Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 05:43

Hommage à Albert Uderzo, décédé le 24 mars 2020.

Philippe Cauvin et Alain Duchêne : UDERZO, L’intégrale. Volume 1 1941 – 1951.

Y’a-t-il une vie avant Astérix ?

Uderzo ? Personne ne l'ignore, cet homme est le créateur avec Goscinny du plus célèbre Gaulois de la planète…

Mais saviez-vous qu'Astérix est l'arbre qui cache la forêt ?

 

Avec Uderzo, l'Intégrale, Philippe Cauvin et Alain Duchêne, deux admirateurs de la première heure, nous dévoilent les multiples facettes de ce dessinateur hors pair, un autodidacte incroyablement doué.

Les auteurs ont accompli un travail considérable de recherche et de restauration des planches et illustrations. Avec la complicité du maître… qui préface l'album et leur a donné accès à ses propres archives ! Une mine de merveilles que les auteurs nous font découvrir avec ce premier volume consacré aux œuvres de la décennie 1941-1951.

Flamberge, Clopinard, Clodo et son oie, Prince Rollin, Arys Buck, Belloy, Zidor, ou encore Superatomic « Z » sont autant de personnages qui alimentent les pages des nombreuses parutions de la décennie 1941-1951.

Avant de devenir le père d'Astérix, Albert Uderzo a aussi approché le dessin animé, dessiné des brevets militaires et illustré les «chiens écrasés» de France-Dimanche et les romans noirs à épisodes de France-Soir, quotidien incontournable de l'époque.

 

Uderzo, l'Intégrale révèle une œuvre riche et plurielle, du dessin d’humour au réalisme en noir et blanc en passant par le « comics ». La maîtrise du trait et du mouvement est toujours impressionnante.

 

« LES INSTITUTIONS DANS LA BD, ÇA N’EXISTE PAS. CE SONT LES LECTEURS QUI FONT LE SUCCÈS. C’EST AUSSI SIMPLE QUE ÇA ! »

 

Albert Uderzo (Introduction à l’Intégrale 1941-1951) :

C’est un événement majeur pour le 9e art : L’Intégrale Uderzo, réalisée avec sa participation, réunit enfin toutes les planches introuvables de ce géant de la bande dessinée. Une œuvre immense, extrêmement variée et bien souvent méconnue ! 1941-1951sont celles des débuts :

424 pages de pur bonheur graphique et de trouvailles, qui donnent déjà toute la mesure du génie d’Uderzo.

 

À découvrir en version intégrale, tous les dessins, séries et albums de 1941 à 1951 :

• Dessins d’enfance et de ses débuts pendant la guerre, illustrations au service militaire…

• Les premières séries de presse pour la jeunesse : Flamberge gentilhomme gascon, Clopinard le dernier des grognards, vagabond espiègle et son acolyte Grogui, à l’allure déjà « enveloppée », Les aventures de Clodo et son Oie, strip cocasse à la française publié dans un quotidien, Zidore l’homme-macaque, version burlesque de Tarzan…

• Les séries d’aventure dans le magazine OK : Arys Buck et son épée magique, Le Prince Rollin, Belloy l’invulnérable, des comics signés Al Uderzo pour faire américain, qui regorgent d’action et d’humour, avec scènes de bagarres, duos de héros et jolies princesses à délivrer…

• La série Capitaine Marvel Junior pour le journal Bravo, et Superatomic Z pour 34 aventures…

• Les dessins de presse époustouflants pour France-Dimanche et France-Soir de la grande époque, où Uderzo illustre les faits divers et le Tour de France en bande dessinée. Albert Uderzo est un des dessinateurs vivants les plus connus dans le monde.

À 4 ans, sa maîtresse de maternelle repère son talent pour le dessin.

A 7 ans, il découvre sa vocation avec le Journal de Mickey.

À 14 ans, il publie son premier dessin.

En plus de 70 ans de carrière, Uderzo aura tout dessiné, dans tous les styles, tous les registres, avec un génie que lui reconnaissent des dessinateurs aussi variés que Pétillon, Moebius, Zep ou Gotlib, et le succès planétaire de la série Les aventures d’Astérix avec son complice Goscinny.

Publier l’intégrale d’une œuvre aussi vaste et variée, en partie dispersée, est un défi de taille. Philippe Cauvin et Alain Duchêne, deux spécialistes passionnés, ont parcouru toute l’Europe pour retrouver, rassembler, restaurer toutes les planches originales, les journaux, les albums, et publier les milliers de dessins nés du crayon magique d’Uderzo au fil du temps.

 

Philippe Cauvin et Alain Duchêne : UDERZO, L’intégrale. Volume 1 1941 – 1951. Editions Hors Collection. Parution 11 octobre 2012. 424 pages, format 290 x 290.

ISBN : 978-2258093928

Partager cet article
Repost0
25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 04:16

Dombes la fille, dans des draps de soie…

Marcel E. GRANCHER : La fille des Dombes

Un cas de conscience taraude le père Pinard qui est veuf et élève seul sa gamine de huit ans, la petite Amandine surnommée Palmolive à cause de sa bouille qui rappelle celle de la fameuse publicité du savon familial.

Mais ses copains, à qui il vient de se confier dans l’un des bars de Saint-Alphée-en-Dombes, lui affirment qu’il n’existe aucun problème. Ils doivent se rendre au bobinard de Bourg, et ils vont emmener la petite et la confier aux dames du claque, celles qui ne seront pas occupées à satisfaire la libido de ces messieurs et à l’hygiène de leurs gonades. Et c’est ainsi que Palmolive sera chouchoutée dans un endroit normalement interdit aux mineurs, quel qu’en soit le sexe.

Dix ans plus tard, nous retrouvons les mêmes protagonistes et quelques autres. La région s’est enrichie grâce à des modifications agricoles et de nouveaux résidents venus de Lyon y passent leurs fins de semaine. Ainsi le soyeux Nouguier, propriétaire de filatures et d’ateliers de tissage à Lyon, nommé maire car il est bon d’avoir à la tête d’un commune un édile représentatif de la société huppée, organise des chasses privées auxquelles sont conviés de nouveaux riches et d’anciens nobliaux.

Palmolive, âgée de dix-huit ans, est à son service, et son fils Rémi, qui normalement était prédestiné à lui succéder, le désole car il consacre son temps à écrire et se pique de poésie. Rémi est de quelques années plus vieux que Palmolive mais il ressent envers la jeune fille une attirance sincère. De plus il prône l’amour pur et naïvement il veut préserver sa virginité pour sa promise, et réciproquement, ce qui fait qu’il ne connait pas grand-chose aux femmes et à la fonction physique dite du simulacre de la procréation.

Lorsqu’il évoque à son père de son envie de se marier avec Palmolive, celui-ci entre dans une fureur noire et l’envoie se remettre les idées en place dans son comptoir de soie à Shanghai. Arrivé en Chine, il écrit une longue lettre à Palmolive, lui narrant son voyage, et lui promettant de préserver sa vertu pour son retour. La jeune fille qui a déjà batifolé avec de nombreux compagnons de draps lui répond qu’elle vient de se mettre en compagnie du père. Cela reste dans la famille, mais Rémi en est fort marri.

 

Parfois ce texte m’a fait penser à 20 000 lieux sous les mers et quelques autres romans de Jules Verne, lorsque l’auteur dresse une liste des espèces de la faune volatile propice au carnier des chasseurs ou des arbres composant la sylve des forêts de cette région. Ou lorsque Rémi Nouguier décrit à Palmolive les différents tissus et pièces d’habillement exposés dans le Musée des Tissus, sans oublier les nombreux détails géographiques et historiques qui émaillent le récit, et les considérations sociologiques.

Les années 1928 et suivantes seront fatales à l’économie non seulement américaine mais mondiale et les soyeux lyonnais n’échappent pas à la récession. Le cours de la matière première s’effondre et tout ce qui possède un rapport quelconque avec les métiers de la soie, importateurs, tisseurs, marchands, représentants, se trouvent ruinés. Et c’est l’occasion pour ceux qui étaient méprisés, comme l’épicier invité aux parties de chasses de Nouguier, de prendre leur revanche.

Un roman parfois gaulois, égrillard, mais surtout grave car relatant une époque qui n’est guère différente de la notre et était même prémonitoire :

Tu parles comme les gens de la Maison Veuve Guérin et Cie dont en plein XXe siècle, les statuts portent en toutes lettres, au chapitre de la répartition : Quant aux bénéfices, s’il plaît à Dieu d’en laisser aux actionnaires, ou quelque chose de ce genre.

Vous êtes sinistres, lança Plantenoire. On dirait que vous craignez quelque chose… Pourtant les affaires n’ont jamais si bien marché…

Précisément, elles marchent trop bien… On produit trop… On stocke trop… Tant qu’il y a un semblant de consommation, cela va encore… Mais que les achats viennent à s’arrêter, c’est la panique, l’effondrement… Et pour peu que les changes s’en mêlent à ce moment, la ruine…

Avec la différence près, que maintenant on produit à flux tendu, à l’extérieur, et lorsque le pays se trouve en crise, il est exsangue, en manque de denrées, et je ne parle pas uniquement de masques.

 

Pour que la femme soit contente, faut toujours que l’homme redouble.

 

Marcel E. GRANCHER : La fille des Dombes. Editions Rabelais. Parution 26 juillet 1962. 256 pages.

Partager cet article
Repost0
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 05:11

…C'était sa dernièr' séance
Et le rideau sur l'écran est tombé…

Georges-Jean ARNAUD : Virus.

La séance de cinéma terminée dans le petit café de Feuilla, Bernard Maury range son matériel et s’apprête à rentrer à Rivesaltes où il est propriétaire d’un cinéma, le Rialto.

Sa petite chienne Pipette qui le suit partout n’a pas l’air en forme, et lui boit plus que d’habitude. De l’eau ou une bière car il a de la route à parcourir, vingt-cinq kilomètres environ, sur une petite route de montagne dont une partie en corniche, d’un côté le flanc de la montagne, de l’autre un ravin. Un seul véhicule peut circuler, toutefois un emplacement pour se garer est prévu.

Il se retrouve nez à nez avec son employé, Aguil, lui aussi projectionniste et était dans un village, qui lui propose de l’éclairer à l’aide d’une torche par l’arrière de son véhicule. Maury entame la descente à reculons mais bientôt dans un virage, Aguil, dont l’action était préméditée, se déplace légèrement sur la gauche, induisant dans l’erreur Maury. C’est la chute fatale. Aguil descend afin de se rendre compte. Maury est bien mort, mais la petite chienne Pipette a disparu. Il met le feu au véhicule puis rejoint Rivesaltes, la conscience tranquille, presque.

Car les gendarmes, en la personne de l’adjudant Millet est déjà là, prévenus par des voisins qui ont aperçu le début d’incendie. Aguil prétexte une panne pour justifier son retard.

Mais pour François Maury, le frère de Bernard, l’accident a été provoqué. Les mêmes conclusions que l’adjudant. Juste des suspicions, pas de preuves pour étayer leurs soupçons.

François, étudiant en médecine, était chez son frère, et sa belle-sœur Michèle, pour passer ses vacances. En réfléchissant, il constate quelques anomalies dans le récit d’Aguil, d’autant que celui-ci est proche de Michèle. Trop proche. Et une pointe de jalousie s’enfonce dans le cœur de François qui en compagnie de l’adjudant Millet va enquêter. Sa conviction est forgée. Aguil est coupable et Michèle peut-être sa complice. Mais il lui faut retrouver Pipette afin d’étayer certaines de ses conjectures. Et le comportement d’Aguil, maladif peut-être du paludisme, lui offre de nombreuses questions à creuser.

 

Georges-Jean Arnaud avec ce roman entamait sa fructueuse collaboration dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, son deuxième roman dans cette maison d’éditions après L’enfer des humiliés dans la collection Grands romans.

Déjà il fait montre d’une grande maîtrise dans la construction de ses intrigues, mais il faut avouer que depuis une décennie il avait fourni de très nombreux romans policier, d’espionnage ou de charme, pour l’Arabesque ou Ferenczi.

Il trouve son style, unique, mettant en scène peu de personnages et s’attachant surtout à la psychologie des différents protagonistes, sans pour autant négliger l’intrigue. Si un gendarme évolue dans cette histoire (deux ou trois car en de certaines occasions l’adjudant Millet met à contribution ses hommes), on ne peut pas parler d’enquête policière à proprement parler. C’est François qui se tape pratiquement tout le boulot, se déplaçant, et surtout tentant d’asticoter Aguil et Michèle par ses propos soupçonneux, afin de les amener à se dévoiler.

Le titre de Virus, adapté pour l’intrigue, est toutefois trop révélateur, et enlève au lecteur le charme de la déduction et de la découverte.

 

Georges-Jean ARNAUD : Virus. Collection Spécial Police N°226. Editions Fleuve Noir. Parution 2e trimestre 1960. 224 pages.

Partager cet article
Repost0
23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 05:03

Quelques bonnes nouvelles en ces temps

de morosité !

Gilles VIDAL : De but en noir.

Afin passer le temps agréablement, seul et sans importuns près de soi, rien de mieux que de lire un long roman ou une courte nouvelle. Selon l’humeur du moment et du temps qui nous est imparti pour nous adonner à ce plaisir solitaire.

La nouvelle est un genre méprisé en France, parait-il. Pourtant que de nouvellistes de talents ce genre littéraire compte en notre pays attaché à la Culture (si si !). Les lecteurs lambdas, comme nous je précise, pas nos édiles snobinards qui seraient incapables de citer un seul nom d’auteur sans en référer à leur secrétaire ou chauffeur.

Gilles Vidal s’inscrit parmi les écrivains talentueux pouvant tremper leur plume dans n’importe que genre et en retirer une petite perle en quelques pages. Le Noir, l’Erotisme, l’Humour, le Fantastique, l’Anticipation lui vont si bien. A chacun ses goûts, surtout si l’on aime panacher les plats épicés proposés.

Certaines de ces nouvelles ont déjà été publiées par ailleurs, chez Ska éditeur dans des versions numériques, mais, sans vouloir offenser Miss Ska, le papier c’est autre chose. C’est sensuel. Et les chroniques de ces nouvelles, vous pouvez les retrouver sur ce blog, mais ne vous inquiétez pas, je vous fournis gracieusement les liens.

 

Donc parcourons cet ouvrage et attardons-nous sur quelques textes :

Bar Zarb nous suggère de devenir plus vieux de quelques années. Zarb est ce que l’on pourrait qualifier de vieux dégueu à la Reiser. Il vit, si l’on peut appeler cela vivre, dans une bicoque délabrée, au milieu des immondices, avec un chat étriqué, malingre. Mais Zarb n’est pas inactif, surtout lorsqu’il faut dépanner un copain, contre bel argent sonnant et trébuchant. Bien évidemment. Un style littéraire bien de notre époque dans lequel se reconnaitront bien des adolescents mais les vieux comme moi ne s’y retrouvent guère.

Un coup d’essai bien arrosé pour Séverine Bourdin, c’est l’occasion de prendre une autre identité que la sienne. Elle se nomme dorénavant Eléonore Maillard, jeune commissaire de police en proche banlieue parisienne. Mais une affaire la mande en province, du côté de Cognac, car un vol y a été commis. Un vol particulier et l’histoire ne manque pas de saveur.

On part ? C’est l’histoire d’un mec qui fait la connaissance d’une fille magnifique, Dinah, dans une boîte. Elle est belle, Dinah, et elle lui fait tant d’effet qu’au bout de quelques danses il lui propose de sortir. Dinah l’emmène chez elle en voiture, qui n’est pas une Panhard.

De l’autre côté pourrait être une fable pastorale car le narrateur quitte la ville de Markszbourg et ses bas-fonds, après s’être retrouvé à la rue, fuyant un quotidien délétère. Il retrouve goût à la vie dans une campagne apaisante et est surpris par une jeune femme saine, une artiste qui l’invite à admirer ses œuvres en bois flotté.

Enfin Come in terme pourrait n’être qu’une histoire banale n’était que procéder à une simple miction peut simplifier la vie, posséder ses bons et mauvais côtés, selon le besoin et l’exigence des protagonistes.

 

Vous pouvez retrouver au hasard dans ce blog les chroniques consacrée à Maty, Plus mort tu meurs, A la gorge, Revival en cliquant tout simplement sur le titre que vous désirez découvrir.

 

Sommaire :

Maty

Plus mort tu meurs

A la gorge

Bas Zarb

Un coup d'essai bien arrosé

On part ?

De l'autre côté

Revival

Come in terme

 

Et n’oubliez pas : pour lutter contre le connard à virus, mieux vaut lire !

 

Gilles VIDAL : De but en noir. Nouvelles. Editions La Déviation. Parution 20 mars 2020. 126 pages. 12,00€.

ISBN : 979-1096373291

Partager cet article
Repost0
22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 05:46

Quand la réalité rejoint la fiction, ou presque…

Pierre PELOT : Offensive du virus sous le champ de bataille.

Les savants fous ont de tout temps existé et lorsque les gouvernements les aident dans leurs recherches, cela leur est encore plus facile à perpétrer leurs méfaits.

C’est ainsi que dans un établissement de retraite pour vétérans, dans le Missouri, le professeur Morgansen a mis au point le virus dit de la mémoire folle. Seulement l’un des virus mutants échappe au contrôle du professeur et l’un des sujets, Tony Burden, depuis août 1996 véhicule un virus contenant un fragment de mémoire d’un vétéran stressé par une mission de sabotage. Atteint et porteur de cette saloperie, il contamine tous ceux qu’il approche.

Cette mémoire parasite influe sur ces malades qui deviennent des meurtriers. La folie meurtrière se propage dans tous les états du Sud des Etats-Unis et bientôt un lien est établi entre tous ces cas. Un blocus est organisé entre les états du sud et le gouvernement, provoquant une nouvelle guerre entre Confédérés et le Nord. Morgansen disparaît, avec ou sans l’aval du gouvernement qui recherche par la même occasion ce porteur qu’est Tony Burden.

Depuis, ce vétéran âgé de soixante six ans parcourt le pays, propageant la maladie, et lorsque nous le retrouvons dans ce roman, en janvier 1997, il marche le long de la route 27, avec dans l’idée de se rendre à Knoxville dans le Tennessee. Pourquoi Knoxville ? Il n’en sait trop rien, mais il marche inlassablement.

Il arrive dans le bourg de Sunbright, muni d’un fusil qui ne le quitte jamais, les poches bourrées de munitions. Il a à son actif quelques meurtres, mais c’est bien parce que les victimes l’ont cherché.

Il longe les murs, s’agenouille sous les fenêtres, se dissimulant au maximum. Rien ne bouge. Il ne rencontre personne. Au bout du village, il aperçoit une voiture, mais le propriétaire est à l’affût derrière sa fenêtre. Les deux hommes parlementent et Burden est invité à s’introduire dans la maison. L’homme est fort remonté contre le docteur de la petite ville qui a procédé, comme l’exigent les autorités, à la vaccination de sa famille. Mais ce vaccin est mortel. Burden s’enfuit à bord du véhicule tandis que l’homme se suicide.

Ensuite le vétéran est arrêté par une troupe d’individus et les échanges ne sont guère amicaux. Des coups de feu sont échangés et Burden est emmené par l’un des belligérants en voiture. Débute alors une nouvelle pérégrination chargée de nombreux incidents. Car son sauveur affirme avoir reconnu Burden, même si celui-ci se défend de s’appeler ainsi, et vouloir le contraindre à reconnaître Morgansen dont il connait le lieu de sa cache.

L’histoire se termine un peu en queue de poisson, comme expliqué ci-dessous.

 

Après Mémoires d'un épouvantail blessé au combat (Anticipation n° 1482), Observation du virus en temps de paix (Anticipation n° 1495), Alabama Un Neuf Neuf Six (Anticipation n° 1553), Sécession bis (Anticipation n° 1565), ce roman relate la cinquième aventure de Tony Burden, un vétéran de l’armée américaine, en janvier 1997. Normalement un dernier ouvrage intitulé La ballade (sic) de Tony Burden, dernier couplet, était prévu pour paraître dans la même collection, mais apparemment il n’a jamais été publié, ou alors sous un autre titre, et n’est pas répertorié dans cette série.

Cette histoire m’a fait penser quelque peu à un mélange de la série télévisée américaine Le Fugitif et aux romans de Jerry Ahern, Le Survivant. Dans ces deux exemples, le contexte et les conditions sont différentes, mais il s’agit bien dans le cas de Tony Burden de fuir et d’échapper aux policiers du FBI, lancés à ses trousses, et à tous ceux dans la population qui voient en lui le Mal incarné, et veulent le tuer pour se débarrasser d’un porteur du virus épidémique alors que lui-même est animé d’un désir de vengeance.

A noter que la couverture n’a rien à voir avec l’histoire.

Et cela lui semblait normal d’exister désormais agrippé à ce fusil, comme un plant de haricots grimpants accroché à son tuteur.

Pierre PELOT : Offensive du virus sous le champ de bataille. Collection Anticipation N°1580. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1987. 190 pages.

ISBN : 2-265-03696-X

Partager cet article
Repost0
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 04:55

Et j’veux qu’on rie, J’veux qu’on danse
J’veux qu’on s’amuse comme des fous
J’veux qu’on rie, J’veux qu’on danse
Quand c’est qu’on m’mettra dans l’trou ?

Maurice PERISSET : Le banc des veuves.

Alors qu’il a toujours proclamé haut et fort son innocence, Sébastien Thamois n’a que dix-neuf ans lorsqu’il est guillotiné pour meurtre.

Sa mère, retirée dans un petit village de Haute Provence ne vit que pour la réhabilitation de son fils. Afin que sa mémoire ne soit pas entachée, souillée d’un crime dont il s’est toujours défendu d’en être l’auteur. Alors elle empile, elle emmagasine, elle archive dossiers, lettres, notes, preuves indices.

C’en devient une véritable obsession.

Le commissaire Jardet, en vacances avec son fils dans le petit village où vit en recluse madame Thamois, voue une sainte horreur aux erreurs judiciaires, aux affaires un peu trop rapidement bouclées. Aussi décide-t-il de lui venir en aide, aide qui ne semble guère superflue. D’étranges personnages rôdent dans la région, profitant de l’absence de la vieille femme pour venir fouiller dans la bergerie où elle a élu domicile.

Mais même si tout un faisceau de présomptions n’a jamais servi de preuves, le parti pris des « honnêtes gens » souvent est guidé par l’influence des médias. Influence parfois perverse.

Alors remuer une histoire vieille de cinq ans n’est gère aisé et ce n’est pas un passage à la télévision de la mère obstinée pour une émission intitulée Justice et Injustices qui va remuer les foules.

 

Sans verser dans le trémolo, avec sobriété, Maurice Périsset met l’accent sur les lacunes de la Justice, parfois expéditive, et l’influence souvent néfaste des médias sur l’esprit de personnes qui jugent un peu hâtivement d’après des on-dit, des racontars, et parce que dit Untel est parole d’Evangile.

Et puis il faut faire plaisir à la foule.

Une arrestation spectaculaire est toujours la bienvenue surtout si la Police reste sur des échecs consécutifs.

 

Le plus difficile pour un policier, c’est d’être objectif. On se laisse emporter par ses convictions, on est souvent victime des apparences.

Maurice PERISSET : Le banc des veuves. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution le 30 avril 1989. 236 pages.

ISBN : 978-2268004952

Réédition : J’Ai Lu Policier N°2666. Novembre 1989 et 26 février 2001.

Partager cet article
Repost0
20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 05:06
Orages, oh des espoirs !
Michel PAGEL : Orages en terre de France.

Et si la révolution de 1789 avait avorté, les guides de la France étant tenues par l’église et les représentants de la religion Catholique ?

Et si la Guerre de Cent ans n’avait jamais cessé d’exister, l’antagonisme franco-britannique perdurant depuis l’an mil ?

Extrapolant sur ces deux hypothèses, Michel Pagel narre quatre pages d’histoire, imaginant notre pays, de l’an de grâce 1991 à l’an de grâce 1995, sous la domination d’évêques, d’archevêques prenant leurs ordres et leurs consignes auprès du Vatican.

Le Roi de France, régnant dans un régime constitutionnel, fait figure de pantin. Les provinces, toujours divisées en comtés, passent successivement de la domination anglaise à l’occupation française, et vice-versa, ce qui engendre moult conflits permanents entre parents et enfants. Selon leur lieu de naissance, sol annexé par l’un ou l’autre de ces deux pays, ils vivent, réagissent en opprimés, en révoltés ou, au contraire, se conduisent en loyalistes.

Les séquelles de l’Inquisition exercent leur oppression sur la population, constituant dans certains domaines scientifiques un frein puissant. L’obscurantisme est lié à de nombreux préceptes et l’application à la lettre des commandements de Dieu, et leur déviance inéluctable, empêchent le développement des moyens de communication. “ Tu ne voleras point ” prends une signification absurde jusqu’au jour où la science est reconnue comme un progrès vital pour les belligérants.

Dans d’autres domaines, au contraire, la technologie est performante et toujours profitable aux stratégies militaires.

 

Dans ce recueil de quatre nouvelles uchroniques se déroulant dans le Comté de Toulouse, le Comté du Bas-Poitou, l’Île de France et le Comté d’Anjou, le fil conducteur est issu d’une rivalité toujours latente, d’une rancune tenace : Jeanne d’Arc et Napoléon servent de référence encore aujourd’hui dans nos récriminations quotidiennes et épidermiques.

Ce roman est la réédition d’un ouvrage paru en 1991 dans la défunte collection Anticipation du Fleuve Noir sous le numéro 1851, version revue et corrigée en 1998 dans la collection SF métal.

Ce qui à l’époque pouvait passer pour d’aimables fabliaux prend aujourd’hui une consistance nouvelle, alors que l’on nous parle de plus en plus d’intégration, de droit du sang et droit du sol, de sans-papiers, d’identité nationale et tout le tintouin.

Michel Pagel qui alterne romans humoristiques et récits plus sérieux, plus graves dans la teneur et le propos, possède plusieurs cordes à son arc. Il construit petit à petit une œuvre solide, et s’inscrit, non seulement comme une valeur sûre de la jeune S.F. française (à l'époque de la première édition de ce roman) mais comme un romancier tout court.

 

Première édition Collection Anticipation N°1851. Parution décembre 1991.

Première édition Collection Anticipation N°1851. Parution décembre 1991.

Réédition Collection S.F. métal, N°48. Fleuve Noir. Parution mars 1998.

Réédition Collection S.F. métal, N°48. Fleuve Noir. Parution mars 1998.

Michel PAGEL : Orages en terre de France. Réédition Collection Hélios. Les Moutons Electriques Editions. Parution 13 mars 2020. 198 pages. 7,90€. Version numérique : 5,99€.

ISBN : 978-2361836511

Partager cet article
Repost0
19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 04:53

Un épigone d’Arsène Lupin !

Yves VARENDE : Toujours plus fort. Lord Lister N°2.

Au début du vingtième siècle, les petits fascicules allemands ou néerlandais avec personnages récurrents proliféraient, et Harry Dickson est le plus connu de ces héros imaginés par d’obscurs écrivaillons.

Jean Ray s’est emparé de la série des Harry Dickson, adaptant et réécrivant les aventures du célèbre Sherlock Holmes américain, puis en imaginant et rédigeant de nouvelles péripéties. Mais bien d’autres héros eurent les faveurs du public et parmi eux Lord Lister, dit Sinclair le mystérieux inconnu, ainsi que Buffalo Bill, Nick Carter…

Trente fascicules ont été publiés en France dans un savant désordre entre 1909 et 1911, tandis qu’en Belgique ce furent quatre-vingt dix numéros qui virent le jour entre 1925 et 1932. Et Allemagne la série débuta à partir de la mi-novembre 1908. Ces renseignements, je les ai puisés dans ce volume des aventures de Lord Lister grâce à l’érudition d’Yves Varende qui lui-même a réécrit, adapté, nettoyé, restauré, dépoussiéré quelques-uns de ces fascicules qui ont gardé leur fraîcheur et leur naïveté parfois. Les principaux auteurs de ces fascicules se nommaient Kurt Matull et Théo von Blankensee mais bien d’autres polygraphes apportèrent leurs pierres, parfois un peu lourdes à digérer, dans cet édifice.

Dans sa préface, Yves Varende, pseudonyme de Thierry Martens qui fut aussi un auteur de bandes dessinées belges et rédacteur du journal Spirou de 1969 à 1978, nous décrit cette période prolifique, avec tous les nombreux personnages qui furent des héros immortels et qui est une marque de fabrique germanique, puisque de nos jours les fascicules consacrés à Perry Rhodan notamment connaissent toujours un succès de librairie tandis qu’en France ce genre de publications n’existe plus depuis des décennies et la fin des éditions Ferenczi.

Ainsi dans cette préface, écrite entre janvier et octobre 1995, peut-on lire quelques réflexions intéressantes qui de nos jours prennent encore plus d’ampleur, de pertinence et de justesse.

Quelques romanciers populaires ont parfois l’honneur d’une consécration dans la collection Bouquins de Robert Laffont, mais il reste beaucoup à faire et les « directeurs littéraires » sont souvent d’une inculture notoire pour tout ce qui ne leur a pas été enseigné par Lagarde et Michard. Ces intellectuels ne lisent que ce qui est à la mode et se gardent bien de défricher les sentiers rendus à la végétation. Inutile de demander à ces pantouflards qu’ils découvrent les ruines sublimes perdues dans la jungle !

 

Autre réflexion non dénuée de bon sens adressée cette fois aux auteurs.

On ne compose malheureusement plus beaucoup de tels univers populaires de nos jours. S’il y a désaffection pour la lecture, c’est peut-être parce que trop d’auteurs oublient que le but essentiel d’un écrivain doit être d’offrir une agréable détente à ses amis lecteurs, même s’il aborde parfois des sujets plus difficiles ou ouvrant des controverses.

Le rêve des dirigeants de nos sociétés est d’offrir de la détente insipide et sans saveur pour que le cirque politique devienne le dernier spectacle à la mode. Ils interdiraient volontiers de réfléchir hors des sentiers battus et craignent ce qui n’est pas « politiquement correct ».

Lorsque l’on veut filtrer l’information, diriger la pensée, limiter l’expression et imposer des œillères au peuple, la démocratie ne se distingue plus beaucoup des dictatures qu’elle prétend combattre. L’homme n’est plus considéré que comme un contribuable fiché et numéroté, destiné à assister, impuissant, au festival des canailleries des partis et des puissants qui se partagent le pouvoir.

 

Après cette longue présentation fort instructive, et pertinente, suivent quatorze nouvelles ayant pour protagoniste principal Lord Lister, nouvelles précédées d’une présentation de l’auteur, ainsi qu’un court texte qui avait servi de remplissage pour Les esprits de Bertha Dunkel mais qui peut se lire indépendamment du texte originel.

 

Je reviendrai plus longuement sur chacune de ces nouvelles, si j’en ai le temps (voire le courage), mais juste un petit mot pour vous mettre en appétit sur La ville de la nuit éternelle.

L’action se déroule à San Francisco où se rendent Lord Lister et son inséparable jeune ami et adjoint Charley Brand. Lister veut se procurer un produit spécial auprès de l’un des Chinois de la ville et tous deux se trouvent entraînés dans une sombre histoire d’enlèvements de jeunes filles. Et le lecteur captivé les suit dans leurs déambulations souterraines, le sous-sol de San Francisco et plus particulièrement le quartier chinois, le Chinatown californien, étant aménagé en véritable labyrinthe creusé par les habitants eux-mêmes sous la férule d’un mystérieux chef de bande d’une triade.

Cette périlleuse mission est le reflet d’une psychose de l’époque, le péril jaune souvent traité par de nombreux romanciers populaires dont le principal représentant est sans conteste Sax Rhomer et son personnage de Fu-Manche, initié par le Capitaine Danrit dans L’invasion jaune. Et cette ville souterraine inspira à Henri Vernes une aventure de Bob Morane, La cité de l’Ombre jaune en 1965.

 

 

Sommaire :

Préface.

La ville de la nuit éternelle

Baxter en vacances

Une périlleuse mission de confiance

L'affaire de la canonnière

Le trésor de guerre du Roghi

Une campagne électorale

Le secret du coffre-fort

Le trésor sacré de çiva

Le vase de Chine

Une mirifique agence de voyage

Un vol au musée

La torpille aérienne

Le saint en argent

Les esprits de Bertha Dunkel

Marholm, détective

Bibliographies : Lord Lister en langue française et Lord Lister en langue allemande.

Table des matières.

 

A noter également en hors texte la reproduction en couleurs des couvertures des quatorze premières nouvelles.

Yves VARENDE : Toujours plus fort. Lord Lister N°2. Collection Volume. Editions Lefrancq. Parution juin 1996. 1004 pages.

ISBN : 978-2871532835

Partager cet article
Repost0
18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 05:29

Sans fleurs ni couronnes…

Francis RICHARD : Regrets éternels.

Depuis quelques temps, le Vieux semble se ramollir. Il n’a plus autant d’allant, d’entrain, regarde évasivement le plafond, ne répond pas ou à contresens à ses interlocuteurs.

C’est ce que remarquent Francis Richard, agent secret, et son collègue Madrier dit Merdouille à cause de sa propension à utiliser ce terme à tout propos.

La cause de cette conduite inhabituelle réside en une phrase : Valsetti n’est pas mort. Le Vieux l’a rencontré et il ajoute qu’il envoie son meilleur souvenir à Francis Richard. C’est impossible pense celui-ci qui est tout éberlué mais ne précise pas le pourquoi. Valsetti était un agent de l’autre bord et il est mort. Et si Richard en est persuadé, c’est parce lui-même a appuyé sur le revolver fatal. Mais pour tous, il s’agit d’un meurtre imputé à un inconnu.

Donc Valsetti serait vivant. D’ailleurs Richard est convié à une séance de spiritisme chez un voyant nommé Eliphelme de Saint-Phaas. Un nom qui provoque un rire inextinguible chez l’agent qui se souvient de ses lectures, et plus particulièrement du roman La Double vie de Théophraste Longuet, de Gaston Leroux, roman dans lequel évolue le personnage de d’Eliphas de Saint-Elme.

La séance se déroule donc chez le voyant mais Richard ne découvre aucun trucage, aucune supercherie. L’homme se contente de taper sur sa table avec ses doigts, comme s’il était animé par le mort s’exprimant en Morse. Et il repart chargé d’une mission, récupérer des documents dans un fauteuil arrière d’une voiture. Seulement l’opération se déroule en queue de poisson et Olga, celle qui fut la maîtresse de Valsetti fait sa réapparition. Richard est même kidnappé mais il parvient à s’échapper, dans des circonstances heureuses.

Il découvre que Eliphelme de Saint-Phaas, un alias, est hypnotisé dans un salon de coiffure, recevant ses informations sous un casque-séchoir. Ses pérégrinations l’amènent à soupçonner soit la gérante, soit l’employée. Alors en compagnie de Merdouille, pardon de Madrier, il s’élance sur leurs traces, mais il y aura de la viande morte au bout du chemin.

 

L’intrigue de ce roman mi-espionnage, mi-policier, est particulièrement tarabiscotée, mais l’auteur, Francis Richard qui donne son nom au héros, s’en sort avec les honneurs. Si certains de ses romans ne sont guère convaincants, celui-ci tient bien la route et n’a pas vieilli, même si, publié de nos jours, il faudrait procéder à quelques rectifications et à des ajustements. Et il existe une bonne dose d’humour qui cache quelques faiblesses. Mais aussi une grande part est dédiée au hasard, hasard sans lequel les romanciers populaires n’arriveraient pas à imaginer leurs intrigues.

Sous le pseudonyme de Francis Richard se cachait Paul Bérato, plus connu sous les alias d’Yves Dermèze, pour des romans en tous genres allant du policier au roman de cape et d’épée, et de Paul Béra, grand fournisseur des collections Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Francis RICHARD : Regrets éternels. Collection Service Secret 078 N° 31. Editions S.E.G. Parution 3e trimestre 1961. 96 pages.

Partager cet article
Repost0
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 07:15

J'ai rêvé New York, New York City sur Hudson...

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis.

New-York, ville fantasme pour beaucoup d’entre nous qui ne pourrons jamais nous y rendre sauf en imagination.

Alors, fermons les yeux et laissons-nous porter par les images. La statue de la Liberté en premier, le symbole pas toujours respecté, puis au cours de nos déambulations divagantes, les gratte-ciels, érigés ou tombés sous l’impact d’objets volants bien identifiés, Central Park, havre de calme et sanctuaire des oiseaux migrateurs ou des noctambules, Greenwich Village, Manhattan, le Bronx, Harlem, Brooklyn, Staten-Island, un brassage racial et culturel, tout un imaginaire forgé par nos lectures ou cinématographiques. Rappelez-vous West Side Story et combien d’autres.

Mais les auteurs des nouvelles proposées dans cette anthologie n’empruntent pas toujours les sentiers battus, et nous entraînent dans leurs délires souvent anticipatifs, à moins qu’ils reviennent sur des épisodes plus ou moins marquants du passé.

 

Extrayons quelques aspects de l’univers décrit par ces nouvellistes.

Lou Jan nous permet de visiter New-York à l’envers. Les gratte-ciels sont devenus des grottes-ciels, la population vivant sous terre, dans des immeubles qui reproduisent ou presque à l’identique à ce qu’il y avait avant. Une vieille Chinoise s’est attelée à une tâche rémunératrice dans un but bien précis. Et lorsqu’elle remonte à la surface, près de deux cents marches à grimper, elle doit se munir d’un masque. Mais la nature n’est pas une entité facile à domestiquer.

Nicolas Pagès, avec Sinatra's nightmare s’empare d’un mythe dont Lovecraft conta les exploits maléfiques : Nyarlathothep, le mythe au logis du reclus de Providence. Une déambulation urbaine et nuisible. Il est à la recherche d’un gros poisson susceptible de pouvoir lui permettre de réaliser un projet maléfique et il le trouve en la personne d’un opérateur de marchés boursiers. Celui que l’on appelait dans le temps un courtier et qui par snobisme est devenu un trader.

 

Jean-Hugues Villacampa avec Phenomenae NY nous propose de nous emmener aux Etats-Unis, en compagnie de Randolph Derleth, professeur d’occultisme, qui assiste en compagnie d’une jeune dame, Carmélia, à des événements étranges dans Central Park. Et de fil en aiguille, il va faire connaissance d’autres protagonistes dont le mari de Carmélia, John-Hugues, bouquiniste. Un clin d’œil, pour qui reconnait en ce personnage la figure même de l’auteur, et qui va en amener d’autres. Le thème central est l’annonce de la conjonction de cinq planètes, phénomène rare, en ce mois de juillet 2016, et dont la statue de la Liberté va se trouver comme le clou de cette histoire piquante. Jean-Hugues Villacampa se laisse aller dans un imaginaire débridé et réjouissant.

Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue conseille François Rahier. Le narrateur doit rencontrer le traducteur d’un roman inédit de James Blish, un certain Pierre Normant qu’il connait bien sans jamais l’avoir rencontré. C’est à New-York qu’ils vont pouvoir enfin se rencontrer pour la première fois, mais chaque rendez-vous programmé se solde par une échappatoire rapide de Normant qui pense être suivi par deux individus, à moins qu’il prétexte un entretien ne demandant aucun délai. C’est l’occasion pour le lecteur de se rendre en plusieurs endroits dont Flat Iron ou l’Intrepid Sea-Air-Space Museum où est exposé par la NASA la navette spatiale Entreprise. Star Trek fera toujours rêver.

 

Alain Blondelon nous emmène dans un endroit calme, prisé des amoureux, Westchester Creek. Sabine, qui est une Réceptrice, a rendez-vous avec Joshua, un policier du FBI, et Peter, journaliste et amant de la jeune femme. Ils ont été convoqués pour comprendre ce qui a pu amener un homme à tuer sa femme dans un hôtel. Pourtant il l’aimait. Il semblerait que des êtres maléfiques se cachent dans les eaux de l’East River. Eaux troubles sur Westchester Creek.

En l’an 2066, la Terre est sous une chape de glace, conséquence d’une éruption cataclysmique du supervolcan du lac Toba au centre de l’île de Sumatra, et qui avait suivi celle du supervolcan de Yellowstone, quelques décennies auparavant. L’humanité a presque disparu de la surface du globe. Pourtant dans Central Park, un homme survit en compagnie de son fils. Sa femme vient de décéder. Il creuse la glace à l’aide d’un piolet afin de récupérer des racines qu’il mange crues. Quand à la boisson, il n’en manque pas, se servant dans les caves du Plazza, l’hôtel où il s’est réfugié en compagnie de son gamin. Le réchauffement climatique n’est plus à l’ordre du jour et Oksana et Gil Prou nous délivrent leur vision apocalyptique d’un futur proche dans L'écrin de glace.

 

Je pourrais continuer ainsi en vous présentant d’autres textes issus de cette anthologie, qui telle la palette d’un peintre pessimiste, visionnaire, morbide, dessine un avenir dont le thème central est la Grosse Pomme rongée par les vers. Toutefois au milieu de cette sombre description quelques détails montrent de fragiles lueurs d’espoir.

Mais je vous sens impatient de commander cet ouvrage afin de pouvoir le lire et vous forger votre propre opinion. Ce qui est louable et je vous y encourage fortement.

Philippe Ward a composé subtilement cette anthologie en offrant leur chance à quelques jeunes ou nouveaux auteurs encadrés par des romanciers qui ont déjà fait leurs preuves, aussi bien chez Rivière Blanche que chez d’autres éditeurs.

 

Sommaire :

JAN Lou : Une vieille Chinoise

MAUGENDRE Paul : Agir

LEVEQUE Samuel : Ajaw

GADPY Jean-Christophe : Hypothèse New-York

PAGES Nicolas : Sinatra's nightmare

VILLACAMPA Jean-Hugues : Phenomenae New York

GARCIA Ricardo L. : Le Phénix revient toujours

RAHIER François : Pour la forêt de Birnham, allez au 530 W2e rue

BLONDELON Alain : Eaux troubles sur Westchester Creek

PROU Oksana & Gil : L'écrin de glace

MARGAUX Dando Reyreau : Irish punt

GALLERNE Gilbert : Treizième étage

DURAND Frédérick : Les ombres délivrées

ROSSELET Dola : Devenir gris

UNBEKANNT Artikel : Aux morts

LATOUR Marie : Harlem Ghetto

ZAROFF : Jugement fatal

LAMUR Sylvain : Première classe, tarif éco

HALL Ellen Turner : Les mêmes mains

 

Collectif : Dimension New-York 3. Technopolis. Présentation de Philippe Ward. Préface de Jean-Christophe Gapdy. Collection Fusée N°88. Editions Rivière Blanche. Parution le 1er février 2020. 360 pages. 26,00 €.

ISBN : 978-1612279527

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables