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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 14:01

Le lac d’Amour est considéré comme le lieu mal famé de Bruges, rendez-vous des homosexuels. La découverte d’un corps baignant dans son sang laisse supposer une tentativeaspe2.jpg de meurtre crapuleux, une hypothèse qui ne tient pas longtemps. Un homme, qui déclare avoir découvert le corps et appelé immédiatement les secours, répond aux questions du commissaire Van In, rapidement arrivé sur place. Le témoin, qui se nomme Jaime Ruiz, est Espagnol. Il travaille au Collège d’Europe et parle cinq langues, ce qui arrange Van In, lequel n’a plus besoin d’interprète. En compagnie de ses adjoints, le fidèle Guido Versavel lui aussi homosexuel, Robert Bruynooghe le bourru et l’aguichante Carine Neels, Van In est chargé de l’enquête qui pour leur patron De Kee, toujours énervé, n’est qu’une péripétie sans importance. Il confie une autre mission autrement plus importante à ses yeux : l’exposition Hibrugia. En partenariat avec l’Espagne qui va déléguer des personnalités de marque, le tableau Guernica de Picasso doit être exposé dans une sorte de bunker construit spécialement pour l’occasion sans oublier quelques belles œuvres de Velasquez, du Greco et de Goya. Jos Viaene, la victime, est identifié grâce à un bout de papier retrouvé dans une de ses poches, et les recherches entreprises établissent qu’il travaillait comme agent de sécurité pour les musées de la ville. Dans une sacoche du vélo qui était caché dans un fourré, et appartenant à Jos Viaene, les policiers trouvent le schéma d’une installation d’alarme. Au bas du papier figure une note griffonnée : Ruiz. Mais l’homme donne sa version. Selon lui ce serait plutôt ruis, qui signifie en néerlandais bruit parasite. Van In n’est pas convaincu par cette explication mais il n’en laisse rien paraître.

Sa principale préoccupation est de rencontrer un certain Boedt, le responsable de la sécurité. La mère de Viaene effondrée lâche quelques noms de personnes fréquentant son fils : Guido Jacobus, Olivier Boedt et Els Hocepied. Le premier est le fils d’un antiquaire, le deuxième celui du responsable de la sécurité, et Els Hocepied mannequin de profession. Viaene est dans un coma profond et comme si cela ne suffisait pas un inconnu lui loge une balle dans la tête, ce qui lui évitera de trop parler. Van In et son équipe rencontrent tour à tour les trois individus et quelques pistes se profilent à l’horizon quant à leurs collusions. Du moins entre Els et Ruiz. Mais les événements n’en restent pas là. Un tableau, Le Jugement dernier de Jérôme Bosch, est volé malgré les détecteurs et les alarmes. Or le ou les voleurs sont passés par la seule ouverture qui n’était pas protégée. Mais d’autres cadavres viennent s’immiscer dans le décor, tandis que Boedt décide de se suicider. La piste de l’ETA est avancée et De Kee, le commissaire en chef comme il aime à le rappeler en toutes occasions, vitupère parfois à tort et à travers.

Cette enquête faussement nonchalante mais fortement arrosée, Van In s’abreuvant généreusement de bière et autres boissons dégustées selon les circonstances, se révèle parfois brouillonne et l’épilogue est complètement sinon imprévisible, disons un peu hors sujet. Mais ce sont aussi les à-côtés de l’enquête qui donne du corps à l’histoire. Hannelore, la compagne de Van In, est juge d’instruction et participe activement à l’enquête, accompagnant souvent son homme. Ce qui procure de petits échanges aigre-doux entre le couple, mais aussi des moments de complicités attendrissants et jubilatoires.

Pour le plaisir, quelques citations :

Le mensonge coule aussi facilement de la bouche du diplomate que le lait du pis de la vache.

Etait-ce sa faute si Dieu avait créé la crevette et que le diable y avait ajouté du cholestérol ?

La différence entre une démocratie et une dictature se mesure souvent au temps nécessaire pour que les décisions prises en haut lieu soient appliquées.

Petite réflexion personnelle, je me demande parfois dans quelle catégorie ranger la France.

Pieter ASPE : Le tableau volé. (Zoenoffer – 2001 ; traduit du Néerlandais par Emmanuèle Sandron). Editions Albin Michel. 288 pages. 18€.

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 13:30

Comme c'est l'anniversaire de Thierry SERFATY au jourd'hui, j'en profite pour lui rendre un petit hommage en présentant son premier roman.

Thierry Serfaty, un nouvel auteur, emprunte au fantastique pour menerserfaty1.jpg une enquête dans les milieux de la recherche immunologique et le piratage informatique. Le docteur Jan Helleberg, célèbre pour ses travaux en immunologie, particulièrement sur ses récentes découvertes sur le virus HIV du Sida, est retrouvé mort carbonisé au volant de sa voiture. Une mort accidentelle non mise en doute lors des premières constatations. L’esprit, ou l’âme, d’Helleberg n’est pas satisfait des conclusions et il franchit la barrière de la mort pour revenir parmi les vivants, quelques mois en arrière afin d’entreprendre sa propre quête. Il ne peut détourner le cours du destin, simplement essayer de comprendre ce qui est arrivé, pourquoi, comment, et tenter de démasquer le trublion. Uniquement pour sa satisfaction personnelle.

serfaty2.jpgUne enquête jubilatoire contée dans deux récits croisés d’une part par le défunt, d’autre part par sa petite amie Lara qui se confie peu à peu à une journaliste.

Médecin généraliste dans un hôpital marseillais, connaissant parfaitement les services d’infectiologie et de virologie, Thierry Serfaty joue avec les conventions du genre pour mieux l’appréhender et retourner les situations. Le héros enquête sur sa propre mort mais le propos n’est pas la vengeance. Simplement, tout comme chacun de nous s’est dit un jour si j’avais su, j’aurais agi autrement, le héros s’attache à trouver la vérité. Ce roman est également un réquisitoire envers les laboratoires pharmaceutiques, leur façon de procéder afin de tirer profit des avancées technologiques, mettant au rancart leur mission première, la santé au service de tous.

Le sang des sirènes de Thierry Serfaty. Le Livre de Poche N° 17231. Réédition de Albin Michel (2000).

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 15:14

Gilles Guillon est le directeur de la collection Polars en nord qui va bien fêter son numéro 100. Il a accepté de répondre à quelques questions.

Pourriez-vous nous raconter le parcours des éditions Ravet-Anceau qui existent me semble-t-il depuis le milieu du XIXème siècle ?
Les éditions Ravet-Anceau sont nées en 1853. C’est le plus vieil éditeur du nord de la France. Pendant plus d’un siècle, Ravet-Anceau a édité des annuaires. Tous les Nordistes avaient un « Ravet-Anceau » chez eux. Dans les années 1990, la maison s’est tournée vers la cartographie, mais le marché des cartes et des plans de villes s’est effondré avec l’arrivée du GPS. Il y a dix ans, Ravet-Anceau a dû se diversifier. J’ai été recruté en 2005 pour développer de nouvelles collections.

Vous dirigez la collection Polars en Nord. D’autres collections de romans ravet4.jpgpoliciers ont-elles existé par le passé ou est-ce une première et un virage pour l’éditeur ?
La création de Polars en Nord a été un virage radical pour la maison d’édition. Ça a surpris beaucoup de monde. Passer des cartes routières aux romans policiers était inattendu. Pour autant, nous ne sommes pas partis de zéro. Nord Compo, la maison-mère de Ravet-Anceau, est le n°1 français indépendant du prépresse et fabrique près de 20 % des romans publiés par les grands éditeurs nationaux.

Comment est née l’idée de cette collection et était-ce pour surfer sur la vague du polar régionaliste ?
Je lis des polars depuis plus de trente ans. Au début des années 90, j’avais adoré Le géant inachevé, de Didier Daeninckx, un polar qui se passe à Hazebrouck. Je trouvais sympa de lire une histoire qui se déroule dans la région. A l’époque, à part ceux de Michel Quint, il n’y avait pas de polars nordistes, alors qu’en Bretagne et à Marseille on commençait à trouver des polars régionaux chez plusieurs éditeurs. Il y a une dizaine d’années, j’ai proposé mes services à L’Ecailler, sans succès, puis j’ai décidé de créer ma propre maison d’édition pour publier des polars nordistes. C’est au moment où j’allais démarrer que j’ai été recruté par Ravet-Anceau. Le PDG du groupe m’a dit Banco ! quand je lui ai expliqué mes projets. Fin 2005, paraissaient les premiers titres de Polars en Nord.

Comment sont choisis les romans que vous publiez et leurs auteurs bien évidemment ?

Je reçois des manuscrits, je les lis et je choisis les meilleurs que je propose ensuite à un comité de lecture, qui valide mes choix (ou pas). Peu importe que l’auteur soit connu ou inconnu, à partir du moment où il correspond à notre ligne éditoriale et que son roman est bon.

Contrairement au Fleuve Noir qui demandait à ses auteurs de produire X livres par an, signant un contrat pour un minimum de quatre, vous renouvelez constamment votre catalogue. Désir de publier un maximum d’auteurs ?

Pas du tout, mais avant 2005, les éditeurs nordistes ne publiaient pratiquement pas de romans, car ça ne marchait pas (soi-disant). Quand Polars en Nord a démarré, nous avons commencé à recevoir des dizaines de manuscrits d’auteurs inconnus et talentueux. Six ans après, ça continue. Le stock de bons manuscrits ne semble pas près de s’épuiser. Dans le nord de la France, dans le sillage de Franck Thilliez, il y a un véritable vivier d’écrivains de polars. Donc pas besoin de presser nos auteurs pour qu’ils écrivent, il y en a plein d’autres qui frappent à la porte. Ces dernières années, flairant le bon filon, d’autres éditeurs locaux nous ont d’ailleurs emboîté le pas.

La contrainte toutefois est de placer l’intrigue dans la région Nord-Picardie. Puis vous étendez votre panoplie à Polars en Région qui se cantonne à la Normandie et à Champagne-Ardenne. Pensez-vous évoluer vers l’ensemble de la France ?

Ravet-Anceau est un éditeur régional qui vend des livres régionaux. Notre politique éditoriale est liée à notre politique commerciale. Nous publions des ouvrages dans les régions où nous avons des commerciaux. Notre territoire se limite aux régions Nord-Picardie, Normandie et Champagne-Ardenne. Ce serait idiot de faire des bouquins dans des régions où nous n’avons personne pour les vendre. Nous avons tenté l’expérience il y a quelques années en Rhône-Alpes. Ce fut un échec. Donc pas d’évolution au niveau national, même si les libraires de Nice ou Montpellier peuvent commander nos livres en direct.

ravet3.jpgAvez-vous beaucoup de manuscrits en attente ?
En ce moment, il y en a une cinquantaine. Les dix meilleurs seront publiés au cours du second semestre 2012.

Quels sont les critères, en dehors que les intrigues se déroulent dans la région Nord, que vous imposez à vos auteurs ?
Les polars que nous publions doivent parler de la région. Nous faisons de la fiction en décors réels. C’est-à-dire que les intrigues doivent se dérouler dans des lieux existants, pas dans des villes fictives. C’est contraignant, les auteurs doivent faire des repérages, comme des journalistes, pour ne pas raconter n’importe quoi. Ce n’est pas du polar touristique, car la vision que Polars en Nord donne de la région est souvent très sombre et hyper réaliste.

Demandez-vous à vos auteurs de procéder à une réécriture de leur manuscrit ?
Quand il s’agit de modifications mineures, je les fais moi-même. Quand il s’agit de renforcer l’intrigue, de réécrire des chapitres entiers, de supprimer des personnages… c’est l’auteur qui s’en charge. Je travaille avec un comité de lecture qui me fait part de ses remarques. On peut demander à un auteur de réécrire trois ou quatre fois un manuscrit avant de le publier. C’est long, mais nous ne sommes pas pressés. Il vaut mieux peaufiner que bâcler.

Parallèlement à la production de livres papier, vous éditez des livres numériques. Quel est le rapport des ventes entre ces deux catégories ?
Une des sociétés du groupe Nord Compo, Nordsoft est un des pionniers du livre numérique en France. Il y a trois ans, ils ont transféré notre catalogue en numérique, ce qui a fait de Ravet-Anceau un des premiers éditeurs français à proposer des polars en PDF ou au format ePub. Pour l’instant, les ventes sont marginales, mais elles doublent chaque année. Pour un éditeur régional comme Ravet-Anceau, dont les livres sont difficiles à trouver en librairies au sud de Paris, le numérique permet de toucher des lecteurs qui sont loin de notre région d’origine. Tant que certains libraires se comporteront comme des censeurs, le numérique a de beaux jours devant lui…

Avez-vous l’intention d’intensifier votre production ?
Nous publions 20 à 25 polars par an. C’est déjà beaucoup. En 2010, nous avons ravet2.jpgélargi le territoire de Polars en Nord à la Normandie et à Champagne-Ardenne. En 2012, nous allons poursuivre notre implantation dans ces deux régions.

J’ai remarqué que les livres portaient un titre, normal, mais qu’une mention figure au dessus du copyright : Titre original… Pourquoi cette, disons, anomalie et rectifiez-vous le titre choisi par l’auteur ?
Une des contraintes de Polars en Nord, et des collections de polars régionaux en général, est de proposer des livres géographiquement localisables. Cette localisation doit apparaître dans le titre ou sur le bandeau de couverture, c’est pourquoi nous rebaptisons souvent les romans que nous publions. En tant que bibliophile, j’aime bien connaître le titre d’origine du roman que je lis, c’est pourquoi nous mentionnons le titre initialement choisi par l’auteur.

Vous-même écrivez-vous ?
J’ai été journaliste pendant plus de vingt ans. Tous les jours, je devais écrire. C’était laborieux. Aujourd’hui je suis ravi de ne plus avoir à le faire. Peut-être qu’un jour je m’y remettrai, mais pour l’instant je n’en ai ni l’envie, ni la capacité. D’autres le font bien mieux que moi.

Comment passe-t-on de journaliste à directeur de collection, et n'étant pas écrivain soi-même jette-t-on un regard plus impartial sur les manuscrits ?
Le passage de journaliste à directeur d’une collection de polars n’a pas été très compliqué, étant donné que je lis des romans policiers depuis plus de 30 ans. Au contraire, mon expérience de journaliste m’est très utile. J’ai longtemps été secrétaire de rédaction dans la presse magazine et mon travail consistait à remanier les textes des pigistes et des correspondants pour les rendre publiables. Je fais la même chose avec les manuscrits que je reçois. Grâce à cette expérience, il me semble avoir plus de facilités que d’autres éditeurs qui sont incapables de remanier un texte.
Je ne suis pas écrivain, ce qui fait que je juge les manuscrits des autres comme un lecteur de base. Je dis souvent aux membres de mon comité de lecture : « Imaginez que vous ayez acheté ce livre, dites-moi si vous êtes satisfait de votre achat. »  C’est pourquoi j’ai probablement plus de facilité à dire non à un auteur qui ne veut pas qu’on déplace une virgule à son chef-d’œuvre.

ravet1.jpgVos projets ?
Je viens d’avoir 50 ans. C’est l’échéance que je m’étais fixée pour faire une pause. Je quitte Ravet-Anceau à la fin de l’année. En 2012, un auteur de la collection, Maxime Gillio, me succédera à la tête de Polars en Nord. Je pars faire le tour du monde que je n’ai pas pu faire quand j’avais 20 ans, un voyage de quatre mois qui va me mener en Amérique du Sud, en Australie, en Chine et en Afrique du Sud. Après, je verrai… mais je continuerai à lire des polars.

Que retiendrez-vous de ces années passées à la tête de Polars en Nord ?
Tout d’abord la chance d’avoir lancé une collection à succès (une centaine de titres publiés, 250 000 ventes). C’est toujours plus agréable de travailler dans un secteur qui marche bien. Le succès de Polars en Nord a été un pied-de-nez à ceux qui disaient qu’il n’y avait pas d’auteurs, ni de lecteurs dans le Nord. Avoir découvert autant de nouveaux auteurs dans cette région est ma plus grande satisfaction. Certains d’entre eux sont au début d’une carrière prometteuse, et pas seulement au niveau régional.

Côté négatif, l’étroitesse d’esprit et les préjugés d’une frange de polardeux (souvent des auteurs aigris qui ne trouvent pas d’éditeur) me sidère. Pour eux, polar régional rime forcément avec médiocrité. Ils ont de telles œillères que rien ne peut les faire changer d’avis. Face à eux, j’ai l’impression d’être un borgne au royaume des aveugles.

Vous pouvez découvrir le catalogue de la collection Polars en nord ici

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 15:06

A quarante-deux ans, célibataire, ayant publié un essai sur Chateaubriand qui a reçu un bon accueil et projetant de récidiver en écrivant un ouvrage sur Surcouf, Sylvain, onze ans après sa mère vient de perdre son père Rémy. Instituteur en retraite, âgé de LoupAbbeville_couv.jpgsoixante-neuf ans et aîné d’une fratrie de cinq enfants, Rémy a été retrouvé mort contre un chalutier échoué sur la plage de Saint Valéry sur Somme, petit port de la côte picarde où il habitait. Un accident regrettable selon le journal local. Sauf que l’autopsie révèle que Rémy est décédé deux fois. La première fois, noyé dans de l’eau non salée. La seconde occasionnée par la rencontre inopinée de son crâne avec un objet contondant. Sylvain se demande qui pouvait en vouloir à son père et il n’a pas bien loin à chercher. Francis le frère cadet, agent immobilier, ne portait pas Rémy dans son cœur et les relations entre les deux hommes étaient plus que distendues. Un artiste peintre local a découvert le corps et il explique à Sylvain dans quelles conditions, précisant que souvent il prend en photos le paysage afin de continuer sa toile chez lui. Dans la vieille sacoche usée de son ex instituteur de père Sylvain trouve une somme significative en billets ainsi qu’un dossier concernant un bout de terrain hérité de son propre père et dont ses frères et sœurs ignoraient théoriquement l’existence. Une filature exercée par un inconnu, un détective privé qui s’avère être un familier de la famille et un généalogiste s’insèrent dans le paysage tandis qu’une tentative d’envoyer dans les décors la voiture de Rémy conduite par Sylvain, et la découverte de cahiers manuscrits des mémoires rédigés par son père et cachés sous le véhicule exacerbent le désir de celui-ci d’enquêter pour son propre compte sur la mort de son géniteur. Parallèlement le capitaine Hervé Leray, surnommé par ses subordonnés Capitaine Wolf, ou le Loup, s’attèle à la tâche car outre le meurtre de Rémy, s’ajoutent au compteur celui du peintre local puis quelques autres. Wolf, appelons-le ainsi, traîne derrière lui quelques casseroles, des erreurs, des bévues dont il n’est pas totalement innocent et qui ont brisé sa carrière, l’obligeant à démontrer ses talents dans ce qu’il considère comme un commissariat de province indigne de lui, lui qui rêvait de gloire parisienne. Et ses hommes en subissent moralement les conséquences, car Wolf ne se prive pas de déverser sur eux sa hargne, sa bile, ainsi que sur les témoins, les suspects et autres quidams qui se trouvent à sa portée. Il n’hésite pas à employer des moyens peu appropriés à sa fonction, piétinant allègrement les plates-bandes de la maréchaussée qui aurait pourtant son mot à dire dans l’enquête.

Roland Sadaune nous propose un voyage insolite en Picardie, de Saint-Valéry à Amiens et Beauvais en passant par Abbeville et de petits villages comme Songeons dans un itinéraire plutôt chaotique, surtout pour les divers protagonistes, et lorsque le lecteur pense être en possession de tous les éléments et connaître le dénouement, l’auteur effectue un retournement de situation apportant de nouvelles pistes et un épilogue efficace même s’il a gardé pour lui quelques indices. Wolf, malgré ses défauts, sa hargne, sa propension à humilier, se montre humain sous la carapace qu’il s’est forgée et l’on se prend à ressentir une certaine sympathie envers cet homme balloté par son destin, parce qu’il croit en son métier, trop peut-être. Et contrairement à d’autres qui plongeraient dans la facilité, il ne se retranche pas derrière les boissons alcoolisées. Artiste peintre lui-même, Roland Sadaune joue avec les couleurs du ciel, des paysages, des habitations, des vêtements, tranchant entre couleurs vives et sombres. D’ailleurs souvent il place un peintre parmi les personnages qu’il utilise pour planter le décor et faire avancer l’enquête. Artiste qui aura une légère influence mais n’influera pas sur le bon déroulement de l’histoire et de l’enquête proposée. Et plus sa bibliographie s’épaissit, plus Roland Sadaune étoffe ses trames et à mon avis Le loup d’Abbeville est l’ouvrage le plus épais et le plus abouti qu’il ait écrit.

Roland SADAUNE : Le loup d’Abbeville. Collection Polars en nord n°68. Editions Ravet-Anceau. 256 pages. 10€.

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 15:03

Dans ce roman, nous retrouvons avec plaisir les Pieds Nickelés dont on avait fait la connaissance dans Nuit de chine, c’est-à dire Fernand, Gérard et Emile. Leur précédente aventure s’étant terminée à leur désavantage, ils languissent devant leurs verres, se AttaqueCasino_couv.jpgdemandant comment se renflouer. Le dimanche ils rendent visite à Prosper, leur vieil ami qui végète dans un hospice. Lequel Prosper leur avait enseigné le petit braquage qu’ils ont lamentablement raté. Ils cogitent mais rien n’éclot dans leur esprit. C’est une fois de plus Prosper qui leur soufflera l’idée lorsqu’il déclare désirer aller voir la mer à Malo. Malo où est situé un casino guère fréquenté, qui doit être fermé dans quelques mois afin d’en reconstruire un neuf, mais cela importe peu. Ils n’ont pas de gros besoins, mais pouvoir renflouer leurs finances ne leur ferait pas de mal.

Il ne leur reste plus qu’à peaufiner le concept. Les résidents du mouroir ont entendu l’envie exprimée par Prosper, ce besoin de se rendre à la mer, et immédiatement tous se veulent du voyage dont Marcel et son fauteuil roulant. Grâce à Christiane, la concubine de Fernand qui travaille dans l’établissement, ils obtiennent du docteur Simon, un médicastre atypique et simiesque, qui s’est fait la main en fabricant des médicaments originaux et en travaillant sur des cobayes humains pas forcément volontaires bien des années auparavant, ils obtiennent les bons de sortie nécessaires pour réaliser leur virée. Un car est récupéré dans une casse et restauré par leur ami Dujardin, un bricoleur qui se retrouve toujours avec plus de pièces après les réparations effectuées qu’au départ. L’expédition est programmée pour le nouvel an, époque favorable pour qu’un maximum de joueurs optimistes viennent dépenser leur argent avec l’espoir insensé de repartir plus riches qu’à leur arrivée. Et ce ne sont pas la pluie, le gel, le verglas, la neige, qui sont susceptibles de refroidir leurs ardeurs. Nos trois branquignols accompagnés de leurs compagnes respectives, de Simon, de Marcel et de près d’une vingtaine de gérontes, touristes émoustillés compétiteurs occasionnels à la roulette et dégustateurs de produits alimentaires périmés, entament leurs pérégrinations balnéaires et hivernales.

Plus proche de l’humour anglo-saxon avec pour références Mark Twain et Jérôme K. Jérôme que d’un San-Antonio même si, à ses débuts, il maniait la langue française sans tomber dans des délires verbaux quelquefois empesés et forcés, Bernard Thilie nous offre un roman agréable et rafraichissant. Il place son intrigue au tout début des années soixante, ce qui lui permet avec le recul de pointer du doigt quelques anomalies sociologiques. Et en utilisant l’humour, ce qu’il dénonce passe beaucoup mieux que des lamentations pseudo-politiques, d’autant que tous les lecteurs n’ont pas forcément connus cette période. Ainsi il remémore les tribulations des Polonais exploités dans les mines, les Flamandes qui étaient transbahutées dans des cars, franchissant la frontière quotidiennement pour travailler dans des usines de filatures ou lainières, et autres travailleurs de nationalité espagnole ou italienne, et qui aujourd’hui ont changé de couleur de peau et d’origine, mais auxquels on reproche toujours de s’accaparer le travail qui n’est pas forcément celui revendiqué par des classes sociales défavorisées, une situation dénoncée régulièrement par un handicapé oculaire et ses affidés démagogues.

Un roman à l’humour ironique, jamais méchant, jamais vulgaire, mais toujours empreint de ce bon sens attribué avec justesse aux représentants de la classe ouvrière ayant connu ce qu’ils décrivent, sans s’appesantir dans une nostalgie regrettable et insidieuse.

Bernard THILIE : L’attaque du casino de Malo. Collection Polars en nord, n°88. Editions Ravet-Anceau. 192 pages. 9€.

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 15:01

Le thème du personnage d’écrivain narrateur dans un roman, policier ou non, a été traité à moult reprises, avec plus ou moins de force, d’imprégnation, de véracité, de présence dans le récit. C’est pour l’auteur le moyen de se mettre en scène sans pour autant Irlandaisse montrer impudique. De développer également sa façon de travailler, de rechercher les idées, de créer l’ambiance propice pour écrire, de confronter l’auteur face à une page blanche ou à son ordinateur, de composer avec les éléments extérieurs, que ce soit le voisinage, les lecteurs, la famille ; de se montrer un être humain comme les autres avec ses joies, ses peines, ses soucis, ses petits bonheurs tout en mettant en exergue sa recherche de la solitude. Car un romancier n’est pas tout à fait comme un autre travailleur : il n’a pas d’horaires imposés, son cerveau est continuellement en ébullition même lorsqu’il sacrifie aux tâches les plus simples comme se préparer à manger. Et lorsqu’une idée fuse, qu’une phrase se construit inconsciemment, il lui faut les coucher immédiatement sur le papier sous peine d’évaporation fatale, de les perdre dans les limbes de la création.

Franck Marquez est un écrivain reconnu, ayant à son actif une dizaine de livres qui obtiennent un vif succès. Il a abandonné son travail d’informaticien au profit de l’écriture dix ans auparavant, et il ne s’en plaint pas. Il possède sa fierté « L’éditeur m’avait fait une confiance quasi aveugle, me qualifiant dès les débuts de digne successeur de Grangé mais je me méfiais comme la peste de ses appellations à la mords-moi-le-nœud… Je voulais être Franck Marquez, j’écrivais du Franck Marquez, je ne voulais pas être un à la manière de… ». Afin de pouvoir travailler sereinement il a acheté une maison à Brighton-les-pins, petit village près de Cayeux sur mer sur la côte picarde, a aménagé ses pièces de travail en privilégiant le confort, et ainsi isolé il rédige son prochain roman. Il imagine un personnage d’Irlandais et il est content de ses premières pages jusqu’au jour où, cherchant l’inspiration pour la suite, il rencontre un Irlandais qui pourrait ressembler à celui qu’il a imaginé. Jimmy O’Shea le reconnait et chambre quelque peu l’écrivain sorti avec une bouteille de bière. Or Jimmy possède le don, du moins c’est ce que s’imagine Marquez, de lire dans ses pensées et de le devancer dans leurs conversations. Autre personnage qui s’immisce dans ce coin tranquille, un automobiliste qui manque l’écraser. Marquez s’emporte et bouscule l’homme. Jimmy fournit à Marquez une coupure de journal le représentant au pied de sa maison en train de siroter une bière comportant une légende plutôt ironique. Ce qui ne peut prêter à conséquence mais chiffonne l’écrivain et le met hors de lui. Le journaliste indélicat ne peut qu’être le chauffard qui a failli l’écraser. Sa femme et sa fille doivent passer le week-end avec lui, ce qui ne l’enchante guère, malgré que le manque ressenti de l’absence de Rosa sa fille et peut-être aussi le sentiment de culpabilité de la délaisser. Quant aux relations avec sa femme Anne, elles se sont distendues. Travaille-t-il de trop, cela se pourrait car il est sujet de plus en plus souvent à des migraines, à s’imaginer être entouré de fantômes et même à des pertes de conscience, de courtes phases le rendant comateux. Mais la fin du séjour d’Anne et de Rosa se solde par un drame. L’Irlandais est un homme discret même s’il empiète sur la vie de Franck, se rendant souvent utile dans les moments délicats, mais sous des dehors bourrus il cache un profond secret que l’écrivain découvrira dans des circonstances au cours desquels lui-même est en proie à un abattement doublé de colère.

Ce roman est construit à la façon d’une mille-feuille, plusieurs strates empilées l’une sur l’autre, de plus en plus fines à mesure qu’avance le récit, et que l’on dévore une à une. La description de l’univers d’un écrivain, puis ses mésaventures, ses relations familiales puis le drame, puis la découverte du secret de l’Irlandais, puis… et ainsi de suite. Le lecteur est plongé dans différents univers qui se dévoilent peu à peu, l’aspect psychologique s’effaçant devant le suspense, l’émotionnel, l’angoisse s’insinuant ensuite puis une légère approche de fantastique. Passant de la première personne du singulier à la troisième personne, le texte invite le lecteur à devenir partie prenante, à s’investir dans le personnage principal de cette histoire puis à en être le spectateur. La fin de l’ouvrage est une mise en abîme tandis que l’épilogue est à classer dans le genre du serpent qui se mord la queue. Un vrai bonheur de lecture et un tour de force que ne renieraient pas des romanciers chevronnés.

Johann MOULIN : L’Irlandais de Brighton. Collection Polars en nord n°60, éditions Ravet-Anceau. 320 pages. 12€.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 14:55

Après avoir bourlingué de longues années à la brigade des stups, Paco Rivera est muté à la brigade des mineurs. Et il est aussitôt plongé dans le bain avec sur les bras une gamine qui a subi des violences sexuelles de la part de son beau-père. Et Paco, pourtant jour-fleau.gifhabitué aux dérives quotidiennes d’une certaine frange de la société, n’accepte pas le sort réservé à ces adolescentes maltraitées par de pseudos parents.

Paco vit avec un fantôme qu’il croit retrouver un peu partout lors de ses déplacements. Katia, qui fut son informatrice lorsqu’il travaillait aux Stups, est morte, violentée et torturée. Il possède même une cassette de ses derniers moments. Il forme équipe avec Gina, une fille des îles qui n’a pas sa langue dans sa poche. Surtout lorsqu’elle s’aperçoit que son interlocuteur, quel qu’il soit, la regarde au dessous de sa ligne de flottaison. Faut dire que sa volumineuse poitrine attire inconsciemment les regards. Entre Paco et Gina se tisse une relation basée sur la sympathie, une onde qui flotte peut-être parce qu’ils ressentent le même écœurement vis-à-vis des violeurs et autres kidnappeurs d’ados.

Une affaire chasse l’autre. Des parents séparés s’inquiètent de la disparition de leur fille Pauline. C’est surtout la mère, vétérinaire, qui est inquiète. Le père, dentiste, lui est absent. Pauline, seize ans, fréquentait une copine de classe, ce que désapprouvait sa mère, en vain. Pauline avait commencé par fumer des cigarettes, puis à boire de la bière, des alcools forts. L’engrenage était lancé et le cannabis s’était invité. Trois jours que Pauline a disparu, et la mère signale seulement ce qui peut être une fugue, voire un enlèvement. Tout est possible. Alors direction quartier d’HLM blêmes à la rencontre de Sabrina, la copine qui elle-même renvoie les deux policiers vers une autre gamine, Julie. Une tireuse. Une gamine qui soustrait avec habileté le portefeuille de touristes peu méfiants. Paco et Gina parviennent à tirer les vers du nez de Julie. Les deux gamines étaient encore ensemble la veille, puis dans un bar un homme les avait abordées. Julie avait refusé mais Pauline l’a suivi. Il s’était présenté comme photographe.

Gina propose à Paco de participer à une petite fête qu’elle organise chez elle. Il est prévenu, il n’y aura rien entre eux, elle est lesbienne et vit avec sa copine. C’est alors qu’ils sont dérangés par un appel téléphonique leur apprenant que Julie a été retrouvée le visage, le cou et une grande partie du corps parsemé de brûlures de cigarette. Mutique depuis, elle a toutefois déliré et l’infirmière a recueilli des mots, des bribes de phrases, un nom. Le Photographe. Le Photographe du Vatican. Ce nom dit quelque chose à Paco qui s’empresse d’interroger un camé de sa connaissance. Peu à peu le chemin est balisé, presque, mais faut le remonter, et bien des obstacles se présentent devant Paco et Gina. Et des flics, hargneux, de la Brigade criminelle s’imposent pour accompagner Paco et Gina dans leurs tribulations.

Paco, ancien alcoolique qui n’a pas vraiment décroché, engloutit des bouteilles de sirop à la codéine contre la toux, breuvage parfois agrémenté de bourbon. Il suit, par obligation, des séances de thérapie auprès d’une psychiatre. Mais il est obnubilé par la mort de Katia dans des conditions atroces. Et il essaie de chasser cette image obsédante, à moins qu’au contraire cela le plonge encore plus dans la déprime, en écoutant en boucle des CD de Béla Bartok.

Arkestra. Ville imaginaire qui pourrait être Paris et ses nombreux quartiers pauvres, qui ressemblent à un vaste marécage dans lequel s’ébattent des prédateurs et des personnages englués dans un quotidien peuplé de démons. Des quartiers riches mais encore plus de quartiers pauvres, délabrés. Qui répondent aux noms comme Trope Terminal, Calliope, des stations de métro dénommées Christ Eternel, Templiers.

Si l’on peut penser à l’apport d’Ed McBain dans la mise en place du décor d’une ville imaginaire, je crois qu’il faut plutôt se référer à Iceberg Slim (auteur évoqué par Karim Madani), Clarence Cooper et à Donald Goines pour l’atmosphère qui règne dans ce roman et à David Goodis pour la descente aux enfers entreprise par ses héros et le désespoir qui s’en dégage. A rapprocher aussi de Marc Villard pour son regard sur la ville, sur ses paumés, ses drogués. Un roman glauque mais fascinant.


Vous pouvez retrouver des entretiens avec l'auteur sur le blog Potaj 

 

Karim MADANI : Le jour du fléau. Série Noire, Gallimard. 304 pages. 13,90€

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 13:53

Afin d’appâter le lecteur, de mieux lui faire croire à la véracité du texte proposé, l’auteur d’un roman n’hésite pas de se plonger, de s’investir dans le rôle de narrateur. Ainsi lambert.jpgAlexandre Dumas, dans Gabriel Lambert, et en guise d’introduction, narre sa rencontre fortuite avec un bagnard dont la tête ne lui est pas inconnue. Et tout au long du roman, construit comme un texte gigogne, il ne s’effacera pas, au contraire, sans véritablement se mettre en avant, en se préservant de jouer le rôle de héros. Simplement, à l’aide d’artifices, comme une soit disant première lettre qu’il aurait reçue à son propre nom, puis une autre dont la suscription ainsi rédigée “ Monsieur Alexandre Dumas, hoteur drammatique an Europe, woire an passan à l’hôtel de Paris syl n’y serait pas ” confère une authenticité aléatoire mais alléchante. De plus il intègre dans ce récit des noms connus, tel cet ami du nom de Alfred de Nerval dont la référence littéraire n’est en aucunement négligeable puisque Gérard de Nerval fut un de ses collaborateurs. L’histoire de Gabriel Lambert, rencontré alors que Dumas séjournait à Toulon en 1835 et dont il a fait la connaissance en demandant à l’une de ses connaissances de lui procurer un bateau et un équipage, pourrait n’être qu’une aventure banale. Gabriel Lambert, qu’il avait croisé quelques mois auparavant pendant l’entracte d’une représentation dans les foyers de l’Opéra en compagnie de son ami le baron Olivier d’Hornoy; sous le nom de vicomte Henri de Faverne. Or cette rencontre s’était soldée par un duel entre Faverne et d’Hornoy, sous le prétexte, apparemment futile mais mettant en jeu l’honneur des deux adversaires, l’un assurant qu’il était natif fortuné de la Guadeloupe, l’autre réfutant non sans pertinence la véracité de ces affirmations. S’ensuit une sombre histoire de contrefaçons de billets, de signatures, le tout dévoilé par un médecin, ami de Dumas, qui avait pris des notes et dans lesquelles s’interfère le récit d’une jeune fille native du même village que Gabriel Lambert.

Un petit roman méconnu d’Alexandre Dumas, écrit la même année que Les Trois Mousquetaires, qui méritait d’être réédité pour de multiples raisons. La première est que ce roman a été écrit par Dumas seul. Mais ce n’est pas suffisant penserez-vous. Effectivement ! Autre raison de rééditer ce roman, ce sont les problèmes de sociétés abordés et toujours d’actualité, sinon en France, quoi que, du moins dans le monde dit civilisé. Le bagne d’abord, et les conditions de détention. Mais surtout la peine de mort, prononcée parfois pour des vétilles, et toujours sujette à caution. Toutefois Dumas s’il n’hésite pas à condamner cette sanction se demande, par personnage interposé, si le régime pénitentiaire n’est pas plus humiliant, plus dégradant, plus mortifiant que la pendaison, ou plutôt la guillotine qui avait remplacé ce système de mise à mort, car certains condamnés espéraient trouver une certaine jouissance en perpétrant cet acte masochiste.

Alexandre DUMAS : Gabriel Lambert ou le bagnard de l’Opéra. Edition de Claude Schopp. Collection Folio Classiques n° 5314. 304 pages. 4,60 €

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 13:41

Un recueil de nouvelles du grand William Irish, cela se déguste, le soir, tranquillement lové sur son divan, alors que dans la cheminée pétille joyeusement un feu de bois. Car ne vous y trompez pas, ce n’est pas parce que ces nouvelles ont été à l’origine éditées dans la mythique Black Irishrevue Black Mask aux Etats-Unis, qu’elles ont été écrites comme sorties d’un même moule.

L’amateur d’exotisme se régalera avec Le signal d’alarme, une sombre histoire de maharadja et de pierres précieuses, tandis que le cinéphile trouvera son compte avec On tourne, une façon bien particulière de se débarrasser d’une étoile montante. L’œil trouvé prouve que le troc est toujours à l’avantage de quelqu’un, certes, mais qu’il faut se méfier des objets dont on ne connait pas la provenance. En haut des marches atteint le paroxysme du suspense. Faut dire que le protagoniste de cette histoire, un condamné à mort, a l’espoir chevillé au corps. Mais perdra-t-il la tête à cause d’une femme ? Stupéfiant reprend l’un des thèmes majeurs dans l’œuvre de Irish. : le cas d’un homme qui se réveille, du sang maculant ses vêtements, avec l’impression d’avoir côtoyé un cadavre, et qui va tenter de résoudre cette énigme : a-t-il oui ou non tué un homme, un soir de déprime, et où ? Un meurtrier bien distrait prouve que le crime parfait n’existe pas, même si vous avez mis tous les atouts de votre côté et que vous ne vous êtes pas laissé distraire, pour une fois.

Des nouvelles sur lesquelles planent l’humour noir, féroce de William Irish, mais aussi un machiavélisme littéraire jamais ou rarement atteint. Le tout précédé d’une préface, sobre, de Jean-Patrick Manchette. On ne se lasse pas de redécouvrir William Irish et de se laisser entraîner dans son univers, mélange de pessimisme et d’optimisme, de rigueur et d’ingénuité.

William IRISH : Black Irish. Collection Grands Détectives n° 1971, éditions 10/18.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 09:20

Plouffe, Plouffe, ce sera toi qui seras l’arrière-petit-fils de Théophile. Cela faitplouffe.jpg si longtemps qu’il attend un arrière-petit-fils, Théophile Plouffe, que pour fêter ses quatre-vingt-dix ans, Guillaume a décidé de lui faire un beau cadeau. Toute la famille Plouffe sera rassemblée, peut-être pour la dernière fois, mais pour les quatre-vingts ans du doyen la tante Cécile avait énoncé la même réflexion, alors il faut marquer le coup. C’est qu’il a de la ressource Guillaume à défaut d’être père. Il « emprunte » le fils de sa logeuse, Jonathan, âgé de dix-huit mois officiellement, neuf mois officieusement, Guillaume n’en est pas à un mensonge près. Le comble réside en ce que l’arrière-grand-père lui trouve des traits de ressemblance, faut dire qu’atteint de cataracte, Théophile n’y voit plus guère. Les explications fournies par Guillaume leurrent les autres membres de la tribu et tout se passerait bien s’il n’avait l’idée saugrenue de coucher le gamin dans un tiroir de la commode qui trône dans la chambre qui lui est allouée. Après une soirée bien arrosée, Guillaume entre dans sa chambre sans vérifier si le gamin repose toujours dans son caisson confortable puisque agrémenté de deux oreillers. Il a en tête de rejoindre sous sa tente sa cousine Marie-Laine, jeune fille au charme prometteur. Hélas il ne faut pas se fier aux apparences, et Guillaume tombera sur un bec, genre comédie de boulevard, et sera aussitôt catalogué comme dévoyé sexuel par sa parentèle. En pleine on peut se tromper n’est-ce pas ? Il subira un autre problème, outre l’affront nocturne, au petit matin. Jonathan a disparu, il n’y a plus de gamin dans le tiroir, parti, envolé, ce qui suscite une inquiétude légitime.

C’est un humour féroce qui prédomine dans ce petit roman ponctué de quelques expressions québécoises qui sentent bon le terroir. Mais ce roman aux personnages plus ou moins déjantés qui est un hommage au célèbre Fantasia chez les ploucs de Charles Williams, oscille entre deux mondes, celui de la ville et celui de la campagne, avec son lot de rebondissements propices à entretenir le suspense. Quand le hasard défie les plans les mieux préparés, ou presque, cela engendre inévitablement des quiproquos pleins de saveur. En réalité seule la couverture est sobre.

François BARCELO : Fantasia chez les Plouffe. Editions La Branche. Collection Suite Noire N° 36.

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