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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 04:37

Dans l’enfer du quotidien…

Gaétan BRIXTEL : Deux heures à tuer.

Dans la sphère littéraire des nouvellistes talentueux, Gaétan Brixtel trace son sillon, tranquillement, obstinément, malgré le rejet quasi systématique des lecteurs qui considèrent ce genre comme mineur, ou alors qui se tournent vers les valeurs américaines, supposées plus enrichissantes intellectuellement. Une erreur de plus quand on sait que souvent les pays anglo-saxons se réfèrent à l’un de nos meilleurs représentants, Guy de Maupassant.

L’univers de Gaétan Brixtel est intimiste et au fur et à mesure que Miss Ska (gloire à elle qui sait dénicher les talents hauts) nous invite à lire ses textes, il nous délivre ses angoisses, ses peurs, son stress, adaptés de son quotidien, fictif ou réel.

Deux heures à tuer ne déroge pas à son habitude de se mettre en scène narrativement via l’emploi de la première personne dans son environnement géographique. C’est lui et pas lui à la fois, comme si son double écrivait à sa place, ou le contraire. Comme s’il rédigeait les mémoires de son moi.

 

Le début de ce texte est fort et s’impose telle une image prégnante dans un contexte morbide. Le narrateur déclare qu’à la suite d’un entretien d’embauche avec une directrice des ressources (in)humaines en compagnie du maire, il tranche la tête de cette femme avec ses ongles, sous les rires de l’édile. Trop beau pour être vrai.

L’embauche n’est que fictive. Un rêve ou un cauchemar. Et en attendant de se rendre à la médiathèque, il se prépare. Il est midi et a donc deux heures à tuer. Alors il procède à ses petits rituels, presque comme des troubles obsessionnels compulsifs, sans oublier de prendre son cachet d’anxiolytique.

Puis il part pour la médiathèque en voiture, et connait des déconvenues, des agacements, des contrariétés qui n’arrangent ni son moral ni son comportement.

 

Deux heures dans la vie d’un jeune homme, c’est rien, c’est peu. Et c’est beaucoup aussi, car en deux heures, c’est fou ce que l’on peut faire et ressentir. J’ai écrit fou ? Oui, car en lisant cette nouvelle, je n’ai pu m’empêcher de penser, alors qu’il n’y a aucune corrélation, à la nouvelle de Nicolas Gogol : Le journal d’un fou.

 

Gaétan BRIXTEL : Deux heures à tuer. Nouvelle numérique. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Parution le 22 mars 2020. 1,99€.

ISBN : 9791023408065

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 03:11

Mais ce n’est pas du cinéma…

Gérard STREIFF : Napalm d’or. Les enquêtes de Chloé Bourgeade.

Chargée par son rédacteur en chef, Bergeron, de rédiger un dossier intitulé La communauté US, réseaux et filières pour Les Papiers Nickelés, la revue pour laquelle elle est pigiste, Chloé Bourgeade lit par hasard un article relatant l’agression d’un Américain à l’Hôtel California.

Ernest Médina était un armurier, un marchand d’armes, et il participait à un dîner organisé lors du Salon Mondial de la Sécurité. Dans les toilettes il avait été agressé par un individu qui lui avait jeté à la tête une sorte de bombe incendiaire. Depuis il est mal en point et il n’est pas sûr qu’il en réchappe. Dans son casier, un petit mot ne comportant que ces deux mots : From Mowgli.

Chloé en fait part à son ami Racine, libraire-expert qui revient de Bruxelles pour le compte de la BNF, lui apprenant qu’elle a déjà entamé ses recherches pour la rédaction de son dossier et que son patron fut marié, il y a déjà un bon bout de temps à Angela Capra, une Américaine reporter indépendante. Et Chloé a décidé de rencontrer cette pointure du journalisme pour récolter des informations de première main.

Or l’entretien dont se réjouissait Chloé tourne court. En effet Angela Capra est retrouvé morte dans la Cathédrale de la Sainte-Trinité, une église américaine (orthodoxe) sise non loin du Georges V. Chloé glane d’autres informations dont le nom du produit qui aurait été balancé sur la tête d’Ernest Médina.

Le restaurant où ils ont pris l’habitude de se retrouver pour déjeuner est tenu par une Asiatique du nom de Cao, et au cours de la conversation ils apprennent que le mari de celle-ci s’est évaporé. Cao est inquiète d’autant qu’Emile Touchet, son mari, est en réalité un déserteur américain, ayant participé à la guerre du Vietnam. Il s’est forgé une identité française et depuis il siégeait en cuisine dans une relative tranquillité.

 

Dans cette histoire, Gérard Streiff place çà et là des références cinématographiques et littéraires, sous l’aile tutélaire d’Ernest Hemingway, et bon nombre de ses personnages sont principalement dotés de noms de personnalités américaines connues et celui d’Angela Capra n’est pas innocent puisqu’on peut le rapprocher d’Angela Davis, de Frank Capra et de Robert Capa.

Mais l’actualité est toujours présente et nous retrouvons les figures emblématiques, à des degrés divers, de Kissinger à la réputation sulfureuse ou le jazzman Archie Shepp. Mais ce qui prédomine en arrière-fond c’est la guerre du Vietnam, d’où le titre, et l’organisme américain dépendant du département de la Défense des Etats-Unis, la NSA, et dont les activités débordent largement du cadre qui lui imparti, pillant sans vergogne les données informatiques des pays et des particuliers, des agissements dénoncés par Edward Snowden.

L’intrigue repose pour beaucoup sur le hasard et les coïncidences, mais cela n’est pas gênant, seul le propos étant de pointer le doigt là où ça fait mal. Et de dénoncer certaines pratiques délétères, d’hier et d’aujourd’hui. Et ce n’est pas fini, la politique et l’angélisme ne faisant pas bon ménage.

 

Les Américains voudraient aimer plus la France.
Et qu’est-ce qui les empêche ?
C’est que les Français ne sont pas assez américains.

Première édition sous le titre Retour de flamme à l’américaine. Editions du Jasmin. Parution 15 avril 2015.

Première édition sous le titre Retour de flamme à l’américaine. Editions du Jasmin. Parution 15 avril 2015.

Gérard STREIFF : Napalm d’or. Les enquêtes de Chloé Bourgeade. Editions La Déviation. Parution le 13 mars 2020. 128 pages. 12,00€.

ISBN : 979-1096373314

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 04:17

Il n’y a rien de changé ? Si, en pire…

Patrick MASSON : Télé-sensation.

Un bienfait n'est jamais perdu, c'est ce que peut constater Jean Martineau, ex-flic devenu clochard à la suite d'un drame familial. Après des années d'errance sous les ponts, il est reconnu par Artus, un échotier redouté du tout Paris auquel il a rendu service des années auparavant.

Le journaliste l'héberge et lui trouve un emploi de "contrôleur" fiscal dans une maison de production dirigée par Bernard Lentier, l'animateur vedette du petit écran, spécialiste des reality shows. Or Lentier, homme affable auprès des téléspectateurs, au sourire perpétuel, n'est qu'un homme dépravé dans la vie privée. De plus il est à l'origine du suicide de l'ex-femme de Martineau et de l'assassinat par celle-ci de leurs deux enfants.

Ayant retrouvé apparence humaine, Martineau est engagé et rumine sa vengeance. Une vengeance double puisque l'un des invités permanents de Lentier, Ernest Villard, qui tient le rôle d'un mage guérisseur, a été limogé de la police par Martineau lorsque celui-ci était à l'IGS.

Villard est un nazi notoire et son association avec Lentier est entachée de chantage. Grâce à un assistant viré par Villard, et passé chez Necker, le rival audiovisuel de Lentier, Martineau engrange des informations top secret sur cette collusion.

Martineau s'introduit dans le château de Villard et parvient à dérober des documents compromettant concernant Lentier et le mage, ce malgré la présence de deux séides. Il décide de communiquer une partie des informations recueillies à un journaliste spécialisé dans le sensationnel. Lentier prend conscience que quelqu'un lui en veut.

Une photo dans un dossier montrant Martineau enserrant son ex-épouse lui remet en mémoire une vieille affaire qui a quelque peu nui à sa carrière. Au cours de l'enregistrement d'une émission de Lentier, Martineau jette la perturbation. Les deux sicaires sont appelés à la rescousse mais Martineau parvient s'enfuir de la salle. Toutefois les deux sbires de Villard le talonnent et s'engage alors dans Paris une folle poursuite. Blessé Martineau leur file entre les doigts, l'un des deux hommes étant arrêté par les policiers, l'autre décédant. Martineau s'infiltre à nouveau dans une nouvelle séance d'enregistrement. Il en profite pour exposer au public ses malheurs et les turpitudes de Lentier, menaçant celui-ci d'un revolver.

 

Les lecteurs reconnaîtront sans peine parmi les protagonistes de cette histoire des têtes connues de l'audiovisuel. Ainsi que le style de certaines émissions animées par Lentier, comme "Le bonheur frappe à votre porte" et autres niaiseries.

Dommage que les scènes de sexe prennent le pas sur certains passages dont la course poursuite en voitures dans la capitale.

Patrick Masson, un pseudonyme à n'en pas douter, a du métier et il connaît bien les coulisses de la télévision. A remarquer la similitude entre les deux hommes de main de ce roman et ceux gravitant dans Couronne à vendre, même collection, n°1.

 

Patrick MASSON : Télé-sensation. Collection Exclusif N°4. Editions Vaugirard. Juillet 1994. 226 pages.

ISBN : 9782285010349

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 03:14

Ne réveillez pas un virus qui dort…

Jean-Louis LE MAY : Safari pour un virus.

La partie de plaisir envisagée avec Laure de la Roncières, de son vrai nom Camille Pétard, se doit d’être différée car Théodore Asblignac est obligé de se rendre en Afrique pour une partie de chasse, invité par le président du Kenya, Ysotto N’Kema.

Théodore Asblignac est surtout un marchand d’armes œuvrant officieusement pour le gouvernement français. La transaction s’effectue dans des conditions financières intéressantes, et la partie de chasse peut se dérouler dans la brousse. Une chasse non autorisée, mais après tout n’est-il pas en compagnie du Président du pays, et l’hyppotrague mâle, une sorte d’antilope fort rare et dont la chasse est théoriquement interdite, convoité est bientôt débusqué.

Asblignac n’aurait jamais dû se faire photographier le pied posé sur le corps de l’animal et en d’autres positions, car une tique qui ne demandait qu’à quitter le corps animal en profite pour s’incruster dans le corps du chasseur. Or cette tique possède en elle un virus trapézoèdre à vingt-quatre faces qui se développe dans ce nouvel environnement. Un virus en sommeil depuis des millions d’années et qui se trouve brutalement réveillé, pour son plus grand plaisir.

Dans l’avion qui le ramène à Paris, Asblignac commence à ressentir les effets néfastes de l’infection qui se développe en lui. Fièvre, sueur froide, délire. Comme il se trouve en première classe dans une cabine particulière, l’on pourrait penser qu’il se trouve confiné. Mais le virus qui fait des petits s’échappe par la ventilation et les quelques quatre-cents passagers ainsi que le personnel de bord se trouvent eux aussi infectés.

Asblignac est débarqué en urgence à l’escale de Nice où il décèdera quelques heures plus tard. N’étant pas d’un naturel égoïste il sème à tous vents ses virus qui se multiplient et se propagent comme les akènes à aigrettes des pissenlits. Bientôt la ministre de la Santé est alertée, un plan sanitaire est déployé, la liste des morts s’allonge car naturellement les passagers de l’avion contaminent eux aussi les personnes qu’ils rencontrent, et comme ils sont issus d’endroits différents, la maladie s’étend un peu partout, franchissant sans vergogne les frontières.

Pendant ce temps, à Paris, six jeunes étudiants en sixième année de médecine qui se connaissent depuis quatre ans vivent au huitième étage d’un immeuble. Quatre garçons, pas forcément dans le vent, et deux filles. Ils possèdent chacun leur petit studio mais se retrouvent souvent pour étudier. Pas de séances grivoises, ils sont sages et sérieux. Afin de se changer les idées, avant de présenter le début de leur thèse, ils décident de se rendre dans les bois près de Saint-Germain, et des affinités se découvrent. Mais ils sont fort étonnés en rentrant de voyager seuls. Ils apprennent par la radio que le pays est sous tension.

Pourtant certaines personnes qui ont côtoyés les malades infectieux ne ressentent pas les symptômes de cette attaque virale.

 

Un Hyppotrague

Un Hyppotrague

Evidemment, ce roman de 1979 ne pouvait prévoir la pandémie dont nous sommes victimes actuellement. Si l’histoire fait penser à une anticipation il s’agit aussi et surtout d’une prémonition de la part de l’auteur qui ne pensait certes pas que ce qu’il écrivait allait se dérouler de cette façon.

Surtout les réactions qui s’ensuivent, de la part des gouvernements, des médias, des particuliers. Les morts s’agglutinent, enfermés dans des sacs plastiques déposés au pied des portes, lorsque la demande d’enterrement est acceptée.

Mais peut-être quelques citations seront plus représentatives de cette analogie entre la description effectuée par l’auteur et l’événement dont nous subissons de plein fouet les manifestations, à notre insu la plupart du temps.

Cet épisode pandémique se déroule en juillet 1986, soit dans un futur proche de la rédaction de l’ouvrage. Cette épidémie, le terme pandémie n’était pas encore utilisé dans les conditions décrites, qui avait alors échappé à nos étudiants en médecine, amène cette discussion et prend encore plus de sens de nos jours.

N’empêche pour que la radio en parle, il faut que quelque chose n’aille pas, surtout après la campagne plage propre de ces dernières semaines.

Tu sais, les journalistes en remettent si facilement qu’il faut attendre un peu pour voir.

Pour moi, tu ne m’ôteras pas de l’idée qu’il y a une épidémie qu’ils ne veulent pas déclarer pour ne pas affoler les gens, mais dont ils sont obligés de parler parce que ça commence à se savoir. (Page 82)

 

Nous n’en sommes qu’au début. Par la suite les choses s’accélèrent.

Ce qui signifie la fermeture totale de toutes les frontières dans les heures qui viennent. (Page 106)

 

Ces mêmes étudiants reviennent de leur promenade en forêt et s’étonnent de ne voir personne dans les rues.

C’est bien français. Doit y avoir un match de foot à la télé. Des réflexes conditionnés. Pas un seul couillon ne se rend compte qu’il devient comme le clébard du russki Pavlov, et qu’au mot foot, ou rugby, ou intertruc, il bave et appuie docilement sur le bouton avant de se statufier pour le temps. Suffit aux gouvernants de glisser une petite intox bien menée et le tour est joué. (Page 120)

 

Bien assez entendu de conneries. La radio ne débite que ce que le gouvernement veut bien qu’elle dise. Pour les règles à respecter, c’est bien normal. La mise en place de masques respiratoires en pharmacie est également normale. La circulation est contrôlée entre les villes mais libre à l’intérieur. Tout ça est logique. Pour nous, rien n’est changé, à priori. Mais il est à peu près sûr que tout gars possédant le moindre petit diplôme ou même simplement une carte de carabin va être enrôlé. (Page 132)

 

Tout cela sent l’improvisation et ce n’est qu’un début. (Page 133)

 

Et je pourrais multiplier à l’infini les exemples et les citations, mais bon, sachez toutefois que par un heureux concours de circonstances, la parade contre ce fléau est découverte. Mais il n’est pas sûr que le remède n’engendre pas des conséquences inouïes, imprévisibles.

Afin de pimenter le récit, Jean-Louis Le May incorpore quelques scènes érotiques, qui n’apportent rien au récit mais permettent de respecter la pagination. Et puis c’était dans l’air du temps alors que les collections spécialisées fleurissaient sur les étals des libraires et maisons de la presse.

Mais implicitement, Jean-Louis Le May rend hommage à la Femme, à son courage, à sa force mentale, à son bon sens, à son discernement, à son esprit d’analyse et d’entreprise. Loin des évaporées, de certaines représentantes de la politique, blondes ou brunes.

Jean-Louis LE MAY : Safari pour un virus. Série Chroniques des temps à venir 3. Collection Anticipation N°954. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1979. 224 pages.

ISBN : 2-265-01138-X   

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 04:43

Faciles à sculpter ?

Maurice PERISSET : Les statues d’algues.

En vacances dans la résidence familiale sur les hauteurs de Saint-Tropez, Cédric passe son temps dans sa piscine. C’est un solitaire, contrairement à Stéphane et Béatrice, son frère et sa sœur légèrement plus âgés qui ne pensent qu’à s’amuser et sortir dans les cafés ou en boîtes. Ils sont seuls, leurs parents passant un séjour aux Seychelles.

En admirant, sur le port de Saint-Tropez, les œuvres abstraites d’un peintre local, Cédric fait la connaissance de Sophie, une adolescente de son âge, seize ans. Pour une fois, il surmonte sa timidité, et lui propose de jouer au tennis et lui inscrit sur un bout de papier son numéro de téléphone.

En remontant jusqu’à la villa parentale, cachée dans la végétation et entourée de hauts murs, il croise la route de trois adolescents étrangers à la région. Ils sont à la recherche de Pablo, un copain, et d’un mauvais coup à effectuer.

Paulo et Jacky se sont enfuis d’un Centre de placement, un centre dit de rééducation géré par la DDASS, étant orphelins ou considérés comme tels. Grâce leur amie Clara ils sont descendus dans le sud, à quelques quatre ou cinq cents kilomètres de leur lieu de détention. Ils abordent Cédric, lui demandant un renseignement et éventuellement un peu d’argent.

Deux amis de Stéphane et Béatrice viennent passer quelques jours mais eux aussi ne pensent qu’à aller s’amuser. Ce qui fait que Cédric reste la plupart du temps seul, pensant à Sophie.

Un étrange phénomène se produit. Un nuage noir stagne au dessus de la propriété, et l’eau de la piscine est gelée. Une étrange couche grise flotte au dessus et bientôt se transforme en algues vertes.

C’est le début d’une journée et d’une nuit de cauchemar pour Cédric et les trois adolescents qu’il a croisé dans le chemin des Amoureux et du fameux Pablo. Une nuit d’horreur qui ne semble affecter que la propriété car aux environs le ciel est bleu, bien dégagé. La campagne est comme à son habitude, calme.

 

Délaissant le roman policier pour adultes, Maurice Périsset nous propose une aimable fable pour adolescents, jouant sur le fantastique, la terreur, le suspense. Tout y est bien amené, la tension montant progressivement, seulement l’épilogue déçoit un peu.

En effet, mais même dans un roman fantastique, certains phénomènes possèdent une explication tandis que dans cette intrigue, rien. D’où viennent ces algues vertes qui prolifèrent à une vitesse incroyable ? Quant à la conclusion, elle est assenée comme si Maurice Périsset ayant épuisé son sujet, ne savait plus comment clore son histoire. Ce n’est pas trop grave, le lecteur âgé que je suis demandant peut-être plus de précisions que les adolescents qui se plongent dans cette intrigue étonnante. Et peut-être s’est-il laissé emporté par son imagination n’ayant pas réfléchi comment terminer l’histoire.

Maurice PERISSET : Les statues d’algues. Couverture Philippe Munch. Illustrations intérieures Jean-Louis Henriot.

Collection Zanzibar N°116. Editions Milan. Parution mai 1993. 192 pages.

ISBN : 9782867269103

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 04:21

Pour s’y rendre, faut-il se munir d’une autorisation de déplacement dérogatoire ?

Serge BRUSSOLO : Le tombeau du roi Squelette.

« Grâce à une écriture gorgée d’images perverses et pratiquée comme un rituel d’envoutement, Brussolo sculpte de livre en livre des cauchemars logiques à la beauté convulsive ».

Ces quelques lignes sont dues à Denis Guiot et extraites du livre La Science-fiction paru aux éditions M.A, écrit en collaboration en 1987 par Jean-Pierre Andrevon, Denis Guiot et George Barlow.

Elles résument bien l’œuvre de Serge Brussolo dans laquelle on retrouve certains thèmes obsessionnels, tels que la hantise de l’engloutissement, la biologie fantasmatique, le morbide, le cauchemardesque.

Le tombeau du roi Squelette comporte tous ces thèmes obsessionnels : l’étouffement, l’ensevelissement, qui sont même portés à leur paroxysme. C’est l’horreur à l’état brut dans laquelle Brussolo se délecte, entraînant ses lecteurs dans des aventures parfois à la limite du scatologique.

 

Junia, géante obèse, et Shagan ne font qu’un. Concrètement Shagan, cul de jatte, ne se déplace pratiquement qu’accroché au dos de Junia.

La tête et les jambes en quelque sorte.

Esclaves de Massalian, le forgeron, ils sont envoyés par celui-ci pour venir en aide au baron Menzo.

Mais pour cela ils doivent traverser la plaine des exécutions, la lande sur laquelle règne le roi Squelette. Cette lande est imprégnée de l’âme des morts, suppliciés victimes de châtiments barbares, et les arbres bus qui se dressent vers le ciel ne sont que des gibets dont les cordes sifflent et s’enroulent tels des serpents autour du corps des voyageurs imprudents.

Junia et Shagan, malgré leurs disgrâces physiques, réussiront à traverser cette plaine de désolation, mais ce ne sera qu’une longue suite de cauchemars.

Les cadavres parsèment leur chemin, les invitant à un effrayant échange.

Serge BRUSSOLO : Le tombeau du roi Squelette. Collection Anticipation N°1627. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1988. 192 pages.

ISBN : 2-265-03821-0

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 04:18

Dans les brumes écossaises

Kurt STEINER : De flamme et d’ombre.

Alors qu’il devait se rendre chez son oncle à Galashiels, le docteur Walter McCairn fait étape à Edimbourg. Dans une rue, un photographe le prend en cliché et lui remet un ticket pour récupérer deux ou trois jours plus tard la photographie. A peine trois pas de franchis, le docteur se retourne mais le photographe s’est comme volatilisé. Sur le bout de papier figure un numéro pour le moins extravagant. Un H suivi de sept zéros et une adresse.

Il rentre chez lui dans son petit village de Freenoch, sous la pluie automnale. Dora, sa servante, est affolée. Il est attendu impatiemment chez une parturiente mais son intervention dégénère. Il prescrit un médicament mais bizarrement ce qu’il inscrit sur l’ordonnance ne correspond pas à ce qu’il pensait. Un autre incident de ce genre se renouvelle, toujours préjudiciable au patient qui décède.

Rentrant chez lui, il est abordé par une jeune femme qui se prétend sa voisine. Pourtant il est sûr de ne l’avoir jamais rencontrée, côtoyée, vue. Quant à son voisin habituel, atteint de toux chronique et qui vit à l’étage au dessus du sien, il n’est plus là. Autant d’anomalies qui parsèment ses journées.

Des incidents qui se transforment en accidents, tragiques. Car il s’éprend de cette jeune femme (non, ça ce n’est pas tragique !) mais cette relation tourne mal. Et il aperçoit le père de celle-ci se suicider dans les marais.

Et il se rend compte que la date du jour n’est pas celle qu’il croyait mais qu’il vit dans un monde situé deux semaines auparavant, à peu près le jour où il s’est fait photographié dans une rue d’Edimbourg.

 

Kurt Steiner, dont c’est le quatrième roman publié dans la collection Angoisse, joue avec les nerfs de son héros, et donc de ses lecteurs, l’ensevelissant sous une chape de terreur.

Insidieusement l’effroi est distillé pour prendre une ampleur qui enveloppe le docteur dans une gangue délétère, dont il ne peut se défaire. Comme s’il était confiné dans une toile d’araignée qui l’enserrerait de plus en plus. Le fantastique à l’état pur, sans êtres monstrueux ou personnages légendaires interférant dans cette intrigue, mais cette sensation de vivre dans un état second et un monde parallèle.

Pourtant le rationalisme est présent car ce pauvre docteur Walter McCairn va bientôt se trouver confronté à ses erreurs de prescriptions médicales et la police s’en mêle.

Sans vouloir le dévaloriser, ce roman se place dans l’honnête production de Kurt Steiner, ce qui n’est pas péjoratif, mais la fatalité du retour à des événements précédents relève du domaine du fantastique classique. Comme une histoire qui se reflèterait dans un miroir mais avec un décalage temporel.

 

Réédition : Collection Super-luxe N°7. Editions Fleuve Noir N°7. Parution 1er trimestre 1975. 224 pages.

Réédition : Collection Super-luxe N°7. Editions Fleuve Noir N°7. Parution 1er trimestre 1975. 224 pages.

Bibliothèque du Fantastique sous le nom d’auteur d’André Ruellan. Editions Fleuve Noir. Parution février 1999. 672 pages.

Bibliothèque du Fantastique sous le nom d’auteur d’André Ruellan. Editions Fleuve Noir. Parution février 1999. 672 pages.

Kurt STEINER : De flamme et d’ombre. Collection Angoisse N°23. Editions Fleuve Noir. Parution 3e trimestre 1956. 224 pages.

Réédition : Collection Super-luxe N°7. Editions Fleuve Noir N°7. Parution 1er trimestre 1975. 224 pages.

Bibliothèque du Fantastique sous le nom d’auteur d’André Ruellan. Editions Fleuve Noir. Parution février 1999. 672 pages.

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 03:58

Pour briller en société !

TSF JAZZ présente : Mais qui a tordu la trompette de Dizzy et autres histoires de jazz.

Dans cet ouvrage, composé par Bruno Costemalle, sont recensées près de soixante anecdotes concernant les musiciens et interprètes vocaux du Jazz, les secrets des coulisses, les inimitiés, car il y en eut, les petits-à-côtés amusants, les rivalités, les incidents qui changent un style, et combien d’autres.

Ainsi, dans l’anecdote éponyme, Mais qui a tordu la trompette de Dizzy ? Les coupables sont désignés, un duo de comiques Stump et Stumpy qui participent dans le même programme d’une émission de télévision. En s’amusant, ils chahutent et l’un d’eux chute sur la trompette qui se plie. Or, alors qu’il se met dans une colère noire, Dizzy Gillespie se rend compte que l’entaille provoquée par cette pliure rend le son émanant de son instrument atténué à cause de la fuite d’air. Conquis il en fera effectuer des répliques.

Les nombreux orchestres de jazz qui fleurirent dans les années 1930 et 1940, ces big bands harmonieux sur scène connurent souvent des dissensions dont pâtirent certains musiciens à cause de leurs jalousies, de leurs susceptibilités, mais qui surent rebondir. Ainsi entre Cab Calloway et Dizzy, qui était l’un des membres de la formation du célèbre chef d’orchestre et chanteur, la tension qui existait déjà fut portée à son paroxysme à cause d’un crachat envoyé par un autre musicien.

Ou entre Lionel Hampton et sa chanteuse Dinah Washington. Vexée par une répartie un peu vulgaire émise à son encontre, Dinah pointe son pistolet. Naturellement elle quitte Lionel Hampton et son orchestre et verra sa carrière s’envoler puisqu’elle sera engagée ailleurs avec un cachet multiplié par cinq. Ce genre d’incidents ne sont pas tous aussi révélateurs des tensions qui animaient ces interprètes, mais souvent débouchèrent sur des carrières qui n’étaient programmées au départ pour être aussi fructueuses.

Le jazz s’est largement exporté de par le monde, même jusqu’en Russie, ou plutôt dans l’ex-URSS, mais ce ne fut pas du goût de Staline. Le jazz, considéré comme le poison de la conscience des masses. Il enverra même en Sibérie des musiciens de jazz récalcitrants, ce qui n’empêchait pas les jeunes de préférer ce genre musical à la polka et à la valse. Et lorsque Khrouchtchev adoucit légèrement la censure, la mode est passée et c’est le rock’n’roll qui s’impose.

Fats Waller, dont la popularité était établie alors qu’il n’a que vingt et un ans, un soir, à la fin de son récital, sent le canon d’un calibre enfoncé dans son ventre qui était déjà proéminent. Il est emmené dans une limousine par quatre types patibulaires dans un immeuble d’une petite ville près de Chicago. On l’installe devant un piano alors qu’une fête bat son plein. Il est le « cadeau d’anniversaire » d’un certain Al Capone qui vient d’avoir vingt-sept ans.

Le jazz est une musique contestataire largement portée par les interprètes, vocaux ou instrumentistes, et la chanson la plus connue est probablement Strange Fruit de Billy Holiday en 1939, qui dénonce le lynchage des Noirs dans le Sud raciste. Mais il y en eut d’autres moins connues mais tout autant virulentes sinon plus.

Une petite dernière pour la route ? Les big bands, afin d’attirer l’attention du public, engagèrent des jeunes filles habillées de robes du soir jaunes moulantes chantant en solo. Parmi elles, en 1935, une jeune chanteuse de dix-sept ans qui fera par la suite une carrière internationale. Son nom : Ella Fitzgerald.

Une véritable mine d’historiettes tragi-comiques qui nous révèlent les dessous de cette forme musicale mais surtout que ceux qui en forgèrent la légende. Et que vous pourrez à profusion narrer à vous amis qui ne manqueront pas de s’étonner de votre culture musicale jazzique.

 

TSF JAZZ présente : Mais qui a tordu la trompette de Dizzy et autres histoires de jazz. Nova Editions. Parution octobre 2009. 144 pages.

ISBN : 9782360150007

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28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 05:23

Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux
Les ailes des moulins protègent les amoureux…

Patrick PECHEROT : Les brouillards de la Butte.

Jeune provincial monté à Paris avec l’espoir de devenir un poète, Pipette, ainsi nommé parce qu’il s’est acheté une bouffarde ce qui lui donne une contenance, Pipette s’est abouché avec quelques anarchistes.

En compagnie de Cottet, Raymond et Lebœuf, il s’introduit dans une maison bourgeoise de l’avenue Junot. Lebœuf, lutteur de foire tout en muscles, soulève le coffre-fort, puis à l’aide d’un bon petit diable le transporte jusqu’au camion puis direction chez lui. Un entrepôt véritable caverne d’Ali-Baba car il exerce également le métier de chiffonnier. Seulement, alors qu’ils s’attendaient à trouver de l’argent, de l’or, des bijoux, le coffre ne contient qu’un cadavre !

Le visage du mort n’est pas inconnu à Pipette qui bientôt reconnait un des fouineurs, un pisse-copie travaillant pour Le cri de Paris, une gazette spécialisée dans les affaires croustillantes, s’attachant aux frasques de financiers, de vieilles comtesses ou de gigolos. Lui-même fournit parfois des papiers pour Meunier, le directeur de ce torchon, comme il l’appelle.

Il s’agit probablement de la vengeance d’un personnage qui ne voulait pas voir publiée une affaire malodorante jetée en pâture aux affamés de lectures triviales. Un chantage qui aurait mal tourné.

Pipette va donc, en compagnie de Leboeuf qui l’a pris sous son aile rechercher le coupable et ses pas le ramènent avenue Junot où il fait la connaissance de la servante du manoir, Pauline, une Parisienne (d’habitude ce sont des Bretonnes exilées qui servent de bonniches) qui n’a pas froid aux yeux. Madame est en vacances à Trouville, quant à Monsieur de Klercq, il n’est pas là mais doit revenir. Elle en profite pour aller au cinéma et c’est dans la fille d’attente qu’il l’aborde.

Grâce à cette charmante et peu effarouchée Pauline, Pipette peut visiter l’hôtel particulier mais ses premières investigations ne donnent pas grand-chose. Ses pérégrinations l’emmènent à découvrir que le comte de Klercq est plus ou moins apparenté à quelques industriels œuvrant dans la fonderie et la métallurgie, cinq industriels ayant racheté avec l’aval du gouvernement et des passe-droits généreusement octroyés les biens allemands situés en Alsace et surtout en Lorraine.

Pipette se présente comme détective privé, et au cours de ses déambulations, ponctuées de nombreuses stations et arrêts dans les cafés du quartier, dont La Vache enragée, fait la connaissance d’André Breton auprès de qui il découvre le surréalisme. Et André Breton lui servira accessoirement d’accompagnateur lors d’une visite nocturne au cimetière Montmartre. Il sera également à l’origine de son nom, un raccourci d’un héros de roman qui devient Burma.

 

Véritable hommage à Léo Malet et à Nestor Burma, ce roman est une parodie dans l’esprit, dans le fond, voire dans la forme, de la série des Nouveaux Mystères de Paris.

En effet, Patrick Pécherot nous restitue une ambiance, une atmosphère du Paris de la fin des années 1920 avec en fil rouge l’affaire Sacco et Vanzetti qui fit grand bruit à cette époque et dont Joan Baez en écrivit une chanson. L’auteur a lu non seulement l’œuvre de Léo Malet pour s’en imprégner, ainsi que sa biographie, mais il s’est inspiré d’œuvres de l’époque dus à Roland Dorgelès, Maurice Hallé, qui figure dans ce roman, et de quelques autres.

Rédigé comme un exercice de style, ce roman permet de découvrir un arrondissement parisien, même si parfois cela déborde un peu, le fameux XVIIIe dont la cloche meringuée domine les quartiers populaires comme la Goutte d’or, Pigalle, le cimetière Montmartre, tous quartiers qui m’ont flanqué un petit goût de nostalgie puisque j’y ai habité et travaillé au début des années 1970. Donc il prend une ampleur que ne ressentiront peut-être pas tous les lecteurs, avec les baraques foraines par exemple du côté du boulevard de Clichy, Pigalle et la célèbre chanson interprétée par Georges Ulmer (Un p´tit jet d´eau, Un´ station de métro, Entourée de bistrots, Pigalle…). Le combat des lutteurs qui préfigurait le catch dont justement le temple fut l’Elysée-Montmartre. Outre André Breton qui prend une part active dans cette intrigue, d’autres personnages connus évoluent fournissant un cachet de réalisme.

Bien évidemment, le hasard et les coïncidences jouent pour beaucoup pour la résolution de l’intrigue, mais comme m’avait dit Léo Malet en 1982 lorsque je l’avais rencontré à Reims, les coïncidences sont le sel des intrigues.

 

J’avais toujours admiré la faculté qu’avaient les femmes des feuilletons à s’éclipser d’un embarras n tournant de l’œil.

 

Grand Prix de Littérature Policière 2002. Réimpression Série Noire Parution 18 février 2003.

Grand Prix de Littérature Policière 2002. Réimpression Série Noire Parution 18 février 2003.

Rééditions : Folio Policier n°405. février 2006.

Rééditions : Folio Policier n°405. février 2006.

Patrick PECHEROT : Les brouillards de la Butte. Collection Série Noire N°2606. Editions Gallimard. Parution 2 mars 2001. 224 pages.

ISBN : 9782070499700

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 05:38

Avec la mer du Nord pour seul terrain vague…

Nadine MONFILS : Les vacances d’un serial killer.

Le soleil au bord de la Mer du Nord, ça existe. Du moins Alphonse Destrooper, surnommé Fonske, fabricant de boulettes à la sauce lapin à déguster avec des frites une fois et même plusieurs, Alphonse donc, accompagné de sa femme Josette et de ses deux enfants, Steven, qui doit son prénom à Steven Seagal, une lubie de la mère, et Lourdes, comme la fille à Madonna, autre lubie de Josette, le pense, l’espère. Direction Blankenberge.

Accrochée derrière la voiture, la caravane Wa-Wa, possession de la mémé qui est à l’intérieur. Un cas que cette mémé, appelée Mémé Cornemuse à cause de son faible envers les Ecossais qui ne portent pas de culotte. Son phantasme à elle.

Josette est longue à se préparer car elle tient à faire impression aux nombreux touristes, qui ne vont peut-être pas se déplacer jusqu’à Blankenberge, et c’est attifée d’un immense chapeau de paille qu’elle s’installe dans le véhicule. Pendant ce temps les deux adolescents sont occupés, surtout Steven, à tripoter une caméra et ils espèrent bien pouvoir ramener de leur séjour un petit film sympathique.

Mais le voyage débute mal. Un motard chipe le sac de Josette et tout l’argent du voyage s’envole. Comme quoi il ne faut pas rouler les vitres ouvertes. Puis Josette en se retournant plante son chapeau de paille en forme de lampadaire dans l’œil d’Alphonse. L’accident est inévitable et la caravane se décroche. Le véhicule n’a pas grand-chose mais Mémé Cornemuse reste en rade. Pas de quoi s’affoler, elle fait du stop et gagne quand même l’auberge miteuse où la famille doit passer ses vacances.

La promesse de voir la mer de sa fenêtre est une tromperie. Enfin, pas tout à fait, car une glace, comme l’on en trouve dans certaines sorties de cour ou à des carrefours dangereux, est posée dans la cour et en la lorgnant on peut voir la mer de l’autre côté de la maison.

Les péripéties tragi-comiques s’enchaînent sans discontinuer. D’abord dans la station service où s’arrête Alphonse pour procéder à une miction, Steven et sa sœur filment pour occuper le temps. Ils découvrent un cadavre dans l’une des toilettes et reconnaissent leur voleur. Alphonse se serait-il vengé ? Mémé Cornemuse n’est pas en reste car il ne faut pas lui monter sur les pieds (une façon de parler). Résultat, l’homme qui l’avait prise en stop, et après aussi d’ailleurs avec son consentement, se retrouve à l’état de nature morte cachée sous le canapé de la caravane. Et d’autres individus vont connaître le même sort. Mémé Cornemuse n’a pas froid aux yeux, ni ailleurs d’ailleurs, et tout pantalon masculin qui passe à sa portée est riche de promesses charnelles.

 

Les vacances de rêve se transforment peu à peu en cauchemars pour les personnages de ce roman, sauf pour Mémé Cornemuse qui se sort toujours de situations difficiles et pour le lecteur qui s’amuse à découvrir ces multiples épisodes grandguignolesques. Et de nouveaux personnages qui s’infiltrent dans cette histoire et n’en ressortiront peut-être pas, sauf les pieds devant.

Un roman délicieusement amoral dans lequel Nadine Monfils se déchaîne via Mémé Cornemuse, laissant libre court à son imagination débridée et réjouissante. Ce qui ne l’empêche pas en certaines occasions d’édicter des vérités premières.

 

Nadine MONFILS : Les vacances d’un serial killer. Editions Pocket N°14972. Parution 7 juin 2012. 256 pages.

ISBN : 978-2266222303

Première édition : éditions Belfond. Parution le 17 février 2011.

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  • : Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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