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21 juillet 2019 7 21 /07 /juillet /2019 04:28

Sans être atteint d’un strabisme divergeant ou convergeant…

Max OBIONE : Regarde ailleurs. 16 Nouvelles fantastiques noires.

Dans ce recueil virtuel de nouvelles noires et fantastiques, teintées d’anticipation et d’un zeste d’érotisme, d’un humour (noir, je précise) parfois sarcastique, Max Obione démontre que sa palette créative ne faillit pas d’imagination.

Il ne manque pas de nous rappeler au détour de certains textes que l’histoire nous guette sans se projeter dans le temps, sans même traverser la rue, mais chez soi.

Ainsi dans Les gros mensonges, le narrateur est un écrivain qui pond régulièrement ses deux cent cinquante pages mensuelles afin d’assurer sa pitance et d’évacuer sa libido avec des personnes aux charmes tarifés mais dont les sentiments n’entrent pas dans les contrats.

Il possède plusieurs pseudonymes, américains cela va de soi car c’est vendeur, et il en change souvent afin de laisser croire aux lecteurs qu’ils se délectent d’un catalogue aux nombreux romanciers de talent. A moins que ce soit l’éditeur qui veut laisser croire qu’il possède une écurie conséquente. Pour autant, le narrateur ne se leurre pas sur l’importance de son talent et la portée de sa prose.

Comme disait Michel Lebrun en parlant de ses propres romans et de la littérature populaire en général, Vite écrit, vite lu, vite oublié. Ce que l’on appelle le réalisme.

Mais Max Obione ne se contente pas de mettre en place un protagoniste qui pourrait lui ressembler (quoi que…) et il offre un épilogue de toute beauté, une pirouette digne d’un Fredric Brown qui joue avec les codes et se montre malicieux.

Parmi les autres nouvelles, dont vous trouverez la liste ci-dessous, à signaler Orphans dont le propos est nettement plus sérieux ( ?), et qui colle à l’actualité depuis quelques années. Le décor est placé dans un orphelinat dont les pensionnaires sont des maladies dites orphelines. La vie est difficile aussi bien physiquement que moralement et le personnel de santé ne se montre guère compatissant.

Des enfants, on en retrouve dans Tomato Kecchappu Kôtei, des gamins en révolte contre les adultes, une révolution sexuelle juvénile située dans une des îles composant l’archipel du Japon. Ce texte prend sa source d’après un film de 1971 de Shuji Terayama. Quant à La Chatte bottée, s’il s’agit d’une nouvelle librement inspirée du conte de Charles Perrault. Une botte narre l’histoire et les aventures amoureuses et sanglantes de Luisa tandis que sa sœur jumelle, la sœur de la botte je précise, n’est pas intéressée du tout par ce qu’il se passe. Elle fait la tête tandis que la première marche sur la pointe des pieds pour mieux se divertir de certaines séances et séquences.

Cutter, comme son titre l’indique, est l’arme qui a servi à mutiler des femmes, des cadavres. Dans ce petit coin des Etats-Unis, les policiers arrivent rapidement sur place, alertés par un de leurs collègues qui a découvert le dernier corps dans un fossé. Mais selon toutes vraisemblances le meurtre s’est déroulé ailleurs.

Las des haines, titre jeu de mots, nous présente un biologiste amateur cultivant amoureusement une bactérie, la regardant grossir de jour en jour, l’examinant avec fierté dans l’oculaire de son microscope. Il la nourrit comme s’il portait en son sein sa progéniture, et il n’y en a que pour elle.

 

Comme vous pouvez vous en rendre compte, ces seize nouvelles n’ont rien en commun sauf ce regard de Max Obione sur notre entourage, celui que l’on ne perçoit pas toujours mais que l’on côtoie. Un regard désabusé, décalé, un humour grinçant, sarcastique, et si l’on s’esclaffe de temps à autre, il s’agit d’un rire jaune.

L’auteur regarde ailleurs, certes, mais dans les yeux, un monde en déliquescence, le fixant comme l’entomologiste examine un insecte nauséabond et nuisible. Mais on a besoin d’insectes, quelle que soit leurs fonctions dans la biodiversité.

Et sous la plume inquisitrice de l’auteur se dégagent, se dévoilent, une grande sensibilité, un humanisme prégnant, une vision pessimiste et une désillusion exacerbée quant à notre avenir.

 

Sommaire :

Les gros mensonges

Orphans

Cutter

Las des haines

Véroli & vérola

Tomato Kecchappu Kôtei

La chatte bottée

Le rire des hyènes

Maltraitance

La ficelle

Canon

A cœur battant

Attention à la marche

La gaule à Mickey

Arrière-cuisine

Caduta massi

 

Max OBIONE : Regarde ailleurs. 16 Nouvelles fantastiques noires. Collection Mélanges. Editions SKA. Parution le 29 juin 2019. 135 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407785

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 04:20

Au menu : poulpes en lévitation et mandragores.

A table !

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 3.

Les plus courtes sont les meilleurs affirme un adage. Et il est vrai que l’on prend plus de plaisir à lire ces nouvelles écrites par Brice Tarvel, lequel planche sur un nouveau tome à paraitre à une date ultérieure, qu’à s’attaquer à des pavés poussifs et trop délayés.

Avec Le gouffre des ombres et Le jardin des mandragores, l’auteur retrouve, come s’il l’avait jamais perdu, l’esprit qui animait Jean Ray dans la narration des histoires consacrées à Harry Dickson et son fidèle et jeune assistant Tom Wills.

Alors que le célèbre détective et son assistant prennent pension à l’auberge des Bons pêcheurs près de Scalby, petit cité sise non loin de la Mer du Nord, à la recherche de Black Rat, surnommé l’assassin à la hache, des événements bizarres se déroulent et qui ne manquent pas de les intriguer. En effet un pêcheur retraité est fort intrigué lorsqu’il se rend compte que ses carottes sont aspirées dans son potager. Mais ce brave homme disparait lui aussi.

Tout en enquêtant sur la présence de Black Rat dans la région, présence qui pose problème car pourquoi serait-il venu se réfugier dans ce coin de terre, Harry Dickson et Tom Wills se penchent dangereusement sur ce nouveau problème des carottes aspirées. Ils se penchent même tellement qu’ils se trouvent nez à nez, si l’on peut dire, à des poulpes qui aimeraient les serrer dans leurs tentacules. Je ne dévoile rien, même si c’est l’une des parties de leur enquête, l’illustration de couverture, signée Christophe Alves, étant assez explicite. Et le titre aussi car qui dit gouffre dit exploration souterraine.

 

Dans Le jardin des mandragores, Harry Dickson et Tom Wills sont confrontés à de petits homoncules qui mettent en émoi les quartiers huppés de la capitale de la fière Albion. Des homoncules qui ne reculent devant rien, animés de vindicatives revendications et se montrant pillards et égorgeurs, avec leurs yeux rouges comme des feux de signalisation.

Tom Wills est jeune, entreprenant, insouciant, mais il est doué en dessin. Toutefois, pourquoi laisser derrière lui un énigmatique message représentant un dinosaure ? Et quelles sont ces sœurs Tanner qui élèvent amoureusement dans une serre des plantes exotiques, quel est leur secret inavouable ?

 

Les pieuvres et les mandragores, deux thèmes porteurs de l’imaginaire fantastique que Jean Ray exploitera certes, mais il ne fut pas le seul. Mais plus que la pieuvre, que l’on pourra associer à H.P. Lovecraft, ce sont bien les mandragores qui exercent une fascination par leur ressemblance à un corps humain, à un squelette, offrant des débouchés aussi bien dans l’horreur que dans la narration poétique comme le fit Elizabeth Goudge dans certains de ses romans dits de merveilleux-fantastique.

Du Gouffre des ombres au Jardin des mandragores deux décors, l’un rural et d’apparence bucolique, l’autre profondément attaché à la ville dans une approche urbaine et horticole, c’est la Nature qui parle et revendique ses droits.

L’humidité est partout présente, quelle que soit la forme empruntée, et plus que le fog londonien, c’est le smog qui prédomine. Ce n’est plus uniquement du brouillard, mais un mélange de brouillard et de fumée qui enveloppe tout. Ce fameux smog contraction de fog et de smoke propre à la capitale britannique. Parait-il !

 

Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson. Tome 3. Collection Absinthes, éthers, opiums. Editions Malpertuis. Parution 14 février 2012. 132 pages. 11,00€.

ISBN : 978-2917035245

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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 04:42

J’ai la mémoire qui flanche, je m’souviens plus très bien…

Clive BARKER : Cabale

Devant Boone, onze photographies, représentant onze êtres humains sauvagement assassinés.

Boone est-il l’auteur de ces boucheries ? Peut-être, mais il ne s’en souvient pas. Pourtant sur l’insistance du psychiatre Decker, il est prêt à avouer tous ces crimes qu’il ne se rappelle pas avoir commis.

Cette introspection dans une mémoire défaillante l’amène au bord du gouffre et pour échapper à son moi psychopathe, une seule solution : disparaître dans la mort.

Sorti du bureau du psychiatre Decker, il se jette contre un camion mais ce geste ne lui occasionne que quelques contusions. Emmené à l’hôpital il va y trouver son destin en la personne d’un autre blessé qui lui enseigne l’emplacement du Midian.

Midian, lieu mythique, dont il avait déjà entendu parler au gré de ses rencontres mais sans vraiment y attacher une importance énorme.

Midian, c’est une sorte de refuge, un endroit où l’on souhaite être emporté. Un endroit où les péchés, réels ou imaginés, sont pardonnés.

C’est décidé. Boone part pour Midian avec à ses trousses Decker le psychiatre, un personnage malfaisant, et Lori, une jeune femme dont l’amour lui servira de protection et d’antidote.

 

Débutant comme un banal roman policier psychologique, Cabale bien vite se transforme en un véritable roman d’horreur, de terreur, d’épouvante.

La quête d’un homme ayant soif de laver des péchés qu’il n’est pas sûr d’avoir commis, traînant à sa suite le bien et le mal.

Un combat orchestré par des morts-vivants et des démons au milieu d’un cimetière et d’un quartier fantôme.

Le tout conté magistralement par un Clive Barker en pleine possession de son art et démoniaque à souhait, voilà de quoi faire passer une excellente nuit blanche aux lecteurs en mal de frissons.

 

Réédition J’ai Lu épouvante N°3051. Parution juin 1991.

Réédition J’ai Lu épouvante N°3051. Parution juin 1991.

Clive BARKER : Cabale

Clive BARKER : Cabale (Cabal – 1988. Traduction Jean-Daniel Brèque). Collection Blême. Editions Albin Michel. Parution février 1990. 278 pages.

ISBN : 2-226-03932-5

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 07:31

Hommage à Billie Holiday décédée le 17 juillet 1959.

Claude BEAUSOLEIL : Black Billie.

Il ferait beau voir que les détracteurs du jazz qui cataloguaient cette forme musicale comme de la musique de sauvages, vitupèrent encore aujourd’hui et confirment leurs allégations et réprobations.

Non, le jazz est poésie et Claude Beausoleil le démontre avec brio dans cet hommage en trois parties rendu à Billie Holiday, Lady Day ou encore la Dame aux gardénias.

La première partie est une sorte de témoignage biographique empreint de lyrisme, soulignant la désespérance de la chanteuse et qui s’élève en une fulgurance incantatoire.

« Elle chante ce qui ne peut se vivre qu’en chanson. Pour oublier, elle se souvient. Elle chante, exorcisant ses ruptures, ses contrats, ses amours, ses harmonies, ses déséquilibres, ses combats quotidiens. Elle chante pour survivre comme une femme amoureuse, femme noire en bagarre contre les règles absurdes d’une Amérique sans scrupules ».

Claude Beausoleil érige sa déclamation, sa déclamation d’amour, envers la chanteuse, la solitaire, la désespérée, la femme, la portant au pinacle, et dans les deuxième (Les fleurs du blues) et troisième (Paris, Billie, la pluie) parties, il versifie, librement, par petites touches, inspiration puisée dans le quotidien, comme une poudre jetée aux yeux, comme un alcool qui a du mal à s’évaporer, comme une longue souffrance jetée en pâture, comme une solitude au cœur de la foule agglutinée dans les cabarets ou les salles de concert, comme un naufrage à bord d’un quai.

« Le soleil loin si loin de ces chansons tristes

Le malheur t’attendait depuis toujours Billie

Et pour toujours tu le sais perdue désenchantée ».

Des cris couchés sur le papier, indélébiles, que seul un blues rageur et pathétique pourra embuer, embraser, consumer.

Sublime amoureuse sans regrets

Bafouée rejetée tu persistes

A nommer l’irrésistible envie

De croire encore et au-delà

Du chaos des échecs répétés

Entre la sueur et le sang

Donnant corps à l’espoir noir

D’après les bilans d’injustice

Ta vie transite par tes chansons,

Langoureusement de ville en ville

Prolongeant ta plainte en labyrinthes

Désemparée dans ta robe de blues

Tu assumes impassible les effets

De ce qui dans ta voix scandalise

Un ouvrage qui se doit de se voir offrir la niche rassurante d’une table de chevet, et lors d’insomnies s’ouvrir au gré des pages, afin de nous faire comprendre que s’il y a rémission, elle passe par le décryptage d’une voix écoutée dans le noir de la solitude, de l’espérance aussi. Billie n’est pas morte un 17 juillet 1959, puisqu’elle est toujours présente par le truchement de ses enregistrements.

Claude BEAUSOLEIL : Black Billie. Editions du Castor Astral. Parution 4 mars 2010. 192 pages.

ISBN : 978-2859208189

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 04:03

Filet garni, oui, mais pas de produits bio...  

Philippe CARRESE : Filet garni.

Quand ça se présente mal dès le début, comment voulez-vous que ça se passe bien par la suite ? Bébert, routier (sympa, selon les normes en vigueur) en transit en Allemagne, doit transbahuter, entre autre, des fûts jusqu’à Marseille. Tranquille comme boulot.

Seulement ce qu’il ne sait pas c’est que ces barils contiennent un produit toxique. Comme il n’est pas au courant, après tout aucun danger pour lui. Du moins dans ce domaine. Car tandis qu’il se repose béatement dans la cabine de son bahut, il est réveillé par des grincements. Deux manouches viennent de forcer la porte de sa remorque. Le genre de truc qui a pour don de le mettre sérieusement en colère.

Ni une, ni deux, Bébert accompagné d’une barre à mine qu’il manie avec dextérité, fracasse à mort les deux braqueurs de camions. Il téléphone à son patron, Gilbert, ponte marseillais de l’import-export (frauduleux mais chut personne ne le sait) qui lui passe une avoinée téléphonique tout en lui recommandant bien de protéger sa marchandise et surtout ses fûts.

Cependant, c’est sans compter sur Rudy un troisième manouche qui a assisté à l’algarade sur le parking et n’a qu’un souhait, venger ses copains. S’ensuit une course poursuite, Bébert à bord de son camion repérable et Rudy empruntant divers véhicules au gré de ses besoins et des aléas autoroutiers. Bref tout ce joli monde va se retrouver, pas forcément dans la joie et la bonne humeur, avec en prime des cadavres jetés dans des décharges publiques.

Richard, le beau-frère de Gilbert, et accessoirement narrateur, nous narre (évidemment puisqu’il est le narrateur !) cet épisode complètement dingue et au cours duquel il va risquer sa vie et celle de ses proches. A son corps défendant bien entendu car les affaires véreuses de Gilbert, il n’en a rien à faire, mais la famille c’est la famille, et il ne peut se défiler.

Bref le lecteur est partagé entre ressentir une certaine sympathie envers Richard qui nous conte ses déboires et surtout ceux de ceux (je sais ça fait répétition mais cela n’en est pas une malgré les puristes qui pourraient me reprocher de ne pas respecter les règles grammaticales et les principes fondamentaux de la syntaxe) qui gravitent dans un décor marseillais d’opérette.

C’est faux. Tout est faux, enfin je voulais dire que l’histoire est fausse, quoique, c’est peut-être la façon de la décrire qui l’est, à moins que l’auteur, persuadé de détenir une imagination débordante ce soit tout simplement inspiré d’un fait divers réel.

Un véritable régal de lecture tant Philippe Carrèse nous entraîne dans des chemins de traverse avec ce petit côté burlesque qui se mêle à la gravité.

 

Philippe CARRESE : Filet garni. Collection Les Noirs. Editions Fleuve Noir. Parution le 1er mars 1996. 190 pages.

ISBN : 978-2265057159

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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 04:34

Des grammes qui valent des kilos…

Patrick ERIS : Quelques grammes de brutes dans un monde de finesse.

Etre directeur d’une agence de mannequinat n’est guère banal, surtout lorsque l’on n’a que quatorze ans. Mais Emilio Esteban, s’il est jeune ne manque pas d’expérience et comme son QI est stratosphérique (comme dirait un commentateur sportif télé qui n’a pas peur d’employer des mots dont il ne connait pas le sens et que ses confrères moutonnants relaient dans un ensemble digne des ovins de Panurge), il se débrouille honorablement.

Sa grande sœur Rhonda Jane l’aide dans ses démarches et il peut compter également sur leur tuteur, Chico, garagiste installé juste en face de leur domicile. Et les parents, me demanderez-vous benoîtement ? Ils sont morts quelques années auparavant dans un accident.

Emilio était une petite vedette de la publicité, plongé très jeune dans le grand bain pour des réclames du savon Dékrass. Il avait amassé ainsi une petite fortune que géraient ses parents mais à leur mort celui qui avait été nommé leur tuteur officiel s’était carapaté avec le magot. Ce qui fait qu’il ne leur restait plus grand-chose à lui Emilio et à sa sœur et que Chico, l’ami de la famille, avait été investi tuteur remplaçant, mais un tuteur efficient.

Emilio est plongé dans ses comptes lorsque tout à coup la porte de la pièce vole en éclats et que deux hommes s’introduisent avec force fracas. Ils veulent parler au père d’Emilio, le responsable de l’agence selon eux, ce qui prouve qu’ils ne sont guère renseignés, réclamant les coordonnées de Señorita Alvez. Il s’agit d’une gamine qui émarge à l’agence comme mannequin et a déjà posé pour de nombreuses séances de photos.

Pourquoi les deux hommes, surnommés l’Armoire et King Kong au vu de leur corpulence, réclament-ils les coordonnées de la jeune fille, Emilio n’a guère le temps de leur poser la question devant l’air vindicatif des deux brutes. Et ils se seraient chargés de le maltraiter si Rhonda Jane ne s’était pas interposée. Avant de chercher des noises à des gamins, il vaut mieux se renseigner mais comme je l’ai déjà signifié plus haut, ils avaient omis de se documenter. Aussi ils ne savaient pas que Rhonda Jane est championne de karaté et ils sont rapidement éjectés de la pièce.

Les deux hommes parviennent à s’enfuir, malgré l’aide apportée par Chico et ses trois employés, à bord de leur véhicule. En réalité l’Armoire a bien été capturé par Chico, et sous la menace de représailles indique son nom, Blowit, et celui de leur employeur, un prétendu Coyotte. Mais il parvient à jouer la belle, et à rejoindre son compagnon qui n’attendait que lui pour démarrer. Ils sont pris en chasse par Rhonda Jane qui conduit une Triumph hors d’âge mais encore vaillante. Emilio s’installe derrière elle et la moto se lance à la poursuite des deux brutes qui se plantent. King Kong est définitivement hors circuit quant à Blowit, il a disparu dans la nature.

Heureusement Emilio a ramassé un papier dans le véhicule, un vulgaire bordereau de livraison au nom de la blanchisserie White Blanco, du nom de son créateur un demi-siècle auparavant. Ce n’est pas grand-chose, et pourtant il s’agit bien d’un début de piste que vont remonter sans barguigner Emilio et sa sœur et quelques autres.

 

Narré sur un mode humoristique, ce roman pour adolescents que l’on pourrait qualifier de tragicomique ne manque pas d’intérêt et Patrick Eris s’attelle à la grande lessive californienne. Car j’ai omis de vous signaler que l’action se déroule près de la frontière mexicaine.

Et ce qui n’était qu’une aimable histoire narrée par un enfant de quatorze ans, qui possède un QI stratos… un peu supérieur à la moyenne disons, prend de l’ampleur au fur et à mesure de son développement.

Et l’on pourrait même dire que ce roman est débridé et dans lequel on peut laver son linge sale, mais pas en famille. Avec un petit goût de fantastique car l’un des protagonistes de ce conte relève du prototype d’un exosquelette.

Et cette histoire prend encore plus d’acuité vers sa conclusion à cause des événements qui se déroulent actuellement sous l’impulsion d’un président américain arrogant et, n’ayons pas peur des mots, raciste.

Et comme je le dis souvent, les romans publiés dans des collections destinées aux adolescents ne sont pas réservés à une tranche d’âge prédéfinie et les adultes peuvent en tirer de nombreux enseignements, s’ils ne sont pas confis dans leurs réactions ségrégationnistes et s’ils veulent bien réfléchir à ce qu’il se passe autour d’eux.

Patrick ERIS : Quelques grammes de brutes dans un monde de finesse. Collection Séma’Cabre. Editions Séma. Parution le 15 juin 2019. 146 pages. 14,00€. Version numérique : 4,49€.

ISBN : 9782930880853

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14 juillet 2019 7 14 /07 /juillet /2019 04:33

Sentir plus loin que le bout de son nez…

Emile DESJARDINS : Odor di femina.

Lassé des odeurs dégagées par des corps qui se vendent sans de véritables réactions de satisfaction, le rédacteur (l’auteur ?) décide de quitter la capitale pour s’enivrer de parfums frais et musqués exhalés par des représentantes féminines susceptibles de lui offrir des amours naturalistes sans chichis.

Il se rend dans sa propriété du Midi où il sait trouver quelques jeunes filles ou jeunes femmes qui lui offriront sans barguigner, parfois contre une petite rétribution d’un Louis d’or, un reposoir sain, sans artifice. Et le visiteur pourra explorer le tunnel pastoral en laissant ses témoins à l’entrée.

En cette fin de mois de mai, il saura décider des femmes mariées à compléter leurs revenus ou des jeunes filles à composer leur dot grâce aux subsides généreusement distribués. Leurs senteurs, si elles sont plus fortes, plus prégnantes que celles des citadines, lui laissent dans le nez l’odeur du vrai, du non frelaté.

Avec les jeunes épouses, point n’est besoin de prendre des précautions, car le mari sera fier d’endosser une paternité dont il rendra responsable sa propre virilité. Quant aux pucelles, il sait qu’il doit se plier à quelques prudences afin que cela n’entache pas leur honneur, mettant au ban de la société les réceptrices de ses faveurs. Faveurs qu’il prodigue à moult reprises, sans débander, ou si peu lors des confrontations sexuelles.

Il va donc tour à tour se réjouir avec des faneuses, des lavandières, puis des moissonneuses, car les semaines passent et il est toujours infatigable, puis ce sera le temps des vendanges, grappillant à gauche et à droite, mais surtout au centre.

Ces jeunes femmes ne se montrent guère farouches… à recevoir des pièces d’or et l’enseignement qu’il leur prodigue ne pourra que leur être bénéfique dans leurs relations conjugales.

Ainsi il leur montre comme jouer de la langue en enfournant ce que l’on pourrait dénommer l’objet du délit, leur montrer comment une langue arrive à les faire vibrer, à s’extasier devant leurs perruques et s’amuser au contact de leur petite excroissance de chair, mais aussi leur prouver qu’utiliser la porte de service est parfois mieux indiquée que pénétrer par l’entrée principale afin de ne pas avoir de regrets quelques neuf mois plus tard.

 

Ces amours ancillaires pastorales ne laissent pas de bois le narrateur (quoi que le membre ne soit guère amolli et lorsque cela se produit, il indique des méthodes favorables à la montée de la sève et au durcissement du tronc) d’autant que la nature a favorisé ses amantes éphémères. Il apprécie les rondeurs mammaires dont sont abondamment pourvues ses partenaires et leurs croupes rebondies auxquelles il peut s’accrocher manuellement.

C’est un hédoniste qui sait profiter de ses bonnes fortunes et de ses fortunes de bonnes, même s’il encourage les pratiques en dédommageant ses partenaires. On n’a rien sans rien, et il est de bon goût de flatter les corps et les esprits avec une juste rétribution. Les malotrus sont ceux qui se contentent de mots doux pour le mal (ou mâle) au trou.

 

Cette historiette démarre doucement et peu à peu cela s’emballe (et pour cent balles c’est pas cher !) et je me contenterai de signaler que le narrateur favorise les relations entre sœurs de Lesbos, leur suggérant des pratiques dont elles jouissent en sa compagnie et après… Je vous laisse découvrir la suite.

Ce conte date du début des années 1900 et malgré le temps il n’a guère vieilli, tout ce qui a été écrit plus tard n’étant que des resucées…

 

Emile DESJARDINS : Odor di femina. Avant-propos d’Ursula Grüsli. Collection Culissime Perle rose. Editions SKA. Parution 29 juin 2019. 115 pages. 3,99€.

ISBN : 9791023407792

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 04:01

Rock en stock !

Jean-Pierre FAVARD : ManiaK is Back.

Les festivals dédiés aux musiques actuelles, rock principalement, fleurissent comme autant de comédons sur le visage d’un adolescent. Certains apparaissent, d’autres disparaissent et quelques-uns se révèlent tenaces.

Parmi ceux qui perdurent, Rockalissimo, à Saint-Aubin petit village du Jura. Né en 2004, c’est encore un adolescent qui ne demande qu’à vieillir auprès de ses aînés que sont Les Vieilles charrues, Les Francofolies ou Le Printemps de Bourges. Et ces manifestations sont l’occasion propice pour révéler de nouveaux groupes, de confirmer des groupes émergeants, voire en sortir d’autres, des légendes, du déclin qui les avaient propulsés dans les oubliettes.

C’est ainsi que Valentin Deschaux, plus connu sous le nom de Maniak, reforme son ancien groupe The Predicators sous l’impulsion de Sonia, sa manageuse (ça se dit ?) qui se démène auprès des médias et de l’organisation du Festival Rockalissimo. Elle a su le convaincre, d’ailleurs il n’attendait que l’occasion propice de remonter d’abord sur une petite scène et chatouiller à nouveau le succès en compagnie de ses deux copains musiciens Cloporte et Cafard.

Une légende que ce Maniak, dont les frasques ont longtemps alimenté les chroniques journalistiques, frasques sexuelles, vestimentaires et absorption de produits illicites en quantités déraisonnables.

Si certains journalistes émargeant dans des magazines spécialisés sont stupéfaits et sceptiques à cette annonce tonitruante, d’autres, dont Clara se laissent séduire, d’autant que c’est peut-être le moment favorable pour pondre un papier qui les fera connaître.

Bientôt ce sera le grand jour et parmi ceux qui vont rejoindre le lieu du festival, Mano, un journaliste sur le retour qui est accompagné de Clara, stagiaire qui lui sert de chauffeur. Et derrière eux, Jonathan, le copain, le fiancé presque, le compagnon de Clara qui n’en a rien à faire de la musique mais qui est jaloux, connaissant la réputation du chroniqueur. Non, tous ne se rendent pas à Saint-Aubin pour faire la fête.

Et à Saint-Aubin, ce rassemblement dérange quelques autochtones qui ressortent leurs fourches afin de piquer dans leur fierté les fêtards (j’aurais bien écrit les toffeurs, mais je n’arrive pas à assimiler ce nouveau langage bien loin de ce que mon prof de français m’a inculqué !).

 

Avec humour et clairvoyance, Jean-Pierre Favard nous invite à le suivre, et nous le faisons volontiers, sur la route du rock, à découvrir les dessous d’un journalisme couvrant une manifestation parce qu’il le faut ou parce que c’est un besoin viscéral, les coulisses d’un festival qui est resté à taille humaine n’explosant pas les maigres subsides qui lui sont octroyés, les festivaliers qui se rendent dans ce genre de fête en plein air mais pour qui la musique n’est qu’une petite partie de leurs préoccupations, de ces nombreux bénévoles qui œuvrent souvent pour la bonne tenue du festival mais n’en verront pas une miette, seules leurs oreilles récoltant les pollutions sonores.

Mais une histoire se greffe sur ce qui pourrait être un reportage musical mettant en scène de vieilles gloires, et elle ne manque pas de piquant, de tendresse, d’odeurs et de sonorités, de nostalgie avec rappels de ceux qui ont disparus prématurément de la scène musicale, et une pointe de fantastique.

Et, parfois, je me suis senti solidaire de ce vieux, faut pas exagérer, de ce journaliste expérimenté qui déclare sans barguigner :

Juste un passionné. Si tu m’avais connu à cette époque-là… Les dizaines de papiers que j’ai pu signer sans être payé. Juste pour la beauté du geste.

Combien sommes-nous dans ce cas qui rédigeons des chroniques, juste pour la beauté du geste !

 

Jean-Pierre FAVARD : ManiaK is Back. Collection LoKhaLe N°8. Editions de La Clef d’Argent. Parution le 5 juin 2019. 134 pages. 6,00€.

ISBN : 979-1090662551

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12 juillet 2019 5 12 /07 /juillet /2019 04:23

Et elle n’avait même pas la climatisation !

Viviane JANOUIN-BENANTI : La Séquestrée de Poitiers.

Histoire quand tu nous tiens ! Les romanciers puisent parfois dans des faits-divers réels, adaptent à leur façon le déroulement d’événements atroces, d’après des témoignages, des comptes rendus d’audience, des déclarations de témoins ou encore d’articles de journaux parus à l’époque.

Ainsi Viviane Janouin-Bénanti nous retrace la sinistre affaire de La séquestrée de Poitiers, une affaire qui vit son aboutissement en 1901 mais débuta dans une indifférence presque générale vingt cinq ans auparavant. Une histoire d’amour qui dégénère en drame pour multiples causes.

Blanche Launier est la fille de Martin Launier, professeur de rhétorique au collège royal de Poitiers et d’Henriette de Marcillat, descendante d’une vieille famille de la noblesse poitevine et d’un général d’Empire. Des parents catholiques et royalistes convaincus, imbus de leur position dans la cité. Blanche tombe amoureuse de Gilles Lomet, avocat, républicain et protestant. Les Launier sont en conflit avec le père de Gilles et bien entendu ils ne veulent entendre parler d’une liaison entre leur fille et leur ennemi.

Seulement, malgré ses appuis auprès de nobles influents et après avoir été nommé doyen de la faculté de lettres de Poitiers, Martin Launier se verra destitué. La guerre de 1870, la Commune puis les débuts timides de la 3ème République ont contrarié ses projets et il décède. Henriette devient la maîtresse de la maison, riche mais ayant peur que le mariage entre Gilles et Blanche, s’il s’effectuait malgré ses réticences, lui entame sa richesse à cause de la dot. C’est ainsi que tout dégénère.

Henriette, par tous les moyens va contrarier les projets de sa fille, ne pensant qu’au devenir du fils promis à un bel avenir au service de l’état. Elle intercepte les lettres entre les deux amants, fait croire à sa fille qui ne peut plus sortir que Gilles s’est marié, à Gilles que sa fille ne l’aime plus, le tout avec la complicité de bonnes dévouées à la famille.

Pendant vingt cinq ans Blanche restera cloîtrée dans sa chambre ou dans l’appartement, devenant peu à peu sauvageonne, ayant parfois des éclairs de lucidité, essayant de se rebeller. Mais toutes ces tentatives avortent dans l’œuf. En 1901, elle sera secourue, grâce à une petite bonne qui osera dénoncer auprès des policiers cette séquestration impensable. Blanche est squelettique et à moitié folle, poussant des cris, cloîtrée dans une chambre aux volets clos depuis des années.

 

Cette histoire lamentable, narrée comme un roman, restitue les clivages qui gangrènent une société provinciale, coincée entre royalistes et républicains, entre catholiques et protestants. Avec comme moteur principal l’ambition effrénée d’une famille qui aspire à jouer les premiers rôles parmi les notables et se dresse en intégristes obtus, foulant aux pieds le bonheur de leur fille au nom de principes délétères. Une histoire vraie de séquestration qui donna des idées d’intrigues de romans à bon nombre d’auteurs par la suite.

 

Viviane JANOUIN-BENANTI : La Séquestrée de Poitiers. 3E éditions. 22 décembre 2015. 256 pages et 16 pages de documents d’époque. 9,00€. Version numérique : 4,99€.

ISBN : 979-1095826606

 

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11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 04:37

Sherlock Holmes rencontrant Vidocq, vous ne serez pas volé !

René REOUVEN : Le détective volé.

René Reouven possède plusieurs passions et ces passions, il sait les faire partager à ses lecteurs.

D’abord l’écriture, ce qui est la moindre des choses pour un écrivain. Ensuite une passion pour le détective né de l’imagination fertile de Conan Doyle, j’ai cité Sherlock Holmes. Enfin, il professe un faible avoué pour la petite histoire des assassins, ce qui d’ailleurs l’a amené à rédiger un Dictionnaire des assassins fort remarquable.

Dans Le Bestiaire de Sherlock Holmes, René Reouven s’était amusé à résoudre quatre affaires que le brave docteur Watson n’avait évoquées dans ses mémoires que d’une façon fort succincte. L’assassin du boulevard mettait en scène allègrement personnages réels et personnages fictifs, le tout avec une érudition et un humour distillés d’une manière subtile.

Avec Le détective volé, René Reouven place la barre encore plus haut, à la grande joie de ses admirateurs et lecteurs puisqu’il envoie Sherlock Holmes et son biographe sur les traces du chevalier Dupin et de son créateur Edgar Poe.

Grâce à une astuce fort obligeamment prêtée par Herbert George Wells, Conan Doyle dépêche en mission ses personnages dans le Paris des années 1830, irrité qu’il est d’entendre que Sherlock Holmes et son ami ne seraient que des copies, des imitations du chevalier Dupin. Pourquoi ne pas l’accuser de plagiat pendant qu’on y est ?

Ce voyage, même s’ils ne rencontrent pas le célèbre chevalier, ne sera pas infructueux, ne sera pas effectué en vain, puisque nos deux héros britanniques feront la connaissance de Vidocq, l’ancien bagnard, ex-chef de la Sûreté, reconverti comme détective privé, ainsi que d’un curieux assassin poète, Lacenaire.

Mais ce voyage parisien s’avère incomplet et ainsi un second voyage, situé lui dans l’Amérique de 1849, devient nécessaire. Holmes et son ami Watson apprennent la mort d’Edgar Poe, dans de curieuses circonstances, ce qui les conduiront à effectuer une enquête mouvementée et dans laquelle Watson sortira du rôle falot qu’on lui prête habituellement.

 

Une fois de plus René Reouven, en mariant avec habileté imagination et faits réels, nous propose un petit bijou. Pas tout à fait pastiche ni parodie, pas tout à fait à la manière de… ce roman est à considérer comme un hommage rendu à Conan Doyle par un admirateur qui se montre l’égal sinon plus du maître.

René REOUVEN : Le détective volé. Editions Denoël. Parution le 22 septembre 1988. 216 pages.

ISBN : 978-2207234693

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