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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 03:15

Une bande dessinée animalière et humoristique comme on aimerait en lire plus souvent…

DARNAUDET & ELRIC : Witchazel contre ce dingue de Dongo.

Dongo est grand et dans le temple récemment construit, la Pie Lélectrique, sa porte-parole éclairant le monde, n’arrête pas de déclamer devant une foule subjuguée tout ce qu’il peut apporter à la population.

Dongo compte de très nombreux fidèles, tous acquis à sa cause malfaisante, et ses apôtres savent relayer ses messages. La Lagune brune porte bien son nom. Même le commissaire Lafontaine est aspiré par la lumière de Dongo.

Pendant ce temps, Hamamélis, la joyeuse et belle petite mulote, est obligée pour se faire reconnaître comme magicienne de se grimer en vieille sorcière et en changeant d’identité. Elle devient alors Witchazel et peut exercer ses talents en toute sérénité.

Seulement sa mère lui remonte les bretelles car sa sœur Arnica et le Père Duchène ont disparu. En réalité ils ont été enlevés. C’est ce qu’un gamin, un petit nommé Chose, leur apprend en leur montrant un boulophone dont il s’est servi pour appeler, en vain, les secours. Ce boulophone, il pensait que c’était Witchazel qui le lui avait vendu.

Méprise il y a eu, il s’agissait d’Arnica qui avait endossé l’identité et les habits de Witchazel. Et les ravisseurs pensant s’emparer de la petite sorcière n’ont entre les mains que son inoffensive, quoi que, sœur.

Et c’est ainsi que Witchazel est à nouveau sur le pied de guerre à la recherche d’Arnica et du père Duchène, affrontant de multiples dangers préjudiciables à sa santé, voire sa vie. Heureusement, le chat Pristi, gondolier de son état et amoureux non déclaré, est toujours là pour se dévouer et l’aider de son mieux. Sans oublier Misskat, le petit Chose, le commissaire Lafontaine et quelques autres, qui se mobilisent, car les affidés hypnotisés par les belles paroles de Dongo ne ménagent pas leur peine pour contrecarrer leurs initiatives.

Et lorsque Pristi et Witchazel sont faits prisonniers et emmenés au pont des Sous-pitres, la partie est bien mal engagée. C’est magie contre magie.

 

Dans cette bande dessinée animalière, les auteurs s’amusent à amuser leurs lecteurs. Bons mots, calembours, gags s’enchaînent pour mieux masquer le fond. En effet, de nombreuses références sont implicitement placées pour nous ramener à l’actualité qui régit notre quotidien.

Ainsi, chez Florian, célèbre café qui figure dans ce décor emprunté à Venise, on ne sert plus que du lait de soja. La mode Végan est passée par là. Mais l’intolérance n’est pas seulement alimentaire, et l’on sait tous qu’une poignée d’individus veulent nous obliger à changer de mode de vie sous des prétextes indéfinis qui vont à l’encontre de notre santé. Mais restons dans la bonne humeur et n’entamons pas de polémiques.

Toutefois, on ne peut s’empêcher non plus de songer à tous ces nouveaux tribuns, sans oublier les anciens, ces hommes politiques qui haranguent ou émettent des déclarations à l’emporte-pièce, arrogantes, méprisantes, ironiques, sachant flatter les égos populistes, se montrant démagogiques sans pour autant mettre en action ce qu’ils prônent ou promettent.

Et le fait que cette histoire se passe dans la Lagune brune n’est pas anodin, la couleur n’étant choisie au hasard.

 

DARNAUDET & ELRIC : Witchazel contre ce dingue de Dongo. Volume N°4. Editions Kramiek. Parution le 9 mai 2019. 48 pages. 10,00€.

ISBN : 978-2889330775

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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 04:43

En ces temps de canicule, un peu de fraîcheur

normande, ça vous tente ?

Didier CORNAILLE : Promenades et Randonnées dans le Cotentin & Promenades et Randonnées dans le Pays d'Auge.
Didier CORNAILLE : Promenades et Randonnées dans le Cotentin & Promenades et Randonnées dans le Pays d'Auge.

La Nature, telle une femme un peu coquette et consciente de ses charmes, ne se laisse découvrir qu'avec patience, lenteur, et amour.

Celui qui désire détecter, débusquer ses attraits doit la contempler avec l'œil d'un amoureux. Pour en apprécier les courbes et les déliés, il doit parcourir ses vallonnements, effleurer ses crêtes, épouser ses renflements, glisser dans ses creux, avec des caresses tendres, ne pas la polluer par d'intempestives émanations d'hydrocarbure. Il doit communier.

Didier Cornaille vous invite, à l'aide de petits guides faciles à transporter, d'aller à la rencontre de la nature, au pays du pommier dans le Pays d'Auge, ou dans cette excroissance semblable au nez de Cyrano qui s'appelle le Cotentin.

A pied, à cheval ou en VTT, il propose des parcours simples, détaillés, commentés. Il en indique la difficulté, les petits coins sympathiques, la situation géographique, comment y accéder, quels sont ses intérêts historiques, ses curiosités, la possibilité éventuelle d'un hébergement, de quelle façon jouer les nouveaux explorateurs.

Une foultitude de renseignements divers et précieux, complétés par un index des noms de lieux, qui feront le bonheur du randonneur amateur ou chevronné.

C'est également le plaisir de rencontrer des personnages intéressants qui œuvrent pour la protection du patrimoine.

Et lorsque vous aurez épuisé tous les itinéraires présentés par Didier Cornaille, pourquoi ne pas vous offrir d'autres évasions, en établissant vos propres circuits !

Didier CORNAILLE : Promenades et Randonnées dans le Cotentin. Guide du randonneur N°19. Editions SOLAR. Parution 1er avril 1996. 120 pages. ISBN : 978-2263023767

Promenades et Randonnées dans le Pays d'Auge. Guide du randonneur N°22. Editions SOLAR. Parution 1er avril 1996. 120 pages. ISBN : 978-2263023774

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 04:22

Plus dangereux que la chasse aux papillons !

Alfred ASSOLLANT : La chasse aux lions.

Avoir un bon copain, chanson connue, cela peut aider dans la vie, mais Pitou et Dumanet, le narrateur, l’apprendront rapidement durant leur séjour en Algérie. Ils ne sont pas en vacances mais en villégiature forcée aux frais de l’état. Ce sont des militaires qui sont en poste du côté d’Alger, dans les années 1840 ou 1850, et on pourrait les considérer comme des comiques troupiers avant l’heure.

Pitou est natif des environs d’Issoire et Dumanet de Dardenac près de Libourne, et ils s’entendent comme larrons en foire, même si parfois quelques divergences de point de vue s’élèvent entre eux. Mais jamais bien de rien méchant. Ils sont jeunes, la vingtaine environ, n’ayant quasiment jamais vécus loin de leur village natal, et se montrent quelque peu naïfs, même si Pitou reconnait que son ami Dumanet possède une longueur d’avance sur lui question jugeote. Et souvent ils se retrouvent chez la mère Mouilletrou afin de déguster un rafraîchissement bien mérité.

Alors que les deux amis discutent, notamment des lions sensés garder les portes du désert, ce qui amène Pitou à répéter un calembour du capitaine Chambard : ce ne sont pas des lions mais des cloportes… On s’esclaffe et on passe à autre chose, car soudain des cris épouvantables retentissent : Le lion, le lion… cris proférés par trois cents Arabes. Environ.

Malgré les réticences de Pitou, Dumanet décide d’aller voir comment c’est fait un lion. Ils s’avancent donc entre vallées et montagnes et au bout de quelques centaines de mètres, ou plusieurs kilomètres, ils entendent du bruit provenant d’un arbre. Un Arabe tombe du chêne et se plaint du lion qui a mangé sa femme et ses deux vaches. Mais il regrette surtout la perte de son âne.

Il suivait le lion qui tenait Fatma, sa femme, entre ses dents, et c’est une grande perte. Mais moins que celle de son bourricot. Car Fatma et le bourricot portaient dans des paniers du bois, lui se contentant de les suivre. Ali le bourricot a réussi à s’enfuir et Ibrahim en est fort marri.

 

Et voilà, la chasse au lion commence, ou plutôt aux lions, car bientôt la femelle et ses deux petits arrivent à la rescousse. Et une femelle en colère, cela peut se terminer en eau de boudin. Les deux amis ont toutefois des ressources, et on ne sait jamais, ils peuvent compter sur le capitaine Chambard et ses troupes pour les aider dans leur entreprise, même s’ils préféreraient démontrer qu’à eux deux ils peuvent se montrer les maîtres du désert et de ses habitants léonins.

 

Une courte et amusante histoire dans laquelle les deux amis échangent beaucoup. Des souvenirs, nombreux, narrés avec humour, et parfois naïveté surtout de la part de Pitou.

De nos jours, si un auteur rédigeait un tel épisode exotique, nul doute qu’il éviterait d’employer des mots comme moricaud, alors qu’à l’époque cela était langage courant et ne prêtait à aucune sorte de racisme. C’était l’époque de la colonisation française, mais cela est narré de façon bon enfant, joyeusement, sans arrière-pensée. Juste un moment de détente, et l’on n’aura de cesse de rapprocher cette histoire celle de Tartarin de Tarascon, même s’il n’y a aucun point commun, ou plutôt si les points communs se réduisant à une chasse au lion et au décor algérien.

 

Je rappelle que ce court roman est téléchargeable gratuitement, en toute légalité, sur le site de la Bibliothèque électronique du Québec dont le lien proposé ci-dessous :

D’Alfred Assollant on pourra lire également

Alfred ASSOLLANT : La chasse aux lions. Roman posthume édité chez le libraire-éditeur Charles Delagrave en 1892. 107 pages. Réédition La Bibliothèque électronique du Québec. Collection A tous les vents. Version numérique : 77 pages.

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 04:52

Bâtard est souvent meilleur fils

que l'enfant légitime.

Euripide.

Hubert de MAXIMY : Le bâtard du Bois noir.

Bénéficiant d’une permission de cinq jours, le jeune lieutenant Marius Malaguet revient au pays quatre ans après son départ pour le front.

Le pays, c’est Pontempeyrat, près de Craponne-sur-Arzon en Haute-Loire, où Marius a vécu durant dix-neuf ans, avant de tout quitter pour s’engager pour la guerre qui venait de débuter. Dans le train qui le ramène pour quelques jours, il revoit son enfance défiler dans son esprit comme le paysage derrière la vitre. Des bouffées de souvenirs qui se mélangent quelque peu, mêlant passé lointain issu de sa jeunesse et les années qui viennent de se dérouler sur le front, et peut-être une anticipation de ce qui l’attend revenu au village.

Comment un jour, alors qu’il n’avait que cinq ans, il s’était enfui de la ferme où sa mère était employée comme servante et où ils vivaient en compagnie de l’agriculteur qui les logeait et les nourrissait, pour une taloche de trop. Comment il avait fait la connaissance du Gallu, dit aussi le Vieux. Un colosse, un homme des bois, au passé énigmatique.

Puis plus tard lorsqu’à l’école, il n’avait pas de camarades, et fut affublé du surnom de Bastardou. Ce qui ne l’avait pas empêché de poursuivre ses études pour travailler par la suite aux Eaux et Forêts. Jusqu’à ce jour où par des insinuations, alors que sa mère n’avait jamais rien dévoilé de sa conception, il avait cru comprendre que son père n’était autre que le paysan chez qui ils vivaient.

Et alors qu’avec Jeanne, la jolie fille du fermier, dont la mère était décédée à sa naissance, il pensait pouvoir se marier, les projets tombent à l’eau. Il a toujours connu Jeanne et leur affection s’était peu à peu muée en amour. Mais le secret de sa naissance l’oblige à rompre un contrat moral, et il s’engage dans l’armée.

Quelques années plus tard, alors qu’il est sous-lieutenant, il a une algarade avec des gendarmes. Ceux-ci ne vont pas au front et se montrent arrogants. Comme d’habitude. Alors, il est nommé lieutenant, une fausse promotion qui cache une sanction. Il se retrouve à la tête d’un régiment de bagnards, des têtes brûlées. Une sanction disciplinaire.

Mais il parvient à s’attirer leur sympathie et une espèce de dévouement que n’auraient sûrement pas obtenu d’autres officiers. Surtout avec l’adjudant Johannes Alayel, un presque pays avec lequel il s’entretient de temps à autre en patois. Et le passé des forçats, peu lui chaut. Il n’exige que discipline, afin de préserver la vie des hommes qui sont sous son commandement.

Mais en ce mois d’août 1918, les choses ont bien changé. Jeanne s’est mariée avec celui qui fut son tourmenteur à l’école. Et Marius repart avec des bleus à l’âme pour le front, se demandant quand et comment cette guerre finira. Si elle finira un jour. Et dans les tranchées, les bellicistes jouent à saute-mouton, reprenant le terrain perdu la veille.

 

En ce temps là, être fille-mère n’était pas bien vu par les bonnes âmes pensantes, et le nom du géniteur était bien gardé, ce qui entraînait souvent des suspicions, des rumeurs, des doutes, des suppositions souvent erronées. Et cela jetait l’opprobre aussi bien sur la mère fautive que sur l’enfant.

Et si les deux avaient la chance d’être recueillis, souvent ce n’était pas dans un but désintéressé. Le jeune Marius en subit les conséquences et il est obligé de travailler à la ferme comme un forçat, tout en suivant des études qui devraient lui permettre de s’extirper de sa condition d’adolescent au père inconnu. Mais tout au long de sa jeunesse puis plus tard, il trouvera en la personne de Gallu une aide et un réconfort appréciables. Des conseils avisés également, et le Vieux lui transmettra l’amour de la nature. Jusqu’au jour où il suppose que son géniteur ne pourrait être qu’autre que le fermier.

Brisé son rêve de devenir fonctionnaire et surtout d’unir sa vie avec Jeanne qui devient de fait sa sœur, ou demi-sœur. Mais les liens du sang ne pourraient aboutir qu’à un inceste. Alors c’est le départ pour le front. Il sait, ou il croit, qu’il n’a plus rien à perdre.

Ce roman aborde également les horreurs de la guerre, et un épisode moins connu, celui de l’enrôlement forcé des forçats de Cayenne afin d’être en pointe sur les tranchées de Craonne ou autres.

Une ambiance double dans ce roman qui aborde la vie à la campagne dans une atmosphère plus ou moins pastorale, bucolique, et les affres de la guerre qui n’épargne personne mais permet de se forger de solides amitiés. Et dévoiler par la même occasion des secrets de famille.

Un roman puissant ancré dans le passé plus ou moins proche traité avec pudeur et qui recèle de nombreuses surprises, surtout vers la fin.

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée.

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée.

Hubert de MAXIMY : Le bâtard du Bois noir. Editions de l’Archipel. Parution le 4 juin 2008. 264 pages.

ISBN : 978-2809800586

Réédition collection Terre de Poche. Editions de Borée. Parution le 11 juin 2010. 7,60€.

ISBN : 978-2812900419

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24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 04:39

Et quand tattoo, t’en veux encore plus ?

Julien HEYLBROECK : Tattoo blues.

Au lendemain d’une cuite, ce qui lui arrive très souvent, Atticus Thurston se réveille avec des images dans la tête mais surtout, un nouveau tatouage sur l’épaule. Il ne se souvient de rien, sauf d’être parti se désaltérer, abondamment, en compagnie de deux amis, Russel et Eusébio, deux vétérans comme lui de la guerre du Viêt-Nam.

Sauf que lui est revenu avec une prothèse à la jambe, et parfois elle lui joue des tours, elle se grippe et il a du mal à avancer. Mais pour le moment, ce qui l’inquiète c’est de savoir où il s’est choppé ce tatouage et ce qu’il signifie. Il en parle à son camarade Polang Khantol, qui ne veut pas qu’on lui dise Pol tout simplement car il réfute un lien quelconque avec ce Pôt qui n’en est pas un. Khantol est d’origine cambodgienne, khmère plus exactement, et il déchiffre aisément ce qui est inscrit dans ce graffiti corporel. Aidez-moi !

Alors il entreprend de retrouver le lieu où il s’est fait tatouer cette décalcomanie, et demande à ses deux amis, des vétérans comme de lui de l’aider dans son entreprise. Russel le premier se souvient du quartier dans lequel ils se sont fourvoyés. Il repère l’officine de tatouage, mais il est seul et se fait mortellement agresser par deux gros bras. N’ayant pas de nouvelles de son ami, et pour cause, Thurston reprend ses recherches en compagnie d’Eusébio, et au détour d’une petite rue se retrouve devant la boutique tenue par une Cambodgienne. Mais Thurston est surveillé et dans la nuit le restaurant de Khantol, et la chambre où gîte Thurston sont incendiés. Le Khmer vient de perdre le bénéfice d’années de travail, et de réinsertion, et tous les trois, en compagnie d’Eusebio, vont se lancer à la recherche de la Cambodgienne et du ou des pyromanes.

Les deux sbires qui étaient en planque dans la boutique deviennent la cible privilégiée de Thurston, et les armes à feu n’hésitent pas à donner de la voix. Chandarith, la tatoueuse, leur narre comment elle est arrivée en Californie, grâce à Belmont, le producteur d’une série télévisée qui monopolise les écrans depuis des années. Mais Belmont ne s’est pas montré à son avantage et elle a été recasée comme dessinatrice sur épiderme. Car Belmont avait en tête de récupérer les diamants que Chandarith et son père avaient sauvés de la débâcle cambodgienne. Et depuis ce trésor repose tranquillement dans le coffre d’une banque.

Il ne reste plus à Thurston et ses amis à retrouver ce Belmont, sa demeure sur les hauteurs de la ville, et à s’emparer des diamants tout en protégeant Chandarith. Et à venger leur copain dont ils ont appris la fin tragique. Et pour mettre la main sur le trésor, ils n’ont qu’une solution, reconstituer une sorte de puzzle, car Belmont est un défaillant de la mémoire et il ne prend jamais de notes. Donc afin de se souvenir de certains faits, il possède un truc que vont tenter de décrypter Thurston et consorts.

L’épilogue est digne d’une séquence cinématographique mais n’anticipons pas car pour y arriver Thurston et Khantol, aidés de Chandarith qui ne veut pas rester inactive, connaîtront des épisodes mouvementés. Très mouvementés, face à des tueurs à gages expérimentés. Ce qui n’est pas toujours évident quand on est, comme Thurston, handicapé d’une jambe.

 

A l’entame de ma lecture, j’ai pensé, encore une histoire de vétéran handicapé, drogué et alcoolique. Trop, c’est trop. Et au bout de quelques pages, j’ai posé le bouquin. Mais, intrigué quand même, quelques jours plus tard, je l’ai rouvert, et j’ai bien fait, car la magie Heylbroeck a de nouveau fonctionné.

Il y a un petit quelque chose de différent. D’abord, cette amitié entre vétérans du Viêt-Nam qui, pour eux, signifie quelque chose même s’il existe des différents parfois. Ensuite, les addictions auxquelles Thurston était dépendant s’estompent peu à peu, à force de volonté car il a une mission à accomplir. Aider Chandarith et venger Kanthol à cause des déboires que celui-ci connait avec l’incendie de son restaurant.

Et me voilà entraîné dans une histoire qui, placée dans un décor américain, le Los Angeles de l’année 1978, est décrite par une plume française, et donc ne glose pas sur cette guerre qui a connu bien des atrocités. Julien Heylbroeck s’attache plus à nous montrer des personnages attachants, ou à dépeindre des protagonistes auxquels nous ne sommes guère habitués. Le premier étant Belmont avec ses problèmes de mémoire et son moyen mnémotechnique. Et le côté ludique aussi, cette chasse au trésor, en forme de rallye.

Juste un petit truc qui me chiffonne. Nous sommes en 1978 et Kanthol a l’air de s’être intégré parfaitement, parlant couramment l’Américain, contrairement à Chandarith qui ne comprend que quelques mots. Il est vrai qu’elle n’est là que depuis quelques mois. Mais, on apprend au détour d’une page que Kanthol a fui l’Angkar en 1977. Une adaptation un peu rapide, non ?

Une histoire qui monte progressivement en puissance avec un véritable feu d’artifice en épilogue.

Un roman abouti et peut-être retrouverons-nous Thurston dans de nouvelles aventures, on peut rêver.

Julien HEYLBROECK : Tattoo blues. Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 16 mai 2019. 258 pages. 17,00€.

ISBN : 978-2375791219

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 04:07

Hommage à Boris Vian, décédé le 23 juin 1959.

VERNON SULLIVAN : Elles se rendent pas compte.

Convié à une soirée organisée pour les dix-sept ans de Gaya, Francis Deacon a décidé de se déguiser en femme. Et il se rend compte que tous les invités ont adopté la même idée, mais inversement.

Il a eu du mal à se transformer, empruntant de véritables faux seins, demandant à un Chinois de procéder à une séance d’épilation à la cire, se parant d’une perruque. Il est plus vrai que nature et de nombreuses femmes, dont Flo qui s’est déguisée en page, se laissent prendre à sa nouvelle identité. Même Gaya ne le reconnait pas. Francis, qui pour l’occasion se prénomme Frances, prénom dont la sonorité est approchante, en profite pour démontrer que même déguisé en femme il reste un homme, ce qui amène Flo, qui au départ pensait lutiner avec une femme, se laisse emporter par ses attributs masculins. Mais ce n’est qu’un divertissement.

Il surprend Gaya montant dans sa chambre en compagnie d’une homme qu’il ne connait pas. L’homme redescend, et Francis trouve Gaya quelques minutes plus tard dans sa salle de bain dans un état lamentable. Elle s’est droguée, quelques marques rouges de piqûres sur son bras l’attestant.

Une semaine plus tard, il reçoit une invitation de Gaya lui annonçant son prochain mariage avec un dénommé Richard Walcott, qui n’est autre que l’approvisionneur de drogue et homosexuel non déclaré. D’ailleurs Francis est convié à un repas auquel assistent outre Gaya, Walcott, un autre personnage dont le maquillage facial ne laisse guère de doute. Francis subtilise une liasse conséquente de billets, dix mille dollars ce qui peut lui fournir de l’argent de poche pour des années, dans le sac de Gaya.

Les échanges sont vifs et Francis, désirant protéger Gaya va se mettre en chasse contre les fournisseurs de drogue, Ritchie, son jeune frère qui poursuit des études de médecine, lui prêtant main forte volontiers. Seulement Francis ne sait pas où il vient de mettre les pieds. Dans une fourmilière gérée par la propre sœur de Walcott. Et le Chinois qui avait été mandé chez Francis pour épiler Ritchie, se retrouve avec un couteau planté dans le ventre, ce qui est pour le moins gênant pour enduire de cire les jambes du frérot qui est soulagé de ne pas être obligé de se voir supprimer les poils par une méthode qu’il juge barbare.

Francis ne désarme pas car il se demande pourquoi Gaya accepte un mariage contre nature, comment elle en est arrivée à se droguer, et pourquoi autant de lesbiennes et d’homosexuels gravitent autour d’elle.

 

Washington sert de décor à cette histoire plantée au début des années cinquante, et Vernon Sullivan, alias Boris Vian, avec humour, pastiche les romans noirs américains de l’époque.

De l’action, encore de l’action, toujours de l’action, et le pauvre Francis voit pousser sur son crâne les bosses plus rapidement que les agarics champêtres après une ondée estivale bienfaisante. Mais s’il encaisse, tout comme son frère d’ailleurs, il n’est pas égoïste et il rend les coups sans en calculer le nombre. Les morts résultant de coups de feu ou d’armes blanches ne sont pas comptabilisés, et c’est tant mieux, il faudrait une calculette. Sans oublier les courses poursuites effrénées en automobiles ou canots à moteur sur les rives du Potomac.

Mais qui dit action dit aussi scènes de libertinage, mais afin d’échapper à la censure, lorsque les ébats deviennent un peu trop chauds, un peu trop explicites, Vernon Sullivan remplace les descriptions par des points de suspension. D’ailleurs il explique dans une note en bas de page :

Les points représentent des actions particulièrement agréables mais pour lesquelles il est interdit de faire de la propagande, parce qu’on a le droit  d’exciter les gens à se tuer, en Indochine ou ailleurs, mais pas de les encourager à faire l’amour.

Les digressions en forme de point de vue énoncées envers les homosexuels et les lesbiennes, ne seraient pas forcément de nos jours au goût de bon nombre de personnes bien-pensantes mais parfois hypocrites, notamment en ce qui concerne les divers qualificatifs employés. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un pastiche et que les scènes de sexe ne sont décrites qu’elliptiquement ou allusivement, même celle de triolisme. Nonobstant, de lire ce genre de propos laisse un petit goût amer que ne devaient pas ressentir les lecteurs des années cinquante. Des propos misogynes qui ne sont plus de mise de nos jours. Ainsi Ritchie s’exprime ainsi à son frère, qui n’est pas en reste de mauvais esprit :

Parce que souvent les gousses, c’est des filles qui ont tourné de ce côté-là parce qu’elles étaient mal aimées. Elles sont tombées sur des types brutaux, des qui les ont blessées ou brusquées. Si on leur fait ça bien gentiment… Elles doivent y reprendre goût.

Il en a des ressources, mon petit frère. Ça m’a l’air de bien s’organiser drôlement ce boulot.

Et puis, m’envoyer une lesbienne, ça m’a toujours dit quelque chose.

Au fond, ce qu’on est en train de faire, c’est un genre d’entreprise de redressement des dévoyées.

Je suis sûr mesdames que vous apprécierez cette analyse machiste !

 

VERNON SULLIVAN : Elles se rendent pas compte. Traduction de Boris Vian. Editions Eric Losfeld/ Le Terrain vague. Parution le 20 février 1965

Première édition : Le Scorpion. Juin 1950. Nombreuses rééditions.

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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 04:54

Cruciverbistes, vous êtes prévenus !

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans.

Chargé de mission dans le Nord canadien par la société française de Géographie, Marc Morènes, Français d’à peine trente ans, docteur es-lettres à la Faculté de Paris, sort de cette sorte de léthargie provoquée par un somnifère. Il reprend péniblement ses esprits et se rend compte que son guide, un Indien d’Amérique du Nord, l’a laissé seul dans la neige, lui laissant uniquement son sac de couchage et les précieuses notes recueillies au cours de son périple.

La neige alentour ne lui offre aucun repère et il se fie à la position du soleil pour regagner un lieu civilisé d’où il pourra rejoindre Québec. Il se rend bientôt compte qu’il tourne en rond. Alors qu’il arrive près d’un bosquet qu’il a déjà côtoyé auparavant, il entend des détonations. Il se précipite et parvient à mettre en fuite une demi-douzaine d’Indiens qui agressent Pierre, un homme blanc. Une jeune fille gît dans la neige. Elle est juste évanouie et lorsqu’elle reprend ses esprits, Sabine explique à Marc ce qui vient d’arriver. Un guet-apens minutieusement préparé mais heureusement Marc est arrivé au bon moment.

Sabine lui propose de les accompagner chez ses parents adoptifs, l’oncle Alphonse et la tante Sophie, car elle est orpheline. Presque. Alors que sa mère s’est noyée, son père a échappé à un naufrage en regagnant la France, son pays d’origine, et depuis il vit à Paris. D’ailleurs Sabine doit aller le rejoindre. Seulement, et bizarrement, sur sa dernière lettre, une inscription au crayon lui enjoint de ne pas effectuer le voyage. Quant aux Indiens qui l’ont agressée, ils étaient dirigés par un Blanc, un ouvrier des Beaumont, oncle et tante de Sabine. Muni de son revolver, Marc ne rate pas sa cible et l’homme est abattu. Il s’agit de Nicolas, l’un des employés à la ferme des Beaumont.

Nicolas recevait depuis quelques temps des lettres, dont il a dû se débarrasser car elles ont disparu, mais dans ses affaires figure Arcana, une revue datant d’un mois proposant des énigmes et éditée en France.

Bientôt majeure, Sabine espère se rendre en France afin de connaître de visu ce père qu’elle n’a pas vu, sauf en photos, depuis l’âge de ses trois ans. Mais Marc doit partir et Sabine en est malheureuse. Seulement elle reçoit une lettre de son père l’invitant en France et il en profite pour lui annoncer qu’il s’est remarié avec une jeune femme prénommée Suzanne. Mais bizarrement, sur la dernière page de la missive, figure une phrase étrange griffonnée au crayon : Sabine, ma petite Sabine, ne viens pas ! Il n’en faut pas plus pour inciter justement Sabine à effectuer ce voyage.

Elle embarque donc à bord du Montcalm et fait la connaissance d’un homme qui l’entraîne vers la rambarde et tente de la faire passer par-dessus bord. Heureusement un passager lui sauve la vie. L’homme se noie et le sauveteur n’est autre que Marc. Le détective du bord, Achille Croissy, dont c’est la dernière traversée, fouille la cabine de l’individu en compagnie de Marc et à nouveau celui-ci découvre dans les affaires de l’agresseur un magazine intitulé Arcana. Le même numéro que celui que possédait Nicolas.

Les deux jeunes gens arrivent sans encombre à Cherbourg et prennent le train devant les mener à Paris. En cours de voyage, Marc descend à Lisieux pour affaires familiales, mais il promet de retrouver Sabine à Paris. Pauvre Sabine qui se fait agresser à nouveau et est sauvée par Croissy et Bouteloup, un inspecteur de police qui se trouve dans la rame. Celui-ci est un ancien collègue de Croissy lorsque le détective travaillait à la Sûreté parisienne. Mais l’agresseur, qui prétend se nommer Blaise, parvient à fausser compagnie aux deux hommes lors de l’arrêt.

En gare de Saint-Lazare, personne n’est là pour réceptionner Sabine. Le temps que Sabine fasse sa déposition au commissariat de la gare, madame Surgères arrive enfin. Suzanne, tel est le prénom de cette femme qui se montre sympathique, mais d’une sympathie de surface, décide alors d’emmener Sabine au bureau où travaille, même de nuit, son mari, dans l’import-export. Seulement lorsqu’elles arrivent, c’est pour découvrir Surgères dans un triste état. Il a été poignardé dans le dos. Et dans sa main il tient un papier que Sabine reconnait immédiatement. Arcana ! Au même moment Croissy arrive dans l’immeuble, s’étant donné pour mission de protéger Sabine. Hélas, malgré tout, Sabine est enlevée.

 

Un roman enlevé justement, qui accumule les péripéties en tout genre, et qui ne se cantonne pas dans un seul domaine.

Roman d’aventures au Canada, roman maritime, roman ferroviaire, traque des ravisseurs de Sabine, roman jeu avec ce fameux périodique Arcana, roman médical également car Surgères n’est pas mort mais son état nécessite une intervention chirurgicale risquée pouvant s’avérer mortelle, et roman d’amour aussi car Marc prévenu, va se joindre à Croissy et Bouteloup pour dénouer cette affaire qui les entraîne jusque près de Gif-sur-Yvette, dans ce qui était à l’époque la Seine-et-Oise, où l’aide d’un vieux musicien sera prépondérante.

Donc plus qu’un roman policier, La grille qui tue joue sur plusieurs tableaux et le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer dans cette histoire qui doit parfois au hasard et aux coïncidences, mais offre de nombreux rebondissements en tous genres. Et l’action prévaut au détriment de l’aspect psychologique des personnages, mais c’est bien ce qui lui donne sa force, son intérêt, sa puissance, le lecteur s’emparant de cette histoire qui offre un bon moment de détente.

 

Ce roman a paru sous le titre Arcana en 1934 dans la collection Loisirs Aventures N°2 aux Editions des Loisirs.

Il fait actuellement l’objet d’une réédition aux Editions Les Moutons électriques en compagnie de cinq autres romans : L'Autobus évanoui, Le Disparu de l'ascenseur, La Cabine tragique, La Maison des morts étranges, La Grille qui tue, Les Jumeaux du Quatorze juillet, sous le titre : Six mystères. Un ouvrage de 818 pages au prix de 49,00€.

Afin d’en savoir plus vous pouvez consulter leur site en cliquant sur le lien ci-dessous :

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans.

Léon GROC : La grille qui tue et autres romans. Les Moutons électriques éditeur. 818 pages. 49,00€.

ISBN : 978-2-36183-596-5

Première édition : Collection Grandes aventures N°17. Editions Tallandier. Parution 1er trimestre 1951. 256 pages.

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21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 04:32

Un roman pour enfants qui s’adresse aux adultes !

Alexandre DUMAS : Le capitaine Pamphile.

Se promenant sur les quais de la Mégisserie, le narrateur, qui n’est autre que Dumas, achète au nez et à la barbe d’un touriste britannique une tortue qui était promise à finir en soupe.

Il emmène son acquisition chez lui, mais au bout de quelques jours il se rend compte qu’il ne peut la garder. Il l’a surnommée Gazelle, à cause de sa vélocité, mais il faut la nourrir, de salades et d’escargots. Et surtout la surveiller, un accident est si vite arrivé. Alors il la confie à son ami Descamps, un peintre, qui a déjà recueilli des animaux que l’on ne peut classer dans la catégorie des animaux de salon. Tom, l’ours, Jacques 1er, le singe, et mademoiselle Camargo, la grenouille.

La promiscuité imposée entre ces adoptés n’est guère aisée à assurer mais Descamps ne manque pas de ressources intellectuelles et bon gré mal gré tout ce petit monde va être obligé de cohabiter. Ayant donc confié Gazelle à Descamps, le narrateur promet de revenir le lendemain, deux attractions étant programmées : mademoiselle Camargo doit se restaurer avec un cent de mouches et Jadin doit lire un manuscrit.

Le lendemain, après avoir appris les origines de mademoiselle Camargo, née dans la Plaine Saint-Denis, Tom, originaire du Canada, et Jacques 1er, ainsi nommé car en réalité il avait un frère jumeau dit Jacques 2, qui a vu le jour sur les côtes d’Angola, et accessoirement Gazelle, pêchée dans les marais de Hollande, nous prenons connaissance du manuscrit de Jadin.

Et c’est ainsi que nous faisons la connaissance du capitaine Pamphile, lequel commandant du brick de commerce la Roxelane, traficotait sur toutes les mers, dans tous les ports, parfois en marge de la légalité, et toujours à son bénéfice. Et dans quelles conditions il recueillit le singe Jacques 1er, puis Tom lors de ses différents voyages.

Mais si l’histoire des pérégrinations du capitaine Pamphile se déroule en plusieurs épisodes, lors de soirées organisées par Descamps, nous suivons également les heurs et malheurs de ces animaux qui connaissent des destins différents et souvent dramatiques. Tom, par exemple, qui se retrouve dans un bal masqué est pris pour l’un des invités qui aurait endossé une fourrure afin de mieux se dissimuler aux yeux des convives. Mais lorsque la supercherie est découverte, la panique s’empare des nombreux participants.

 

Ce roman destiné aux enfants est aussi un regard porté sur de nombreux points sociologiques de l’époque. L’histoire se déroule en septembre 1830 et Dumas était un romancier débutant, puisque sa production littéraire était surtout consacrée au théâtre.

Mais sont mis en valeur les différents maux de la société d’alors, qui se perpétuent de nos jours sous des formes différentes, parfois amplifiées, comme l’esclavage et surtout l’aspect financier, le profit à tout prix, que ce soit le trafic d’ivoire ou l’escroquerie financière internationale. Il s’agit donc d’une critique satirique magnifiée par un humour souvent irrésistible, féroce, montrant des monstres à apparence humaine. Ou des humains monstrueux dans leurs décisions et leurs actes.

 

Ainsi, en ce qui concerne la chasse raisonnée, le capitaine Pamphile reçoit une leçon de la part de son ami Serpent-Noir, le chef des Hurons :

Le Serpent-Noir a tué d’un seul coup tout ce qu’il lui fallait de pigeons pour son souper et celui de sa suite ; un Huron n’est point un homme blanc pour détruire inutilement les créatures du Grand-Esprit.

 

Alexandre Dumas interpelle parfois son lecteur, et rend hommage à sa sagacité. Toutefois il préfère préciser ce qu’il vient d’écrire.

Nos lecteurs sont trop intelligents pour n’avoir pas deviné la cause de la disparition du capitaine Pamphile. Cependant, comme quelques-uns pourraient n’être pas certains du fait, nous donnerons une explication courte et précise à l’usage des esprits paresseux ou ennemis des conjectures.

 

Dernière petite citation :

Tout homme vivant est maître de son bien. Il n’y a que les morts qui n’ont rien à eux.

 

Alexandre DUMAS : Le capitaine Pamphile. Edition de Claude Schopp. Collection Folio Classique N°3952. Parution le 11 décembre 2003. 384 pages. 8,40€.

ISBN : 9782070426522.

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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 04:00

Afin de ne pas froisser la susceptibilité de madame Fesse en bouc, j’ai choisi de mettre en valeur la quatrième de couverture pour illustrer mon article. La vraie couverture se trouve en fin d’article !

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour.

Entre les deux petits villages de Chantamour et de Cusenville, la guerre est déclarée, attisée par le curé du patelin de Chantamour, le père Sillade. Tout ça à cause d’une bretelle. Mais pas n’importe quelle bretelle. Celle d’une autoroute !

Alors que la sortie était prévue vers Chantamour et donc propice à l’intrusion rémunératrice de touristes bienvenus, au dernier moment la décision a penché en faveur de Cusenville, des tractations pas forcément honnêtes pour les habitants et les édiles du village de Chantamour, ce qui occasionne l’ire du père Sillade en chaire. Fraîche la chaire mais chaude l’harangue.

Les frictions, parfois charnelles, gèrent la vie quotidienne des deux villages, mais tous les habitants ne sont pas dénués de jugeote. D’autres sont imbibés de pastis. Et quand l’un d’entre eux, le Pépé Jélédeux, le doyen du village de Chantamour, soudoie à l’aide verres anisés le notaire, Maître Thanphile Monzaube, quasi impotent et centenaire (il cumule !) d’étranges tractations s’organisent. Pépé Jélédeux achète en catimini un carré de terrain de la parcelle sur laquelle doit passer la bretelle d’autoroute et qui est sis sur la commune de Cusenville.

Naturellement il s’ensuit horions et feux d’artifice entre les habitants des deux petites communes situées en Provence, non loin de la Méditerranée.

 

Un roman humoristique qui n’est pas sans rappeler la verve de Frédéric Dard quand il écrivait les aventures du commissaire chéri de ces dames : San-Antonio.

Mais cet humour est parfois lourd à digérer, les digressions sont nombreuses et les phrases un peu longuettes, parfois s’étalant sur une ou deux pages.

Mais l’on sent que l’auteur, probablement Jean-Michel Sorel, car ils étaient plusieurs à se partager ce pseudonyme, s’est follement amusé à narrer cette aventure qui ne manque pas de piquant et joue sur les subtilités de langage.

Ce qui n’empêche pas Pépé Larista d’émettre des opinions qui depuis ont pris beaucoup d’ampleur de nos jours qu’à l’époque :

Le pépé pense à tout et envisage de construire dans la parcelle nouvellement acquise une cabane à l’intention des touristes désirant se décharger d’un dépôt intestinal. Ceci est fort bien pensé, mais après ?

Le Pépé malgré son âge a encore la ressource dormante dans sa plate-bande pensière ! J’ai des bidons à lait et aussi un bon mulet ! Avec ce que je récupérerai, qui serait de toute façon perdu, j’en ferais au poids la revente à Aristide Piquemal et à Aldibert qui sont horticulteurs et qui préfèrent engraisser leur terre avec le produit naturel plutôt qu’avé toutes les saloperies artificielles qui nuisent aux narines et qui en fin de compte nous polluent le légume et la rose ! Ecologiste je suis avant tout, moi, môssieur !

 

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour.

Pépé LARISTA : Safari à Chantamour. Collection Humour N°16. Editions EUREDIF. Parution le 4e trimestre 1977.192 pages.

ISBN : 271670515

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18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 04:55

Qui dit chambres closes ne pense pas forcément à maisons closes !

Vingt mystères de chambres closes. Anthologie préparée et commentée par Roland LACOURBE.

Dans la littérature policière, incontestablement ce sont les histoires de meurtres commis dans un local clos, les meurtres impossibles, qui sont les plus fascinantes, les plus étranges, mais aussi les plus difficiles à écrire.

Posée comme un véritable problème, cette histoire doit posséder une solution simple, évidente et paradoxalement farfelue. L’imagination et la créativité sont sollicitées aussi bien par le narrateur que par le lecteur. Le lecteur pris sous le charme essaie de comprendre le comment tandis que le rédacteur qui lui, possède la solution, doit dissimuler celle-ci dans un texte frôlant le surnaturel, l’irrationnel, mais agencé mathématiquement. Comme derrière un écran de fumée.

La banalité n’est plus de mise. Ce n’est plus de l’assassinat considéré comme l’un des beaux-arts, comme l’a écrit Thomas de Quincey, mais l’apanage de l’ingéniosité, l’architecture narrative, la prestidigitation, le talent de conteur. Tout y est mis à contribution.

Roland Lacourbe, en maître de cérémonie exigeant et cultivé, en Monsieur Loyal de la nouvelle, nous présente vingt textes dont les trois-quarts sont inédits en France, qui tous illustrent de façon parfaite combien un auteur de romans policiers, a fortiori dans le domaine du mystère de chambre close, combien un tel auteur doit être maître de son sujet, même dans un pastiche ou une parodie.

N’est pas écrivain qui veut. Raconter une histoire, c’est bien, mais il faut aussi intéresser le lecteur, le capter, le captiver, le retenir. Savoir manier la logique et l’illogique tout en employant l’humour, brasser le tout comme un illusionniste, relève du grand art, mais inspire aussi du respect : respect mutuel entre le lecteur et l’auteur.

Un livre, une anthologie dont le lecteur, même s’il connait les solutions des problèmes, ne se lassera pas, qu’il relira avec un égal plaisir, tel est Vingt mystères de chambres closes. Un livre qui n’est pas uniquement réservé aux amateurs, mais également à tous ceux qui aiment les belles histoires, construites intelligemment, à tous ceux qui possèdent un esprit curieux, qui ont l’esprit mathématique, qui aiment le jeu, la recherche, et surtout à tous ceux qui ne lisent jamais. Une entrée en matière, une ouverture de l’esprit propice à la découverte de romans, par le biais d’histoires courtes mais passionnantes.

 

Mais que vaudrait cette notule sans exemple concret ?

Je vous propose donc de découvrir quelques-unes des histoires qui composent ce recueil.

Jacques Futrelle, auteur malheureux qui périt en mer lors du naufrage du Titanic, fut l’un des précurseurs du crime impossible et des meurtres en chambres closes. Pourtant dans Le problème de la cellule 13, il s’agit juste d’un défi lancé par la Machine à penser, surnom du professeur S.F.X. Van Dusen, à ses amis. Pouvoir sortir d’une cellule de prison en une semaine alors qu’il est surveillé nuit et jour de l’intérieur comme de l’extérieur, en ne prenant avec lui que quelques objets comme un tube de dentifrice et trois billets de dix et cinq dollars.

Certaines histoires sont ancrées dans le temps, et pour les écrire il faudrait les dater, comme le fait Melville Davidson Post dans Le mystère Doomdorf, au milieu du XIXe siècle. Le thème est toujours d’actualité seule la procédure en est différente, car la technologie est passée par là. Un trafiquant d’alcool frelaté est décédé, enfermé dans sa chambre dans une maisonnette située en pleine campagne. Nul moyen d’accès pour accéder dans la pièce sauf par la porte qui est close de l’intérieur. Un juge et L’oncle Abner, personnage récurrent chez M.D. Post, arrivent sur place et les deux personnages qui les accueillent s’accusent du meurtre. Et pourtant, ils sont innocents.

Célèbre auteur de crimes impossibles, John Dickson Carr, que l’on ne présente plus et dont cette nouvelle, sa première écrite à l’âge de vingt ans, était restée inédite en France, à l’époque de la parution de cet ouvrage. L’ombre du Malin met en scène l’un des personnages favoris de Carr, Henri Bencolin. Il va découvrir le coupable dans une histoire qui pourrait être un tour de passe-passe, et comme l’on dit, y’a un truc. Pourtant tout est logique, il suffit d’un minutage serré dans la réalisation d’un forfait.

Le minutage est aussi à l’origine de Une chute qui n’en finit pas, de Edward D. Hoch, malgré le laps de temps écoulé entre la chute par la fenêtre du président d’une société, qui devait fusionner, et sa réception sur le bitume. Près de quatre heures. Quatre heures au cours desquelles le responsable de la sécurité, va tenter de résoudre ce mystère qui est entouré de brouillard, tout comme l’immeuble où s’est produit le drame.

Même auteur mais histoire totalement différente dans sa conception, L’énigme du pont couvert dont le principal protagoniste est le médecin Sam Hawthorne qui, venu soigner une patiente, se trouve confronté à un mystère apparemment insoluble. Le fils de la maison est parti en voiture à cheval suivi peu après par le docteur et la fiancée catholique du jeune homme, dont la famille professe une autre religion, dans un équipage identique. Il neige mais les traces du boghei s’arrêtent au milieu d’un pont couvert. Le jeune homme, son cheval et son tout-terrain hippomobile ont disparu. Une farce de sa part, ce ne serait pas la première fois qu’il s’amuserait ainsi, mais son corps est découvert quelques heures après, une balle dans la nuque. Humour volontaire ou non, je ne peux résister à signaler cette phrase :

Comme je partais, le shérif Lens entra dans l’épicerie-droguerie de l’autre côté de la rue. Je le rattrapais devant le baril de cornichons.

 

Dans L'arme à gauche, de Bill Pronzini qui fut un auteur phare de la Série Noire et dont certains romans comportaient des énigmes de meurtres en chambre close, le lecteur entre dans ce qui pourrait être une histoire à connotation fantastique, car le présumé assassin, enfermé dans la pièce où il a perpétré son forfait, nie. De plus l’arme du crime est introuvable.

Enfin, une petite dernière pour la route par l’un des auteurs protéiformes les plus passionnants : Fredric Brown. Un crime à la campagne est bourré d’humour et celui-ci prédomine tellement que l’histoire passe en arrière-plan, ou presque. Mais il existe un point commun entre cette nouvelle et celle de Pronzini. L’indiquer serait dévoiler le ressort de ces deux nouvelles.

Tout ceci n’est sorti que de l’imagination fertile d’auteurs connus ou méconnus, mais parfois la réalité dépasse la fiction comme le démontre Roland Lacourbe dans son article intermédiaire : De vrais crimes en chambres closes.

Chaque nouvelle est précédée d’une notice sur l’auteur et son œuvre, ce qui n’est pas négligeable.

 

Sommaire :

FUTRELLE Jacques : Le problème de la cellule 13

POST Melville Davidson : Le mystère Doomdorf

JEPSON & EUSTACE : L'indice de la feuille de thé

KNOX Ronald A. : Elimination transcendantale

CARR John Dickson : L'ombre du Malin

BOUCHER Anthony : Une question de temps (entracte)

YAFFE James : Les cendres de Mr Kiroshibu

GODFREY Peter : Entre ciel et terre

RAWSON Clayton : Le cadavre est au téléphone

SUTER John F. : Le vol impossible

PRONZINI         Bill : L'arme à gauche

COMMINGS Joseph : Du mouron pour les petits poissons

COMMINGS Joseph : Courrier mortel

PORGES Arthur : Les assassins n'ont pas d'ailes

HOCH Edward D. : Une chute qui n'en finit pas

HOCH Edward D. : L'énigme du pont couvert

BROWN Fredric : Un crime à la campagne

ARTHUR Robert        : La 51ème chambre close

WOLSON Morton : La cabine de verre

SLADEK John : La dernière chambre close

Vingt mystères de chambres closes. Anthologie préparée et commentée par Roland LACOURBE. Préface de Claude Chabrol. Bibliothèque de l’Insolite. Editions Terrain Vague/Losfeld. Parution 3 juin 1988. 490 pages.

ISBN : 978-2852080942

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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