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21 septembre 2019 6 21 /09 /septembre /2019 04:56

Ou Ivre de sang ?

Clive BARKER : Livre de sang

Qu’ils sont bien loin les contes de notre enfance, avec leurs elfes, leurs sorcières, leurs magiciens, leurs animaux fantastiques, leurs châteaux hantés, leurs fantômes…

De nos jours, de plus en plus, la littérature fantastique est axée sur la terreur, l’épouvante, le sang et la violence. Signe des temps peut-être, où justement la violence et le sang se retrouvent quotidiennement dans les rues, les stades, les supermarchés, les endroits publics.

Finie la poésie d’un Peter Pan jouant de la flûte ou livrant un combat homérique au Capitaine Crochet, fini les mondes parallèles de Prince Caspian.

Maintenant, c’est l’horreur, l’horreur au quotidien que se plaisent à nous décrire les nouveaux maîtres du fantastique.

Témoin ce recueil de nouvelles de Clive Barker paru dans la collection Spécial Fantastique que venaient de créer les Editions Albin Michel.

Horreur morbide et sanguinaire, la première de ces nouvelles, Le train de l’abattoir, en est l’exemple parfait : boucher singulier officiant dans le métro new-yorkais et qui se perpétue dans La Truie : prisons de délinquants adolescents dont le pôle d’attraction est une ferme, ou encore dans Dans les collines, les cités, duel grandiose entre deux cités.

Peu d’humour dans ces récits sauf peut-être dans Jack et le Cacophone, combat entre un homme et un démon qui aspire à s’élever dans la classe sociale démoniaque.

Mais les spectres (indispensables !) ne sont pas oubliés et Les feux de la rampe nous en présente des échantillons qui savent se tenir en scène.

 

Ce livre est à déguster nouvelle après nouvelle, à petites doses afin d’en sentir pleinement tous les frissons distillés par Clive Barker.

 

Sommaire :

1 - Le Livre de sang (The Book of Blood), pages 9 à 29.

2 - Le Train de l'abattoir (The Midnight Meat Train), pages 31 à 74.

3 - Jack et le Cacophone (The Yattering and Jack), pages 75 à 109.

4 - La Truie (Pig Blood Blues), pages 111 à 160.

5 - Les Feux de la rampe (Sex, Death and Starshine), pages 161 à 221.

6 - Dans les Collines, les Cités (In the Hills, the Cities), pages 223 à 270.

 

Clive BARKER : Livre de sang (Clive Barker's Book of blood. volume 1. 1984. Traduction de Jean-Daniel Brèque). Collection Spécial Fantastique. Editions Albin Michel. Parution septembre 1987. 276 pages.

Nombreuses rééditions, notamment chez J’Ai Lu.

ISBN : 2-226-03136-7

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20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 03:57

Il parait étrange que la naissance et la mort soient les seuls moments d'une existence dont on ne peut à priori garder aucun souvenir.

Pascal DESSAINT : Une pieuvre dans la tête.

Et entre ces deux extrêmes l'homme vit, aime, souffre, combat pour un idéal, rumine une vengeance, procrée, tremble ou simplement traverse les ans comme il franchirait les rails sans regarder devant ou derrière lui.

Le train de la vie le happe au détour, ne lui laisse aucune possibilité de recommencer, aucune échappatoire.

Toulouse est la proie d'un sinistre individu qui tue, dépèce, éventre, éparpille les membres de ses victimes aux quatre coins cardinaux, se réservant le cœur, comme le toréador se réserve les oreilles et la queue de l'animal qu'il vient de passer au fil de l'épée.

Le commissaire Viorel Desbarrats et l'inspecteur Hugues Méliorat se dépêtrent au milieu de cette enquête, chacun perdu dans ses propres problèmes familiaux. Viorel sent son couple se déliter sans qu'il sache vraiment pourquoi. Il aurait aimé ne pas avoir de descendance pourtant Sabine, son épouse, a enfanté d'un garçon. Le commissaire n'est pas poète, même plus amoureux et il envisage avec une nostalgie sereine de tromper sa femme. Méliorat possède sa croix en la personne d'un frère à peine sorti de l'adolescence, au passé déjà lourd et qui croit entretenir dans sa tête une pieuvre aux tentacules carnivores.

 

L'enquête n'aurait pu être qu'un prétexte à mettre en scène des personnages - des victimes de la vie ? - tout droit sortis d'un cerveau torturé.

Mais la trame en prenant ses racines dans la mythologie se révèle tout aussi alambiquée que ces héros au quotidien que Pascal Dessaint met en scène avec un plaisir pervers.

Pascal Dessaint allie modernité et classicisme dans une histoire qui implique le lecteur, lequel se retrouvera peut-être dans l'un des personnages.

Un livre qui comble une attente, oscillant entre philosophie et aventure. Le roman que tout auteur débutant voudrait écrire car il sort des sentiers battus. Pourtant il possède une touche particulière, celle de l'écrivain qui jette sur le papier, comme le peintre projette sur sa toile, ses affres de la vie, sa créativité, ses doutes et peut-être une part d'autobiographie.

Sous le Noir se cache l'humour, et si l'on peut regretter que l'inspecteur Méliorat n'ait pas un prénom commençant par A, on peut penser que l'épilogue du commissaire Desbarrats n'est qu'un bon... de sortie.

 

Première édition : Editions de l’Incertain. 1994.

Première édition : Editions de l’Incertain. 1994.

Pascal DESSAINT : Une pieuvre dans la tête. Collection Rivages noir N°363. Editions Rivages. Réimpression. Parution 18 septembre 2019. 240pages. 8,20€.

ISBN : 978-2743648558

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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 03:09

Les Ecossais ne sont pas avares… de sentiments.

Hélène VALLEE : Le cavalier inconnu.

Sur l’île de South Uist, dans l’archipel des Hébrides, le vent souffle sur la lande de bruyères et empêche Morag Mac Linnen de s’endormir. Morag est une jeune fille de seize ans qui dort dans la même pièce que ses jeunes frères, les jumeaux Archie et Donald. Soudain un grand bruit se produit et le père entre dans la pièce, annonçant le naufrage d’un navire en perdition. Il s’est fracassé sur des récifs que n’ont pu éviter le capitaine.

Aussitôt tous les habitants du petit village se retrouvent sur la plage et aident les marins à gagner la terre ferme. L’un des marins est blessé, pour les autres, cela pourrait aller. Le capitaine est furieux, comme à son habitude, car son petit-fils Ewen n’a pas le pied marin. Il a peur et ressent les affres du mal de mer. Lui qui rêve de chevaux et aimerait travailler dans le haras de son oncle, est servi.

Il faut penser à réparer le navire et cela va prendre plusieurs semaines. Et le retour pour les marins et le capitaine en Irlande en est d’autant différé. Ewen se lie d’amitié avec les jumeaux, surtout avec Archis avec lequel il partage de nombreux point communs, ainsi qu’avec Murdoch, un voisin des Mac Linnen, principalement éleveur de volailles et secrètement amoureux de Modrag. Si les Mac Linnen possèdent un important troupeau de moutons, ils ont également des chevaux et des poneys. Les chevaux, la passion d’Ewen qu’il peut assouvir en montant Kirby, un magnifique hunter.

Archie raconte que sur la lande parfois un Leprechaum se balade. Ce génie est considéré comme bienfaisant, connaissant les lieux ont sont enfouis des trésors. Mais certains mots sont tabous, comme sorcière ou revenant.

Alors qu’il se promène sur la lande, en attendant que Wood-Pecker procède aux réparations du navire, le Capitaine subit un évanouissement et un jeune homme qui passait providentiellement à cheval le tire d’un mauvais pas. Ce jeune homme n’est autre que le fils de lord Farth, un Ecossais qui avait de bonnes relations avec les insulaires, et revient est revenu au pays. Bien des mystères sont résolus, notamment celui de ce Leprechaum déambulant la nuit sur Irish, un des chevaux qu’apprécie Ewen, qu’il emprunte pour ses promenades nocturnes.

Bientôt un riche propriétaire, qui possède notamment les parcelles de terre des Mac Linnen pour leur élevage de moutons, arrive en compagnie de quelques amis car la chasse à la grouse, un lagopède apparenté au coq de bruyère et à la gélinotte, est ouverte.

 

South Uist Beinn Mohr

South Uist Beinn Mohr

Ce roman pourrait se décliner en deux parties : le naufrage du navire irlandais et les épisodes qui y sont liés, puis la chasse à la grouse, avec entre temps l’apparition d’Antony Farth.

L’intrigue est concentrée sur peu de personnages, comme dans un vase clos, et c’est l’aversion de la mer par Ewen, qui démoralise son grand-père capitaine, qui prédomine. Et l’amitié qui en découle entre Ewen et Archie, avec le reste de la famille à un moindre degré, grâce à l’amour des chevaux. La chasse est un passe-temps mais pour les habitants de l’île, dont la famille Mac Linnen et leur voisin Murdoch, il faut savoir respecter certaines règles non écrites mais qui relèvent du bon sens.

Un roman charmant, qui plaira aux adolescents et tout public en général, par son ton champêtre, bucolique, avec la passion des chevaux, la mer en toile de fond, et qui offre une morale animalière point trop appuyée mais sincère.

L’on notera que l’Archipel des Hébrides, situé entre Irlande et Ecosse, se considère, ou plutôt les habitants se considèrent comme à part et pourtant partie intégrante d’une même fraternité. Mais la sauvagerie du lieu n’offre pas une grande tentation au tourisme, ce qui désole Agnès Mac Linnen, la mère des jumeaux et de Modrag.

 

Notre pays n’attire que les chasseurs. Ils admirent nos pauvres maisons si pittoresques, nos landes si sauvages, nos hommes si courageux, mais pas un de ces touristes ne passerait seulement une semaine sur notre île ! L’ennui le prendrait vite…

Hélène VALLEE : Le cavalier inconnu. Collection Spirale N°121. Société Nouvelle des éditions G.P. Parution le 02/01/1969. 188 pages.

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 04:02

Le roman aussi m’allait, bien…

Jean NORMAND : Le couteau malais.

Un homme à la mer, aurait pu s’exclamer le marinier, s’il ne s’était pas trouvé près du Pont de Charenton. En effet, le brave homme qui vit sur la Seine depuis des années vient d’apercevoir un cadavre flottant entre deux eaux.

Il repêche le noyé qui après auscultation du médecin légiste s’avère avoir été tué d’un coup de couteau en plein cœur. Et pas n’importe quel couteau car il reste un débris de la lame dans la plaie, un petit morceau de bois. Nul doute qu’il s’agit là d’un reliquat d’un couteau malais fabriqué dans une essence très dure.

Comme le cadavre ne possède pas ses papiers sur lui (ce qui est une infraction en regard de la loi), la photo du défunt est publiée dans les journaux sur les judicieux conseils de l’inspecteur Mouret. Un cafetier de Chambry, en Seine et Marne, reconnait en l’homme un certain Maurice Froger, tandis que quelques heures plus tard c’est un bijoutier parisien, Rosendal, Hollandais de naissance, qui affirme que le noyé était un courtier en pierres précieuses du nom de Von Zollen, demeurant à Auteuil.

Après vérifications, les deux hommes ne font qu’un. L’inspecteur Mouret se rend aux bureaux de Von Zollen où il est accueilli par le caissier, un homme déjà assez âgé nommé Fageot. Le coffre contient un lot de perles acheté récemment par Van Zollen. Le policier découvre également des cartes-lettres adressées à Maurice Froger, à Chambry, et signées Soriana. Bizarre car cette Soriana est le nom d’une femme qui devait rencontrer le bijoutier à Chambry, d’après le cafetier. Et un expert affirme que les perles sont fausses !

 

Alors l'inspecteur Mouret décide de prendre le taureau par les cornes et de suivre Fageot à la sortie du bureau. L’homme remet discrètement un papier à une marchande de journaux, dont le visage à moitié caché par un voile noir usagé est le reflet de la boisson et de la misère. Changement de programme pour Mouret qui suit cette vieille femme lorsqu’elle emprunte le métro, puis s’engage dans des rues mal éclairées de la Porte de la Chapelle et entre dans un troquet. Mouret est obligé de s’attabler devant un pichet de piquette, attendant que cette marchande de journaux reprenne son parcours ou rencontre quelqu’un. A un certain moment, le gargotier indique en morse, tapant sur le comptoir avec des pièces de monnaie, qu’il n’y a aucun danger. Aussitôt la vieille femme sort mais dépité Mouret ne peut que constater son échec. Une voiture passe, la femme s’engouffre dedans et au revoir la compagnie.

Un peu plus tard, Mouret reçoit un message d’Amsterdam lui signifiant qu’un receleur de pierres précieuses doit arriver en France. Un nommé Daken, bien connu des services de police mais qui n’a jamais pu être confondu pour ses forfaits.

 

Si l’inspecteur Mouret est un policier, il se conduit tel un détective privé, n’hésitant pas à se grimer et à se déguiser afin de passer inaperçu auprès de ceux qu’il file.

Sur une trame un peu convenue, le vol de pierres précieuses, Jean Normand offre toutefois un épilogue intéressant dont l’origine remonte aux Îles de la Sonde.

Une intrigue simple, comme ne pouvaient qu’en écrire les romanciers de l’époque dans ces petits fascicules de 32 pages, mais assez riche en épisodes mouvementés et possédant un fond d’exotisme.

Jean Normand, de son véritable patronyme Raoul Antoni Lematte, est né à Cherbourg le 9 février 1885 et décédé à Corbeil le 28 juillet 1956. Il a écrit de nombreux romans relevant de la littérature populaire, romans d’aventures maritimes et exotiques le plus souvent pour les éditions Ferenczi. Il a également signé sous les pseudonymes de Fernand Petit et Francis Lienart.

Jean NORMAND : Le couteau malais.

Jean NORMAND : Le couteau malais. Editions CPE Police. Sans date. 32 pages.

Autre édition : Le couteau malais signé Fernand Petit. Collection Police Express N°6. Editions A.B.C. 1941.

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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 04:54

Toute la pluie tombe sur moi...

Michèle LESBRE : Ecoute la pluie.

Une station de métro, un vieil homme voûté en imperméable beige avec une canne qui lui sourit, puis alors que la rame longe les quais, cet inconnu saute sur les rails, tel un cabri.

La narratrice est choquée par cet incident, ce suicide en direct et elle ressort de la station alors qu’elle doit prendre un train pour rejoindre son amant épisodique à leur lieu de rendez-vous habituel, l’hôtel des Embruns.

Déboussolée, elle vaque dans les rues, accroche son regard à une vitrine, est tentée par une robe verte, qu’elle achète, puis oublie sur un banc. Elle rentre chez elle, ressasse ce qu’elle a vu, retourne vers le banc, mais naturellement le sac contenant son emplette a disparu.

Elle revient chez elle. Le témoin lumineux de son répondeur téléphonique clignote, mais elle n’écoute pas le message. Elle se décide à appeler l’hôtel afin de prévenir l’aubergiste de sa défection momentanée, se promettant de prendre la train du matin suivant.

Elle ne peut dormir, remâche ses souvenirs, se souvenant des déplacements effectués avec son amant photographe, de leurs voyages à l’étranger, de leurs ruptures provoquées par leurs déplacements, leurs séjours à l’hôtel des Embruns ou ailleurs, tout un flot de réminiscences qui l’obsèdent.

Puis elle ressort, se rend au commissariat, seulement pour se présenter comme témoin de la chute volontaire du vieillard, et parcourt la ville alors que la pluie tombe.

 

Une déambulation dans les souvenirs et dans la ville (C’est beau une ville la nuit…), que la narratrice narre à son amant absent, un monologue qui prend des chemins détournés, voguant entre présent et passé, entre cet épisode auquel elle a assisté sans pouvoir influer sur le cours des événements, et ses rencontres avec amant qui ponctuent son passé et qui l’attend peut-être impatiemment.

Un court roman intimiste, dense et bouleversant selon la quatrième de couverture, puissant, réaliste, si réaliste que l’on est à même de se demander s’il ne s’agit pas d’une histoire vécue.

Ou que l’on se forge en regardant autour de soi, sur un quai de métro en attendant la rame. Et en se projetant, mentalement, sur des possibilités de distorsion de l’histoire, d’un dénouement qui probablement ne se produira jamais, d’un destin qui ne peut être contrarié.

 

Première édition : Sabine Wespieser Editeur. Parution 7 février 2013.

Première édition : Sabine Wespieser Editeur. Parution 7 février 2013.

Michèle LESBRE : Ecoute la pluie. Collection Folio 5773. Editions Gallimard. Parution le 13 mai 2014. 112 pages. 6,20€.

Première édition : Sabine Wespieser Editeur. Parution 7 février 2013.

ISBN : 978-2070454426

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16 septembre 2019 1 16 /09 /septembre /2019 04:07

La suite des aventures de Buffalo Bill !

BUFFALO Bill : L’allié inconnu de Buffalo Bill ou La flèche de feu.

Chargé de la défense de fort Leawenworth, le général en chef Smith convoque Bill Cody afin de lui confier une mission : il faut que le trappeur, qui est blessé au bras gauche, s’infiltre au quartier général des Confédérés afin de subtiliser des documents importants, notamment des plans de bataille, car une attaque imminente est prévue.

Tout d’abord Bill Cody rechigne à servir d’espion, ce qui est fort louable de sa part, mais le général Smith est convaincant et Cody accepte toutefois à une condition. Avant de partir, il veut assister à l’inhumation de sa mère qui vient de décéder. Une demande légitime et permission lui est accordée pour quelques heures.

Bill Cody est enfin sur le départ après avoir rassuré ses sœurs et surtout Louisa, dont il a fait la connaissance dans des conditions périlleuses, lors du précédent épisode de ses aventures (voir ci-dessous).

Il part donc vers le campement du général Forrest, à quelques heures de cheval, le général Smith lui ayant donné ses dernières instructions devant son secrétaire Guy Fawkes. Cody est confiant en lui, en son cheval et en ses armes, et il chemine tranquillement quand soudain il entend du bruit. Un inconnu tente de le tuer mais Cody parvient à la maîtriser. Stupéfait il reconnait en son agresseur Nad Golden, avec lequel il jouait dans la maison paternelle et à qui il avait sauvé la vie dans des circonstances périlleuses. Nad Golden est du côté des Confédérés, et il porte sur lui des documents secrets unionistes qu’il doit remettre au général Forrest.

Bon prince (façon de parler) Cody promet de relâcher son ancien ami si celui-ci lui fourni le nom de son correspondant, et de ne pas s’interposer dans sa mission avant huit jours. Nad Golden lui déclare que celui qui lui a remis les documents n’est autre que Guy Fawkes, le secrétaire du général Smith.

Cody est démasqué dès son arrivée par le général Forrest, mais ceci n’est pas le plus surprenant. En effet il retrouve un individu avec lequel il a eu maille à partir dans l’épisode précédent, Don Ramiro, le bandit bien en cour avec les Confédérés.

Cody est promis à la pendaison, mais, heureusement, son ami Bob le Sauvage, est sur ses traces. Il est bien connu dans le camp de Forrest, sous le nom de Fritz le Bègue. Il fait rire les soldats qui ne se méfient pas de lui.

 

Dans ce deuxième épisode qui prolonge le premier tout en permettant une lecture indépendante, nous faisons la connaissance de nouvelles têtes mais retrouvons aussi des personnages sulfureux. Sans oublier ceux qui, comme Guy Fawkes, possèdent une analogie patronymique et historique synonyme de comploteur, puisque le vrai Guy Fawkes, qui a vécu en Angleterre de 1570 à 1606, était l’un des inspirateur et membre de la Conspiration dite des Poudres.

Cet épisode est enlevé avec de nombreuses péripéties qui surviennent surtout à Bill Cody. Mais ce qui est surtout remarquable, ce sont les prises de position de l’auteur, probablement Prentiss Ingraham, dénonçant le racisme et l’esclavagisme, mais surtout cette guerre fratricide qui opposa les Américains, pour des divergences de point de vue. Un peu une guerre des religions, comme la France l’a connu, alors que tout le monde aurait pu vivre en bonne intelligence, même si les prétentions des Sudistes étaient infondées. A mon avis.

Et lorsque l’on lit aujourd’hui les lignes qui suivent, on ne peut que se dire que l’auteur avait une vision utopique des relations entre Le Nord et Le Sud, et surtout du racisme ambiant qui prévaut toujours.

 

C’était une époque terrible. Cette guerre fratricide d’alors compte parmi les plus sanguinaires de l’histoire.

La génération d’aujourd’hui qui sait seulement que les États-Unis forment un tout indissoluble, ne songe guère que cette unité si enviable n’a pu être cimentée que par le fer et dans le sang.

Mais aux jours où se déroule cette histoire, il n’y avait point d’ennemis plus haineux et plus irréconciliables que les citoyens des États du Nord et ceux des États du Sud. Quand on y pense! C’étaient les enfants de la même patrie! Aussi braves, aussi forts, de cœur aussi généreux les uns que les autres, et doués d’un amour aussi ardent de la patrie, comme il convient à un peuple vraiment noble!

Les deux partis considéraient la victoire de leurs intérêts comme une condition absolument indispensable au bonheur de leur patrie bien aimée. Les hommes du Nord voyaient dans le maintien de l’esclavage des nègres la plaie vive du pays, les États du Sud en considéraient la suppression comme sa ruine.

Et les esprits avaient pris feu sur cette différence d’opinion et s’étaient montés jusqu’à la passion la plus effrénée. Un déchirement s’était produit d’un bout à l’autre de cette glorieuse nation.

 

Cette histoire est disponible en téléchargement numérique gratuit et légal sur le site ci-dessous :

BUFFALO Bill : L’allié inconnu de Buffalo Bill ou La flèche de feu. Fascicule 2. Première Parution 1906/1908. 32 pages.

Version numérique : 100 pages environ sur Ebook Libres et Gratuits.

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15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 04:15

Entre Hier et Demain…

La Grande Anthologie de la Science-fiction. Volume 10 : Histoires de voyages dans le temps.

Combien de fois ne nous sommes pas dits, j’aimerai bien être un peu plus vieux, pour diverses raisons, ou, au contraire, si je pouvais revenir en arrière afin d’éviter certaines erreurs commises à telle ou telle époque, ou au contraire entreprendre telle action ?

Ceci a toujours été une envie ou un regret qui ont mené les hommes vers un destin inéluctable, ce qui n’a pas empêché les romanciers, de science-fiction ou autre genre littéraire, d’extrapoler l’avenir et le passé, pour des raisons nobles ou au contraire néfastes.

Ainsi Cyril Kornbluth met en scène dans Les Dominos un boursicoteur dont l’un des employés vient de mettre au point une machine permettant de se transporter de deux ans dans l’avenir. Or un krach boursier est prévu, nous sommes en 1975, et il désire se rendre en 1977 afin de savoir quelles actions revendre avec profit avant que la bourse s’effondre et à quelle date. Le rêve de bien des banquiers, mais cela ne se passe pas toujours, revenu à la réalité du moment comme cela était prévu. Un paradoxe finement mis en scène qui ne manque pas de piquant pour une histoire publiée à l’origine en 1953.

Par ici la sortie de Lester Del Rey met en présence deux personnes qui se ressemblent étonnamment. Normal puisque l’un est la projection de l’autre mais trente ans plus tard. Et pourtant ils voyagent ensemble dans la machine construite par le premier quelques années plus tard et qu’il s’était projeté dans le futur.

 

Il est inconcevable de penser que Fredric Brown ne figure pas dans une anthologie de nouvelles policières ou de science-fiction, tant ses textes sont jubilatoires offrant quasiment à chaque fois une chute inattendue. Dans Le paradoxe perdu, nous entrons dans un univers presque parallèle. Shorty McCabe est un étudiant placé au dernier rang, comme les cancres mais c’est un rêveur qui n’est pas vraiment intéressé par le cours de son professeur et ses démonstrations logiques. Il est passionné par la paléontologie et suit les évolutions d’une mouche pendant le ronronnement verbal. Tout à coup la mouche disparait, comme si elle avait absorbée. Shorty lance alors son stylo afin de recommencer l’expérience, et le stylo subit le même sort. Puis c’est la main, et là Shorty commence à être inquiet. Lorsque le corps entier est englouti, il est mis en présence d’une sorte de fantôme qui lui déclare avoir construit un appareil qui permet de se projeter dans l’avenir. Mais quel sera cet avenir ? Avec Fredric Brown, il faut s’attendre à tout et surtout pas au pire mais au meilleur.

Du même Fredric Brown, Expérience, une nouvelle plus courte, trois pages seulement mais intenses, qui confirme son art du texte succinct avec une chute à tomber par terre.

Dans Les éclaireurs, Donald Malcolm nous envoie en compagnie de deux explorateurs du futur à cent millions d’années sur une planète nommée Terre. Ils se réceptionnent, ou se réveillent, sur une plage dans un univers vide, surveillé par la Créature.

Tout comme Fredric Brown, Richard Matheson est un spécialiste de la nouvelle, mais rédigeant également des romans, noir ou de science-fiction, adaptés au cinéma dont Les Seins de glace. Avec L’enfant trop curieux, le lecteur est invité à partager les affres de Robert Graham, qui sortant de son bureau, ne retrouve plus sa voiture. Il est persuadé l’avoir garée à tel endroit mais elle est n’y est point. Et ce trou de mémoire s’amplifie lorsqu’il confond les différents véhicules dont il a été le propriétaire, puis se mélange dans les adresses des divers domiciles qu’il a habités. Et cela ne s’arrange pas.

J.G. Ballard, avec Le jardin du temps, nous entraîne dans une histoire romantique et bucolique, jusqu’à un certain point. Tandis que sa femme interprète à la harpe des morceaux de Mozart, le comte Axel se rend dans son parc, prélevant au passage des fleurs hautes de deux mètres, dont la tige casse comme du verre et dont le cœur de cristal semble drainer la lumière. Au loin une armée de loqueteux accompagnés de soldats guère mieux lotis, s’avance et lorsque le comte cueille une des fleurs, enfermant dans sa main le cœur, le temps s’arrête, recule même, l’armée se retrouvant plus loin que précédemment. Mais cette avance est inéluctable car il reste peu de bourgeons.

Avec ce texte, nous entrons plus dans le domaine du fantastique que de la science-fiction, un sentiment qui se prolonge avec la suite qui emprunte à la psychologie, voire à la psychiatrie. C’est le domaine du rêve et du cauchemar qui prend le relais.

Mais le voyage dans le temps implique des retours en arrière, comme Le jardin du temps, et surtout Souvenir lointain de Poul Anderson qui nous renvoie à la préhistoire avec un homme revenant à la racine de ces ancêtres grâce à un appareil sophistiqué. Mais se plonger dans le passé puis revenir au présent laisse parfois un goût amer, le présent devenant fade.

 

Un volume indispensable dans toute bonne bibliothèque de l’amateur éclairé, ou pas, qui permet de retrouver des textes initiatiques et découvrir des auteurs confirmés ou n’ayant que peu produit. Un savoureux mélange qui se lit le soir, à tête reposée pour la plupart des nouvelles car parfois celles-ci sont elliptiques, à l’instar de Par ici la sortie, La cure et quelques autres qui relèvent surtout de la psychanalyse.

Mais avant de découvrir les nouvelles, les compilateurs de cette anthologie ont eu la bonne, la très bonne idée même, de proposer une introduction effectuant une sorte de Science-fiction pour les nuls, et une préface présentant plus particulièrement des textes d’exploration du passé ou de l’avenir, ce qui permet de constituer, pour ceux qui le désirent, une bibliothèque sélective dans un large spectre de titres. Une bibliothèque idéale en quelque sorte.

 

1 - Jacques GOIMARD & Demètre IOAKIMIDIS & Gérard KLEIN : Introduction à l'anthologie, pages 7 à 14

2 - Jacques GOIMARD : Préface pages 15 à 30, Préface

3 - Cyril M. KORNBLUTH : Les Dominos (Dominoes), pages 31 à 43, trad. Marcel BATTIN

4 - Lester DEL REY : Par ici la sortie (And It Comes Out Here), pages 45 à 62, trad. Marcel BATTIN

5 - Fredric BROWN : Le Paradoxe perdu (Paradox Lost), pages 63 à 84, trad. Frank STRASCHITZ

6 - Donald MALCOLM : Les Éclaireurs (The pathfinders), pages 85 à 96, trad. François VALORBE

7 - Richard MATHESON : L'Enfant trop curieux (The Curious Child), pages 97 à 109, trad. Michel DEUTSCH

8 - James Graham BALLARD : Le Jardin du temps (The Garden of Time), pages 111 à 122, trad. Elisabeth GILLE

9 - Poul ANDERSON : Souvenir lointain (The Long Remembering), pages 123 à 138, trad. Francis CARSAC

10 - Henry KUTTNER & Catherine L. MOORE : La Cure (The Cure), pages 139 à 155, trad. Marcel BATTIN

11 - Jack FINNEY : Le Troisième sous-sol (The third level), pages 157 à 163, trad. Gilbert IBERY

12 - Poul ANDERSON : L'Homme qui était arrivé trop tôt (The Man Who Came Early), pages 165 à 199, trad. Bruno MARTIN

13 - Fredric BROWN & Mack REYNOLDS : Sombre interlude (Dark Interlude), pages 201 à 212, trad. Jean SENDY

14 - Henry KUTTNER & Catherine L. MOORE : Saison de grand cru (Vintage Season), pages 213 à 270, trad. P. J. IZABELLE

15 - Fredric BROWN : Expérience (Experiment), pages 271 à 273, trad. Jean SENDY

16 - William TENN : Moi, moi et moi (Me, Myself, and I), pages 275 à 294, trad. Frank STRASCHITZ

17 - Jack WILLIAMSON : Regard en arrière (Hindsight), pages 295 à 322, trad. Pierre BILLON

18 - William TENN : Comment fut découvert Morniel Mathaway (The Discovery of Morniel Mathaway), pages 323 à 343, trad. Frank STRASCHITZ

19 - Poul ANDERSON : La Patrouille du temps (Time Patrol), pages 345 à 399, trad. Bruno MARTIN

20 - Alfred BESTER : Le Temps et la 3e Avenue (Of time and Third Avenue), pages 401 à 411, trad. Frank STRASCHITZ

21 - Robert A. HEINLEIN : Vous les zombies... (All You Zombies—), pages 413 à 432, trad. Michel DEUTSCH

22 - Dictionnaire des auteurs pages 435 à 442

 

La Grande Anthologie de la Science-fiction. Volume 10 : Histoires de voyages dans le temps. Le Livre de Poche N°3772. Parution 4e trimestre 1976. 448 pages.

ISBN : 2-253-00769-2

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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 04:50

Une vision pessimiste de l’avenir des villes…

Boris VAN GHEE : Abimes.

Le commissaire Gaston (y’a l’téléphon qui son…) fait plus confiance à Tony qu’il connait par cœur, qu’à ses propres, c’est vite dit, sous-fifres.

C’est bien pour cela qu’il convoque ce faux détective privé qui l’a déjà aidé à diverses reprises, lui demandant de résoudre une affaire de triples disparitions. Et comme il lui précise, il faut que Tony lui tire les marrons du feu, car c’est bien Gaston qui en récoltera tous les bénéfices. Tony a réussi à sortir de la mouise malgré une enfance guère reluisante, et depuis il vaque dans sa ville, son compte en banque lui permettant de ne rien faire.

Donc trois disparitions, de nuit, trois notables qui se sont évaporés comme par un coup de baguette magique. D’abord, Duglandier, ex-sénateur, bon d’accord il ne manquera pas beaucoup… les séances, Machecoul, le maire de la ville, et enfin Herbert Dubois, dont on fait les entreprises du bâtiment et des travaux publics.

Bouseville est dégarnie et Gaston se fait des cheveux.

Tony se met au travail, c’est-à-dire qu’il déambule dans les rues. Direction le Vegas, le bar-casino de la ville, le repaire des cols blancs, et dans la salle il repère Balcano, le député qui traîne sur lui quelques affaires louches à la petite cuillère. Balcano est préoccupé par le devenir de la petite boule en ivoire qui ne sait pas trop dans quelle case elle se loger mais il précise toutefois que la dernière fois qu’il a vu Duglandier, c’était rue du Borgne.

Rue du Borgne, Tony connait, mais cela fait bien longtemps qu’il y a mis les pieds. Un quartier déshérité à l’origine, mais maintenant c’est encore pire comme il peut s’en rendre compte. Les immeubles sont vides, promis à la démolition. Certains vont encore s’en mettre plein les fouilles et se faire des gonades en or, pense Tony qui ressent toutefois un malaise.

Le quartier est vide, silencieux. Sauf peut-être quelques chats errants.

 

Cette nouvelle suinte de l’air du temps, avec ces édiles qui pensent tout se permettre, ceux qui sont mis en examen, ceux qui spolient délibérément les pauvres, ceux qui pratiquent des magouilles financières qui font les choux gras des médias, ceux qui veulent se débarrasser des parasites sans emploi et donc sans pognon.

Naturellement on ne manquera pas de remarquer l’analogie de certains patronymes, Balcano par exemple, ou certains noms de lieux comme la rue du Borgne, ce qui induit à cette nouvelle noire une dimension politique.

Et l’épilogue fleurète avec le fantastique, nous projetant dans un univers proche à celui décrit par James Herbert ou Clive Barker, par exemple.

Dommage que quelques coquilles, vous avec remarqué je n’ai pas oublié une certaine lettre, entachent ce texte.

Les édiles locales ( !) s’octroyaient des dizaines de milliers de mètres carrés à valoriser.

Boris VAN GHEE : Abimes. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution 29 août 2019. 21 pages. 2,99€.

ISBN : 9791023407822

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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 04:42

Trois fois porte-bonheur ou trois fois porte-malheur ?

Rodolphe BRINGER : Les trois 13.

Dans le car qui effectue la navette entre Taulignan et la petite gare de Chamaret, un seul voyageur qui semble dormir. Crin-crin, le chauffeur décide de le réveiller mais peine perdue. L’homme ne sortira pas de son sommeil, puisqu’il est mort, atteint d’une balle d’arme à feu qui s’est glissée jusque dans sa carotide.

Aussitôt Crin-Crin interpelle les trois hommes présents. Le chef de gare, Régis, son homme d’équipe, et le docteur Bégloud-Font, qui n’exerce pas sa profession étant assez riche pour vivre de ses rentes dans un château non loin. Il était venu afin de récupérer un paquet. Ils procèdent aux premières vérifications en attendant l’arrivée des gendarmes de Grignan. Mais le train de Nyons arrive en gare et les employés de la ligne ferroviaire doivent vaquer à leurs occupations premières.

Si l’individu qui git sur la banquette possède bien quelques babioles dans ses poches, dont un couteau d’origine indienne servant à prélever les scalps, ses papiers d’identité sont manquants.

Le parquet est immédiatement prévenu et les résultats de leur confrontation abondent dans le sens des gendarmes. Quelqu’un aurait tiré de l’extérieur, probablement lorsque le car avait emprunté une longue ligne droite dans les bois, parmi les truffières. Une fenêtre ouverte derrière l’homme, et le bruit de ferraille du car, empêchant le chauffeur de distinguer quoi que ce soit.

Alors que le Parquet déblatère, le juge, le substitut du procureur et son greffier, en compagnie du brigadier, un gendarme fait irruption annonçant le décès de monsieur Jéphe. C’est sa femme de ménage qui l’a découvert, étalé dans le couloir, un couteau planté dans le cœur. Ce monsieur Jéphe, installé dans la commune depuis quelques années, n’était guère causant mais toujours aimable avec les habitants.

Or selon l’hôtelier, l’inconnu du car s’était installé la veille dans une chambre de l’hôtel de Sévigné, avait rencontré monsieur Jéphe, puis était reparti. Il se nommerait, d’après le registre, Tom Wiking, et serait Américain. Voici un point d’éclairci. Mais il reste encore bien des zones d’ombre. Alors il est fait appel au commissaire Rosic, de la Police Judiciaire de Lyon.

Un début de piste se précise lorsque le commissaire Rosic, arrivé sur les entrefaites, est informé par le postier que le soir du drame du car, juste après la levée du courrier, monsieur Jéphe avait posté une lettre à un certain Lagodille à Paris.

Monsieur Jéphe avait une nièce mariée à un romancier célèbre œuvrant dans la littérature policière, Jean Méjean. Le couple est prévenu et comme de toute façon, Jean Méjean et sa femme devaient passer leurs vacances sur place, ils ne sont pas longtemps à arriver à Grignan. Or Jean Méjean décide d’enquêter sur l’assassinat de son oncle et tant qu’à faire sur celui de l’Américain.

Mais bientôt, au bout de quelques jours quand même, ne précipitons pas les événements, un nouvel assassinat est perpétré. Une légitime défense selon monsieur Bégloud-Font, car un individu qui tentait de s’introduire chez lui a été abattu par son valet, Melchior. L’indélicat personnage aurait tiré deux coups de feu envers Melchior qui a riposté, faisant mouche du premier coup. Pauvre Melchior, mutilé de guerre qui ne peut parler, la langue coupée par une balle qui n’était pas perdue lors de la Grande Guerre.

 

Qui du policier ou de l’écrivain parviendra à résoudre cette énigme ? S’engage entre les deux hommes une partie d’échecs, l’un possédant son expérience de policier, l’autre celui de romancier de littérature policière.

Je suppose M. Méjean, que vous venez m’apporter le concours de vos lumières, car nous travaillons, en somme dans la même partie, et nous sommes des façons de confrères.

Pourtant le romancier se défend de s’immiscer dans l’enquête, au départ, car par la suite il établira des déductions qui ne sont pas conformes avec celles du policier.

Non, certes, dans mes nombreux romans, j’ai mis en scène une ( !) assez grand nombre de policiers, tous évidemment géniaux. Mais si mes lecteurs s’y trompent, empêchés de réfléchir par l’entraînement d’un récit plus ou moins passionnant, moi, je ne puis me faire d’illusions, et je sais combien, en somme, ma tâche est facile et combien il m’est aisé de faire croire aux rarissimes qualités de mes détectives. Car, lorsque j’écris un roman, le crime dont il s’agit de dégager l’inconnu m’est connu dans les moindres détails, puisque c’est moi qui l’ai inventé, et dès lors, mon policier a toutes les facilités d’en déduire les phases, et tout mon talent consiste à l’empêcher de résoudre trop rapidement l’énigme posée.

Une profession de foi lucide, de la part du romancier qui ne peut être que l’auteur. Pourtant, un peu plus tard, il déclare à sa femme :

J’ai tellement débrouillé, en ma vie, des énigmes embrouillées dont j’avais, d’ailleurs, moi-même mélangé les fils, que je serais curieux de savoir si je serais à même d’élucider un problème dont je n’aurais pas moi-même posé les données !

 

Au cours de l’intrigue, Rodolphe Bringer revient plus ou moins longuement sur les antécédents de Jean Méjean, afin de mieux installer son personnage de romancier, et, vers la fin, le lecteur est tout aussi bien dans un roman policier que dans un roman d’aventures, car il faut se plonger dans le passé des différents protagonistes afin de connaître leurs motivations et expliquer le pourquoi du titre, qui au premier abord est assez énigmatique mais trouve son explication en fin de récit, une explication un peu tirée par les cheveux mais qui n’entache en rien la qualité de l’intrigue.

L’écriture est agréable, plaisante, et les dialogues sont souvent écrits comme s’il s’agissait de répliques de cinéma.

 

Roman posthume, à moins qu’il s’agisse d’une réédition non signalée, Les trois 13 s’inscrit à une époque de l’entre-deux guerre. Et le docteur de Grignan, s’appelle soit Barbier, soit Bernier, soit Cervier. Ce qui suppose une non-relecture de la part de Rodolphe Bringer.

 

Rodolphe BRINGER : Les trois 13. Roman policier. Editions Laclau. Parution 4e trimestre 1946. 158 pages.

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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 04:26

A deux, c’est mieux !

Francis DIDELOT : Le Club des Bis.

Être au mauvais endroit au mauvais moment, cela peut entraîner des désagréments, voire plus.

C’est ce que peuvent constater Jean-Marc et Jean-Pierre, surnommés Marco et Pétrus, les jumeaux de quatorze ans, qui passent leurs vacances sur l’île d’Oléron dans la villa familiale La Flibuste. Leur mère malade est restée à Paris pour se soigner, et leur père, architecte, est en voyage en Belgique.

Ce jour là, alors qu’ils se promènent à Saint-Trojan, ils aperçoivent une camionnette boueuse, arrêtée, moteur au ralenti. Soudain deux hommes les bras chargés de sacs déboulent d’une banque et s’engouffrent dans le véhicule, au volant duquel un individu les attend. Les jumeaux sont les témoins d’un hold-up et Jean-Pierre tente de se saisir de l’un des cambrioleurs. Mais un quatrième survient, armé d’une arme à feu, et Jean-Pierre est bousculé, happé, enlevé, engouffré dans la camionnette. Jean-Marc ne peut rien faire sauf demander à Jack, leur chien boxer de les suivre. Peine perdue.

Les témoins sont naturellement divergents dans leurs déclarations effectuées au policier arrivé sur place. Jean-Marc est fort marri et confie à leurs amies suédoises, Helga et Brigitta les jumelles de dix-sept ans, passant elles aussi leurs vacances sur l’île, ce qu’il vient de leur arriver. De même il raconte ce fait-divers à leurs autres amis, qui constituent la bande des Bis. Les Martinot, Maurice et André, dix-sept ans, et les Chasseneuil, Philippe et Gérard, douze ans, sont de caractère différent ainsi que d’aspect physique. Ce dernier point nous importe peu mais ce sont leurs réactions qui nous intéressent.

Jean-Marc ne veut pas prévenir la police de l’enlèvement de son frère Jean-Pierre, afin que ceci ne soit pas diffusé dans les journaux, ce qui pourrait être nuisible à la santé de leur mère. Il préfère rechercher l’endroit où est séquestré son frère Pétrus et le délivrer. Les Chasseneuil, de fougueux gamins, sont prêts à se jeter à l’aventure, tandis que les Martinot, plus réservés, plus réservés, peut-être plus réfléchis à cause de leur âge, préfèreraient que les policiers soient informés et participent aux recherches.

Un compromis est trouvé et Jean-Marc est persuadé que Pétrus parviendra à leur envoyer un message indiquant son lieu de détention. Et Jack, le boxer, n’est-il pas là lui aussi pour participer à cette chasse aux indices, à délivrer l’un de ses deux maîtres ?

 

Pendant ce temps, Jean-Pierre est enfermé et ligoté. Si ses membres sont liés, ses oreilles et ses yeux ne sont pas bouchés et il enregistre les conversations entre les ravisseurs. Il les baptise le Chef, Gros-Bébé, Quenelle et Hareng-saur, en référence à leur statut ou apparence physique. Il va jusqu’à leur conseiller de demander une rançon, son père étant très riche argue-t-il, car il cogite sa petite idée.

La bande des Bis parvient à localiser l’endroit où est retenu Pétrus, un moulin désaffecté, mais à cause d’un contretemps, si Jean-Pierre parvient à s’échapper, c’est Jean-Marc qui devient à son tour prisonnier. Entre temps Pétrus a réussi à fournir quelques éléments à son frère et les bandits ne font pas la différence entre les deux garçons qui ont échangés, malgré eux, leur rôle.

 

Francis Didelot, un romancier aguerri et reconnu dans l’écriture d’énigme pour adultes, avec des ouvrages mettant en scène entre autres le commissaire Bignon, n’a écrit que peu de romans pour les juvéniles, et sur le tard.

Et l’on sent bien que cette intrigue est fouillée, travaillée, avec de nombreux rebondissements, et il en faudrait peu pour que ceci soit adressé à des adultes. Comme il s’agit d’un roman destiné à de jeunes adolescents, point de violence, de cadavres inutiles, mais une véritable intrigue toute en suspense. Que ce soit dans le moulin, puis plus tard à bord d’un voilier, les actions sont complexes et nombreuses. Naturellement l’auteur joue sur la gémellité afin de perturber les cambrioleurs mais pas que.

Sur la psychologie des personnages également, Jean-Pierre puis Jean-Marc s’ingéniant à monter les uns contre les autres les voleurs afin de les déstabiliser. Le rôle de la police est réduit à la portion congrue, et encore, sauf dans l’épilogue presque prépondérant. Presque car tout le travail de sape et l’ingéniosité des jumeaux, quels qu’ils soient, est déterminant malgré les réticences primaires des jumeaux Martinot qui au fur et à mesure que l’histoire avance prennent de l’ampleur.

Ce sont les réactions des différents protagonistes qui donnent du corps à cette histoire qui ne connaitra pas de suite, comme les séries habituelles de cette collection, le Club des Cinq, le Clan des Sept, les Six compagnons, Michel, Alice et tous les autres qui vivent des aventures mémorables et ne vieillissent pas, ou peu.

 

Francis DIDELOT : Le Club des Bis. Collection Bibliothèque Verte N°258. Editions Hachette. Parution Septembre 1964. 252 pages.

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