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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 12:54

Qu’il est bon de retrouver, de lire un roman, même inachevé, d’Alexandre Dumas, alors que notre enfance a été bercée des exploits des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo, de la Tulipe noire et autres romans d’aventures fabuleuses et épiques. Etait-il possible rene-besson.gifqu’un roman d’Alexandre Dumas resta inédit ? Cela semble impossible et pourtant c’est vrai. C’est grâce à la ténacité, au travail de fourmi, aux recherches de la Société des Amis d’Alexandre Dumas qu’aujourd’hui nous pouvons enfin découvrir ce texte paru à l’origine dans le journal créé par Dumas, le Monte-Cristo, et qui ne fut jamais édité en volume. Un roman dont nous ne connaitrons jamais l’épilogue malheureusement, puisque le journal ayant cessé de paraître, le feuilleton sombra corps et bien.

Un texte qui s’inscrit plus comme un reportage concernant les débuts de la Révolution Française relatés par un provincial qui a vécu certains événements historiques comme la fuite du Roi et son arrestation à Varennes. Un roman traité avec gravité et dont les scènes, les actions épiques et picaresques font presque défaut comparées aux romans de cape et d’épée d’Alexandre Dumas et à son œuvre historique en général.

Alexandre Dumas a été maintes et maintes fois montré du doigt par les historiens officiels pour sa propension à valser avec les dates, les événements et les personnages, réécrivant l’histoire selon son humeur.

Lui qui jongla allègrement avec l’Histoire se permet une violente diatribe envers les historiens, les fustigeant et c’est véritablement avec jubilation que l’on peut lire sous sa plume : Si l’histoire, qui affecte de mépriser le pittoresque, ne se préoccupe pas de donner des dates justes nous demandons à quoi sert l’histoire. C’est bien peu de chose qu’une chronologie ; mais une chronologie inexacte, ce n’est rien du tout. Plus loin il enfonce le clou en déclarant : L’histoire fait partie des richesses morales d’un pays comme l’argent fait partie de ses richesses matérielles. Or, nous croyons qu’il ne faut pas plus laisser les historiens falsifier l’histoire que les faux-monnayeurs la monnaie.

Publié aux éditions François Bourin en 1989, repris par les éditions Julliard en 1994, j’espérais que ces éditeurs allaient continuer dans la foulée à nous offrir d’autres textes, non pas inédits mais oubliés. Les éditions François Bourin avaient proposé des textes de voyages comme Le Caucase, Une année à Florence, Le Véloce, de Cadix à Tunis, mais combien d’autres mériteraient une réédition, Le page du duc de Savoie, Le Docteur mystérieux, Aventures de John Davis, Le meneur de loups… au lieu des éternels Trois Mousquetaires et leur suite.

L’idée m’est venue de présenter ce roman, que l’on ne trouve plus que chez certains bouquinistes et sites virtuels, en lisant le nouveau numéro de la Revue Le Rocambole, intitulé La plume au fusil et que je vous chroniquerai dans la foulée.

Addenda : Ceci était le texte d’une chronique radio datant de 1989. Mais depuis, ayant effectué des recherches sur le site de l’association des Amis d’Alexandre Dumas, je n’ai trouvé aucune référence concernant cet ouvrage. Se pourrait-il que ce texte fut imputé à tort au père des Trois Mousquetaires ? Il semblerait que oui, d’où les mises au point de l’auteur concernant l’Histoire et relevées ci-dessus. Dans la même veine, Le Roman de Violette, un roman gentiment érotique, a été réédité par les éditions Mercure de France en 1992, et attribué à Alexandre Dumas, avant que des recherches plus approfondies aient permis de rendre à César ce qui était à la marquise H. de Mannoury d'Ectot.

Alexandre DUMAS : René Besson, un témoin de la révolution. Editions Julliard. Présentation de Claude Schopp, préface d’Alain Decaux. Aout 1994. 427 pages. 1ère édition François Bourin 1989.

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 15:31

Une jeune fille, appelons-la Hermine, de bonne naissance, s’enfuit de chez son père, une cassette à la main et s’engouffre dans un café, le Valentino, à Troyes. Elle rejoint un inconnu, appelons-le X ou encore Geiger, en provenance de Paris, et qui apparemment n’effectue pas ses déplacements sans but. Ce pourrait être un pan de la vérité, de ce qui s’est réellement déroulé, du moins selon les déclarations de quelques témoins. Peut-être ceci ne s’est pas passé tout à fait de cette façon, mais dans le doute gardons cette version pour confirmée à défaut d’être authentique et certifiée. Cette jeune femme est habillée d’une robe rouge. X, ou Geiger, est connu des services de police comme un personnage évoluant pour le compte d’un service de l’état sans que son appartenance à telle ou telle administration plus ou moins secrète soit avérée. champagne.jpgTout ce que l’on sait, c’est que X, appelons-le définitivement Geiger, se déplace en Jaguar et qu’il est vêtu d’un costume de marque, sous lequel est dissimulé une arme à feu extra-plate. Une supposition du commissaire d’Artagnac, lequel se trompe rarement, ou peu souvent.


Le commissaire d’Artagnac, et ses hommes, sont chargés de résoudre l’énigme de la disparition d’Hermine, à moins qu’il s’agisse d’un enlèvement. Pourtant les forces de l’ordre ont d’autres chats à fouetter, ayant été réquisitionnées pour une toute autre mission. Le président a gagné précipitamment la résidence du fort de Brégançon, oubliant d’avertir le principal intéressé dans ce départ précipité, son premier ministre.

Donc Hermine, qui a suivi volontairement ou non Geiger, possède un petit coffre qu’elle garde précieusement par devers elle. Et Geiger est intrigué par le contenu de cette cassette. Ou, au contraire, il sait pertinemment ce qui se dissimule à l’intérieur et dans ce cas le voyage entrepris en compagnie d’Hermine équivaudrait à un impératif. Et cette robe rouge portée par Hermine est tout aussi énigmatique, se rétrécissant, collant à la peau en certaines circonstances, et constitue un véritable mystère pour d’Artagnac et les différents protagonistes auxquels il a recours. La robe ne serait pas rouge mais blanche ou écrue, ou si elle est rouge elle ne serait pas teintée naturellement.


D’Artagnac rencontre des conservateurs d’archives, des responsables de bibliothèque, des érudits et emmagasine livres et archives qu’il dépouille avec voracité, fébrilité et impatience dans son bureau. Même ses adjoints sont attelés à cette tâche.


Cette cassette en argent finement ciselé est apparue pour la première fois, pour ce que les écrits en révèlent, en l’an 407, en possession d’un chef Vandale qui dressé sur son cheval s’oppose à Nicaise l’évêque de Reims. Lors de cette confrontation le Vandale décolle la tête de Nicaise, mais celui-ci n’en perd pas la tête pour autant, métaphoriquement parlant, et continue à avancer et parler comme si de rien n’était. En d’autres circonstances historiques elle resurgit lors d’événements importants et sanglants. Une cassette liée à des troubles situés à Bar-sur-Seine, Troyes ou Chalons. Principalement les guerres de religion entre catholiques et réformés ou huguenots, mais aussi en d’autres circonstances, liées à des crimes de sang et des massacres.

Cette intrigue en forme de trompe-l’œil même habilement récit historique, ésotérisme et fantastique. Le lecteur est un spectateur assistant à une mise en scène qui relèverait de la magie : des personnages face à un miroir dans lequel se reflèteraient leurs images avec l’impression de ne plus pouvoir distinguer de quel côté de la glace se situent les vrais de leur représentation.

Un roman insolite, baroque, déstructuré, hypnotique et magnétique. Entre histoire d’hier et d’aujourd’hui, le lien est ténu, comme sur le fil du rasoir, ou d’un couteau.

Jean-Paul FOSSET : Opération Champagne. Collection Polars en Nord n°96. Editions Ravet-Anceau. 192 pages. 9€.

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 13:25

Jean-Patrick Manchette est souvent cité comme référence, l’œuvr eManchette n’est pas aussi connue qu’elle devrait être, du moins je le pense. Un auteur auquel, je cite, “ Face à une telle consécration, on est en train de droit de se demander comment [un auteur qui n’avait pas publié depuis 1982] peut avoir une aussi grande influence sur des écrivains d'horizons très différents, et notamment ceux de la dernière génération qui pour la plupart ne l’ont jamais rencontré, puisqu’il n’apparaissait plus dans les festivals et a repris sa célèbre chronique Notes noires dans Polar qu’en 1993, soit après neuf ans d’interruption ”. Jean-François Gérault qui s’intéresse principalement au polar des années 70 mais est également traducteur et auteur de nouvelles, s’est penché de façon rigoureuse sur le cas Manchette, le situant dans cette époque qui restera marquée comme l’ère du néo-polar dont Manchette fut le père, l’instigateur, le prophète. Et c’est bien cette “ révolution dans le polar ” qui compose le plat de résistance de cet ouvrage qui dissèque par ailleurs la bibliographie de Manchette. Et je pourrai dire que Manchette avait un fameux coup droit, qu’il y a eu un avant Manchette et un après Manchette dont certains auteurs sont restés sur le carreau. Et même si l’on n’est pas adepte de l’ancien néo-polar, préférant les bons vieux romans d’énigme en chambre close, l’on ne pourra rester indifférent devant le travail réalisé par Jean-François Gérault.

Certains des romans écrits par Jean-Patrick Manchette ont été adaptés au cinéma dont Nada de Claude Chabrol du roman éponyme, Folle à tuer d’Yves Boisset de Ô dingos, Ô châteaux, Polar de Jacques Braal d’après Morgue pleine, Trois hommes à abattre de Jacques Deray adapté de Le petit bleu de la côte ouest qui fut lui-même adapté en bande dessinée par Tardi. Son dernier roman inachevé est La Princesse du sang adapté en BD par Max Cabanes et Doug Headline, son fils. La carrière de Jean-Patrick Manchette en tant qu’écrivain débute par l’écriture de romans juvéniles, la série des Globe-trotters, en collaboration avec Michel Lévine. Mais c’est son entrée à la Série Noire qui sera un véritable déclencheur.

Manchette1.jpgAutant de références, de précisions, d’explications et encore plus que vous pourrez découvrir dans cet ouvrage de cette collection appelée fort justement Références. Un ouvrage complet (celui que je possède date du mois d’Octobre 2000, une réédition a été réalisée en 2008 suite à un incendie dans les entrepôts des Belles-Lettres) auquel je me fie plus que certaines affirmations dans Wikipédia. En effet cet essai ne mentionne pas les deux romans publiés dans les collections Un Mystère et Espiorama signés Sylvette Cabrisseau, une ancienne speakerine de la télévision : Folie Noire (1970) et Panthère Noire (1971). Un oubli et une découverte après la première édition de cet ouvrage ou une affabulation sur internet ?

Jean-Patrick Manchette est né le 19 décembre 1942 à Marseille et décédé à Paris le 3 juin 1995.

A lire ou à relire chez Folio : Nada, La position du tireur couché, L’affaire N’Gustro (en collaboration avec Jean-Pierre Bastid) et chez Rivages : La princesse du sang, Cache ta joie, Les yeux de la momie et Les Chroniques.

Jean-François GERAULT : Jean-Patrick Manchette, Parcours d’une œuvre.  Collection Référence N°16, Editions Encrage. 136 pages. 17€.

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 15:23

La collection 33, dont le nom a été choisi en fonction du prix pratiqué ànishimura5.jpg l’époque, 33 francs soit l’équivalent de 5€, était dirigée par François Guérif qui entamait une nouvelle aventure éditoriale après Red Label, Fayard Noir, pour les titres étrangers, Engrenage International, et en complément de Rivages Noirs, créé en 1986, et Rivages Thriller et connaître la consécration avec ces deux dernières. Au catalogue de cette collection on peut retrouver des auteurs fétiches tels que Fredric Brown, Robert Bloch, Richard Matheson, John Sladek ou encore Jack Finney et William Irish. Cette collection ne connaitra malheureusement que 16 titres.

Le premier ouvrage publié était celui d’un auteur japonais qui aura droit à une autre publication : Petits crimes japonais, réédité chez Rivages Noir n° 218.


Ellery Queen, Hercule Poirot, Jules Maigret à Tokyo, ce n’est pas de la fiction, mais bien la réalité. Et s’ils sont tous les trois dans la capitale de l’Empire du Soleil Levant, c’est à la demande de monsieur Sato, un richissime Japonais.

Le but de cette réunion des grands détectives auxquels se joint Kogoro Akéchi, le célèbre détective nippon, est simple : monsieur Sato, connaissant l’éthique, la probité et la profession de foi de ces enquêteurs scrupuleux et intègres, va se faire voler deux millions de dollars par un individu choisi, élu selon certains critères afin de reconstituer fidèlement un vol similaire et évidemment de démasquer le coupable.

nishimura.jpgMais rien ne se passe toujours comme on l’a souhaité et il existe ce petit grain de sable qui grippe la machine. Et ce grain de sable, ce n’est ni plus ni moins que le meurtre du voleur télécommandé malgré lui. Les déductions d’Ellery Queen, la mise en fonction des petites cellules grises d’Hercule Poirot, le profil psychologique du coupable vu par Maigret, l’apport sagace non négligeable du détective nippon Kogoro Akéchi, tout nous est conté avec verve, avec humour, avec une connaissance certaine de ces classiques par Kyotoro Nishimura.


Les références littéraires ne manquent pas et les personnages des détectives sont présents avec leurs tics, leurs manies, leurs conceptions de mener une enquête. Et c’est avec un réel plaisir que nous voyons les Grands Détectives s’affronter ou au contraire confronter leurs résultats. Ce roman n’est ni un vulgaire pastiche ni une parodie quelconque. C’est un hommage rendu à toute une culture, une littérature, une reconnaissance de l’apport des Occidentaux à un genre qui s’internationalise de plus en plus. Hommage donc aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne, à la France, et à la Belgique puisque, aussi bien Hercule Poirot que Simenon, sont belges.

Un roman à découvrir ou redécouvrir.

Kyotaro NISHIMURA : Les grands détectives n’ont pas froid aux yeux. Collection série 33, éditions Clancier-Guénaud (1988). Réédition Philippe Picquier (1998). Traduit du japonais par Jean-Christian Bouvier.

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 15:08

Peut-être v ous souvenez-vous de Sacha Distel interprétant en 1959 cette chanson qui avait pour titre : Oh quelle nuit! Les protagonistes qui évoluent dans ce roman pourraient en dire autant, sauf que s’ils sont groggy, ce n’est pas à cause de quelques fines à l’eau, de whisky et de porto. Ce serait plutôt à cause du grand air nocturne et du sport extrême qu’ils vont être à même de pratiquer. Ce serait plus à rapprocher du tube des Avions, La nuit est chaude, elle est sauvage, quoique cette chasse se déroule durant la nuit du 17 au 18 avril.


instinct de survieAlors qu’ils devisent tranquillement dans leur chalet situé près du lac Mondac, dans le parc national Marquette, état du Wisconsin, Emma et Steven Feldman entendent des bruits aux alentours. Emma est avocate et elle emmène toujours avec elle quelques dossiers, malgré les proscriptions de son mari qui lui officie aux services sociaux. Et tout à coup deux hommes s’introduisent violemment dans la résidence. Steven veut appeler les policiers de la ville la plus proche, quand même située à plus de vingt kilomètres, mais il est abattu ainsi que sa femme.

L’appel téléphonique avorté inquiète toutefois le shérif qui décide d’envoyer quelqu’un sur place. Il désigne Brynn McKenzie, son adjointe en laquelle il a toute confiance. Celle-ci abandonne mari et gosse pour accomplir sa mission. Arrivée sur place elle ne peut que constater les dégâts. Elle récupère Michelle, leur amie Michelle, qui vagabondait dans les bois lors du massacre. Elle avait réussi à échapper aux deux meurtriers et est affolée, ce qui se conçoit aisément, mais les deux tueurs sont toujours dans les parages. Commence alors une folle cavale afin d’échapper à des poursuivants sans pitié.

Graham, le mari de Brynn, qui a bien du mal à gérer Joey, le fils de la policière issu d’un précédent mariage, s’inquiète et appelle sa femme. Ce n’est pas Brynn qui lui répond, mais un homme qui se déclare être un de ses collègues. Sentant un coup fourré il décide de partir à sa recherche.

Lors de leurs tribulations dans les collines qui entourent le lac de Montac, nos deux fugitives vont rencontrer un couple accompagné d’une fillette et d’un copain et dont elles espèrent une aide providentielle. Mais ces personnages ne sont pas là pour profiter de l’ambiance bucolique et des charmes de la nature.

Un autre protagoniste est également sur les routes. Il a une mission à accomplir, en relation le responsable d’un syndicat accusé de préférer faire embaucher des immigrés que des citoyens américains. Il ne paie pas de mine mais il faut toujours se méfier des plus petits et malingres que soi.


Fugitives et poursuivants affrontent toutes sortes d’embûches, liées à la configuration du terrain, nature escarpée ou ravins, à la flore et à la faune. Ils vont s’éloigner, leurs chemins se séparant, se croiser furtivement, se rencontrer même, mais à chaque fois un impondérable se dresse devant eux. Michelle est une femme de la ville, habituée au confort urbain, riche et enfant gâtée, capricieuse, habituée à vivre dans la facilité, et au début elle se traîne comme un boulet pour Brynn qui essaie de la canaliser, de la réconforter, de la bousculer aussi. De plus Michelle déclare s’être foulé une cheville, ce qui n’arrange pas leur marche souvent cahotante. Heureusement Brynn possède des petits trucs et astuces, comme les Castors Juniors, pour se repérer et se diriger vers le nord.


Jeffery Deaver nous entraîne dans une intrigue à rebondissements constants, en cascades, et lorsque l’on croit, que l’on espère qu’enfin les deux jeunes femmes vont s’en sortir, un nouvel incident, une nouvelle difficulté, se dressent devant elles. Heureusement Brynn ne cède pas facilement à l’abattement, au découragement. Elle est blessée à la joue, une balle qui n’était pas forcément perdue, mais la douleur ne lui fait pas perdre ses moyens. C’est une battante.

Bien enfoui sous votre couette vous ne pourrez pas vous endormir avant de connaître la fin, de savoir comment va se terminer cette aventure, et vous frissonnerez, vous serez tenté de vouloir aider les deux jeunes femmes à sortir de la tenaille composée par leurs poursuivants, à déjouer les pièges, à vous identifier et à souffrir par procuration. Des pérégrinations qui dureront douze heures. Au petit matin, les deux chèvres ne furent pas mangées par le loup. Au contraire elles survivent, et la horde de loups est décimée, en partie.


Mais ceci n’est que la première partie du livre, la principale, qui s’étend sur 350 pages, instinct de survieet l’aventure continue car tout n’est pas résolu. Et le lecteur découvre un peu mieux la personnalité de Brynn et d’autres personnages.

Prix du meilleur thriller de l’année, ce roman de Jeffery Deaver est fascinant. Pourtant le terme thriller ne m’attire pas spécialement car mis trop souvent mis à toutes les sauces et ne signifiant par le fait plus grand-chose. A mon sens il vaudrait mieux parler de suspense, mâtiné d’angoisse, et pour moi la principale référence reste Psychose de Robert Bloch, un roman adapté au cinéma par Alfred Hitchcock. Un film qui a éclipsé le livre.

 Jeffery DEAVER : Instinct de survie (The bodies left behind – 2008. Traduction de Jean ESch). Editions des Deux-Terres. Novembre 2011. 432 pages. 22,50 €

 


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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 10:42

Alors qu’elle se repose près d’Aix, Rachel retrouve son amie Blanche qui est Indiscretion.jpgenceinte. Au menu, papotages. Un soir après une balade en ville, elles se font ramener par un taxi. Alors que le chauffeur manœuvre pour repartir, il aperçoit un grand paquet blanchâtre. Il s’agit d’une sorte de momie. Les deux femmes aidées par le conducteur déroulent avec précaution les bandelettes qui livrent à leurs yeux ébahis une gamine. Margot, dix ans. Les deux femmes couchent la gamine en attendant le petit matin. Mais en défaisant les bandages, Rachel a découvert un petit mot sur lequel est inscrit : De la part d’une vieille connaissance. Que peut bien signifier ce message sibyllin ?


Au petit matin, Rachel reçoit un appel téléphonique du commissaire Poinçon lui demandant si elle n’a pas chez elle une fillette prénommée Margot. Rachel ne peut nier et elle tente de raconter les événements qui se sont déroulés la veille au soir. Poinçon avait lui-même reçu un appel le prévenant de la présence de la gamine chez Rachel. Le ménage a été fait dehors et peu de preuves subsistent du passage du taxi et des efforts pour ramener Margot à la maison. La mère de celle-ci a disparu et la fillette est confiée aux services sociaux.


La presse à scandales s’invite dans cette affaire en publiant une photo montrant Rachel, transportant le corps encore enveloppé de bandelettes. Selon le journaliste des informateurs auraient transmis au tabloïd cette information concernant la disparition de Margot. Un journaliste qui bien évidemment n’a pas vérifié les assertions des correspondants, ce qui montre un manque total de déontologie de sa part. Nonobstant cette suspicion jetée en pâture attise l’esprit malsain de quelques habitants qui caillassent la maison et la dégrade.


Rachel décide de repartir et se rend à Paris, recherchant dans les affaires de sa mère quelque chose, une trace qui pourrait justifier le petit mot. Elle trouve dans un portefeuille une vieille coupure de journal extraite de Je sais tout, un début de piste. Aidée de Blanche, de Ferdinand le mari de celle-ci qui est policier et de Bion, elle va enquêter. Un élément inattendu les mettra sur la piste du ravisseur qui n’en est pas à son premier délit d’enlèvement.

A Paris justement, Mina, qui dirige une entreprise héritée de son grand-père reproche à son frère Giliet de se disperser. Elle est seule, mais possède un majordome qui lui sert accessoirement de chaufferette.


MTedgui.jpgalvina Tedgui est psychanalyste de profession et cela se ressent dans son roman. Beaucoup de verbiage qui n’apporte rien au récit, et j’aurais préféré qu’à la place du premier chapitre longuet et  verbeux, l’auteure propose un petit résumé des épisodes précédents puisque ses personnages apparaissent dans ses deux premiers romans Coupables…s et L’écart. Le lecteur qui découvre cet univers est un peu perdu d’autant que Malvina Tedgui ne dévoile quelques éléments importants, mais pas déterminants, à la bonne compréhension de l’intrigue qu’au compte-gouttes, comme un prestidigitateur sort un lapin de son chapeau. Sinon, dans l’ensemble, et malgré quelques coquilles mais moi-même je plaide coupable et l’on ne voit jamais mieux la paille qui est dans l’œil de son voisin que la poutre qui est dans le sien, dans l’ensemble cette intrigue est intéressante. Un retour dans le passé auquel on ne peut échapper et qui ne doit jamais s’effacer.

Vous pouvez retrouver l'avis de Pierre F. sur Black Novel.

Malvina TEDGUI : Une indiscrétion. Editions Le Manuscrit. 300 pages. 21,90€.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 14:11

 Il est permis de violer l’histoire, à condition de lui faire un enfant. En mettant en exergue de son roman cette phrase d’Alexandre Dumas, Henri Loevenbruck annonce la couleur, une intrusion dans l’univers médiéval, avec imbrication de personnages et faits réels et fictifs.apoth-accueil Mais il emprunte également les petites astuces susceptibles d’entretenir le lecteur en dépendance, de le tenir en haleine, de l’inciter à poursuivre la lecture malgré l’avancée inconsciente des aiguilles de la pendule. A plusieurs reprises il s’adresse au liseur en l’invitant à partager sa narration, en lui promettant de revenir sur des événements, en lui faisant envisager des retournements de situations. Ainsi ai-je glané au hasard ces quelques lignes significatives : Afin de dissiper tout mystère superflu, il convient d’expliquer au lecteur – qui pardonnera la digression nécessaire à l’historien que nous voulons être - comment il fut possible à Andreas Saint-Loup … Ou encore un peu plus loin : C’est précisément en ce moment – mais dans un autre pays - que bascula la vie d’un second homme. Certes, le lecteur ne pourra pas, d’emblée, percevoir le lien entre ces deux événements distincts, mais si nous menons à bien la tâche qui nous est impartie et qu’il veuille bien lire cette histoire jusqu’à son terme, il découvrira sans doute la secrète causalité de leur coïncidence. Enfin dernier exemple que je me permettrai de vous signaler, afin de ne point trop en dire mais de toutefois vous allécher : Le lecteur nous pardonnera à présent si, pour le bénéfice de la narration, nous choisissons d’accélérer – mais un instant seulement – notre relation des faits, et brossons en quelques pages ce qu’il advint pendant les quarante-cinq jours qui suivirent ce qui vient de lui être rapporté. On retrouve dans ces quelques lignes le respect qu’affichaient envers leurs lecteurs les feuilletonistes du XIXème siècle, tout en les appâtant insidieusement.

 


Il serait malséant de ma part de vous faire languir plus longtemps et je vous propose donc d’entrer sans plus attendre dans le vif du sujet, et vous narrer les prémices de cette histoire dont l’intrigue est captivante. Attachons-nous donc au personnage principal, Andreas Saint-Loup, plus connu par sous l’appellation de l’Apothicaire auprès de ses voisins, des chalands et nombreuses pratiques qui viennent se procurer des onguents et autres pharmacopées, ainsi que de ses confrères et autres médicastres. Il frise la quarantaine, réside dans un petit immeuble de la rue Saint-Denis à Paris qui abrite également son échoppe et son laboratoire.


St-Magloire.jpgNouveau-né abandonné sur le parvis de l’église Saint-Gilles, dans l’enceinte de l’abbaye Saint-Magloire, il a été recueilli par l’abbé Boucel avec lequel il entretient toujours des relations suivies mais souvent tendues.


En ce matin du onze janvier 1313, plusieurs événements vont se produire, qui apparemment n’ont aucun lien entre eux. D’abord, Jehan son apprenti depuis six ans doit célébrer sa maîtrise et montrer au collège des apothicaires son chef d’œuvre. Mais en descendant l’escalier qui le conduit au rez-de-chaussée, Saint-Loup aperçoit une porte à mi-étage, porte qui aujourd’hui l’intrigue. Il n’y a jamais fait attention et une pulsion subite lui impose d’ouvrir l’huis. Il découvre une pièce vierge de toute poussière alors qu’il est sûr de n’y être jamais entré. Interrogeant le couple de valets qui le servent depuis près de dix ans, ceux-ci sont également dubitatifs. Puis son regard est accroché par un tableau qu’il possède depuis des années, le représentant dans la tenue de sa profession, peint par un artiste de ses connaissances. Or un tiers du tableau est uniformément effacé comme si un personnage qu’il aurait dû représenter s’était enfui. Il embauche un nouvel apprenti, Robin, jeune garçon étourdi mais qui démontre d’énormes capacités susceptibles d’être mises en valeur avec un peu d’opiniâtreté et d’effort de mémorisation.


Dans ce quartier aujourd’hui réputé chaud, il en allait déjà de même et des fillettes proposaient leurs charmes aux âmes esseulées ou en manque. Une ordonnance veut les expulser et l’Apothicaire ne comprend pas cette décision, aussi il se rebiffe, se retournant versnogaret-2.jpg l’abbé Boucel, mais la décision vient de plus haut. Du Chancelier et garde du sceau, Nogaret, du Roi Philippe le Bel, du Pape, tous ayant une bonne raison financière pour récupérer les lieux investit par ces prostituées qui offensent ostensiblement la religion, mais pas toujours ses représentants, pour des raisons purement charnelles et hygiéniques. L’Apothicaire devient un empêcheur de tourner en rond et s’attire les foudres de la royauté et de ses représentants. Pour de vagues arguties de manquement à la religion, aux fêtes de Carnaval et autres justifications fallacieuses énoncées par Nogaret, il est emprisonné dans la forteresse du Temple qui à l’époque se situait en dehors des fortifications parisiennes. Là il fait la connaissance de Jacques de Molay le grand maître des Templiers, ordre décimé depuis quelques mois, lequel lui propose de rencontrer le responsable d’une Schola gnosticos. L’Apothicaire est libéré grâce aux efforts de Robin qui plaide sa cause auprès de l’abbé Boucel, lequel intercède auprès d’Enguerrand de Marigny, le puissant conseiller du roi. Nogaret et Marigny s’affrontent dans une guerre larvée dont L’Apothicaire paie les frais, sous forme d’un incendie détruisant ses échoppe et laboratoire. Il ne lui reste plus qu’à fuir et prendre le chemin de Compostelle et trouver en route le dignitaire de la Schola Gnosticos, lequel devrait pouvoir lui apporter des éléments de réponse à ses tourments.


Pendant ce temps à Béziers, alors qu’il neige et que le froid règne, Aalis, jeune fille d’une quinzaine d’années mais déjà mûre physiquement, dont les parents sont drapiers et apprécient avec complaisance que François, le fils du prévôt, la courtise activement, Aalis se rend dès qu’elle le peut et malgré les avis négatifs de ses parents, un vieil homme qui vit chichement dans une cahutte retranchée dans la forêt. Zacharias, tel est le nom de l’ermite par obligation, est juif et donc honni par la société, et reçoit toujours avec plaisir la visite de la jeune fille. Mais ses forces déclinent et il lui confie la mission de remettre à son fils qu’il n’a pas vu depuis longtemps un psantêr, une sorte de cithare. Un jour, elle retrouve Zacharias mort, non de froid ou de faim, mais roué de coups. Elle suppose que le meurtrier est son père et s’enfuit après avoir incendié la maison familiale.


Comme il s’agit d’une histoire triangulaire, il me faut maintenant vous narrer un troisième événement qui se déroula en concomitance avec le début de cette histoire. Juan Hernandez Manau, qui vit à Pampelune, reçoit la visite de deux hommes, lesquels désirent obtenir le nom d’un personnage qu’il a rencontré neuf ans auparavant. Afin de parvenir à ses fins l’un des deux individus commence à énumérer les moyens de torturer avec efficience, plus de trois cents méthodes pratiquées à l’encontre de récalcitrants à dévoiler des secrets qu’ils ne recèlent pas toujours. Impressionné, Manau dévoile l’identité de son visiteur qui n’était autre qu’Andreas Saint-Loup.


loevenbruck Amis lecteurs, vous me trouverez sans aucun doute fort disert, mais sachez que je n’ai fait qu’effleurer les prémices de cette histoire intrigante, mouvementée, riche en suspense, dont le personnage principal, Andreas Saint-Loup est un être atypique pour l’époque. Quoique recueilli et élevé par un abbé qui est devenu son parrain, il se méfie de la religion, et de tout le monde en général. Des médecins, des chirurgiens, des herboristes, de la prévôté, des membres de la Hanse des marchands. Seuls le couple de valets qui le sert, des victimes de la société comme les fillettes, ou des relations éminemment savantes en philosophie et en rhétorique trouvent grâce à ses yeux, et à ses paroles qui parfois peuvent être blessantes. Il vénère les philosophes grecs et latins mais surtout des hommes comme Thomas d’Aquin et Roger Bacon auxquels il se réfère souvent. Et nous pourrons le suivre dans ses moult aventures mouvementées, ainsi que celles d’Aalis, dans divers endroits, ses tribulations le conduisant jusqu’à Compostelle et le mont Sinaï.


Conte philosophique (conte décliné sur six cents pages quand même) et suspense ésotérique, cette intrigue devrait passionner non seulement ceux qui apprécient les histoires qui se déroulent à une époque que l’on appelle communément Moyen-âge, et qui n’était pas une période si ignorante et obscure que certains manuels d’histoire le prétendent, des histoires habilement construites avec un suspense entretenu, une narration et un style élaboré, fouillé, éblouissant, plein de saveur, ainsi que des personnages hauts en couleur. Même les passages qui explorent la philosophie ne sont en rien ennuyeux, pesant, mais apportent une vision de la profonde réflexion sur les discussions entre érudits et à laquelle on pourrait adhérer aujourd’hui.

Henri Loevenbruck : L’Apothicaire. Editions Flammarion. 608 pages. 22€.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 13:38

Le prochain festival Toulouse Polars du Sud vous propose de participer à un concours de nouvelles intitulé Prix Thierry Jonquet de la Nouvelle. Il m’a donc semblé opportun bal des débrisde rendre hommage à l’auteur en publiant une chronique de l’un de ses premiers romans. Sur une idée de Pierre de Black Novel.

Frédéric travaille dans un mouroir ou plutôt dans un hospice gériatrique, l'expression est moins péjorative. Il pousse les chariots occupés par les invalides, s'occupe à diverses bricoles, enfin passe son temps de sept heures et demi jusqu'en début d'après-midi. Après il rentre chez lui où l'attend sa dulcinée, syndicaliste convaincue et farouche militante CGT. Une vie presque tranquille, pépère. "Voilà ma vie, me lever tôt le matin, traverser la banlieue riante sur ma mobylette..." Jusqu'au jour où Frédéric se lie avec Lepointre, un fracturé de la palette humérale, mais pas gaga du tout. Ce qui change l'ordinaire. La vie de Fred bascule lorsqu'il rencontre un peu brutalement un vigile qui surveille la chambre d'une pensionnaire. C'est louche, et la mallette attachée à une alarme pourrait bien renfermer un inestimable trésor. Lepointre, qui n'est à court ni de jactance ni d'idées, imagine illico le moyen de s'approprier le magot. Le larcin aura lieu pendant un bal masqué organisé pour distraire les cacochymes.

bal-des-debris2.jpgThierry Jonquet pratique l'humour noir, et le lecteur rit jaune. Deux couleurs bien connues. Il décrit de l'intérieur ces centres de gérontologie qu'il connait bien, non pas pour y avoir été pensionnaire, mais parce qu'il y a travaillé. Cependant par une sorte de pudeur, il préfère traiter par la dérision ce qui est pitoyable, et ça n'en prend que plus de force.

Ce roman a d’abord été publié dans la collection Spécial Police n° 1848 du Fleuve Noir en 1984 puis a été réédité dans la collection Black Process des éditions Méréal en 1998. Mais il valait bien une réédition, ce qui n’est que justice faite aujourd’hui.

Thierry JONQUET : Le Bal des débris. Collection Points Seuil. (2010). 192 pages. 6,50 €

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 16:41

Il est des auteurs que l’on aime retrouver, surtout lorsqu’on les a derapages.jpgdécouvert durant son adolescence. Jean-Pierre Ferrière fait partie de ces romanciers qui œuvrent avec simplicité, élégance, avec un style clair dénué de grossièretés et de vulgarité, échappant à la vague de débordements d’hémoglobine et de scènes de violence, et lorsqu’il nous donne de ses nouvelles, c’est un pur plaisir. Des nouvelles dans tous les sens, puisqu’il s’agit bien ici d’un recueil de nouvelles :


Cinq nouvelles composent donc ce recueil, la première et la plus longue donnant son titre au recueil. Dérapages, dont le titre initial est La gifle dans un café, prend justement son origine dans un bistrot. Un couple attablé se dispute, ignorant les clients, des habitués, et l’homme excédé gifle sa compagne qui semble l’avoir poussé à bout. Puis il part, la laissant seule attablée. Françoise, la patronne du bar qui officie surtout à la caisse laissant son mari s’occuper du bar, est une quadragénaire qui s’ennuie. Elle se demande ce que sa vie a pu lui apporter. Elle n’est pas malheureuse, mais elle n’est pas heureuse non plus. Elle végète. Elle s’intéresse à cette cliente esseulée et légèrement éméchée. Robert, son mari, n’a jamais vu ça ! Sa femme boire un whisky en compagnie d’une cliente ! Françoise et Catherine, ainsi se nomme la jeune femme, deviennent amies. Au contact de Catherine, dont parfois les bonnes actions sont gratifiées de quelques billets pour ses relations charnelles, pour le plus grand bien de messieurs esseulés mais fortunés, Florence se dévergonde, abandonnant le domicile conjugal.


Retour à la nuit tombées’inscrit dans un genre Coucou, c’est moi ! Constance est veuve et vit seule dans une grande maison, habitée par les souvenirs. Principalement celui de son fils Philippe, disparu depuis de longues années dans un accident de montagne. Malgré les recherches effectuées, son corps n’a jamais été retrouvé. Et voilà qu’un soir ce fils chéri réapparaît, atteint d’amnésie. Il ne se souvient de rien. Seule une impulsion l’a poussé à se rendre dans cette ville, à se diriger au hasard dans les rues, et à se présenter à la porte d’une maison accueillante. Pourtant certains gestes lui reviennent spontanément, comme dénicher dans le tiroir d’un secrétaire un paquet de cigarettes et un briquet. Il s’agit d’une seconde naissance, mais comment va réagir Isabelle, celle qui était son amie et était présente lors de sa chute près de Chamonix.


Quelque chose m’est arrivé dans le métro (réédition de Hitchcock Magasine n°3 de novembre 1988) met en scène une belle femme, normal elle est esthéticienne, qui flirte avec la quarantaine. Elle apprécie le contact, surtout dans le métro, se frottant aux voyageurs lorsque la rame est bondée. Et après quelques attouchements qu’elle a délibérément provoqués, elle se retourne vers l’importun supposé et le vilipende, l’injurie, le pauvre homme restant coi et abasourdi par ce qu’il lui arrive. Il ne lui reste qu’à descendre à la première station et se fondre dans la foule.


Le passé décomposé(réédition de Hitchcock magasine n° 22, novembre 1991). Florence Arnal est une ancienne comédienne et en feuilletant son programme télé elle s’aperçoit qu’une chaine va rediffuser une pièce de théâtre, style Au théâtre ce soir, dans laquelle elle jouait un rôle mais qu’elle n’a jamais vu. Et ce visionnage va lui proposer un retour en arrière auquel elle ne s’attendait certes pas.


dérapages

Enfin Larmes du crime (réédition de Anthologie du Mystère 89, Livre de Poche n° 6561, juin 1989), nous propose de suivre Valentine sur les planches de Deauville, en compagnie de ses deux filles, mais pas de son mari. Car celui-ci qui normalement les rejoint tous les week-ends, ne viendra pas a bsorbé par son travail. Alors, que faire ? Aller au cinéma, sortir un peu le soir tandis que Mademoiselle s’occupe des gamines. Prendre du bon temps alors que son mari, elle l’a appris par une indis crétion, consacre ses efforts non pas au bureau mais au lit.


Cinq femmes dont le destin est bousculé par leur faute ou à cause d’un événement extérieur dont elles ne sont pas forcément responsables mais qui servira de catalyseur et d’explosif en même temps. Fidèle à un principe qui dure depuis plus de cinquante ans, Jean-Pierre Ferrière imagine des trames dont le ressort est ce grain de sable qui grippe la belle machine d’un quotidien qui va déraper comme sur un parquet trop bien ciré, trop lisse, et la chute qui est engendrée réveille ou assomme.

Jean-Pierre FERRIERE : Dérapages. Editions Noir Délire. 210 pages. 16,90€.

Photo de couverture : Jean-Pierre Ferrière.

Claude Le Nocher en parle également sur Action-Suspense !

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 17:38

Octogénaire considérée comme un monstre sacré du théâtre, quoique n’ayant plus monté sur les planches depuis de très nombreuses années, Rosemonde Talbot revient avec carnet-noir.jpgforce dans l’actualité médiatique. Elle vient de publier un livre autobiographique, qu’elle a écrit seule contrairement à certaines stars, et l’une des pièces qu’elle a joué avec succès dans les années cinquante va être reprise. Ce qui l’a met dans une colère froide. Comme elle avait créé la pièce, écrite pour elle par un ami, et avait joué le rôle principal avec succès, elle se l’est tout simplement annexée. Non Diane Fabiani n’aura pas ce rôle ! Elle déclare même dans une émission télévisée dont elle est la vedette : “ Ce rôle m’appartient, et personne n’a le droit de le jouer ! ” Ensuite, elle affirme même qu’elle est capable de tuer Diane pour l’empêcher de voler ce qu’elle considère comme une partie d’elle-même. “ Diane Fabiani est une morte en sursis ”.

 

Diane qui apprenant que la pièce allait à nouveau être à l’affiche, s’était battue becs et ongles pour obtenir ce rôle qui devait la remettre en selle, et en scène. Allant jusqu’à exercer un chantage auprès de la directrice du théâtre. Elle est victime d’un assassinat et pour l’inspecteur Lachaume, les prétendants à ce meurtre ne manquent pas. Il pourrait tout aussi bien s’agir de Rosemonde elle-même, ou encore Michel, son ami, son confident, son secrétaire, de Lilas, transformiste dans un cabaret parisien, du dernier amant évincé de Diane ou de son successeur qui lui aussi joue dans la pièce, ou bien de la petite amie de celui-ci sans oublier Fanton, le metteur en scène. Lachaume a beau compulser le carnet noir de Rosemonde, sorte de listing dans lequel l’octogénaire notait les noms de tous ceux qui lui avaient manqué de respect, envers qui elle gardait rancune, il est confronté à un véritable imbroglio.

 

carnet noirUn roman qui n’aucunement vieilli car le monde du spectacle sera toujours le même : Sourires de façade et jalousie parfois exacerbée. Des bises et des mon chéri cachant des j’aurai dû obtenir ce rôle ou ce n’est qu’un cabot. Et autres remarques acerbes enrobées de miel. A noter que dans ce livre figure un couple de sœurs qui ressemblent aux fameuses sœurs Bodin, héroïnes de sept livres parus initialement dans la collection La Chouette et dont le titre phare Cadavres en solde inaugurait une série humoristique de bon aloi.

Quant à Rosemonde Talbot, chacun pourra essayer de retrouver la ou les comédiennes qui ont inspiré l’auteur pour camper son personnage. Jean-Pierre Ferrière, romancier spécialisé dans le monde du théâtre et du cinéma, mais pas uniquement, fut l’une des gloires du Fleuve Noir dans les années soixante, soixante-dix, avec des romans de suspense fort habilement construits, et dont la réédition serait la bienvenue, témoin ce Carnet noir de Rosemonde Talbot. Après une petite éclipse, il revient sur le devant de la scène, ce dont nous ne nous plaindrons pas.


Jean-Pierre FERRIERE : Le carnet noir de Rosemonde Talbot. Noir Délire éditions. 1ère édition : Editions Fleuve Noir (1979), réédité chez J’ai Lu n° 1103. 248 pages. 15,00€

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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