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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 06:56

Noelensemble.jpg

Pour une fois, il n’a pas été assez attentif. Louis, dormant à terre derrière les fauteuils situés en fin de station, est réveillé manu militari par deux vigiles accompagnés d’un chien et de leur chef. Seul l’animal, qui ne peut parler à cause d’une muselière, semble lui accorder un semblant de sympathie. Le temps de rapatrier ses maigres affaires dans deux sacs plastiques et Louis est raccompagné à la sortie, les grilles sont refermées derrière lui et il est obligé de chercher un autre abri plus ou moins accueillant.

Le quotidien de Louis et bon nombre de ses copains. Ceux avec lesquels il se regroupe se nomment Dédé et Daniel, même si parfois la mésentente s’installe entre les trois hommes. Faut dire que Daniel est un profiteur. Afin de se payer le minimum vital, Louis connait, et met en pratique, quelques astuces, comme s’accaparer un caddie dans le hall de la gare de Lyon et le proposer contre une petite rétribution aux voyageurs pressés et surchargés de bagages. Heureusement, l’hiver, des associations caritatives s’occupent des plus démunis leur fournissant vivres et toit.

Cela ne convient pas toujours à ces habitués du bitume qui n’apprécient guère la promiscuité. Alors Louis s’arrange, se débrouille, vit ou plutôt survit grâce à de petits expédients. Il a bien l’espoir de toucher le RMI, c’est ce que lui suggère une femme de la Mission Evangélique en lui proposant de l’aider dans ses démarches, mais celles-ci sont longues et compliquées, alors il abandonne.

 

Sous-titré roman, ce petit ouvrage est un docu-fiction dans lequel gravite comme personnage principal Louis et épisodiquement ces deux compagnons de misère. Un roman touchant, émouvant, qui nous entraîne de l’autre côté du miroir. Bulgare d’origine, Svetlan Savov muni d’un visa a pu s’installer en France. Et ce qu’il narre dans cet ouvrage, il a dû le vivre durant quelque temps, même si aujourd’hui il est chauffeur de taxi en région parisienne. Une intégration réussie diront certains, mais à quel prix.

Publié en 2001 aux éditions Gaspard Nocturne, ce livre méritait d’être réédité, surtout en cette période où les hommes politiques se gargarisent d’identité nationale, d’expulsion, de reconduite aux frontières, et autres joyeusetés ignobles. Et l’on pardonnera volontiers certaines maladresses dans la tournure des phrases car ce roman, son premier, a été écrit directement en français. A noter cette phrase lucide : « Une chose est sûre et certaine, c’est que l’homme a inventé le progrès pour se compliquer la vie ».


Svetlan SAVOV : Noël ensemble. Editions Noir sur Blanc. Janvier 2010. 120 pages. 9,15€.

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 15:35

Hommage à Fred Kassak décédé le 12 avril 2018.

Un grand monsieur nous quitte !

Fred_Kassak.JPG

Entre 1957 et 1971, Fred Kassak aura signé onze romans, sous son nom ou sous les alias de Pierre Civry et Jean Céric. C’est peu, trop peu. Pourtant cet auteur reste, à juste titre, valeur de référence, notamment pour son ami Michel Lebrun, tant pour la complexité de ses intrigues, son ton humoristique, que pour ses « trouvailles » criminologiques.

Mais qui est Fred Kassak ?

De son véritable patronyme Pierre Humblot, il est né le 4 mars 1928 à Paris, d’une père haut-fonctionnaire et d’une mère au foyer. Son envie d’écrire date de sa prime enfance et il compose moult poèmes et nouvelles dans un registre romantique et fantastique. Comme bien des littéraires qui trouvent grâce et encouragement auprès de leurs professeurs de lettres, il est fâché avec les mathématiques et par voie de conséquence avec ceux qui enseignent cette matière.

kassak4.jpgSon goût pour la littérature policière s’est révélé pendant l’exode. Une villa des bords de la Loire, près de Saumur, accueille la famille Humblot, refuge bénéfique pour le jeune Pierre puisqu’il découvre dans le grenier une collection complète du Masque, qu’il dévore pendant que la bataille fait rage. Le meurtre de Roger Ackroyd reste l’un des romans ayant marqué notre auteur en herbe.

Dévorer des livres, c’est bien, mais ça ne nourrit pas son homme. En 1941, soir après soir, il compose un romans « à clef » ayant pour cadre le lycée et pour protagonistes principaux les professeurs eux-mêmes. Le lendemain, à la récréation, il en fait profiter auditivement un groupe de fidèles, groupe qui croît de jour en jour. Acte qui s’avère profitable et nourricier puisque ses auditeurs paient sa prestation sous forme de biscuits vitaminés.

Après la guerre, il travaille successivement au Touring Club de France, vend des machines à écrire et est même guide bilingue au Musée Grévin (l’un des rares guides ne sachant parler qu’une seule langue !) et fait la connaissance de Michel Lebrun.

Mais le virus de l’écriture le tenaille, et après avoir écrit une pièce de théâtre (Juanito, qui n’obtient qu’un relatif succès d’estime), kassak5.jpgil décide de se consacrer à la littérature. Mais ses ambitions ne sont plus celles de son enfance (à dix ans   il proclame son intention non seulement de devenir écrivain mais aussi d’être le Dickens français), aussi il se rabat sur le roman policier. La mode étant au roman d’espionnage, il en écrit deux, publiés par les éditions de l’Arabesque qui créent peu après la collection Crime Parfait, collection qui voit les débuts de Pierre Siniac.

Pierre Humblot devient Fred Kassak (Kassak étant le nom de jeune fille de sa mère) : … Fred Kassak n’est pas très joli et sonne comme un sac de noix, mais je me console en pensant que l’éditeur aurait pu choisir sur ma liste : Peter Van Bold ou Charlie Jinx !

Parallèlement il est secrétaire de René Wheeler, scénariste-réalisateur, puis rédacteur d’un journal d’assurances. Considéré comme écrivain non-salarié, il travaille depuis plus de vingt ans pour la Radio et la télévision. Il a été le scénariste du premier numéro de la série Les Cinq dernières minutes et y a collaboré par la suite à maintes reprises.

Comme beaucoup de jeunes de sa génération, Sartre et Camus ont été ses « maîtres à penser », mais cette époque est révolue. Ses préférences littéraires restent Queneau et les Britanniques Wodehouse et Dickens. D’ailleurs certains de ses livres ont des accents dickensiens (Livre de référence et de comparaison : Les papiers posthumes du Pickwick Club). L’humour est présent d’une façon sobre, apparemment facile, excluant toute vulgarité ; c’est un humour axé sur le descriptif et les situations des personnages.

kassak1.jpgC’est après avoir écrit trois romans noirs que Kassak a découvert sa voie, et sa veine humoristique. Il se sent coincé, enfermé dans un genre, dans une production qui n’incite pas (selon lui) à la relecture ; tandis qu’en employant le ton humoristique, l’intérêt du lecteur ne se condense plus uniquement sur la chute finale, mais peut être capté par le « comique de certaines situations et la manière de les raconter ». « Dans l’humour, je me sentais dans mon élément ».

L’intrigue, la trame d’une histoire souvent lui sont inspirées par de petits faits, de petites histoires qui peuvent lui arriver. Aussi il imagine les développements possibles et comment ce petit fait aurait pu donner lieu à un crime.

« Ainsi Carambolages est directement inspiré de mon expérience au Touring Club de France qui était une mine de personnages et de situations : il y avait vraiment des Fêtes de Printemps sous une pluie battante, des défilés en costume d’époque, un doyen des campeurs, et l’organisme du T.C.F. était le même : il ne restait plus qu’à pousser les situations. Une fois l’idée au point, je faisais ma distribution : choisissant parmi mes amis et connaissances passés ou présents ceux et celles qui pouvaient le mieux incarner mes personnages fictifs. Je n’aime pas beaucoup créer de toutes pièces un personnage : c’est la réalité qui est originale, l’imagination ne reproduit que des lieux communs ».

« J’ai toujours fait des plans détaillés laissant très peu de place à l’imagination – ce qui n’est pas forcément une bonne chose. Mais je suis sujet au vertige de la feuille blanche et le plan me rassure, me permet de me lancer et de continuer. Dans un roman purement littéraire, un plan trop détaillé peut être un handicap, un frein à l’imagination. Le roman policier, lui, est un mécanisme de trop haute précision pour qu’on puisse, à mon avis, s’en passer ou s’en écarter beaucoup en cours de rédaction. L’imagination peut et doit être au pouvoir pendant le développement, la mise au point et la construction – mais après, c’est la fin de la récréation et la fantaisie ne doit plus avoir le droit de s’exprimer que par le style ».

Mais Fred Kassak est aussi un spécialiste dans le choix des kassak2.jpgarmes du crime. Par exemple la poudre de champignon vénéneux séché (Bonne vie et meurtres) ou la voix de Mireille Mathieu déclenchant une avalanche.

« Mireille Mathieu et son avalanche ont été imaginées tout spécialement et sur mesure pour Voulez-vous tuer avec moi ? où le narrateur, après s’être livré à deux tentatives de meurtres avortées : voiture sabotée et piscine électrifiée, réussissait enfin le troisième en faisant exploser à distance, par téléphone, un pavillon préalablement soumis à une fuite de gaz. Tout cela allait donc crescendo et, quand j’en suis arrivé à devoir imaginer un quatrième crime, je me suis trouvé embarrassé car, évidemment, il devait lui aussi aller crescendo : impossible de revenir au revolver ou à l’étranglement. Après l’explosion d’une maison entière, il fallait quelque chose d’encore plus spectaculaire ; une sorte de petit cataclysme : une catastrophe pouvant être provoquée puisqu’il s’agissait d’un crime, mais devant, en outre, paraître naturelle puisqu’il devait s’agir d’un crime parfait. Et quand on fait l’inventaire des catastrophes naturelles pouvant être provoquées, on en vient très vite à l’avalanche en montagne qui peut être provoquée par un cri humain. Le roman ayant des prétentions humoristiques, il fallait un cri humain contrastant avec l’aspect criminel de l’avalanche : par exemple, un chanteur d’opéra beuglant son grand air. Mais un peu démodé, l’opéra. Pourquoi pas un jeune chanteur actuel ? Et parmi les jeunes chanteurs beuglant d’amour le plus fort, un nom s’imposait aussitôt : Mireille Mathieu qui, comme vous voyez, a résulté davantage de la nécessité et de la logique que de l’imagination ».

kassak6.jpgKassak qui, depuis plusieurs années, s’était tourné vers la télévision et la radio et n’écrivait plus de romans, en prépare un actuellement. Un roman policier, précise-t-il, et non un polar : « Je ne crois pas que le roman policier ait gagné en prestige et considération en devenant… polar. Je ne vois pas en quoi cette espèce de raccourci simili-argotique à consonance désagréable peut contribuer à revaloriser un genre qu’on a trop tendance à mépriser. Je n’éprouvais nulle honte à être un auteur de romans policiers. Je suis moins fier de me retrouver… polardeux ».

 

Ce portrait a été réalisé d’après une correspondance personnelle avec Fred Kassak et a été publié dans la revue Encrage N°20 en 1988.

 

Romans

Tonnerre à Tana (L'Arabesque, coll. "Espionnage" no 46, 1957)

L'Amour en coulisse, sous le pseudonyme de Jean Céric (L'Arabesque, coll. "Parme" no 13, 1957)

Plus amer que la mort... (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 4, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Punch 2e série N°7 - 1976)

Estocade à Stockholm (L'Arabesque, coll. "Espionnage no 56, 1957)

Savant à livrer le..., sous le pseudonyme de Pierre Civry (Editions du Gerfault, coll. "Chit !" no 3, 1957)

Nocturne pour assassin (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 8, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Suspense N°8 – 1972 ; Prix mystère de la Critique 1972 ; Réédition Presses de la Cité collection Punch 2e série N°36 – 1976)

On n'enterre pas le dimanche (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 16, 1958 ; Grand Prix de littérature policière ; Réédition Presses de la Cité collection Mystère 3e série N°183 – 1972- ; Presses de la Cité collection Punch 2e série N°16 - 1976)

Carambolages (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 25, 1959 ; réédition Presses de la Cité collection Un mystère N°640  - 1962 ; Presses de la Cité collection Presses-Pocket N°758 - 1970)

Crêpe Suzette (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 33, 1959)

Une chaumière et un meurtre (Presses de la Cité, coll. "Un mystère" no 570, 1961)

Bonne vie et meurtres, novélisation de la pièce radiophonique Vocalises (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 18, 1969)

Voulez-vous tuer avec moi ?, d'après la pièce radiophonique Le Métier dans le sang (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 119, 1971)

Ces romans ont été réédités pour la plupart dans la collection Le Masque Jaune et dans l’Intégrale en deux volumes.

 

Recueils de nouvelles :

Qui a peur d'Ed Garpo ?, nouvelles (Le Masque no 2241, 1995)

On ne tue pas pour s'amuser !, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2005)

Assassins et noirs desseins, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2006)

Les fins mots de l’histoire, recueil de pensées, de curiosités diverses. Philosophie, religion, Histoire, théâtre, beaux arts, médecine, sciences humaines, musicologie, art culinaire … pour s’instruire en s’amusant (Le Léopard Masqué - 2008).

 

Romans portés à l’écran :

On n’enterre pas le dimanche, réalisé par Michel Drach n 1959. A reçu la même année le Prix Louis Deluc.

Carambolages, réalisé par Marcel Blüwal en 1962. Avec Louis de Funès, Kean-Claude Brialy, Michel Serrault.

Une chaumière et un meurtre réalisé par Pierre Chenal sous le titre L’assassin connait la musique. Avec Paul Meurisse, Maria Schell, Jacques Dufilho.

Bonne vie et meurtres réalisé par Michel Audiard en 1970 sous le titre Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas… mais elle cause ! avec Berbard Blier, Mireille Darc, Annie Girardot, Sim.

Voulez-vous tuer avec moi ? a inspiré le film de Michel Audiard tourné en 1972 Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard. Avec Jane Birkin, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Jean Carmet.

Sans oublier les romans adaptés pour la télévision, à la radio (dans la série Mystères de Pierre Billard), les dramatiques écrites pour Les Maîtres du mystère de Pierre Billard, les dramatiques écrites pour la série Les Tréteaux de la nuit de Patrice Galbeau et les épisodes de la Série télévisée Les Cinq dernières minutes (12)

 

Vous pouvez retrouver la présentation de On n'enterre pas le dimanche sur Action-Supense

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:31

Un ouvrage de circonstance !


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Comme Noël qui revient chaque année à la même époque, certaines chroniques écrites il y a déjà un certain temps ressurgissent inopinément. 


Lorsqu’une mère et sa fille unissent leurs petits doigts de fée pour écrire à quatre mains un roman policier, il peut en résulter un ouvrage charmant, même si le prix n’est pas forcément en rapport avec la qualité. Je m’explique : il existe des chefs-d’œuvre dans des collection de poche, dont le prix est plus qu’abordable et de bons petits romans qui se vendent dans des grands ou moyens formats à des sommes qui dépassent allègrement le billet de cent francs. Comme il existe de petits restaurants sympathiques qui proposent des plats du terroir pour deux fois un menu vite fait dans un fast-food (en français dans le texte, et puis je ne suis pas obligé de citer le nom de ces usines à malbouffe qui pullulent sur les abords des grands axes routiers au milieu de la poussière et des gaz d’échappement). Mais évidemment les droits de traduction étant élevés, la popularité haut de gamme se paie, et la vente de livres étant quasiment assurée aux box-offices, l’éditeur a raison de choisir la formule du bouquin cher puisque ça se vendra quand même, et peut-être mieux que dans des collections à prix abordable. Pour ceux qui ne peuvent se le payer immédiatement ils peuvent toujours attendre la réédition en livre format poche. Pour les autres qui croient qu’en payant plus cher ils sont assurés d’acquérir la qualité, ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’à la clavicule. C’était mon quart d’heure de rouspétance, offert généreusement par le rédac’chef, mais passons aux choses sérieuses et ne nous roulons pas dans la farine animale, que nous confondons souvent comme de la poudre aux yeux, comme celle utilisée par le marchand de sable pour mieux endormir notre méfiance.

Donc quand Mary et Carol Higgins Clark décident d’unir leurs efforts et de confronter leurs détectives en jupon, cela nous ouvre des perspectives attrayantes et quoi que certains puissent en penser, même si la réputation peut sembler usurpée par rapport à d’autres bons romanciers, leur production n’est pas si mauvaise que ça comparée à d’autres faiseurs d’histoires. Il faut toujours relativiser.

Alors qu3jourse Nora Reilly, la talentueuse romancière d’énigme est admise à l’hôpital pourune malencontreuse chute, son père Luke, propriétaire de funérariums, est enlevé par C.B. (Cuthber Boniface) le neveu d’un défunt, ainsi que Rosita, l’assistante du morticole. C.B. reproche tout simplement à son oncle d’avoir légué sa fortune à une association qui prône la plantation de petites graines et le retour à la nature. Il est aidé dans son entreprise par un peintre en bâtiment qui a saboté un travail pour Luke. Alvirah, dont le mari a quelques problèmes de santé rencontre fait la connaissance à l’hosto de Reagan. Les deux femmes sympathisent, c’est le moins, et bientôt les voilà à la recherche des kidnappeurs. Dans quelques jours ce sera Noël, mais ce n’est pas l’échéance la plus importante. Les ravisseurs demandent un million de dollars afin de libérer les otages, ce qui a priori ne gêne guère Nora, auteur à succès donc riche. Le problème, mais les deux femmes ne le savent pas encore, est que les kidnappées sont ligotés dans une embarcation qui risque de couler à tout moment. L’intrigue dure ainsi durant plus de 300 pages, bien ficelée, avec un happy end de circonstance. Du bon travail de professionnelles de l’écriture qui savent mener le lecteur sur des sentiers battus, balisés, sans véritables embûches, juste ce qu’il faut de frissons afin de pouvoir en parler le soir au chaud sous la couette.

Toutefois l’humour est présent avec des scènes dignes Craig Rice, un auteur féminin des années cinquante qui savait allier humour noir et énigme tirée au cordeau, ou Donald Westlake, que l’on ne présente plus. Un roman qui se lit avec plaisir et qui s’inscrit dans une bonne moyenne, mais consolidera l’avis des intellectuels étroits que le roman policier n’est qu’une littérature de délassement sans grande profondeur. On regrettera et de loin La Nuit du Renard qui est pour moi l’œuvre la plus aboutie de Mary Higgins Clark, la première traduite en France, suivie de quelques réussites d’honorable qualité, et aujourd’hui de hamburgers préparés à la va vite.


Mary Higgins CLARK et Carol Higgins CLARK : Trois jours avant Noël. Albin Michel. Réédition Le Livre de Poche.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 07:23

Date limite de consommation à respecter !

 

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Noël 2008 ! Ses agapes ! Son foie gras ! C’est peut-être le cadeau empoisonné qu’un assassin facétieux a déposé devant le ministère de l’Intérieur sous la forme du corps d’une femme nue, gavée comme une oie, tenant dans ses mains une boîte et glissée dans son ventre recousu une enveloppe. Pas très appétissant tout ça d’autant que le billet précise que la date de péremption de la conserve est fixée au 1er janvier 2009.

La boîte, après examen approfondi, contient une partie du foie de la victime, aliment épicé aux prions et virus capable de provoquer la mort de centaines de milliers de personnes, si elle se trouvait en vente dans un supermarché. D’ailleurs c’est ce que le confectionneur de cette bombe argumente si l’état ne lui verse pas une forte somme d’argent via des comptes bancaires situés dans des paradis fiscaux, avant la date limite.

Le ministre de l’Intérieur, surnommé Vidocq par ses collaborateurs, est au pied du mur et ne peut qu’accéder à cet ultimatum. Quelques mois plus tard, et après qu’un spécialiste ait étudié le profil de l’expéditeur, l’inspecteur Le Meur est réquisitionné du fin fond de sa Bretagne et est envoyé en mission spéciale. Il se rend compte rapidement qu’il est habilement manipulé par son ministre qui en sait plus long qu’il a bien voulu avouer au départ.

Pendant ce temps, Le Bonsaï, un des coureurs de nuit de l’énigmatique Foch, le patron de l’Œuvre, est convié (le mot est faible !) par son employeur à se rendre dans un camp de vacances particulier dans les Landes. Dirigé par Zinoviev, un ancien soldat russe, ce camp abrite des chefs d’entreprise, des décideurs, venus se ressourcer et vivre comme dans le temps à l’état sauvage. Au plus près de la nature afin de mieux appréhender plus tard leur vie professionnelle, les situations conflictuelles, et les aguerrir en leur impulsant des forces énergétiques nouvelles. Un peu dans le style des villages Borovo, décrits par Lévi-Strauss dans “ Tristes Tropiques ”. D’ailleurs ce village, dans lequel les hommes chassent à l’arc, et les femmes travaillent aux champs, s’appelle Ecovie.

 

Dans le décor d’un club de vacances, un ancien camp militaire réhabilité pour la circonstance, et dont l’enceinte est érigée de miradors et clôturée de murs sur lesquels sont disposés des barbelés, avec des serveurs habillés mode exotique, Le Meur et le Bonsaï vont se retrouver dans une enquête qui les dépasse. Surtout Le Meur qui reconnaît en l’une des serveuses affriolantes sa filleule Léocadie.

Si Le Bonsaï au départ ne sait pas trop pourquoi il est là, il apprend vite par des messages anonymes, qu’il doit se méfier et faire attention. Un peu le même genre de conseils octroyés à Le Meur par Vidocq. Une histoire totalement décalée qui se termine en feu d’artifice, un décor somptueux et cinématographique qui relève d’Apocalypse Now.

Pascal Martin joue à faire peur, mais si l’histoire est incroyable et semble manquer de crédibilité, au premier abord, on peux se demander si des hommes, tels que Zinoviev, si des tentatives de catastrophes humanitaires telles que ces boîtes contaminées brandies afin de mettre des gouvernements aux pieds de schizophrènes, ne pourraient pas exister, si même ils n’existent pas.

La pandémie du H1N1 qui sévit au moment de la sortie du livre ne pouvant qu’engendrer des soupçons de manœuvres immorales. Les personnages principaux et secondaires sont hauts en couleurs, et le lecteur assidu est maintenant habitué aux coureurs de la nuit imaginés par Pascal Martin. Le cas de Zinoviev, mélange de Fantômas et Docteur Fu-Manchu et autres personnages incarnant l’image du Mal, de ses sbires, des deux frères paysans dont l’un est ingénieur agronome, résidant dans une enclave du camp, et de quelques autres, et l’histoire rocambolesque décrite sous forme d’une parabole, dénotent de la part de Pascal Martin une imagination foisonnante, de la grandiloquence et un manque de complexe face aux auteurs américains qui jouent dans ce genre d’univers. Enfin, dernier point à signaler mais d’importance, que ce soit les coureurs de la nuit, ou Zinoviev et ses sbires tous sont orphelins.


Pascal MARTIN : L’Ogre des Landes. Coll. Polars de France ; Editions Presses de la Cité – Production Jeannine Balland. Mai 2009. 305 pages. 19,30€.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 15:41

Evitez les sites de recherches genre Potes d’avant, car après…

 

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Elle était belle Jacqueline, elle était jeune, elle aimait danser, elle aimait boire en compagnie des hommes, elle aimait la vie. Et à dix-sept ans elle s’est retrouvée enceinte. Mais en 1971, dans le Sud Manche, dans l’Avranchin, les braves gens réprouvaient les filles mères. Stéphane est le fils d’un fantôme et d’une bouteille de gin.

Il ne fait pas bon à cette époque de ne pas avoir de père. Jacqueline s’enfonce dans un éthylisme propice à l’oubli tandis que Stéphane se voit relégué au fond de la classe, isolé, conspué par ses condisciples. Dont Jérôme, le fils du cafetier, avec qui il aurait pu devenir ami mais devint son tourmenteur. Alors Stéphane s’est promis qu’il deviendrait quelqu’un, ce qu’il a réussi et dont il est fier. Il habite le vieux château de Saint-James, qui le faisait fantasmer jeune, et traficote sans que l’on sache vraiment quelles sont ses occupations. Lors d’une soirée avec ses comparses, il a alors vingt-huit ans, il sort d’un café afin de prendre l’air et fumer une cigarette. Pourquoi fume-t-il dehors ? Il a une réponse toute faite : Parce que c’est là qu’on fait des rencontres.

Et en cette soirée du 12 février 1999, la rencontre est effective sous les traits de Norah Hepfner. Une approche, comme une attirance de la part de la jeune femme qui lui demande du feu, ils échangent leurs coordonnées téléphoniques, elle est allemande, elle vit à Paris, puis quelques jours plus tard, nouvelle rencontre, programmée. Une nuit ensemble, la découverte des corps, de son corps à elle surtout, balafré dune cicatrice, une brûlure au côté droit. Il l’invite chez lui à Saint-James, dans son château qui signe la revanche sur sa jeunesse, l’exhibe presque dans le village, elle lui raconte sa jeunesse et l’origine de cette marque abdominale. Elle a perdu sa famille dans l’incendie de la maison familiale, elle n’avait qu’une douzaine d’années, cette trace est son seul héritage. Ils envisagent l’avenir ensemble, ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. Ils vont vivre dans un appartement, s’installer à Rennes, elle est traductrice d’allemand et ne tarde pas à retrouver du travail, lui s’occupe à ses petites affaires, les déplacements l’éloignent d’elle parfois, ou au contraire, c’est Norah qui est obligée de partir à l’étranger.

Parfois Norah a des réactions qu’il ne comprend pas, mais après tout ce n’est pas si grave. Par exemple, elle ne sait pas conduire, mais elle lui donne de petits conseils pour aborder un virage, il achèterait bien une Porsche, il en a les moyens, mais à chaque fois qu’il lui en montre une, elle l’ignore, ou encore cette réaction imprévisible, lorsque le couple dans la rue rencontre Dagmar, une stagiaire allemande travaillant dans l’entrepôt de Stéphane, Norah ne se comporte pas comme si elle était contente de retrouver une compatriote. Tous petits faits qui font que Stéphane se pose des questions, et lors d’une absence de Norah, il transforme l’appartement de fond en comble, changeant la disposition des meubles et des pièces, et l’invite dans un restaurant qui n’est pas le plus huppé de la ville, dépense une somme folle en champagne, il se force à faire le pitre dans le taxi qui les ramènent chez eux, ils rentrent plus qu’éméchés et elle ne boit pas le dernier verre qu’il lui propose, trop occupée à tout régurgiter.

Ils voyagent, lui ne connait rien, elle a déjà visité les pays où il l’emmène. Mais un jour, sur la Côte d’Azur, alors qu’ils avaient entrepris une promenade, celle-ci tourne court. Caroline, l’amie de Norah chez qui elle suit des séances de gymnastique, Caroline a été victime d’une rupture d’anévrisme. Elle s’en sortira mais depuis Stéphane l’appelle Caroline-ma-sauveuse. Une raison personnelle.

Des soupçons, il en a, mais lesquels ? Avec Dagmar, il décide d’effectuer des recherches sur un site spécialisé allemand, afin de pouvoir contacter quelqu’un qui aurait connu Norah, avant qu’elle s’établisse en France. Le résultat est au-dessus de ce qu’il pouvait imaginer.

 

Plus qu’un Thriller, terme est galvaudé et qui ne signifie plus rien de concret, ce roman est un suspense à la française, descendant direct d’auteurs comme Boileau-Narcejac, Louis C. Thomas et quelques autres et dont la descendance se nomme aujourd’hui Barbara Abel, Michel Bussi et Philippe Bouin par exemple. Thriller, qui signifie effectivement, selon mon dictionnaire, film ou roman policier à suspense, est accolé à tout ce qui bouge, principalement à des romans d’aventures, ésotériques, ça fait bien dans le décor, dans lesquels le sang tapisse les pages et les tortures, raffinées ou non, s’enchainent parfois sans vraisemblance. Alors lorsqu’ils voient le terme Thriller, certains chalands se détournent de l’objet parce qu’ils n’aiment pas ce genre, tandis que d’autres vont être attirés et seront déçus parce que cela ne correspondra pas à leur attente. (Ce petit coup d’humeur est consécutif à une phrase choc délivrée par Direct matin et qui pour moi est plus une accroche facile qu’une véritable chronique).

Et dans ce roman le terme de suspense est approprié puisque le lecteur est suspendu à ce que l’auteur écrit, décrit, dans ses faits et gestes, dans ses pensées, dans sa projection de l’avenir, dans ses retours en arrière, dans la déclinaison de ce qu’il s’est réellement passé, mais en fardant quelque peu le texte, au début, car il est difficile de tout avouer comme ça en bloc.

Hervé Commère préfère privilégier le ressenti intérieur de son personnage au lieu de scènes grandiloquentes. Il construit son roman comme une autobiographie, une confession, qui avance dans le déroulement du récit par petites touches et s’exprime par sous-entendus anticipatifs. Ainsi page 28, en fin de chapitre : Je ne pouvais pas m’imaginer à quel point. Page 36, toujours en fin de chapitre : J’étais à mille lieux de m’imaginer le mal que je voudrais lui faire un jour. Des artifices certes, mais qui incitent le lecteur à s’immiscer plus longuement dans cette vie de couple qui possède son cadavre dans une boite de chaussures.

Toutes les questions que le lecteur est à même logiquement de se poser trouveront leurs réponses dans les quatre parties intitulées Première enveloppe, deuxième enveloppe, comme autant de lettres explicites permettant au narrateur de faire le point.

Dommage que la quatrième de couverture soit un peu trop explicite à mon goût. Je l’ai lue après heureusement, sinon, je ne sais pas si j’aurais pris autant de plaisir à découvrir cette histoire, cette intrigue émouvante.


Retrouvez le premier roman d'Hervé COMMERE dans J'attraperai ta mort.


Hervé COMMERE : Le deuxième homme. Editions Fleuve Noir. Octobre 2012. 252 pages. 18,90€.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 07:10

Un Noël versaillais

 

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Olivier, qui a suivi quelques années auparavant une cure de désintoxication, quitte le Midi et sa femme Odile, pour se rendre à Versailles. Sa mère vient de décéder, à quelques jours de Noël. Seulement l’inhumation ne sera effective qu’après la fête religieuse.

Désœuvré, Olivier se rend chez sa voisine de palier. Avec stupeur, Jeanne et lui se reconnaissent. Ils se sont connus vingt cinq ans auparavant. Tout jeunes ils étaient inséparables, à quinze ans ils avaient eu leur première et unique union charnelle, mais également ils portaient en eux un terrible secret. Ils s’étaient perdus de vue mais leurs retrouvailles s’effectuent comme s’ils ne s’étaient quittés que depuis la veille.

Jeanne vit avec Rodolphe, son frère aveugle, un être cynique qui jouit des désagréments qu’il prodigue envers ses congénères. Ce soir là il rentre ayant pris sous sa coupe Roland, un S.D.F. rencontré dans une église. Il lui a acheté des vêtements et invité à manger. Olivier retombe dans l’alcool et le lendemain il découvre Roland étranglé dans sa baignoire, une de ses cravates autour du coup. Olivier ne se rappelle de rien. Ils se débarrassent du cadavre en l’enfouissant dans un bois. Rodolphe connaît le passé d’Olivier et de Jeanne. Adolescents ils se réfugiaient sur une île imaginaire et avaient enlevé un bambin afin d’obtenir une rançon. Mais le kidnapping s’était mal terminé.

Entre Jeanne et Olivier la flamme qui les animait les embrase à nouveau malgré l’alcoolisme dans lequel Olivier a sombré. Après l’enterrement de sa mère Olivier décide de rester à Versailles et de couper les ponts avec sa femme. Le cadavre de Roland est retrouvé et un inspecteur remonte jusqu’à Rodolphe à cause des vêtements qu’il lui a acheté. Toutefois comme il est aveugle, la piste s’arrête là.

L’atmosphère sordide et cruelle, la description des personnages, leur déchéance, la situation dans laquelle ils évoluent, tout fait penser à l’univers des petites gens si bien décrit et mainte fois exploité par Simenon, ainsi qu’en témoigne cette citation : “ Lentement la chaleur reprenait possession de son corps, il redevenait flou, flasque, collant à la vie comme une boule de pâte molle ”. Peu de personnages, presque un huis clos feutré, parsemé de quelques touches d’humour qui mettent en valeur la noirceur du texte. Pascal Garnier raconte sans grandiloquence, sans effet de manchettes, sans coups de feu excessifs, et le résultat n’en est que plus efficace.


Pascal  GARNIER: Les insulaires, et autres romans noirs. Editions ZULMA. 24,90€.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 14:58

Il n’est pas bon parfois, même dans un but louable, de vouloir s’immiscer dans le passé d’un être proche.

 

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Samantha a décidé d’organiser une grande fête pour son mari qui aura quarante ans le 5 décembre. Elle a connu Marty au cours d’une soirée de promotion pour un livre de cuisine. Elle était rédactrice dans une petite agence de publicité et ce soir là le regard qu’elle portait sur les hommes a changé du tout au tout. Et depuis huit mois elle vit une lune de miel sans nuage et il était temps car elle a trente-cinq ans. Marty est chargé de relations publiques, ses journées sont très chargées. Il part tôt de leur appartement situé près de Central Park, rentre tard le soir.

Un emploi du temps qui permet à Samantha de fignoler ses invitations, en compagnie de Lynne son amie. Elle ne veut pas se contenter d’inviter les amis actuels, mais également ceux que Marty a fréquenté durant sa jeunesse et son adolescence. D’anciens condisciples par exemple, et des professeurs. Marty a fréquenté dans sa jeunesse l’école de journalisme et de relations publiques de Northwestern. Mais lorsqu’elle téléphone à l’établissement, la secrétaire affirme que ce nom ne figure pas dans ses registres ni dans le journal de l’université, journal auquel il a soi-disant participé. A Elkhart, dont il a fréquenté les écoles primaires et secondaires, même son de cloche. Aucune trace du passage de Marty Shaw, aucune représentation sur des photos de classe. Elle en parle vaguement à Tom Edwards, l’ami de Marty, mais celui-ci ne peut apporter aucun renseignement supplémentaire. Tout ce qu’il sait sur la jeunesse de Marty, c’est justement Marty qui le lui a dit.

Samantha est déboussolée, alors qu’elle devrait être contente ! Elle est enceinte, mais elle décide de ne rien dire, de n’en parler à personne, ni à Lynne, à Tom et encore moins à son mari. Car une autre déception l’attend. Elle téléphone au ministère de la Défense et pense qu’avec le numéro matricule militaire de son mari, elle va enfin pouvoir trouver une preuve, des renseignements sur sa jeunesse, son passé au Vietnam. Son passé ! Marty Shaw est mort au combat !

Elle consulte un psychiatre, un avocat, mais cela ne l’avance guère.

Mais que fait Marty pendant ce temps ? Il procède à quelques emplettes, un marteau  par exemple, d’une marque et d’une forme bien précise, une chaine de vélo, un petit train électrique, mais là encore d’une marque bien définie et avec ses wagons adéquats, ou encore un vieux récepteur de télévision du début des années 50, en état de fonctionnement.

Au siège central de la police de New-York, un policier est particulièrement anxieux. La date du 5 décembre est synonyme pour Spencer Cross-Wade de tragédie. En six ans, toujours un 5 décembre, six femmes ont été assassinées et Spencer n’avance pas dans son enquête. Une obsession qui le tenaille d’autant que le 5 décembre approche rapidement. Dans trois semaines ce sera la date fatidique et il faudrait un miracle pour que le début d’une piste se profile et que l’engrenage soit arrêté à temps.

La tension monte lentement, progressivement, et si William Katz dispose ces éléments par-ci par-là afin d’entretenir le suspense, on se prend toujours à se demander si Samantha est véritablement en danger, si Marty ne pense pas à autre chose en effectuant ses achats, si ce n’est pas quelqu’un d’autre qui est visé, si, si, si…

fetefatale2.jpgLes questions se bousculent mais on est bien obligé de se rendre à l’évidence, oui, quelque chose se trame. Alors l’autre question qui démange, qui devient pressante, est de savoir si réellement le machiavélisme de l’un des protagonistes va empiéter sur le pragmatisme et l’intuition des autres. Si Samantha ne va pas craquer, si elle va savoir donner le change jusqu’au bout, si justement rien ne va se dérouler selon les plans minutieusement concoctés et si tout ne va pas basculer au dernier moment.

J’avais lu ce roman lors de sa sortie en 1986, et j’avoue qu’il ne m’avait pas spécialement marqué. A la relecture j’y ai découvert une force d’évocation qui m’avait échappé, et j’y trouvé un suspense habilement concocté, sans que l’auteur décrive des scènes grandiloquentes. Tout est décrit dans la simplicité, dans un univers presque feutré mais efficace.


William KATZ : Fête fatale (Surprise-party – 1984 ; traduction de Danielle Michel-Chich). Presses de la Cité octobre 2012 (réimpression de 1986). 300 pages. 19,50€.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 09:00

Quand tu descendras à la cave…

 

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On trouve de tout dans les caves d’immeubles. De la poussière, des toiles d’araignées, de vieux objets dont on ne se débarrasse pas par sentimentalisme, des rats crevés, des ramas entreposés à la va-vite, des bouteilles, le plus souvent vides, et parfois même il arrive que l’on débusque un squatteur.

Pour une vague histoire de passage de câbles, Jacques Villeneuve descend à la cave, mais l’employé asthmatique ne veut pas continuer, une grosse pierre fichée dans le sol l’empêchant de travailler. Plus tard Jacques arrive à desceller ce qu’il croit être un gros caillou, et quelle n’est pas sa surprise de découvrir qu’en réalité il s’agit d’un coffre contenant dix petits sacs, une fortune en pièces d’or. Sa voisine Ludivine le surprend et après une petite gâterie qui fait du bien aux deux protagonistes, il ne peut s’empêcher de vendre la mèche. Du coup il lui faut bien faire part de sa trouvaille aux autres copropriétaires de l’immeuble.

Mais présentons ce microcosme : Jacques Villeneuve, qui oscille entre la cinquantaine et la soixantaine, sans travail, amoureux de Mozart auquel il a consacré une étude qui a connu un succès inespéré et continue dans l’écriture. Il absorbe régulièrement ses verres d’huile afin de se graisser les neurones. Ondine, sa compagne, sa cadette de vingt ans, est quelque peu folâtre, et sans aucun complexe, surtout lorsqu’il s’agit de dépenser l’argent de Jacques. Ludivine, rousse flamboyante, très portée sur la fellation, ce qui est peut-être la cause de sa propension à employer un mot pour un autre, et mère de Greg, un gamin qui veut à tout prix se fourrer la tête dans une bonbonnière et dont la conversation se limite à des aga, aga. Aurore possède un chien, un chowchow nommé Mao, un chat qui répond au nom de Tsé Toung, un perroquet, et n’est pas franchement affriolante avec sa tête de gargouille. Ensuite, Gérard, qui habite la loge de concierge, ancien typographe à la retraite et qui s’amuse à tirer sur les pigeons se nichant dans le marronnier du jardinet. Cédric, prof de lettres, ancien maoïste, pince-sans-rire, citant à tout propos Baudelaire, appréciant les boissons fortes et les films d’horreur. Le docteur Schlick est un cas lui aussi : affligé d’une coquetterie oculaire, les cheveux gominés, le stéthoscope en bandoulière, affublé d’une blouse blanche, débordant de vitriol avec une tête pleine de clochettes, il a une bonne (à tout faire ?) nommée Mélia. Enfin le seul couple officiel de l’immeuble, les Benabid, surnommés avec ironie Benaventre par Schlick. Ils ont recueilli leur petite fille Nébia à la mort de ses parents dans un accident, Nébia qui aime grimper dans le marronnier au grand dam de Gérard qui a peur de toucher la gamine de dix ans en tirant sur les pigeons.

Maintenant que tous les personnages principaux vous ont été présentés, introduisons-nous subrepticement dans l’appartement du docteur Schlick qui organise un repas afin de réunir tous ces copropriétaires face à cette manne tombée de la cave. Seulement le cochon de lait et le lapin prévus au programme des réjouissances gustatives ne sont pas exactement les animaux servis dans les assiettes des convives. C’est ce que Mélia découvre en tournant de l’œil en ouvrant sa cuisinière. Figurez-vous son étonnement, et son horreur, en se retrouvant nez à nez avec les têtes de Mao (le chien) et de Tsé Toung (le chat) les animaux d’Aurore qui n’avaient aucunement besoin de se réchauffer mais se retrouvent refroidis par la malice d’un petit malin qui se joue des nouveaux millionnaires en herbe (de Provence).

Un coup de froid pour Aurore qui perd la raison et est hospitalisée. Quand la bague de Gérard, qui n’a pas donné de ses nouvelles depuis quelque temps, est retrouvée dans le ventre d’un poisson acheté sur le marché, l’inquiétude grandit. Ce n’est pas encore l’affolement mais tout le monde se pose des questions. D’autant plus que les décès, accidentels apparemment, se succèdent. Les optimistes se consolent en se disant que moins de monde il y aura à se partager la galette, plus les parts seront conséquentes.

 

Petit papa Noël, dont le titre trouve sa justification dans le déroulement du récit, nous emmène un peu sur les traces d’Agatha Christie et à son célèbre roman Les dix petits nègres. Un hommage mais en même temps une œuvre personnelle, avec une trame humoristique, comprenant de très nombreuses références cinématographiques et littéraires. Ce qui n’empêche pas l’auteur, au contraire, de placer des coups de griffes qui trouvent leur justification dans un contexte actuel. Ainsi Cédric, prof de lettres je le remémore, se positionne en se posant des questions fondamentales : « S’il ne pouvait pas donner ses cours sans risquer des insultes et même des coups, il se sentait en droit de demander des comptes à la République. Tous ces politiques, syndicalistes et intellectuels qui s’exprimaient à la place des profs, des gens de terrain, il les maudissait ».

Mais restons philosophes, quelles que soient les circonstances. Et si comme Jacques Villeneuve, le héros de ce roman et non l’ancien champion automobile de formule 1, vous demandez à votre compagne lorsqu’elle se rend à un rendez-vous : « Et tu vas y aller comme ça, en mini et en string ? », ne vous étonnez pas si elle vous rétorque : « Le string, personne ne le voit. La mini, c’est la mode », il est évident que vous aurez posé la mauvaise question, au mauvais moment.


François CERESA : Petit papa Noël. Pascal Galodé éditeurs. 184 pages. 18€.

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 14:21

Les coïncidences littéraires existent, je les ai rencontrées !

 

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La mise en ligne de ma chronique concernant le remarquable ouvrage de John Curran : Les carnets secrets d’Agatha Christie, m’a donné l’idée de remettre un article sur un essai non moins remarquable datant de 1989, dû à Annie Combes, et qui mériterait d’être diffusé plus largement.

Qui n’a jamais lu au moins un roman d’Agatha Christie, La Bonne Dame de Torquay, La Reine du crime, La Duchesse de la mort, comme l’ont surnommée certains critiques ?

Qui n’a pas été tenté de découvrir en compagnie d’Hercule Poirot ou de Miss Marple l’auteur d’un crime savamment agencé ?

Qui ne s’est jamais senti frustré à la fin du roman en s’apercevant que le criminel n’était pas celui auquel on pensait ?

Pourtant Agatha Christie avait déposé ça et là des indices, des leurres également, qui devaient permettre d’accéder à la bonne solution.

Annie Combes, dans cet essai, cette étude sur les romans christiens, sur les différents personnages, sa façon d’écrire, analyse, commente, déchiffre, explore et donne envie de relire d’un regard neuf des romans souvent trop vite lus. Un essai passionnant de bout en bout, écrit sur un mode ludique et attrayant. En effet on peut lire cet ouvrage chapitre après chapitre, lecture conventionnelle, ou en suivant des axes grâce à des renvois en marge, ou encore en sélectionnant ses chapitres.

Les marges comptent pour beaucoup dans cet ouvrage, puisqu’elles comportent de nombreuses notes souvent indispensables, des exemples, des compléments d’information, des renvois à tel chapitre, etc.

Un très gros travail effectué par une passionnée des romans d’Agatha Christie, une passionnée qui sait en même temps se montrer impartiale, reconnaissant que certains romans cèdent à la facilité. Un ouvrage de référence indéniable.

Annie Combes ne manque pas d’humour. Par exemple page 179, dans un chapitre consacré au rôle des chiffres dans l’œuvre christienne, en conclusion de la partie dédiée au chiffre 9, elle termine par cette phrase : pour écrire un récit d’énigme novateur, c’est dans le montage de l’intrigue et l’écriture indicielle qu’il faut chercher du neuf !

Un chapitre, parmi tant d’autres, qui a retenu plus particulièrement mon attention et suscité mon intérêt, c’est celui de la traduction. En effet souvent les romans d’Agatha Christie ont souffert de coupures, de négligence, d’une certaine facilité et même d’un je-m’en-foutisme certain de la part des traducteurs et/ou de l’éditeur. L’exemple le plus connu et qu’Annie Combes ne cite pas, est celui des Dix petits nègres, dont la solution finale est entièrement tronquée*.

 

*Cette chronique date de 1989, et heureusement depuis Les éditions du Masque (anciennement Librairie des Champs Elysées, le Masque étant alors une collection) ont entrepris à partir de 1990 un très gros travail de retraduction, et il vaut mieux lire les ouvrages publiés depuis, soit au Masque dans la collection Les Intégrales ou dans Le Livre de Poche, en vérifiant si la mention nouvelle traduction complète (ou similaire) est apposée.

En conclusion un travail de recherche effectué avec sérieux, qui se lit comme un roman, passionnant de bout en bout, écrit par quelqu’un qui pousse l’humour ou l’identification en possédant les mêmes initiales qu’Agatha Christie !

 

Disponible uniquement chez l’éditeur :

http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/agatha-christie/

 

Annie COMBES : Agatha Christie, l’écriture du crime. Collection. Réflexions faites. Essai édité par Les Impressions Nouvelles. 1989. 304 pages. 21€.


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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 06:58

Mon beau sapin, roi des forêts...


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Mais que font donc San-A, son fils Toinet, l’impayable Béru et l’inénarrable Berthe sur les pistes de ski de La Toussuire en cette veille de Noël ? Pour skier me rétorquerez-vous ! Accessoirement répondrai-je, mais surtout pour accomplir une mission.

Vous me croirez ou pas mais ils doivent refroidir un dénommé Pipo Fellaci, moniteur de ski. C’est pour de faux, mais vous ne le direz pas, promis ? Seulement voilà qu’un grain de sable sous la forme de Lanturleau vient semer la pagaille dans une opération bien huilée. Lanturleau qui fut un collègue de promotion de San-A et est actuellement en poste à Albertville. Un choc percutant incontrôlé contre le traineau qui emmène le corps de Pipo à la station, et l’homme est définitivement réduit en cadavre. Enfin pas vraiment. Pipo a la vie dure, mais le chewing-gum qu’il vient d’ingérer lui est fatal. On n’échappe pas au cyanure.

Mission ratée pour San-A et ses acolytes, qui devaient simuler une agression afin de mettre Pipo à l’abri d’un agresseur coriace, ingénieux et fétichiste. En effet depuis le mois d’août, le 23 de chaque mois exactement, un homme est assassiné dans des circonstances spécifiques et raffinées. Le premier de la liste, Mekèl Belboul, moniteur de rafting, est abattu à coups de flash-ball alors qu’il essayait d’enseigner les rudiments de ce sport à des adolescents. Le 23 septembre, Situva Tuvaniké décède lors d’un saut à ski, sa corde ayant été sabotée. Le 23 octobre, Vaszy Kaszilpö est déchiqueté par une balle de golf piégée, et pourtant le golf n’est pas réputé pour être un sport extrême. Le 23 novembre une jeune femme en goguette décède des inhalations d’une cigarette empoisonnée. Mais il ya eu erreur sur la personne, c’était Pipo qui visé et qui n’écoutant que son bon cœur avait offert la cibiche mortelle à la défunte, en attendant des relations moins tabagiques et plus charnelles.

L’enquête sera courte dans le temps mais réservera de nombreuses surprises à nos protagonistes, les cadavres s’essaimant dans la station de ski et ses alentours comme des cailloux noirs et roses sur la neige virginale.

Berthe saura alimenter la jalousie de Béru en surfant sur les vagues du plaisir tandis que son mari rongera son frein en ne la retrouvant pas dans le lit conjugal et hôtelier. Patrice Dard qui a repris le flambeau à la disparition de Frédéric Dard, et peut-être même avant, possède le ton, la verve, le sens des dialogues et des situations qui nous étaient chères, redonnant aux aventures de San-Antonio ce côté bon enfant que l’on appréciait dans les années 60.

La bonne humeur, quelques coups de gueule, des parenthèses comme celle concernant le pourquoi du S à essuie-glaces alors que le pare-brise n’est que d’un seul tenant, mais beaucoup moins de digressions pessimistes qui engluaient les aventures de San-A dans les années 90. Un bon cru placé sous le signe du tabac, en témoignent les têtes de chapitres, tandis que les différentes parties du roman font référence à des films.


Patrice DARD : Ça sent le sapin. Les nouvelles aventures de San-Antonio. N° 20. Editions Fayard. Mars 2010. 7€.

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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