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31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 03:14

Quand Max-André Dazergues recyclait ses romans…

Ernest ANDOLLY : Un drame au Labrador.

Ce phénomène courant dans la première moitié du XXe siècle, voire plus tard peut-être, on ne sait jamais, était la réédition d’un roman, réécrit, amélioré, revu et corrigé, éventuellement, sous un titre et un pseudonyme différents est difficilement traçable et décelable.

Il suffit parfois d’un peu de chance, de curiosité, d’un hasard heureux pour trouver deux romans identiques publiés chez deux éditeurs, sous des titres et des pseudonymes d’auteurs différents.

Ainsi ce Drame au Labrador dont dès la première page il me semblait déjà avoir lu un roman similaire. Et bingo, la notion de Maison du Caribou, le nom d’un bar à Fort Hamilton, provoqua le déclic en mon esprit enfiévré. N’ayons pas peur de la grandiloquence, style propre à bon nombre d’écrivains à cette époque.

Or donc, cette Maison du Caribou déclencha en moi la réminiscence d’un roman de Max-André Dazergues, lu il y a à peine cinq mois, titré L’homme du Grand Nord et signé André Mad, paru en 1947 dans la collection Globe-trotter aux éditions du Puits-Pelu devenue par la suite éditions Jacquier.

Un drame au Labrador n’est donc pas un roman recyclé mais recyclable, et peut-être y en a-t-il eu d’autres dans la production foisonnante de Max-André Dazergues, André Compère de son véritable patronyme. Et des Compères il en a eu : André Mad, André Star, André Madandre, Paul Madandre, voire quelques autres.

 

Il faut de la chance, la provoquer aussi parfois, pour dénicher ces recyclages dont l’importance n’intéresse personne sauf les amateurs des rayons populaires, les traqueurs de pseudonymes, de textes oubliés, les rats de bibliothèques.

Juste un petit plaisir personnel !

 

Ernest ANDOLLY : Un drame au Labrador.
Quatrième de couverture de Un drame au Labrador.

Quatrième de couverture de Un drame au Labrador.

Ernest ANDOLLY : Un drame au Labrador. Collection Printemps N°238. Editions de Montsouris. Parution en 1938. 96 pages.

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30 août 2019 5 30 /08 /août /2019 03:45

Et la femme démasque !

Maurice LIMAT : La maison des masques.

Un couple d’amoureux installés à la terrasse d’un café place de l’Alma, cela pourrait sembler banal. Pourtant ce couple, composé de Janine Perret et d’Olivier Denis, est en mission. Et leurs sourires, leurs étreintes, leur façon de se rapprocher et d’échanger des confidences cachent leur rôle d’agents du Cinquième Bureau français, chargé du contre-espionnage.

Ils surveillent de l’autre côté de la rue un mendiant aveugle accompagné d’un chien. Et ils essaient de repérer parmi la foule ceux qui glissent une pièce dans la sébile du quémandeur statique. Quatre ou cinq badauds ont retenu leur attention et ils aimeraient savoir si un papier n’a pas été déposé en même temps que l’obole.

Soudain Olivier Denis sursaute. Il vient de reconnaître en une jeune fille, qui a glissé un papier dans la main du mendiant, quelqu’un qui lui est cher. Domenica Still, surnommée l’Ange du mystère. Une espionne, redoutable agent international dont il est amoureux.

Olivier, voyant l’aveugle s’apprêtant à partir, décide de le suivre tandis que Janine téléphone au capitaine Caretti, leur responsable, afin de savoir quelle est la suite du programme.

Soudain, arrivés près du Trocadéro, dans une petite rue paisible, ils assistent à l’agression de l’aveugle par deux hommes qui tentent de s’emparer de son portefeuille. Seulement il s’agit d’un traquenard organisé à l’encontre des deux agents du Cinquième Bureau. Tandis que l’aveugle et son chien s’installent tranquillement dans une voiture qui rôdait, Janine est embarquée elle aussi et Olivier proprement assommé.

Lorsque Janine sort des vapes, elle se trouve dans une pièce dont les murs sont recouverts de masques blancs. Et elle reconnait en son ravisseur, qui porte lui aussi un masque et n’est autre que le faux aveugle, Monsieur X alias Marienborg l’Homme sans visage, un espion qu’elle connait bien. Mais elle en proie à un doute : voudrait-il la rendre aveugle ? Pendant ce temps Olivier recherche L’Ange du Mystère et les responsables du Cinquième Bureau ne chôment pas non plus.

 

Annoncé comme roman d’espionnage, La maison des masques n’utilise ce thème que comme prétexte, car le lecteur ne sait à aucun moment pour qui travaillent L’homme sans visage et L’Ange du mystère ni en quoi consiste leur mission et quel est leur but véritable.

Il s’agit surtout d’une histoire d’amour déguisée dans un environnement de mystère et de suspense. Même si les responsables du Cinquième Bureau sont sur les dents. Mais de toute façon, c’est leur mission.

Une historiette simple, sans prétention, qui permettait aux lecteurs un bon moment de lecture sans être obligés de se triturer les méninges. Mais pour autant, Maurice Limat se montre parfois lyrique dans ses descriptions et l’on sent que s’il en avait les possibilités éditoriales, il aurait pu écrire un ouvrage nettement plus conséquent.

 

Maurice LIMAT : La maison des masques. Collection 078 Services secrets N°39. Editions S.E.G. Parution 1er trimestre 1952. 32 pages.

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 04:37

Cela ne vous rappelle rien ?

 

Jacques DELILLE. Les alcôves de Matignon.

Octobre 1985. La cinquantaine, veuf et en proie à un constant besoin de prouver sa virilité à des amantes de passage, Jean Récamel, le président du Parti des Réformateurs Libéraux, se rend sur le Caillou afin de démontrer que son parti s’inquiète des événements qui s’y déroulent.

Genevier, son chef de cabinet, conseiller et éminence grise, lui propose d’emmener dans ses bagages la belle Marie Ange Bourlon, une ex de Lounon, le grand argentier occulte du Parti. La jeune femme fait grosse impression sur Récamel qui la nomme six mois plus tard, alors que son parti sort vainqueur des élections législatives et que lui-même est désigné comme premier ministre, ministre de la Protection sociale. Le goût du pouvoir monte à la tête de « la Bourlon » et lorsqu’aux élections présidentielles Récamel ramasse une veste, elle complote, alliée aux quadras et affichant sa liaison avec un jeune loup. Genevier et Récamel s’arrangent pour lui faire payer sa trahison et Marie Ange est reléguée aux oubliettes.

Poussée par Michèle Gazarre, une ancienne conseillère de Récamel, et par Grégoire d’Armentières, le bailleur de fonds du PRL, elle tente un chantage auprès de son ancien amant, promettant de dévoiler ses liens avec l’Irak. Elle est réintégrée dans le staff de Récamel, à la surprise générale.

Lounon décède dans un accident de voiture : un suicide, déguisé en accident afin de ne pas remuer trop de vagues dans le paysage politique. Seulement Genevier, grâce aux renseignements d’un détective privé, la contre dans son entreprise. Il l’oblige à lâcher d’Armentières et Gazarre, lui promettant de faire libérer son frère, prisonnier en Italie à la suite d’une sombre histoire de drogue et d’homosexualité. Puis il s’arrange pour que la fille de d’Armentières, atteinte du complexe d’Oedipe, soit arrêtée sur la route, transportant un paquet d’héroïne.

 

On lit ce roman comme si l’on était dans un sous-marin explorant les bas-fonds d’un immense marigot où grouillent les crocodiles de la politique. Point n’est besoin de connaître à fond les arcanes de ce monde cruel pour reconnaître les personnages qui gravitent dans ce roman plus sérieux qu’il n’y paraît.

Chaque lecteur pourra mettre un nom sur les différents protagonistes de cette histoire, sans fatiguer ses méninges. C’est également un documentaire abordant les affaires de financement de partis, les fausses factures et autres pots-de-vin avec en filigrane les démêlés avec Saddam Hussein ou la Guerre du Golfe.

Les scènes de sexe, peu nombreuses, se limitent à d’aimables joutes libertines, alors qu’on aurait pu s’attendre à une débauche de stupre. Sous le pseudonyme de Jacques Delille se cache vraisemblablement un professionnel de l’écriture qui, pour une fois dans ce genre de collection, n’aurait pas eu à rougir de signer de son véritable patronyme.

Ceci se déroule en 1985, mais cela n’a guère changé depuis. A mon humble avis.

 

Dernière Minute (sic) :

Après quelques recherches, il semblerait que ce Jacques Delille ne soit autre que Philippe Randa, le fils de Peter Randa qui de son véritable patronyme se nommait André Duquesne. Philippe Randa a débuté sa carrière au Fleuve Noir en réécrivant certains titres de son père et en les republiant sous son nom. Depuis il a fondé des maisons d’éditions dont le but est de diffusé des ouvrages de l’Extrême-droite, dont il fait activement partie, notamment au GUD. Et signant de nombreux articles dans divers journaux et magazines, dont Minute. Bref, j’aurais su cela avant, pas sûr que je me sois penché sur ce roman.

Jacques DELILLE. Les alcôves de Matignon. Collection Exclusif N°2. Editions Vaugirard. Parution 3 décembre 1993. 240 pages.

ISBN : 978-2285009961

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28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 05:40

Blizzard. Vous avez dit, blizzard ?

Comme c’est blizzard !

James Oliver CURWOOD : Les chasseurs de loups

Issus d’un mariage entre un Anglais et une Indienne, Wabigoon, plus familièrement appelé Wabi, du nom de son grand-père, et sa jeune sœur Minnetaki, de nom de sa mère, ont été élevés dans la factory (compagnie de commerce) de Wabinosh House dans le nord canadien.

Ils ont été élevés à la mode des enfants blancs, fréquentant l’école de Wabinosh House puis celle de Port-Arthur. Mais une rivalité existait avec les Woongas, du nom de leur chef qui dépité de n’avoir pu épouser Minnetaki mère se rebella, traquant les anciens sujets de Wabigoon l’ancêtre. A dix-sept ans, Wabi, n’ayant plus que sa mère, et sur les instances de sa sœur, est parti étudier à Détroit. Il se lie d’amitié avec Roderick qui lui aussi n’a plus de père, élevé chichement par sa mère.

Rod invite son nouvel ami chez lui où le jeune Indien est accueilli bras ouverts par sa mère. Mais les bonnes choses ont une fin. Et une faim car Rod est obligé de travailler pour assurer la pitance. Et Wabi rentre chez lui. Peu après Rod reçoit une lettre du Canada. C’est Wabi qui à son tour l’invite à découvrir le Grand Nord. Rod est impressionné, et pas seulement pas les paysages grandioses. Minnetaki est belle et bientôt il s’éprend de la jeune fille. Mais ce n’est pas pour ses beaux yeux qu’il est venu. Il va participer à une chasse aux loups en compagnie de Mukoki, le vieil Indien, le protecteur de la famille.

Débute alors une tournée à la recherche de loups afin de récupérer leurs scalps qui valent quelques dollars payés par la factory. Des élans aussi et des caribous qui assurent la subsistance et dont les bois sont achetés quelques dollars. Des renards aussi. Des roux, les plus communs, des noirs, des argentés les plus rares dont la fourrure peut être estimée jusqu’à près de mille dollars. Et des martres et autres petites bestioles à fourrure. Mais pour en trouver, c’est comme chercher de l’or.

Or de l’or, les trois hommes vont en découvrir accidentellement en arrivant dans une sorte de combe, coincée entre les crêtes. Une cabane s’élève, abandonnée depuis au moins cinquante ans. A l’intérieur, ils sont nez à nez, ou presque, à deux cadavres. Deux hommes qui se sont affrontés pour un sac contenant quelques pépites d’or. Et qui se sont tués sans pouvoir profiter de leur découverte aurifère.

Seulement, les Woongas sont à leur poursuite, les traquant. Une haine ancestrale les anime et pour leur échapper il faudra user de ruse. D’autant que trois Woongas ont réussi à s’emparer d’un de leurs fusils. Heureusement, Rod, Wabi et Munetaki en possèdent encore deux et un revolver.

Ce sont ces épisodes qui se déroulent sur plusieurs semaines dans le Grand Nord, tempête de neige en prime, et sont décrits avec réalisme. La pose des pièges, l’attente du gibier, les rencontres inopinées, les conflits avec les Woongas, l’affrontement des éléments de la nature qui veut préserver ses droits.

 

James Oliver Curwood a vécu dans le Grand Nord qu’il décrit si bien. Mais son nom a été éclipsé par Jack London, qui lui aussi a dépeint ces magnifiques mais rudes paysages, ainsi que la vie quotidienne des trappeurs et des chercheurs d’or.

Lu alors que je n’avais que dix ans, c’est-à-dire il y a longtemps et un peu plus, ce roman m’avait emballé et je me souvenais de certaines scènes. Mais la lecture récente fut un plaisir mitigé. Il est vrai que les années ont passé, et un sentiment de protection animale, moi qui ne suis pas chasseur, m’a quelque peu perturbé.

Ce que décrit James Oliver Curwood fut le quotidien des indiens du Canada, on dirait aujourd’hui Amérindiens, et des chasseurs de fourrure venus des Etats-Unis. Un scalp de loup était payé 15 dollars de l’époque. Or Rod touchait à son travail 10 dollars par semaine. Et la fourrure était fort recherchée, prisée, comme celle des renards, afin d’habiller les coquettes urbaines.

Il ne faut pas lire ce roman avec les yeux d’aujourd’hui mais se replonger dans une époque difficile, où la protection animale n’avait pas cours, où les animaux sauvages proliféraient, c’est-à-dire s’imprégner d’un contexte qui a bien évolué. Et les Amérindiens n’avaient guère de revenus sauf celui du commerce des peaux.

James Oliver CURWOOD : Les chasseurs de loups (The Wolf Hunters – 1908. Traduction Paul Gruyer et Louis Postif). Collection Idéal-Bibliothèque N°9. Editions Hachette. Parution 2e trimestre 1957. 192 pages.

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27 août 2019 2 27 /08 /août /2019 04:45

En Normandie, une pouque, c’est une poche, un pochon, un sac de jute. Rien à voir…

Rodolphe BRINGER : Le crime de mademoiselle Pouque.

A trente-deux ans, Céline Pouque n’est toujours pas mariée. Elle n’est ni laide ni jolie, banale en quelque sorte. Mais elle n’a pas trouvé chaussure à son pied. Pourtant elle est généreuse et bonne. Pour preuve, elle ménage les insectes dont les araignées (ce n’est pas moi mais l’auteur qui affirme que les araignées sont des insectes) et cela lui ferait mal au cœur d’en écraser.

Elle avait un tel amour de la vie qu’elle la respectait même chez les bêtes les plus nuisibles. Elle n’eut jamais osé tuer une araignée, quelle que fut l’aversion qu’elle avait pour ces sales bêtes. Elle se disait que ces insectes, sans doute, avaient leurs joies comme les humains et qu’il était mal des les en priver. De plus, qui sait si l’araignée que vous écrasez n’a pas une famille qui attend après elle et qui sera désespérée de ne pas la voir revenir au logis.

Elle a été un temps enseignante en latin et grec dans un pensionnat religieux d’Avignon, étant devenue devenue orpheline de bonne heure, mais grâce à des héritages fort bien venus, elle a donné sa démission et depuis vit de ses rentes.

Pour autant elle ne néglige pas les sorties et rencontres. C’est ainsi qu’un soir elle fait la connaissance de Léonard Foulat, substitut du tribunal. Un quadragénaire portant beau. Elle est favorablement impressionnée par cet homme et réciproquement. Seulement, elle est aisée tandis que lui… Il l’est aussi, donc pas de frein à un éventuel mariage.

Hélas, lors d’un repas, Foulat narre aux participants comment il a envoyé à la guillotine un garçon de ferme convaincu d’assassinat. Et il insiste sur les détails dont les dernières minutes du condamné. Il n’en faut pas plus pour que Cécile Pouque rompe leurs fiançailles. Dépitée, elle se retire dans une villa, une partie de l’héritage, à Lapalud.

Son ancien locataire, un quinquagénaire célibataire, lui fait une petite visite de courtoisie, lui signalant qu’il est entomologiste et qu’il aimerait lui montrer sa collection. Lacune de mademoiselle Pouque, elle ne sait pas ce qu’est un entomologiste. Donc elle va satisfaire sa curiosité naturelle, et comme il ne lui a pas proposé de lorgner des estampes japonaises, l’honneur est sauf.

Mais pas sa dignité car lorsqu’elle découvre des vitrines emplies de planches sur lesquelles sont cloués des insectes de toutes espèces, elle rompt avec ce voisin meurtrier.

Pourtant, elle-même va commettre un crime. D’où le titre du roman. En effet, un soir elle aperçoit un chapeau, et sous ce chapeau, un homme qui tente de s’introduire chez elle en franchissant le muret qui entoure son jardin. Impulsive, elle se munit d’un revolver qu’elle a découvert dans un secrétaire, et elle tire. Elle vient de tuer un homme.

 

Le crime de mademoiselle Pouque est un conte charmant, écrit d’une plume élégante, dans lequel il réside un certain humour, surtout dans la chute.

On remarquera quand même, que, intentionnellement ou non, Céline Pouque est quelque peu naïve, malgré son statut d’ancienne, mais jeune, enseignante. D’ailleurs si elle est devenue professeur dans un pensionnat pour jeunes filles, c’est surtout par besoin, et que, lorsqu’elle hérite dans des conditions dramatiques pour elle, elle n’hésite pas à abandonner le professorat. Elle n’avait pas la vocation.

Le premier soin de Céline Pouque, quand elle se vit à la tête d’un si joli revenu, fut de donner sa démission de professeur. Décidément, ce métier ne lui plaisait point. Ennuyer de braves petites filles en leur enseignant tout un fatras qu’elle-même avait appris avec tant de peine, était au dessus de ses forces ! Elle acceptait très bien que ses élèves ne l’écoutassent point car elle estimait que ce qu’elle tâchait de leur apprendre était sans la moindre importance ou utilité. Bref, elle n’avait pas la foi et n’exerçait son métier que pour gagner son pain quotidien.

Il est dommage que l’illustrateur dévoile quelque peu un épisode crucial de l’intrigue.

 

Rodolphe Bringer, de son véritable patronyme Rodolphe Béranger, est né à Mondragon le 4 mars 1871 et décédé à Pierrelatte le 3 mai 1943. Il fut journaliste et écrivain, produisant un grand nombre de petits romans policiers ou pour la jeunesse. De nos jours il est oublié, ce qui est, à mon avis, fort dommage. Mais c’est le sort de nombreux romanciers dits populaires de cette époque.

Rodolphe BRINGER : Le crime de mademoiselle Pouque. Les romans du cœur N°123. Editions Rouff. Parution 1941. 32 pages.

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26 août 2019 1 26 /08 /août /2019 04:19

Vous voulez lire du roman ? Lisez donc de l’histoire. Guizot.

Alexandre DUMAS : La fille du marquis.

Le 7 juin 1793, deux voitures à cheval sortent de Paris par la barrière de la Villette. Tout autant les entrées que les sorties sont soigneusement vérifiées, mais celui qui présente les papiers se fait rapidement reconnaitre et les hommes du poste ne font aucune difficulté à le laisser passer ainsi que ses compagnons.

Ce personnage est important. Il est connu sous le nom de monsieur de Paris. Sa fonction : bourreau. Parmi ses compagnons, un certain Léon Milcent qui doit rejoindre les volontaires en Champagne puis à Sarrelouis. Mais ce Léon Milcent n’est autre que Jacques Mérey, héros du précédent volume Le Docteur Mystérieux, qui est proscrit.

Jacques Merey, alias Léon Milcent se prétend sergent et c’est à la tête de volontaires qu’il se dirige vers Sainte-Menehould puis il se rend sur son ancien domaine à la frontière avec le Luxembourg puis à Trèves où il se présente comme proscrit. Il obtient de la part du bourgmestre un passeport pour se rendre à Vienne. Dans sa poche une lettre d’Eva, le nom qu’il a donné à Hélène de Chazelay, dans laquelle la jeune fille donne son adresse. Cette missive ne lui était pas adressée mais au Marquis de Chazelay, son père.

C’est la seule lettre qu’il possède mais elle figurait dans le dossier du marquis qui émigré est décédé. Jacques Merey n’a jamais reçu personnellement de courrier de la part d’Eva. Ce qui le chagrine fort. Et lorsqu’il arrive au domicile d’Eva, c’est pour apprendre qu’elle est partie depuis quelques jours. La tante qui la gardait, une vieille fille acariâtre et despotique venant de décéder. Alors n’ayant plus aucun but, et ignorant qu’Eva lui avait adressé de nombreuses lettres mais que celles-ci avaient été subtilisées par la tante et donc n’étaient jamais parvenues à leur destinataire.

Il décide dont de partir pour l’Amérique et revient quelques années plus tard. Le 19 février 1976 (le 30 pluviôse an IV) Jacques Merey assiste à une représentation de Pygmalion et Galatée donnée à l’occasion de la réouverture du théâtre Louvois. Il reconnait dans la loge de Barras, son Eva, et son sang ne fait qu’un tour. Malgré les supplications d’Eva il se détourne de la jeune fille qui ne peut placer un mot d’explications. Il a récupéré à Mayence les papiers du Marquis de Chazelay, dont une lettre de celui-ci autorisant le mariage de sa fille avec l’homme qui l’avait sauvée et éduquée.

Malgré cette lettre et les déclarations d’amour d’Eva, Jacques Merey se montre toujours froid et distant. Il n’a pas apprécié la voir en compagnie de Barras, réputé pour être un homme volage, accumulant les succès. Alors elle tente de se suicider en se jetant du pont des Tuileries mais n’écoutant que son cœur il la sauve de la noyade. Lors de la conversation, ou des explications qui s’ensuivent, Jacques Merey promet que les biens d’Hélène de Chazelay, alias Eva, seront soit vendus soit seront aménagés pour devenir un lieu d’accueil pour malades et pauvres. Eva désire retourner dans la petite maison d’Argenton et elle lui confie un manuscrit qu’elle a rédigé lors des événements qui ont suivi sa séparation d’avec le docteur et ses pérégrinations.

 

Ce manuscrit, qui débute le 14 août 1792, relate en plus de trois-cents pages les terribles épisodes de la Terreur et comment Eva parvint à échapper à la guillotine alors qu’elle aspirait de toutes ses forces à participer à un contingent de condamnés à mort.

De l’assassinat de Marat, puis sa rencontre avec Danton, son amitié lors de son emprisonnement à La Force avec Thérésia Cabarrus, la maîtresse de Tallien, ainsi qu’avec Joséphine Tascher de la Pagerie plus connus sous le nom de Joséphine de Beauharnais, la mort de Danton, puis celle de Robespierre dont elle n’est pas étrangère, c’est toute une page d’histoire qui défile devant les yeux du docteur Jacques Mérey.

Il découvre des pans de la vie quotidienne à Paris lors de cette période trouble et sanglante. Mais ces pages sont empreintes de la déclaration d’amour d’Eva à son encontre, des sentiments qu’elle confie à ces pages intimes.

Roman historique, avec les approximations de Dumas, ou celles des différents historiens qui se succédèrent pour décrire cette époque, chacun interprétant à sa façon, selon ses sentiments, les engagements des révolutionnaires, La fille du marquis est également un formidable roman d’amour.

Il est à noter qu’à cette époque, l’âge des jeunes filles n’était pas un frein à l’amour. En effet Eva, n’a que seize ou dix-sept ans, l’auteur se mélangeant parfois quelque peu les pédales dans le manuscrit, et pourtant ceci n’est pas un frein à l’amour qu’elle porte au docteur. Lui-même, malgré sa retenue entretenue par une jalousie consécutive à des interprétations erronées de sa part sur les agissements d’Eva, des malentendus, est amoureux mais il renie cet amour à cause de faits qu’il impute à la jeune fille alors qu’elle n’a jamais batifolé, au contraire de Thérésia Tallien, Joséphine de Beauharnais et bien d’autres, durant la période qui suivit la Terreur et fut synonyme de débauches.

 

Malgré des dialogues parfois grandiloquents, ce roman possède la force de narration et d’évocation dont Dumas se montrera le principal feuilletoniste du XIXe siècle. Ce qui semblerait aujourd’hui inconvenant, cet amour d’une gamine de seize ou dix-sept ans, est une oasis de fraîcheur dans une période trouble.

Les deux romans Le docteur Mystérieux et La fille du marquis constituent un ensemble connu également sous le titre Création et rédemption.

Contrairement à ce que j’affirmais dans mon article sur Le docteur mystérieux, le volume d’Archipoche ne comporte pas 240 pages, mais bien environ 500. Une fois encore je me suis laissé abuser par Amazon qui parfois induit dans l’erreur le visiteur de cette fausse librairie.

 

Réédition Archipoche. Parution 7 janvier 2015. 500 pages. 7,65€.

Réédition Archipoche. Parution 7 janvier 2015. 500 pages. 7,65€.

Alexandre DUMAS : La fille du marquis. Collection Bibliothèque Marabout géant N°261. Editions Gérard et Cie. Parution octobre 1966. 512 pages.

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25 août 2019 7 25 /08 /août /2019 07:03

La poudre arrêt-curé n’empêche pas Requiem d’avancer mais lui permet d’effectuer

le grand nettoyage…

Stanislas PETROSKY : Opération Requiem.

Sollicité par madame de Saint-Bousiers, Requiem, le curé atypique dépendant directement du Vatican pour des enquêtes non officielles, est fort étonné de se trouver face à une vieille dame agonisante d’une stature impressionnante : 1,50m pour 30 kilos.

Il a été introduit, en tout bien tout honneur, dans la chambre de la vieille femme par son fils, Charles-Nicolas, mais Requiem tombe de haut lorsque la vieille dame, allongée dans son lit et apparemment à l’article de la mort, ressuscite et se conduit comme une jeune fille. Profitant du départ de son fils pour une occupation extérieure, elle mande à sa domestique de leur apporter un cordial. Maria se révèle être une accorte personne habillée comme une soubrette de théâtre, avec la lingerie adéquate et minimaliste enveloppant des formes avantageuses.

Après une boisson forte qui réveillerait un mort, ceci expliquant peut-être cela, et une collation digne d’un Gargantua, Nadine, puisque c’est le prénom de cette brave dame qui donne le change, Nadine confie une mission à Requiem. Rémunération conséquente à l’appui.

Esteban Lehydeux, véritable patronyme du curé attiré par les bonnes choses de la vie, alimentaires, liquides, sexe, se voit confier une mission de protection. Mais auparavant Nadine lui récapitule un peu les antécédents familiaux. Son mari a fait fortune dans la vente de breloques réputées pour leur efficacité non prouvée mais que les gogos achètent alléchés par des promesses non tenues. Bracelets, bagues porte-bonheur, colifichets en tout genre, fétiches… Décédé d’un infarctus, il ne devait pas porter un de ses gris-gris, le fils a pris la relève mais a étendu sa petite entreprise en vendant du rêve sous forme d’aphrodisiaques, poudres de corne de rhinocéros, d’antilope, de cocu, puis depuis peu, des safaris africains pour chasseurs fortunés et peu scrupuleux. Voila le tableau et Nadine est inquiète pour une jeune fille prénommée Elodie, qui à vingt ans est devenue écoterroriste et s’est mis en tête de contrecarrer les plans de Charles-Nicolas. Et Elodie n’est autre que la petite fille de Nadine, et non mon fils précise-t-elle (pour ceux qui suivent…).

Et c’est ainsi que Requiem s’envole pour l’Afrique du Sud, en compagnie de Cécile, sa coachonne (pour l’explication se reporter au roman en vente dans toutes les bonnes librairies, les salles de sport pour développer les muscles et pas que abdominaux, et autres endroits libidineux), sous le prétexte de rédiger un livre. Cécile prend les photos entre deux séances de décrassage dont je ne te dévoilerai pas la teneur vu que dans le roman ce n’est pas précisé.

Ils louent un bungalow dans le Parc Kruger, auprès de l’agence spécialisée appartenant à la société de Charles-Nicolas. Leur séjour est perturbé par les exploits bruyants d’un couple pachydermique de Teutons qui s’adonnent au simulacre de la procréation à la bête à deux dos. Ils remarquent que ceux-ci, leur petite séance sportive terminée, engagent un guide. Requiem et Cécile les suivent à bord d’un tracteur de brousse amélioré et c’est ainsi qu’ils vont sauver la mise d’Elodie qui poursuivait le couple d’Allemands (j’évite autant que faire ce peut les répétitions) à moto, lors d’une charge d’éléphants, de rhinocéros et autres mastodontes qui ne demandaient rien à qui que ce soit. Les autres, c’est-à-dire les cadavres germains, restant sur place afin d’engraisser la nature, ce qui évite l’épandage d’engrais.

Puis, nous retrouvons Requiem accompagné de Cécile et Elodie à bord d’un navire se rendant vers les îles Féroé à la poursuite d’un baleinier nippon mais mauvais. Je ne vous dévoile rien, puisqu’une partie de cet épisode constitue le premier chapitre du livre. Mais il est à remarquer que Requiem se conduit en amoureux des animaux, particulièrement des poissons, puisqu’il n’hésite pas à les nourrir, penché sur la rambarde, en délestant son estomac.

 

Comme vous l’avez compris, ce roman catalogué policier est surtout une diatribe contre les chasseurs de fauves, cette huitième plaie de la nature, et Requiem, via l’auteur, prend la défense (normal lorsqu’il s’agit d’éléphants) des animaux dits sauvages, mais moins sauvages que les humains qui les traquent pour ramener des trophées destinés à l’édification de leurs amis.

Le tout conté avec humour mais qui s’avère un véritable pamphlet contre ceux qui affichent leurs photos de carnage sur les réseaux dits sociaux. Preuve nous en fut donnée il n’y a guère. Tout un système, vous dis-je.

A signaler que chaque tête de chapitre se rapporte à un animal en voie de disparition avec une note en bas de page humoristique mais pas que… Dommage qu’un sommaire ne figure pas en fin d’ouvrage afin de répertorier tous ces chapitres, ce qui donnerait une vue d’ensemble non négligeable.

Mais ce qui n’est pas en voie de disparition, ce sont les coquilles glissées dans le texte.

 

Au bout d’un moment ça va se voir que je pilote un bateau aussi bien qu’un président gouverne la France. C’est-à-dire sans savoir comment faire et encore moins où on va.

 

A lire également dans la série des Requiem :

Stanislas PETROSKY : Opération Requiem. Collection Polar. Editions French Pulp. Parution le 11 juillet 2019. 224 pages. 17,00€.

ISBN : 979-1025104767

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24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 03:35

Pratique pour ne pas perdre le nord…

Gilles VIDAL : La boussole d’Einstein.

Si Félix Meyer revient dans sa ville natale située près de l’océan, après plus d’une décennie de pérégrinations, de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel, parfois en louant un petit studio, s’établissant dans divers pays pour ses occupations, ce n’est pas par nostalgie mais parce que sa sœur Carole, seule rescapée familiale, vient de décéder dans des circonstances étranges et dramatiques.

Carole a été retrouvée écrasée par un chauffard qui s’y est repris plusieurs fois lui roulant sur la tête afin d’achever le travail mortifère. Bref, il ne s’agit donc pas d’un suicide, d’un accident, mais bel et bien d’un meurtre. Suffit de trouver le motif de cet acharnement.

Félix Meyer se rend auprès de la lieutenant Aurélie Costa qui s’occupe de l’affaire. Le lieutenant ou la lieutenante se demande Félix, une réflexion et une question qui lui évitent de trop penser. Un dérivatif spirituel. Mais Aurélie Costa est surchargée de dossiers en instance et ne sait plus où donner de la tête.

Alors Félix se renseigne, va visiter l’appartement de Carole mais ses investigations ne lui apprennent pas grand-chose. Toutefois il est étonné de ne pas voir de photos dans cet appartement, comme si le ménage mémoriel avait été fait. Mal d’ailleurs car il découvre sous le lit une bague masculine dont le chaton est surchargé d’inscriptions bizarres et illisibles. Ce sera pour plus tard.

Il rencontre également une de ses collègues, un voisin qui a pris des photos de l’événement, quelques autres personnes, et à la morgue où le corps de Carole est entreposé à des fins d’autopsie, il prélève une mèche de cheveux.

 

Une intrigue simple et tortueuse à la fois mais éclipsée par le rôle tenu par des personnages atypiques. En effet si l’on sait, ou presque, au départ quels sont les antécédents de Félix Meyer, son engagement par la suite pour une entité inconnue n’est dévoilée que progressivement.

De même, tous ces protagonistes possèdent une fêlure intime, psychique, morale, physique, ce qui leur offre une aura de mystère peu à peu dissipée. Le lecteur avance dans l’intrigue à la suite des dévoilements de ce qui pousse les personnages à évoluer dans la vie et souvent cela remonte à loin. Dans leur tendre enfance.

Et l’auteur place ses révélations comme autant de bougies dans une pièce obscure, les allumant une à une, avec parcimonie au départ, puis lorsque l’éclairage est suffisant, toutes les zones d’ombre s’effacent progressivement.

Gilles Vidal joue avec le lecteur, lui proposant une sorte de puzzle littéraire à reconstituer patiemment, mais le tableau terminé, la vue d’ensemble est réjouissante. D’autant que la touche finale d’humanité se révèle conforme aux souhaits du lecteur, souhaits qu’il n’osait penser qu’ils seraient réalisés.

Les métaphores placées ici ou là apportent une petite touche d’humour non négligeable, mais qui n’entament en rien l’aspect psychologique du roman.

 

Il menait désormais une vie aussi bien rangée qu’une paire de draps au fond d’une armoire.

 

Gilles VIDAL : La boussole d’Einstein. Editions ZINEDI. Parution le 6 août 2018. 230 pages. 17,90€.

ISBN : 9782848591919

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 04:43

Une incursion à Chicago, la capitale des gangsters…

Paul MYSTERE : Les gangsters du diamant.

Curieuse et attirée par les sensations fortes, Anny Madge, petite dactylo de dix-huit ans, est fascinée par Walter Brown, et surtout par ses épaules impressionnantes qui lui donnent l’air d’un bûcheron Canadien.

Mais elle est déçue lorsqu’elle apprend qu’il n’est qu’étudiant. Alors qu’avec sa carrure il pourrait entreprendre de si grandes choses. Elle aime les sensations fortes, mais il est vrai qu’elle est toute jeunette et n’a pas encore affrontée la vie. Elle est naïve.

Afin d’affronter ces sensations fortes, Anny se rend au Little Fellow, l’un des bars les plus crasseux de Chicago et repaire de gangsters. Et surtout de Jimmy Crown, le chef d’une des bandes qui pullulent dans la cité. Anny entre dans ce boui-boui, pas rassurée quand même. Heureusement Walter Brown la suit, et entre, s’installant au comptoir, mais il ne s’intercepte pas lorsque deux trois malfrats légèrement alcoolisés veulent glaner quelques faveurs et baisers. Et Anny est déçue par le comportement peu viril de cet étudiant baraqué.

Jimmy Crown en personne remet ses hommes en place et débute alors une conversation intéressante entre le truand et la jeune fille. Elle qui aime les grandes choses est intéressée par le projet avoué et connu de Crown : s’emparer du Globury, le fabuleux diamant du richissime John Peterson. Elle s’indigne lorsqu’il croit qu’elle est une espionne. Elle désire juste qu’il lui montre cette pierre précieuse lorsqu’elle sera en sa possession.

C’est alors que Walter Brown s’immisce dans la conversation et affirme au bandit que sa réputation va en souffrir. Ce n’est pas Crown qui va s’emparer du Globury mais bien lui, Walter Brown, et il le restituera à son propriétaire par la suite. Un défi lancé comme une menace par l’homme aux épaules carrées qui sort tranquillement de l’estaminet.

Crown est furieux et fait signe à deux de ses hommes d’intercepter son adversaire et de lui faire comprendre, par quelques coups bien portés qu’il ne faut pas le contrarier.

Les deux hommes sortent, confiants en leur force, mais ils sont rapidement retournés à l’envoyeur. M’enfin, faut pas énerver Walter Brown, qui effectivement va mettre sa menace à exécution privant Crown d’un flatteur article dans le journal et de son appropriation du Globury.

 

Véritablement petit roman policier, sans prétention, un peu faible dans son épilogue, voire même légèrement en contradiction avec le début de la narration tel est Les gangsters du diamant.

Mais ces petits fascicules permettaient aux ouvriers qui rentraient chez eux par les transports en commun, d’oublier leur journée de labeur et de les détendre, ou de les mettre en condition favorable pour se rendre à l’usine. Vite écrit, vite lu, vite oublié…

Sous le pseudonyme de Paul Mystère se cachait Paul Bérato plus connu sous les alias de Paul Béra et Yves Dermèze, un romancier protéiforme capable du meilleur, comme du pire.

Mais Paul Mystère était également un pseudonyme collectif, et ce roman n’est peut-être pas dû à Paul Bérato mais à un obscur romancier qui alimentait les catalogues des petites maisons d’éditions comme des grandes, façon Ferenczi, aux innombrables collections. Et les auteurs se cachaient sous divers pseudonymes afin de faire croire qu’il existait beaucoup plus de romanciers qu’il y en avait.

Cela se lit avec un brin de nostalgie et un petit sourire, devant la naïveté parfois des intrigues. Mais cela passe agréablement le temps, surtout lorsque n’a pas envie de se prendre la tête.

Paul MYSTERE : Les gangsters du diamant. Collection Allo Police nouvelle série. Editions du Diadème. Parution 3e trimestre 1948. 64 pages.

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22 août 2019 4 22 /08 /août /2019 03:50

Hommage à Michel de Decker, décédé le 17 août 2019.

Michel de DECKER : La bête noire du château de Jeufosse.

Veuve depuis dix ans du comte de Jeufosse, à quarante-cinq ans Elisabeth de Beauvais, son nom de jeune fille, est encore désirable. Elle vit seule en compagnie de sa fille Blanche, âgée de dix-huit ans, et de quelques domestiques dont Crepel le garde-chasse qui avait promis au comte agonisant de veiller sur le château et ses dames.

Les deux fils, Albert et Ernest, ont gagné la capitale et leur principale occupation est de bambocher, dilapidant les rentes familiales. Ernest surtout. Seulement il manque quelqu’un dans cette demeure mi-gentilhommière mi-forteresse, située à Saint-Aubin-sur-Gaillon, dans l’Eure, non loin d’Aubevoye. Une préceptrice pour Blanche, ou plutôt une institutrice comme l’aime à dire madame de Jeufosse.

Or Ernest rencontre par hasard Laurence Thouzery, jeune fille de vingt-cinq ans, fille d’un ancien sous-officier ayant servi sous les ordres du comte lorsqu’il commandait un régiment de cavalerie. Comme elle recherche du travail, tout naturellement Ernest lui propose la place d’institutrice auprès de Blanche. Laurence accepte et elle prend donc le train, la ligne Paris-Rouen, et est réceptionnée par Constant, le cocher de la comtesse, en gare d’Aubevoye. Heureux temps où les petites villes étaient desservies par les liaisons ferroviaires.

La comtesse de Jeufosse est favorablement impressionnée par la joliesse de Laurence. Blanche ne tarde pas à s’en faire une amie. D’ailleurs elles vont coucher dans la même lit, la chambre de Blanche donnant directement sur celle de madame de Jeufosse, et qui ne possède pas d’autres sorties. D’autre porte officielle, mais dans ces vieilles demeures, rien n’est moins sûr. Donc il faut passer par la chambre de la comtesse pour entrer dans celle de Blanche. Et inversement. Ce qui est fort pratique pour la comtesse lorsqu’elle est atteinte d’insomnie pour convier Laurence à la rejoindre nuitamment.

Mais d’autres personnes sont admiratives de la grâce et la beauté de Laurence. Les familiers du château de Jeufosse. Le cousin Léonce Odoard, quinquagénaire rougeaud et pansu, notaire, Joseph-Hyacinthe Tripet, châtelain et ancien diplomate, maître Huet, notaire à Gaillon, et madame, sans oublier le jeune Emile Guillot d’origine provençale, farceur et libertin malgré son mariage avec Renée de quelques années plus vieille que lui. Manque à cette assemblée de présentation, le jeune Edmond Pitte, séminariste promis à un bel avenir épiscopal.

Tous sont fascinés par Laurence qui ne ménage pas ses effets. Elle se montre même quelque peu aguicheuse envers Emile, même si elle semble choquée par un baiser posé sur l’oreille. Ou dans. Et elle aurait été vue dans la chapelle du château, agenouillée sur un prie-Dieu, la croupe flattée par la main vagabonde d’Emile. C’est Crepel qui a remarqué ce manège, mais Emile se défend de tout geste inconvenant, accusant même le garde-chasse d’avoir des idées mal placées. Mais il parait que Laurence aurait été aperçue en compagnie du séminariste dans une position fort peu religieuse. On, vecteur de rumeurs et de ragots.

 

Le soir, un individu joue du cor dans le parc, des cailloux sont lancés contre les vitres des fenêtres, un visage se profile, des incidents s’échelonnent, des lettres sont découvertes adressées à une jeune fille qui n’est pas désignée et non signées… On parle d’homme noir, de loup-garou, de bête noire… Mais les convictions sont faites. Il s’agit d’Emile Guillot qui jette la perturbation dans la demeure. Il s’y introduirait même. Certains détails le laissent penser.

Il paraîtrait même qu’il se vante de coucher avec Laurence, puis avec Blanche. Blanchette comme elle est surnommée. Et la comtesse n’en peut plus, elle demande avis à ses fils, à Crepel aussi. Au bout de quelques mois, elle décide de se débarrasser d’Emile et elle charge son garde de veiller dans le parc et de tirer sur l’importun. Ce qui est dit est fait et bien fait. Emile est abattu de coups de carabine.

 

Un procès s’ensuit et des avocats renommés bientôt vont s’affronter à la barre du tribunal d’Evreux. Crepel est le coupable idéal, avoué, mais il faut jauger la culpabilité de la comtesse et de ses fils dans ce qui est considéré comme un assassinat. Pourtant, elle s’était renseignée auparavant et les magistrats lui avaient spécifié que si un individu s’introduisait chez elle, elle pouvait en toute impunité tirer, ou charger un de ses domestiques de tirer sur l’importun. Et ce en toute légalité.

Michel de Decker relate cette affaire qui a défrayé les chroniques judiciaires en 1857, nombreux journalistes locaux ou provenant de la capitale, couvrant le procès.

Or le dossier s’avère complexe. Les nombreux témoins se rétractant, n’ayant rien vu, rien entendu, rien dit, ou au contraire chargeant soit la comtesse dont les relations avec Laurence étaient apparemment plus qu’amicales, à moins qu’il ne s’agisse que d’une banale affaire de gros sous, soit Laurence elle-même, soit Blanche qui aurait succombé au charme d’Emile mais n’est pas présente à la barre.

Les avis divergent et la loi est si bien faite qu’elle peut être interprétée selon le sens qu’on veut bien lui donner. Les avocats ont beau jeu d’accuser les uns ou les autres, d’autant qu’Emile, décédé, ne peut apporter sa version des faits.

Michel de Decker s’est inspiré de l’affaire de Jeufosse pour écrire ce court roman, les faits étant avérés, mais il a changé quelque peu le nom et l’âge de Laurence Thouzery.

Cette affaire qui fit grand bruit sert de base au concours de plaidoirie de l’académie de Rouen.

 

Michel de DECKER : La bête noire du château de Jeufosse. Collection Les énigmes policières de l’histoire N°7. Presses de la Cité. Parution le 02 janvier 1991. 192 pages.

ISBN : 9782285004546

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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