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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 14:34

Attention au mal de l'air !


whale


En cette fin d’année 2065, la France et les autres états de la planète sont complètement exsangues économiquement. D’un côté, dans les villes, vivent des habitants retranchés sur eux-mêmes, se nourrissant chichement du produit des Fermes Urbaines, et du troc effectué par quelques téméraires. L’électricité est fournie par des générateurs alimentés à la force du mollet et des bonnes volontés qui pédalent sur de vieux vélos. L’argent n’existe plus, et pour acheter quoi ? Derrière les remparts érigés afin de canaliser toute tentative d’invasion survivent en bandes plus ou moins organisées les Hors-murs. Des meutes de chiens revenus à l’état sauvage traînent aux alentours.

Tom Costa est l’un de ces troqueurs. Il se déplace à bord d’un petit ULM antédiluvien, partant de Pontault, en Seine et Marne, pour se rendre à Meaux, Melun ou Coulommiers. Il en profite pour aller saluer, et plus si cela lui est possible, son amie San. Au retour d’une de ses missions, Tom tombe en panne alors qu’il est presque arrivé à Pontault. Il atterrit en catastrophe et son engin est définitivement hors service. Selon toute vraisemblance, le mécanicien lui a empli le réservoir avec du carburant frelaté. Il doit rejoindre sa base à pied et les embûches ne manquent pas. Il parvient à déjouer les pièges mais parvenu dans les faubourgs il est agressé et dévalisé.

Il ne se démoralise pas pour autant quoi que Rinaldo le maire de la commune et son fils Joao ne soient pas avares de reproches. Heureusement Tom retrouve avec plaisir ses amis Armand et Miki dit le Kid. Armand est un boulimique de livres-papiers, et il est comme un père pour Tom. Quant à Miki, c’est encore un gamin, presqu’un frère. Tom reporte son affection sur eux, car il a perdu son véritable frère il y a déjà quelques années. C’était un pilote émérite mais il n’a plus donné de ses nouvelles, peut-être parce qu’un malheur lui est arrivé.

Miki est comme tous les jeunes adolescents. Il aime jouer avec les gamins de son âge, ceux des bidonvilles environnants, pourtant des lieux malfamés. Un soir il n’est pas rentré à l’heure et Tom ainsi qu’Armand s’inquiètent. A l’aide de quelques bonnes volontés ils partent à sa recherche et selon toute vraisemblance Miki se serait égaré dans des tunnels qui auraient été construits, des décennies auparavant, pour le métro. Enfin, persévérant et ne voulant pas croire à la disparition prématurée de son jeune ami, Tom parvient à localiser Miki. Dans l’espèce de grotte où il est réfugié Miki a trouvé des vieilles cantines contenant des aliments lyophilisés ainsi que des armes. Tom ramène Miki à la surface mais seul Armand est mis au courant de cette découverte qui pourrait alimenter les convoitises et provoquer des émeutes.

Un vieil ULM est restauré de bric et de broc, baptisé Canard Boiteux, car une nouvelle mission attend Tom. Des Noirs ont été aperçus bivouaquant dans la forêt proche provoquant un début de panique. Les Noirs sont des guerriers en provenance du Nord et s’ils sont surnommés ainsi c’est à cause de leur apparence vestimentaire, de leurs uniformes noirs élaborés. Une invasion qui met en émoi toutes les petites villes de Seine et Marne : Pontault, Meaux, Melun, Coulommiers. Certaines de ces cités possèdent des appareils volants, en mauvais état, et Tom est chargé de recruter et former des pilotes et des mécaniciens. Après des réparations de fortune la grande aventure commence et les péripéties, retournements de situations, attaques diverses font florès.

Roman d’anticipation et d’aventures, Les étoiles s’en balancent ne peut laisser indifférent car au-delà de la fiction, se posent quelques questions aux lecteurs. En effet chaque chapitre, ou presque, est précédé d’extraits de dépêches issues de support divers et relatant des événements qui se sont déroulés à la fin des années 2030 début 2040. Tout est lié aux débordements capitalistes, l’argent-roi gère le monde et le recensement chiffré des pauvres explose. Petit exemple :

L’état en faillite n’est plus en mesure de verser les retraites. Les fonds de pension privés s’effondrent faute de cotisants. Nos vieux se suicident, se clochardisent. Certains en arrivent à des extrémités regrettables, comme le braquage !... Les forces de l’ordre, déjà vidées de leur substance par les plans d’austérités successifs, sont au bord de la suffocation. Les fonctionnaires, ne touchant plus leur salaire, certains commencent à louer leurs services aux agences privées…

Bien évidemment ceci n’est qu’une fiction, une anticipation dans un contexte économique qui entre en déliquescence, mais si ce problème n’est qu’évoqué dans le roman, il en est le ressort principal. Il est à l’origine d’un très bon roman d’aventures, vivantes, alertes, et par certains moments j’ai cru plonger dans des péripéties aériennes à la Biggles du Captain W.E. Johns dans un univers médiéval. Mais ce n’était qu’une impression, car l’univers de Laurent Whale lui appartient en propre. Et il serait bien évidemment exclu de rapprocher l’origine de cette aventure à ce qui se déroule de nos jours.

 


Laurent WHALE : Les étoiles s’en balancent. Editions Critic, collection Trésors de la Rivière Blanche. (Réédition de Collection Blanche N° 2081 ; Rivière Blanche). 23,90€.

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 14:20

Cayley belle, mais qu’elle est pauvre !

 

cayley01-copie-1.jpg

Après de brillantes études à Cambridge, en la fameuse école de Girton, Lois Cayley se trouve fort dépourvue à cause de l’incompétence financière de son beau-père qui a dilapidé la petite fortune familiale pour régler des dettes de jeu. Alors, tout naturellement elle décide, afin de se remettre à flot, de visiter le monde. De devenir une aventurière, ce qui dénote de sa part un esprit d’entreprise et une combativité à toute épreuve, les femmes étant en cette fin de XIXème siècle plutôt reléguées dans l’intimité des boudoirs, des cuisines, et des placards à balais.

Elle s’ouvre de sa décision à Elsie Pretheridge, son amie qui l’héberge et qui pensait à tort que sa vocation se trouvait dans l’enseignement. Afin de mieux réfléchir à son avenir et comment réaliser cette envie, elle se rend dans le parc de Kensington, celui-là même qui vit naître Peter Pan quelques années plus tard. Donc Lois ne subit pas l’influence du garçon qui ne voulait pas grandir, au contraire, elle veut s’affirmer seule comme une grande fille.

Installée sur un banc, elle surprend la conversation entre deux dames et s’immisce dans la discussion. D’autant que le sujet abordé par les deux vieilles dames, enfin par celle qui monopolise la parole, intéresse fortement Lois Cayley. En effet, la Vieille Dame acariâtre, comme sera surnommée Lady Georgina Fawley par Lois en son for intérieur, doit se rendre à Schlangenbad, une ville d’eau allemande, et il lui faut trouver une accompagnatrice, une sorte de gouvernante. Et cette Vieille Dame acariâtre possède des idées préconçues sur les capacités d’une petite bonne anglaise recrutée pour l’occasion ou d’une gretchen qui ne serait disponible qu’une fois effectuée la traversée de la Manche. De plus Lady Georgina emporte avec elle un coffret à bijoux et il lui faut trouver une personne de toute confiance. Lois doit démontrer que grâce à sa parfaite maîtrise de la langue teutonne, elle est la personne adéquate pour accompagner la Vieille Dame acariâtre. Et heureux hasard ou circonstance favorable, Lady Georgina a fort bien connu le père de Lois lorsqu’il était militaire.

Dans le train qui conduit les deux femmes à Douvres, elles font la connaissance d’un gentleman qui répond au nom de Comte de Laroche-sur-Loiret. L’intuition de Lois lui souffle qu’elle doit se méfier de ce personnage. Et en effet, en gare de Malines, elle parvient à déjouer les intentions malhonnêtes de cet individu qui lorgne sur le coffret à bijoux de Lady Georgina.

L’installation à Schlangenbad se déroule sans problème majeur, sauf que Lois est interloquée par le manège d’un personnage qui semble se cacher. Il s’agit tout bonnement du neveu de Lady Georgina, Harold. Le courant alternatif passe rapidement entre les deux jeunes gens, un coup dans le cœur de l’un, un coup dans le cœur de l’autre, un mouvement perpétuel que Lois refuse pour la bonne raison qu’elle est pauvre et qu’il est riche. Alors elle décide de rompre les ponts avant même que les plans de ceux-ci soient ébauchés et de repartir à l’aventure, ce qui était, je le rappelle, son idée première.

Elle s’installe à Francfort, et loue une bicyclette afin d’explorer les environs. Elle fait la connaissance d’un homme d’affaires américain qui lui propose d’utiliser ses talents de bicyclettiste afin de promouvoir un vélocipède révolutionnaire dont le système d’entraînement est animé par un excentrique. Ce qui permet à Lois de doubler en montagne et sans effort apparent, les adeptes de la petite reine. Elle gagne une course organisée par l’inventeur, Cyrus W. Hitchcock, et devient sa commissionnaire. Pour chaque vélo vendu elle perçoit le quart du prix de vente sous forme de commission, ce qui n’est pas encore la fortune, mais un bon début.

Elsie, son amie qui est malade des bronches, la rejoint mais le climat n’est pas assez chaud alors s’effectue un nouveau déménagement. Direction l’Italie. Elles s’installent à Florence et afin de subsister elles ouvrent une échoppe d’écrivain public. Lois va taper à la machine et Elsie prendre les notes des éventuels clients en sténo. Hélas, les clients ne se pressent pas pour ouvrir la porte de l’officine. Au bout de deux semaines enfin un client se présente et Lois est gênée car non seulement il appartient à la famille de Lady Georgina mais de plus il veut rédiger son testament. La santé d’Elsie est encore fragile et réclame un climat plus chaud. Direction l’Egypte où Lois connaitra de nouvelles aventures palpitantes, puis l’Inde où elle démontrera qu’un tigre mangeur d’hommes ne lui fait pas peur. Son tour du monde n’est pas tout à fait terminé…

Mais son périple ne lui fait pas perdre de vue et de pensée Harold, toujours aussi empressé et aussi amoureux, mais le pauvre est trop riche aux yeux de Lois. Deux aigrefins, dont le comte de Laroche-sur-Loiret, qui multiplie les identités, la harcèlent et s’ingénient à imaginer diverses escroqueries en tout genre dont une captation d’héritage. Et ça, Lois ne l’admet pas, même si cela pourrait l’amener à réviser sa position envers Harold.

 

Dans ce roman qui fleure bon la fin du XIXème siècle, le roman feuilleton et l’humour ironique et mordant parfois, Allen Grant accumule les coïncidences afin de mieux mettre en évidence les traits de caractère de chacun des protagonistes. Lady Georgina par exemple incarne la référence universelle de la parfaite mauvaise foi. Lois Cayley est jeune, ambitieuse mais pauvre à cause de l’addiction de son beau-père au jeu. Elle décide donc de faire le tour du monde afin de devenir riche, en plus de connaitre des aventures palpitantes. Et ce thème du voyage était fort en vogue à l’époque. On pense naturellement aux romans de Jules Verne, Cinq semaines en ballon par exemple qui date de 1863 ou du Tour du monde en quatre-vingts jours qui a été publié en 1873. Mais Les aventures de Miss Cayley est plus à rapprocher des Cinq sous de Lavarède qui lui date de 1894 et signé Paul d’Ivoi et Léon Chabrillat.

 

Les lecteurs bien-pensants seront peut-être choqués par certains propos qu’ils estimeront xénophobes et chauvins, alors qu’il faut prendre ces assertions, ces déclarations édictées notamment par Lady Georgina ou le Comte de Laroche-sur Loiret (ou quel que soit le patronyme qu’il utilise) au second degré. Pas de leur part, mais de celle de l’auteur qui justement dénonce cette façon d’exprimer des sentiments racistes. Mais la bêtise des gens ne s’arrête pas là. A la frontière autrichienne les bagages de Lois sont retenus parce qu’ils comportent des pamphlets révolutionnaires. En réalité ces ouvrages ne sont que des manuels d’astronomie intitulés La Révolution des corps célestes. Comme quoi la liberté tient à peu de chose et à de mauvaises interprétations. Mais de nos jours, cela ne se passe plus ainsi… c’est pire dans certaines régions du monde.

Un roman plaisant à lire, un peu désuet peut-être, tout comme peuvent l’être les ouvrages de cette époque qui déjà dénonçaient sans les diatribes virulentes actuelles quelques faits de société, mais avec élégance.


Grant ALLEN : Les aventures de Miss Cayley (Miss Cayley’s adventures – 1899. Traduction de Jean-Daniel Brèque). Collection Baskerville N°9, éditions Rivière Blanche. 272 pages. 20€.

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 08:58

Il ne fallait pas le louper celui-là !

 

dernier-taxi.jpg


Chauffeur de radio-taxi parisien, Caroline élève seule Catherine sa petite fille de cinq ans. En ce jour de décembre, comme à son habitude, elle conduit sa fillette à l’école, puis se rend au garage où elle assure les remplacements de ses collègues en congés. Alors que sa journée est terminée et qu’elle rentre de l’aéroport d’Orly, elle charge ses deux derniers clients : une mère conduisant son gamin dans une clinique pour y subir une opération de l’appendicite. Arrivée sur place, la mère indécise sur l’adresse exacte de l’établissement, confie Pierrot à Caroline et quitte le taxi afin de se renseigner. C’est le moment que choisit Paul Fougère, dit Pierrot le tueur, qui vient de s’évader de la prison de la Santé toute proche, pour s’engouffrer dans le véhicule. Un couteau sur la gorge de Pierrot, il ordonne à Caroline de le conduire en pleine campagne. Comme elle tente de se rebeller, il la blesse à l’épaule. Au cours du trajet le taxi s’embourbe dans un chemin. En voulant prendre une torche dans son coffre, Caroline glisse dans la boue et le tueur en profite pour la violer. Elle parvient néanmoins à échapper à son tortionnaire et roule en marche arrière tout en calant son combiné radio en position émetteur. Elle a le temps de donner quelques renseignements à la standardiste des radio-taxis afin que l’on puisse localiser sa position avant que le véhicule dérape et heurte le talus. La jeune femme tente de fuir dans les bois mais elle est vite rejointe par le kidnappeur.


Cependant Pierrot, qui s’était endormi, se retrouve seul dans le taxi. Croyant que le micro ne fonctionne pas il l’arrache afin de s’en servir comme d’une arme dérisoire. Il ignore que les policiers alertés essayent de déterminer l’endroit où ils se trouvent, guidés par le signal sonore émis par l’appareil. Grâce au concours d’un collègue de la jeune femme qui connait la région, ils arrivent néanmoins à situer plus ou moins leur position. Pierrot quitte le taxi et s’enfonce dans la nuit. Soudain, il ressent une violente douleur dans l’abdomen et s’évanouit sur le bord de la route. Une jeune fille rentrant chez elle à vélo aperçoit le corps et fait retourne sur ses pas afin de prévenir les gendarmes. Paul Fougère, furieux, fait croire que le garçon s’est surement perdu dans les marais voisins. Il redresse l’aile du véhicule, tordue lors de la collision, et le taxi peut effectuer un demi-tour. Revenus sur la départementale, ils trouvent le corps inanimé de Pierrot. Fougère décide de le prendre à bord puis casse froidement le bras de la conductrice qu’il ne juge pas assez docile à son goût. Fougère retourne ensuite dans le sous-bois avec son otage afin de récupérer un magot caché quelques années auparavant au pied d’un chêne et provenant d’un hold-up pour lequel il a été condamné.


Pierrot va-t-il succomber à une péritonite ? Fougère va-t-il retrouver l’argent enfoui, ou son complice sera-t-il passé avant lui ? Catherine va-t-elle sortir indemne de cette nuit de cauchemar, et si oui comment ? Autant de questions que le lecteur est en droit de se poser, arrivé à cette partie du récit. Car, nonobstant quelques petites incohérences au début du roman – comme le fait que l’évadé soit en possession d’un couteau de provenance inconnue, ou que la mère de Pierrot, habitant entre Orly et Villejuif, conduise son enfant en proie à une crise d’appendicite aigüe menaçant de se transformer en péritonite à Paris – ce roman est empreint d’une angoisse sourde tenant en haleine le lecteur. De l’angoisse purement rationnelle car aucun élément de surnaturel ou de fantastique à proprement dit n’est intégré dans le récit.

André Caroff use, pour faire monter la pression, de stratagèmes qui aujourd’hui semblent éculés mais qui sont directement issus du roman feuilleton et du roman populaire, comme d’annoncer avec une certaine emphase les événements à venir. Il écrit ainsi page 12 : « tout cela était d’une banalité mortelle, mais lorsqu’elle pensa cela, Caroline Bertrand ne savait pas encore qu’une aventure terrible la guettait derrière la brume de ce jour de décembre », ou encore page 65 « A cet instant précis Caroline sut qu’elle le tuerait ».


A part quelques scènes qui préfigurent ce qui deviendra quelques années plus tard le roman Gore, ou quelques descriptions inquiétantes dont la teneur visuelle se résume en quelques lignes, tout le roman est basé sur l’angoisse ressentie par les protagonistes face à un être obtus et violent.

André Caroff qui lui-même a exercé le métier de chauffeur de taxi, a probablement écrit ce roman à la demande d’Eugène Moineau, alors responsable du service communication au sein du Fleuve Noir. Le lecteur qui était adolescent à l’époque de la parution du livre – c'est-à-dire au début des années 60 – retrouvera un environnement familier et sera plus en osmose avec l’histoire que celui qui est né dans les années 80. Les moyens de transports et de communications qui jouent évidemment un rôle primordial dans ce récit, n’étaient pas aussi évolués et performants qu’aujourd’hui, quoi que avec les plateformes téléphoniques les mises en relations sont actuellement plus longues qu’auparavant malgré le fameux sketch du 22 à Asnières et les moqueries faciles sur les demoiselles du téléphone.


A lire mon portrait d'André Caroff  .


André CAROFF : Le dernier taxi. Collection ANGOISSE n° 80. Editions Fleuve Noir.

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 17:17

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De son vrai nom André Carpouzis, André Caroff est né le 28/02/1924 à Paris 6ème, et décédé le 13/03/2009 Paris). Autres pseudos : Daïb Flash, Rod Garraway, et Daniel Aubry pour des nouvelles publiées dans Nous Deux, Daniel Thomas pour des téléfilms, Ram Storga. Aurait écrit aussi quelques romans sous les noms maison de Paul Vence et d’Alexandre Scorgia.

Ses parents, père grec et mère auvergnate d’ascendance bretonne, d’où le pseudonyme de Caroff, furent des artistes de music-hall. Sa mère notamment dansait dans la cage aux lions, puis avec un serpent. Elle a également signé des romans d’angoisse et policiers sous le pseudo de José Michel. Les études d’André Caroff furent interrompues en 1939 par la mort de son père et le début de la Seconde Guerre mondiale. Il exerce un nombre incalculable de petits métiers : « regommeur » de pneus, peintre, décorateur, cloueur, nickeleur, estafette cycliste pour la défense passive, garçon cycliste en pharmacie, O.S. en menuiserie, détective privé. Il se marie en 1942, à l’âge de dix-huit ans, et monte un numéro de claquettes avec sa femme. Ensuite il devient régisseur de tournée et s’engage dans l’armée en 1945.

Rendu à la vie civile quelques mois plus tard, Caroff est engagé en tant que boy chantant et dansant au théâtre Mogador pour No No Nanette, fait simultanément de la radio et du cinéma de complément. Les contrats devenant rares il se retrouve des lueurs de la rampe à celles des forges à l’usine Citroën. Puis il est embauché chez Larousse comme emballeur, devient préparateur et abandonne cette place de peu d’avenir pour vendre des cravates sur les marchés de Paris et sa banlieue. De nouveau c’est l’échec et il est engagé en tant que garçon de courses à la légation de Birmanie. Le soir il joue dans Rêve de valse et Violettes impériales. En 1952 il est représentant dans une société d’organisation de bureau, mais il gagne peu et double sa paie en devenant parallèlement agent d’assurances. En 1954 une bonne place dans la représentation lui est offerte et il accède rapidement au grade de directeur commercial. Mais c’est le bagne et il plaque sa place pour celle de chauffeur de taxi, afin d’avoir le temps d’écrire et l’espoir de vivre libre un jour.

Des travaux forcés qui durent cinq ans : dix heures de taxi et quatre heures par jour devant la machine à écrire. Trois de ses manuscrits sont refusés. Epuisés, découragé, Caroff s’offre une dépression nerveuse et se repose six mois au Bazar de l’Hôtel de Ville comme second de rayon. Sa fille Catherine est née en 1956 et il n’est plus question de lézarder. En septembre 1960 il est enfin édité par le Fleuve Noir.

Françoise, sa seconde fille, naît en 1962. André Caroff est toujours chauffeur de taxi mais également écrivain. En 1965, enfin, il pourra vivre de sa plume. Il quitte Paris pour vivre à Annecy, où il deviendra président d’un club d’échec. Son abondante production couvre tous les domaines : aussi bien policier qu’espionnage, en passant par les romans d’angoisse ou d’anticipation. Certains de ses romans seront adaptés en bande dessinées chez Arédit/Artima, principalement ceux édités dans la collection Angoisse, avec comme personnage principal la fameuse et sinistre Madame Atomos. Dans la collection Espionnage, c’est Paul Bonder et Natacha Stratof qui tiennent les commandes. Caroff, comme la plupart des auteurs de romans d’espionnage, joue sur caroff3.jpgdes évènements sensés pouvoir se produire un jour : dans Bonder riposte, l’agent secret est chargé de démasquer un réseau arabe qui commet des crimes aux USA. A noter qu’en quatrième de couverture, André Caroff est représenté debout, en costume noir, tenant un revolver contre son visage et à ses côtés une jeune femme. Une photo très bondienne et le bnom de son héros pourrait donc être une référence à James Bond.

Le Battant (S.P. n° 1066) a été adapté au cinéma par et avec Alain Delon, François Périer, Anne Parillaud, Pierre Mondy. Outre les nouvelles parues dans Nous Deux, André Caroff a écrit des contes pour le Parisien Libéré et des énigmes pour Marius ainsi que 14 scénarii de téléfilm réalisés par Abder Isker dans la série Drôles d’histoires.

 

 

 

Angoisse : Hallucinations (73) ; La Barracuda (75) ; Névrose (77) ; caroff7.jpgLe dernier taxi (80) ; Clameurs (83) ; Le sang du cactus (88) ; Griffe de mort (94) ; Le médium (96) ; L'heure des morts (103) ; L'oiseau de malheur (104) ; Cruauté mentale (106) ; La sinistre Madame Atomos (109) ; Madame Atomos sème la terreur (115) ; Madame Atomos frappe à la tête (120) ; Miss Atomos (124) ; Miss Atomos contre KKK (130) ; Le retour de Madame Atomos (134) ; L'erreur de Madame Atomos (136) ; Madame Atomos prolonge la vie (140) ; Les montres de Madame Atomos (143) ; Madame Atomos crache des flammes (146) ; Madame Atomos croque le marmot (147) ; La ténébreuse Madame Atomos (152) ; Madame Atomos change de peau (156) ; Madame Atomos fait du charme (160) ; L’empreinte de Madame Atomos (169) ; Madame Atomos jette un froid (173) ; Madame Atomos cherche la petite bête (177) ; La nuit du monstre (192).


caroff2.jpgAnticipation : Le rideau de brume (457) ; La guerre des Nosiars (489) ; Les êtres du néant (513) ; La planète infernale (529) Ceux des ténèbres (553) ; L'exilé d'Akros (567) ; Le bagne de Rostos (613) ; Electronic man (833) ; Rhésus Y-2 (850) ; Les combattants de Serkos (872) ; Les sphères attaquent (950) ; Bactéries 3000 (956) ; Rod, combattant du futur (962) ; Rod, menace sur Oxima (974) : Rod, patrouille de l'espace (1026) ; Rod, Vacuum 02 (1035) ; Un autre monde (1105) ; Captif du temps (1117) ; Métal en fusion (1147) ; Terreur psy (1167) ; Le piège des sables (1175) ; L'oiseau dans le ciment (1203) ; Elimination (1237) ; Ordinator-Labyrinthus (1245) ; Simulations (1250) ; Deux pas dans le soleil (1309) ; Ordinator-Macchabées (1327) ; Ordinator-Phantastikos (1342) ; Ordinator-Erôtikos (1361) ; Ordinator-Criminalis (1378) ; Ordinator-Ocularis (1396) ; Ordinator-Craignos (1404) ; Ordinator-Rapidos (1418).


Espionnage : Visa pour Formose (529) ; Opération canal 2 (548) ;caroff.jpg Le guêpier de Genève (584) ; Un porte-clefs pour Tokyo (624) ; Le camp du serpent (651) ; Réseau contamination (680) ; Candidats à la mort (724) ; Banquet des espions (734) ; Objectif: “Elimination” (766) ; Secteur 444 (791) ; Compartiment 820 (843) ; Coulez le “Kashii Maru”! (851) ; Incognito, Mr Bonder? (885) ; Les heures sombres de Bonder (907) ; Go home, Bonder (925) ; Bonder casse la baraque (962) ; Bonder plombe le pigeon (976) ; Bonder passe au cusi (993) ; Bonder grille le stop (1017) ; Bonder en filigrane (1046) ; Bonder en solo (1067) ; Bonder et le blé chinois (1073) ; Bonder super-tueur (1110) ; Bonder et ses loups (1139) ; Bonder lève le rideau (1141) ; Bonder dénude la Madone (1149) ; Bonder en duplex (1173) ; Bonderscopie (1181) ; Bonder and Co (1206) ; Bonder crève l'écran (1225) ; Bonder riposte (1249) ; Bonder “Opération-Magie” (1258) ; Bonder et la Marie-salope (1267) ; Bonder contre Dr Astro (1292) ; Bonder “Mach 3” (1316) ; Bonder bondérise l'éclopé (1340) ; Bonder mission suicide (1357) ; Bonder et la poupée russe (1380) ; Bonder connexion 12 (1393) ; Bonder recolle les morceaux (1407) ; Bonder en péril (1430) ; Bonder dans l'engrenage (1451) ; Bonder stade zombi IV (1464) ; Les carnassiers (1473) ; Bonder top-niveau (1487) ; La technique du citron (1502) ; Merci les amis (1540) ; Bonder donne l'estocade (1544) ; Six jours de survie (1549) ; Nous savons des choses que vous ignorez (1575) ; Vous devez garder le secret (1590) ; Hier un espion est mort assassiné (1608) ; Citoyens dormez en paix tout est tranquille (1620) ; Opération homo (1633à ; Vous aurez un passeport pour Caracas (1639) ; La loi des dominos (1658) ; Préparez-vous à mourir brutalement (1680) ; La politique du crabe (1703) ; Mettez toutes les chances de votre côté (1713) ; La roue de l'écureuil (1718) ; Vous finirez comme Chung Hsin Chau (1735) ; Le complexe du lapin (1779) ; Ces chiens qui hurlent la nuit (1782) ; Nous allons limiter notre espérance de vie (1793) ; Forcing (1803) ; Terroristes (1819) ; Raptus (1823) ; Cibles (1835) ; Rapaces (1844).


Grands Romans : Les Prisonniers.


Spécial Police : L'incroyable Monsieur Beachet (324) ; caroff4.jpgLa bouche d'égout (340) ; L'embuscade (363) ; Les associés (378) ; Mort d'un libraire (395) ; Des gants pour la peau (420) ; Les insurgés (437) ; Quatre dames dans un filet (447) ; Les sournoises (464) ; Meurtres en commun (480) ; De face et de profil (513) ; L'homme qui cherchait son passé (537) ; Mort imminente (555) ; Le rendez-vous d'Annecy (578) ; Histoire de tuer (598) ; Le rat de Rio (646) ; Traquenard à Syracuse (672) ; Conduite forcée (677) ; Pour 500.000 dollars (695) ; La condamnée de Gardena (710) ; Au rendez-vous des petites heures (730) ; La Douloureuse (741) ; La mort a ses raisons (768) ; La grande castagne (799) ; Signes particuliers (831) ; Fifty fifty, Jerry ? (873) ; La gamberge (898) ; Roméo et Jerry (917) ; N'arrête pas la musique (943) ; Pour l'honneur du mitan (961) ; Les Yeux de la tête (973) ;      Touche pas à la fillette (1016) ; Les Mitrailleurs (1034) ; La Frime (1051) ; Le Battant (1066) ; Le Frangin (1094) ; Un certain Giorgio (1116) ; En mâchant mon pop-corn... (1333) ; En suivant la piste (1357) ; Te laisse pas abattre (1390) ; Mort pour mort (1439) ; Sans autre forme de procès (1519) ; Une cible dans le dos (1560) ; Opération Bégonia (1624) ; Le Battant (1780, rééd. de 1066).


Sous le pseudo de Daïb Flash : Flash sur Rome (31) ; caroff10.jpgFlash sur Berlin (35) ; Flash sur Londres (36) ; Flash sur Paris (40) ; Flash sur Amsterdam (44) ; Flash sur Luxembourg (47) ; Flash et la panthère rose (50) ; Flash sur Dublin (55) ; Flash au cœur (59) ; Flash sur Bruxelles (65) ; Flash sur Fugu (67) ; Flash otages (71) ; Flash caracoles (73) ; Flash et les femmes battues (76) ; Flash et ceux qui craquent (83).

Autres publications : sous le pseudo de Rod Garaway : Du sang dans le soleil (Force KNACK, 1. Hunter/Edimail) ; Baroudeurs-kangourous (3) ; Mambo-Traquenard (6). Sous le pseudo de Ram Storga : Vihila, la planète de la débauche (Le Python, collection Erotic fiction 3). 

 

 

Ce portrait a été réalisé grâce à une correspondance avec l’auteur.

La série des Madame Atomos a été rééditée aux éditions Rivière Blanche.

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Et vous pouvez découvrir quelques lectures d'André Caroff sur le blog de Claude Le Nocher : Action Suspense.

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 12:04

Fermez les portières, attention au départ !

Et encore plus à l’arrivée !

 

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François, professeur de géopolitique et stratégie internationale, est chargé de donner une conférence en Zoldavie, et accessoirement effectuer une mission plus officieuse, transmettre des documents à une entreprise. Son wagon-couchettes est en queue de rame et son compartiment accueille deux autres voyageurs dont une jeune femme rousse placée face à lui. Son sommeil est rythmé au gré des arrêts.

Alors que le train traverse le territoire de la Zoldavie, peu à peu celui-ci décélère et bientôt s’immobilise en pleine campagne. Les dix-huit voyageurs présents dans la voiture se posent nombre de questions, jusqu’au petit jour, moment où l’un d’eux s’aperçoit que le reste du train a continué sa route. Le wagon s’est décroché et les supputations vont train, justement. Accident, sabotage ?

Afin que la panique ne s’installe pas, Albert, l’un des voyageurs, prend la situation en main, répartissant ces nouveaux Robinson deux par compartiments. François et Violette, qui est chanteuse de rock et investie d’une mission pour les Beaux-arts vont cohabiter. Alors qu’Albert collecte les vivres afin de mieux les répartir, on ne sait jamais combien de temps cette galère peut durer, deux avions de chasse, à l’identité indéterminée, survolent le wagon. L’espoir se profile, mais au bout de quelques heures, il faut bien se rendre à l’évidence, personne ne s’occupe de leur sort. D’autant que les communications tentées par portables ne passent pas. Albert occupe les voyageurs comme il peut.

Cinq d’entre eux se proposent de rejoindre à pied la gare la plus proche. Entre temps François, marié mais dont la femme est restée chez eux, et est dépressive depuis la mort de leur unique enfant, et Violette se procurent des moments de complicité qui débouchent sur des relations charnelles.

 

Dans ce quasi huis clos savamment concocté par Jean-Bernard Pouy, le lecteur devient passager de ce wagon immobilisé en pleine campagne et participe à ces pics d’espoir et aux moments de déprime engendrés par des évènements extérieurs qui se concrétisent comme des mirages. Fausses joies et vrais découragements s’alternent jusqu’au dénouement, véritable pied de nez auquel le lecteur ne peut s’attendre. Quoique, venant de Pouy, on peut justement s’attendre à tout, et c’est bien là l’une de ses forces et de ses charmes (littérairement parlant, bien entendu !).


Jean-Bernard Pouy : Train perdu, wagon mort. (Réédition de Collection Rail Noir n° 3. La Vie du Rail - 2003). Editions Point Roman Noir ; septembre 2009. 6,10€.

 

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 07:19

mascarades

Composé de plusieurs tendances, l’ETA ou Euskadi Ta Azkatazuna, ce qui signifie Pays Basque et liberté, oscille entre guerre contre l’Espagne avec actes de terrorisme et désir de paix en privilégiant toutefois l’indépendance. Mikel, libraire de profession, penche pour la seconde position. Mais si le GAL, groupe antiterroriste de libération, officiellement dissolu en 1987 et composé de truands à la solde de la police espagnole, est toujours actif, les assassinats perpétrés envers des membres influents de l’ETA ne lui sont pas forcément imputables.

Alors des Rapaces qui veulent éliminer les colombes de la Paix ? L’hypothèse est séduisante, mais dans ce cas il y aurait lieu de supposer des trahisons au sein même du groupe. Seulement ces meurtres, parfois exécutés en public, ne sont pas perpétrés par des hommes cagoulés, comme on pourrait le penser, mais par des mascarades, des personnages masqués issus du folklore basque. Le Zako Zahara, sorte de sac empli de paille ; le Momotxorro, déguisement réputé, exhibé lors des fêtes basques de février et sensé représenter un animal revêtu d’une peau de mouton un panier d’osier surmonté de cornes de taureau servant de couvre-chef ; l’Ehiztarbeltz, ou chasseur noir se déplaçant à cheval, ou encore le Zegen, un taureau noir particulièrement agressif. Seulement ces effigies emblématiques n’abritent pas des êtres humains.

Ces représentations sont vides et en même temps meurtrières, comme animées par des maléfices. Des assassinats perpétrés de façon atroce, inhumaine si l’on peut dire, comme si des zombies commettaient ces barbaries sans état d’âme. A l’origine de ces événements tragiques, l’arrestation de Indiar, l’un des dirigeants de l’ETA le plus recherché et présumé terroriste.

Pour Mikel, qui recherche sur de vieux incunables les origines des mascarades, la surprise va grandissante, tandis que ses amis ou supposés tels, servent de cible. Et que représentent ces personnages qui s’immiscent dans le décor : Bergara l’impulsif et trublion lors de réunions publiques appelant à une guerre sans merci ou encore cette jeune femme, inconnue au bataillon, qui connait son nom de code au sein de l’ETA. Et planent sur cette histoire l’ombre de Charlemagne, de Roland et du défilé de Roncevaux, page héroïque de l’histoire de France et surtout du Pays Basque, un épisode gagnant attribué à tort, selon l’auteur, aux Sarrazins.

 

Avec ce roman Philippe Ward nous propose une autre vision du Pays Basque et de sa recherche d’identité. L’ETA n’est pas uniquement le groupement d’activistes réactionnaires que veulent bien nous présenter les médias, journaux, radios et télévisions, de terroristes assoiffés de sang. La branche décidée à entamer des négociations de paix est occultée, ce n’est pas assez sensationnel, tandis que les arrestations de soi-disant chefs font les gros titres. Il est vrai que cela alimente la popularité de ministres calfeutrés dans leurs bureaux loin de la réalité du terrain, et conforte dans leurs idées préconçues les lecteurs. Et comme le fait si bien remarquer Philippe Ward via la réflexion d’un des protagonistes : « Mikel qui était épris de justice, s’était toujours demandé pourquoi on ne séparait pas les Corses les uns des autres par exemple. Eux qui tenaient les prisons en constituant de véritables gangs. D’autant que le nombre d’homicides sur l’île était sans aucune commune mesure supérieur à ceux commis pour la cause basque sur le sol français… Et qu’ils défiaient ouvertement la République, jusqu’à tuer un préfet, ce que ne faisaient pas les Basques du côté français. Et comment se faisait-il aussi que la police, même aidée de l’armée, ne trouvait jamais les Corses qui n’avaient qu’une île pour se cacher, quand on trouvait les Basques où qu’ils soient dans l’hexagone ? Il doit y avoir davantage de Corses que de Basques dans la police et dans la politique, concluait cyniquement Mikel, en trouvant la force d’en sourire ». Je suis tout à fait d’accord avec Philippe Ward, en émettant toutefois une réserve : il n’a jamais été prouvé formellement que le préfet ait été assassiné par un Corse, alors que l’incendie des paillotes était apparemment le fait de certains policiers, mais ceci est une autre histoire.

 


Philippe WARD : Mascarades. Aïtamatxi Editions. Novembre 2009. 320 pages. 17€.

 

challenge régions

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 13:49

Il faut toujours se fier à son instinct !

 

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Peut-être vous souvenez-vous de Sacha Distel interprétant en 1959 cette chanson qui avait pour titre : Oh quelle nuit! Les protagonistes qui évoluent dans ce roman pourraient en dire autant, sauf que s’ils sont groggy, ce n’est pas à cause de quelques fines à l’eau, de whisky et de porto. Ce serait plutôt à cause du grand air nocturne et du sport extrême qu’ils vont être à même de pratiquer. Ce serait plus à rapprocher du tube des Avions, La nuit est chaude, elle est sauvage, quoique cette chasse se déroule durant la nuit du 17 au 18 avril.

Alors qu’ils devisent tranquillement dans leur chalet situé près du lac Mondac, dans le parc national Marquette, état du Wisconsin, Emma et Steven Feldman entendent des bruits aux alentours. Emma est avocate et elle emmène toujours avec elle quelques dossiers, malgré les proscriptions de son mari qui lui officie aux services sociaux. Et tout à coup deux hommes s’introduisent violemment dans la résidence. Steven veut appeler les policiers de la ville la plus proche, quand même située à plus de vingt kilomètres, mais il est abattu ainsi que sa femme.

L’appel téléphonique avorté inquiète toutefois le shérif qui décide d’envoyer quelqu’un sur place. Il désigne Brynn McKenzie, son adjointe en laquelle il a toute confiance. Celle-ci abandonne mari et gosse pour accomplir sa mission. Arrivée sur place elle ne peut que constater les dégâts. Elle récupère Michelle, leur amie Michelle, qui vagabondait dans les bois lors du massacre. Elle avait réussi à échapper aux deux meurtriers et est affolée, ce qui se conçoit aisément, mais les deux tueurs sont toujours dans les parages. Commence alors une folle cavale afin d’échapper à des poursuivants sans pitié.

Graham, le mari de Brynn, qui a bien du mal à gérer Joey, le fils de la policière issu d’un précédent mariage, s’inquiète et appelle sa femme. Ce n’est pas Brynn qui lui répond, mais un homme qui se déclare être un de ses collègues. Sentant un coup fourré il décide de partir à sa recherche.

Lors de leurs tribulations dans les collines qui entourent le lac de Montac, nos deux fugitives vont rencontrer un couple accompagné d’une fillette et d’un copain et dont elles espèrent une aide providentielle. Mais ces personnages ne sont pas là pour profiter de l’ambiance bucolique et des charmes de la nature.

Un autre protagoniste est également sur les routes. Il a une mission à accomplir, en relation le responsable d’un syndicat accusé de préférer faire embaucher des immigrés que des citoyens américains. Il ne paie pas de mine mais il faut toujours se méfier des plus petits et malingres que soi.

Fugitives et poursuivants affrontent toutes sortes d’embûches, liées à la configuration du terrain, nature escarpée ou ravins, à la flore et à la faune. Ils vont s’éloigner, leurs chemins se séparant, se croiser furtivement, se rencontrer même, mais à chaque fois un impondérable se dresse devant eux. Michelle est une femme de la ville, habituée au confort urbain, riche et enfant gâtée, capricieuse, habituée à vivre dans la facilité, et au début elle se traîne comme un boulet pour Brynn qui essaie de la canaliser, de la réconforter, de la bousculer aussi. De plus Michelle déclare s’être foulé une cheville, ce qui n’arrange pas leur marche souvent cahotante. Heureusement Brynn possède des petits trucs et astuces, comme les Castors Juniors, pour se repérer et se diriger vers le nord.

Jeffery Deaver nous entraîne dans une intrigue à rebondissements constants, en cascades, et lorsque l’on croit, que l’on espère qu’enfin les deux jeunes femmes vont s’en sortir, un nouvel incident, une nouvelle difficulté, se dressent devant elles. Heureusement Brynn ne cède pas facilement à l’abattement, au découragement. Elle est blessée à la joue, une balle qui n’était pas forcément perdue, mais la douleur ne lui fait pas perdre ses moyens. C’est une battante.

Bien enfoui sous votre couette vous ne pourrez pas vous endormir avant de connaître la fin, de savoir comment va se terminer cette aventure, et vous frissonnerez, vous serez tenté de vouloir aider les deux jeunes femmes à sortir de la tenaille composée par leurs poursuivants, à déjouer les pièges, à vous identifier et à souffrir par procuration. Des pérégrinations qui dureront douze heures. Au petit matin, les deux chèvres ne furent pas mangées par le loup. Au contraire elles survivent, et la horde de loups est décimée, en partie.

Mais ceci n’est que la première partie du livre, la principale, qui s’étend sur 350 pages, et l’aventure continue car tout n’est pas résolu. Et le lecteur découvre un peu mieux la personnalité de Brynn et d’autres personnages.

Prix du meilleur thriller de l’année, ce roman de Jeffery Deaver est fascinant. Pourtant le terme thriller ne m’attire pas spécialement car mis trop souvent mis à toutes les sauces et ne signifiant par le fait plus grand-chose. A mon sens il vaudrait mieux parler de suspense, mâtiné d’angoisse, et pour moi la principale référence reste Psychose de Robert Bloch, un roman adapté au cinéma par Alfred Hitchcock. Un film qui a éclipsé le livre.

 

Jeffery DEAVER : Instinct de survie (The bodies left behind – 2008. Traduction de Jean Esch; réédition de Editions des Deux-Terres. Novembre 2011). Le Livre de Poche Policier/Thriller. 528 pages. 8,10€.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:06

Quand la mer monte, j'ai honte, j'ai honte, quand elle descend...


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Le mythique 204 de la rue des Siliques à Bruges, là où est établie la Cellule spéciale de recherches, est en effervescence. Le déménagement pour de nouveaux locaux plus spacieux s’accompagne de petits tracas tels que ordinateurs déjà emballés, pièces vidées, mobilier réduit au minimum.

C’est dans cette ambiance qu’une jeune fille, Miriam Dobbelaere, se présente au commissaire Van In pour déclarer qu’elle a été victime d’un viol par un homme cagoulé. Le père, huissier de justice qui fait partie des notables de la cité, est en colère tout autant auprès de sa fille que des policiers. Et comme Miriam ne veut pas déposer plainte, Van In ne peut que laisser la jeune fille rentrer chez elle sans qu’il y ait une suite à l’affaire.

L’adolescente repousse toujours un éventuel examen gynécologique et désigne comme agresseur possible un homme qui porterait un tatouage sur le bras, tatouage qui est attribué à un certain Colombier, surnommé King-Kong. Mais le père Dobbelaere, sa femme l’a quitté depuis huit ans le laissant seul pour élever la gamine, est en proie à une fureur qui le guide depuis sa jeunesse ou presque. Il s’en prend violemment à Miriam. Résultat elle est transportée à l’hôpital pour des ecchymoses et surtout pour des marques suspectes autour du cou.

Dans le même temps ou peu s’en faut, le cadavre d’un homme est retrouvé enfoui dans le sable de la plage de Zeebrugge, petit port de pêche et balnéaire situé non loin de Bruges. Et ce n’est pas un suicide car seule la tête dépasse, la bouche est agrémentée d’un sparadrap et contient une balle servant dans les séances de sadomasochisme. Et quand les spécialistes le dégagent de sa gangue, ils s’aperçoivent qu’il a les pieds et poings liés. Il ne risquait pas de se faire la belle ou d’appeler d’éventuels secours. Un correspondant anonyme a prévenu la police judiciaire qui se présente en la personne de Bultinck, et Van In n’apprécie pas du tout que quelqu’un, fut-il de la PJ, à la réputation sulfureuse qui plus est, vienne piétiner ses plates-bandes, ou son carré de sable en l’occurrence.

Autre précision qui est apportée, Carlos Minne, le cadavre, aurait été vu dans la nuit en compagnie de Roger Daems, un importateur de bimbeloteries asiatiques. Or Daems a purgé une peine de prison quelques années auparavant, peine de prison écourtée, et il a monté sa boîte d’import du jour au lendemain, une entreprise florissante derrière laquelle pourrait se terrer un trafic juteux de contrefaçons. Carlos Minne quant à lui était ancien chef de cabinet adjoint au ministère de la justice et membre de la commission des mises en liberté conditionnelles. Chez lui, dans une pièce réservée uniquement pour son usage personnel, les enquêteurs trouvent une multitude de magazines pornographiques ainsi que des cassettes vidéo. Van In ne délaisse pas pour autant l’affaire Miriam Dobbelaere, et il subodore, à tort ou à raison que les deux affaires sont liées.

Si Maigret et son géniteur Georges Simenon sont présents à l’esprit du lecteur au début de l’intrigue, le lien entre Van In et le célèbre commissaire du 36 quai des Orfèvres est si ténu, qu’il se rompt au bout de quelques pages. Il y a bien une petite ressemblance entre les deux hommes : la boisson. Comme dit sa compagne, Hannelore qui prend une part active à cette enquête puisqu’elle est juge d’instruction, Van In est un boit-sans-soif. « Van In jeta un coup d’œil à la bouteille. De sa silhouette à l’étiquette, tout indiquait un bourgogne. Il préférait le bordeaux, mais ce n’était pas le moment de faire le difficile ».

Mais en ce mois de juillet, le soleil tape fort, et il faut le comprendre aussi, même si son adjoint et ami Guido Versavel se cantonne à l’eau. D’ailleurs Van In organise assez souvent des séances de travail en compagnie de Versavel à l’Estaminet, son bar favori. Lorsqu’il le faut Van In sait se montrer doux ou hargneux, humaniste ou vindicatif, et comme son chien, pourtant patelin, lorsqu’il a crocheté dans un os, il est difficile de le lui retirer. Il ne dédaigne pas non plus reluquer les belles jeunes femmes, mais ça cela entre dans le domaine privé. Pieter Aspe ne s’étend pas trop sur le côté touristique de la cité flamande, ni sur l’antagonisme qui existe entre les deux communautés belges, même s’il l’évoque. Il est plus prolixe sur la ville de Rome, qui accueille pour quelques heures Van In et consorts. Et comme tout bon romancier de littérature policière qui se respecte, il donne parfois de petits coups de griffe, genre : « Certains fonctionnaires sont ainsi constitués que, même s’ils sont indéboulonnables, ils ne peuvent pas s’empêcher de lécher les bottes de leurs supérieurs ». A moins qu’il s’agisse tout simplement de lucidité.


Pieter ASPE : La mort à marée basse. (Editions Albin Michel – 2010) Le Livre de Poche Policier/Thriller. 336 pages. 6,90€.

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 17:11

Il faut toujours se méfier des stylos baveurs !

 

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Tandis qu’elle flâne dans le bas des Champs-Elysées, près d’une galerie marchande refuge des commerces de luxes, Anne Forestier, en farfouillant dans son sac à main, se barbouille la main avec l’encre de son stylo qui fuit. Elle avise des toilettes et tombe nez à nez avec deux hommes habillés de combinaisons noires, cagoules baissées et armés de fusils à pompe. Tout le monde est surpris mais l’un des deux individus se sert de son arme pour frapper Anne au visage, pour la molester (les policiers aiment bien ce verbe parait-il), pour la frapper violemment à coups de pieds alors qu’elle gît à terre, puis il traine le corps sur une trentaine de mètres, juste à l’entrée d’une joaillerie avant de s’engouffrer dans la boutique. Les malfrats dévalisent la bijouterie en brutalisant l’employée et la propriétaire. Anne qui était dans les vapes parvient à se trainer péniblement sur le trottoir. Des coups de feu sont échangés, pourtant Anne se relève, titube et marche comme un zombie. Les truands sont récupérés par un troisième homme qui conduit une voiture et s’échappent en arrosant les environs à l’aide de leurs armes à feu.

Ce braquage a été enregistré par des caméras de surveillance et Camille Verhœven visionne le film avec stupeur et angoisse. Car la quadragénaire qui a été pris à partie par les voleurs n’est autre qu’Anne Forestier, celle qui partage sa vie depuis quelques mois. Et quoiqu’il fasse partie de la Criminelle et que cette affaire n’est pas de son ressort, il s’en empare en avertissant succinctement la commissaire divisionnaire Michard, qui a remplacé dans le service Le Guen, son ami Le Guen qui vient d’être promu à un poste supérieur. Il argue qu’il ne s’agit pas que d’un banal hold-up mais qu’il y a eu présomption de tentative de meurtre aggravé. Et il invente une histoire invraisemblable d’indic qui pourrait, éventuellement, peut-être, lui donner, lui fournir un début de piste, etc. Il affirme ensuite au juge Pereira que la divisionnaire accepte que l’enquête lui soit confiée et vice versa.

Camille va mal. Sa femme Irène, décédée cela fait quelques années mais à laquelle il se réfère toujours, est toujours présente dans ses pensées. Son adjoint et ami Armand vient de mourir d’un cancer et il assiste le jour même à son enterrement. Et maintenant Anne passée à tabac par des voyous. Si Le Guen autorise mollement son implication dans cette affaire, il ne lui dit pas tout, ni à son ami et adjoint Louis. Il leur cache sa liaison avec Anne, on se demande pourquoi.

Anne est transportée dans un hôpital et Camille lui rend visite. Elle peut à peine parler et les médecins restent sceptiques sur l’évolution de sa guérison. Camille, et Louis, pensent que ce braquage est lié à ceux qui ont été perpétrés quelques mois auparavant, et pensent à un certain Hafner. Une infirmière aperçoit un homme déambulant dans les couloirs de l’hôpital et croit distinguer sous son vêtement un fusil. Mais elle n’est sûre de rien. Toutefois elle en informe Camille qui prend la menace au sérieux.

 

Cette histoire se déroule sur trois jours, et peu à peu la tension monte. Si le final est sous pression, il en reste toutefois une impression de préfabriqué. Le machiavélisme, le diabolisme dont avait fait preuve Pierre Lemaitre dans Robe de Marié ou dans Alex sont moins convaincants dans ce roman dont certains passages donnent un sentiment de remplissage. Ce n’est plus de la haute couture comme nous avait habitué l’auteur, ni même du sur-mesure, mais du prêt à porter, ou plutôt du prêt à lire. Plaisant mais sans plus, comme un roman formaté issu d’un atelier d’écriture américain. Mais comme il s’agit du troisième tome d’une trilogie consacrée à Camille Verhœven, peut-être Pierre Lemaitre en le rédigeant pensait à un nouvel opus plus en adéquation avec son style et son inspiration.


Pierre LEMAITRE : Sacrifices. Editions Albin Michel. 366 pages. 20€.

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 14:41

Un épigone de Calamity Jane et de Scarlett O’Hara ?

 

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Lorsqu’il descend du train en gare de Waynesville, Caroline du Nord, Pemberton est accompagné de sa jeune femme Serena, originaire du Colorado, qu’il a connu seulement trois mois auparavant à Boston alors qu’il s’était rendu dans la cité afin de régler la succession paternelle. Sur le quai les attendent Buchanan et Wilkie, les deux associés de Pemberton dans l’exploitation de la concession forestière qu’ils possèdent en commun au nord de l’état à la limite du Tennessee, quelques montagnards employés à la Boston Lumber Company, Campbell, le contremaître, ainsi que Harmon et sa fille Rachel, à peine dix-sept ans qui est enceinte des œuvres du marié. Mais ça, c’était bien avant le départ de Pemberton pour Boston. Serena affirme avec force et sur un ton possessif : C’est le seul petit que vous aurez de lui. A présent, je suis là. Et s’il a d’autres enfants, ce sera avec moi.

Rachel tente bien d’entraîner son père chez eux, de le calmer, peine perdue. L’homme est trop attaché à laver l’affront fait à sa fille. Il sort un couteau de chasse, et en menace Pemberton. Serena démontre alors qu’elle est une femme de caractère et qu’elle ne va pas s’en laisser conter, en ordonnant à Pemberton de se servir du sien et de se défendre. Le combat est de courte durée. Pemberton s’en sort avec une éraflure au bras tandis qu’Harmon décède, éventré.

Après avoir effectué sa déposition auprès du shérif McDowell, expliquant qu’il était en légitime défense, Pemberton et Serena regagnent l’endroit où leurs ouvriers procèdent à la déforestation de la concession. Il offre à sa nouvelle épouse un magnifique cheval blanc et les forestiers sont stupéfaits de voir la jeune femme monter comme un homme. Autre sujet d’étonnement pour ces hommes frustres, le pari lancé par Serena envers un des bûcherons qui aurait tendance à la prendre pour une fille de la ville incompétente afin de démontrer ses capacités. Il s’agit de cuber un arbre et elle gagne. L’homme qui pensait lui faire honte est immédiatement renvoyé. De toute façon les aspirants bucherons frappent à la porte, ou plutôt attendent sur le quai de la gare. Nous sommes en 1930, et les Etats-Unis sont en proie à la grande dépression. Les chômeurs ne manquent pas et il n’est guère difficile de remplacer un travailleur qui ne convient pas par un demandeur de travail moins exigeant.

Les imprévus se multiplient, anodins ou graves. Des décès, des accidents du travail liés à l’exigence des Pemberton, aux conditions de travail, aux risques inhérents à cette profession à risques, au manque d’expérience des employés à l’abattage ou de la scierie. C’est ainsi que Galloway se tranche la main à cause d’un coup de hache mal placé. Serena lui pose immédiatement un garrot, le sauve de la mort qui lui était promise et il devient le petit chien de la jeune femme, son ombre, son âme damnée.

L’état désire transformer la concession des Pemberton en parc naturel, ce qui ne leur convient pas du tout. Ils s’ouvrent de leurs problèmes à Harris leur voisin, qui lui aussi exploite les terres contigües, et il est de leur avis. Il ne faut rien céder à l’état. D’autant qu’il pense avoir trouvé des filons de bauxite sur ses terres ainsi que des gisements de pierres précieuses, des rubis entre autres. Buchanan et Wilkie sont moins intransigeants dans leurs décisions et ils accepteraient volontiers les dédommagements promis, sachant que s’ils refusent, l’état réquisitionnerait purement et simplement les terres et qu’ils seraient expropriés.

Sous l’influence de Serena, Pemberton tue son associé Buchanan dans une partie de chasse, un accident selon la thèse officielle, mais les rumeurs vont bon train. D’autant que d’autres accidents, d’autres morts suspectes se produisent, toujours en faveurs des Pemberton.

Pendant ce temps Rachel élève seule son enfant, même si un des employés de la scierie est amoureux d’elle et ne s’en cache pas. Elle parvient à reprendre son ancienne activité à la cantine de l’exploitation forestière, en essayant de se montrer le plus transparent possible.

Serena est une forte femme, qui sait ce qu’elle veut et rien ne peut la détourner de son chemin. Tandis que Pemberton rêve d’attraper un hypothétique puma qui rôderait dans les forêts, Serena pense à son avenir. D’abord un enfant, puis une migration vers le Brésil où le rendement sylvicole serait beaucoup plus intéressant que dans cette partie de la Caroline du Nord et du Tennessee proche.

 

Dans ce roman noir naturaliste, que l’on pourrait rapprocher à des œuvres d’auteurs français comme La terre d’Emile Zola, à quelques romans de Giono, d’Exbrayat (Un jour elle s’en alla par exemple) ou de Jean-Pierre Chabrol, le chantre des Cévennes, la nature est omniprésente. Pourtant ce n’est point tant la sylve qui est mis en avant mais la faune. Le catalogue animalier est fort élargi car outre le cheval blanc offert à Serena en cadeau de noces, et le puma hypothétique et obsessionnel de Pemberton, il faut ajouter un jeune aigle femelle que Serena élève non sans arrière-pensée, des serpents et principalement des crotales, des volatiles en tout genre, des renardeaux, des cerfs, des ours, un varan, et j’en oublie certainement.

Mais il ne faut pas oublier quelques personnages qui donnent une dimension un peu baroque à ce roman. Le docteur attaché à la scierie mais qui a dû apprendre la médecine par correspondance, la mère de Galloway, une femme austère un peu sorcière qui ne s’exprime guère et ne parle que quand l’a quelque chose à dire que ça vaut la peine d’être écouté, à quelques scieurs de long dont la philosophie de la vie se réduit à leur emploi, non sans raison, et à l’un d’eux qui ne jure que par la Bible. Et en parlant de la Bible qui justement ne le quitte jamais, des bûcherons dont le papier à cigarette est détrempé demandent à leur compagnon d’arracher quelques pages, les passages les moins intéressants, afin qu’ils puissent rouler leur tabac.

Enfin, le problème des expropriations qui est récurrent de nos jours. Si Serena n’est guère sympathique, elle fait preuve toutefois de bon sens lorsqu’elle déclare à un représentant du gouvernement : Nous savons quand même ce qui se cache derrière ces expropriations. Vous avez déjà chassé deux mille agriculteurs de leurs terres – je me réfère à vos propres chiffres. Nous ne pouvons ni obliger les gens à travailler pour nous, ni acheter leurs terres s’ils ne veulent pas les vendre, mais vous, vous les forcez à renoncer à leurs moyens d’existence et à leur foyer.


A lire également : Un pied au paradis.


Ron RASH : Serena. (Serena – 2008. Traduction de Béatrice Vierne). Réédition des éditions du Masque. Le Livre de Poche N°32692. 528 pages. 7,60€.

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Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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