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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 14:06

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Léo Malet est né le 7 mars 1909. Pourquoi ne pas lire ou relire son Journal secret ?

Lire une autobiographie d’un écrivain peut amener à mieux connaître celui-ci, à mieux le comprendre, à mieux appréhender son œuvre, si l’auteur est honnête envers lui-même et se dévoile sans pudeur et sans forfanterie. Léo Malet a laissé en héritage son journal secret, publié en 1997 au Fleuve Noir.

"Je me demande brusquement pourquoi je continue à écrire toutes ces conneries, qui ne pourraient, si elles étaient rendues publiques, que me ridiculiser". Le besoin de s'expliquer avec lui-même, de coucher sur le papier ses angoisses, de se confier sans retenue, d'avouer ses obsessions, l'amènent à se poser cette question fondamentale : "Est-ce que j'existe ?" Plus que la mort de Paulette, sa femme grâce à qui il put écrire dans ses années de débine, le taraudent deux hantises : Paulette est décédée d'une crise cardiaque alors qu'ils faisaient l'amour d'où ce sentiment de l'avoir tuée. Depuis il ne parvient plus à satisfaire Christiane, une amie de cœur qu'il retrouve vingt ans après de premières relations. Sa virilité perdue le démoralise. Il possède un fils, des amis fidèles, qui lui écrivent, lui rendent visite ou qu'il voit régulièrement. Mais la défection de Christiane, qui vit elle-même avec ses propres problèmes, l'amène à écrire cette réflexion désabusée : "Je me sens vieux et malade, bon à rien et inutile. Abandonné n'est pas le mot. Je me sens rejeté, EXCLU."

Alors qu'il connaît enfin la consécration, que ces romans sont réédités, qu'il ne vit plus dans la misère financière, c'est la misère affective qui l'assaille.

"Aucun écrivain ne peut plaire à tous, aucun écrivain ne devrait essayer". Cette citation de Chandler est plac‚e en exergue au livre de J.-P. Schweighaeuser (éditions Encrage). J'ajouterai, reprenant ce qu'écrivait Bernard Le Saux dans sa rubrique Sang d'encre dans les Nouvelles Littéraires du 28 avril 1983 : "Sans doute se trouvera-t-il toujours des seconds couteaux pour baver sur les grands ancêtres en s'imaginant que cela leur confère automatiquement un brevet d'insolence."

Et cet ouvrage autobiographique édité après la mort de Léo Malet a été accueilli avec circonspection, voire consternation par de nombreux écrivains et admirateurs. Beaucoup n’ont pas apprécié certaines remarques, surtout le racisme qui se dégage de ces écrits. Pourtant les propos xénophobes étaient connus, avant la publication de cette autobiographie puisque, en juin 1985, un article publié dans Libération avait fait scandale. Fallait-il exhumer le manuscrit du tiroir dans lequel il était rangé ? Ce sont les choix de Léo Malet lui-même, de Francis Lacassin, de Jacques Malet, de Michel Marmin son héritier testamentaire ainsi que des éditions Fleuve Noir. Certains se sont élevés contre les propos tenus, ceux-là mêmes qui avouent sans vergogne considérer Céline comme un grand écrivain. Déclaration contradictoire ou prise de position opportuniste ?

Entamé le 9 aout 1982, terminé le 29 février 1984, ce témoignage apporte un éclairage partiel sur la vie et l’œuvre de Léo Malet. S’il l’avait continué, peut-être que la suite aurait été différente, plus nuancée. Le décès de Paulette l’avait-il rendu atrabilaire, même si le succès lui tendait les bras grâce aux nombreuses rééditions qui se profilaient, d’abord chez Néo, des romans édités à l’origine sous pseudonymes, les bandes dessinées adaptées par Tardi, dès 1981, et surtout les téléfilms avec Guy Marchand dans le rôle de Nestor Burma.

Léo MALET : Journal secret. Préface de Francis Lacassin, notes de Michel Marmin et Francis Lacassin. Photos de Marc Gantier. Editions Fleuve Noir. 330 pages.

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 13:21

sourire vautour

Vouloir retrouvez ses copains d’école, comme certains sites le proposent, est-ce vraiment une bonne idée ? Peut-être une forme de nostalgie, une envie de se replonger dans le monde de l’adolescence, le besoin de se rendre compte que l’on n’a pas vieilli malgré les rides et les petites déformations physiques inhérentes au poids des ans écoulés. Ce genre de démarche n’est pas forcément sans risque. C’est que va démontrer l’histoire que nous délivre Claire Arnot qui emprunte, légèrement affirme-t-elle, dans son autobiographie.

Hélène Fontayne, quadragénaire (et non quarantenaire comme indiqué en quatrième de couverture et qui signifie une période de quarante ans) rondelette, mère de deux garçons et mariée avec Marco, un italien, vit dans la province de l’Ombrie en Italie centrale. Elle est en proie à une légère déprime qui n’est pas forcément liée à l’âge mais à cause de l’arrivée impromptue de la fille que Marco a eue d’une précédente liaison, majeure, et qu’il faut surveiller dans ses études et ses relations. Alors Hélène s’adonne volontiers à une ingestion effrénée de chocolat, sous toutes ses formes. Elle a gardé des relations avec Karine, documentaliste et dont elle fut la camarade en Terminale à Avignon. Or Karine a décidé de réunir quelques-uns de leurs condisciples et de passer ensemble deux ou trois jours dans la Drôme provençale, dans les gorges de l’Eygues en un lieu dit des Baronnies.

C’est le weekend de la Toussaint et doivent se retrouver, outre Hélène et Karine, Cathy installée à Nîmes, Inès, mariée à vingt ans avec une espagnol de quarante cinq ans son aîné, Benoît, un comédien qui n’a pas véritablement réussi à percer, et Bruno, leur hôte qui tient un centre de vacances, Karim, informaticien et sa femme Nicole, une sociologue qui a abandonné son travail à la naissance de leur deuxième enfant. Ils seront accompagnés de Simon, leur dernier né, n’ayant pas voulu le laisser aux grands-parents déjà occupés avec leurs deux aînés. Les retrouvailles sont chaleureuses, pourtant Hélène ressent que le petit groupe boitille. Nicole est devenue effacée, une petite souris qui grignote, toujours maussade, fatiguée. Hélène pense que ce n’est pas seulement les enfantements et l’éducation de ses enfants qui ont conduit Nicole dans cet état proche du stress ou de la déprime.

D’autres convives sont invités à participer aux agapes. Ainsi Chloé, une petite bonne femme qui ne s’en laisse pas conter, tient un centre équestre. Sylvain est en stage et est chargé de récupérer des bêtes crevées dans les pâturages environnants et de les transbahuter jusqu’au charnier consacré à nourrir les vautours fauves qui ont été réintroduits dans la région. Maurizio, le boulanger d’origine italienne installé depuis des décennies à Rémuzat et qui est content de pouvoir converser avec Hélène dans sa langue natale. Et puis enfin, un gendarme, qui n’est pas là pour surveiller des débordements éventuels mais à l’invitation de Bruno, alias Nounours pour tout le monde, surnom affectueux donné lors de ses années lycée à cause de son physique de plantigrade.

Au cours de la soirée qui devrait être une petite fête de retrouvailles, l’ambiance se tend. Hélène se rend compte qu’entre Karine et Karim, il existe une forme de liaisons dangereuses. Quant à Benoît, il se montre toujours aussi suffisant, narquois, fouineur, pénible même parfois à vouloir s’immiscer dans la vie privée des personnes qu’il côtoie, malsain, qui cache sous un physique d’ange une âme de démon, et à draguer les filles malgré leur refus. Le malaise s’installe lorsqu’Inès propose de tirer les cartes. Pour Benoit les lames lui prédisent un accident. D’autres épisodes plus ou moins désagréables ponctuent cette soirée qui s’étire en longueur, en piques, en paroles désagréables, en tentatives de relancer une bonne humeur factice.

Le lendemain matin, alors que Sylvain apporte sur le charnier la subsistance des vautours fauves, il découvre une moto renversée sur la route, un peu plus loin un casque et en bas gisant sur le charnier, un corps que quelques grifouns, selon le parler local, éventrent et se disputent

Ce roman, catalogué policier puisque meurtre a été perpétré et qu’enquête de la maréchaussée est diligentée, est surtout pour l’auteure l’occasion de proposer une étude mœurs concernant des adultes qui désirent se replonger dans leur adolescence. Mais entre l’insouciance qui prédominait alors et des retrouvailles qui obligent à se remémorer des incidents qui ne peuvent être effacés, même si la mémoire aimerait parfois les avoir définitivement oubliés, il existe la barrière de la maturité. Les adultes ne réagissent plus de la même façon, surtout lorsque des entourloupes se glissent comme des peaux de banane sous les pas des danseurs et des fêtards.

Il est dommage primo que la résolution de l’énigme soit elliptique, les preuves dénonçant le coupable étant juste posées mais non exploitées réellement. Mais je ne vais pas mégoter. De plus les sites de publication en ligne de manuscrits n’effectuent pas un véritablement travail éditorial. Typographie trop petite, mise en page parfois aléatoire, et manque de relecture attentive afin de procéder à un dégraissage de digressions qui alourdissent le récit, même si certaines d’entre elles apportent de fausses pistes. Bref un roman charmant et j’encourage Claire Arnot à continuer mais en apportant une plus grande rigueur dans la signalisation des indices et des explications.

Claire ARNOT : Le sourire du Vautour. The BookEdition.Com. Version Papier 462 pages. 13,70€. En verson PDF : 4,75€.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 13:38

tresor-graham.jpg

Graham Gaines, qui devait purger de vingt ans de prison à Newgate (Londres) a vu sa peine transformée en condamnation à mort pour le meurtre d’un autre détenu. Mais auparavant il tient à revoir son vieil ami de trente ans, son complice, Joe Hackney, qui de malfrat est devenu policier à Scotland Yard. En ce 19 octobre 1891, il confie une mission, une sorte de testament, à Joe Hackney. Retrouver un magot de 17 000 livres et si possible celui qui l’a subtilisé. Vingt ans auparavant Graham Gaines avait caché son trésor dans une ruche appartenant à son oncle près de Londres, mais quand il a voulu le récupérer tout était parti sauf les hyménoptères. Il avait soupçonné dans un premier temps son ivrogne d’oncle puis un lad d’Epsom de l’avoir spolié et dans la bagarre qui avait opposé les deux hommes, Hackney l’avait tué avec son arme à feu. Un homicide perpétré sans intention de nuire à la vie d’un quidam qui l’avait conduit dans les geôles de Newgate. Malheureusement il avait retrouvé en prison l’agresseur d’une ancienne amie, restée depuis défigurée et aphone, il l’avait estourbi, d’où la peine de mort prononcée à son encontre.

Hackney accepte la gageure. Et pour cela il convoque le ban et l’arrière-ban de l’ancienne bande des Débardeurs, Millie serveuse et entraineuse dans le bar qui était géré par le père d’Hackney, Janet, la défigurée qui s’est reconvertie dans l’écriture de feuilletons pour des journaux, Clovis une brute employée aux abattoirs, Ashby son demi-frère qui sert d’indic à ses heures perdues, et il en a beaucoup, et enfin Nudge devenu le riche patron d’une entreprise de ferronnerie et mariée à la belle Suzanne qui fréquenta sans vraiment l’intégrer la petite équipe.

Alors qu’il n’a qu’une douzaine d’années, Hackney fait la connaissance à l’école de Graham Gaines et tous deux deviennent amis et inséparables. Ils vivent chichement et l’idée leur vient de traficoter dans le proche quartier des docks. Peu à peu ils élargissent leur entreprise et s’adjoignent quelques complices en lesquels ils ont toute confiance. Parmi ceux-ci Dominic, qui succombe suite à un accident et est remplacé par Ashby sur les conseils de Clovis. Petits vols, chapardages, trafic de tabac et d’opium cachés dans des statuettes dont ils prélèvent au passage quelques exemplaires afin d’augmenter leurs profits, et autres délits dont ils sortent toujours gagnants, rythment leur adolescence. Les années passent, les liens entre les amis se tendent et se détendent, mais l’affaire ratée du Glenn Court sonne le glas de la bande des Débardeurs. Pourtant le vol dans le coffre-fort du restaurant le Glenn Court avait été soigneusement préparé mais il a tourné au fiasco. 120 000 livres à se partager provenant des paris truqués d’une course hippique à Epsom mais que les frères Beauchamp déroberont sous le nez de Joe Hackney et ses comparses.

Pour Hackney et ses anciens compagnons de rapines, ainsi que pour l’auteur qui narre cette histoire sous forme de strates, c’est l’occasion de remonter le temps et d’analyser ces quelques années passées ensemble, avec leurs petites joies, leurs amours, leurs déboires, leurs pérégrinations, leurs aventures et mésaventures. C’est l’occasion aussi de révéler leur véritable tempérament, les petites bassesses dont ils se sont rendus coupables, de recouper leurs souvenirs, de tenter d’établir l’identité du ou des suspects, de retourner sur les lieux de leurs exploits et de leurs échecs, de se suspecter aussi, de rechercher la vérité en se mettant à nu, même si cela entraîne la découverte de petits et gros secrets inavouables. La nostalgie les étreint parfois, l’amitié se renforce ou se fissure sous les coups durs portés sur ce qui les unissait, la désillusion qui s’ensuit ou au contraire la satisfaction de pouvoir régler une dette morale.

Ce roman historique de suspense est un véritable plaisir de lecture, qui plus est aussi un peu une ode à l’amitié.

 

Voir également ma chronique sur Le Diable de Glasgow.

Gilles BORNAIS : Le trésor de Graham. Editions Pascal Galodé. 336 pages. 21,90€.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 10:04

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Août 1887. Joe Hackney, ancien loubard des bas-fonds londoniens et promu détective à Scotland Yard, est envoyé à Glasgow par son patron, “ l’incapable en chef ”, afin de résoudre sa première énigme. Une banale histoire de cambriolage qui a laissé sur le carreau un lord et son domestique. Toutefois il existe entre ce double meurtre et celui commis deux ans auparavant une analogie. Les blessures sont identiques, perpétrées par un poinçon, avec des traces de rouille sur les plaies, produites par un mouvement circulaire inhabituel. En fouillant les archives, Hackney et Buchanan, le constable qui lui a été attribué comme partenaire, découvre que d’autres meurtres, dont l’assassin n’a pas été identifié, ont été exécutés quelques années auparavant. Dix ans, vingt ans et même plus. Toujours les mêmes stigmates. Les témoins ou proches des victimes donnent le même signalement d’un homme susceptible d’avoir réalisé ces crimes. Un certain Hogg, dont l’un des membres supérieur est atrophié. Seulement, impossible de mettre la main dessus, et qui plus est, il existe une incompatibilité sur l’âge du présumé meurtrier.

Hackney aura bien du mal à résoudre cette enquête, d’autant que Buchanan est grièvement blessé au cours d’un voyage destiné à recueillir des renseignements, que son patron le réclame à corps et à cris dans la capitale et que le chef constable de Glasgow ne met pas vraiment du sien pour l’aider, au contraire. Et s’il ne s’agissait que de tracas d’ordre professionnels ! Hackney est amoureux d’une fille facile qu’il aimerait oublier tandis que sa mère garde en reliques les affaires que son père, un cafetier, portait lorsqu’il a été assassiné.

Un roman noir qui nous plonge au cœur de l’époque victorienne, dans les brumes écossaises et celles occasionnées par la bière, avec une trame historique et un épilogue fantastique. Un heureux mariage des genres qui nous faisait espérer, lors de la parution de ce roman, une suite rapide des aventures de Hackney, un souhait heureusement concrétisé. Gilles Bornais avec cet ouvrage damne le pion aux maîtres britanniques du genre.

Gilles BORNAIS : Le Diable de Glasgow. Collection Grands Détectives. Editions 10/18. 350 pages. 6€. (réédition de Atout éditions).

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 14:18

Bon Anniversaire à Jean-Pierre Ferrière, né le 4 mars 1933.

Afin de lui rendre hommage, présentation de deux romans initialement parus au Flauve Noir mais qui ont été réédités, parfois sans indication d’origine, ce qui est quelque peu léger dans la démarche.

 

trouble-crime.jpgIls se sont connus à l'armée et ont tout de suite sympathisé. Philippe est timoré, issu tout droit de sa province natale; Maxime est débrouillard comme le titi parisien qu'il est. Entre eux naît une amitié ambigüe dont se gaussent volontiers les autres troufions. Point trop cependant car Maxime, affecté au foyer est plein de ressources, revues pornos, adresses de jeunes filles en manque d'affection et le toutim. Maxime est démobilisé le premier et Philippe le rejoint dans un Paris inconnu pour lui. En arrivant à l'appartement de son ami, pas de Maxime. Tout est chamboulé, comme si quelqu'un avait cherché quelque chose de bien précis. Un message sur le répondeur téléphonique invite Maxime à se rendre au Péplum, un sauna fréquenté par des homosexuels. Philippe y fait la connaissance de Bruno, un photographe qui se doute pour quelle raison Maxime est obligé de se cacher. Des visiteurs impromptus, d'autres messages éloquents sur le répondeur téléphonique conduisent Philippe chez une actrice déchue dont Maxime a subtilisé des tableaux de valeur, chez un jeune homme dont le père est embarqué dans une histoire de chantage à cause de ses relations charnelles avec de jeunes mineures. Philippe découvre un facette inquiétante de son camarade, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre sa quêcinemaniaques.jpgte.

Ce roman de Jean Pierre Ferrière est sensiblement différent de ses autres productions, même si l'on retrouve l'un de ses personnages fétiches, la vedette de cinéma vivant de ses souvenirs. Ici les protagonistes sont essentiellement masculins, et l'atmosphère d'homosexualité qui imprègne ce livre ressemble aux romans de Maurice Périsset. C'est traité avec une certaine tendresse, et il ne se dégage rien de graveleux. Jean-Pierre Ferrière reste dans le bon chic bon genre tout en s'attaquant à des sujets réputés scabreux. La mauvaise note ira à l'éditeur (Plein Sud) qui ne précise nulle part que ce roman est la réédition d'un titre homonyme paru en 1985 au Fleuve Noir dans la collection Spécial Police.

Jean-Pierre Ferrière : Le trouble-crime. Spécial Police N°1946. Editions Fleuve Noir. Rééditions : Coll. Plumes Noires, Ed. Plein Sud Roman. Septembre 1996. (Réédition, non mentionnée). Inclus dans volume Cinémaniaques. (Comprend Cinémassacre, Le bel imposteur et Le Trouble-crime) Editions Noir Délire - 2007.

 

Dernier-sursaut.jpgC'est pas beau de mentir, tout le monde vous le dira. Comme la maman de Pauline a du le lui dire lorsqu'elle était enfant. Pourtant Pauline fait des petites cachotteries à ses collègues. Par exemple elle leur raconte qu'elle passe des vacances merveilleuses dans un hôtel de luxe sur la Côte d'Azur. Sauf qu'elle oublie de préciser que sa chambre est une pièce aménagée au sous-sol. Alors le luxe, c'est pour les autres. On se contente de peu lorsqu'on est célibataire, qu'on frise la cinquantaine, qu'on n'a eu qu'un fiancé mort durant la guerre d'Algérie.

Ne voila-t-il pas qu'un petit malin de collègue, Jean Marc, décide lui aussi de passer ses congés dans le même Hôtel. Alors là Pauline est complètement affolée. Il va se moquer, c'est sûr, tout raconter aux autres. Elle sera la risée du centre de documentation photographique où elle est employée. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, elle découvre le cadavre de Jean Marc alors qu'elle désirait tout simplement lui révéler son petit mensonge et lui demander de ne pas ébruiter sa petite tromperie. La voilà encore plus embêtée puisqu'elle est surprise par Agnès, une autre employée du centre de documentation. Agnès elle aussi n'est pas tellement franc du collier car tout le monde la croyait partie en Italie alors qu'elle roucoulait avec Jean Marc. En plus elle est enceinte !

Petits maux, grands effets. Et que Jean Marc ait mis le doigt dans l'engrenage tenebreuses.gifdu chantage ne va pas arranger les affaires de Pauline. Bah, ça va la changer de sa petite vie tranquille !

Ce roman de Jean Pierre Ferrière, paru en 1986 dans la collection Spécial Police des éditions Fleuve Noir, contient tous les ingrédients qu'il a pour habitude d'utiliser dans ses intrigues : décor de théâtre ou de cinéma, comédienne ou actrice sur le déclin, femme esseulée, jeune éphèbe, ambiance feutrée légèrement humoristique. Mais Ferrière malgré une intrigue un peu surannée sait captiver le lecteur, professionnel jusqu'au bout du stylo. Et on le retrouve avec plaisir. Mais il est dommage que l'éditeur est omis de préciser qu'il s'agissait d'une réédition. Cela n'enlève rien au charme vieillot de ce livre mais aurait permis au non initié de comprendre le léger décalage dans les âges des protagonistes.

Jean Pierre FERRIERE : Le dernier sursaut. Spécial Police N°2030. Editions Fleuve Noir. Rééditions : Collection Plumes Noires, éditions Plein Sud. Septembre 1996. (Réédition, non mentionnée). Inclus dans volume Les Ténébreuses. (Comprend Marie-Meurtre, Un diable sur mesure et Le dernier sursaut) Editions Noir Délire - 2006.


Je précise que ces deux articles ont été rédigés lors de la réédition chez Plein Sud dans le cadre d’émissions radiophoniques, d’où les précisions et les regrets qui sont glissés dans les commentaires.

Vous pouvez retrouvrer un portrait de Jean-Pierre Ferrière ici ainsi qu'un petit hommage rendu par Claude Le Nocher sur son blog Action-suspense.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 16:38

echodesmorts.jpg 

Sur l’île de Öland, située au sud-est de la Suède dans la mer Baltique, se dressent à Alluden deux phares, dont un hors service depuis des décennies, et un long corps de logis qui n’auraient rien de particulier si les phares n’avaient été construits avec des pierres provenant d’une antique chapelle, et le bâtiment avec le bois d’un navire naufragé. Pour les superstitieux, une pratique qui porte malheur. Katrine et Joakim n’étaient sûrement pas au courant de cette légende qui courait sur la lande balayée par le vent et les rafales de pluie. Ils avaient acheté cette bâtisse afin de quitter Stockholm et sa banlieue et se ressourcer.

Tous deux enseignants, Katrine à mi-temps en dessin, ils s’étaient spécialisés dans la rénovation d’appartements puis de maisons, revendant à chaque fois avec un profit estimable. Leur installation à Alluden n’était pas forcément due au hasard, car la mère de Katrine, elle-même peintre tout comme sa propre mère, et qu’ils fréquentent peu, y a vécu pendant sa jeunesse avec sa propre mère elle-même artiste peintre. Tandis que Joakim était resté dans leur ancienne maison régler les derniers détails du déménagement et de sa vie professionnelle, Katrine a vécu à Alluden avec leurs deux enfants, Livia et Gabriel, entreprenant les travaux de rénovation. Joakin revient puis repart pour un dernier chargement. Alors qu’il est sur le trajet du retour, il reçoit un appel téléphonique de la police de proximité de l’ile de Öland. Le corps de Livia aurait été découvert noyé près des phares. Paniqué il l’est encore plus lorsque venu reconnaître le corps il s’aperçoit qu’il ne s’agit pas de Livia mais de sa femme. Une boulette de la part de Tilda la jeune policière de proximité.

Celle-ci est fort marrie de son erreur, d’autant qu’elle pressent que cette noyade n’est pas naturelle. Parallèlement elle se rend souvent auprès de son grand-oncle afin de recueillir au magnétophone les témoignages du vieil homme sur l’histoire de Öland. Pendant ce temps trois malfrats écument les résidences secondaires vides de tout occupant hors période estivale. Joakim s’occupe de ses deux enfants, continue les travaux entrepris par se femme, mais il est en proie à la dépression. Katrine lui manque, il ne veut pas l’oublier. En même temps, que ce soit dans l’habitation principale ou dans la grange située en face, il entend des bruits suspects. Il ressent également comme des présences, des ombres inquiétantes. Celle de Katrine, évidemment, mais aussi celle d’Ethel disparue un an auparavant. Et peut-être des cadavres dont les noms sont gravés sur des planches de bois. Il découvre aussi dans le grenier qui servait de fenil des objets et un carnet.

Dans ce roman dont la trame est résolument policière, plane une aura de fantastique et d’angoisse qui tient en haleine. D’autant que les deux mois que va vivre Joakim entre la mort de sa femme et la résolution de l’enquête, prennent une intensité de plus en plus étouffante, alimentée par des tourmentes de neige et que les rafales de vent vont balayer le paysage désolé. Le tout est ponctué d’interludes relatant des événements qui se sont déroulés plus de cent ans auparavant jusqu’à la fin des années 1960, avec des pincées de légendes inquiétantes issues du fond des âges comme celles qui planent sur les tourbières. Le rythme n’est pas toujours soutenu, malheureusement, mais la construction est implacable et l’épilogue digne de scènes de cinéma de terreur. Le lecteur devient fantôme, suivant pas à pas les démêlés de tous les protagonistes.


Johan THEORIN : L’écho des morts. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne. Le Livre de Poche. 552 pages. 7,60€. (Réédition des Editions Albin Michel - 2010).

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 10:31

Une pensée émue pour David Goodis, né le 2 mars 1917 à Philadelphie. Et pour lui rendre hommage, place à l’un de ses romans les plus connus par son adaptation cinématographique.

Tirez-pianiste.gif

Poursuivi par des truands, Turley se réfugie dans un bar dans lequel son frère Eddie, qu’il n’a pas vu depuis sept ans, joue du piano. Grâce à la complicité de celui-ci, il arrive à fausser compagnie à ses poursuivants. A la fin de la soirée, Eddie, complètement fauché paye avec ses derniers cents un repas à Léna la serveuse. Rentré dans sa chambre glacée, il reçoit la visite amicale de Clarisse, une prostituée au grand cœur qui vit dans le même immeuble que lui. Le lendemain il repère la voiture des truands toujours à la recherche de son frère. Deux hommes l’abordent dans la rue et l’obligent à monter dans le véhicule ainsi que Léna qui passait par hasard. A un carrefour, Léna et Eddie parviennent à fausser compagnie à leurs ravisseurs. La serveuse aimerait connaître les raisons de cet enlèvement et devant les réticences de son compagnon l’appelle par son nom : Edward Webster Lynn. Le pianiste qui croyait avoir su préserver son identité revoit en pensée son enfance et tout ce qui l’a conduit à sa déchéance actuelle.

tirez-pianiste-1.jpg« Tirez sur le pianiste » est le roman type de l’univers goodisien : la déchéance physique et morale d’un homme qui grâce à une femme essaiera de sortir du cloaque dans lequel il s’enfonce, mais retombe dans la fange à cause de son passé. Le désespoir est toujours au bout du voyage, même si certaines lueurs laissent supposer un épilogue optimiste.

Ce roman a été adapté au cinéma par François Truffaut en 1960 avec pour interprètes principaux l’étonnant Charles Aznavour, Marie Dubois et Michèle Mercier. David Goodis, écrivain mythique longtemps méconnu a obtenu une certaine notoriété en France non pas grâce à son talent mais par le biais des adaptations de ses œuvres au cinéma comme La lune dans le caniveau, Rue Barbare (adapté de son roman Epaves), Descente aux enfers.

David GOODIS : Tirez sur le pianiste. Folio Policier 224.

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 16:47

Bon anniversaire à Brigitte Aubert née le 1er mars 1956

souffle-ogre.jpg

Il existe les romanciers qui écrivent toujours la même histoire, en changeant quelque peu les personnages, les lieux, l’intrigue. Et puis ceux qui se renouvellent, dans l’atmosphère, dans l’intrigue, dans le genre même. Ainsi Brigitte Aubert qui a par le passé rédigé des romans de suspense, d’énigme, d’aventures, des parodies humoristiques, des romans noirs, des polars historiques, et bien d’autres, nous invite avec ce nouvel opus de revisiter les contes qui ont bercé notre enfance. Et comme les bons contes font les bons amis… Mais commençons par le préliminaire originel, genre Il était une fois…

Sept, le dernier de la portée assiste à l’abattage de cinq de ses frères dans la forêt profonde, par leur père bucheron. L’excuse de cette hécatombe, le manque de nourriture, la famine. Mais Sept, malgré son jeune âge - il n’a que sept ans - échappe à la cognée paternelle et parvient à rejoindre la chaumière familiale. Dans la cour son frère aveugle et muet, dénommé Un, est attaché à un piquet. Il le délivre et pense pouvoir trouver consolation auprès de sa mère. Hélas ses espérances sont vite déçues et il n’a d’autre solution que de partir à l’aventure, avec son frère qui communique par gestes, pianotant avec ses petits doigts. La plupart du temps Sept porte Un car depuis le temps que l’aîné se traine au bout de sa chaîne, il a les jambes recroquevillées et se déplace à quatre pattes comme les canidés. Pauvres Sept et Un, un compte à dormir debout, qui croient trouver refuge chez Ernst et sa femme. Seulement Ernst est un ogre qui se délecte de la chair de jeunes enfants, et nos deux gamins sont enfermés dans une cage en attendant d’être dégustés. L’esprit vif de Sept leur permet de s’échapper. Il enferme les deux belles gamines de l’Ogre dans l’espèce de clapier qui leur était dévolu, et endosse, ainsi que son frère, leurs vêtements. Et ce qui devait arriver arriva, l’Ogre se trompe d’encas et les deux frérots se carapatent, conscients qu’Ernst ne va pas en rester là. Commencent alors les tribulations de Sept et Un, dans un pays hostile. Ils passent la frontière du Pays d’Avant pour se retrouver dans le Pays d’Après, ce qui n’est guère mieux, car les deux Princes qui règnent sur ces deux contrées sont en guerre l’un contre l’autre. Ce qui ne surprendra personne, ce genre d’action étant courant, quelle que soit la période, quels que soient les protagonistes.

L’idée fixe de Sept est de partir le plus loin possible, loin des atteintes d’Ernst, et en cours de route, il rencontrera et se liera plus ou moins avec quelques personnages que l’on pourrait croire issus de contes. Felippe dit le Chat, surnommé ainsi à cause de sa chevelure ressemblant à une crinière tigrée, jeune homme discoureur et rimailleur, dont les doigts sont ornés de bagues hérissées de pointes qui lui permettent le cas échéant de lacérer le visage de ses ennemis, de Belle qui vit dans un château dont la valetaille et la soldatesque sont pétrifiés dans les communs, de Lorette qui vomit selon son humeur des insectes, arachnides et autres bestioles plus ou moins aimables d’aspect, ou des pierres précieuses, des perles et bijoux de grande valeur. Ou encore Blanche, qui vivait en compagnie de nains, est recherchée pas sa marâtre laquelle s’ingénie à l’empoisonner à l’aide de pommes, de L’Infante qui fuyait son père, lequel l’avait mise de force dans sa couche afin de remplacer son épouse défunte, et au hasard de leurs rencontres deux gamins vivant dans une chaumine construite de farine de seigle additionnée d’épices, de Umbold et Paolo qui de reîtres deviennent compagnons plus ou moins agréables, de Henriquet, un gentil homme freluquet à la dégaine bossue et frêle et dont la houppe de cheveux éclaire un visage peu avenant, une dame Giseliande, qui attend sa sœur Anne et dont l’époux, Barbazur, est parti par monts et par vaux et cache dans un cabinet fermé à clef ses précédentes femmes pendues et quelques autres qui n’attendent qu’à être découverts.

On ne pourra que s’esbaudir à cette histoire qui prend sa source chez Grimm, Perrault, à la sauce Aubert, et qui relève du tour de force littéraire. Car si Brigitte Aubert s’inspire, non point de personnages réels mais fictifs, elle les met dans des situations grand-guignolesques, loin des gentilles histoires revisitées par Walt Disney, revisitées et appropriées devrais-je écrire car bien des gamins d’aujourd’hui pensent que Grimm et Perrault ne sont que pâles copieurs, pour ne pas dire plagiaires, de l’habile cinéaste qui sut donner de la couleur et de l’animation à des personnages de papiers. Et comme le mot fin n’est pas signifié à la fin de l’ouvrage, gageons que les aventures et mésaventures de cette petite tribu ne sont point terminées.

A lire également la chronique de la Librairie Soleil Vert ICI

Brigitte AUBERT : Le souffle de l’Ogre. Collection Fayard Noir, Editions Fayard.2010.

Brigitte Aubert

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 13:20

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Pour beaucoup, le nom d’Edgar Rice Burroughs est indissolublement lié à celui du Seigneur de la Jungle, j’ai nommé Tarzan. Et ces romans, au fil des traductions, des adaptations, des condensés, des scénarii de bandes dessinées ou cinématographiques avec l’inoubliable Johnny Weissmuller dans le rôle titre, sont devenues un peu synonymes de juvénilité et de puérilité alors qu’à l’origine ils étaient destinés au adultes. Les exemples ne manquent pas, de Jules Verne à Paul Féval en passant par Alexandre Dumas et combien d’autres. Mais Tarzan est un peu l’arbre qui cache la forêt, la production littéraire de Burroughs dont la nombreuse progéniture eut bien du mal à traverser en totalité l’Atlantique.

En effet si Tarzan est le plus célèbre des héros imaginés par Edgar R. Burroughs, d’autres personnages forts intéressants dont celui de John Carter demandent à être mieux connus. Les aventures de John Carter, héros créé en 1911, firent d’abord l’objet de publications en épisodes en 1912 avant de l’être en volume en 1917 aux Etats-Unis. Et la onzième et dernière aventure parut en janvier 1941 mais en volume qu’en 1964 soit quatorze ans après la mort de l’auteur. Si le thème principal du cycle de Mars, nommée également Barsoom, relève de la science-fiction, on y retrouve les principes chers aux romans d’aventures et toutes les composantes de la littérature populaire, péripéties merveilleuses, fantastiques, alliant la science-fiction à l’épopée héroïque. Les fabuleuses aventures sur Mars vont inspirer bon nombre d’auteurs par la suite comme Michael MoorcoPrincess_of_Mars_large.jpgck pour son Cycle du guerrier de Mars (disponible chez Omnibus) mais forgèrent la vocation de Ray Bradbury avec ses Chroniques martiennes ou Leigh Brackett pour Le livre de Mars qui comprend quatre titres.

Selon le principe du manuscrit confié, trouvé, ou de la narration par une tierce personne à un auteur, Edgar Rice Burroughs dans sa préface s’adresse au lecteur (et non aux lecteurs, ce qui induit en cela une sorte de complicité entre l’auteur et celui qui s’apprête à lire l’histoire proposée) et nous présente le capitaine John Carter qu’il a personnellement connu en Virginie peu avant le début de la guerre de Sécession. Les années passent puis John Carter réapparait, quasiment inchangé, déclarant avoir prospecté et travailler dans les mines de l’Arizona. Alors qu’il se sent sur le point de mourir Carter envoie un télégramme à l’auteur qui arrive trop tard. Mais Burroughs, selon les recommandations du défunt, ouvre le coffre-fort sis dans le bureau et suit à la lettre les instructions qui y sont déposées. C’est ainsi qu’il se trouve en possession d’un manuscrit qu’il doit tenir secret durant vingt-cinq ans après la mort du testateur.

Alors que Carter prospecte dans le désert de l’Arizona (et non en Virginie comme précisé dans la préface de Frédéric Jaccaud), en compagnie du capitaine Powell ancien militaire confédéré comme lui, les deux hommes mettent à jour un filon de quartz aurifère. Powell doit retourner vers la civilisation, afin de se munir du matériel nécessaire pour continuer leur entreprise. Seulement Carter est inquiet et il s’élance à la suite de son ami. Ce qu’il redoutait arrive, une bande d’Apaches le poursuit, mais il parvient à se réfugier dans une grotte. C’est dans cet endroit que les premières manifestations étranges se produisent et Carter se trouve transporté Warlord_of_Mars-1919.jpgd’une façon mystérieuse sur la planète Mars. Il se trouve confronté à de curieux êtres humains mâtinés de monstres : les fameux Hommes verts. Ceux-ci ne sont pas les seuls à vivre sur cette planète. Cohabitent aussi les Hommes rouges, qui ont l’apparence de Terriens. Et John Carter va tomber amoureux d’une belle captive, Dejah Thoris, et il n’aura de cesse de la délivrer des griffes des hommes verts et par là même recouvrer lui aussi la liberté.

Ces aventures martiennes ne manquent pas de charme et à la lecture des premiers épisodes, nous nous rendons compte que si Edgar Rice Burroughs a été souvent imité, et même pastiché, il demeure l’un des maitres incontestés de la littérature d’évasion. Guerriers farouches, créatures monstrueuses, dangers permanents guettant notre héros, combats homériques, évasions mouvementées, amours contrariées, rien ne manque pour captiver le lecteur assuré de passer quelques heures d’enchantement. La trame est plus dense d’épisodes en épisodes et le héros entraîne le lecteur de rebondissements en rebondissements.

burroughs.jpgLes deux premiers volumes ont été traduits en France en 1937, dans le magazine Robinson puis chez Hachette puis il fallu attendre 1971 pour découvrir les trois suivants chez Edition Spéciale. Puis les éditions Antarès en proposèrent deux autres, mais dans des tirages confidentiels, et la fin du cycle fut enfin traduite chez Lefrancq en 1995. Ce volume qui nous offre les cinq premiers romans écrit par Edgar Rice Burroughs coïncide presque avec la sortie du film d’Andrew Stanton pour les studios Disney, John Carter of Mars. Souhaitons que les éditions Omnibus proposent rapidement un second volume comprenant les six derniers épisodes afin de pouvoir lire les aventures complètes de John Carter.

Edgar Rice BURROUGHS : Le cycle de Mars. Préface de Frédéric Jaccaud. Editions Omnibus. 960 Pages. 28€.

Comprend : La Princesse de Mars ; Les Dieux de Mars ; Le Guerrier de Mars ; Thuvia, vierge de Mars ; Echecs sur Mars.

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 08:47

Prix des Lecteurs Sélection 2012.fitzek.jpg

Avocat berlinois de renom, Robert Stern est depuis dix ans plongé dans un traumatisme dont il ne peut, ne veut, s’échapper. Son fils Felix est décédé vingt huit heures après sa naissance, et sa femme a préféré le quitter et fonder une nouvelle famille avec un nouveau mari et des jumelles à la clé. Si sa réputation n’en a pas eu à pâtir, il mène en dehors de sa profession une vie spartiate. Et c’est dans ce contexte déprimant qu’une de ses anciennes maîtresses, Carina, lui donne rendez-vous dans une friche industrielle. Infirmière de profession, elle arrive accompagnée de Simon, un gamin de dix ans atteint d’une tumeur au cerveau et qu’elle soigne dans un service de neurologie. L’enfant déclare avoir tué quinze ans auparavant un homme à coups de hache. Malgré cette impossibilité matérielle, se fiant à une sorte de réincarnation, Stern et compagnie visitent les caves de l’entreprise en décrépitude et trouvent effectivement le cadavre d’un homme dont le crâne a été défoncé avec une hache. Mais leur surprise ne s’arrête pas là car Simon affirme avoir d’autres meurtres à son actif. Sept au total, échelonnés sur plusieurs années. Le commissaire Engler, auquel les autorités ont adjoint une sorte de profileur du nom de Brandmann, est chargé de cette enquête qui va bientôt révéler que le défunt n’est autre qu’un repris de justice recherché depuis des années.

Stern, qui vit en spartiate, se contente de regarder des DVD loués, principalement des documentaires animaliers, car il ne veut visionner aucun film parlant d’amour, d’enfant, et autres sujets traumatisants lui rappelant une période pénible de sa vie. Or ce soir là, la vidéo glissée dans sa boîte aux lettres n‘est pas celle escomptée. Il s’en rend compte dès les premières images. Malgré sa répulsion, il est fasciné et horrifié par ce petit film d’amateur qui montre Felix dans un petit lit d’hôpital, juste après sa naissance, avec cette marque reconnaissable, une tache sur le haut de l’épaule représentant une botte. Il assiste à la mort de l’enfant, puis une nouvelle séquence montre le bébé vivant, deux mains procédant à un échange d’enfant. Dernière séquence, un enfant d’une dizaine d’années jouant et possédant cette même tache de naissance, qui pourrait être Felix. Stern pense devenir fou tout autant par cette vision que par la voix désincarnée qui s’adresse à lui. L’homme veut qu’il retrouve celui qui a assassiné par plusieurs fois, sinon les jumelles de son ex-femme pourraient subir un sort funeste. En compagnie de Carina, de Simon et de Borchert, un ancien client producteur réalisateur de films pour adultes accusé de viol et devenu un ami, Stern va enquêter, souvent à ses risques et périls. Il n’a que quatre jours pour mener cette mission à bien, avec toujours cette menace qui plane sur lui, comme si ces faits et gestes étaient surveillés.

« Quand, quelques heures plus tôt, Robert Stern avait accepté cette rencontre insolite, il ignorait qu’il avait pris rendez-vous avec la mort ». Dès les premières phrases le lecteur est averti. Il va se trouver englué dans une histoire étouffante, énervante, crispante, captivante, envoutante, obsessionnelle, oscillant entre horreur, terreur, machiavélisme, et où toutes les indications, même les plus elliptiques, ne sont pas placées pour rien. La présence quasi permanente de Simon, atteint d’une tumeur cérébrale, n’est pas étrangère à cette impression de fascination presque morbide ressentie en lisant cette histoire. Le lecteur pourra s’étonner que des coïncidences se greffent trop bien dans l’intrigue, mais tout sera expliqué en épilogue, ou presque. La marque de fabrique Fitzek imprègne ce roman qui ressemble à ces deux précédents romans traduits en France (Ne les crois pas et Thérapie), et qui pourtant est totalement différente. Le fantastique pourrait prendre le pas, mais il est occulté même si le lecteur croit voyager dans l’invraisemblable.

Sebastian FITZEK : Tu ne te souviendras pas. (Das Kind – 2009) traduit de l’allemand par Jean-Marie Argelès. Le Livre de Poche Thriller N° 32546. 406 pages. Réédition des Editions de l’Archipel – 2010).

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