Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 05:51

Une fleuriste à qui l’on ne fait pas de fleurs…

Léo GESTELYS : Une enfant de Paris.

Désireux d’acheter des fleurs pour une cérémonie de fiançailles, Fernand est ébloui par Ginette, la jeune vendeuse. Elle est encore plus belle que les plantes qu’elle propose : roses, œillets, orchidées…

Il en veut tout un bouquet et lui demande une composition florale, comme si c’était pour elle. Ginette s’exécute mais bientôt sa patronne, une personne acariâtre, l’appelle du fond de la boutique. Fernand quitte l’échoppe avec son bouquet serré sur sa poitrine, à la façon d’une nourrice berçant un bébé.

Ginette doit livrer une parure de fleurs naturelles chez mademoiselle Monique de Berteval. Monique est issue d’une riche famille demeurant dans le quartier. La course ne sera pas trop longue. Et lorsqu’elle arrive chez sa cliente, Ginette peut se rendre compte qu’un véritable essaim de couturières, de femmes de chambre et petites mains sont aux pieds de Monique, la parant, l’habillant, jouant des aiguilles et des dentelles.

Ginette est priée de se rendre dans le cabinet de toilette de Mademoiselle en attendant de disposer ses œillets roses sur la robe et les affutiaux de la fiancée. C’est à ce moment qu’est annoncé monsieur Fertèze, Fernand de son prénom, précédé d’un bouquet de fleurs.

Toute étonnée, Ginette se trouve face à son client. Etonnement qui ne dure guère car elle est renvoyée dans ses foyers, où plutôt à sa boutique, n’ayant plus rien à faire dans la pièce et devenant même encombrante. Mais Fernand semble plus intéressé par cette jeune fille simple que par sa fiancée capricieuse.

Le dimanche se passe et le lundi matin, Ginette a la douloureuse surprise de se voir convoquée au commissariat. Elle est accusée d’avoir volé un bijou lors de son passage chez Monique. Fernand, prévenu, ne met guère de temps à confondre le (ou la) coupable de ce forfait, pour autant Ginette est renvoyée par sa patronne. Un affront que sa mère ne supporte pas et Ginette est obligée de se réfugier chez une amie qui vit avec un peintre à la notoriété naissante.

Mais ses malheurs ne sont pas terminés.

 

Dans un registre simple, ce roman sentimental inédit propose une enquête policière rapidement résolue et non pas par des policiers.

Pourtant Ginette porte cette honte sur son front. L’accusation portée contre elle, si elle se révèle fausse, ne lui en est pas moins néfaste. Elle est renvoyée par sa patronne, par sa mère, et malgré ses dénégations, personne ne veut la croire. Même lorsque le bijou est retrouvé.

Léo Gestelys met l’accent sur ce qui constitue le contraire de ce qui devrait être. L’accusée obligée de se défendre alors qu’aucune preuve de sa culpabilité est démontrée, pis, elle est rejetée même si son innocence est prouvée malgré tout par la suite, car il ne fait pas bon d’avoir été convoquée par la police. Comme une tache indélébile alors qu’elle est pure comme les fleurs qu’elle vend.

La morale est sauve, mais la fréquentation forcée de la police laisse souvent des traces.

Léo GESTELYS : Une enfant de Paris. Collection Le Petit Roman N°488. Editions Ferenczi. Parution le 16 octobre 1936. 32 pages.

Partager cet article
Repost0
20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 05:19

La vague en douceur vient mon cœur
A la Guadeloupe,
Les algues, les fleurs
Ont mille couleurs
A la Guadeloupe…

Henri Salvador.

Richard CARON : Saintes pour sang.

Emergeant péniblement d’un rêve aussi bizarroïde qu’étrangeoïdal après une réception arrosée, le jeune Lionel Sehauvagnac, attaché de cabinet au ministère de l’Intérieur en charge des relations avec la presse, est dérangé en pleine nuit, alors qu’il aimerait pouvoir se rendormir, par un appel téléphonique d’un certain Mortimer O’Donnell, golfeur, bridgeur (jeu de cartes et non odontologue), et accessoirement attaché culturel à l’ambassade des Etats-Unis à Paris.

L’homme, réputé comme pratiquant l’humour potache, a pris une voix mourante, et son discours est incohérent. Il parle de Sécurité, chef ambassade, CIA, noyautée, mauvais pour la France, Marcel, Guadeloupe… le tout entrecoupé de points de suspension qui ne sont discernables que par écrit et qui pourraient se traduire par des blancs. Puis un silence, un corps tombant sur un tapis.

Une farce pense Lionel Sehauvagnac, qui après un stage dans sa salle de bains se décide à rappeler son correspond, désirant lui signifier qu’il ne croit pas à cette farce morbide. Mais c’est un policier qui lui répond tout en le questionnant et lui demandant ses coordonnées. Peu après l’inspecteur-chef Filatelli accompagné d’un subordonné dont on apprend qu’il se nomme Macherin, débarquent chez le diplomate diplômé.

Ils ont découvert le fameux Mortimer O’Donnel, qui par ailleurs possédait plusieurs jeux de papiers d’identité, différents dois-je préciser, mort et donc incapable de narrer ce qui lui est arrivé, ainsi qu’un autre larron, inconnu, et que les deux hommes se seraient entretués.

L’entretien entre Lionel Sehauvagnac (ai-je omis de vous dire qu’il faut prononcer Sauvagnac ?) et les deux policiers est plutôt âpre et cela finirait mal si l’arrivée impromptue ne venait interrompre le début d’un échange qui de verbal est devenu musclé, du commissaire Poitoux, de la DST. Au cours du transfert de Lionel Sehauvagnac à la DST, Poitoux lui apprend que Mortimer était un faux diplomate mais un véritable agent secret professionnel.

Grâce, ou à cause, de ses relations extraprofessionnelles avec Mortimer et parce qu’il pratique couramment la langue de Mark Twain, Lionel est convié à se rendre à la Guadeloupe puis dans l’archipel des Saintes, effectuer une mission pour le compte du gouvernement français. Et il rencontrera quelques connaissances américano-canadiennes, des insulaires, des truands, des membres de la CIA, ainsi que de chaleureuses partenaires qui ne comptent pas leurs efforts pour lui enchanter ses nuits.

S’ensuit une histoire au cours de laquelle on pourra dénombrer quelques cadavres, des dommages collatéraux dont un pauvre gamin qui sert de petit facteur, et qui met aux prises membres de la Mafia et de la CIA, Lionel servant de tranche de jambon dans ce sandwich antillais appétissant.

 

Roman parodique oscillant entre le policier et l’espionnage, Saintes pour sang est franchement humoristique au début. Par la suite il prend un cours plus classique mais pour autant il reste d’une lecture très abordable et agréable.

Richard Caron était, outre un romancier et un scénariste, un journaliste dont les opinions royalistes affichées le mirent quelque peu au ban du cénacle des romanciers de littérature policière.

Dans ce roman, outre l’humour parfois potache, il pratique également l’ironie. Rappelons que le ministre de l’Intérieur de l’époque était le descendant d’un célèbre maréchal d’Empire qui a donné son nom à l’un des boulevards extérieurs de la ceinture dite Boulevards des Maréchaux à Paris, Poniatowski.

Et, dès cette époque, et même avant, des problèmes de Grandes Oreilles perturbaient le Français moyen, et donc les services de l’Etat :

Je puis vous jurer qu’il n’y a plus, depuis l’élection de Giscard, aucun travail de surveillance sonore au détriment de citoyens français, quels qu’ils soient… Nous n’agissons dans ce domaine uniquement sur les étrangers suspects.

Ouf, nous voilà rassurés. Mais depuis ?

Lionel Sehauvagnac, qui est, rappelons-le, attaché de cabinet au ministère de l’Intérieur en charge des relations avec la presse, doit rédiger un mémoire intitulé Pour donner une meilleure image de marque de la police en France, rapport qui je le précise n’a jamais dû être rédigé, et s’il le fut, mis rapidement dans une case Oubliettes, se pose certaines questions dont les réponses ne seront jamais fournies. Mais il a au moins le courage de se les poser.

D’aucuns prétendent que nous autres technocrates sommes coupés de la base. Je me suis demandé s’il n’y avait pas un peu de vrai là-dessous. D’autant que j’écrivais clairement dans mon rapport que le visage de notre police, recevait, d’une façon générale, un accueil favorable auprès du public français. C’est du moins ce que tous les directeurs de service et les commissaires divisionnaires m’avaient affirmé. Souffrant moi-même et présentement d’une réalité un peu rude – bien que sûrement non généralisée – il est évident que certains termes de mon rapport s’en trouveraient modifiés et qu’à l’avenir je me promettais de rencontrer des fonctionnaires de police de moindre niveau.

Eh oui, il y a les faits et la réalité. Ne pas croire ce que les ministres énoncent doctement et ce qu’il se passe en réalité.

Mais nous parlons d’une autre époque, et de nos jours, il ne faudrait pas comparer ce qui était de mise sous Giscard, ou un autre, et ce qu’il se déroule de nos jours. Aucun policier ne se permettrait une bavure au risque de voir l’image de marque de sa profession en pâtir.

 

Richard CARON : Saintes pour sang. Collection Spécial Police N°1293. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1976. 224 pages.

ISBN : 2265001899

Partager cet article
Repost0
18 janvier 2020 6 18 /01 /janvier /2020 05:07

Sur l’écran noir de mes nuits blanches
Moi je me fais du cinéma…

Max OBIONE : Les Micochonnes.

Au début des années 1950, il n’existait pas de complexes cinématographiques démesurés, surtout en province, comme de nos jours. Et il fallait se rabattre souvent sur des salles de fortune.

Heureusement, dans les régions reculées de la capitale, c’est-à-dire à environ quarante kilomètres de Paris, près de Melun, l’une des capitales du fromage de Brie, une petite salle était aménagée dans l’arrière-salle du bistrot local. L’un des bistrots, car en ce temps-là, les cafés de village étaient si nombreux qu’il fallait bien la journée pour en faire le tour.

Or donc, ce jour à l’Arquebuse, l’épicerie-café où doit se tenir la séance, il y aura les Micochonnes. Le narrateur ne sait pas trop à qui Bernard fait référence, mais il possède sa petite idée. Il s’agirait bien de Solange et d’Huguette (Ah la petite Huguette… Air connu) qui pour un Roudoudou à la fraise n’hésitent pas à montrer leurs genoux jusqu’en haut. Mieux que les dessins retouchés de Paris-Hollywood ! De vraies vamps !

Mais en attendant cette séance de cinéma, il faut penser à l’école. Et surtout ne pas se mettre à rêvasser, à se tourner des images dans la tête, surtout moins intéressantes que celles qu’il verra sur l’écran. Il en est persuadé.

Mais avant le film proprement dit, il faut visionner les mêmes documentaires, des pellicules rafistolées à force d’être projetées. Et quant aux films, parfois ils sont incompréhensibles. Qu’importe, le plaisir d’être dans cette salle, et surtout…

Bientôt sur vos écrans les Micochonnes. Carré blanc !

 

Cette historiette me fait penser à un article dû à un critique littéraire, œuvrant dans l’un des rares magazines consacrés à la littérature policière et dans lequel il annonçait la sortie prochaine d’un recueil de nouvelles ou d’un roman dans la collection Un Mystère. Mais ayant eu l’information par téléphone, il n’avait pas compris la subtilité et avait signalé cet ouvrage sous un titre complètement délirant, se demandant même si c’était possible que le traducteur ait osé cette ineptie.

Permettez-moi de ne pas en dévoiler plus, car cela déflorerait l’histoire de Max Obione mais sachez qu’il s’agit d’un pied de nez envoyé à tous ceux qui se font du cinéma rien qu’à l’énoncé d’un titre.

Une histoire qui m’a transporté là-bas, dans ma jeunesse, quand j’allais au patronage rien que pour les films qui étaient proposés par les curés d’une paroisse de Sanvic, sur les hauteurs du Havre.

C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup…

Max OBIONE : Les Micochonnes. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 1er janvier 2020. 16 pages. 1,99€.

ISBN : 9791023407983

Partager cet article
Repost0
17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 05:08

O Corse île d'amour
Pays où j'ai vu le jour
J'aime tes frais rivages
Et ton maquis sauvage…

Gustave GAILHARD : La fille du bandit.

Le petit village de Campolino, sis quelque part dans un coin perdu de l’île de Beauté, est en deuil.

Gelcomina Malati vient de décéder et les pleureuses se tiennent autour du cercueil, égrenant leurs lamentations et leurs souvenirs. Un homme regarde discrètement par la fenêtre. Parmi ceux qui se recueillent, Matteo Malati, son mari, maire de la commune, propriétaire de deux scieries. Et la fille Giovanna, réputée pour être la plus belle fleur du canton avec ses dix-huit printemps arborés fièrement.

Une vieille femme, ayant terminé son service de veille et de recueillement, sort de la maison en deuil. Elle est abordée par Nazarello, l’homme qui regardait à travers les carreaux. Il est en fuite depuis de longues années après avoir exécuté une vengeance. Le hors-la-loi demande à celle qu’il nomme Assunta et fut la mère de son ami, traitreusement assassiné et dont il vengé la mémoire, de déposer discrètement un scapulaire dans le cercueil de Gelcomina. Assunta accepte.

La célébration mortuaire se déroule sans incident notable. Matteo depuis ce décès est songeur tandis que Giovanna est réconfortée par son ami de cœur, Paolino. Ils sont jeunes, ils s’aiment. Mais, malgré son statut de contremaître dans l’une des scieries de Matteo, il ne peut prétendre épouser Giovanna. En effet le père de la jeune fille préfère qu’elle se marie avec Enrico.

Et Enrico surprend les jeunes gens en plein conciliabule amoureux. Enrico est jaloux et il provoque Paolino avec son couteau. Le drame éclate. Enrico reste sur les pierrailles du maquis et Paolino est suspecté de meurtre alors qu’il ne s’agit que d’un malheureux accident.

Heureusement Nazarello le hors-la-loi veille au grain, mais pour autant Paolino sera-t-il disculpé et quel sera son avenir avec Giovanna ? Et qu’adviendra-t-il de Nazarello ?

 

Le titre de ce roman est assez ambigu car l’épilogue ne confirme pas ce que le lecteur pourrait attendre de cette affirmation. Comme si l’auteur ne désirait pas expliquer davantage ce qu’il sous-entendait au départ, ou comme s’il s’était rétracté.

Le personnage de Nazarello est présent comme une ombre furtive, fugitive, et pourtant il imprègne les esprits à cause de son passé d’assassin présumé.

Pour autant, qui n’est pas considérée comme un roman d’amour mais un roman dramatique, cette historiette est agréable à lire, nous plongeant dans le système d’une vendetta ancienne agrémentée d’une double histoire d’amour. Mais il est difficile d’en écrire plus, sauf à déflorer l’intrigue et l’épilogue.

Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, il faut rappeler que Gustave Gailhard, auteur de fascicules et de romans chez Ferenczi, était en même temps directeur de collection chez le même éditeur. Pourtant il avait débuté chez Fayard et a fourni parallèlement des romans chez Tallandier.

Dans Panorama du roman historique, style et langage Éd.SODI, 1969, Gilles Nélod écrit : Gustave Gailhard, comme Albert Bonneau, a ouvert l’éventail des époques et des lieux. Ses romans, souvent longs, assez mal bâtis, cherchent les situations paroxystiques, les supplices atroces, les amours impossibles.

Ce n’est pas l’impression d’ensemble dénoncé par Gilles Nélod que reflète de ce roman, et peut-être faudrait-il lire d’autres romans pour se forger sa propre opinion. Mais le lecteur n’est pas obligé d’abonder dans le sens d’un critique littéraire, les goûts divergeant selon le lectorat, et il peut posséder sa propre sensibilité sans être obligé de suivre telle ou telle ligne imposée par un analyste.

 

Gustave GAILHARD : La fille du bandit. Le Petit Roman N°657. Editions Ferenczi. Parution le 2 juin 1938. 32 pages.

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2020 3 15 /01 /janvier /2020 05:19

Papy fait de la Résistance…

NOËL-NOËL : Le père tranquille.

Avec son feutre noir un peu cabossé, ses lunettes et sa serviette, Edouard Martin passe quasiment inaperçu dans les rues de Moissan (Charente) et ses environs. L’homme de la rue, que tout le monde connait, que tout le monde salue, mais qui est si effacé qu’il est oublié dès que les passants l’ont croisé.

Le brave homme type, qui ne fait pas de vagues. Il est marié avec Madeleine, qui l’appelle Edouard. Ses enfants, Monique, dix-huit ans, et Pierre, seize ans et demi, lui disent papa. Mais pour tous ses amis et ses concitoyens en général, c’est le Père Tranquille. Une référence pour ce représentant régional d’une compagnie d’assurances.

Sa passion consiste en la culture des orchidées, des plantes fragiles qu’il garde soigneusement dans sa serre, pratiquant des boutures, recherchant la perfection. Ses pots sont placés sur des étagères, il les manipule avec précaution, et parfois il se glisse derrière les rayonnages, à l’abri de la vue de tous, sa famille y compris.

En ce 23 mars 1944, alors que les Allemands sont présents partout, et construisent une usine non loin de chez Martin, celui-ci sort tranquillement du Café de la République. Il croise sans y faire attention un homme qui entre et ne lui jette pas un regard. Cet homme, qui prétend se nommer Jourdan, demande à parler au patron en toute intimité. Le bistrotier, un homme à la carrure de catcheur, se demande bien ce que lui veut cet homme mais celui-ci a les mots qu’il faut pour le mettre en confiance. Les mots et les papiers.

Il a été parachuté depuis l’Angleterre afin de recruter de jeunes gens pour servir dans la Résistance et deux adolescents sont convaincus. Ils partent alors pour Aubusson mais on ne les reverra jamais.

Les jours passent, Martin tient souvent des conciliabules avec deux jeunots dont l’un est amoureux de Monique. Et inversement proportionnel. Et Monique, qui n’a ni ses yeux, ni ses oreilles dans sa poche, se rend compte que son géniteur n’est pas le Père Tranquille comme tout le monde l’a surnommé. Il œuvre pour la Résistance, mais de façon si subtile que personne ne soupçonne son appartenance à cette armée secrète. Et Pierre, le fils, se désole de cette attitude nonchalante voire quasi sympathique avec l’ennemi. Alors il décide d’entrer lui aussi dans la Résistance, mais il est bien jeune et inexpérimenté.

 

Adapté du film au titre éponyme et dont Noël-Noël a écrit le scénario et les dialogues, Le Père Tranquille revient sur un épisode réel de la fin de la guerre 39/45. Episode qui s’est déroulé en Moselle, à Woippy exactement, et dont le héros était horticulteur.

Si ce roman est destiné aux jeunes lecteurs, il n’en est pas moins vrai que les adultes vont pouvoir s’en inspirer pour leurs lectures. Il s’agit d’un hommage aux héros anonymes de la Résistance, de ceux qui travaillaient dans l’ombre et à la fin de la guerre ont préféré rester anonymes, tandis que les Résistants de la dernière heure, ceux qui étaient collabos ont tourné leur veste en même temps que le vent. Ce sont bien de ceux là que l’histoire se souvient même si les opportunistes sont souvent décriés de nos jours.

Noël-Noël possède un humour subtil, retenu, qui lui est propre, et le récit n’en prend que plus de force. Point n’est besoin de scènes d’action violentes pour donner à cette intrigue un réalisme poignant et l’épilogue joue sur les contrastes de l’époque.

Mais ce roman, et ce film, étaient nettement plus dans l’atmosphère de l’époque lors de leur parution, les cicatrices étant encore vives. De nos jours, il ne s’agit que d’un épisode durant la guerre. Mais à la fin des années 1950, cela devait rappeler de nombreux souvenirs aux lecteurs adultes voire adolescents, des souvenirs peut-être parfois honteux.

NOËL-NOËL : Le père tranquille. Collection Bibliothèque Verte N°43. Editions Hachette. Parution juillet 1959. 190 pages.

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 05:35

La lumière revient déjà
Et le film est terminé…

 

Alexis AUBENQUE : Souviens-toi de Rivers Falls.

L’animation règne dans la petite ville de River Falls, au grand mécontentement du shérif Mike Logan.

En effet une équipe de cinéma a investi les lieux, afin de tourner un film inspiré de l’une des précédentes affaires que Logan a eu à résoudre, dans des conditions pénibles et sanglantes. Un film basé sur l’histoire d’un tueur en série et il serait le personnage principal.

Mais Mike Logan, s’il est ulcéré par cette initiative qu’il n’apprécie pas, est aussi en proie à des sentiments divers suite à sa séparation d’avec Jessica Hurley. Mais, en général, les habitants de River Falls se réjouissent de cette intrusion dans leur quotidien.

Ce qui n’empêche pas la vie de s’écouler au quotidien. N’empêche pas ? Si, un fait toutefois. La productrice est retrouvée morte dans sa chambre d’hôtel, entraînant toutes les suppositions : accident, suicide, meurtre. Mike Logan est chargé, en tant que shérif, d’enquêter sur ce décès mystérieux. Il fait équipe à l’occasion avec Lindsay, sa lieutenante et bras droit.

Lindsay s’est mise en couple avec Callahan, un journaliste qui a parcouru le monde mais s’est installé depuis quelques mois à River Falls. Possibilité de conflits d’intérêt, mais Logan fait confiance à Lindsay pour ne pas trop en dévoiler à son compagnon. La sœur de Callahan, veuve avec trois enfants, vit dans un manoir situé sur les flancs de la cité. Quant à Callahan, il vient d’hériter d’une riche demeure.

Callahan est chargé par son rédacteur en chef de couvrir l’affaire en binôme avec Marion, la jeune fille de son patron et stagiaire dans le journal. Marion se découvre une passion subite pour le jeune premier rôle masculin, Chester Walker, un comédien en devenir qui accumule les bonnes fortunes. Un peu trop machiste dans ses déclarations, comme s’il était déjà blasé.

Parmi les trois enfants de la sœur de Callahan, Beverly se tient en retrait de cette animation. Elle est bien obligée car elle est handicapée et ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant. Le fils est trop jeune. Seule Tawny, dix-sept ans fait l’école buissonnière afin de tournicoter sur les lieux du tournage. Et elle s’éprend d’un beau jeune homme, bien sous tous rapports, qui s’occupe entre autres de l’intendance. Une histoire d’amour en gestation.

Mais l’actrice principale disparait à son tour. La dernière fois qu’elle a été vue, c’est en compagnie de Logan. Le passé de Logan va ressurgir inopinément, et entrent alors en scène des agents du FBI ainsi que Hurley la mère de ses enfants.

 

D’autres protagonistes font leur apparition et pour Logan, et les lecteurs, une nouvelle énigme s’amorce, puisant sa genèse dans son passé. Des individus, masculins et féminins interfèrent dans l’histoire.

Quasiment tous les personnages évoluant dans cette histoire sont des transformistes psychiques et il suffit de les dépouiller de leurs oripeaux pour découvrir ce qui se cache sous les ors ou les guenilles psychiques. Un peu à la manière dont on enlève la pelure des oignons jusqu’à arriver au bulbe nu. Et là, une fois enlevées ses couches protectrices, on peut apercevoir un légume sain ou au contraire pourri jusqu’au cœur.

Chacun de ces protagonistes possède un jardin secret. Mais ce jardin peut être épanoui, ou en friche. Et les pistes ne manquent pas, les enquêteurs s’attardant parfois sur des sujets troubles dont la posture est contraire à leur véritable personnalité.

Car Alexis Aubenque, tout en plaçant son intrigue dans l’Amérique de l’Ouest, dans l’état de Washington, non loin de Seattle, suit l’actualité. Cette fois tout tourne autour des affaires dites de harcèlement et s’inspire du cas Weinstein. Et il est amusant ( ?) de lire ceci :

Les Français ont beaucoup de défauts, mais ils s’y connaissent en cinéma. J’ai été sur plusieurs tournages là-bas. Les filles sont super canons, et pas farouches, vous pouvez me croire. C’est pas là-bas qu’une affaire Weinstein serait sortie !

 

Chaque roman possède une intrigue inédite, pourtant Alexis Aubenque possède cette faculté démoniaque, machiavélique, tout en se renouvelant, de tisser avec ses précédents titres un filet reprenant d’autres séquences, les complétant, leur offrant une nouvelle vie et une suite annoncée, sans que pour autant chacun de ses livres pâtissent d’un manque.

Tout est expliqué, du moins en ce qui concerne l’intrigue principale, mais des débouchés, des retours en arrière sont proposés. Le tout constitue une énorme saga qui s’étoffe au fil des ans et des titres. Alors oui, chaque ouvrage peut être lu indépendamment les uns des autres, voire dans le désordre, mais les extensions offertes incitent le lecteur à découvrir les autres tomes mettant en scène Mike Logan, et d’autres titres dans lesquels certains des protagonistes évoluent comme dans Tu ne manqueras à personne.

C’est comme une composition florale dont chaque fleur posséderait son histoire, ses couleurs, ses senteurs, mais en mettant l’accent sur un ensemble harmonieux.

 

Alexis AUBENQUE : Souviens-toi de Rivers Falls. Saison 2 épisode 3. Thriller Poche. Editions Bragelonne. Parution 12 juin 2019. 384 pages. 7,90€.

ISBN : 979-1028106799

Partager cet article
Repost0
13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 05:55

Ma sorcière bien aimée !

Barbara CARTLAND : La sorcière aux yeux bleus

En ce début de printemps 1800, Oswin marquis d’Alridge s’ennuie. Il est riche, jeune, trente ans, ne comptabilise plus ses conquêtes, mais il s’ennuie.

Il est ami avec le Prince de Galles, un noceur, mais sa soirée chez madame Fitzherbert ou à la Fête de Vénus au Cloître, n’y font rien, il s’ennuie. Il décide alors de quitter Londres et de se rendre dans le domaine des Alridge, dans l’Essex, un comté réputé pour sa phobie des sorcières mais où il a été élevé étant jeune et adolescent, n’informant personne de son départ ni de son lieu de résidence.

Il jouait avec John Trydell, mais celui-ci est mort depuis une dizaine d’années. De même que le père, et il ne reste plus de cette famille que le cadet, Caspar, un gamin infect et qui n’a pas changé depuis. Il dilapide la fortune familiale, se rendant souvent à Londres afin de satisfaire sa passion du jeu. Son domaine en pâtit et ses serviteurs ne sont pas payés.

Alors qu’il approche de son domaine, Alridge aperçoit une cohorte de paysans traîner une jeune fille blessée et évanouie. Ils lui indiquent qu’il s’agit d’une sorcière et qu’ils vont la plonger dans la mare, comme c’est la coutume, attachée à une corde. Si elle coule, c’est qu’elle est innocente, et si au contraire, elle nage, c’est qu’elle est coupable.

Cette façon de procéder barbare d’une autre époque révolte le marquis qui l’emmène chez lui, au grand dam des paysans, puis de la plupart de ses serviteurs. Et il confie la jeune fille à Nanny, la vieille dame maintenant qui fut sa nourrice. Et il lui narre comment cette blessée a été découverte. Elle gisait sur une pierre, les Pierres des Druides, ensanglantée, blessée à la tête, et déposé sur son corps un coq mort au cou tordu.

Un coup tordu par le Marquis qui en détaillant les mains de celle qu’il a recueillie, est persuadé qu’elle n’aurait pas eu la force d’infliger un tel supplice au gallinacée. D’autant que ses mains ne possèdent aucune trace de sang. Grâce aux bons soins prodigués par Nanny, la jeune fille, supposée sorcière, se remet doucement. Seulement elle est devenue amnésique. Toutefois, en nettoyant ses habits, Nanny découvre un mouchoir de fine batiste, avec Idylla brodé dans un coin. Le prénom de celle qui n’est plus une inconnue.

 

Le marquis Oswin d’Alridge se promet d’enquêter sur les antécédents d’Idylla et pourquoi elle a ainsi été frappée. Nul doute qu’elle avait été déposée sur la Pierre des Druides, son agresseur pensant qu’elle était décédée de son coup à la tête puis simulant une mise en scène propice à ne pas la reconnaître.

Naturellement, il s’éprend de la belle brune aux yeux bleus, et les sentiments sont réciproques de la part d’Idylla. Il prend le temps de lire dans sa bibliothèque fournie, les ouvrages consacrés à la sorcellerie. Et il apprend de la part de son fidèle régisseur que la région est quelque peu agitée suite aux frasques de Caspar Trydell. Le marquis embauche certains des serviteurs de son voisin peu recommandable, les connaissant de longue date, et la description qu’ils font de Caspar n’est pas flatteuse. Le père était strict, sévère mais honnête, et John l’aîné était un bon camarade. Alors il suit de loin les événements.

Il fait venir de Londres des robes magnifiques afin de vêtir décemment Idylla, ils prennent leurs repas ensemble, la jeune fille s’apprivoisant à son contact, et la mémoire lui revient lorsque des individus tentent de l’enlever en grimpant à une échelle posée contre le balcon de sa chambre.

 

La romance amoureuse n’est qu’un lien qui pourrait sembler futile dans cette intrigue quelque peu policière mais qui est surtout l’occasion pour Barbara Cartland de décliner un roman historique dans une atmosphère propice à développer les superstitions.

En effet elle revient souvent dans des affaires de sorcellerie, empruntées à des légendes et des faits réels, qui se sont déroulées dans cette région de l’Essex surnommée la terre des sorcières. Les exemples ne manquent pas et le marquis vitupère contre les paysans obnubilés par des croyances mi-païennes, mi-religieuses. Il n’y a que des ignorants dans cette région et ils l’ont toujours été ! déclare sans ambages Nanny, alors qu’il s’insurge contre le paganisme, une manifestation qui pour lui est hors d’âge.

Et en lisant cette histoire d’amour, on ne peut s’empêchant de penser au film Titanic, et à ce lien qui unit un émigré Irlandais et une jeune bourgeoise. Histoire qui occulte quelque peu l’élément principal, le naufrage de ce navire lors de sa première traversée, sombrant dans les eaux avec cette rencontre avec un iceberg.

Une fois de plus, on se rend compte que les romans de Barbara Cartland étaient beaucoup plus profonds, plus psychologiques, que pouvaient penser quelques critiques, et s’inscrivaient dans la grande Histoire avec un aspect sociétal indéniable.

 

Les gens ne changent pas. Ils se contentent de vieillir.

 

Barbara CARTLAND : La sorcière aux yeux bleus (The blue-eyed Witch – 1976. Traduction de Monique Ties). Collection J’ai Lu N°1042. 192 pages. Parution 18 mars 1980.

ISBN : 2277214020

Première édition : Editions de Trévise. 1977

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 05:11

Attention au naufrage !

Max-André DAZERGUES : La barque d’amour.

Béatement allongés sur le sable, Yves KHerdan, marin pêcheur, et Anne-Marie, fille de pêcheur, devisent tranquillement de l’avenir. Ils sont amoureux et théoriquement, si tout va bien, ils vont se marier. Le soir, ils vont en mer à bord de l’Amphitrite, la frêle embarcation d’Yves, et ils passent le temps en déclarant leur amour et en s’embrassant.

Ils ont vingt ans, tout l’avenir est devant eux, ainsi qu’un peintre qui va changer leur destinée. En effet, Fernand Leduc, en apercevant les tourtereaux, a décidé de les coucher sur une toile. Plusieurs séances seront nécessaires, aussi leur donne-t-il rendez-vous le lendemain matin pour une nouvelle séance de pose.

Leduc raconte le soir même à Pierre Séruze, un ancien condisciple et jeune créateur de mode dont la réputation a franchi les frontières, cette rencontre. Mais comme il ne sait pas encore quel titre attribuer à sa toile, le tailleur parisien lui propose de l’accompagner. Tout de suite Séruze est ébloui par la joliesse et la fraîcheur d’Anne-Marie mais c’est lors d’une fête d’un Grand Pardon, alors qu’elle est habillée en costume local rustique, qu’il décide qu’elle doit devenir sa proie.

Il est descendu au Palacium, un établissement de luxe, et organise dans les salons du Chalet Blanc, un défilé de mode. Anne-Marie est conquise et accepte la proposition de Séruze de l’accompagner à Paris. Elle n’apprécie pas vraiment la mer et la capitale l’attire comme les phalènes le sont par la lumière.

Alors, malgré les objurgations de ses parents, et d’Yves qui est malheureux, elle accompagne Séruze à Paris et installée dans un hôtel particulier, deviendra rapidement sa maîtresse. Les semaines passent, et Séruze décide de se rendre sur la Côte d’Azur, où il possède un yacht, en compagnie d’Anne-Marie et de ses amis Maxime Fédéry, l’auteur de pièces de théâtre, et Frieda Berck, la comédienne. Et point n’est besoin d’avoir un texte pour que Frieda joue la comédie, surtout dans la vie.

Pendant ce temps, Yves, désabusé et meurtri dans son cœur, décide de s’engager dans la Marine de Guerre. Il embarque à bord du Patricia et peu après il se retrouve en rade de Toulon.

Or, alors que Séruze et compagnie visitent la Patricia, Anne-Marie retrouve par hasard Yves. Les deux jeunes gens se donnent rendez-vous le soir même mais ils ne savent pas que Frieda a entendu leur conversation.

 

Le style de Max-André Dazergues rappelle à cette époque celui d’Albert Bonneau : des points de suspension pour terminer les phrases, et de nombreuses répétitions.

Ce suprême accord du jazz en délire marquait au reste l’interruption du bal, et l’instant suprême était arrivé…

Ainsi le mot rustique est décliné au moins une dizaine de fois dans les vingt premières pages.

Une histoire d’amour certes, mais pas que, car l’auteur met l’accent sur l’attrait néfaste de la capitale auprès de petites provinciales naïves, encouragées par de riches Parisiens qui ne pensent qu’à les mettre dans leur lit.

La morale est sauve mais il faudra qu’Anne-Marie passe par de nombreuses épreuves tout autant psychiques que physiques, et Yves lui-même ne se relèvera pas sans être blessé moralement et corporellement.

Si le début de ce roman, que l’on pourrait qualifier de jeunesse, est quelque peu mièvre, ce sont la suite et l’épilogue qui valent le détour.

 

Max-André DAZERGUES : La barque d’amour. Collection Le Petit Livre N°884. Editions Ferenczi. Parution le 15 octobre 1929. 96 pages.

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2020 6 11 /01 /janvier /2020 05:08

Vanina rappelle-toi
Que je ne suis rien sans toi …

Mario ROPP : Une fois, il y eut Vanina.

Lorsqu’elle se réveille ce matin-là, Nadine se souvient de son rêve. Un cauchemar peut-être, car elle a revu Hilda, sa chienne boxer qu’elle aimait tant et disparue pour toujours deux ans auparavant.

Herbert, son mari, le mari de Nadine je précise et non pas de Hilda, lui non plus n’est pas en forme. Ils se sont mariés cela fait trois ans environ, mais il pense toujours à Vanina, sa première femme, décédée accidentellement quelques années auparavant.

Ils habitent Paris où il travaille comme commercial pour une imprimerie située à Belfort, et justement il a rendez-vous d’affaires avec son patron. Il doit rentrer le lendemain samedi et ils profiteront du week-end ensemble. C’est ce qu’espère Nadine, mais il ne donne pas de ses nouvelles et le lendemain matin Nadine, inquiète, téléphone à l’employeur de son mari.

Celui-ci confirme qu’il a bien vu Herbert la veille, qu’il est reparti le soir même, mais qu’il avait l’air soucieux.

Alors elle pense qu’il a fait une étape à La Coudre, un petit village situé entre Troyes et Ermont le château, où vivait Vanina. Peut-être effectue-t-il un pèlerinage. Nadine décide de se rendre sur place. Alors qu’elle part, sur la route qui longe la Petite Maison à La Coudre, d’étranges événements se déroulent.

Il ne fait pas encore tout à fait nuit en cette fin de journée de juin, et le gendarme Paul Valère qui circule pour son plaisir en moto, s’arrête non loin de cette Petite Maison qui lui rappelle tant de souvenirs. Rien n’a changé. L’échelle est toujours là, appuyée à une fenêtre du premier étage. Depuis dix ans. Depuis le départ de Vanina, dont il fut secrètement amoureux. Tout comme Abel qui tous les ans taille la vigne vierge qui grimpe le long du mur.

Justement Abel est présent, se promenant lui aussi. Et il annonce à Valère que quelqu’un est là, une voiture bleue étant garée dans le garage. La porte du garage était ouverte depuis dix ans et qu’elle soit fermée a attisé sa curiosité. Et il a entendu quelqu’un tousser dans la chambre de Vanina. Abel est toujours amoureux de Vanina et il l’attend, espérant la revoir. C’est à ce moment que Nadine arrive devant la Petite Maison et trouve sur son chemin Valère.

Elle entre dans la petite bâtisse, grimpe l’escalier et découvre dans la pièce un cadavre. Celui d’Herbert. Valère procède aux premières investigations et nul doute que l’homme a été abattu d’une balle de revolver. Mais il est improbable, selon les premières constations, que celui-ci se soit suicidé. Il existe des incompatibilités. Quoi que, lorsque l’on veut accuser quelqu’un de sa mort, il suffit de ruser et d’imaginer une mise en scène. Alors, Nadine et Abel se trouvent sous le coup des projecteurs, Valère se souvenant après coup avoir entendu un coup de feu.

 

Ce roman aurait très bien pu être publié dans la collection Angoisse tant l’atmosphère étouffante imprègne les premiers chapitres du livre. Mais cette collection avait été interrompue en 1974.

Cela aurait pu également être un meurtre en chambre close mais la solution est nettement plus tarabiscotée et l’intrigue est assez retorse.

Seuls quelques personnages gravitent dans cette histoire, dont quelques anciens amoureux de Vanina, des amoureux qui ne l’ont jamais oubliée et ignoraient qu’elle était morte trois ans auparavant dans un accident.

Mario Ropp plante le décor dans une région, sa région, et il n’est pas vain de penser qu’Ermont le Château n’est autre que le petit village d’Ervy-le-Châtel où elle vécut. Mais le lecteur est entraîné aussi à Belfort, Giromagny où Vanina connut une aventure avec un artiste peintre, et d’autres endroits touristiques comme les vestiges de l’ancien château du Rosemont petit fort situé à Riervescemont, dans le Territoire de Belfort.

 

Elle croyait rêver encore et le silence qui s’appesantissait autour d’elle contribuait à maintenir l’ambiance du rêve. Il n’y a jamais de bruit dans les rêves.

 

Les rêves, comme les souvenirs, ne peuvent toucher personne d’autre que soi-même.

 

 

Mario ROPP : Une fois, il y eut Vanina. Collection Spécial Police N°1244. Editions Fleuve Noir. Parution mars 1976. 224 pages.

Partager cet article
Repost0
9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 05:41

Et aimez-vous les uns les autres…

Philippe CARRESE : Tuez-les, à chaque fois.

Il était une fois trois vigiles. L’un se prenait pour Superman, l’autre pour Hulk, le troisième pour Zorro.

Virés pour violence envers des clients du supermarché où ils étaient employés, ils n’ont qu’une solution, se reclasser. Patrice Martinez, alias Zorro, se voit très bien dans le rôle du justicier masqué, déclenchant une guerre des gangs qui laisse des traces, ou s’instituant le vengeur des petites gens. Il veut embrigader ses copains, mais cela ne se déroule pas comme il voudrait.

L’inspecteur Ronaldi, un policier obèse qui ne compte plus ses triples, voire quadruples mentons, et j’en passe, associé au jeune marié Fabien, est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un propriétaire de bar dont les barmaids fidélisent la clientèle en servant les seins nus.

Un V comme vengeance est tagué non loin du corps et ses soupçons se dirigent vers Franky le Clown, truand local, lequel est en bisbille avec Stef la Méduse, autre patron d’une mafia locale.

 

A partir de cette trame simple, avec Marseille en toile de fond, Philippe Carrèse brosse avec humour des personnages, qui au fur et mesure que l’intrigue avance, se révèlent plus ou moins déjantés.

L’épilogue, moral, est en contraste avec l’humour qui baigne dans ce roman. Le duo Ronaldi-Fabien pourrait ressembler au début à l’association Laurel et Hardy et l’on se prend à sympathiser avec ces deux flics, l’un bourru, l’autre quelque peu naïf jusqu’au moment où…

Philippe Carrèse retourne peu à peu la situation et l’on ne peut qu’approuver le final de cette histoire.

 

Philippe CARRESE : Tuez-les, à chaque fois. Collection Les Noirs N°68. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1999. 192 pages.

ISBN : 2265065412

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables