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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 06:38

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Les avis, parfois dithyrambiques, concernant ce premier roman lus chez quelques amis blogueurs m’ont incité à acheter ce petit livre lors de sa réédition chez J’ai Lu. Mais je ne vous délivrerai mon verdict qu’après vous l’avoir présenté.

Abraham, qui préfère qu’on l’appelle tout simplement Abe, vit avec son père, cohabite plutôt. Ses parents sont nés en Afrique du Nord, mais lui est venu au monde à Paris, après de longues années d’efforts de la part de ses géniteurs. Et comme cela avait marché une fois, pourquoi ne pas recommencer. Abe avait cinq ans quand sa mère a accouché d’une petite fille, mais les deux éléments féminins de la famille sont décédés. Son père se contente de regarder la télévision, quelques mots parfois à son fils, et c’est tout.

Abe possède quelques amis qu’il a connu à l’école : Goran, Nathan, Trésor et Karim. Ils boivent des bières ou des boissons plus fortes, pas forcément toujours ensemble, et s’adonnent aux drogues, douces et dures. Et puis il y a Julia, étudiante à la Sorbonne, qu’il aime retrouver à la sortie des cours. Et plus si affinité, ce qui arrive souvent. Mais Abe ne se contente pas de se rendre dans le quartier de la Sorbonne pour rencontrer sa copine, il revend également de la drogue auprès d’étudiants qui ne demandent qu’à connaître le grand frisson.

C’est alors que Goran et Abe, prenant un rafraichissement dans un bar, remarquent un curieux manège. Un client entre et au lieu de consommer se dirige vers le fond de l’établissement gardé par une espèce de garde du corps et entre dans une pièce marquée Privé. Il s’avère que dans cette arrière-salle quelques hommes se retrouvent régulièrement pour jouer au Poker. Et qui dit Poker dit mise en jeu et gains à la clé pour les petits débrouillards.

Et les petits débrouillards, si c’étaient eux ? Aussitôt l’idée a germé dans la petite tête d’Abe, rafler l’argent et cela grâce aux copains. Il en parle à Goran et une expédition est envisagée. Juste quelques détails à régler, voler une voiture, se procurer des armes, des cagoules et le grand jour est arrivé. Enfin, le grand jour c’est excessif, c’est plutôt au petit matin qu’ils s’introduisent dans le bar et mènent à bien l’opération Pognon. Ils se montrent violents envers les joueurs, mais l’un d’eux leur promet des jours difficiles et des nuits d’insomnies.

Et c’est bien ce qui se produit. La petite bande s’éparpille, Abe se fâche avec Julia pour ce qu’il considère comme une traitrise de la part de son amie, il déménage et plonge dans la drogue. Il déambule aussi dans Paris.

Verdict, en mon âme et conscience, délivré dès les premières pages et même avant. Une petite rengaine me trottinait dans la tête. Il ne s’agissait pas d’une chanson mais d’un titre de livre : C’est beau une ville la nuit de Richard Bohringer, paru à la fin des années 1980 chez Denoël. Mais peu à peu, en tournant les pages, l’impression d’avoir déjà lu des dizaines de fois ce genre d’histoire était de plus en plus prégnante. De jeunes marlous organisant un braquage minable, et la drogue comme personnage principal, une descente aux enfers, l’alcool, autant de thèmes utilisés jusqu’à plus soif. On croit relire des romans écrits pas des auteurs comme Pierre Léon, Laurent Fétis, José-Louis Bocquet dans lesquels la drogue est presque comme un produit de consommation courante et obligée, objet d’une certaine complaisance.

Nous sommes loin du Paris de Léo Malet ou surtout d’Auguste Lebreton, dont les petites frappes adolescentes sont des personnages principaux. Par exemple dans Les Hauts murs, La loi des rues ou Les jeunes voyous. Paris est à peine esquissé, des quartiers nommés par leurs stations de métro : Belleville, Barbès, Jules Joffrin, Château Rouge, Château d’eau, Charonne…. Par exemple, en face du square Jules Joffrin, pourquoi ne pas avoir décrit en une ou deux lignes l’imposante mairie du XVIIIème arrondissement, l’ambiance de Barbès ou de Château rouge avec son monde cosmopolite. Une carence de description, un décor effacé, un manque d’âme. Les personnages ne sont même pas tant soit peu sympathiques, et il est à noter qu’Abe alterne les périodes de toxicomane dépendant à celles de revendeur presque normal. Bref, un roman banal qui à aucun moment ne m’a ému ou fait vibrer.

A lire les articles nettement plus élogieux de Pierre sur Black Novel ou de Bruno sur Passion Polar.

Jérémie GUEZ : Paris la nuit. Collection Policier N°9637, éditions J’ai Lu (réédition La Tengo – 2011). 128 pages. 4,70€.

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 13:52

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Il est des fantômes difficiles à évacuer de la souvenance historique, et il est bon parfois de les titiller afin justement de ne pas les oublier, les occulter, les effacer, mais surtout ne pas laisser les faits, les événements se trouver déformés et si possible restituer la vérité. Ainsi Maurice Gouiran revient sur la guerre d’Espagne entre 1936 et 1939, en insérant sa reconstitution, puisée dans des documents dont il établit une liste conséquente en fin de volume, dans une intrigue qui se révèle double.

Plus belle la vie à Marseille ? Surement pas pour Manu, petit voyou à la dérive, qui vient de purger une peine de prison dont les séquelles le hantent la nuit. Il vivote seul, sa femme l’ayant quitté. Il reçoit une lettre, qui à l’origine était destinée à sa mère décédée, émanant de Paola, une petite cousine inconnue habitant en Espagne. Elle souhaitait rencontrer Elisa, la mère de Manu mais à défaut elle lui propose d’établir un test ADN afin de prouver sa filiation avec Ramon Espola, un Républicain qui a disparu lors de la guerre civile. Paola est journaliste et participe depuis quelques mois, en compagnie d’un archéologue, à l’ouverture des nombreux charniers qui ont ponctué cette page sombre de l’histoire ibérique. Le fils de Manu, Patrice, n’est pas mieux loti. Un certain King-Kong lui réclame 30.000€ suite à un détournement de drogue mais il ne possède pas le moindre fifrelin. Il n’a que trois jours pour régler sa dette. Sinon… Patrice demande bien à son père de l’aider, mais que peut faire Manu qui lui aussi est dans la mouise. Et sa mère Agnès, caissière dans un super marché, n’est guère mieux lotie. Ce tracas familial rapproche quelque peu Manu et Agnès qui se retrouvent à partager une pizza au Beau Bar où Clovis, ancien journaliste, possède ses habitudes. Léon, le tenancier, demande à Clovis si celui-ci pourrait aider Manu afin de résoudre ses problèmes. Au départ Clovis n’est guère partant pour prêter main forte à ce client qu’il connait vaguement, mais lorsque celui-ci déclare être le fils d’Elisa, il accepte. Lors d’une grève à la manufacture de tabac de la Belle de Mai à Marseille, Clovis avait eu l’occasion de rencontrer Elisa, de l’écouter parler des revendications des ouvrières et un peu de son arrivée à Marseille. Clovis qui subit une abstinence sexuelle à laquelle il n’est pas habitué, se souvient fort à propos qu’il connait à Madrid, Fabiola, une jeune femme qu’il aimerait retrouver. Mais auparavant il se rend chez Paul, le mari malheureux depuis la mort d’Elisa et qu’il a eu le plaisir de rencontrer lors de ses échanges verbaux avec l’Espagnole. Paul lui remet un petit journal intime dans lequel Elisa avait narré ses pérégrinations sur sa jeunesse de réfugiée espagnole ayant connu la Retirada à Argelès-sur-Mer, puis ses convictions communistes avant de déchirer sa carte de militante en 1953 et cela ouvre des horizons à Clovis qui décide de partir pour Madrid en compagnie de Patrice afin que celui-ci échappe à King-Kong et ses séides. Manu qui devait être à l’abri dans une cabane abandonnée nichée dans la garrigue au dessus de Marseille est pris à partie par quatre tueurs.

Au-delà de l’intrigue et des pérégrinations de Manu et de Patrice, c’est d’abord l’Espagne franquiste qui est mise en scène. De 1936 à 1939 avec les combats entre Républicains et Nationalistes, les débordements de tout bord, surtout nationalistes, les conflits à l’intérieur même du camp républicain entre anarchistes, communistes et affiliés au POUM, puis l’exode, la fameuse Retirada, jetant des milliers d’exilés sur la route bloqués ensuite par les autorités françaises derrière des barbelés sur la plage d’Argelès-sur-Mer, les désillusions des uns ou au contraire l’arrogance des autres, les vainqueurs franquistes, des soutiens militaires par Hitler et de Mussolini envers les Nationalistes, celui de Staline aux Républicains, puis les retournements de situation et les changements d’alliance, le camp de Karaganda dans le Kazakhstan, alors situé en Union Soviétique, jusqu’à la mort de Franco en 1975, et les hommages qui lui sont rendus tous les ans le 20 novembre ainsi qu’à José Antonio Primo de Rivera considéré comme l’un des martyrs du mouvement franquiste et passé par les armes le 20 novembre 1936. C’est un état des lieux, un constat implacable de la résurgence de ceux qui, nostalgiques et jeunes qui n’ont pas connu les dérives du nazisme et du franquisme, portent au pinacle et vénèrent des régimes totalitaires, dictatoriaux, racistes. Et l’on ne peut s’empêcher de comparer certains régimes politiques actuels, les rejets d’étrangers par exemple, avec ces pans tragiques de l’histoire.

De Maurice Gouiran vous pouvez retrouver sur ce blog : Sur nos cadavres, ils dansent le tango ainsi que Et l'été finira. Vous pouvez également lire un entretien avec l'auteur.

Maurice GOUIRAN : Franco est mort jeudi. Format poche. Editions Jigal. Réimpression. 400 pages. 9,50€.

Le site des éditions Jigal est ICI

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 12:55

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Les Myriadines. Cet ancien château recyclé en maison de retraite, pardon en résidence pour seniors, abrite une clientèle aisée, très aisée même pour certains. Pourtant il ne faut pas croire que tous ceux qui vivent leurs dernières années sont issus de la bourgeoisie bon chic, bon genre. Par exemple Robert Vauquelin, dit Bob, est un ancien truand, qui ne mâche pas ses mots et se montre parfois assez virulent, violent envers ses compagnons et le personnel soignant. Maurice Dorson, un vieil acteur surnommé Has Been, Leufroy Nox, un ex-gourou, Gilbert Joussin, qui traîne derrière lui à tort ou à raison la sulfureuse réputation de cannibalisme, Henriette Dunoyer au rire crispant, héritière d’une longue lignée de viticulteurs dévoués au Champagne, Joséphine Pajon, veuve d’un riche industriel de la biscuiterie rémoise ou encore Maryse Bouchenel, qui connut son heure de gloire à la télévision en tripotant les boules du Loto. La sélection s’effectue par l’argent et donc n’est pas élu qui veut.

Pour s’occuper de tout ce petit monde parfois exigeant, règnent le directeur Paul Mangre et l’infirmière-chef Christine Ternot, mais au-dessus d’eux les décisions sont prises par le docteur Mallard qui, selon son apparence physique, n’aurait pas dépareillé parmi tous ses patients.

En ce mois d’août qui s’achève, Lise est employée comme aide-soignante aux Myriadines depuis trois semaines. Ce n’est pas par hasard qu’elle a réussi à se faire embaucher dans cette maison de retraite située dans la campagne rémoise. Elle doit accomplir une mission que lui a confiée son ami et amant Julien. Pour cela elle garde précieusement dans la chambre qu’elle loue chez des particuliers à quelques kilomètres de la résidence un Glock 17, précision destinée à l’attention des amateurs d’armes à feu. Et Tino, l’un des correspondants de Julien, lui remet une petite mallette qui devrait lui servir à remplir sa tâche. Parmi le personnel elle s’entend assez bien avec sa collègue Malika.

L’infirmière-chef a trouvé, en fouillant dans les affaires de Joussin, le supposé cannibale, un couteau de cuisine. Et Lise est chargée de cuisiner le voleur qui déclare se méfier de certains de ses compagnons. Un peu plus tard, alors qu’elle visite les caves du château, caves restaurées et recouvertes de carreaux de faïence, Lise est surprise par Malika qui se demande bien ce qu’elle fait là. Mais la surprise sera bientôt partagée par les deux femmes lorsqu’en ouvrant la porte de la pièce qui sert de morgue provisoire, grâce à un passe magnétique, elles trouvent un cadavre allongé sur un brancard. Celui de l’une des lingères. Détail morbide, celle-ci serait gravide.

Alors qu’elle pratique une séance de footing, afin de se vider le grenier qui renferme son cerveau, elle est suivie par un véhicule tout terrain. Lise panique, court tant qu’elle peut mais est toutefois rejointe. Deux hommes à bord, qui lui adressent un geste obscène puis repartent comme si elle n’existait plus.

Bientôt ce sera l’effervescence au château, car le bal annuel des Iguanes va bientôt se dérouler. Cette petite sauterie entre pensionnaires tire son nom d’une farce commise par l’un des petits vieux quelques années auparavant.

Ah les maisons de retraite et leurs mystères ! Une plongée réjouissante et frissonnante pour le lecteur, peut-être un peu moins pour ces résidents et ceux qui y travaillent. Brice Tarvel traite par la dérision et avec férocité cette vie promise aux « finissants » comme les surnomme Lise. Et les résidents qui pourtant ne sont plus des petits enfants, se conduisent comme des malappris insupportables malgré une certaine position dans la société et l’aisance financière dans laquelle ils baignent. Des sales gosses qui se croient tout permis. Quant au personnage énigmatique de Lise, quel est son but se demandera jusqu’au bout le lecteur impatient, même s’il se doute d’une partie de sa mission.

En attendant de découvrir la solution, je peux quand même, ma bonté me perdra, révéler qu’elle n’a pas eu ce que l’on peut qualifier d’une enfance heureuse. Elevée principalement par sa mère dans une caravane, elle s’est rebellée une fois contre son père. Peut-être la seule fois de sa vie où elle a tenu une aiguille à tricoter dans ses mains. Faut avouer que son géniteur avait bien cherché cette pique, lui qui a confondu pelote (de laine) et peloter.

Vous pouvez retrouver mon portrait de Brice Tarvel ici, Les dossiers secrets d'Harry Dickson signées Brice Tarvel ainsi que Destination cauchemar signé François Sarkel.

 N'hésitez pas à découvrir le catalogue des éditions Lokomodo

Brice TARVEL : Le bal des iguanes. Collection Zone d’ombres. Editions Lokomodo. 282 pages. 6,50€.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 13:43

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De son vrai nom Jean Pol Laselle, Sarkel/Tarvel est né à Reims le 05 août 1946 où il réside toujours. Autodidacte, passionné de littérature populaire il publie très jeune des nouvelles fantastiques ou de science-fiction dans des revues spécialisées dont L’Aube enclavée, L’Impossible, Horizons du Fantastique, Le citron hallucinogène, Le Fulmar, Creepy, Nécronomicon. Il passe d’un genre à l’autre et s’adresse à des catégories de lecteurs de touts genres en écrivant pour la jeunesse chez Okapi ou pour la presse féminine (Nous Deux). Il utilise divers pseudonymes abordant l’énigme policière, le conte pour enfants, des histoires sentimentales et des récits d’aventures sous les pseudonymes de François Dargny, Réal Deham, Roseline Joncel, Nicolas Olsagne, Jean Vorn, Laurent Galmor, François Barrol.

Il collabore également à des anthologies pour les éditions Marabout et Kesselring.

De 77 à 81 il travaille pour les éditions Fleurus écrivant, pour les hebdomadaires Djin et Fripounet, des biographies, des reportages, des nouvelles, un roman d’aventures à épisodes. Il collabore avec des dessinateurs comme Bourgeon, Juillard, Bordes, Sanahujas, d’Orange, Gloesener et bien d’autres pour des scénarios de BD qui vont du western au récit de sport en passant par l’aventure réelle ou fictive. Pour Djin il créera avec Sanahujas le personnage de Renaud Delmont – un jeune auto-stoppeur détective – et celui de Chloé – une navigatrice solitaire qui se voit confrontée à de stupéfiantes aventures. En 88, sous le pseudonyme de Luc Norin il écrit le scénario du Savoir-aimer (devenu L’Amour clés en main chez Soleil Production) avec son ami dessinateur Aouamri, puis en 90, sous le nom de Brice Tarvel, L’écume du diable en collaboration avec Edouard Aidans aux éditions du Vaisseau d’argent.

C’est également le début de sa collaboration avec les éditions Fleuve Noir pour des romans d’épouvante et de science-fiction. Il entame une série d’aventures avec Arnaud Stolognan comme héros récurrent mais la collection Aventures et mystères est rapidement abandonnée et son troisième roman, Destination cauchemar, reste dans les tiroirs. En 94 il écrit le scénario de La Cjhair et le souffre (Soleil Productions) avec Aouamri comme dessinateur, premier tome de la série fantastico-moyenâgeuse Mortepierre, suivi de deux autres titres, puis en 95 pour les éditions Cœur de Loup il renoue avec le récit destiné pour la jeunesse.

Le premier épisode de Boogy et Rana, L’étang qui rétrécissait, album animalier dessiné par Fabien Rypert, obtient l’Alph’Art Jeunesse pour les 7-8 ans à Angoulême en 97. En 98 avec le dessinateur Didier Pagot il lance la série Les Robinsons d’outre-monde (Ed. Cœur de Loup) et avec Peter Nielsen, Les Traîne-Ténèbres une série d’héroïc-fantasy pour Soleil Production, tout en écrivant sous le pseudonyme de Brice Tarvel des livres pour enfants. Il a également écrit la préface du recueil La peau de l’orage de Pierre Pelot (Bibliothèque du Fantastique- Editions Fleuve Noir).

Préciser que le fantastique est son plat principal d’après les recettes de Jean Ray, recettes qu’il adapte à sa sauce en les améliorant, serait superflu. Car comme pour tout littérateur, il peut y avoir une part d’influence de la part de tel ou tel auteur prestigieux, mais sans le talent, le plat est indigeste. Nous n’avons pas avec Brice Tarvel/François Sarkel droit à la nouvelle cuisine qui laisse sur sa faim, deux trois touches de couleurs sur une assiette quasiment vide, mais à des plats roboratifs, élaborés avec amour, dans la tradition rustique et pétillante, qui dégagent ce fumet susceptible d’ouvrir votre appétit même si vous croyez être rassasiés.

Pour tous renseignements complémentaires ou supplémentaires vous pouvez bien évidemment vous rendre sur le site de  Rivière Blanche, le voyage est gratuit, ainsi que sur le blog de Brice Tarvel.

 Voir mes chroniques sur  Destination Cauchemar (François Sarkel) et Les dossiers secrets d’Harry Dickson (Brice Tarvel).

 

Extrait de bibliographie :

François Sarkeltarvel.gif


Editions Fleuve Noir

Collection Angoisses

7 - Silence rouge


Anticipation

1745 - Dépression


Aventures et Mystères

3 - La vallée truquée

6 - Les chasseurs de chimères


Editions Rivière Blanchetarvel2.gif

Collection Blanche N°2038

Destination cauchemar.


Vaugirard

Collection Gore N° 117

La chair sous les ongles.


Sous le pseudo de Brice Tarvel


Editions Malpertuis Collection Absinthes, éthers, opiums N°7.

Les dossiers secrets de Harry Dickson (tomes 1, 2 et 3).

Editions Lokomodo

Dépressions.(réédition de Fleuve Noir)

  

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 07:06

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Tout comme son célèbre prédécesseur Sherlock Holmes, Harry Dickson est un personnage de roman immortel. Passent les années, passent les auteurs, Harry Dickxon, surnommé d’ailleurs à l’origine le Sherlock Holmes américain, ne vieillit pas, de même que son célèbre assistant et apprenti Tom Wills. Pugnace, il a résolu moult énigmes pour la plus grande joie de plusieurs générations de lecteurs. Après Jean Ray, non pas son créateur, mais l’écrivain qui a su adapter, réécrire, inventer, des histoires plus palpitantes les unes que les autres, après Gérard Dôle, voici Brice Tarvel qui reprend fièrement le flambeau dans la tradition populaire. Ce premier tome nous convie à la lecture de deux aventures : La main maléfique et L’héritage de Cagliostro. La première se déroule à Londres, haut lieu du brouillard et de la pluie, du mystère et de l'épouvante. Pour s’être montré par trop curieux, Ignatius Barn décède en tombant d’un arbre. Journaliste minable, il pensait tenir une information de premier choix. Il surveillait l’appartement de la jolie veuve Lady Elsie Ratchford dont le mari est mort aux Indes, sous ses yeux, car elle avait refusé les avances d’un prince non habitué à se voir refoulé. Elle est donc revenue en Angleterre, emmenant dans ses bagages une relique maritale. L’une des commères qui était habituée à déblatérer sur un banc, sis sous l’arbre porteur de journaliste en mal de copie, en compagnie de deux autres vieilles filles alerte le superintendant Goodfield. Harry Dickson qui était dans le bureau assiste à la relation des événements et poussé par la curiosité décide de se mêler à l’enquête. La seconde histoire se déroule en Bretagne, sur la côte de granit rose, en un petit port de pêche. Après son évasion de la Santé, un gangster surnommé Rigoustin s’y est réfugié d’après les informations recueillies, et comme ce sont eux qui avaient procédé à sa première interpellation, il n’y a aucune raison à ce qu’ils ne récidivent pas. Un étrange personnage réside dans le même hôtel que nos deux amis. Un individu peu causant, atrabilaire, exigeant, bref détestable. Pourtant Philoxène Barbubrane, tel est son nom, se révèlera fort précieux lorsque Tom Wills traversera un moment critique et vital.

Brice Tarvel, connu aussi des spécialistes du Fleuve Noir et de Rivière Blanche sous le pseudonyme de François Sarkel, a réussi à s’imprégner de l’atmosphère et des personnages de Jean Ray, se les ait approprié pour restituer une œuvre personnelle. Ni pastiche, ni parodie, c’est la continuité de la saga dicksonienne dans un style flamboyant, usant de mots désuets fleurant bon le vieux français, apportant une touche particulièrement imagée et humoristique, et se référant souvent à Dickens, un maître. Et comme ce livre est le tome 1, nous attendons avec impatience les suivants dans lesquels monstres horribles et créatures bizarres, singulières, se dressent devant le lecteur au détour des pages, tel le diable sortant de sa boîte. Un pur régal qui devrait attirer les jeunes lecteurs friands de frissons, les plus anciens prompts à s’enthousiasmer aux aventures extravagantes, aux nostalgiques des fascicules populaires, à tous ceux qui considèrent la littérature populaire comme génératrice de plaisir. Quant à la couverture de Christophe Alves, elle met tout de suite dans l’ambiance, dans une pureté de traits dignes de l’école belge.

Deux autres volumes sont parus que vous pouvez découvrir sur le site des éditions Malpertuis.


Brice TARVEL : Les dossiers secrets de Harry Dickson (tome 1). Collection Absinthes, éthers, opiums N°7. Editions Malpertuis. Préface de Richard D. Nolane. 128 pages. 10€.

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 12:31

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Arnaud Stolognan s’était bien promis que pour une fois le voyage, qu’il effectuait en compagnie et sur l’injonction de son amie la douce (enfin presque !) et la (très) belle Florène, ne serait qu’un voyage d’agrément. Rien d’autre. Et c’est ainsi qu’ils flânent dans les rues de Rangoon, la capitale de la Birmanie. Ce que Arnaud n’avait pas prévu, c’est que l’aventure, de préférence dangereuse, colle à ses basques comme les mouches à un papier glu. Alors qu’ils se promènent et que Florène comme à son habitude ronchonne pour un rien, ils entrent dans la boutique d’un soit disant antiquaire. Et c’est là que les désagréments commencent, surtout pour Florène. Les objets hétéroclites qui s’entassent dans la boutique ont été de toute évidence fabriqués récemment. Pour s’amuser Florène se couche dans un simili vieux coffre et referme le couvercle sur elle. Arnaud est alors le témoin d’un curieux phénomène. La rainure entre le couvercle et le corps du meuble disparaît et il lui faut une hache pour libérer la jeune femme. Devant leur insistance, le vieux marchand révèle que le bois ayant servi à l’assemblage de la malle est du latens, une essence nouvelle qui est exploitée dans le nord du pays par la Swanson Company. Un bois dont suinte une sorte de sève gluante et travaille au contact d’un corps humain. Arnaud l’apprend à ses dépends, car ce qu’il pensait n’être qu’une esquille s’enroule autour d’un de ses doigts, et forme comme un anneau qui rétréci peu à peu. Florène a bien du mal à le dégager de cette bague nouvelle version. Peu après ils ont attaqués par des malfrats dans une ruelle de Thaketa, un des quartiers mal famés de la capitale. Malgré leur science de la défense, les deux amis sont capturés et se réveillent dans la cale d’une péniche qui remonte le cours du fleuve. Les ravisseurs de Florène l’ont confondu avec une autre personne, médecin de son état, et elle doit soigner sous la contrainte une des sœurs Swanson, atteinte selon les kidnappeurs de la lèpre.

François Sarkel qui a débuté au crépuscule du Fleuve Noir, fournissant entre autre quelques aventures d’Arnaud Stolognan dans l’éphémère collection Aventures et Mystères, nous revient avec un roman qui happe le lecteur dès les premières pages. Aucun temps mort, une histoire qui pourrait s’inscrire dans une morale écologique : il ne faut pas jouer avec la nature, elle peut et sait se défendre. L’imagination des écrivains, on le sait, n’a pas de frontière. Un roman à lire tel quel, brut de décoffrage, ou à s’amuser à écorcer, décortiquer comme une parabole enveloppée d’une histoire mystérieuse. Non l’esprit des utopistes n’est pas mort. François Sarkel écrit également sous le pseudonyme de Boris Tarvel et a produit pour les éditions Millepertuis de nouvelles aventures d’Harry Dickson, qui sont également un régal pour ceux qui aiment l’univers fantastique de Jean Ray.

François SARKEL : Destination Cauchemar. Rivière Blanche N°2038. 172 pages. 16€.

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 13:28

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Une page de l’histoire de France vient de se tourner, une nouvelle page est en train de s’écrire. Espérons que le nouveau Président de la République se montrera plus humain que son prédécesseur, lequel on le sait n’appréciait guère les étrangers sur le sol national. Et peut-être, reprenant à son compte la promesse de François Mitterrand, acceptera-t-il d’accueillir à nouveau Cesare Battisti, non pas comme un pestiféré mais comme un homme auquel on doit appliquer la présomption d’innocence.

Debout dans la cour d’une prison brésilienne, le narrateur pose une joue sur le mur afin de capter le soleil, puis au bout de longues minutes présente l’autre côté, et regarde les évolutions d’un oiseau voletant des branches d’un eucalyptus jusque sur une antenne de la police, sans pépier, sans chanter, des aller et retour incessants.

Il ne joue pas aux cartes comme ses compagnons de geôle. Tout au plus écoute-t-il en pointillé les conversations. Il pense, il revoit ce qu’il a vécu durant des années. Les souvenirs de son passé éclatent comme des bulles, des tâches de peinture sur une toile ou plutôt comme des balles formant des impacts sur une cible. Il ne s’attache plus aux futilités qui le guidaient auparavant. Son apparence physique par exemple. Et il se moque bien de ce que les autres peuvent penser de lui. Lui-même en est complètement indifférent, ne cherchant plus l’imperfection pouvant se refléter dans le morceau de miroir qui passe de mains en mains lors de la séance de rasage. Il s’intéresse au soleil, à l’oiseau, autant de symboles de la liberté. Pour d’autres c’est dans ces emblèmes de la liberté de se mouvoir, de disposer de ses mouvements, que résideraient ces futilités. Et pourtant cet oiseau qui effectue le même trajet indéfiniment, ne donne-t-il pas l’impression d’être en cage ?


Ses pensées tournent dans sa tête, se bousculent dans son esprit, se chevauchent dans un désordre infernal, s’entremêlent. Pourtant il lui arrive de parler avec les autres détenus, Zeca, Cruel, et d’autres qui se confient. Jamais de lui ni de son passé. Il est surnommé le Gringo, l’étranger. Il écrit en catimini, car en prison les stylos, les cahiers, les livres sont interdits. Il est désabusé, sa colère est rentrée, il lui faut s’exprimer par des mots.

Cruel, le poète, qui aime bien l’asticoter sur divers sujets, sur la religion par exemple. battisti2.jpgPas sur le foot, car le foot c’est sacré, au Brésil. A la question posée de savoir s’il a une idée en tête lorsqu’il écrit en cachette, et comment il la pense son idée, le narrateur répond : Ce n’est pas moi qui pense, je me laisse penser par l’idée. Car Cruel est obsédé par l’idée que le narrateur puisse écrire sur lui et ses compagnons.


Avec Zeca, c’est autre chose. Il sait que je suis en train de penser à ce qui ne se rattrape plus. Ses rides sont claires, elles disent que le passé est une bonne caisse à outils pour ceux qui n’attendent plus rien du présent ni du futur.

Il revit ses tribulations d’un pays à l’autre, de l’Asie jusqu’au Brésil. Je prenais toutes les précautions pour ne pas laisser de traces pouvant établir un lien entre ma période orientale et mon futur repaire brésilien. Une fuite constante, mais même ainsi je ne cessais de me réveiller la nuit, au milieu d’un désert ou en pleine mer, vidé de toutes les certitudes qui, la veille, m’avaient paru inébranlables. Il revoit les personnes qui l’ont plus ou moins aidé. Auréa, Sandra, Janaïna. Janaïna, qu’il a connu en rendant visite à Sandra, une amie qu’Auréa lui avait conseillé de rencontrer en arrivant au Brésil. Janaïna qu’il a revu à la terrasse d’un café, qui l’avait suivi. Lorsqu’il a retrouvé Janaïna, dans ce bar où les jeunes filles attendent le bon vouloir des consommateurs, il a honte. Honte d’être là. Et il pense alors à ses filles qui ont peut-être l’âge de Janaïna. Qu’aurais-je fait, moi, les voyant assises dans un lieu pareil, souriant à un vieux con. Un peu plus loin : Combien d’anniversaires avaient-elles fêté, mes filles, en mon absence ? Bon Dieu, j’avais raté cela aussi, je n’avais pas vu mes enfants grandir, j’avais tout raté. Janaïna avec qui il a vécu avant de plonger dans l’enfer du bloc.


Lorsqu’il arrive à Duque de Caxias, afin de rencontrer Sandra, il prend une chambre anonyme comme toutes les chambres d’hôtel à prix moyen. Ironie du lieu, sa fenêtre donne sur les consulats français et italiens. Plan à la main, je regardais ébahi les deux drapeaux tricolores pendus à leurs mâts inclinés. Je me trouvais exactement entre les représentations diplomatiques des deux pays qui m’en voulaient le plus au monde.

A son arrivée au Brésil, ayant voyagé grâce à un passeport fourni par Jeff, un prétendu légionnaire de la Guyane française accompagné d’une Thaïlandaise affriolante, les ennuis commencent à s’accumuler sur sa tête. Jeff lui a donc procuré le précieux sésame devant lui permettre de se déplacer en toute impunité partout dans le monde. Seulement les sueurs froides ne tardent pas à se manifester lorsque le douanier à l’aéroport de Fortaleza retient son passeport pour. Trois personnages, dont une femme, le lui rendre enfin au bout de longues minutes. En règle. Juste un petit problème de code-barres.


battisti.jpgJanaïna. Qu’il retrouve au moment où il ne s’y attend pas, alors qu’il a déménagé. Janaïna dont il doute, car tout n’est pas clair dans ses déclarations, ses actes, sa présence. Le petit grain de beauté sur le visage, comme la femme de l’aéroport. Pourtant Auguste, oui j’ai omis de vous dire que le narrateur se prénomme Auguste, moi-même je ne l’ai découvert que page 204, Auguste écrit sur son ordinateur. Car c’est avant tout un écrivain, et il lui faut noircir du papier quelque soit le lieu où il se trouve. D’ailleurs il est encouragé implicitement par Janaïna : Mais tu es écrivain, tu sais bien qu’on ne peut pas apprécier un livre seulement pour sa couverture. A moins qu’elle réponde par une métaphore lorsqu’il lui déclare qu’elle est belle.


Cet ouvrage porte la mention Roman sur la couverture. Mais c’est tout autant un récit, un document sur la vie des exilés, de ceux qui sont en fuite, qu’une autobiographie romancée. Auguste, qui comme les clowns du même nom passent du rire, de la pitrerie à la désolation, à la tristesse, au personnage solitaire dans un univers de fêtes, de carnaval, de joie, de futilité. Des plages de Copacabana et d’Ipanema aux brimades subies dans la prison, un établissement pilote, par de jeunes recrues destinées à imposer leur force et leur dureté dans des quartiers de haute sécurité.

Cesare BATTISTI : Face au mur. Editions Flammarion. 368 pages. 19,50€.

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 12:51

L’annonce suivante a été diffusée par l’Agence France Presse.


Et en lisant cet article, on peut se demander quelle crédibilité on peut accorder à la fiabilité des informations délivrées aux journaux, magazines et divers médias par les agences de presse. Voir ci-dessous.

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Le Prix Arsène Lupin de littérature policière a été remis à Jean-Pierre de Lucovich

PARIS, 10 mai 2012 (AFP) - 10.05.2012 17:06

Le 7e Prix Arsène Lupin de littérature policière a été attribué à Jean-Pierre de Lucovich pour "Occupe-toi d'Arletty!" (Plon), qui a su perpétuer l'esprit de Maurice Leblanc, père du gentleman cambrioleur, indiquent les organisateurs lupinophiles.


Le lauréat, ancien journaliste à Paris-Match, doit recevoir son prix vendredi au Clos Lupin, à Etretat (Calvados). C'est dans cette station normande que la petite-fille de Maurice Leblanc, Florence Boespflug-Leblanc, a créé le musée Arsène Lupin --où se déroule "L'Aiguille creuse"--, dans la maison où son grand-père a écrit plusieurs aventures de son héros.

 
"Occupe-toi d'Arletty!", polar tout en atmosphère, se déroule en 1942. Qui envoie des petits cercueils et des lettres de menaces à la vedette d'"Hôtel du Nord"? Elle qui vit une histoire d'amour avec un officier allemand et ne s'en cache pas.


Appelé à la rescousse par Arletty, Jérôme Dracéna, un ancien flic de la Crim' devenu détective privé, va découvrir que les corbeaux ne sont pas ceux que l'on croyait. Avec l'aide de son père, il plonge alors dans le Paris de l'Occupation où la misère côtoie la folie des zazous et l'arrogance des collabos. Un monde où se croisent truands, acteurs célèbres, indics, flics révoqués, aristos dévoyés et... cadavres.


Des boîtes de Pigalle au Fouquet's, en passant par la fameuse maison close One Two Two, le lecteur est transporté dans le Paris de l'époque. Et l'auteur, qui a gardé ses habitudes de chroniqueur mondain, donne toutes les adresses!

 

Etretat dans le Calvados ? C’est ce que l’on appelle la décentralisation ? A moins que le (la) signataire de cette information a sacrifié à la dégustation de cette boisson, qui a donné son nom au département précité, lors de la rédaction de son article. Rendons à la Seine-Maritime ce qui lui appartient : Etretat, petite commune de 1500 habitants environ, au nord du Havre et au sud de Fécamp. La ville de Fécamp connue aussi pour sa Bénédictine. Ils savent vivre en Normandie, que ce soit en, Haute ou en Basse.

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 11:06

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Si la mode littéraire est au roman noir et au thriller, d’irréductibles romanciers et tout autant de lecteurs se passionnent toujours pour le roman policier, le vrai, et plus particulièrement pour le roman d’énigme, de mystère, et ce genre particulier plus ou moins boudé mais très jubilatoire, celui proposant à la sagacité des amateurs la résolution de meurtres en chambre closes.

Paul Halter est le digne fils littéraire de John Dickson Carr, le maître, et poursuit inlassablement son œuvre en dépit des vogues. Et il faut avouer que pour écrire de tels récits il faut une forte dose d’imagination, de créativité également car les sujets ne se trouvent pas dans les faits-divers et les manchettes des journaux. La matière grise est exploitée sans relâche, car il s’agit de se renouveler sans cesse et apporter aux lecteurs intransigeants des moments de plaisir non frelatés, des énigmes conçues comme une pièce d’horlogerie dans une ambiance légèrement fantastique tout en restant logique et sans artifices.

En cette fin d’après-midi du 21 novembre 1955, alors que le soleil a pour une fois gagné son combat sur la pluie l, le superintendant Archibald Hurst est content de retrouver son ami le docteur Alan Twist. Ce criminologue réputé et possédant un sens de la déduction développé, ce qui l’amène très souvent d’offrir ses services à Scotland-Yard, rentre de voyage et la première visite qu’il effectue c’est bien à son ami Hurst, après s’être inquiété de ses chats donnés (prêtés) en garde. Et pour une fois le policier n’a pas de dossier extraordinaire en instance. Tout au plus un banal accident peu banal.

L’avant-veille au soir, aux environs de Charing Cross, non loin d’un théâtre qui dégorge ses spectateurs, un homme assez jeune, habillé d’un chapeau haut de forme, d’un manteau à col de fourrure, d’un pantalon à damiers et de chaussures montantes à boucle, l’air étonné par ce qui l’entoure, traverse la chaussée malgré la circulation. Il est aperçu peu après dans une station de métro proche, descend du quai et s’engouffre dans le tunnel. La rame qui arrive le tamponne et son corps est traîné sur quelques mètres. Rien que de très banal en somme, sauf que… dans les poches du défunt sont retrouvés quelques objets en parfait état, comme neuf : des billets et de la monnaie qui n’ont plus cours, des cartes de visites au nom de Victor Stephenson habitant à Milford ainsi qu’une lettre adressée à son nom datant, le cachet de la poste faisant foi, du 2 décembre 1905 ! Hurst, n’écoutant que sa conscience, a fait vérifier dans les archives du Yard, et il en ressort qu’un certain Victor Stephenson a disparu un soir d’hiver 1905. La photo figurant dans le dossier ainsi que les vêtements qu’il portait correspondent à la victime partiellement écrasée, de même que l’âge. Approximativement trente ans.

Reportons-nous quelques semaines en arrière dans le petit village de Milford et plus exactement dans la vénérable et tristounette demeure de Oaksfield. C’est le siège de la famille Stephenson, dirigée de main de maitre par la grand-mère Dorothy Stephenson. Elle a perdu son mari en hiver 1905, pourtant elle est habituée à ranger soigneusement ses affaires. En réalité, elle ne l’a pas perdu, c’est lui qui un soir s’en est allé pour ne plus jamais revenir, ni donner de ses nouvelles. Elle s’est remariée avec Colin, le cousin de Victor, le disparu. Pas tout de suite, puisque Victor n’était pas mort officiellement, mais plus tard. Colin est un passionné d’égyptologie, mais surtout dans sa jeunesse il s’est fortement intéressé à la prestidigitation avant de se tourner vers le spiritisme. Ce qui ne les empêchait pas de vivre ensemble. Avec Victor elle avait eu un garçon, Charles, mort à la guerre pendant la débâcle de Dunkerque. Charles s’était marié avec Zora, une artiste peintre et ils ont eu deux filles, Charlotte et sa sœur cadette Ariadne. Elles sont devenues de belles jeunes filles, avenantes, surtout Charlotte qui possède deux soupirants. Fred Jenkins, qu’elle a connu lors d’un voyage en Egypte après la fin de la guerre. Mais aussi Ian Wilder, un marin, et pour le moment c’est ce dernier qui tient la corde. Pour Charlotte Fred n’est juste qu’un ami. Enfin, gravite dans l’ombre, immuable, Glover, le maître d’hôtel. J’allais oublier Jenny la petite bonne.

A partir du début septembre 1955 quelques événements bousculent, troublent cette famille. D’abord Dorothy reçoit un appel téléphonique et elle s’évanouit. En revenant d’un enterrement, les Stephenson découvrent des traces de boue qui mènent de la porte d’entrée jusqu’au bureau de feu Victor, s’arrêtent devant une chaise puis c’est tout. Pas de traces de retour en arrière. Dans le cimetière qui jouxte Oaksfield une tombe a été profanée, et l’agent communal remet à Henry West le chef de la police de Stavenage une clé accrochée à une plaque de laiton qu’il a découverte près de la tombe. Un indice probablement. Puis une montre est disposée à la vue de tous dans une pièce commune, et cette montre qui porte au dos une inscription rayée, serait la propriété de Victor. Les jours passent, tout semble rentrer dans l’ordre, mais un nouvel incident perturbe la quiétude. Je ne parle pas des problèmes de cœur de Charlotte, qui a trouvé Ian et Ariadne s’embrasser, mais d’un individu portant haut de forme et vêtements décrits ci-dessus, qui s’engouffre dans la maison, se dirige jusqu’au bureau de Victor et disparait. Il laisse des traces de boue et celles-ci s’arrêtent à une porte-fenêtre débouchant sur le jardin. Surpris Colin a suivi l’individu avec un instant de retard et il n’a pu que constater qu’il n’y avait plus personne. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, peu de temps après Dorothy est retrouvée dans une cabane située dans le cimetière. Elle est morte, la cabane est fermée de l’intérieur et près de son cadavre gît un miroir fêlé emprunté à une psyché.

halter.jpgHenry West, le policier qui a été amené à plusieurs reprises à se rendre chez les Stephenson, est débordé par les événements et il fait appel à Scotland Yard. Archibald Hurst et son ami Alan Twist se retrouvent avec le bébé sur les bras, ce qui tombe bien car ils avaient bien l’intention de démêler l’énigme du cadavre dans le métro.

Paul Halter tisse ses intrigues comme les dentellières d’autrefois, qu’elles soient de Calais, d’Alençon, de Bayeux ou du Puy. Simples, une fois que l’on connait l’ensemble et l’épilogue, claires, aérées, et pourtant compliquées, travaillées, ouvragées, demandant des heures de travail, de minutie, de précision. Si un point est loupé, tout l’ouvrage est bancal. Là, tout se tient, démonté, expliqué, développé, et si le lecteur veut trouver un raté, il lui faut tout examiner à la loupe, chercher dans les circonvolutions des fils de l’énigme la petite bête qui rongerait les entrelacs. Evidemment, si vous êtes un LOC (lecteur obsessionnel compulsif) de romans noirs, si vous espérez trouver dans la narration de la violence, du sang, du sexe, de la vulgarité, des scènes d’action à la Rambo ou à la Rocky, vous allez être déçu. Mais si vous voulez participer en compagnie de Twist et de Hurst à l’enquête, en tant que témoin assisté, si vous voulez passer un vrai moment de pur plaisir, découvrir la solution alambiquée et pourtant si simple, retrouver les romans d’énigme avec ce parfum authentique à l’ancienne, aucun doute ce roman est pour vous. Et même si vous relevez quelques petites incohérences, minimes, sachez qu’elles font partie du rêve.

Paul HALTER : Le voyageur du passé. Le Masque Jaune N° 2538. Editions du Masque. 320 pages. 6,60€.

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 12:19

Ce roman a reçu le Prix SNCF du Polar Français 2011.


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Ceux qui croiraient reconnaître dans ce livre des personnages existants ou ayant existés ne seraient victimes que de l’emballement de leur propre imagination.

Pour une fois je souscris à cette mise en garde car j’ai rencontré un flic sympa parmi les personnages de ce casting littéraire. Gilles Sebag est lieutenant de police à Perpignan mais ce n’est pas son travail qui passe en priorité. Il privilégie ses relations familiales et cela lui a valu des désagréments et un avancement retardé lorsqu’il était en poste à Chartres. Il ne boit pas, ou si peu, apprécie le café et sait en reconnaître les différentes essences, il aime sa jolie et toujours jeune femme, il court, il s’inquiète pour ses deux enfants. Bref le mari et père tranquille idéal.

Pourtant ses compétences sont reconnues par son supérieur hiérarchique, ce qui ne l’empêche pas de traîner une casserole chez les instances dirigeantes. L’affaire dont il hérite, si elle ne doit pas relancer sa carrière, va peut-être lui permettre de démontrer que sous des dehors placides il sait conduire une enquête. Sylvie Lopez signale la disparition de son mari chauffeur de taxi. Sebag et son collègue Molina qui a pris la déposition sont naturellement chargés de retrouver le jeune père de famille à qui il arrivait de donner de légers coups de canif dans le contrat de mariage. Au fil de leurs recherches auprès des relations proches de José Lopez, dont Gérard Barrière le patron d’une boîte de communication, Sebag et Molina découvrent qu’une jeune fille hollandaise a disparu elle aussi de la circulation. Lorsque le véhicule de Lopez est retrouvé dans un ravin, l’affaire semble plus complexe qu’il y paraissait au départ. D’autant qu’une jeune touriste batave a été découverte assassinée non loin d’un camping par un retraité qui traîne sa déshérence depuis la mort de sa femme quelques années auparavant. Puis une autre ressortissante néerlandaise se fait agresser de nuit en rentrant d’un bar branché.

Pour Lefèvre, le jeune commissaire de police envoyé de Paris, les trois événements sont liés. Sebag lui n’est pas d’accord mais comment prouver que son intuition n’est pas qu’une affabulation de son esprit ? Un mystérieux correspondant envoie des lettres à Sebag, l’imposant comme interlocuteur privilégié, comme partenaire ou plutôt adversaire d’un jeu machiavélique. Pas vraiment les échecs ou le poker, mais un peu celui du chat et de la souris, ou un jeu de l’oie, six cases en avant, trois en arrière. Mais Sebag n’a pas envie de se faire manger et l’enquête qu’il conduit ne l’obsède pas au point d’oublier ses petits problèmes familiaux. Il est inquiet pour son fils parti faire un stage de quad, et surtout il se demande pourquoi sa femme semble changée. Elle sort plus volontiers le soir avec une soit disant amie quelque peu dépressive, n’assiste pas aux cours de gym auquel elle est inscrite et surtout part en croisière en Méditerranée alors que lui doit pointer au travail en attendant ses vacances.

Gilles Sebag est un personnage de flic attachant. Un homme comme vous et moi (j’exagère peut-être !), qui aime la vie, sa famille, n’hésite pas à jouer avec les mots, ressent de la jalousie, se révèle combatif, pugnace, lorsqu’il est impliqué dans une enquête, et est aimé et apprécié de ses collègues. Philippe Georget met en scène des personnages intéressants, mais il reste des zones d’ombre qu’il se devra d’éclaircir dans un prochain ouvrage. Concernant l’intrigue, elle est amenée avec une bonne dose de manipulation et d’habileté qui entraîne le lecteur dans Perpignan et ses environs à la recherche d’un individu retors dont les motivations sont plutôt floues.

Du même auteur voir également Le Paradoxe du cerf-volant.


Philippe GEORGET : L’été tous les chats s’ennuient. Editions Pocket. Collection Thriller Policier. 480 pages. 7,60€. (Réédition des éditions Jigal – 2010).

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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