ?

Mildred Davis, dans ce roman qui date de 1967 et n’est pas à proprement parler d’un roman policier, sait une fois de plus faire monter la tension autour de ses personnages.

L’angoisse qui étreint Jane, Mildred Davis sait nous la faire partager jusqu’au dénouement qui, comme dans la plupart de ses œuvres et plus particulièrement dans Trois minutes avant minuit, se déroule en un crescendo cauchemardesque.

 

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

Mildred DAVIS : Passé décomposé (Walk into Yesterday – 1966/1967. Traduction de Gérard de Chergé). Editions du Terrain Vague. Parution juin 1991. 208 pages.

ISBN : 2852081423

Réédition Rivages/Mystère. Parution le 1er septembre 1995. 206 pages.

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14 juin 2019 5 14 /06 /juin /2019 04:42

Que deviennent les héros de nos lectures juvéniles ?

Michel PAGEL : Le Club.

Comme nous ils vieillissent, et subissent les tracasseries inhérentes aux adultes. Finis les moments d'insouciance, finies les aventures et les découvertes, la joie de se retrouver lors des vacances.

Trente ou quarante ans après avoir vécu des épisodes palpitants, surtout pour les lecteurs, François revient à Kernach, deux jours avant Noël. Il pensait que sa cousine Claude serait à l'attendre à la gare, mais ayant eu un empêchement elle a délégué comme chauffeur Dominique. François ne va pas tarder à l'apprendre, Dominique est l'amie de cœur et de lit de Claude, qu'elle appelle Claudine. Les temps changent. Cécile la mère de Claude est toujours vivante, mais ne quitte pas son fauteuil roulant. L'âge est passé par là. Et la tête n'est plus ce qu'elle était.

Ils doivent tous se retrouver dans la villa des Mouettes, cette bâtisse où ils ont passé leurs vacances. Tous ? Non, Dagobert est mort, bien évidemment. Il a terminé sa vie de chien, le fidèle canin qui a participé à leurs aventures.

François est devenu commissaire de police, est resté célibataire, et peut-être même qu'il n'a jamais connu de femmes. Sous des dehors d'homme sûr de lui, il a gardé des appréhensions enfantines envers les personnes du sexe, de l'autre sexe. Pas pour autant qu'il s'est tourné vers les hommes. Ce serait plutôt un misanthrope.

Débarquent Pilou et sa jeune compagne Mélodie. Pilou, Pierre-Louis pour l'état-civil, qui est une pièce rapportée n'étant pas de la famille mais a partagé quelques-unes des aventures des quatre cousins. Pilou dont les conquêtes sont de plus en plus jeunes.

Annie et sa fille Marie arrivent elles aussi dans un véhicule déglingué en provenance du Cantal où elles vivent depuis une dizaine d'années. Le parcours d'Annie est chaotique. Marie est le fruit du troisième mari d'Annie, qu'elle n'a pratiquement pas connu. Comme les deux précédents, il a quitté Annie et depuis celle-ci vivote d'expédients, d'alcool et de cachets contre la déprime permanente qu'elle traîne comme un boulet. D'ailleurs Annie aussi elle traîne Marie comme un boulet et la gamine se ramasse les torgnoles comme grêlons lors d'un orage.

Seuls Mick et Jo arriveront un peu plus tard. Ils vivent au Canada, mais promis ils seront là pour Noël. Mick, le quatrième de la bande, le frère de François et d'Annie. Jo, la Gitane, une rapportée elle aussi et que François n'apprécie pas du tout. Son côté misogyne.

Faut dire que depuis le cataclysme, du moins cet événement considéré comme un immense et brutal bouleversement dans leur vie, les relations ne sont plus les mêmes entre les quatre anciens gamins devenus adultes. Chacun a fait sa vie, comme il a pu, pourtant restent les souvenirs.

Claude a parfois des absences, ou plutôt elle se sent projetée ailleurs, sur une plage du Dorset, se trouvant en présence d'un chien et d'enfants qui rappellent étrangement les gamins qu'ils furent il y a fort longtemps.

La neige commence à tomber et le lendemain les cousins et amis ne peuvent sortir de la villa. La neige bloque tout. Cécile, la mère, est retrouvée morte. Elle porte d'étranges traces qui laissent à penser qu'elle a été assassinée. Pourtant aucune trace de pas n'est visible dans cet épais manteau blanc.

Un véritable huis-clos étouffant, malgré la froideur de la température extérieure, englue les habitants de la demeure. D'autres morts ponctueront cette journée et Mick n'est toujours pas présent, accompagné qu'il devrait être de Jo.

 

Lorsque les personnages de papier prennent vie, cela donne une nouvelle dimension à leurs aventures passées, mais également un éclairage sur leur nouvelle vie.

Mélodie met les pieds dans le plat au cours du repas qui suit les retrouvailles :

Quand Pierre-Louis m'a dit qui vous étiez, je ne l'ai pas cru. C'était vraiment vous, les héros de ces bouquins ? Il vous est vraiment arrivé tout ça ?

Complétant ces questions innocentes, Mélodie affirme les avoir tous lus, dans les versions cartonnées et même les suites. A quoi Annie s'insurge, niant ces derniers ouvrages qui ne furent que pures fictions. Mais les membres du Club n'aiment pas parler du passé. Claude temporise. Mélodie se demande comment ces romans ont été écrits, si ce sont eux qui ont raconté leurs aventures ou bien si leurs parents s'en sont chargés. Elle ne songe pas à s'étonner que l'auteur est un nom anglo-saxon - mais peut-être croit-elle à un pseudonyme.

Et Michel Pagel pointe du doigt l'un des aspects qu'enfants nous n'avions pas forcément soulevé, pourquoi ces traductions, publiées dans le désordre, mettaient en scène des enfants au nom français évoluant dans une région française.

Il ne s'agit pas vraiment d'une histoire de mondes parallèles, ni d'une interconnexion de deux périodes qui se rejoignent, mais d'une fiction dans la fiction, d'une fantasmagorie juvénile qui prend corps sous nos yeux, avec ce que Claude et François appellent un cataclysme survenu lors de leur jeune adolescence. Et ce cataclysme va influer sur leur adolescence et leur passage à l'âge adulte.

Et Michel Pagel, au lieu de détruire un mythe, le perpétue, offrant ce que l'on pourrait une suite à une œuvre déjà conséquente et ouvrant de nouveaux horizons.

Un ouvrage prenant qui nous ramène quelques décennies en arrière tout en le plaçant dans notre époque. Une véritable réussite écrite avec brio et maîtrise, tout en conservant la part de mystère qui plane dans l'existence de ces adultes encore gamins, perturbés par ce bouleversement, cette révolution qui nous a tous marqué.

 

Michel PAGEL : Le Club. Collection Hélios. Les Moutons électriques éditeur. Parution le 6 juin 2019. 204 pages. 8,90€.

ISBN : 978-2361835620

Première édition : Collection Bibliothèque voltaïque. Les Moutons Electriques éditions. Parution 4 mars 2016. 160 pages. 15,00 €.

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13 juin 2019 4 13 /06 /juin /2019 04:45

Avec l’âge, les raideurs se déplacent…

Jérôme ZOLMA : Papy blues.

Il en est bien conscient Gaspard, pensionnaire depuis quelques semaines de la maison de retraite Foyer du Roussillon, nommée également Maison de l’Avenir, non loin de Collioure.

Plusieurs causes à cette décision que l’on ne prend souvent que poussé à l’extrême en attendant une place libre au cimetière local. D’abord il vit seul depuis longtemps, sa femme ayant déclaré forfait par maladie. Et puis l’arthrose, c’est pas rose, et un genou en capilotade, pour passer les vitesses, ce n’est pas l’idéal. Cela grince de partout, surtout le genou. Enfin, comme son ami Charly, depuis près de soixante-dix ans, connu sur les bancs de l’école secondaire voire tertiaire, avec lequel il a commis de sacrées parties de rigolade quand ils étaient jeunes, lui a fait un signe, il s’est résolu à le rejoindre.

Alors à quatre-vingt-six balais déplumés, Gaspard s’est résolu à rejoindre le mouroir. Au moins il peut parler du bon temps avec Charly dont les enfants sont dispersés, comme ceux de Gaspard. Et encore, ils n’ont pas à se plaindre, car dans le pavillon voisin, ce sont les perturbés de la comprenette qui y sont logés. Eux ça va côté neurones.

Il a fallu à Gaspard le temps de s’habituer à sa nouvelle résidence, heureusement Charly est là et la défection inopinée d’une résidente lui permet de s’assoir pour les repas à la même table que son copain. Car se faire de nouvelles connaissances n’est pas aisé. Gaspard fait ainsi la connaissance de sa nouvelle voisine de réfectoire. Hélène ! Elle est belle Hélène, et elle ne le prend pas pour une poire. Et comme elle est amie avec Charly, les présentations sont vite faites.

Ils se trouvent des affinités et passent de plus en plus de temps ensembles. Elle est plus jeune Hélène et le temps ne semble pas avoir de prise sur son physique, ni sur son caractère. Donc les deux nouveaux amoureux s’isolent souvent sur un banc, parlant de ci et de ça, de tout et de rien, s’attirant les regards jaloux des autres pensionnaires ou amusés des employés.

Et puis un matin, Gaspard est alerté par l’affairement des soignants et la présence de quelques flics et du capitaine de gendarmerie, Stanislas Wokcjak. A son grand émoi il apprend qu’Hélène a été assassinée durant la nuit, d’une balle de revolver. Ses bijoux et l’argent liquide qu’elle possédait ont été dérobés. L’intrus a grimpé jusqu’à sa chambre par l’extérieur. Son dernier amour est parti et Gaspard ressent plus qu’un vide. Un gouffre sentimental qu’il va essayer de combler en tentant, avec l’aide de Charly, de retrouver le coupable, et lui faire subir la vengeance du talion.

Les deux amis, malgré la présence du capitaine de gendarmerie et ses mises en garde, se mettent en chasse comme deux vieux épagneuls catalans. Au début ils pensent que le personnel, du moins un des membres, pourrait être le coupable, puis leur enquête va diverger tout en livrant au capitaine de gendarmerie des éléments d’informations qui leur semblent capitaux mais sans plus. D’autant que d’autres personnes dites du troisième âge, les seniors selon les bien-pensants, les vétérans à mon avis, sont trucidées de la même façon mais pas avec la même arme.

 

Dans un contexte policier, Jérôme Zolma s’attache à visiter une maison de retraite pour personnes encore à peu près valides physiquement et possédant toute leur tête, presque. Car quelques dérapages peuvent exister, et dans ce cas, c’est direction le pavillon voisin, où survivent les rescapés d’Alzheimer et de Parkinson réunis. Pas pour longtemps.

Alors la description de ce milieu, que nous sommes tous plus ou moins susceptibles d’intégrer, sauf si un membre de la famille daigne s’occuper de leurs ascendants décrépits, cette description n’est pas trop rébarbative. Car il faut savoir rendre hommage au personnel soignant, la plupart du temps notre ire devant se porter sur les responsables, les actionnaires et les contrôleurs de gestion, les responsables du personnel, qui font tout pour réduire au maximum les frais.

Ceci nonobstant, et en attendant de se déplacer à trois pattes, voire quatre quand les rhumatismes et l’arthrose nous démantibulent la carcasse et qu’il n’y a pas encore de Décryp’Oil efficace pour résorber la rouille des articulations, c’est ce côté émouvant qui suinte de ce roman lequel pourrait être un roman d’amour si les dégâts des os ne passait pas par là.

Si, en fin de compte et de conte, il s’agit bien d’un roman d’amour et d’amitié, que ce Papy Blues, ce rapprochement, plus ou moins charnel, qui enjolive les derniers jours, allez, ne soyons pas pessimistes, les dernières années, de ceux qui ne peuvent plus que regarder derrière eux, l’avenir étant bouché, mais espèrent quand même. Et c’est bien par amour que Gaspard va tenter de résoudre ce meurtre, avec ses faux pas et sa canne, ses tergiversations, ses fourvoiements, ses supputations plus ou moins farfelues surtout lorsqu’il s’agit de mener l’enquêteur accrédité par l’Etat dans des impasses.

Mais émergent de temps à autre quelques traits d’humour, noir je le concède, mais quand même, cela fait du bien et déride. Un sujet délicat traité avec pudeur.

 

Les humains sont généralement en vie jusqu’à leur décès.

Quand on envoie la force publique pour virer des ouvriers et qu’on se fait matraquer par des nazillons en uniforme bleu, ça n’aide pas à créer des amitiés.

Jérôme ZOLMA : Papy blues. Collection Noir austral. Editions TDO. Parution le 8 février 2019. 284 pages. 15,00€.

ISBN : 978-2366522693

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 04:57

Miroir, mon beau miroir…

Michael McDOWELL : Toplin

Le héros narrateur oscille entre la schizophrénie et la paranoïa dans un univers trouble. Mais, à moins qu’il ne perçoive le monde dans lequel il évolue comme à travers une glace déformante, les autres protagonistes de cette histoire eux aussi ne sont pas tout à fait nets et sains d’esprit. C’est comme un univers régi par Lewis Carroll revu et corrigé.

Il ne s’agit pas de raconter la quête et l’obsession d’un être perturbé dans un monde normal, mais bien de mettre en présence plusieurs individus qui chacun vivent leurs psychoses personnelles, comme si la normalité n’existait plus.

 

Parce qu’il lui manque une épice essentielle, ou qu’il juge comme telle, pour la confection de son dîner, le narrateur est amené à prendre son repas dans un restaurant dont la serveuse est d’une laideur telle qu’il la considère comme un anachronisme. Il se sent chargé, investi d’une mission : tuer cette malheureuse.

Lui qui aspire à la perfection en toute chose, qui est d’une maniaquerie maladive, considère cet être scrofuleux comme une tare, un abcès répugnant. Il s’érige, je cite, en : Parfait spécimen de l’humanité.

Son appartement est truffé de miroirs :

J’ai des miroirs partout, de toute une gamme de taille, de toutes sortes de formes, et d’un large éventail de cadres. Les miroirs, on l’ignore en général, ont différentes textures. Je suis conscient de cette propriété des miroirs, mais elle ne m’affecte guère. Quand je regarde dans mes nombreuses glaces, elles me montrent toujours des images de ma perfection avec d’infimes altérations. Il n’y a là rien de déconcertant.

Mais ce sont des images en noir et blanc ou plus ou moins grisâtres car à la suite d’un accident, de blessures occasionnées par des sternes, il a perdu la notion des couleurs.

 

Un livre envoûtant où le fantastique cède le pas à la terreur créée par les subconscient mégalomaniaque d’un être perturbé psychiquement.

Mais ce texte peut être également lu comme une parabole, riche d’enseignements pour le lecteur, nous qui nous croyons souvent meilleurs que notre prochain, et pensons détenir la vérité en toute chose.

Cette collection éphémère n’aura connu que trois titres, me semble-t-il, et était dirigée par François Truchaud, le découvreur en France de Graham Masterton.

Michael McDOWELL : Toplin (Toplin – 1985. Traduction de Patrick Marcel). Collection Hantises. Editions Gréco. Parution novembre 1989. 192 pages.

ISBN : 2-7396-0010-0

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11 juin 2019 2 11 /06 /juin /2019 04:34

Troublez-moi ce soir…

David COULON : Trouble passager.

Auteur de deux romans, dont L’invasion des crapauds des profondeurs qui a obtenu un succès d’estime, Rémi Hutchinson galère pour écrire son troisième ouvrage.

Il a quarante ans, une femme, un fils, et avait une fille, Mélissa. Avait, car la gamine a disparu cinq ans auparavant, à la sortie de l’école, montant à bord d’une voiture bleue au lieu de prendre le car scolaire, et depuis le restant de la famille gère le quotidien tout en gardant à l’esprit cette amputation familiale.

Ils vivaient à Caucriauville, sur les hauteurs du Havre et ils ont déménagé près d’Yvetot, non loin de Rouen. Rémi essaie d’avancer sur son nouveau roman tandis que sa femme Lucie enseigne dans un lycée de la Vallée du Cailly. Et comme il faut bien préserver les apparences, Rémi accepte d’accompagner Lucie à une invitation d’année scolaire. Ce n’est pas ce que préfère Rémi, les cocktails guindés, mais bon, pour une fois, il sacrifie à ce qui ressemble à une obligation.

Au cours de cette soirée, Rémi est abordé par une des étudiantes présentes parmi l’assemblée. Et comme elle déblatère sur les profs, sur l’un d’eux principalement réputé comme le Don juan de l’établissement, elle lui propose de s’exprimer par code, comme l’un des protagonistes rédigeait des messages dans le roman L’invasion des crapauds des profondeurs. D’ailleurs elle lui demande de dédicacer l’exemplaire qu’elle possède. Au grand étonnement de Rémi, ce livre est déjà dédicacé, A Marc, ami fidèle parmi les fidèles… Rémi est troublé et Sofia, j’avais oublié de dévoiler son prénom, Sofia lui explique qu’elle l’a trouvé dans une solderie.

Seulement, Lucie les aperçoit ensemble. Pas de crise de jalousie, car depuis cinq ans le couple n’a plus de rapports charnels. Toutefois, Lucie apprend à Rémi, Hutchy pour les intimes, que Sofia n’est pas inscrite comme étudiante à son lycée. Et rentré chez lui, enfin chez eux, il découvre dans la poche de son pantalon un papier sur lequel est inscrit ce petit message : Baltimore. Sof. Yv.

Baltimore, cela ne lui dit rien, sauf une ville des Etats-Unis. Mais en compulsant son ordinateur, il tombe sur un jeu vidéo en ligne auquel il se connecte et s’inscrit sous son pseudonyme de Hutchy. Sofia lui envoie un message signant SOF.YV. 17 ans, par la boîte de conversation du jeu. Puis une sorte d’elfe placé en incrustation, qui prétend savoir ce qu’il vient chercher sur ce jeu, lui donne rendez-vous le lendemain après-midi au lieu dit La Butte au diable. Signé Monica 15 ans.

Rémi alias Hutchy vient de mettre la main et tout le reste dans un engrenage infernal, car il est capturé par les deux jeunes filles, séquestré et enchaîné. Fini la liberté. Ce qu’il ne comprend pas, c’est l’accusation qu’elles portent à son encontre, l’accusant de pédophilie.

 

Roman angoissant, troublant, Trouble passager monte progressivement en pression. La lente dégringolade d’un père qui pleure sa fille disparue dans des conditions étranges, et qui est envahi par des souvenirs de vacances campagnardes, alors qu’il entrait dans l’adolescence, près du lac de Rabodanges dans l’Orne. Et la fuite au Canada de son père, parti chercher il ne sait quoi. Et dans ses rêves la vision d’un homme muni d’un masque bleu s’introduisant dans sa tente.

Aspiré dans une spirale diabolique, Hutchi ne sait pas comment se défendre d’une telle accusation, d’autant que d’autres surprises, pas toujours réjouissantes lui sont réservées. On se souvient de quelques autres romans de séquestration, dont Le Carcan de Bill Pronzini, Mygale de Thierry Jonquet, Séquestrée de Chevy Stevens, la liste est longue, mais le propos n’est pas tout à fait pareil, même s’il s’agit d’une histoire de vengeance. Et pas question de syndrome de Stockholm pour le protagoniste principal.

Le lecteur vibre avec cet homme, cherchant la faille, car bien évidemment il existe une faille dans ce roman, dans cette histoire démoniaque. Mais David Coulon joue avec les nerfs, et lorsqu’on arrive à l’épilogue, on se dit qu’il y a une dichotomie entre le début et la fin. Et en relisant le commencement du récit, on s’aperçoit que non, que l’auteur avait jalonné son intrigue avec un déroulement implacable, pervers, féroce.

 

David COULON : Trouble passager. Collection Angoisse. Editions French Pulp. Parution le 11 avril 2019. 288 pages. 19,00€.

ISBN : 979-1025104699

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 04:15

… Le Père et le Sain d’Esprit ?

Gaétan BRIXTEL : Le fils.

Mais son esprit à Vincent Deschamps n’est pas très sain. Souvent il prend la clé des champs, au grand désespoir de ses parents.

Son père, fatigué, mais qui dissimule son état derrière un sourire. Sa mère qui rit en crescendo, mais c’est un faux rire. Ils font comme si… Comme si tout allait bien.

Quant à Vincent, il est bipolaire. Ce qui ne veut pas dire qu’il voyage du Pôle Nord au Pôle Sud, mais que son mental est changeant, passant sans prévenir d’un état volubile à celui de mutique, de la logorrhée joyeuse au bégaiement accablé, de souriant à triste, de la souplesse de l’acrobate à la raideur de l’arthritique. Un peu comme si un jumeau négatif habitait sa tête et son corps. Et c’est trop souvent que le négatif prend le pas sur le positif.

Il vit chez lui, a bien une copine nommée Adélie, elle a les pieds sur terre Adélie, mais ça se bouscule dans sa tête. Tellement qu’il préfère revenir chez les parents, dans un havre de refuge. Il ne récupère pas sa chambre transformée en lingerie, mais celle de son frère aîné. Et il lui passe par la tête des envies de scarifications, envies qu’il ne réfrène pas. Alors il lui faut des bandages, des pansements, il extériorise ainsi ses pulsations négatives. Il se marque comme un animal promis à l’abattoir.

 

Passant du Je au Il, comme si son « héros » se dédoublait, comme si le personnage était un prolongement de lui-même, Gaétan Brixtel déroule son histoire misérabiliste qui l’emmène dans un centre de miséricorde.

Car Gaétan Brixtel est un peu le double de ses personnages, il feint de trouver un partenaire de jeu, un partenaire d’histoire à raconter, se regardant dans le miroir de la vie.

A chaque fois, on se demande s’il n’est pas le protagoniste malheureux qui veut s’émanciper d’un traumatisme et en même temps il apporte une force au récit qui serait écrit par un autre que lui.

Une nouvelle psychologique qui se mue en introspection et que l’on pourrait rapprocher, mais non comparer, à La Nausée de Sartre et à La Tête contre les murs d’Hervé Bazin.

Une nouvelle intimiste qui fouaille le dedans de nous et de notre intellect. Gaétan Brixtel doit continuer à écrire, à évacuer ses pensées, sa détresse, et, pourquoi pas, prolonger ce besoin par un roman. Mais ce n’est pas une obligation.

 

Gaétan BRIXTEL : Le fils. Collection Noire Sœur. Nouvelle numérique. Editions Ska. Parution 2 juin 2019. 30 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407754

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9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 04:38

Sans faire de taupinières...

Robert DARVEL : L'homme qui traversa la Terre. Roman d'amour et de vengeance.

Le zoo de Bréval, un zoo comme un autre puisqu'il possède comme pensionnaire un rhinocéros indien, est toutefois le théâtre de deux incidents, sans aucun rapport entre eux, c'est l'auteur qui nous l'affirme.

La santé de Dürer, le mammifère herbivore appartenant à la famille des Rhinocerotidae, ordre des Périssodactyles, inquiète la belle et jeune Emerance de Funcal, fille de monsieur Funcal, riche et redoutable homme d'affaires, et fiancée de Louis Zèdre-Rouge, un savant dont les neurones sont perpétuellement en ébullition et qui vient de mettre au point, ou presque, une invention qui devrait révolutionner le monde moderne.

Emerance s'inquiète donc de Dürer et elle demande à examiner l'animal dont la peau pèle. Elle entre dans la cage, veut flatter le rhinocéros, placide habituellement, mais qui n'apprécie pas le geste, peut-être trop appuyé et lourd sur le corps de l'unicornis, et elle se fait bousculer. Rien de grave. Mais cette main pesante et les frissons qui parcourent la belle Emerance sont probablement dus à un incident qui s'est produit la veille dans le laboratoire de Louis Zèdre-Rouge, en compagnie de Gilping, l'assistant du savant.

Remise de ses émotions, Emerance rentre chez son père, or, en cours de route, un étrange phénomène se produit. Elle marche sur le bitume mais ses pieds s'enfoncent comme s'il ne s'agissait que de vulgaire boue.

Elle a été exposée la veille, une maladresse de Gilping probablement, au rayon ZR, mais elle a confiance. Louis Zèdre-Rouge a sûrement, elle n'en doute point, mis au point le procédé inverse, le rayon RZ.

Seulement les conséquences sont plus graves qu'elle pouvait penser. Rentrée chez elle, elle est accueillie par son père en colère. Il vitupère contre Louis Zèdre-Rouge, passant sous silence que la faute n'en incombe point au savant mais à son assistant. Louis, prévenu, se rend chez de Funcal où il est reçu plus que fraîchement. Mais les deux amants peuvent se voir, dans la salle de bain, elle nue et lui habillé, et se réconfortent mutuellement.

Ils se rendent au laboratoire, ils c'est-à-dire Louis Zèdre-Rouge, Thomas Gilping et Emerance afin de procéder à de nouvelles expériences avec le rayon RZ qui doit, théoriquement contrebalancer les effets du rayon ZR. Les jours passent et Louis calcule toujours d'improbables spéculations afin de remédier au désagrément du funeste rayon. Funeste ? Et oui, Louis aperçoit Emerance s'enfoncer dans le sol bétonné, et bientôt il ne reste plus de la jeune fille qu'une vague trace bientôt effacée.

Louis Zèdre-Rouge est accusé d'avoir attenté à la vie d'Emerance et est emprisonné. Mais il se promet bien de sortir de geôle, car incarcéré pour un crime qu'il n'a pas commis, et spolié de ses inventions, il compte bien rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui sont à l'origine du drame. Selon les journaux, à scandale ou non, il se serait pendu dans sa cellule.

Dix ans plus tard, en Islande, à Snæfellsjökull exactement, où cas l'envie vous prendrait d'aller visiter les lieux, des ouvriers-racleurs altérés, en langage courant des altéracs (comme Joseph ?), travaillent en sous-sol afin d'extraire un minerai fort convoité pour la réalisation de procédés modernes n'étant plus astreints à fonctionner à la vapeur et au gaz. Ils explorent la lithosphère pour le compte de Funcal, dont l'empire ne cesse de grandir. Un empire en pire.

 

Si ce roman est placé sous les augustes parrainages de Jules Verne et de Paul Féval, il ne faut pas non plus oublier ces étonnants précurseurs du roman de merveilleux scientifique, à la trame et aux intrigues débridées que furent Paul d'Ivoi, Arnould Galopin, Jean de la Hire, Ernest Pérochon ou encore Maurice Renard et quelques autres dont l'imagination débordante produisait des feuilletons extraordinaires qui offraient des heures de lecture rafraîchissantes aux grands comme aux petits.

Mais Robert Darvel, tout en possédant ce don de romancier-hypnotiseur (dont on ne peut lâcher les romans avant le mot fin), va plus loin dans l'extrapolation tout en employant les recettes des grands anciens, mais sans la lourdeur de la narration, parfois, ou le style ampoulé, voire amphigourique et emphatique qui étaient de mise.

Robert Darvel possède et exploite habilement une élégance d'écriture au service du roman populaire, faisant la nique aux détracteurs de la littérature dite de genre ou populaire, qui justement avancent effrontément, et sans avoir lu les ouvrages, que ceux-ci sont mal écrits, bourrés de fautes et donc sans intérêt. Les pauvres qui se contentent de romans de la Blanche aux nombreuses coquilles qu'ils placent devant leurs yeux d'intégristes de la littérature les prenant pour une nouvelle forme d'orthographe.

En vérité, je vous le dis, Robert Darvel mérite de figurer dans votre bibliothèque en compagnie des plus grands noms de la littérature de l'imaginaire.

Robert DARVEL : L'homme qui traversa la Terre. Roman d'amour et de vengeance. Collection Hélios. Parution le 6 juin 2019. 240 pages. 8,90€.

ISBN : 978-2-36183-563-7

Collection La Bibliothèque Voltaïque. Les Moutons électriques éditeurs. Parution 6 octobre 2016. 224 pages. 15,90€. Existe en version numérique : 5,99€.

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8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 04:54

Un coup de pied occulte pour un roman qui n’est pas hermétique !

Jean-Pierre FAVARD : Alchimistes.

Quelle n’est pas la déception de ce pêcheur penché sur le pont du Beuvron à Clamecy, car ce n’est pas un barracuda qu’il ramène au bout de sa ligne, mais un cadavre. Evidemment il aura sa photo dans le journal local, mais un poisson de cette taille, cela aurait eu meilleure allure qu’un noyé.

Pas tout à fait un vrai noyé, car les bras sont attachés, donc ce n’est pas un accident ou un suicide, mais bien un meurtre.

Une qui n’est pas contente, c’est bien Emilie (On l’appelle Emilie jolie…) car elle est avec son ami William et celui-ci lui embrasse le cou à l’ombre des arbres du Parc Vauvert. Soudain deux autres garçons de terminale interpellent William, lui indiquant la pêche miraculeuse. Leurs effusions reprendrons plus tard, il n’y a rien de perdu.

Le noyé n’est autre que Kahn, le notaire, un ami du père d’Emilie. D’ailleurs, celui-ci, qui est relieur, est parti aux renseignements. D’après la veuve du notaire, son époux faisait partie d’une commission, mais il ne lui en avait pas dit plus.

Il était en relation avec Gontran Khan et le notaire lui communiquait parfois des documents, des manuscrits à restaurer. Kahn lui en avaient confiés se sentant en danger. Mais ces vieux parchemins sont pour l’heure une énigme que le père d’Emilie a du mal à déchiffrer. Il pense qu’il s’agit d’actes notariés possédant la particularité d’avoir un pictogramme dans un coin, un rameau d’amandier. Emilie est fort intéressée et se demande si c’est à cause de ces parchemins que le notaire est décédé. Son père lui recommande de n’en parler à quiconque.

Seulement, lors d’une petite fête organisée par un de ses condisciples étudiants, Emilie s’introduit dans une pièce, une bibliothèque contenant de nombreux ouvrages anciens. Le père de Romain est un amateur d’éditions originales, d’incunables et de vieux papiers. Quelque peu étourdie, Emilie lui avoue que son père a entre ses mains des manuscrits anciens. Patrick Grangin, ce collectionneur, lui narre l’historique de ces papiers qui pourraient provenir du Moyen-âge, de l’époque des Templiers. Horreur, malheur, que n’a-t-elle pas révélé là !

Ces papiers sont désirés par un grand nombre de personnes, et son père est agressé. En vain car les papiers étaient en possession d’Emilie. Puis c’est Emilie qui est la victime de cette convoitise. Débute alors une histoire que vont tenter de résoudre William, l’ami de cœur d’Emilie, et ses amis dont Romain, ainsi que Priscilla, la confidente un peu jalouse d’Emilie. Mais ces fameux parchemins ne sont pas les seuls objets recherchés, car un coffret, dit coffret d’Essarois, est également convoité.

Et de nombreux personnages, bien ou mal intentionnés, gravitent dans cette histoire qui mêle grande et petite Histoire.

Une histoire dont Clamecy et surtout certains de ses quartiers, dont le quartier Bethléem, ainsi nommé car l’évêque de Bethléem s’y était réfugié lorsqu’il avait été chassé de la Palestine, mais également les environs qui possèdent encore de nombreux vestiges médiévaux attachés aux Templiers, mais pas que.

 

Sous forme d’interludes, l’histoire des Templiers puis de ceux qui se substituèrent à cette confrérie de moines-soldats dont le grand-maître Jacques de Molay fut brûlé en place publique sous Philippe le Bel en 1314, s’insère dans le déroulement de l’intrigue. De nombreuses anecdotes historiques sont ainsi disséminées remontant le temps, jusqu’en 1848 où l’histoire des Templiers se clôt définitivement, apparemment car des résurgences, sous forme de clubs et de cercles, continuent à entretenir les phantasmes des chercheurs de trésor.

On se souvient notamment de l’abbé Saunière, à Rennes-le-Château, qui devient subitement riche au début des années 1900, et dont le secret est l’objet de nombreux ouvrages et documents, sérieux ou farfelus.

Mais d’autres greffes sont entées dans l’histoire des Templiers, dont la relation entre les Assassins et de leur maître à penser, le Vieux de la Montagne, relations teintées d’occultisme. Nous retrouvons également le personnage emblématique de Nicolas Flamel, peut-être l’alchimiste le plus célèbre, mais bien d’autres anecdotes et révélations sont décrites. Dont l’organisation Bilderberg, organisation dont les membres sont issus de la diplomatie, de la politique et des finances, qui manque de transparence, crée en 1954, qui a pignon sur rue mais œuvrant dans l’intérêt du capitalisme, ce qui explique par exemple la flambée du pétrole en 1974 et les conséquences qui en résultèrent par la suite.

Un roman qui est un foisonnement historique, fort documenté et envoûtant.

Roman ésotérique, occulte, hermétique, historique, qui pourrait faire penser à un succédané de Club des 5 ou autres ouvrages destinés aux préadolescents mais qui explore le temps et une région avec érudition mais sans pédantisme. Plus quelques traits d’humour afin de décompresser, légèrement, dans les moments critiques.

 

Jean-Pierre FAVARD : Alchimistes. Editions Séma. Parution le 27 mai 2019. 344 pages. 19,00€.

Version numérique 5,99€.

ISBN : 978-2-930880-83-9

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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