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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 04:55

Ce doit être humide dedans !

Paul VIALAR : La maison sous la mer.

A Dielette au début des années 1930, dans la falaise, existait une mine sous-marine d’extraction de minerai. Et toutes les fins d’après-midi, Flora accompagne son mari jusqu’à la mer, non loin du wharf où accostent les cargos qui embarquent le minerai amené à place par un système de bennes va-et-vient accrochées à un filin d’acier.

Flora et Lucien sont jeunes, guère plus de vingt ans et leur vie est réglée sur le travail à la mine. Ils habitent non loin, à Flamanville, et c’est le même rituel tous les soirs. Lucien rentre dans la nuit et selon la fatigue il s’occupe de Flora puis il s’endort. Flora dans la journée a toujours quelque travail à effectuer tandis que Lucien se repose béatement.

Parfois elle se promène sur la falaise, longeant le précipice, regardant vers le bas, du côté de la mer. Quant à regarder vers l’horizon, elle peut toujours même si elle sait que l’avenir est bouché, qu’ils sont condamnés à végéter. Seulement sa vie si bien rangée bascule le jour où se promenant elle est face à un bouc hargneux qui s’est mis en tête de la précipiter en bas de la falaise.

Heureusement, un homme est là, un inconnu providentiel, qui lui sauve la vie. Constant est un quadragénaire qui roule sa bosse en travaillant de ci de là, donnant un coup de main, se faisant embaucher durant quelques jours, quelques semaines. Il est libre Constant, et tient à sa liberté.

Il était vraiment libre, sans autres liens et sans autres attaches que ce qui était devenu inconsciemment devenu la règle de sa vie.

Flora tombe immédiatement amoureuse de cet homme fort, protecteur, prévenant, expérimenté, mature, sans attaches. Et ce sentiment est réciproquement partagé. Il travaille à la mine et même s’il peut coucher à l’auberge, il a découvert au cours de ses pérégrinations dans la région, une chambre à ciel ouvert. Et il l’emmène dans ce petit nid d’amour caché dans un petit îlot qu’ils peuvent gagner à marée basse. Une aiguille rocheuse semblable à l’aiguille creuse chère à Maurice Leblanc.

 

Mais Constant est depuis quelque temps l’équipier de Lucien à la mine. Ils travaillent en couple, s’entendant parfaitement. Le contremaître, afin de pallier l’absence d’ouvriers, leur confie le transport à bord des bennes. Et à cause d’un incident technique, l’un va sauver la vie à l’autre. Ils ont lié une solide amitié ignorant que l’un couche avec la femme de l’autre. Jusqu’au moment où, en discutant, Lucien apprend son infortune, Constant étant tout autant stupéfait que son équipier du forfait dont il est à moitié responsable. Flora ne lui ayant jamais avoué qu’elle était mariée.

 

Si jamais vous vous rendez à Flamanville, non loin des Pieux dans la Manche, vous ne reconnaitrez pas cet endroit aujourd’hui défiguré par la centrale nucléaire qui est édifiée sur le site, sans parler du réacteur de l’EPR deuxième génération qui connait déboires sur déboires (et coute cher aux contribuables !).

Le petit port de Diélette existe toujours et depuis 1997 un nouveau port a été adjoint à l’ancien, la commune devenant Port-Diélette. Quant à la mine de fer, elle est fermée depuis 1962.

Si Paul Vialar évoque l’époque où l’extraction du minerai de fer était en pleine effervescence, il n’apporte guère de précisions sur le travail de ceux qui travaillaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Toutefois il souligne la pénibilité de ce travail et décrit assez succinctement les galeries s'étendant sous la mer qui en rendait l'exploitation difficile du fait des infiltrations.

Il s’attache surtout à mettre en valeur les sentiments qui animent ses trois personnages principaux, et la fascination que Constant exerce sur Flora qui devient dépendante de cet homme mûr. Elle est mariée et découvre soudain un attrait auprès d’un homme différent de celui qu’elle connait, qu’elle côtoie quotidiennement. Il est d’ailleurs et tout autant Lucien que Flora, ils n’ont jamais vraiment vécu en dehors de leur lopin de terre.

Pourtant Constant, si lui aussi est subjugué par cette jeune femme qui s’immisce dans sa vie de façon brutale, n’est pas un voleur, un Don Juan, un bellâtre. Il l’aime et jamais il n’aurait pu imaginer qu’elle appartenait à un autre.

Une histoire d’amour qui ne peut se terminer que par une crise de jalousie compréhensible de la part de Lucien, alors que Constant ne pensait pas marcher sur les brisées d’un autre. La faute est à imputer à Flora qui se sent dominée par Constant, alors qu’il ne fait rien pour, et qui découvre dans ses bras la vie. Elle ne joue pas les coquettes, elle ne se sent pas coupable, elle découvre tout simplement une autre facette de la vie, de l’amour.

Une histoire simple, racontée simplement, mais qui se termine dans un drame. Un roman noir de terroir au temps où les autochtones ne connaissaient guère autre chose que leur canton, et végétaient dans un immobilisme qui ne favorisaient guère l’épanouissement.

 

Paul VIALAR : La maison sous la mer.

Ce roman a été adapté au cinéma par Henri Calef en 1946, sous le titre éponyme, et tourné principalement à Flamanville. Avec, dans les rôles principaux : Viviane Romance, Clément Duhour et Guy Decomble.

Paul VIALAR : La maison sous la mer. Editions J’ai Lu N°417. Parution le 1er trimestre 1973. 192 pages.

Première édition Denoël 1941.

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 04:15

Gondolier t'en souviens tu
Les pieds nus, sur ta gondole…

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise.

En 1904, Alex Lex, le narrateur de ce roman-miroir-tiroir, est devenu à vingt ans l’assistant de Gaston Leroux. Il est reporter et l’a assisté au cours de nombreux reportages, notamment à Venise où le hasard se transforme en un coup de dé. Un dé lancé en l’air, providentiellement, mais dont Alex Lex, dont le second prénom n’est pas Dura, et qu’il ne s’explique pas.

Et en cette année 1910, alors que ses reportages sont régulièrement publiés dans des journaux tels que Le Matin ou L’Excelsior, que ses nouvelles policières ou d’anticipation le sont dans Le journal des voyages, qu’il dessine et peint, ayant illustré les fascicules populaires du Sâr Dubnotal, en cette année 1910 donc, tandis qu’en compagnie de son amie Aline, qui cumule les emplois de secrétaire et de maîtresse, il est dérangé dans une séance de baisers mouillés au champagne par un visiteur impromptu.

Ce visiteur ne lui est pas inconnu. Il s’agit de Rainer Maria Rilke qui fut le secrétaire d’Auguste Rodin, et le poète autrichien lui demande de lui rendre un petit service. Mais aucun des deux n’imagine que ce service va entraîner Alex Lex dans une aventure gigogne.

En effet, il implore Alex d’aller rendre visite dans l’atelier de Rodin afin d’admirer les fragments de plâtre de l’immense composition à laquelle travaille depuis de nombreuses années le sculpteur. Je vous en conjure, allez voir cette œuvre tragique aux bubons de plâtre effervescents. Alex Lex ne peut se défiler et il effectue un repérage en compagnie d’Aline, qui n’est pas partie et donc il n’a pas besoin de crier son nom.

Il s’introduit dans la magnifique demeure entourée d’un jardin de ville champêtre, et, hypnotisé, il franchit cette Porte de l’Enfer de plâtre.

 

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise.

On retrouve Alex Lex qui vit dans une boîte de bouquiniste accrochée sous le pont du Rialto. Il se rend, comme tous les jours chez son ami Despons qui a repris un café, le Rosa Salva, mais qui également spécialiste dans l’archéologie des mondes anciens et a établi sa fortune dans le trafic d’antiquités. Il a aussi rendez-vous avec le Doge lequel lui confie une mission qui ressemble à une supercherie. Plutôt, les individus sur lesquels il doit enquêter semblent issus d’une supercherie. Des écrivains morts depuis longtemps et qui violent, volent et tuent un peu partout dans la Sérénissime. Trois revenants qu’il doit découvrir et réexpédier dans leur foyer, c’est une image, et qui ont pour noms Lord Byron, Giorgio Baffo et Baron Corvo. Et un ami du Doge, un original centenaire du nom d’Estanidov avec qui il déguste un fragolino, se plaint d’avoir été spolié de six aquarelles originales d’Hugo Pratt. Des illustrations pour les poésies érotiques de Baffo.

Et c’est ainsi qu’Alex Lex se trouve entraîné dans une sorte de spirale infernale débutant dans la Venise 2 du Möbius à la recherche des Surréalisés de Venezia. Il rend souvent visite à Denska Stevenson, qui vit dans la bibliothèque Saint-Marc fondée par Pétrarque. Il sera amené à voyager ainsi entre la Sérénissime et le Paris 3 à la recherche de surréalisés qui commettent les mêmes crimes et qui se nomment Lautréamont, Sade et Colin des Cayeux.

Cette spirale se recoupe mais à chaque fois, lors des points de jonction, Alex se retrouve dans Venise ou Paris, mais des différences notables changent le décor, jusqu’au moment où les deux cités n’en font plus qu’une, le Parnise.

 

On retrouve dans ce roman tout ce qui alimente, attise, nourrit les passions de François Darnaudet. Venise, La Sérénissime, qui sert de décor à de nombreux ouvrages, mais également la peinture et la sculpture, Auguste Rodin en tête. Sans oublier la littérature avec en tête de gondole Isidore Ducasse, alias Lautréamont.

Un roman envoûtant qui absorbe le lecteur, le vampirise, le phagocyte, l’ingère et le digère, par la magie des actions en forme d’allers et retours, par la magie aussi des décors, et naturellement de tous ces personnages qui évoluent dans des cités reconstituées.

Un roman déroutant ? Non, un roman déboussolant dans lequel François Darnaudet se hisse à la quintessence de son art littéraire et il marie avec élégance imaginaire et érudition.

 

Cet ouvrage contient en outre, Les nouvelles amères qi se décomposent ainsi :

Le retour de l’autobiographie fantastique.

Une baignoire en zinc dans la pièce du fond.

Le baiser de Möbius.

Dans les jardins vénéneux de l’Ombre.

Boris, ses motos, les Bardenas et autres déserts, dont vous pouvez retrouver une chronique ici.

 

François DARNAUDET : Le Möbius Paris Venise. Suivi de cinq nouvelles fantastiques. Collection Fractales/Fantastique. Editions Nestiveqnen. Parution le 14 juin 2019. 264 pages. 19,00€.

ISBN : 978-2915653977

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 04:36

Vous dansiez ? Et bien nagez maintenant...

Sarah DUNANT: La noyade de Polichinelle.

Détective privée, Hannah Wolfe vit de petites enquêtes qui ne la passionnent que moyennement. De temps en temps son ami Constant, lui-même directeur d'une agence, lui propose une affaire, par amitié. La surveillance dans de grands magasins ou la recherche de personnes disparues.

Justement, une vieille dame s'inquiète. Depuis deux mois, elle n'a plus de nouvelles de Carolyn, une jeune fille qu'elle a en partie élevée et à qui elle a inculqué l'amour de la danse, ayant été danseuse elle-même. Elle n'a pas reçu sa carte postale mensuelle, une défection qui n'est pas dans les habitudes de Carolyn, même si celle-ci n'envoyait que de petits mots succincts, au texte banal et mensonger.

Après une rapide enquête dans les milieux de la danse, Hannah se trouve dans une impasse. Carolyn, après un accident à la cheville, a vu sa carrière compromise, puis elle a navigué dans de petites troupes, descendant peu à peu le pente. Hannah est sur le point d'abandonner cette enquête quand le corps de la jeune fille est retrouvé dans la Tamise.

Pourtant deux faits incitent Hannah à continuer ses recherches. D'abord Carolyn était enceinte de huit mois et une parturiente ne se suicide pas lorsqu'elle est sur le point d'accoucher. Ensuite, Hannah n'avait rien trouvé de spécial au domicile de Carolyn, or les policiers découvrent, posée en évidence, un petit mot d'adieu.

Hannah, superstitieuse, se lance à fond dans cette affaire, encouragée par un client anonyme qui paie ses frais. Scott, un danseur ayant côtoyé Carolyn, lui confie que la jeune fille était partie pour Paris, suite à une petite annonce. De fil en aiguille, Hannah remonte la piste jusqu'à un certain Jules Belmont propriétaire d'une compagnie aéronautique. Agé de soixante-dix ans, marié pour la troisième fois, Belmont est un personnage difficile à approcher, toutefois Hannah arrive à forcer les barrages.

Carolyn, selon Belmont, avait été employée comme dame de compagnie de la jeune épouse malade de Belmont, qui vit près de Senlis. Selon celle-ci, Carolyn, enceinte, les aurait quittés depuis longtemps, seulement une carte postale non envoyée prouve le contraire.

Elle fait la connaissance de Daniel Devieux, le neveu de Belmont. Hannah croit que Devieux était l'amant de Carolyn. En réalité Carolyn avait été embauchée comme mère porteuse, la femme de Belmont étant stérile. Mais comme cela arrive dans bien des cas, au bout d'un certain temps Carolyn n'avait plus apprécié cet état et elle s'était échappée, retournant à Londres, où elle fut découverte morte. Devieux avait été chargé de retrouver Carolyn, mais il était arrivé trop tard selon lui. Un alibi confirmé par la tour de contrôle d'Heathrow. Hannah fait son rapport à la mère adoptive de Carolyn et elle apprend que le notaire qui soit disant l'avait embauchée n'a jamais été contacté par sa cliente. Hannah reçoit la photocopie du dossier médical de Carolyn.

Elle s'informe auprès d'un ex-amant, docteur en médecine. Le donneur étant Rhésus négatif, Carolyn aussi, il n'y avait aucun problème pour l'enfant à venir. Or Carolyn présentait des symptômes d'éclampsie, produisait des anticorps, ce que le toubib qui la suivait avait décelé tardivement.

 

Sarah Dunant aborde un sujet sensible avec délicatesse, celui de la procréation pour autrui.

Caustique, sarcastique, fière, Hannah passe parfois par des moments de déprime. Mais volontaire, courageuse, elle sait trouver les ressources physiques et morales nécessaires pour continuer ses recherches sans pour cela s'ériger en superwoman.

Et ce n'est pas parce qu'elle est célibataire qu'elle est exempte de problèmes. Hannah Wolfe, héroïne sympathique et humaine, devrait trouver une place de choix dans le cœur des lecteurs.

 

Sarah DUNANT: La noyade de Polichinelle. (Birth marks – 1991. Traduit de l'anglais par Augustine Mahé). Collection Crime. Editions Calmann-Lévy. Parution le 1er avril 1994. 272 pages.

ISBN : 978-2702120644

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 04:24

Un roman métaleptique…

LE MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes.

S’apercevoir que le texte d’un manuscrit trouvé par hasard vous correspond, un épisode que vous vivez véritablement, que les coïncidences sont si nombreuses qui vous vous demandez s’il ne s’agit pas d’un rêve éveillé, voire d’un cauchemar, cela peut perturber et naturellement vous vous posez des questions.

C’est ce que ressent le narrateur qui écrit à la première personne ce qui vient de lui arriver, lisant un manuscrit écrit à la première personne. Deux narrateurs en un, comme si l’un était le miroir légèrement déformé de l’autre.

Une mise en abîme littéraire empruntant au fantastique tout autant qu’au roman policier, d’ailleurs le narrateur et son double sont tous deux policiers, donc enquête il y a. D’autant que dans la maison dont ils héritent, le propriétaire vient de décéder, retrouvé à son bureau, un décès qui n’est pas expliqué. Et, afin de couronner le tout, une nouvelle effectue le lien entre ces deux textes qui se rebondissent, se catapultent, une nouvelle écrite en double et c’est le début de ce roman étrange.

Petit aparté à la manière de l’auteur, cet ouvrage me fait penser à Vous qui n’avez jamais été tués d’Olivier Séchan (Le père de Renaud pour ceux qui l’ignoreraient) et Igor Maslowski, roman publié en 1951. Un auteur à succès s’éveille un matin ressentant une étrange sensation et lorsqu’il se regarde dans la glace il ne se voit pas. Et un corps inanimé, le sien, est couché dans son lit. Pour le reste se reporter au roman des deux auteurs.

 

Mais peut-on parler de roman dans le cas de Des miroirs et des alouettes ?

Oui si l’on suit la trame romanesque et pourtant il s’agit plus de la part de l’auteur le besoin de jeter sur le papier ses impressions, ses ressentis, ses pensées, voire ses divagations. Donc il s’agirait plus d’un récit et, excusez du peu, et même si cela n’a aucun rapport, j’ai établi inconsciemment une démarche à la manière de Jean-Paul Sartre dans Les mots. Pourquoi se référer à cet ouvrage ? Je ne sais. Une association d’idée, une impression tenace qui s’est imposée à mes neurones et s’y est agrippée comme une mouche engluée dans une toile tissée par un arachnide envahissant.

D’ailleurs Le Minot Tiers, qui ne nous roule pas dans la farine, et dont ce n’est pas le véritable patronyme, avoue ingénument :

D’ailleurs, quelle est l’intrigue ? Faut-il une intrigue ? L’élucidation de la mort de ce pauvre homme ? A quoi bon. Depuis Proust les romans n’ont plus besoin d’être construits autour d’une intrigue. Il suffit de raconter sa vie et tout le monde est content. Surtout si on critique bien les autres. La critique, ça c’est important.

 

Mais alors, un roman sans intrigue, cela sert à quoi ? A se défouler serait-on tenté de penser. A partager des points de vue. Et pourquoi écrire tout simplement ? Une question primordiale que peuvent se poser les lecteurs et dont seuls les auteurs possèdent la réponse.

Depuis quand écrit-on pour être lu ? On écrit pour être édité, pour se faire connaître, pour raconter des histoires, parce que l’on en a besoin. Être lu ce n’est pas le plus important. Ecrire est le pire acte d’égoïsme : on écrit pour soi !

Ah bon ?

Mais il ne faut jamais écrire pour plaire à un potentiel lecteur ! Il faut écrire quand cela devient viscéral, impérieux. Si des gens ont envie de lire, tant mieux. Ce sera la cerise sur le gâteau. Les pires écrivains sont ceux qui écrivent pour plaire, pour être lus, pour exister auprès d’un lectorat qui leur donnera le sentiment qu’ils sont aimés… Inutile de vous citer des noms, vous les aurez reconnus.

 

Après cette déclaration, cette profession de foi, l’auteur aborde d’autres sujets qui s’avèrent plus futiles mais sont également des petits coups de griffes. Anodins certes, mais qui portent, surtout dans le contexte actuel. Ainsi un chien fait partie de la distribution des acteurs de ce livre. Un border colley ou border collie selon l’orthographe habituelle.

Parait que c’est la race de chien la plus intelligente. Le sien a une pensée complexe. C’est un peu le Président des toutous.

Un clin d’œil amusant qui dépasse largement le cadre de ce faux roman qui mériterait d’être lu malgré les réticences affichées de l’auteur qui louvoie, se demandant s’il est un écrivain ou non et s’il écrit pour vous et moi. Une curiosité à découvrir !

 

LE MINOT TIERS : Des miroirs et des alouettes. Editions La Ligne d’erre. Parution 23 juin 2019. 200 pages. 13,00€.

ISBN : 9782956788102

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 03:49

Silence ! On tue…

Mildred DAVIS : Crime et chuchotements

Vouloir gagner sa vie comme maître-chanteur, cela comporte bien des aléas, et même cela peut s’avérer dangereux.

Johnny Mac Léod, qui exerçait ses talents dans la petite ville de Highlands, près de New-York, en fera l’amère expérience.

Une main anonyme lui plantera une nuit un pic à glace dans le cœur, genre de traitement auquel un individu résiste rarement. Pourtant Johnny aurait dû se douter que cela finirait mal un jour.

Maman Mac Léod ne peut laisser ce crime impuni et même si son fils était un maître-chanteur, elle estime qu’il ne devait pas périr de cette façon et si prématurément.

Alors elle s’installe, elle s’incruste sans vergogne chez les différents clients de son fils. Bientôt ses soupçons se portent sur Stacy, une jeune fille de bonne famille qui s’est fiancée récemment.

 

De Mildred Davis, on connait surtout La Chambre du haut, roman écrit alors qu’elle n’avait que dix-huit ans, et Trois minutes avant minuit, des romans que l’on peut qualifier de chefs-d’œuvre, sans exagérer.

Crime et chuchotements est de la même veine que ces deux ouvrages mais l’angoisse et le suspense se développent de façon plus insidieuse.

La peur s’instaure parmi les familles incriminées, mais au lieu de resserrer les liens, elle contribue à mettre à nu leurs défauts. Chacun va commencer à se regarder un peu en chien de faïence, cédant à la délation et à l’intolérance.

On se bouffe le nez, on jette en pâture des petits faits, des phrases perfides, en essayant de protéger un semblant de tranquillité. Circulez, y’a rien à voir, c’est chez les autres que ça se passe.

Et comme bien souvent chez Mildred Davis, l’épilogue se concrétise dans la douleur.

 

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

Mildred DAVIS : Crime et chuchotements (The Sounds of Insects – 1966. Traduction de Gérard de Chergé). Collection Bibliothèque de l’Insolite. Editions Terrain Vague. Parution avril 1990. 242 pages.

ISBN : 2852081180

Réédition Rivages/Mystère. Editions Rivages. Parution le 1er avril 1995. 228 pages.

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3 juillet 2019 3 03 /07 /juillet /2019 04:03

Ce roman a reçu le Grand prix littéraire du salon de l’enfance 1955.

Paul BERNA : Le cheval sans tête.

Peut-être avez-vous déjà lu des romans de Paul Berna sans le savoir. En effet Jean Sabran, son véritable patronyme, écrivait des romans noirs pour les adultes sous le pseudonyme de Paul Gerrard.

A Louvigny-Triage, les gamins qui composent la bande à Gaby s’amusent à dévaler la rue des Petits-Pauvres jusqu’au chemin de la Vache-Noire à une allure frisant celle de Formules-1 en réduction en enfourchant le cheval-sans-tête de Fernand. C’est le père d’icelui qui a troqué ce tricycle à corps de cheval à un chiffonnier contre trois paquets de tabac gris. Vous dire que ce tricycle n’est pas de première jeunesse est une évidence mais même sans tête ce jouet occupe de longues après-midi pour des gamins qui n’ont pas douze ans.

Outre Gaby, le chef de bande, et Fernand l’heureux propriétaire, enfourchent à tour de rôle les trois filles, Marion dite la fille aux chiens, Mélie et Berthe, ainsi que Tatave, Zidore, le petit Bonbon, Juan-l’Espagnol et Criquet Lariqué le négro du faubourg-Bacchus, avec cet engin descendant la pente à fond les gamelles. Parfois il y a de petits incidents de parcours, car il faut freiner avec les pieds, mais cela n’empêche pas les gamins d’enfourcher sans peur et sans reproche le tricycle diabolique.

A quelques jours de Noël, soit un an après avoir été mis au pied du sapin chez Fernand, et alors que l’espérance de vie n’avait été calculée que pour trois mois environ, le cheval-sans-tête roule toujours. Et apparemment ce jouet intéresse des adultes qui ont largement dépassé l’âge de ce genre de divertissement.

D’abord, Roublot, le camelot qui vend sur le marché tous les jeudis des articles ménagers, qui semble inquiet lorsque l’inspecteur Sinet se met à courir après un individu. Ensuite deux personnages à l’aspect rébarbatif, Pépé et Pas-Beau, proposent aux enfants d’acheter leur cheval sur roues pour une somme astronomique. Ce cheval-sans-tête, c’est leur joie de vivre et l’argent ne le remplacera jamais. Et puis de toute façon, un accident est vite arrivé et lors d’une descente, le tricycle est démantibulé, la fourche cassée. Il n’y a plus qu’à le réparer, si cela est possible.

Et c’est possible, grâce à un collègue du père de Fernand qui effectue les soudures adéquates et comme le chiffonnier a retrouvé dans son bric-à-brac la tête équine, elle devrait pouvoir être réajustée sur le corps qui entre temps a été nettoyé, vidé des objets qui n’avaient rien à y faire dedans. Dont une clé qui va servir à Gaby, Fernand et leurs amis. Aussitôt retrouvé en bonne santé, aussitôt disparu. Quatre individus volent l’animal, l’emportant à bord d’une fourgonnette. Et les amis reconnaissent les deux gredins qui les avaient abordés.

Pendant ce temps, au commissariat de Louvigny-triage, l’inspecteur Sinet et son collègue Lamy se désolent. Ils n’ont jamais rien à se mettre sous les dents, alors que leurs collègues de la police judiciaire doivent s’occuper de multiples affaires, dont le vol d’argent dans le Paris-Vintimille. De l’argent convoyé dans le wagon réservé à la Poste pour le tri du courrier. C’est à ce moment qu’ils sont dérangés dans leurs réflexions par une bande de gamins désirant porter plainte contre un vol. Celui du cheval-sans-tête !

 

Le cheval-sans-tête ravivera les souvenirs des plus âgés, comme moi, je n’ai pas peur de l’avouer, le temps où les gamins s’amusaient avec pas grand-chose et qu’un jouet, même à moitié cassé satisfaisait à leur bonheur.

Louvigny-Triage, qui est situé non loin de Villeneuve-Saint-Georges, porte encore les stigmates de la dernière guerre. Les habitants sont pour la plupart des cheminots, travaillant aux ateliers et sur les voies. Ils ne sont pas riches, mais dignes. Des fabriques sont abandonnées, et ne restent plus que des carcasses d’usines.

Ainsi celle dans laquelle la bande à Gaby va trouver refuge. N’ayant plus leur cheval-sans-tête, ils s’infiltrent grâce à la clé découverte dans le corps de l’animal factice. Ils font cuire des pommes de terre dans la braise. Un mets délicieux. Et ils découvrent que cette ancienne usine était une fabrique de cotillons, de masques, de serpentins destinés aux fêtes de villages et familiales.

L’accent est porté, outre le décor d’un village de la banlieue parisienne quelque peu déshéritée, sur la solidarité sans faille entre les gamins qui pensent à s’amuser sans dégrader. Quant à Marion, la fille aux chiens, elle mérite son surnom car elle recueille les canidés malades, blessés, perdus. Elle les soigne, les nourrit, les cajôle et leur trouve un maître qui saura les aimer et les adopter. D’ailleurs, lorsque le récit débute, elle en a douze chez elle, et ses parents sont d’accord pour entretenir cette meute. Mais elle reçoit quelque pitance de la part des bonnes âmes. Et lorsqu’elle a besoin de renfort dans des moments critiques, comme cela va arriver dans la confrontation avec les individus malfaisants, elle siffle en mettant deux doigts dans la bouche et ses anciens protégés rappliquent aussitôt.

Ce roman qui date de 1955 reconstitue une époque révolue qui possédait son charme, est devenu un classique de la littérature enfantine et très souvent réédité.

 

Paul BERNA : Le cheval sans tête.

Paul BERNA : Le cheval sans tête. Illustrations de Pierre Dehay. Collection Bibliothèque Rouge et Or N°89. Editions G.P. Parution juin 1955. 192 pages.

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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 03:10

Sont les filles de la Rochelle
Ont armé un bâtiment...

Samuel SUTRA : La Femme à la mort.

Vous connaissez ou avez entendu parler de La Rochelle ? Evidemment, se présentent à l’esprit et aux yeux des touristes, les deux tours majestueuses qui se dressent à l’entrée du vieux port. Bon nombre de nous, anciens élèves planchant sur les bancs de l’école lors des cours de l’histoire de France, se souviendront des épisodes opposant les Huguenots aux troupes de Richelieu.

Et les amateurs de littérature populaire n’auront pas oublié cet épisode épique où d’Artagnan et ses trois compagnons mousquetaires dressent un pique-nique sous les murs de la forteresse.

Plus près de nous La Rochelle fut le centre d’autres batailles, tout autant épiques et médiatiques, tels que les universités d’été du Parti Socialiste ainsi que la dernière législative dont vous connaissez les noms des adversaires politiques pourtant du même bord.

Le commissaire divisionnaire Jacques Verdier est à six mois de la retraite et il se refuse à partir sur un échec. Pas vraiment un échec, disons plutôt sur la résolution d’une affaire dont il n’est pas satisfait. Aussi il fait appel à son vieil ami Stanislas, ancien policier aujourd’hui devenu consultant, appellation sous laquelle se cachent diverses activités plus ou moins légales ou licites.

Angèle, la réceptionniste de l’hôtel du Palais de La Rochelle, est interrompue dans son travail de réfection de ses ongles lorsqu’elle sursaute en entendant un grand bruit venant de la chambre placée au dessus d’elle. Une armoire qui tombe pense-t-elle réalisant peu après qu’il s’agit d’un coup de feu. Déjà que quelque temps auparavant, des heures, des minutes ( ?), on ne remarque pas le temps passer lorsqu’on est autant accaparé par ce labeur minutieux de manucure, elle avait été dérangée pour secourir une cloche qui avait résonné sur le trottoir. Ce pochard n’avait même eu la courtoisie de la remercier. Raisonne-t-on dans ces cas-là ?

Bref, je m’égare et revenons à notre belle Angèle qui se précipite à l’étage et frappe à l’huis. Point de bruit, point de réponse. Aussi elle appelle le commissariat qui se trouve non loin et dans les minutes qui suivent l’inspecteur divisionnaire Marchetti et ses hommes arrivent chaussés de leurs gros sabots. Marchetti ne finasse pas et enfonce la porte qui est fermée de l’intérieur. Les clients curieux regardent de leurs chambres les policiers entrer dans la pièce où git une jeune femme, un trou dans la tête, trou occasionné par une arme à feu.

Marchetti tente d’ouvrir la fenêtre, triture à plusieurs reprises la crémone et devant ses efforts inopérants il déclare que le bois gonflé par l’humidité bloque l’ouverture. Conclusion immédiate et pas remise en cause, il s’agit d’un suicide.

Oui mais, voilà, Jacques Verdier est quelque peu circonspect et c’est pour cela qu’il fait appel à son ami Stan. Natasha, la défunte, est une Russe venue à La Rochelle pour une raison qui lui était personnelle. L’enquête a avorté car les autorités russes ont réclamé le corps immédiatement et l’ont rapatrié séance tenante, disons dans les vingt-quatre heures. Ce qui, du coup, a abrégé les constatations médico-légales qu’aurait dû effectuer le médecin légiste. Ceci ne rebute pas Stan qui empoigne son téléphone portable et contacte l’un de ses correspondants russes, son ami Vladimir, un parrain de la Mafia locale, auquel il a rendu service il y a déjà quelques temps.

 

Grâce à Vladimir, Stan peut s’entretenir avec le père de Natasha, lui aussi mafieux confirmé. Celui-ci lui révèle que la jeune femme avait eu un enfant avec un amant français et que le gamin était mort d’une maladie pernicieuse. Il aurait fallu pouvoir procéder à un don d’organe ou quelque chose comme ça. Elle aurait conçu l’enfant avec un peintre et pour seule indication, le père de Natasha transmet un cliché d’un tableau qu’elle possédait. Mais selon lui une autre piste pourrait être envisagée : la mafia russe aurait eu en tête de lui faire sa fête et s’en serait pris à Natasha.

 

Moins débridé, moins humoristique que les précédents romans de Samuel Sutra consacrés à la saga de Tonton, quoique certaines scènes et tournures de phrases prêtent à sourire, La Femme à la mort s’inscrit comme un bon roman à la lecture agréable.

Un vrai faux crime en chambre close, à la solution évidente lorsqu’on la connait et qui n’emprunte pas à une explication alambiquée, donne du piment à l’intrigue.

En débutant la lecture on est tout de suite happé et on ne fait plus attention si tout est logique, si des incohérences se glissent ici ou là, si des situations sont abracadabrantesques, non, on se laisse aller et on se dépêche d’arriver au mot fin, qui d’ailleurs n’est pas inscrit.

Comme lorsqu’on lisait avec délectation les premiers romans signés San-Antonio, par exemple.

Samuel Sutra ne tombe pas dans le piège du Guide du Routard adapté pour envelopper une histoire. La Rochelle est présente, on peut suivre les protagonistes dans les rues de la cité, mais les habituels clichés nous sont épargnés. Les gourmets apprécieront la référence faite à Coutanceau, une table renommée et une référence gastronomique. Bon appétit.

Et sans vouloir être un flagorneur, je pense que Samuel Sutra peut devenir un romancier reconnu, moins médiatique que certains mais plus sincère.

Première édition : Collection Régiopolice N°6. Editions Sirius. 256 pages. Parution 2012.

Première édition : Collection Régiopolice N°6. Editions Sirius. 256 pages. Parution 2012.

Samuel SUTRA : La Femme à la mort. Editions Flamant Noir. Parution le 9 juillet 2018. 210 pages. 19,50€.

ISBN : 979-1093363479

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 04:54

Qui se dévoue pour aller le décrocher ?

Roland C. WAGNER : Un ange s’est pendu.

Disquaire dans le XIVe arrondissement parisien, Elric vient d’accepter de mettre en vente quelques exemplaires du disque d’un nouveau venu sur la scène rock. Il propose même à Vince, un jeune homme quelque peu dégingandé, de le mettre en présence de Richard, un journaliste musical, un gourou dans son domaine, un peu comme Philippe Manœuvre.

Ils se rendent donc dans la cantine habituelle, un restaurant où Richard déguste quelques whiskies en compagnie de son amie Suzy. Richard ne fait guère attention au convive que lui a amené Elric mais peu à peu au cours de la soirée sa défiance s’estompe, les whiskies aidant à instaurer un début d’amitié.

Malgré leur état d’ébriété avancé, Richard propose de raccompagner Elric chez lui à Juvisy, en banlieue, car depuis longtemps il n’y a plus de train de desserte. Arrivé en bas de l’immeuble dans lequel Elric ne s’est pas engouffré, mais ça les trois amis ne s’en sont pas rendu compte, Vince découvre le portefeuille qu’Elric a oublié dans la voiture. C’est à ce moment que tout dérape.

Elric, alors qu’il allait franchir le seuil de l’entrée, a aperçu un ange pendu au bout d’une corde nouée à un réverbère. En compagnie de Suzy et de Vince, Richard frappe à la porte d’Elric, et il est reçu par son copain qui déclare qu’il n’a pas quitté son appartement de la soirée et que d’ailleurs il dormait. Et il ne connait pas de Vince.

Lorsqu’il redescend, Richard s’aperçoit que sa voiture a été volée. Alors, il remonte chez Elric, bien décidé à éclaircir cette affaire, et il se retrouve face à un inconnu qui déclare résider dans l’appartement depuis des années et en pas connaître ce fameux Elric dont s’enquiert Richard. Suzy et Vince, restés dehors, sont abordés par un vieux clochard qui recherche son chien, un chien jaune. Il leur remet trois pièces de monnaie, un message pour son chien et déclare s’appeler Isaac.

Pendant ce temps Elric a assisté au décrochage du pendu par deux anges qui ont disparu. Il continue son chemin et entre dans un bar à moitié décrépit. La serveuse est quelconque, un peu vulgaire et ne connait pas la résidence où habite Elric. D’ailleurs elle précise que le lieu se nomme Font’nay-la-Boisserie. Mais les pérégrinations d’Elric ne font que débuter puisqu’il va continuer son périple en compagnie de Maggie, suite à une bagarre déclenchée par le refus du paiement en pièces inconnues de la serveuse et des autres consommateurs.

 

Elric et Maggie d’un côté, Suzy, Vince et Richard de l’autre sont étonnés par les différences enregistrées lors de leurs tribulations et ne se reconnaissent pas dans le décor qu’ils arpentent.

Ils vont faire de nouvelles rencontres, pas toujours aimables, entraînés qu’ils sont dans un faisceau chromatique, dérivant d’univers en univers. Ils sont les pions involontaires d’une sorte de jeu de go, une partie acharnée entre deux individus qui ne ménagent ni leur peine ni les coups bas, trichant à l’occasion.

 

Ce roman de Roland C. Wagner, le deuxième publié dans la collection Anticipation du Fleuve Noir mais peut-être le premier écrit, augurait déjà d’une grande imagination et d’un talent véritable. Certes, il existe quelques scories comme le signalait André-François Ruaud dans la revue Fiction N°398 du 1er juin 1988, mais il n’empêche que la carrière de Roland C. Wagner était bel et bien lancée.

Roland C. Wagner, en compagnie de nouveaux auteurs dont Michel Pagel, dépoussiérait quelque peu la science-fiction française, redonnant un nouveau souffle à une vieille collection confite dans les thèmes abordés. Un ange s’est pendu relève plus du fantastique d’aventures que de science-fiction ou d’anticipation, ancré dans l’époque de parution du roman.

Roman de débutant, qui pour André-François Ruaud, toujours dans le même article de Fiction, déclarait : ce second roman risque de décevoir plus d'un lecteur, car il s'agit là d'une œuvre relativement mineure, alimentaire pour tout dire, et qui plus est entachée de quelques défauts.

Les années passant et avec le recul nécessaire, puisque le lecteur va peut-être retrouver une époque qu’il a connue, tout au moins au début du texte, ce roman ne semble pas si mineur.

 

 

Mon estomac fait autant de bruit qu’un meeting politique.

 

Un écrivain n’a pas toujours expérimenté ce dont il parle

 

L’ennui avec les intellos dans ton genre, ronchonna Vince, c’est qu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’étaler leur culture.

 

Roland C. WAGNER : Un ange s’est pendu. Collection Anticipation N°1614. Editions Fleuve Noir. 192 pages. Parution mars 1988.

ISBN : 2-265-03789-3

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 04:15

Moi, j’aime bien l’Entre-deux. Entre-deux mers, par exemple…

Mais ce n’est pas le sujet de ces nouvelles…

Pascal MALOSSE : Contes de l’entre-deux.

Si ces nouvelles sont cataloguées fantastiques, n’allez par croire que l’auteur sacrifie à la facilité. Pas de vampires, de fantômes dans le sens par lequel ils sont la plupart du temps représentés, d’animal féérique ou maléfique, de tour de magie ou autre.

Non, Pascal Malosse joue avec une autre thématique du fantastique, la distorsion du temps et la métalepse. Le tout s’intègre dans une aura d’étrange, de bizarre, de cauchemar éveillé. Dans un monde qui pourrait être, qui est le notre. Juste des faits de société, des épisodes mis en avant et exploités comme dans une glace déformante ou mis sous la loupe. Ce qui n’exclut pas parfois une petite touche d’humour.

Et comme on ne décrit mieux que ce que l’on connait, Pascal Malosse place les décors de certaines de ses nouvelles en Allemagne ou en Pologne, mais dans des époques différentes, propices à entretenir cette sensation de baroque, d’insolite, de reflets dans un miroir.

Une sensation de solitude, d’isolement ressentis par un personnage qui pourtant est entouré par une foule, des collègues, des inconnus, qui se déplacent en toute liberté mais qui l’ignorent ou au contraire l’abordent comme s’ils se connaissaient de longue date.

Reprenant sans vergogne une partie de la quatrième de couverture, je me contenterai de vous indiquer quelques-unes des intrigues qui surgissent au détour des pages, sans pour autant déflorer ce qui se déroule avant ou après.

C’est bien ce parfum [l’étrange] qui baigne les Contes de l’entre-deux et accompagne ses héros, qu’il s’agisse pour eux de disputer une partie d’échecs contre un chat qui parle, de rencontrer les fantômes d’une usine abandonnée, de trouver son chemin dans les compartiments d’un train lancé dans une course folle, ou encore affronter les conséquences du fait d’avoir toujours raison.

 

Je conçois que cela peut être frustrant pour le lecteur de ne pas connaître la teneur de ces historiettes, mais en même temps cela entretient le suspense, comme le fait l’auteur, avec malice et talent. Et pour reprendre le titre de l’une de ces nouvelles, je pourrais conclure que l’auteur est en parfaite maîtrise de l’illusion.

 

Sommaire :

Le réveil.

L’église de Konrad.

La fabrique.

Droit dans la brume.

Les Yeux noirs.

Bain de cendres.

Jeu d’enfant.

L’homme qui avait toujours raison.

Clandestine.

Filature par une nuit d’été.

Le fleuve oublié.

Le casino des âmes.

Gare centrale.

Maîtrise de l’Illusion.

En boîte.

Dissociation.

L’idée.

 

Pascal MALOSSE : Contes de l’entre-deux. Collection Absinthes, éthers, opiums N°30. Editions Malpertuis. Parution le 14 juin 2014. 122 pages. 11,00€.

ISBN : 978-2917035344

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 03:43

Les jeux de l’amour et du lézard ?

Max OBIONE : Le jeu du lézard suivi de Toussaint R.

L’ex commissaire Toussaint Rescamone aurait pu passer une retraite tranquille et heureuse dans la vieille maison familiale située dans un petit village corse. C’était sans compter sur la maladie et un vague cousin, Sauveur.

Sauveur brigue par tous les moyens l’héritage et Toussaint, qui n’a plus qu’une petite fille, Dora, laquelle n’a pas donné de ses nouvelles depuis des années à cause d’un différent, craint pour la vie de la jeune fille. Alors Toussaint lance un SOS à Maurice Cintray, dit Le Mat, un de ses anciens subordonnés. Le policier accepte d’aider son ex-patron afin de pimenter sa retraite. Il requiert le renfort de son ami Raja, ancien procureur reconverti en avocat siégeant dans la salle d’un café. Les deux compères se mettent à la recherche de Dora avec pour unique indice le métier de galeriste de la jeune fille dans une galerie d’art parisienne. Mais de photo point, un petit plus qui aurait facilité leurs démarches.

Les galeries de peinture ne manquent pas à Paris, heureusement concentrées dans un quartier de la capitale. Ils s’invitent lors d’un vernissage et sollicitent les renseignements auprès des habitués de ce genre de manifestation. Un peintre méconnu et un photographe les mettent sur une piste qui s’avère fiable. Seulement un ou des individus s’acharnent à vouloir couper le faible lien. Le directeur de la galerie où travaillait Dora est assassiné, d’autres personnes sont grièvement blessées et même assassinées. Toujours selon le même procédé : une balle dans la joue et une dans le genou.

 

Avec ce roman, les bonnes vieilles Séries Noires ne sont pas loin et je pense plus particulièrement aux ouvrages de Marvin H. Albert.

Mais pour autant Max Obione ne pastiche pas. Il possède son style, sec, sérieux, avec une pointe d’humour. Par exemple la description des œuvres d’art exposées, les commentaires des amateurs, éclairés par je ne sais quel esprit retors, et qui encensent un artiste qui véritablement se moque du monde.

Des connaisseurs qui assimilent des résidus de défécation à de l’or en barre, des chiures de mouche à des diamants bruts. Cette petite mise au point aussi lorsque le ministre de l’Intérieur (la première édition de ce roman date de 2005 !) déclare que grâce à ses services une bande de malfaiteurs avait été mise hors course, alors que les forces de l’ordre sont arrivées à l’extinction des feux.

Ce roman se décline en deux parties, la recherche de Dora puis le voyage en Corse. Une histoire à double tranchant maîtrisée par Max Obione qui nous réserve de bonnes surprises.

Max OBIONE : Le jeu du lézard suivi de Toussaint R. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Parution 24 juin 2019. Version numérique. 221 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407761

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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