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11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 04:19

I’m a poor lonesome cow-boy…

Ray HOGAN : Le marshal de Wolf Crossing

Cela fait deux ans que Shawn Starbuck est parti à la recherche de son frère Ben. Deux ans à sillonner divers états du sud des Etats-Unis, Kansas, Texas, Nouveau Mexique, et à effectuer de petits boulots pour assurer sa subsistance.

Lorsqu’il arrive dans la petite ville de Wolf Crossing, il est étonné d’apercevoir un nombre important de personnes agglutinées devant un saloon. Le marshal Brandon essaie de recruter des volontaires afin de se lancer à la recherche de pilleurs de banques. Quatre hommes ont été tués. Ce qui est une bonne excuse pour lever une milice afin d’aller à leur recherche et les alpaguer.

Seulement, la société spoliée, Paradise Mine, n’a pas bonne presse à Wolf Crossing, et à part trois hommes, Brandon n’arrive pas à recruter de volontaires. Et encore, ceux qu’il a réussis à enrégimenter n’offrent pas toutes les garanties possibles. Dave Gilder est un dipsomane et le contenu de ses bouteilles de whisky s’évapore comme par enchantement. Walt Moody est arrivé de l’Est une semaine auparavant, après une vague histoire de femme, et depuis il déambule comme une âme en peine. Enfin Able Rome est un Noir, un nègre qui s’est fait mettre à la porte de la ferme où il travaillait. Mais il a reçu une certaine instruction et il s’exprime bien. Trop bien pour un Noir d’après le tenancier du saloon où se désaltère Starbuck.

Brandon veut enrôler Starbuck et pour cela il possède un argument imparable : Ben se trouverait parmi les trois fuyards et aurait participé à l’appropriation de l’argent de la Paradise Mine. Starbuck n’en est pas persuadé mais il ne faut négliger aucune possibilité, aussi il accepte de participer aux recherches.

C’est ainsi que les quatre recrues et le marshal Brandon prennent à cheval la seule piste possible devant mener sur les traces des bandits. Brandon est légèrement imbu de lui-même et de sa fonction, et il n’accepte les conseils de Starbuck ou d’Able Rome que lorsqu’il ne peut faire autrement. Ce qui interpelle Starbuck, lequel se pose de nombreuses questions quant au comportement énigmatique du marshal.

 

Ils vont bientôt rattraper les fugitifs qui se cachent mais aussi se défendent. Le paysage aride et montagneux se prête à une sorte de jeu de cache-cache et les nombreux escarpements facilitent les embuscades.

Si Brandon se montre autoritaire et parfois incompréhensible dans ses décisions, le caractère des autres compagnons de Starbuck évolue. Rome est un Noir qui possède de l’instruction et son intelligence vaut bien plus que celle du marshal. Il a de la répartie et met souvent Brandon en porte à faux. Il se réfère aux déclarations de Lincoln concernant l’avenir des Noirs, Lincoln qui a été assassiné quelque temps auparavant. Peu à peu le lecteur en apprend un peu plus sur Gilder et Moody, sur leurs antécédents. Mais surtout ils vont se révéler moins pleutres qu’annoncé, et Gilder va même essayer de se corriger de son état d’alcoolique chronique.

Brandon doit rendre son étoile dans un mois, et il ne veut pas renouveler son mandat, ne désirant pas se présenter aux élections. Cet entêtement, cet acharnement à retrouver les détrousseurs de banques et de sociétés minières sont en contradiction avec sa prise de position quant à son avenir. Mais ce qui prédomine en lui c’est ce racisme latent et insupportable aux yeux de Starbuck, et des lecteurs.

Ray Hogan écrit là un épisode de Starbuck profondément humain, et antiraciste. Le personnage d’Able Rome est plus que sympathique, démontrant qu’il ne faut pas se fier à la couleur de peau pour émettre un jugement de moralité ou autre. Il veut se prouver et prouver à tous qu’il est capable de faire aussi bien, sinon mieux que la plupart de ses concitoyens.

Tout ce que je cherche, continua-t-il, c’est l’occasion de prouver que je suis comme les autres, que je suis leur égal et non pas un homme à part que l’on doit traiter différemment.

Et s’il a de la répartie, c’est avec humour, sans agressivité. Ainsi à Brandon, qui vient le chercher au saloon et qui lui déclare :

Je veux que tu te mettes dans la tête dès maintenant que tu n’emporteras pas d’alcool.

Faudra bien que j’emporte ce que j’aurai mis dans mon estomac, répliqua le Noir.

 

La saga de Shawn Starbuck comporte vingt-quatre épisodes et celui-ci en est le sixième, chronologiquement. Seuls cinq titres ont été traduits en France, dans un ordre anarchique. Ce qui est dommage, n’offrant qu’une approche limitée de la saga de Shawn Starbuck.

 

De Ray Hogan, on peut également lire

Ray HOGAN : Le marshal de Wolf Crossing (Brandon’s Posse – 1971. Adaptation de Jean-André Rey). Collection Le Masque Western N°143. Editions Librairie des Champs-Elysées. Parution 10 décembre 1975. 192 pages.

ISBN : 2702404278

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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 04:40

Ça présentait tous les symptômes,
Tous les dehors de la vision,
Les faux airs de l'apparition,
En un mot, c'était un fantôme !

Georges Brassens.

William Hope HODGSON : Carnacki et les fantômes.

Avec son héros Carnacki chasseur de fantômes, William Hope Hodgson ouvre la voie à de nombreux romanciers et nouvellistes, proposant un héros, détective de l’étrange et du surnaturel, dont les émules seront nombreux et dont le chef de file est naturellement Harry Dickson immortalisé par Jean Ray.

A peu près à la même époque d’Harry Dickson, on peut signaler le docteur John Silence d’Algernon Blackwood, et Jules de Grandin de Seabury Quinn, ou encore Teddy Verano de Maurice Limat. De nos jours on peut signaler Ebenezer Graymes, dans la Série du Commandeur de Michel Honaker. Mais il serait fastidieux et hors sujet de les citer tous et intéressons-nous principalement à Carnacki, héros de ce recueil de nouvelles.

A ce propos, et contrairement à ce qui est annoncé en quatrième de couverture, ce recueil ne contient pas neuf aventures de Carnacki, mais bien sept, dont les titres sont répertoriés ci-dessous.

 

Le rituel est quasiment immuable. Carnacki envoie un carton d’invitation à quelques amis, Arkright, Jessop et Taylor, et le narrateur, et à la fin d’un repas dînatoire, narre une aventure qu’il vient de vivre, souvent à la demande d’un ami ou d’une connaissance.

En général il est appelé à résoudre une énigme dans un manoir hanté, ou supposé tel. Et afin de résoudre les problèmes, des portes qui grincent des cris qui fusent dans la nuit, des morts étranges, dont des vagabonds, dans un manoir inhabité, Carnacki trace un pentacle à la craie, se sert d’un mystérieux appareil électrique composé de tubes à vide (ou tube électronique), appose des scellés confectionnés avec des cheveux et de la cire incolore, afin de déterminer s’il s’agit d’une entité virtuelle ou réelle qui provoquerait ces manifestations.

Souvent il lui faut plusieurs semaines afin d’arriver au but et découvrir la provenance des symptômes. Dans La chambre qui sifflait, il revient même chez lui à Londres, convoquant ses amis afin de leur raconter la première partie de l’affaire qui le réoccupe. Il veut faire le point dans ses idées puis il repart en Irlande, là où se situe le fameux château, afin de terminer son enquête.

Parfois, Carnacki allie affaires personnelles et aide à des amis. Ainsi dans Le Jarvee. Ayant décidé d’effectuer un voyage en mer pour des raisons de santé, il choisit d’embarquer à bord du Jarvee, dont le capitaine Thompson, qui est un vieil ami, lui avait signalé, bien des années auparavant, que quelque chose d’étrange régnait dans ce bateau. Et ce quelque chose d’étrange ne se manifeste qu’au bout de quelques jours de navigation, alors que Carnacki a inspecté le navire sous toutes ses coutures, posant ça et là ses fameux scellés. Enfin, un jour, le capitaine Thompson désigne au loin, à l’aide de jumelles, des ombres sur la mer, aux quatre points cardinaux. Et bientôt ces ombres atteignent le Jarvee, déclenchant une tornade impressionnante. Et deux marins, malgré les précautions prises, tombent des vergues alors qu’ils devaient amener les voiles.

 

Et la résolution de l’énigme est rationnelle, selon les nouvelles, tout en comportant une part d’ombre ou alors issue d’un surnaturel provenant d’anciennes légendes et d’histoires de vengeance. Mais il plane aussi comme une malédiction sur les manoirs, les navires, hantés par des entités électriques provoquant des drames.

 

Au cours de la narration de ses aventures, Carnacki fait référence à d’autres affaires qu’il eut à résoudre, dont L’affaire du Chien gris, Le doigt jaune, La porte branlante, et il indique qu’il met en corrélation avec ces énigmes Le manuscrit Sigsand ou des versets du Rituel Saaamaaa. On pourra comparer ce manuscrit Sigsand au Nécronomicon, ou du moins déceler un rapport entre ces deux ouvrages fictifs.

Et l’on peut affirmer que William Hope Hodgson est un précurseur dans ce genre de fantastique empruntant aux technologies nouvelles, celles qui étaient connues à son époque, tout en préservant le côté surnaturel.

 

François Truchaud signe la préface et assure la traduction des textes.

Sommaire :

1 - François Truchaud : W.H. HODGSON ou la Quête du Surnaturel, pages 7 à 12, Préface.

2 - La Porte (The Gateway of the Monster), pages 13 à 45.

3 - La Maison parmi les lauriers (The House Among the Laurels), pages 46 à 76.

4 - La Chambre qui sifflait (The Whistling Room), pages 77 à 104.

5 - Le Mystère de la maison hantée (The Searcher of the End House), pages 105 à 147.

6 - Le Cheval de l'invisible (The Horse of the Invisible), pages 148 à 189.

7 - Le Jarvee (The Haunted Jarvee), pages 190 à 218.

8 - Le Verrat (The Hog), pages 219 à 284.

 

William Hope HODGSON : Carnacki et les fantômes. Introduction et traduction de François Truchaud. Collection Le Masque fantastique N°14. Librairie des Champs Elysées. Parution 1er trimestre 1977. 286 pages.

Nombreuses rééditions dont Néo en 1982, 10/18 en 1995, Terre de Brume en 2008 sous le titre Carnacki le chasseur de fantômes.

ISBN : 2-7024-0582-7

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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 04:17

Attention à la marche !

Peter RANDA : L'escalier de l'ombre.

La veille de Noël 1955 dans la vallée du Vaudois. Deux couples circulant en voiture sont bloqués par la neige sur une route déserte en pleine nuit. Le véhicule est immobilisé non loin du col et de l'autre versant de la montagne, plus abrité. Il ne leur reste plus qu'à essayer de rejoindre le château dont l'aubergiste du village leur a signalé la présence.

Les quatre voyageurs, Jacques, ingénieur, et sa femme Simone, Bernard, professeur de littérature à la faculté de Lausanne et Marthe son amie, sont totalement différents les uns des autres, physiquement et mentalement, mais leur amitié est sincère.

Au bout d'une heure de marche et seulement cinq cents mètres à parcourir, ils parviennent péniblement jusqu'à l'impressionnante bâtisse d'aspect médiéval. Ils sont fatigués et toquent au massif battant de chêne muni d'un judas grillagé. Une voix s'exprime derrière le guichet, ils quémandent asile, mais la réponse est négative. Excédé Jacques lance le heurtoir une nouvelle fois à toute volée, et miracle, les quatre amis entendent le verrou glisser. La voix explique qu'il a frappé trois fois et cela suffit pour ouvrir. Jacques donne une poussée à la porte qui s'entrouvre lentement sans bruit.

Derrière le battant se tient une vieille femme habillée de noir. A leurs questions elle répond de façon sibylline. Oui, il y a un propriétaire, quelquefois, non, il n'est pas là pour le moment.

Enfin ils arrivent, après un long détour dans des couloirs interminables, à la suite de cette personne qui s'éclaire à l'aide d'un cierge, dans une cuisine de campagne. Un feu dans la cheminée diffuse une lumière qui laisse dans l'ombre toute une partie de la pièce. De cette ombre émerge un géant prénommé Guillaume. Il accepte la cigarette offerte mais ne sait pas ce dont il s'agit. Un repas frugal est servi composé de saucisses sèches, de fromage de chèvre et de pain. Mais ce qui inquiète Marthe, c'est la présence de trois gros chiens, sortis de nulle part, des Danois silencieux.

Enfin un homme, vêtu d'une cape noire, sort de la pénombre et se présente : Gilbert Derais, avec toujours des explications sibyllines à la clé. Il leur apprend toutefois qu'il possède un frère, Tristan, mais qu'il était préférable que ce soit lui qui les accueille.

Des chambres sont proposées aux quatre voyageurs. Pour s'y rendre il faut emprunter une nouvelle fois des couloirs mal éclairés qui leur semblent interminables. Un véritable labyrinthe. Une chambre pour Jacques et Simone, et une autre pour Bernard et Marthe, une première ce qui amuse le premier couple. Des chandeliers sont disposés à profusion dans la pièce attribuée à Jacques et sa femme. Ils découvrent sous le lit un coffre, une sorte de cercueil non cloué. A l'intérieur gît le cadavre d'une jeune femme. Simone sort précipitamment dans le couloir, poursuivie par Jacques. Le raffut inquiète Bernard et Marthe qui s'introduisent dans la pièce désertée. Ils découvrent également ce cadavre dont la mort semble récente.

Alors qu'ils regagnent leur propre chambre, une jeune fille en sort. Elle a environ dix-huit ans, se nomme Djalli et affirme que son père n'est autre que Tristan. Marthe ne peut en supporter davantage et s'enfuit, prenant la direction opposée à celle empruntée par Jacques et Simone. Bernard en profite pour discuter avec Djalli mais comme à chaque fois les réponses qu'elle fournit sont tout aussi énigmatiques.

Comme une étrange nuit, celle de l'échange. Une nuit interminable, qui met à vif les nerfs des quatre amis. Séparément ou ensemble, ils assistent à d'étranges événements dont des silhouettes ressemblant à des cadavres se promenant dans le cimetière du château. Ils rencontreront à nouveau Gilbert Derais, son frère Tristan, et d'autres personnages qui semblaient les attendre, puisque c'est la nuit de l'échange.

 

Peter Randa a écrit un roman fantastique, de facture classique, dont le thème est bien l'échange de la vie entre les morts et les vivants, le lecteur le comprendra assez rapidement. L'angoisse monte insidieusement, atteignant son paroxysme avant le dénouement qui oscille entre cartésianisme, avec l'intrusion d'un policier, et illogisme.

Contrairement à la plupart de ses romans policiers, souvent calqués sur le même modèle, écrits à la première personne, les démêlés aventureux, angoissants, fantastiques, subis par notre quatre protagonistes principaux sont narrés à la troisième personne. Ce qui permet de suivre les différents personnages dans leurs évolutions et conversations, offrant ainsi au lecteur des explications que ne possèdent pas les deux couples, lesquels nagent dans l'incompréhension la plus totale.

Sans être un chef-d'œuvre, ce roman propose une histoire bien construite et qui réserve de nombreuses surprises.

Réédition Collection FN Double N°11-12. Editions Fleuve Noir. Parution le 25 mars 1969.

Réédition Collection FN Double N°11-12. Editions Fleuve Noir. Parution le 25 mars 1969.

Peter RANDA : L'escalier de l'ombre. Collection Angoisse N°11. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1955. 224 pages.

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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 03:53

On s'est connu, on s'est reconnu,
On s'est perdu de vue, on s'est r'perdu d'vue
On s'est retrouvé, on s'est réchauffé,
Puis on s'est séparé.

Robert GAILLARD : Guayaquil de mes amours.

Agent d’une compagnie fruitière panaméricaine, Henri Chaudet est fort étonné d’ouvrir l’huis de sa chambre d’hôtel à deux policiers, dont l’intendant de police Emilio Moraldo.

L’intendant de police, ou inspecteur, lui annonce qu’Evelyne Deloste est décédée, et il invite (fermement) Chaudet à lui fournir de plus amples précisions sur cette quadragénaire.

Chaudet est en poste à Guayaquil depuis cinq ans et il tombe des nues. Il a fort bien connu Evelyne, vingt ans auparavant, leurs chemins s’étaient séparés, puis croisés à nouveau cinq ans auparavant à Paris, au Ritz. Mais il ne savait pas que son ancienne maîtresse habitait la même ville que lui. C’est une lettre qu’il avait adressée à Evelyne, il y a fort longtemps, déposée sur une table avec un début de réponse, qui a fourni aux policiers son nom.

Lorsqu’il se présente le lendemain au commissariat afin d’apporter moult précisions, Chaudet aperçoit une jeune fille, légèrement métissée, qui attend elle aussi. Moraldo lui apprend qu’Evelyne Deloste a été assassinée et que son corps a été retrouvé pendu à la fenêtre de sa chambre alors que toutes les ouvertures, porte et fenêtres, étaient closes. Evelyne avait reçu un coup de poignard dans le flanc et le sang avait abondamment coulé. Pour Moraldo, il s’agit sans conteste possible d’un meurtre et non d’un suicide. D’ailleurs l’arme blanche n’a pas été retrouvée.

La jeune fille qui est reçue ensuite par Moraldo se nomme Diana Sajon, et est, ou plutôt était, l’amie et l’employée d’Evelyne. C’est elle qui a découvert le drame en compagnie de voisins appelés à la rescousse. Elle dormait dans la maison d’Evelyne mais n’a rien entendu.

 

Attablé à la terrasse d’un café, à la sortie du commissariat, Chaudet aperçoit la jeune fille et il l’aborde. C’est ainsi que Diana lui apprend qu’Evelyne a eu un garçon Tony, et surtout, comment elle a connu celle qui était devenue son amie lorsqu’elle avait treize ans à Port-au-Prince. Mais Diana est dans le collimateur de Moraldo qui la fait suivre par ses hommes. Pourtant elle parvient à leur échapper. Dans quel but ? Peut-être une histoire d’héritage.

 

C’est une plongée dans les souvenirs de Chaudet qui se remémore où et quand il a vu pour la première fois Evelyne à la fin de la guerre. Sur un navire qui le transportait vers les Antilles. Elle était seule, altière, et l’un des voyageurs avec lequel il sympathisa l’avait surnommée la Reine de Saba. Puis leur attirance alors que Chaudet était en poste à Fort-de-France, déjà agent pour la Compagnie fruitière. Comment ils se sont aimés, puis perdus de vue, retrouvés bien des années plus tard. Comme dans la chanson interprétée par Jeanne Moreau.

 

Ce récit, narré à la première personne par Chaudet, puise dans ses souvenirs ainsi que dans la narration de Diana Sajon. L’histoire d’Evelyne, devenue prostituée sous la férule d’un maître-chanteur et d’un maquereau, et qui connut bien des vicissitudes mais ne se départit jamais de sa fierté.

Une histoire qui emprunte à des épisodes durant la dernière guerre, et s’étale sur un peu plus de vingt ans. Avec de nombreuses interrogations. Celles de Chaudet notamment qui connaissant le racisme d’Evelyne, son appréhension envers les Noirs, eut toutefois un enfant de couleur.

Une histoire qui imbrique les différents parcours de Chaudet, dans ses différents postes dans les Antilles et en Amérique Latine, celui d’Evelyne que l’on découvre grâce aux révélations de Chaudet et de Diana, et le dernier, celui de Diana lorsqu’elle fut confiée jeune à Evelyne et ce qui s’ensuivit.

Guayaquil de mes amours est tout autant un roman historique, un roman policier, un roman d’aventures qu’un roman d’amour. La partie policière réside en ce meurtre en chambre close dont l’intendant Moraldo pense avoir résolu l’énigme. Et en dernière partie de roman, il explique même comment cela a pu se dérouler. Sa démonstration est simple, claire, logique, irréfutable… et pourtant elle est fausse. Car une autre solution existe, et c’est tout l’art de Robert Gaillard de nous la fournir d’une façon incontestable.

Quant à la partie historique, elle prend sa source durant la seconde guerre mondiale, avec l’accointance d’Evelyne avec la Résistance. Puis lors de la Libération, lorsque tout se décanta, mais pas toujours en faveur de ceux qui jouèrent un rôle obscur mais parfois primordial.

Peu de personnages dans ce roman, mais des personnages forts, dont la présence s’impose malgré leur statut de bons ou de méchants. Et le fantôme d’Evelyne est tenace, avec sa part d’ombre et de lumière. Elle resplendit et pourtant il demeure toujours un côté de sa personnalité dans l’ombre.

Et lorsque Robert Gaillard avance des explications sur certains épisodes, elles sont contredites un peu plus tard, car Chaudet, le narrateur, ne possède pas toutes les clés et les portes s’entrouvrent peu à peu. Le lecteur a l’impression de s’aventurer dans une suite de pièces qui s’éclairent au fur et à mesure, d’une lumière vive ou atténuée.

De Paris à la Martinique, d’Haïti jusqu’en Equateur en passant par la Jamaïque, Robert Gaillard nous emmène sur les traces des agents chargés de négocier l’achat de fruits exotiques, principalement des bananes, mais également de ceux qui trouvèrent des points de chute fructueux.

 

Je me disais qu’en amour aucune des femmes que j’avais connues n’avait eu le même comportement qu’une autre ; elles présentaient des différences plus ou moins sensibles. Comme les visages humains ne se ressemblent pas, bien qu’ils aient deux yeux, un nez, un front, une bouche.

Robert GAILLARD : Guayaquil de mes amours. Collection Grands Romans. Editions du Fleuve Noir. Parution le 3e trimestre 1968. 380 pages.

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 04:20

Dieu que la vie est cruelle
Au musicien des ruelles
Son copain son compagnon
C'est l'accordéon

(Serge Gainsbourg)

Paul BERNA : Le piano à bretelles.

Les gamins composant la Bande à Gaby, dont on a fait la connaissance dans Le Cheval sans tête, s’ennuient, alignés comme des moineaux ou des hirondelles sur un banc d’une place publique de la petite ville de Louvigny-Triage. Certains sont même en piteux état.

Tout ça par la faute de Tatave qui n’a pas su maîtriser son canasson de métal et de carton. Depuis le pauvre Cheval sans tête est définitivement irréparable, totalement démantibulé avec ses plus de quatre-vingt-dix morceaux éparpillés. Plus de parties de plaisir, de descentes effrénées de la rue des Petits-Pauvres.

Et les gamins se demandent à quoi ils vont pouvoir s’occuper durant leurs temps libres. Alors pourquoi ne pas observer et relever les faits bizarres qui pourraient se dérouler ? Aussitôt dit, aussitôt fait. Chacun des gamins va sillonner la ville à la recherche d’incidents ou de personnages mystérieux.

Un rien attise leur curiosité. Ainsi Fernand est intrigué par le manège d’un chauffeur de camions nommé Paul Pierce, employé, tout comme son frère, de l’entreprise de transport Bollaert. Des camions rouges affublés du sobriquet d’éléphants rouges. Bizarrement ces camions rentrent toujours à l’entrepôt à vide. Se cacherait-il là-dessous un trafic illégal de marchandises ?

Criquet, en lisant le journal l’Express de Louvigny de la semaine, a remarqué une petite annonce dont la teneur est communiquée par Gaby à tous :

Infirme, économiquement très faible, adopterait chien robuste et intelligent, bon gardien, docile, affectueux, susceptible de s’attacher rapidement à son nouveau maître. Race indifférente. Marchands s’abstenir. S’adresser à M. Théo, 58 due des Estaffiers.

Apparemment cette annonce n’a rien de véritablement mystérieux mais on ne sait jamais, elle offre peut-être un débouché sur leur soif d’enquête. Justement Marion, la fille aux chiens, possède le spécimen adéquat, malgré toutes les exigences requises, sous la main. Nanar, victime d’un accident de la circulation, mais qui, grâce aux bons soins prodigués par Marion, est totalement rétabli. Décision est donc prise de confier l’animal à ce monsieur Théo, qui habite un quartier guère reluisant.

Marion, en compagnie de Zidore et de Juan l’Espagnol, emmène donc Nanar, issu de différents croisements de canidés à poils longs, à l’adresse indiquée. Ils sont reçus par un homme, dont la corpulence est digne d’un catcheur gros modèle. Marion est quelque peu réticente à confier Nanar, à ce personnage peu engageant. Alors Monsieur Théo précise que le chien n’est pas pour lui mais pour un aveugle. Dans ce cas, Marion n’a plus de scrupules à laisser Nanar, lequel pour montrer sa reconnaissance à ce nouveau maître le lèche abondamment en lui mettant ses deux pattes de devant sur le plastron.

Gaby et ses copains se mettent en tête de suivre ce monsieur Théo intriguant mais ils sont déçus car celui qu’ils suivent entre dans le commissariat. Fin de piste et les enfants partent jouer dans un endroit nommé la Sablière, sorte de parc naturel où ils peuvent grimper, glisser, jouer sur des rails servant à hisser des wagonnets. Un endroit désaffecté. Ils auraient dû attendre quelques minutes afin de remarquer la sortie de monsieur Théo en compagnie de deux individus à l’air patibulaire.

Or, quelques jours plus tard, Marion et compagnie aperçoivent un aveugle jouant de l’accordéon, intercalant dans son répertoire toujours le même air, Pour deux sous d’amour. Un chien noir est serré contre les genoux du musicien habillé de haillons et muni de lunettes à verres bleutés. Marion reconnait en ce chien noir Nanar qui a été transformé, teinté en noir. Et lorsque Marion s’approche du couple homme-chien, l’animal geint comme s’il reconnaissait son ancienne maîtresse.

Alors Gaby et ses amis se mettent en tête de suivre le musicien dans ses déambulations, guidé par un marchand ambulant de cacahouètes. Et le musicien explore en compagnie de son piano à bretelles et de Nanar tous les coins et recoins de la ville, jouant inlassablement sa rengaine, comme s’il voulait affirmer sa présence à quelqu’un.

 

Ce second épisode des gamins de la bande à Gaby, malgré certains passages humoristiques, est nettement plus grave que Le cheval sans tête, leur précédente aventure.

Et on en apprend un peu plus sur cette petite ville de la banlieue est de Paris. Ainsi ce qui paraissait n’être qu’un petit village s’avère posséder près de vingt mille habitants, et garder encore les stigmates de la guerre.

Une plaque de marbre fleurie de quelques petits bouquets desséchés rappelait que douze francs-tireurs étaient tombés là sous les balles d’un peloton d’exécution. On voyait encore, après dix ans, le chapelet d’impacts que la rafale avait laissés dans un mur mal crépi. Ces souvenirs tragiques n’impressionnaient pas les enfants, et leur gaieté ne pouvait profaner ce champ de mort presque oublié.

Dans cette histoire, Marion tient le rôle principal avec le placement de Nanar auprès de cet aveugle qui joue peut-être l’handicapé. Et ils se posent tous la question de savoir si oui ou non l’homme est réellement atteint de cécité. Et se greffe dessus cet épisode des camions rouges, des éléphants rouges, qui ne laissent pas indifférents la bande à Gaby. Quant à l’inspecteur Sinet, qui gravite également dans ce roman, il brasse de l’air.

Une histoire sérieuse racontée aux enfants et qui avec un peu plus d’ampleur et de personnages auraient pu très bien convenir à un roman policier pour adultes. Mais justement, les adultes liront ou reliront avec plaisir ce roman qui les replongera éventuellement dans leur enfance.

 

Paul BERNA : Le piano à bretelles. Illustrations de Pierre Dehay. Collection Rouge et Or N°107. Editions G.P. Parution septembre 1956. 188 pages.

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 04:16

Noëlle Loriot est également connue sous

le pseudonyme de Laurence Oriol…

Noëlle LORIOT : Affaire de famille.

La famille Colmant n'est pas ce qu'on appelle une famille unie. Alain, le père, assureur de son état, est un coureur de jupon impénitent, et Catherine, la mère, doctoresse, n'apprécie pas ses incartades. Elle les subit, à cause des enfants.

Thierry poursuit péniblement son droit, Franklin redouble son année de bac et a tâté de la drogue. Tous deux détestent leur géniteur. Seule Ariane, la bonne élève, ressent une véritable affection envers son père, ce qui ne l'empêche pas de prendre la défense de ses frères lors des conflits, de plus en plus nombreux et virulents. Solange, la sœur d'Alain, une réalisatrice de télévision pour une maison de production, est retrouvée assassinée. Alain, son frère, professait envers sa cadette une affection quasi incestueuse.

La juge Florence Larrieu est chargée du dossier et bientôt les membres de cette famille déchirée sont sous les feux des projecteurs. Florence est dans le même temps en proie au doute quant à son amour pour Benoît Rivet, un journaliste judiciaire, qui coïncidence, était le patient du docteur Catherine Colmant, étant sujet à des crises d'asthmes nécessitant des interventions ponctuelles.

Jusqu'au jour où Benoît est blessé dans un accident de la route. Transporté à l'hôpital, il est emmené par un visiteur qui lui fait croire que son gamin, issu d'une précédente relation, a été enlevé. Il est séquestré et ses ravisseurs désirent qu'il leur donne des lettres que lui a confiées Catherine Colmant. A la faveur d'un accident de la circulation, alors qu'il est emmené à la banque afin de retirer du coffre les fameuses missives, il parvient à s'échapper et se réfugie en compagnie de son gamin chez un ex-condisciple de lycée sur la côte. Il envoie la clé du coffre à Florence Larrieu.

 

Ce nouveau roman de Noëlle Loriot n'atteint pas l'efficacité de ses précédents ouvrages. Cette "Affaire de famille" s'enlise un peu dans les meurtrissures, les déchirements, les conflits qui ponctuent la vie familiale des différents protagonistes. Tous sont confrontés a des problèmes matrimoniaux, aussi bien la famille Colmant que la juge qui se pose de multiples questions quant à son avenir avec son amant, si elle doit continuer sa relation ou pas, Benoît qui a déjà subi des revers, les parents de la juge dont le père continue ses frasques, sans compter le policier qui lui aussi est en instance de divorce.

Un livre qui se lit avec un certain plaisir malgré ces quelques restrictions, la vie n'étant pas un long fleuve tranquille quoiqu'on dise.

A signaler que ce roman fait partie d’une trilogie composée de Prière d’insérer, L’inculpé et donc de Affaire de famille. Et le personnage de Florence Larrieu a donné lieu à une série télévisée intitulée : Florence Larrieu, le juge est une femme, rôle interprété par Florence Pernel, puis, lors du changement d’actrice, Alice Nevers, le juge est une femme avec Marine Delterme.

 

Enfin, il faut admirer le soin apporté par les éditions du Masque pour bien mettre en avant le nom de l’auteur : En blanc dans un bandeau rouge, comme si celui de Noëlle Loriot en haut du livre, précédent le titre, Affaire de famille, ne suffisait pas. A moins que ce soit destiné aux malvoyants !

 

Réédition Le Livre de Poche. Collection Policier & Thriller. Parution 7 avril 1999. 316 pages.

Réédition Le Livre de Poche. Collection Policier & Thriller. Parution 7 avril 1999. 316 pages.

Noëlle LORIOT : Affaire de famille. Le Masque Grand Format. Editions du Masque. Parution février 1997. 286 pages.

ISBN : 978-2702478486

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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 04:06

Traduction : Le mort né vert ?

Odile BARSKI : Never mort

S’appeler Santerre, c’est presque prémonitoire de ne pas trouver une place dans le petit cimetière de Saint-Rémy-de-Provence. Enfin, ne pas trouver une place est une formule inexacte, puisque l’endroit a bien été réservé, mais il manque le mort. Un enterrement sans cadavre, ce n’est pas si courant.

Pierre Santerre était un célèbre metteur en scène et l’on peut affirmer que la mise en scène d’une inhumation avec un cercueil vide est plutôt réussie. Le cadavre a disparu alors qu’il reposait, théoriquement pour l’éternité, dans la bière mise à sa disposition dans la chambre funéraire. Pour Suzanne, sa veuve et seconde femme, quelqu’un s’est emparé du corps pour s’emparer de son cerveau.

Une hypothèse comme une autre, mais qui n’est pas retenue par Ariane Messidor, jeune lieutenant de la police locale qui devait partir en vacances en Egypte avec son compagnon. Et ce n’est pas parce qu’on est policier qu’on n’oublie pas parfois le principal. La date de validité du passeport de la jeune femme étant expirée, elle n’a pu rejoindre les pyramides, alors elle accepte d’enquêter sur cette disparition à la demande de Suzanne, la veuve du cinéaste.

Kriss, un jeune employé des Pompes Funèbres roule avec une moto achetée cash 6000 €, et pour quelqu’un qui est le plus souvent dans la dèche, disons que c’est un anachronisme. Il jure ses grands dieux n’avoir pas puisé dans la caisse, ou avoir enfreint la loi en revendant des produits illicites, et confie à Marianne que cet argent provient de la poche d’un inconnu qui se prétend Ecossais. L’homme lui aurait fourni l’argent, en liquide, afin de pouvoir rester seul avec Santerre.

 Grâce à la caméra de vidéosurveillance, Ariane peut visionner une partie de ce qui s’est déroulé durant ce court moment où Kriss s’est éclipsé. Outre Suzanne, la veuve, gravitaient dans le cercle familial de Santerre sa fille Judith, qui écrit des contes pour enfant comme nègre et qui a tenté de se suicider, et Pascal, le fils de Suzanne né d’un précédent mariage. Sans oublier Traupédan, le scénariste attitré de Santerre.

Maintenant c’est à Ariane de prouver ses compétences, de mériter la confiance qu’ont en elle certains membres de la famille Santerre et de Kriss et sa mère éplorée.

 

Romancière, Odile Barski est scénariste pour la télévision et le cinéma, elle d’ailleurs écrit le scénario de Violette Nozière en 1978 pour Claude Chabrol, lequel travaillera avec elle à huit reprises au moins dont en 1976 pour un épisode de Madame le juge. Et la narration de ce roman se ressent de cette formation d’écriture particulière.

Beaucoup de dialogues, des phrases courtes, peu de descriptions, ce qui ne veut pas dire qu’Odile Barski ne s’attache pas à ses personnages.

Odile Barski ne manque pas d’humour, au contraire, et la première partie est réjouissante. La seconde, plus courte, est un peu plus poussive, mais intéressante quand même. Et ce roman, qui évidemment est dédié à Claude Chabrol, nous incite à parcourir les coulisses du cinéma, des relations parfois perturbées entre un metteur en scène et un scénariste.

L’ombre de Chabrol plane sur ce roman, témoin ce passage qui en dit long :

Le magnétoscope a accompagné sa mère jusqu’à la fin. Les films de Santerre aussi. Non qu’il fut son metteur en scène favori (d’autres ayant les trois 7 de Télé Sept Jours avaient sa préférence, et même certains n’ayant que deux 7, voire un seul et qu’elle regrettait après coup de ne pas avoir enregistrés, se permettant à l’occasion de téléphoner au journal pour signaler et déplorer la sous-notation) mais le cinéma de Pierre Santerre, où il est question de secrets, de passions implosives, de jalousie et de meurtre, lui procurait une joie effrayée du cerveau et du cœur qui soulageait ses maux d’estomac.

Odile BARSKI : Never mort. Masque Jaune n° 2532. Editions du Masque. Parution le 9 mars 2011. 320 pages. 8,00€.

ISBN : 978-2702435861

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4 août 2019 7 04 /08 /août /2019 04:57

Le vizir qui voulait être calife à la place du calife...

André BESSON : Aventure à San Miguel.

La petite république de San Miguel, nichée entre la Cordillère des Andes et le Pacifique, est en effervescence. Une grande corrida, à laquelle doit assister le président Rodriguez, se déroule l'après-midi avec en vedette le célèbre torero Paquito Parra.

Cependant la révolution couve avec comme protagonistes, d'un côté les mal-lotis, les miséreux, les Rouges, et de l'autre, une fraction de l'armée qui se rebelle, décidée à destituer le Président. Rodriguez ne se rend compte de rien, dépendant du Ministre de l'Intérieur, Alvarados, qui alimente la haine et est à l'origine de la grogne.

Alvarados connaît les tenants et aboutissants du complot des deux camps et tire les ficelles afin de s'octroyer le pouvoir.

L'écrivain Antonio Barrios, qui revient au pays sous une fausse identité et après une opération de chirurgie esthétique, Célia, la fille de Rodriguez, qui se bat contre l'analphabétisme, le colonel Ruiz, amoureux de la fille du président et membre de la conjuration militaire, plus quelques autres personnages traversent ce récit dont l'action se passe dans une république fictive, reflet des juntes militaires sud-américaines manipulées.

 

Besson dénonce sans en avoir l'air la participation active de la CIA, pour ne pas dire l'ingérence, et l'apport éducatif des émigrés nazis dans les organisations gouvernementales et militaires.

Aventure, action et amour sont au programme de cette histoire qui plaira aux amateurs de tauromachie et d'exotisme mais manque peut-être un peu d'épaisseur dans la description de la misère locale et la révolte des gueux.

 

André BESSON : Aventure à San Miguel. Collection Grands Romans. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1969.

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3 août 2019 6 03 /08 /août /2019 04:34

Maurice Limat, 53 ans de carrière et 472 titres recensés ! Cela représente quelques millions de mots….

Collectif : Maurice LIMAT, l’entreprise du Rêve.

Coïncidence ou non, peu après la mort de Maurice Limat, l’un des piliers des collections Anticipation et Angoisse du Fleuve Noir, en janvier 2002, est paru un ouvrage consacré à ce maître de la littérature populaire.

Décrié par bon nombre de plus ou moins jeunes écrivains de S.F. française qui se prennent pour des intellectuels, s’immiscent dans ce genre de littérature mais ne parviennent pas à véritablement construire une histoire qui tient en haleine, décriée également par bon nombre de lecteurs, Maurice Limat était donc mis à l’honneur.

La biographie de Maurice Limat, titrée L’homme aux millions de mots, a été établie, d’après un documentaire tourné par les Productions de la Lanterne. Sont évoquées les années Fleuve Noir, mais aussi les années Ferenczi, là où il fut peut-être le plus prolifique, narrant moult anecdotes savoureuses. Il jette un regard critique sur toutes ces années de production effrénées, passant d’un éditeur à un autre, éditeurs qui changeaient souvent la donne sans prévenir les auteurs. Et des traces d’amertume suintent au détour des lignes. Suivent deux textes rédigés par Maurice Limat, Travailler chez Ferenczi, regrettant la disparition de cette maison d’édition supplantée par les magazines dits du cœur, terminant son article par ces lignes :

Mais les millions et les millions d’exemplaires diffusés, vilipendés par certains (ne parlait-on pas de littérature au kilo ?) ont apportés tant de rêves, tant de joies saines et simples à d’innombrables lecteurs aux moyens financiers limités (comme les auteurs) qu’il faut donner un souvenir reconnaissant de ce que fut la maison d’édition Ferenczi.

Une lettre de Teddy Verano, le héros mythique, le détective de l’étrange et de l’impossible, à Maurice Limat, complète cette première partie avec un regard de Claude Hermier qui dissèque quelques petits romans parus dans de petites (par le format) collections populaires telles que Mon Roman d’Aventure.

La deuxième partie, est consacrée à divers textes de Maurice Limat, des contes et nouvelles, des poèmes et même une pièce de théâtre, un drame en un acte, Les yeux de l’autre, dont la première représentation eut lieu au Théâtre du Grand-Guignol le 14 décembre 1948.

 

En fin de volume, c’est une recension de la bibliographie exhaustive de Maurice Limat, Bibliographie établie par ordre chronologique, Bibliographie par éditeur et par collection et enfin Bibliographie par titre. De quoi s’y retrouver parmi les 472 romans signés Maurice Limat, Maurice d’Escrignelles, Lionel Rey, Lionel Rex ou encore Jean Scapin sans oublier des contes et nouvelles et des scénarios de bandes-dessinées.

Bref un formidable outil de travail pour les chercheurs et les amateurs de Maurice Limat (si, il y en a !) qui peuvent établir ainsi une liste de recherche des titres qui leur manquent, si leur moyen financier le leur permet.

 

Pour ceux qui seraient intéressés par cet ouvrage, il est toujours disponible à l’adresse ci-dessous :

Quelques chroniques d’ouvrages de Maurice Limat :

Collectif : Maurice LIMAT, l’entreprise du Rêve. Collection La Bibliothèque d’Abdul Alhazred N°4. Editions Œil du Sphinx. Parution 10 mars 2002. 264 pages. 16,20€

ISBN : 978-2914405089

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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 07:59
C’est au mois d’août qu’on met les bouts
Qu’on fait les fous…
Viviane JANOUIN-BENANTI : Le meurtrier du mois d’août.
Humble campagnard vivant dans une cabane avec sa femme et ses deux enfants, Marseil et Hélène, Charles Saboureau, qui cherche du travail loin de chez lui, est arrêté pour vagabondage en compagnie de son fils.
Accusé en plus de chapardage de poules et de fruits, il est condamné au bagne de Brest pour une période de cinq ans. Marseil, treize ans, est interné dans une maison de correction dans la forêt de Chizé, d’où il ne pourra sortir qu’à l’âge de vingt ans. Hélène, six ans, est placée dans un couvent des carmélites à Niort jusqu’à ses vingt-deux ans. La mère reste libre.
Commence pour Marseil une longue période de brimades, d’affronts, de persécutions, de malnutrition. Les gardiens, d’anciens détenus, ne se privent pas de leur infliger coups de poings et de pieds. Seul Morin, qui ne participe pas à ces corrections mais ne les désavoue pas non plus, prend Marseil sous sa coupe. Fini les corvées de bois. Le gamin soigne les chevaux et conduit l’attelage.
Peu à peu Morin montre des signes évidents d’affection jusqu’au jour où il viole Marseil dans l’écurie. L’adolescent ne dit rien, ne sachant faire la part du Bien et du Mal. Puis Morin tourne ses penchants vers un nouveau, Georges, et Marseil est relégué.
Un soir Marseil abat froidement leur bourreau et traîne le corps dans un fourré. Le juge pense que Marseil pourrait être le meurtrier mais sans preuve, l’affaire est close. Dès ses vingt ans, Marseil est libéré et rend visite à ses parents à Niort qui vivent péniblement dans une cave. Il part pour l’armée et au bout de deux ans revient au pays. Il trouve une place de commis dans une ferme tenue par une veuve autoritaire, despotique.
A part sa sœur Hélène à laquelle il rend visite dans son couvent, Marseil fuit le contact des femmes. Il ne s’intéresse qu’aux petites filles, préférant leurs airs plus sages. Il commence par devenir exhibitionniste, puis s’éprend de la petite Marie, douze ans. La gamine effarouchée se laisse apprivoiser mais lorsqu’il veut se montrer plus entreprenant elle se cabre. Alors il la tue et la cache dans un fourré.
Il participe avec les autres paysans du village aux recherches et découvre le cadavre. Des Roms vivant non loin sont d’abord accusés mais peu à peu les villageois trouvent étrange l’attitude de Marseil. Il est emprisonné à Niort et le juge devant lequel il comparaît tente en vain de le faire avouer.

 

Curieux destin que celui de Marseil Saboureau dont la vie se résume en quelques dates : été 1877, assassinat d’un gardien de la maison de correction où il est enfermé, puis août 1885, il devient l’infanticide d’une gamine de 12 ans, et en août 1894, fratricide.

Serait-il devenu ainsi s’il n’avait pas été enfermé dans ce pensionnat particulier, s’il n’avait pas été violé ? Nul ne peut l’affirmer, mais il est évident que les brimades et mauvais traitements dont il a fait l’objet n’ont guère arrangé son mental et peut-être développé ses pulsions.

Viviane Janouin-Benanti, puisant à partir de faits réels, propose non une simple relation des évènements mais apporte une touche romancée, s’attachant à donner vie à ce meurtrier, à tenter de le comprendre sans pour autant le juger.

Un roman agréable à lire tout autant pour l’histoire que pour la restitution d’une époque.

Première édition : Collection Crimes & Mystères. Editions Cheminements.

Première édition : Collection Crimes & Mystères. Editions Cheminements.

Viviane JANOUIN-BENANTI : Le meurtrier du mois d’août. Collection Romans criminels. 3E éditions. Parution 5 mai 2017. 302 pages. 10,00€.

ISBN : 979-1095826750

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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