Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 12:34

huet.jpg

Né le 24 avril 1942 au Havre, Philippe Huet se tourne vers le journalisme et entre en 1966 au Havre Presse, l’un des deux quotidiens de la ville. Puis en 1972 il passe à Paris Normandie, quotidien régional où il est successivement grand reporter puis rédacteur en chef adjoint. Il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme, Elizabeth Coquart, alors qu’elle était stagiaire de vacances et qu’il en était le chef de service. En 1989 il démissionne et Elizabeth alors directeur départemental adjoint des éditions de l’Eure en fera autant en 1993.

 gaillot.jpg

Dès sa démission, Philippe Huet et son épouse envisagent d’écrire ensemble leur premier livre. Leur choix se porte tout naturellement sur Jacques Gaillot, alors évêque d’Evreux qu’Elizabeth, de par ses fonctions, suit depuis des années. Leur but est de permettre, grâce à un livre d’entretiens, de développer la pensée de Jacques Gaillot sur les sujets sensibles et souvent effleurés dans les médias. Cet ouvrage, Ma liberté dans l’église remporte un succès Bourvil.jpgde librairie important et sera suivi par d’autres ouvrages quelques années plus tard, signés Jacques Gaillot seul ou en commun : Chers amis de Partenia, Les cris du cœur… tous publiés chez Albin Michel. Le succès enregistré par ce premier livre les encourage à poursuivre dans cette voie et ils décident tout naturellement d’écrire la biographie d’un enfant célèbre du pays : Bourvil, ou la tendresse du rire, paru en 1990.

 

jour-fou.jpgIls ne s’arrêtent pas en si bon chemin et paraitront au fil des ans d’autres biographies ou documents : Le jour le plus fou édité à l’occasion du cinquantenaire du Débarquement (récits et témoignages de civils pris dans la tourmente du débarquement allié du 6 juin), Mistinguett, la reine des années folles (1996), Le monde selon Hersant en 1997 (grande figure de la presse dont l’ombre plane sur Nuit d’encre, le dernier roman paru en date de Philippe Huet).

 

Leur méthode de travail habituelle consiste à un travail d’enquête sur le terrain, interviews, recherches, étude de documents, qui s’établit conjointement. Ensuite, suivant un plan précis, ils se partagent les différents chapitres du bouquin, selon leurs affinités et leur sensibilité. Puis ils rédigent alors chacun de leur côté pour finalement remettre tout en commun. Ce qui leur permet de comparer leur approche du sujet et d’ajuster l’ensemble, aussi bien sur le fon que dans la forme (style d’écriture, cohésion du récit notamment).

 

hersantConcernant l’ouvrage sur Robert Hersant, Philippe Huet précise : même si notre méthode de travail n’a pas varié, le cas Hersant est un peu particulier. Au travail d’investigation habituel, s’est ajouté un vécu important. Ainsi le livre est-il émaillé d’anecdotes personnelles et de portraits mordants de ceux qui ont compté dans le groupe. Il y a de l’inédit à tous les chapitres ! Ce que nous avons voulu faire : non pas un ouvrage de spécialistes à l’intention exclusive des journalistes, mais au contraire un bouquin tous publics traité avec recul, et sous la forme d’un roman… La vie de RH n’en était-elle pas un ?

 

Philippe Huet n'oublie pas son passé de grand reporter et il écrit des romans noirs qui lui permettent de transposer des enquêtes qu'il a vécues en les imprégnant de l'atmosphère portuaire du Havre (Atmosphère, atmosphère...) et raconter la vie d'un localier lors de la mainmise de Hersant sur les journaux régionaux et la fusion du Havre Presse quai-oubli.jpget du Havre Libre. Lui et sa femme ont connu Hersant et subi sa façon de procéder. Ils étaient bien placés pour en parler, et bien en parler, à défaut d'en parler en bien. C’est ainsi qu’il crée Gus Masurier, le journaliste héros de ses premiers romans policiers. Gus c’est un peu lui, mais c’est un peu de chacun des fait-diversiers avec qui il a travaillé. Et pour ceux qui ont connu Le Havre dans les années 60, ils reconnaitront sans mal quelques épisodes réels. Par exemple, deux quotidiens concurrents de la ville du Havre se partageaient le lectorat. Hier rivaux et indépendants, ils étaient aujourd’hui jumelés. Plus que ça encore, siamois. Il s’agissait du Havre Libre et du Havre Presse. C’est ce qui l’a motivé pour démissionner. Aujourd’hui il y a confusion des genres. On mélange la presse avec le pouvoir. Il n’est pas rare de voir quelqu’un acheter un journal pour parvenir au fauteuil de maire. Philippe Huet ne se reconnaissait plus dans ce métier : Un matin, je me suis dit : Si je veux continuer à pouvoir me regarder dans la glace, il faut que j’arrête. Je ne veux pas devenir un notable. Je ne voulais pas me retrouver le soutier de rédacteurs en chef de pacotille.

 

bunker.gifQuai de l’oubli, son premier roman, est inspiré d’un fait-divers dramatique qu’il a traité dans les années 70 : trois policiers tués au Havre. J’ai décidé d’en faire un roman policier, ce qui m’a permis de dire souvent avec détachement ce que j’avais sur le cœur. Mon héros, Gus, peut prendre des distances alors que moi, je ne le pouvais pas : Je suis trop impliqué. Suivront La main morte (Grand Prix de littérature policière 1994), Cargaison mortelle, La nuit des docks puis d’autres romans ou recueils de nouvelles dans lesquels Gus n’apparait plus (l’exorcisme a-t-été salutaire ?) : Un jour sang, Les démons du comte, Souk à Marrakech… tous publiés chez Albin Michel. Après un petit passage poubellechez Rivages (Bunker, L’inconnue d’Antoine, L’ivresse des falaises) ou chez Baleine pour un Poulpe, La poubelle pour aller danser, dont l’histoire prend pour décor l’ouest Cotentin et son usine de retraitement des déchets nucléaires de La Hague, Philippe Huet revient chez Albin Michel avec Nuit d’encre, une nouvelle plongée dans le journalisme selon Hersant.

Depuis de longues années Elizabeth Coquart et Philippe Huet vivent dans le nord du Cotentin, non loin de Cherbourg, face à la mer, près de chez Didier Decoin et des jardins de Jacques Prévert.

Sources : correspondance personnelle avec l’auteur et Normandie Magazine n°104 de janvier 1993.

Partager cet article
Repost0
24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 15:00

Il soumit la presse à ses bottes.

hersant.jpg

Sa mère, née Juliette Hugo, aurait pu lui laisser en héritage le goût de la poésie. Son père Victor, celui des grands espaces marins, lui qui fut capitaine au long cours avant de finir comme pilote sur la Seine entre Rouen et Le Havre. Né le 31 janvier 1920, Robert Hersant, en homme pressé possède plutôt l'âme d'un compresseur. Bien plus qu'Emile de Girardin, considéré comme le père de la presse moderne, Robert Hersant aura laissé son empreinte sur la presse. Comme une herse qui pulvérise les mottes de terre et aplanit la terre, la rendant meuble et friable, il a broyé sur son passage les titres des journaux qu'il s'est approprié, les achetant en leur mettant le couteau sous la gorge, les soumettant à sa poigne de fer, les affadissant, ou pour employer une métaphore largement utilisée actuellement, en procédant au copier-coller.

 

A dix huit ans, Robert Hersant écrit quelques chroniques dans un journal local, 'L'Eveil Normand", où son style insolent indispose lecteurs et annonceurs. Alors il crée son propre journal, "Rouen Cocktail", avec notamment André Boussemart, un condisciple qui ne le quittera plus jamais. L'expérience tourne court et comme Rouen n'est guère accueillante pour les "Horsains" (personnes considérées comme étrangères au département ou au village) Robert Hersant décide de monter à Paris. L'ambition le tenaille et après avoir été membre des Jeunesses socialistes, il se tourne vers l'ultranationalisme, s'enrôlant dans les Gardes françaises, devenant le chef du Jeune Front, d'obédience nazie, à vingt ans.

 

Le 20 août 1940 il participe à une manifestation qui dégénère en violences antijuives. Evincé du Jeune Front il se tourne vers le gouvernement pétainiste. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Jean Marie Balestre avec qui il crée l'Auto-Journal lancé le 15 janvier 1950. Après des années d'occupation tumultueuses dont il sort à moitié blanchi, l'ambition le dévore toujours. L'Auto-Journal marche bien, mais la politique le tente. En rachetant La Semaine de l'Oise, un hebdomadaire qui périclite et dont il change le titre en Oise Matin ainsi que sa périodicité, il prépare son tremplin électoral. Les articles élogieux abondent dans son journal propagandiste. Il est élu maire, conseiller général puis député apparenté Radical. A l'Assemblée Nationale il reçoit un camouflet de la part d'un de ses adversaires de droite. Tombé de son piédestal Robert Hersant ne saura que mieux rebondir pour devenir ce cannibale (surnommé le Papyvore, et par le Canard Enchainé Herr Sant) qui s'accapara journaux provinciaux et parisiens jusqu'à plus soif. En 1984, la majorité de gauche tente de faire adopter une loi restreignant la concentration dans la presse, afin de contraindre Robert Hersant à vendre une partie de son empire. Mais cette loi, largement vidée de sa substance par le Conseil constitutionnel, est abrogée après le retour de la droite au pouvoir, en 1986. 

Il décède le 21 avril 1996, à Neuilly sur Seine.

 

Le seul mérite de ce document de 500 pages, dû à deux anciens journalistes de Paris-Normandie qui ont travaillé sous la férule du maître, ne réside pas dans la biographie d'un homme provocateur, frondeur et secret. Au détour des pages le lecteur retrouve, ou découvre, le Paris de l'Occupation, les années d'après-guerre, les révélations de l'Auto-Journal qui firent grand bruit à l'époque (dont la parution des plans, pourtant soigneusement gardés au secret, de la DS) de l'achat à Marcel Dassault de Semaine de France, pour 1 franc symbolique, un magazine qu'il revendra plus tard au même Marcel Dassault pour trois fois sa valeur, jusqu'à sa tentative de prolonger son empire par d'autres moyens de communication et son échec avec la Cinq. C'est l'ascension également de quelques futurs ténors de la scène politique, dont Charles Hernu, alors le plus jeune député de France, François Mitterrand que certaines mauvaises langues appelaient Francisque Mitterrand, ou économique comme Jean Marie Balestre, et bien d'autres qui surent recouvrer une virginité de bon aloi.

 

Philippe Huet a décrit de façon fort réaliste la manière de procéder de Robert Hersant lors du rachat de journaux de province, de leur fusion, et a mis en scène quelques uns des personnages gravitant autour du boulimique, dans notamment Quai de l'oubli et La nuit des docks, ses premiers romans policiers parus chez Albin Michel, et que l’on retrouve dans Nuit d’encre, son dernier titre paru.


Elizabeth COQUART et Philippe HUET : Le monde selon Hersant. Editions Ramsay. 504 pages. (1997).

Partager cet article
Repost0
23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 15:23

Île et elle, une symbiose.

 marque-orage.jpg


Leur fille étant de santé fragile, les parents de Marwen ont décidé de s’installer sur l’île verte, au large de Quimper. Marwen, douze ans, est plus mature que le laisse présager son âge. Ses ennuis de santé lui ont forgé le caractère et surtout elle aime lire. Et puis, elle est en permanence, ou presque, en compagnie du Manac’h, une sorte d’ange gardien qui ne garde pas grand-chose, ne la protège de rien, qui se tient près d’elle sous forme d’enveloppe fantomatique. Au début ses parents ne voulaient pas croire en ce qu’ils pensaient être un délire, une affabulation, alors elle a cessé d’en parler. Seul son père a fait semblant d’accepter cette entité invisible aux yeux de tous, et il a offert à Marwen un carnet, qui se ferme avec un petit cadenas, afin qu’elle consigne ses pensées, ses réflexions, un peu un journal secret.

 

Sa mère est infirmière, originaire de l’île, et son père est médecin, ce qui a grandement soulagé les insulaires lors de son installation. Malgré la présence de sa petite sœur Anaïk, Marwen s’ennuie un peu. Et puis elle appréhende la rentrée scolaire. Elle ne connait personne. Heureusement, sa mère a la bonne idée de prendre à son service Marie-Louise qui raconte de si belles histoires pendant qu’elle effectue ses taches ménagères. Des légendes qui alimentent l’imaginaire de Marwen.

 

La rentrée scolaire s’effectue sous des auspices peu engageants. Marwen devient le souffre-douleur de Katel Le Coven, toujours accompagnée d’une petite cour de gamines prêtes à rire de ses bêtises. Alors Marwen se tourne vers sa nouvelle voisine de pupitre, Gaïd, une fille un peu simplette qui est la fille du boulanger. Mais surtout elle fait la connaissance de Gaël, le fils du cafetier, qui ne fréquente pas l’école et qu’elle voit de temps à autre en compagnie de James, le fils du châtelain, un adolescent handicapé par la polyo et qui se meut en chaise roulante. Entre Gaël, qui a perdu sa mère tout jeune et dont le corps n’a jamais été retrouvé, et Marwen s’établit une amitié qui réchauffe le cœur de la jeune fille.

 

Les prémices de l’orage s’amoncellent sur l’île. D’abord c’est l’annonce de la guerre entre la France et l’Allemagne. Les hommes du village sont mobilisés, dont le père de Marwen. Il part pour le front, participer à la drôle de guerre comme a été surnommé ce temps de latence avant l’invasion effective. Quant à Marie-Louise, elle gagne le continent, obligée de soigner une parente souffrante.

 

Marwen est attirée par la forêt proche et un jour elle voit un personnage inquiétant flanqué d’un chien qui lui fait peur. Et puis elle rencontre aussi Maïa, la rebouteuse, qui vit au fond de la forêt dans une clairière. Maïa est considéré comme une sorcière, et, parait-il, il veut mieux ne pas la fréquenter. Sur un banc en granit derrière lequel elle s’était cachée afin de ne pas se faire remarquer par Katel, elle a aperçu une étoile à six branches. Or la même étoile est gravée sur le linteau de la porte d’entrée de la chaumière de la sorcière. En repartant de chez Maïa elle se perd. Pourtant Maïa lui a bien dit de se fier à son instinct, à ce qu’elle appellera son don de double-vue. Elle est retrouvée mal en point et elle ne sait pas si elle a rêvé ou vécu ce qui est inscrit dans son esprit. Le cerf blanc notamment, et bien d’autres événements qui ne sont que les prémices d’une aventure dont elle sera l’héroïne. L’Elue comme lui répète Maïa.

 

C’est en janvier 1940 que le second souffle de l’orage va se manifester, alors que Gaël et Marwen se tiennent chacun de leur côté au bord de la fenêtre de leur chambre respective, les deux maisons n’étant séparées que par un passage étroit, et s’amusent comme ils en ont l’habitude. Une boule de feu traverse ce couloir, juste entre leurs deux mains qui se touchent. Une boule de feu qui ne sera pas sans conséquence.

 

Premier volet d’une trilogie dont les deux autres volumes sont prévus pour paraître dans quelques mois, La marque de l’orage est un roman plein de charme et nous plonge dans le merveilleux de notre enfance. Un roman inscrit dans une époque trouble, le début de la seconde Guerre mondiale, avec pour décor une île pleine de mystère engluée dans les légendes bretonnes et les superstitions. Véronique David-Martin joue avec les nerfs de ses lecteurs, incluant les passages fantastiques dans des scènes de tous les jours, recréant la vie d’un village dans une existence quotidienne qui est si proche et pourtant si loin. Les pleureuses par exemple, veillant une morte avant ses funérailles, l’école partagée entre deux classes distinctes, la mixité n’existant pas encore, les blouses grises, le couple d’instituteur, le mari directeur d’école et qui enseigne aux garçons, sa femme responsable des filles, et bien d’autres petits faits qui livrent une note réaliste à ce roman. Un roman prometteur, qui donne envie de lire la suite, car évidemment des zones d’ombres sont tapies, des personnages ont légèrement disparu de la circulation, et le secret des Maîtres de l’orage n’est pas totalement éventé. Et le temps va sembler long en attendant la parution des tomes 2 & 3 : Le Vertige du Rhombus et La voix de l’Egrégore.

Un roman dont les adultes et les adolescents se délecteront car tous, grands et petits, y trouveront leur compte, à condition d’apprécier le merveilleux, le fantastique, ainsi que le plaisir de recouvrer une âme d’enfant.


Véronique DAVID-MARTIN : La marque de l’orage. (Les maîtres de l’orage, tome 1). Editions Pascal Galodé. 360 Pages. 22,90€.

Partager cet article
Repost0
22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 14:09

Avant de vous présenter le nouveau roman de Philippe Huet, pourquoi ne pas s'immerger dans l'un de ses précédents dont le Pays de Caux sert de décor ?

demons-du-conte.jpg

Délaissant les brumes et l’atmosphère portuaire du Havre, décor de ses précédents romans dont Quai de l’oubli, La nuit des docks ou Cargaison mortelle, Philippe Huet nous entraîne en compagnie du journaliste Gus Masurier dans le triangle des Bermudes normand, situé entre Le Havre, Rouen et Dieppe : le Pays de Caux, cher à Guy de Maupassant et à Maurice Leblanc.

 

Financier, politicard, bien introduit dans certains milieux et au-dessus de tout soupçon, le Comte de Bazincourt aime à revenir parfois dans son domaine du Pays de Caux où il est un seigneur incontesté. Alors le fait de le retrouver assassiné, la veille de Noël, sur le perron de sa demeure, est pour le moins étonnant. Les R.G., le procureur, le sous-préfet, les flics locaux puis ceux qui descendent de Paris pour prendre l’affaire en main, tout ce beau monde est sur les dents et n’apprécient guère l’intrusion de Masurier et de Panel, un journaliste localier, dans le paysage rural et criminel. Gus et son ami ne vont pas tarder à découvrir que sous ses habits de châtelain, de Bazincourt endossait aussi ceux d’un double pas très honnête. Mais les cadavres s’additionnent et un jeteur de sort s’amuse à s’immiscer dans le placard aux secrets.

 

Philippe Huet, après avoir été le chantre du Havre, vagabonde dans une région qui cache sous des dehors bonhommes, une profonde tradition de superstition. Nous sommes loin de la jovialité et de la naïveté affichée parfois dans certains films par les autochtones et dont Bourvil était le héraut. Et si Gus est si attachant dans son rôle de journaliste, c’est bien parce que Philippe Huet lui-même a exercé cette noble profession.

L’humanisme dont Gus fait preuve, son intégrité, sont les points forts de ceux qui veulent comprendre le pourquoi du comment et les journalistes sont peut-être les mieux à pouvoir le faire, à condition de ne pas être obnubilés ou d’avoir des à-priori édictés par des patrons de presse asservis par la politique. Sinon, direction le placard. La liberté de la presse existe encore, on le pense. Et comme je l’ai dit en préambule, l’ombre de Maupassant plane sur ce roman même si Philippe Huet ancre résolument le thème de ce roman dans l’époque actuelle.

Philippe HUET : Les démons du comte. Albin Michel. 276 pages. 14,70€. Mars 1999.

challenge régions

Partager cet article
Repost0
21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 07:33

On publie vraiment n’importe quoi, je trouve qu’on ne devrait imprimer que des choses sérieuses dans les livres, il y a la télévision pour raconter des bêtises (page 11).

 jaguar-rouge.jpg


Photographe, le narrateur escalade la pyramide de Kukulcan avec bien des difficultés, assisté d’une jeune guide, Gabriella, afin d’effectuer quelques prises de vue pour un magazine archéologique. La soixantaine un peu poussive, il ressent une sensation d’oppression lors de la montée de la centaine de degrés qui doivent les conduire dans la salle du Jaguar. Il apprécie que sa compagne porte à sa place son lourd matériel photographique. Ainsi que l’admiration qu’elle semble lui vouer. Et il se laisserait bien tenter à la prendre dans ses bras, mais le travail avant tout. Il doit prendre des clichés du Jaguar rouge, une massive statue minérale, dont le dos plat a pu éventuellement servir de table de sacrifice dans les temps anciens des Aztèques. A nouveau il est sujet à cette oppression. Son malaise est peut-être dû à l’air vicié qui stagne, mais il n’a pas le temps d’analyser car pris d’angoisse et de vertige, puis il perd conscience.

 

Lorsqu’il retrouve ses esprits, il ne sait plus trop où il est. Il ne reconnait pas l’environnement dans lequel il déambule. Il veut s’arrêter mais son corps ne suit pas ses directives. Son corps n’est plus le sien. Il est vêtu d’un pagne et ses membres sont foncés, comme les Indiens. Il se rend alors compte que son esprit est prisonnier dans le cerveau d’un Aztèque qui rentre chez lui, retrouver sa femme et ses deux concubines. L’Autre, comme il appelle sa nouvelle enveloppe corporelle, va toutefois, sous l’impulsion de la pensée du narrateur, rendre hommage à l’une de ses concubines qu’il surnomme Fleur bleue, ce qui n’est pas du tout du goût des deux autres, respectivement Epouse et Fleur rouge. Fleur bleue était punie et n’aurait pas dû être traitée comme une favorite. Mais c’est la seule dérogation à sa conduite  que l’Autre accepte de perpétrer. Pour le reste, le narrateur a beau essayer d’influer sur son comportement, peine perdue. Peu à peu, le narrateur apprend que l’Autre s’appelle Quatlatoa et qu’il est le maître des javelots, sorte de général, auprès de Moctezuma, l’Empereur ou tlatoani des Aztèques. Le narrateur découvre avec effarement le mode de vie et surtout les croyances des Aztèques qui procèdent volontiers à des sacrifices humains pour honorer leurs dieux. Jusqu’au jour où, à cause de la foudre, Epouse décède mais surtout que le narrateur prend possession à part entière du cerveau de Quatlatoa.

 

Pendant ce temcortes.jpgps, sur la plage aux environs de Vera Cruz, Herńan Cortés s’apprête à entreprendre un périple jusqu’à Mexico-Tenochtitlan. Le but avoué est de convertir les différentes peuplades qui vivent dans les provinces environnantes. But officieux, s’accaparer l’or les objets précieux indiens au profit du roi d’Espagne, Charles Quint. Une jeune indienne, Malina, par haine de Moctezuma qui a capturé trop de membres de sa tribu pour les offrir aux dieux sanguinaires, s’allie à Cortés. Elle est appelée Marina, mais rapidement  elle est surnommée la Malinche. Elle se convertit au catholicisme et sert d’interprète à Cortés et sa troupe et devient l’amante de Cortés, uniquement.

 

De Vera Cruz jusqu’à Mexico le lecteur suit le parcours de Cortés et de sacortes-et-la-malinche.jpg troupe, de ses alliances houleuses avec les autochtones, de sa rivalité avec Velasquez le gouverneur de Cuba, de ses tribulations et des affrontements qui opposent les soldats armés de fusils et de canons, aux Aztèques qui eux n’ont que des arcs et des javelots pour se défendre. Mais les alliances peuvent renfermer des pièges, les roublardises, les duplicités des uns et des autres se cachent sous les présents, or, pierres et tissus précieux en échange de verroteries.

 

bernal.jpgGraphomane éclectique, Jacques Sadoul nous propose une incursion dans le Mexique au temps d’Hernán Cortés et de Moctezuma. Les chapitres alternent entre Mexicas et le point de vue de cette colonisation à travers les yeux du narrateur, et entre Castillans, avec la description de la longue marche évangélique et dominatrice de Cortés. Puis la rencontre entre les deux armées et ce qu’il advint. Jacques Sadoul puise évidemment son inspiration pour développer ce récit dans des ouvrages comme La vie quotidienne des Aztèques de Jacques Soustelle, mais aussi grâce à des témoignages d’époque dont celui de Bernal Diaz del Castillo, l’un des hommes de Cortés qui consigna dans des carnets ses impressions de voyage, les faits de guerre, les rapports houleux entre les deux autochtones et les colonisateurs qui seront également les spoliateurs. L’évangélisation amènera les Castillans puis leurs successeurs à détruire la plupart des temples édifiés en forme de pyramides au nom de la religion catholique, une fourberie en total désaccord avec le principe du respect des peuples et de la tolérance des croyances. Aimez-vous les uns les autres, disait-Il, et ils aimèrent surtout les richesses et le pouvoir.

 

Le fantastique n’est guère présent et ne sert que de tremplin entre aujourd’hui et hier. La transportation d’une époque à une autre et les efforts d’un homme qui connaissant l’histoire souhaiterait en changer le cours. Mais nous ne sommes pas dans une uchronie, et la relation de cet épisode respecte l’histoire.


Conquest of Mexico 1519-1521

 

Iconographie : Hernan Cortés; La Malinche; Bernal Diaz; route de Cortés de Vera Cruz à Mexico.


Jacques SADOUL : Le jaguar rouge. Hors collection, éditions Rivière Blanche. 332 pages. 20€.

Partager cet article
Repost0
20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 09:16

J'irai revoir ma Normandie (air connu) ! 

 beatrice.jpg


En ce 26 Juin de l’an mil, Béatrice Quedreville, fille de Hrolfr le seigneur de Thuit-Ferrière près de Troarn en Pays d’Auge, est tout émoustillée. A quinze ans c’est une belle jeune fille, amoureuse de Robert Hautecour, un preux chevalier qu’elle a aperçu une fois et dont l’image est a jamais gravée dans son cœur et sa tête.

Or Robert Hautecour doit séjourner dans la résidence paternelle et c’est à cause de cela qu’elle est excitée comme une puce qui découvre qu’un nouveau chien vit dans le quartier. Mais Robert ne prête guère attention à la jeune fille ce qui l’offusque. Et lorsqu’une jeune fille a décidé de gérer son cœur, en général elle y parvient. Robert tombe si bien dans ses rets que quelque temps plus tard Béatrice est enceinte.

 

Elle est trop jeune pour s’en rendre compte et c’est sa nourrice qui l’informe de sa situation. Seulement Robert est parti en mission. Mandé par Richard II, il doit porter un manuscrit en Angleterre à destination du roi des Saxons. Durant son trajet qui lui fait traverser une grande partie de la Normandie, il se rend compte qu’il est suivi ; il est même dévalisé. Il parvient à passer en Angleterre mais il est arrêté et emprisonné par un seigneur local. Les étrangers sont mal vus.

 

Il restera en geôle durant des mois et pendant ce temps Béatrice se languit de son amant. Sa situation de future parturiente n’a pas l’heur de plaire à sa famille et principalement à son père qui entrevoyait une autre destinée à sa fille rebelle qui s’enfuit et accouche dans une masure. Seulement il lui faut partir, car les hommes de main de son père sont à sa recherche, et elle apprend que Robert a été envoyé en mission en Italie. Elle est persuadée que seul Robert peut devenir l’homme de sa vie et elle désire ardemment lui présenter son fils Hugues. Elle part le rejoindre, ou plutôt elle va essayer, car les embûches, nombreuses, vont se dresser sur les chemins des deux amants.

 

Entre haines familiales, conflits d’intérêts, trahisons, superstitions liées aux légendes ou à la religion, vengeances, aventures épiques et mésaventures, rendez-vous manqués, rien ne manque dans cet ouvrage dense, qui renoue avec le souffle des grands romans historiques.

 

Le Moyen-âge reste une période envoutante, secrète, mal connue, souvent décriée comme étant une période d’ignorance mais qui pourtant marque un tournant dans l’histoire de France, dans sa construction, sa mixité, l’intégration des différentes peuplades, l’emprise de la religion sur les consciences. Il est dommage que les notes, nombreuses, souvent liées à un parler désuet, soient reléguées en fin de volume au lieu d’être placées en bas de page, ce qui aurait évité au lecteur d’effectuer une gymnastique pas toujours évidente, surtout lorsque le plaisir de la lecture trouve son épanouissement dans le lit. A moins de posséder deux marque-pages.


A lire aussi du même auteur et chez le même éditeur : La vengeance de Mathilde (Les Conquérants, tome 2) et Mora ou le triomphe du batard (Les Conquérants, tome 3).

 

Michel RUFFIN : Béatrice l’insoumise. Les Conquérants 1. Collection Grand West Poche, Editions Pascal Galodé. (Réédition des Editions Alphée/Jean-Paul Bertrand. 2009). 576 pages. 10€.

challenge régions

Partager cet article
Repost0
19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 09:42

disponible

L’univers de la Reine du crime appelée aussi la bonne dame de Torquay dévoilé et décrypté.

 agatha.JPG

 

Les amateurs de littérature policière sont partagés en deux clans. Ceux qui aiment les romans de suspense dont la grande prêtresse fut et reste Agatha Christie, et les tenants du roman plutôt noir qui jugent ses histoires désuètes. Et il est vrai que dans la première catégorie, se distingue une frange d’un lectorat occasionnel de romans policiers, dont l’intérêt se réveille lors de vacances, un lectorat désireux de se plonger dans des histoires considérées comme faciles, réservées pour se délasser. Or c’est ce que l’on demande prioritairement à un livre, sortir des préoccupations de la vie quotidienne.

 

Ceci étant énoncé abordons le sujet de cette chronique. Il existe des livres que l’on ne lit pas, mais que l’on dévore… des yeux. Sur les Traces d’Agatha Christie, fait partie de cette catégorie, autant par la qualité et la pertinence du texte que par la très riche iconographie. On peut entamer cet ouvrage de façon classique, linéaire, en débutant par la biographie de la bonne dame de Torquay qui ne connu les bancs de l’école qu’à l’âge de treize ans, sachant déjà lire depuis celui de cinq ans en ayant appris d’une façon quasi autodidacte, ou grappiller de ci de là en feuilletant les pages et s’arrêtant par exemple sur la présentation des personnages : l’incontournable Hercule Poirot et son compère le capitaine Arthur Hastings, ou Miss Marple ou encore Tommy et Tuppence Beresford, et quelques autres.

 

Revenons quelques moments sur Hercule Poirot. Tout le monde a entendu parler de ce Belge, ancien policier bruxellois, dandy et maniaque, légèrement imbu de sa personne. Mais qui le connait vraiment, intimement ? Les auteurs nous proposent de découvrir sa famille et sa jeunesse, son physique et son caractère, sa méthode, sa maison et plus étonnant, ses amours. Quant à Miss Marple elle nait en 1930 à soixante cinq ans dans l’affaire Protheroe et cette vieille fille, ou jeune fille prolongée selon les sensibilités langagières, représentante pour certains membres de sa famille de l’époque victorienne, a failli se fiancer, idylle rapidement interrompue par sa mère.

 

Mais l’on pourra se plonger avec ce bonheur simple de la découverte, dans l’univers d’Agatha Christie : les trains mythiques dont le fameux Orient-Express, le Devon, comté du Sud-Est de l’Angleterre à rapprocher de la Cornouailles britannique, région dans laquelle Agatha Christie aimera vivre et placer bon nombre de ses intrigues. Mais l’un des éléments principaux de l’œuvre de la romancière réside dans les comptines, les « Nursery Rhymes » qui émaillent la plupart de ses romans, et issues de son enfance.

 

Agatha Christie a vu son univers littéraire rapidement adapté au théâtre, au cinéma, à la radio ainsi qu’à la télévision dans des séries devenues cultes et dont les visages des interprètes ont marqué d’une image indélébile leurs héros. Mais je m’en voudrais de clore cette chronique en ne mentionnant pas l’admirable et riche iconographie : Couvertures originales de livres, photos, reproductions de cartes postales, images extraites de films, affiches de films, dessins…

 

Sans oublier les règles d’une Murder Party, d’un jeu de l’oie et d’un quiz, ainsi que les titres des adaptations cinématographiques ou télévisées, et une bibliographie complète des premières éditions anglaises et françaises, mais également celle des principaux personnages qui gravitent dans l’univers christien. Un ouvrage remarquable qui donne incontestablement envie de lire ou relire ces romans qui pour quelques uns ont défrayé la chronique parce que dérogeant aux sacro saintes règles du roman policer qui étaient imposées à l’époque.

A lire Meurtre en Mésopotamie et autres chroniques sur le blog du Papou

 

Armelle LEROY & Laurent CHOLLET : Sur les traces d’Agatha Christie, un siècle de mystères. Editions Hors Collection (Novembre 2009). 168 pages. 32,50€.

Partager cet article
Repost0
18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 09:43

Vous les femmes, vous les femmes...

carly.jpg

Que n’a-t-on glosé sur Simenon et cette fameuse étiquette d’homme aux dix mille femmes. Etiquette flatteuse apposée peut-être avec jalousie par des envieux qui amalgamaient réalité et fiction. Car si la femme est présente dans l’existence de Simenon, c’est surtout dans son œuvre qu’elle prend son ampleur et que nous sont décrites ses plus belles figures, magnifiées au cinéma il est vrai.

 

Qu’elles soient de chair ou de papier les femmes auront toujours compté pour Simenon, quel que soit leur statut. D’abord la mère, la première femme de sa vie, mais pas forcément celle de son cœur, qui rappelle un peu la Folcoche de Vipère au poing d’Hervé Bazin. Femme de chair, Régine surnommée successivement Gigi puis Tigy, qui sera sa muse sans être présente dans l’œuvre littéraire de Simenon, sauf dans une scène de rupture narrée dans Maigret et le Marchand de vin. C’est Tigy qui l’incitera à quitter la Belgique et à s’installer à Paris en décembre 1922. Ils se marieront à Liège le 24 mars 1923. Simenon n’avait que vingt ans. Mais avant Tigy il connaitra charnellement Silvie, laquelle ayant un amant le fera profiter de son expérience. Et naturellement le double de Silvie se retrouvera sous le prénom de Sylvie dans de nombreux romans, dans les Maigret mais aussi dans les romans noirs ou gris qui composent l’autre partie de son œuvre. Mais encore auparavant, il découvrira la femme au travers des locataires qui habitaient la demeure familiale, Pauline qui dévoile volontiers sa poitrine, ou Lola. Le petit Georges a entre sept et dix ans. Comment voulez que dans ces conditions ses sens juvéniles ne s’échauffassent point ?

 

Ensuite il enchaine des liaisons passagères qui le marqueront et l’on retrouvera quelques célébrités de l’époque dont la troublante Joséphine Baker dans des romans signés Christian Brulls (Dolorosa) ou de Georges Sim (Chair de beauté). Du réel à la fiction il n’y avait qu’un pas ou plutôt qu’une machine à écrire que Simenon s’appropria avec gourmandise mais en même temps délivrance. Car pouvoir évacuer ses fantasmes fait partie du rôle primordial que s’accapare l’écrivain.

 

Simenon joue avec ses personnages, mettant en scène aussi bien femmes sages, qu’alcooliques ou amantes. La première de ces femmes de papier est naturellement Madame Maigret, qui vit dans l’ombre massive de son commissaire de mari. C’est une femme effacée, dont le rôle est de mijoter les petits plats préférés du commissaire, de le soigner lorsqu’il est malade, le plus souvent un gros rhume, et de participer à l’enquête en cours en l’écoutant. Si elle n’est que la face cachée du couple, parfois elle se trouve mise en avant, comme dans Le fou de Bergerac, et bien évidemment L’amie de madame Maigret. Contrairement à ses autres romans, certains gentiment coquins, la série des Maigret ne dévoile en rien de la sexualité du couple, Simenon établissant une barrière entre ses romans dits policiers et ses autres romans qu’il considérait comme littéraires.

 

Et justement dans cette autre partie de ses œuvres la femme prend une ampleur presque en trois dimensions. Si l’image de la veuve Couderc reste inexorablement liée à Simone Signoret, il ne faut pas oublier toutes celles qui parsèment l’œuvre de Simenon et par extension le catalogue cinématographique. Parmi celles qui retiennent l’attention je pourrais citer Betty, jeune femme alcoolique, bafouée par sa belle-fille qui la considère comme une putain. Et cette phrase pourrait être considérée comme l’un des leitmotivs des femmes de Simenon, que ce soit femme de chair ou de papier : « Etre femme, en somme, c’était subir, c’était être victime ».

 

Simenon, c’est également le regard d’un homme qui évolue au gré des ans, en même temps qu’évolue la société, et le rôle que la femme prend dans celle-ci. Pour recenser toutes les figures féminines parsemant l’œuvre simenonienne, pour analyser leur psychologie, les placer dans leur époque, confronter leur importance à celle des hommes, Michel Carly a passé dix ans de sa vie en recherches, en études, en exploration de lettres, d’archives, de documents rares, inédits, familiaux, en relisant, annotant, disséquant les romans de Simenon sous son patronyme mais aussi ses différents pseudonymes. Un travail de Bénédictin, d’archiviste, de passionné dont je ne vous ai livré qu’une minime partie. Mais je suis sûr que tout comme moi, après avoir dévoré cet ouvrage, vous aurez l’envie pressante de retrouver Simenon et de le lire, ou le relire, avec peut-être une vision différente de celle que vous aviez eu lors de précédentes lectures, de l’appréhender de façon plus réfléchie. De ne plus le considérer comme un simple auteur de romans populaires mais comme un auteur qui a su décrypter l’âme de la femme et en explorer tous les arcanes, sans être féroce, misogyne, mais sans se montrer non plus laudateur.


A lire également mon article sur Simenon et l'alcool.

 

Michel CARLY : Simenon et les femmes. Essai. Collection Carnets, éditions Omnibus. 19,30€.

Partager cet article
Repost0
17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 12:20

nouveaute.jpg

Les petites histoires honteuses de la grande Histoire.

dernier-coup-de-theatre.jpg

Entre Romain Delorme et Marion Moderel s’était établi une complicité et une amitié amoureuse qui avaient remis la jeune fille sur les bons rails de la vie. L’adolescence de Marion avait été une véritable existence de patachon, et elle avait goûté à la drogue et aux plaisirs charnels, le sexe du partenaire étant indifférent. Débordements qui avaient amené à la mort accidentelle de son père. Par l’entremise de son oncle, Marion est embauchée comme pigiste spécialisée dans la rubrique culture, à la rédaction d’un journal dont l’antenne locale est sise à La Rochelle. Et c’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Delorme, à la faveur d’un entretien pour le journal.

 

Delorme est auteur dramatique dont les deux premières pièces jouées dans des salles de la banlieue francilienne ont enregistré un succès auprès des spectateurs mais boudées par la critique. Sa troisième est un grand succès et il est devenu un auteur à l’avenir prometteur. C’est dans ce contexte qu’il rencontre Marion pour un entretien qui se termine par une fusion charnelle. Puis il repart vers la capitale non sans laisser ses coordonnées parisiennes à la jeune fille. Et c’est ainsi que Marion va s’installer dans la capitale et trouver peu après un travail auprès d’un hebdomadaire puis de fil en aiguille pour une chaine du câble. Avec Camille, une amie, elle veut réaliser un documentaire sur Delorme, mais il faut trouver du temps et de l’argent pour financer leur entreprise. Les pièces suivantes de Delorme ne sont que des bides (des pièces caustiques dans lesquelles il brocarde les partis politiques quels qu’ils soient) et il décide de couper les ponts puis de rejoindre la Riviera française, et retrouver les lieux de son enfance. Ils se retrouvent de temps à autre, ce n’est plus l’amour qui les relie mais une solide amitié. Quelques années plus tard, le 25 juin 2005 le corps de Romain Delorme est retrouvé sur le sable d’une petite plage. Il a été abattu d’une balle de revolver, et le suicide est à exclure.

 

Marion est obnubilé par son documentaire et elle prend un congé de maladie pour se rendre sur la Riviera, où elle va enquêter. Dans l’hôtel où elle se rend, afin d’assister aux obsèques de son ami, la réceptionniste lui remet une enveloppe qui lui est adressée. A l’intérieur de l’enveloppe, le carnet d’adresses de Romain, une carte postale avec au recto la reproduction d’un tableau de Nicolas de Staël lui signifiant que si elle veut réellement réaliser un film sur Romain elle doit retrouver la jeune file dont une photo est jointe. De même une réservation a été faite en son nom dans une pension. Alors elle s’attelle à la tâche, remontant le temps (l’enfance de Romain et les différentes aventures amoureuses ou autres qu’il a vécues) essayant de retrouver les personnes qui ont de près ou de loin connu Romain Delorme et surtout cette jeune fille, aux yeux verts, qui pourrait lui donner la clé de l’énigme, si énigme il y a. Pendant ce temps, la police enquête de son côté, mais ce n’est qu’anecdotique.

 

Ce roman est construit comme une ruche. La reine pourrait être Marion Moderel (au fait avez-vous remarqué que ce nom est l’anagramme de Romain Delorme ?), le bourdon Romain, et les abeilles, les petites ouvrières figurant les différents protagonistes qui gravitent dans cette histoire. Chacun d’eux vit dans une alvéole, mais parfois les parois sont poreuses, et selon les circonstances, ils se connaissent, se sont fréquentés, ont un point commun avec le défunt ou tout simplement ne l’ont que côtoyé.

 

Mais c’est surtout le prétexte pour Robert Deleuse de donner un coup de balai dans la fourmilière de l’Histoire qu’il dépoussière à grands coups de plumeau. Alors il établit une sorte de catalogue des affaires mises sous l’éteignoir, des fausses informations, des secrets honteux, que seuls ceux qui ont été (souvent à leur détriment) incriminés et ont subi. Cela va de la division Charlemagne aux différentes rafles de Juifs, des expatriés puis des dénaturalisés (Juifs originaires de pays étrangers ayant obtenus la naturalisation française) bien avant la trop célèbre rafle du Vel d’hiv en passant par ce ministre député de la Réunion (L’Amer Michel comme l’avait surnommé Le Canard enchaîné) qui a fait transféré des gamins de la périphérie des grandes villes de l’île (euphémisme pour désigner les bidonvilles) et les envoyer en familles d’accueil dans des département de la métropole (Creuse, Ariège…) où ils étaient la plupart du temps traités comme de jeunes esclaves par les paysans contents toutefois d’avoir à disposition des bras pour effectuer le travail de la terre, Clémenceau (dont l’ancien ministre et accessoirement philosophe Luc Ferry aurait préféré qu’un éloge lui soit rendu au lieu de celui destiné à son aïeul), les écoliers n’apprennent dans leurs manuels d’histoire qu’il fut surnommé le Père la Victoire, les recueils oubliant volontairement de préciser qu’il procéda aux exécutions de militaires rebelles durant la Grande Guerre ou qu’il commanda à l’armée de tirer sur les vignerons qui manifestaient, l’IRA et bien d’autres affaires qui ont secoué l’histoire de France (ou du monde).

 

Des personnages sont évoqués, dont l’identité est transparente, tel le maire Jacques Dauctor, (que ses opposants orthographiaient Dockor) et auquel on peut accoler le patronyme de Jacques Médecin dont l’appartenance politique houleuse et les nombreux délits commis l’obligèrent à quitter la France.

 

Mais tout ceci bien évidemment n’a pas été porté à la connaissance du plus grand nombre car Tu appréciais le journalisme, guère les journalistes dont le travail (tel qu’ils s’en vantaient) consistait avant tout à couvrirl’information, c’est-à-dire à obscurcir plus qu’à éclairer.

Un roman un peu fourre-tout dont les différents chapitres pourraient parfois ressembler à des documents, à des articles que des revues (courageuses) d’histoire pourraient publier. Cela en irritera certains, cela en fera réfléchir d’autres, selon que l’on aime connaître les dessous de certaines affaires politiques ou s’engoncer dans un confort sans vagues. Selon que l’on prenne ses divers témoignages pour argent comptant ou pour des rumeurs non fondées. Mais il existe un fond de vérité dans tout ce qu’écrit Robert Deleuse, seulement chacun sait que la mémoire peut se révéler capricieuse et certains faits se transformer au fil des ans, et des ajouts ou omissions de la part de ceux qui transportent ces récits enjoliver ou noircir le tableau.

 

Robert DELEUSE : Un dernier coup de théâtre. Editions du Cherche-Midi. 580 pages. 21€.

Partager cet article
Repost0
16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 13:00

archives

Pour être juste, autrement dit pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c'est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons. Charles Baudelaire.

 Maitres.jpg

Les guides, les dictionnaires, les études consacrées à la littérature policière ne sont pas légion (cet article a été écrit en juillet 1991, bien avant la parution du DILIPO de Claude Mesplède, dictionnaire auquel j’ai eu le plaisir de collaborer), peut-être parce que les lecteurs se contentent de lire un roman, cherchant quelques heures d’évasion et s’empressent bien souvent d’oublier le titre de l’œuvre et le nom de son auteur. Quoique depuis disons une bonne décennie et les fameux et regrettés Almanachs du Polar de Michel Lebrun, la tendance est à une fidélisation et à un intérêt certain pour tout ce qui touche la littérature policière en particulier, et la littérature populaire en général.

 

Les auteurs dits sérieux osent s’aventurer dans ce domaine souvent considéré comme bassement vulgaire, mercantile, exploitant les bas instincts de l’être humain. Et tous ces auteurs ne réussissent pas à écrire un vrai roman policier, ne produisant qu’une pâle copie. D’autres, devenus célèbres, ont entamé leur carrière en écrivant sous pseudonyme (Jacques Laurent, Pierre-Jean Rémy, Claude Brami, Edgard Faure…) et ne dédaignent point accrocher à leur blason un prix littéraire de bon goût, genre Prix Goncourt.

 

Les Maîtres du Roman Policier, dû au compétent et parfois subjectif et partial Robert Deleuse est une somme de travail à saluer bien bas, malgré quelques imperfections, quelques omissions, ce qui n’enlève en rien à la qualité de l’ouvrage, mais en souligne pour le rédacteur d’une telle étude à être objectif et complet. Subjectif et partial, deux défauts ou deux qualités selon que l’on apprécie ou non ses prises de position. Notamment sa diatribe envers James Ellroy : L’imaginaire d’Ellroy commence avec des fantasmes au ras des pâquerettes pour se finir dans une rancœur très ordinaire. Plus loin, Deleuse écrit : Pour l’heure, Ellroy n’est ni plus ni moins qu’un Gérard de Villiers attardé. Tout ce qu’on a condamné, hier, chez l’un, avec raison, on le loue aujourd’hui, chez l’autre, parce qu’il est Américain. Et évidemment ce genre de parti-pris a provoqué l’ire de quelques critiques qui encensent Ellroy mais au moins on ne peut accuser Deleuse de flagornerie. Parmi les grandes omissions citons Mildred Davis, pourtant une grande dame du suspense, publiée aussi bien à la Série Noire que dans la collection Intimité des Editions Mondiales, et souvent rééditée. Et quelques autres qui représentent des gouttes d’eau dans un océan de références.

 

De ADG, le plus assassiné de nos auteurs, à Jean-Claude Zylberstein, directeur de collection avisé, en passant par Balzac, Poe, Zola, Durrenmatt, Exbrayat, Delteil, Ellroy, Fajardie, Semionov, Michel Quint, etc. la planète polar est représentée sous ses faces les plus cachées, les plus secrètes, ou les plus célèbres et souvent méconnues.

 

Un ouvrage très précieux, pratique, facile à compulser, et malgré mes toutes petites réserves, indispensable à tout amateur éclairé ou qui désire l’être. 285 auteurs passés à la moulinette ou à l’encensoir, une bibliothèque de bas, de nombreuses références de dossiers, d’articles, enquêtes, une bibliographie, fanzines avec leurs adresses, une sommité qui devrait, comme tout bon dictionnaire qui se respecte, être amélioré, enrichi, complété au fil des ans. Un regret : le manque d’iconographie. A noter que, jusqu’à preuve du contraire, Robert Deleuse n’a pas eu recours à des collaborateurs pour rédiger son dictionnaire, ce qui explique peut-être les omissions, et donc qu’il assume seul ses prises de position tranchées.

 

Ce dictionnaire date de 1991 et n’a jamais connu de refonte. Alors pour vous le procurer, une seule solution : vous tourner vers les bouquinistes avertis.

 

Robert DELEUSE : Les Maîtres du Roman Policier. Collection Les Compacts N°24. Editions Bordas. Avril 1991. 254 pages.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables